Maud Cousin : Le corps et la chaleur


26 Feb 2010

(Revue Panharmonie. No 172. Mai 1978)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 2.2.1978

La chaleur est très importante. Nous faisons partie des « animaux » à sang chaud. Même les animaux à sang froid ont une activité en rapport avec la chaleur et le temps. Ainsi il a été observé que les poissons ont des activités en fonction de la lumière et ne sont entièrement dépendants de l’eau. Après hibernation, le hérisson, à son réveil, voit sa température monter de 20° en deux heures. Quant aux abeilles, leur organisme est de la température extérieure l’hiver, mais dès qu’elles se réveillent pour vivre en collectivité, tout le groupe réagit comme un organisme à température constante. Dans la ruche il fait entre 30° et 32° et dans l’essaim, il y a jusqu’à 40°. Des abeilles spéciales, les ventileuses, sont chargées d’aérer la ruche.

La femme aurait une température un peu plus développée que l’homme ; son côté sentiment est plus fort. L’homme, dans l’ensemble, est plus froid, et plus intellectuel. Il y a des variantes selon les races : les noirs, par rapport aux blancs, ont un pouvoir de régulation thermique bien supérieur dû à un réseau bien plus fourni et plus large pour la vasodilatation. De ce fait leur capacité d’évaporation est beaucoup plus grande et mieux adaptée au climat chaud. Les enfants — dont le moi n’est pas encore bien incarné — ont besoin d’être bien couverts. Le premier mois, ils ne paraissent pas faire de différence entre le jour et la nuit : cela vient ensuite et doit correspondre à l’éveil. La chaleur varie avec les moments de la journée. Elle a un minimum la nuit vers les quatre heures (Il faut se couvrir la nuit puisque le « moi » ne réagit pas contre le froid comme dans la journée) et remonte ensuite pour permettre au moi d’avoir un bon réveil. Son maximum est vers les 17 heures. L’alcool donne une impression fallacieuse de chaleur, car en réalité les personnes perdent leur chaleur et ont leur métabolisme déréglé. Il est connu que la vulnérabilité au froid est plus grande après avoir bu, la résistance est moindre. Le froid ne réveille plus et la mort peut s’ensuivre.

Nous perdons de la chaleur en permanence. Cette chaleur est régulée par tout un système afin d’en éliminer assez et d’en produire suffisamment selon les besoins. Le corps est bien organisé pour la déperdition de la chaleur : il y a la graisse qui, dans les profondeurs de la peau, sert de couche isolante. Par-dessus se trouve la circulation des capillaires, ces tout petits vaisseaux sanguins qui selon qu’ils se dilatent, ou se contractent, règlent la chaleur. Il semble qu’entre 10° et 30° de chaleur, la régulation de la peau peut suffire. Par un grand froid il faut fabriquer plus de chaleur et tout le métabolisme entre en jeu. On tremble de froid, on brûle plus. Par une forte chaleur, une bonne sudation permet de se refroidir. Tout contribue à la régulation : circulation, vaisseaux, air dans la respiration et combustion. La température est un élément important de notre personnalité ; elle est en rapport avec le « moi ».

La chaleur est plus grande à l’intérieur du corps et a des différences notoires selon les organes. Ceux qui ont besoin de beaucoup de chaleur en redonnent le plus. Le foie est le principal accumulateur et va jusqu’à 41°. Les poumons, qui reçoivent l’air de l’extérieur, ont une moyenne de 35°. Le cœur droit a environ 38° et le gauche serait moins chaud recevant du sang refroidi après la circulation. Les reins produisent aussi beaucoup de chaleur et l’on dit toujours qu’il ne faut pas avoir froid aux reins afin d’éviter des infections. Les os, les nerfs, les tendons, enfin toute cette partie un peu osseuse ne donne presque pas de chaleur. Le cerveau n’en a pas beaucoup. La partie inférieure du corps est plus chaude que la partie supérieure. On a remarqué lors d’anesthésies, que si les pieds ne se réchauffent pas, c’est très mauvais signe : le « moi » ne réagissant pas normalement.

Le sucre est un peu le symbole du « moi ». Les gens un tant soit peu égoïstes ont envie de beaucoup de sucre ; les personnes âgées le recherchent. C’est l’élément qui brûle et donne de la chaleur, mais il n’en faut pas trop. Notre organisme de défense, de circulation est assez en rapport avec notre chaleur. La température et la fièvre sont des éléments importants de notre défense. Ce sont les globules blancs qui luttent contre l’infection. Ils sont visibles par une traînée lymphatique où les ganglions se sont mis à grossir pour produire plus de globules et permettre une lutte plus active contre le mal. C’est aussi visible lors d’un « mal blanc » occasionné par une écharde. Autrefois on provoquait des abcès de fixation, de la fièvre, alors qu’aujourd’hui, avec les antibiotiques, on cherche à la supprimer. Il faut dire à la décharge de la médecine moderne, que la vie étant tellement stressante, les gens ont tant de stimulations, qu’ils finissent par ne plus pouvoir répondre (dépression) ou ont trop de réponse (allergie). La maladie de notre époque, le cancer, ne donne pas de fièvre. C’est une maladie froide. Steiner préconisait un traitement à base de gui, qui est une plante lunaire, donc froide. Pour lui, c’était justement ce conflit de chaleur qui donne la conscience de soi. Dans la mesure où l’on pense que la manifestation, enfin le « moi » qui est la chaleur du cœur, fait la personnalité dans le sens individu, l’amour serait un feu qui brûle. La représentation d’un cœur rayonnant a été faite par des personnes ayant perçu l’endroit dont cela partait. Toutes les réactions viennent du cœur et les passions sont liées à ce niveau.

