Maud Cousin : Le corps, l’eau et l’air


10 Feb 2010

(Revue Panharmonie. No 167. Mai 1977)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 3.2.1977

Il s’agit aujourd’hui de nous pencher sur l’eau contenue dans notre organisme. Elle représente 66 % du poids de notre corps répartie pour 90 % dans le sang, 95 % dans l’urine et environ 80 % dans les cellules. Le suc gastrique et la sueur en contiennent approximativement 99 %.

Elle est un de nos éléments vitaux par excellence. La vie n’est-elle pas sortie des eaux douces ou un peu salines du globe et l’évolution nous a permis en intériorisant l’eau par notre eau intérieure, de nous évader de notre milieu liquide pour apparemment aller dans un milieu aérien.

L’eau a des propriétés très particulières. Bien que sa composition soit H20, il semble qu’elle ne soit pas uniquement dans l’organisme ; elle n’est pas isolée et se métamérise en plusieurs fois. En effet, le point de fusion et d’ébullition se rapproche de molécules juxtaposées et ces associations donneraient la fluidité et les capacités de filtration de l’eau. L’eau a quelquefois des formes lourdes et l’organisme en contient un petit peu. En général les corps liquides sont moins denses quand ils deviennent solides, or pour l’eau c’est l’inverse et la partie solide devenue glace, forme une couche protectrice à la surface. La neige, elle aussi, permet à la vie de demeurer en dessous d’elle.

Quotidiennement nous absorbons à peu près trois litres d’eau (pas uniquement en liquide, mais dans les légumes et les fruits) et nous en éliminons autant : 1 litre par la sueur, 1 litre 1/2 par les urines, 1/2 litre par la respiration. Le vieillissement de l’organisme se traduit par une perte progressive de l’eau. C’est à la fécondation que les cellules en contiennent le plus et, par la suite, même si les gens paraissent en avoir beaucoup, l’eau se trouve davantage entre les cellules qu’à l’intérieur.

Il est nécessaire de boire, mais pas plus qu’il ne faut, sinon cela fatigue le foie, les reins et encore plus le cœur. Le meilleur guide, à moins de maladie, est la soif. L’eau doit être ionisée pour être vivante (ce qui n’est pas le cas avec l’eau arrangée, pas plus qu’avec l’air climatisé). Elle contient alors des sels minéraux, de l’oxygène. Trop pure, par contre, comme dans certains coins de la Bretagne où elle est filtrée par des grains calcaires, elle occasionne des coliques de plomb dues au fait qu’elle séjourne trop longtemps dans les tuyaux. Un peu de calcaire est nécessaire et il vaut mieux qu’il se dépose dans les tuyaux, évitant ces accidents de l’organisme. Il faut un juste milieu. A la périphérie de nos cellules se trouve une membrane qui permet à l’eau de rentrer ou de sortir avec son contenu de sels minéraux. Il y a toujours un échange qui équilibre. L’étude de l’hémolyse du sang permet de juger de la santé. Un sang trop fragile prédispose aux ictères qui atteignent les globules rouges.

On peut relativement longtemps se passer d’aliments, mais on ne peut se passer d’eau que quelques jours seulement. Le sérum physiologique fait avec 7 g de sel par litre d’eau (un peu moins salée que la mer actuellement) permet aux globules rouges de bien résister, car cela représente leur pression normale. Il semblerait que les propriétés du sang et de l’eau soient très influencées par la terre, le soleil et la lune, et il y aurait une sorte de marée dans l’organisme aussi. Les anthroposophes tiennent compte de ces rythmes et donnent aux enfants du calcium le soir, du phosphore le matin, l’un à la lune montante, l’autre à la lune descendante, afin que les actions toniques et calmantes tombent au bon moment. Pour les plantations on ne tient plus guère compte des micro-courants.

Pour les anthroposophes le foie n’est pas l’organe eau par excellence, mais celui de l’air. Le rein serait à leur avis l’organe d’assimilation et, en en effet toute la partie liquide du sang filtre dans les reins.

Une participante : Les Chinois soignent beaucoup par le bon air les troubles fonctionnels des reins. Il y a les humeurs vivifiantes et les humeurs pernicieuses.

Dr Cousin : C’est très intéressant parce que pour assimiler il faut brûler, il faut donc de l’oxygène qui sert à la combustion. Il y a des méridiens très actifs sur l’eau. Les anthroposophes utilisent ces forces dans les cristallisations sensibles. En présence de cuivre ou de fer ou d’autres substances, ils mettent du sérum chargé de l’énergie de la personne. Si les cristaux ainsi formés sont réguliers, c’est signe de bonne santé ; par contre s’il y a des zones de tourbillons, par l’observation de la cristallisation orientée par le pôle magnétique, il est possible de localiser les régions qui vont ou qui ne vont pas. Quand vous retrouvez les vagues, ce sont justement des forces de l’eau qui forment tous ces tourbillons et cela se trouve entre deux liquides et visibles à la surface. Cela fait penser au givre qui se forme sur les vitres et des formes qui les dirigent. Schwenck parle du chaos sensible. Selon son contenu, l’eau n’a pas les mêmes propriétés formatives, stimulantes.

Les gens nerveux d’un certain âge, ont intérêt à aller prés de sources, car cette eau vitalisée par la nature est un facteur d’équilibre. Elle favorise le sommeil, réhydrate les tissus. Les cures thermales procurent des sels minéraux, des ions, de la radioactivité. Souvent les bienfaits ne se font sentir que quelques mois après.

Le Dr SALMANOF a beaucoup employé l’hydrothérapie chaude, en particulier pour activer la circulation au niveau des capillaires souvent bouchés à notre insu. C’est là que se fait l’osmose, que les globules blancs se dirigent éventuellement vers les microbes, causes d’une infection. Ensuite ils s’en vont dans les lymphatiques. Il mettait des essences balsamiques dans les bains qu’il chauffait progressivement, parfois jusqu’à 400. Pour le foie, il recommandait une bouillotte d’eau chaude. Les anthroposophes préconisent une ventouse sur le point douloureux et en particulier dans les coliques néphrétiques. Au fond, l’organisme manifeste l’endroit où il y a une réaction, par une douleur. L’acupuncture soulage aussi.

Le foie est considéré par certains comme l’organe eau, par d’autres comme l’organe air. Son rôle est considérable lors d’œdèmes auxquels sont également associés les reins. Les reins filtrent tous les jours environ 15 litres d’eau afin d’éliminer tout ce qui doit l’être. S’il y a des précipitations dues à une trop grande concentration, elles entraînent des calculs. Les anthroposophes les combattent par un produit fait de compression de crabe. Quand cet animal change de coquille, il conserve dans son estomac une boule calcaire qui disparaît au profit de la recalcification de sa nouvelle coquille. Ce calcaire peut servir à faire dissoudre les calculs chez les gens délicats. En médecine on n’apprend pas que le rôle du rein est de récupérer les albumines