Si la production de la chaleur est la plus importante, la régulation est ce qu’il y a de plus personnel. C’est là qu’on est le plus conscient de soi. Les hommes ordinaires ne peuvent agir que sur la respiration et encore…, selon des indications et avec précaution. D’autres individus ont acquis une telle maîtrise qu’ils sont capables d’agir sur les battements de leur cœur. On dit que le rythme de base est d’une respiration pour quatre battements cardiaques: cet équilibre va de pair avec le rythme, or tout est rythme.

Suivent plusieurs discussions très animées sur les médecins philippins (sans doute travaillent-ils à travers le liquide interstitiel sans heurter les cellules) ; sur le yoga, une des participantes étant professeur dans cette discipline, et la méditation. Le docteur conclut par l’importance de la chaleur du cœur, la chaleur psychologique, physiologique. Tout ce qui refroidit est cause d’ennuis, de soucis, et il est évident que toutes les informations audio-visuelles qui nous parviennent sont contraires à l’épanouissement de l’être.

Compte rendu de la réunion du 2.3.1978

Plusieurs participants n’ayant pu assister à cette réunion, le Docteur Maud Cousin propose de ne pas traiter le sujet prévue : l’air et la respiration et de n’en parler que la prochaine fois. Il s’en suit une conversation à bâtons rompus pleine d’intérêt. En voici quelques extraits :

Au sujet du cancer : il y a une lignée de cellules qui servent à la vie et une lignée qui sert à la reproduction des cellules. Quand une cellule se divise en deux, il y en une qui reste en attente pendant que l’autre travaille et quand certaines vieillissent et meurent, la précédente se divise en deux, donc en une cellule qui travaille et une autre qui sert à la reproduction. Au moment d’un cancer les deux cellules deviennent des cellules qui se multiplient. Le cancer est d’autant plus grave que les cellules sont moins différenciées. Mais en se différenciant, elles perdent leur capacité de réparation, de récupération, de multiplication. Cela fait qu’il y a des cellules qui déjà sont plus ou moins dangereuses en elles-mêmes. Donc dans un cancer au lieu que la cellule qui travaille meurt et que ce soit l’autre qui reproduise, les deux se divisent en deux cellules, et cela de deux en deux dans une progression géométrique. L’expérience a montré qu’après un certain nombre dans le genre du milliard, cela fait une masse telle, que le rapport entre cette masse et les cellules environnantes rende impossible la destruction de cette masse.

Une participante : C’est comme pour les brûlures, si une certaine surface du corps est brûlée, on ne peut plus…

Dr Cousin : Ce n’est pas tout-à-fait la même chose parce que dans la peau il y a une source de protection et une fonction d’élimination. Il y a la transpiration et lorsque la peau a cette fonction en moins, les reins n’arrivent plus à éliminer et généralement lorsqu’on est brûlé, il y a en plus toute la résorption des tissus brûlés qu’il faut aussi éliminer. Si cela se passe à l’intérieur, cela risque d’encombrer les reins et cela fait un blocage à ce niveau. On essaye quelque fois de faire l’élimination par l’extérieur.

Il y a différents traitements, chaque époque a trouvé d’autres systèmes. On a essayé de bloquer la peau avec des tannages et on a pulvérisé avec des sels de fer, afin qu’il n’y ait pas de résorption ou bien qu’elle se fasse lentement et progressivement. Cela évite l’intoxication des reins. On insistait beaucoup pour ne pas appliquer de corps gras. Pourtant ceux-ci isolent de l’air qui contient de l’oxygène et qui en conséquent brûle. Certains préconisent des désinfectants, mais lesquels qui ne brûlent pas ? On a essayé le mercurochrome, mais le mercure se résorbant, cela donne des néphrites. Ensuite on a essayé de ne plus rien mettre et on a entouré les gens d’un grand drap ce qui pratiquement préserve des microbes. On envoyait les brûlés ainsi protégés à l’hôpital où on les traitait. Le dernier système que j’ai connu est au contraire celui de ne pas bloquer tout l’extérieur, mais d’emballer tout cela dans un genre de grand manchot isolant, dans lequel on fait passer un sérum physiologique, de manière à ce que la peau reste dans un milieu marin, qu’elle ne soit pas bloquée et que les cellules puissent se réparer.

La fièvre, lorsqu’elle se produit, peut être due à l’infection ou à une fièvre de résorption, parce que dans des grandes brûlures il y a une fièvre de tous les tissus et un gros travail de réparation.

L’organisme a tout de même une capacité de réparation considérable. On peut aussi faire des greffes, mais celles-ci posent de multiples problèmes. Si vous avez des trous très en profondeur par la foudre ou par des électrocutions, l’entrée du courant peut brûler très profondément. Le nylon et les matières plastiques sont aussi dangereuses parce que produit intoxicant qu’il faut alors éliminer. Les brûlures restent encore un problème.

L’argile est, je crois, une très bonne chose en y ajoutant parfois de la bouse qui est une matière organique. Pour supprimer des hémorragies on apposait des toiles d’araignées.

Autrefois on employait des tas de choses différentes comme la thériaque qui était la grande médication. Elle était un mélange de vingt ou trente produits dont les éléments de serpents, de crapaud, etc. Le venin de crapaud et de vipère est encore employé actuellement, il a une action importante sur le sang et la circulation.

La différence entre les produits chimiques employés de nos jours et les plantes, c’est que l’organisme prenait de ces dernières que ce qui lui convenait. Pour avoir le maximum d’effet, on a recherché quelle était la partie active de la plante et, en la fractionnant, en la distillant, en la filtrant, on a isolé le produit actif. L’analyse chimique permet finalement de trouver la formule afin de fabriquer le produit artificiellement.

Des fruits comme le citron ne contiennent pas seulement des vitamines C, mais encore d’autres produits qui renforcent son action. On guérit mieux un scorbut qui est lié à l’absence de vitamines C avec des citrons, qu’avec toutes les vitamines C de la terre. Actuellement on supprime les produits naturels qui étaient très faciles à prendre, plus agréables et avec moins de risques chimiques.

La chute des cheveux est souvent liée aux bacilles typhiques. Les premiers symptômes de la typhoïde sont les maux de têtes, les insomnies et les saignements de nez. La tête congestionnée en est un des meilleurs avertissements. A la fin de la maladie il y a chute des cheveux. Il faut toujours se demander pourquoi les gens perdent leurs cheveux et comme la cause se situe souvent deux mois auparavant, ils n’y pensent plus.

Une participante : J’ai remarqué que cela avait aussi une relation avec la rate.

Dr Cousin : La rate est très importante, elle joue un rôle dans les leucémies, dans certaines affections sanguines, et dans la fabrication et la destruction des globules. La leucémie est due à un excès de fonctionnement, par résorption exagérée. D’après Steiner la rate a un rôle essentiellement rythmique dans la régulation de la digestion, de même que dans la transformation des aliments. Le problème de la digestion n’est pas seulement de détruire quelque chose, mais aussi de revitaliser les éléments pour qu’ils prennent une place vivante en accord avec le rythme de tout notre organisme. La muqueuse intestinale a pour rôle de choisir ce qu’elle laisse passer et à ce moment-là, la rate régularise les choses et permet qu’elles aillent dans les poumons. Pour les Chinois elle a une action de fixation de l’énergie terre, de la matière, des odeurs, des parfums, des éléments du goût, l’amer, le sucré. Le sucré surtout, parce que c’est la partie retenue par la rate et le pancréas. Les autres éléments sont transmis aux autres organes. Les hydrates de carbone qui se transforment en sucre n’ont pas le goût sucré. Voyez la farine. Ils n’ont pas le même effet sur la rate.

La rate a aussi un rôle complémentaire au foie dans l’assimilation. La fonction glycogène est la fonction de sécrétion du sucre. Toutes les glandes contribuent à la régulariser. Les surrénales ont tendance à s’épuiser, car elles ont à réagir à tellement de choses, aux microbes et surtout aux choses émotives. Lorsqu’elles réagissent trop cela donne des allergies, quand elles ne réagissent pas assez, elles s’encrassent. Trop de produits de synthèse disloquent le tempérament et les glandes ne veulent plus travailler. C’est ce qui peut aussi se passer avec les ovaires quand vous prenez la pilule. Elles gênent souvent l’équilibre de la femme, les ovaires ne veulent plus travailler et se mettent au repos ou bien il y a hyperfonction due à ce repos. Les quintuplés en sont peut-être la conséquence.

La puissance créatrice des cellules est extraordinaire. Normalement quand elles sont divisées elles restent accolées, mais si on les sépare, chacune fera un enfant. Elles ont la puissance dans l’ovaire de faire cinq ou six enfants et même davantage. Pourquoi se divisent-elles, pourquoi se séparent-elles ? C’est encore un mystère parce que logiquement il y a ce qu’on appelle un pôle régulateur qui dirige, qui oriente. Si les cellules se séparent incomplètement, on a des enfants à deux têtes, des frères siamois, etc. On a beaucoup étudié ce que sont les vrais et les faux jumeaux, parce que médicalement il est difficile de faire la part de ce qui est hérédité génétique et hérédité transmise par l’environnement. Les faux jumeaux ont la même période de gestation, mais ils ont génétiquement des cellules différentes. L’étude de jumeaux a apporté des constatations très intéressantes.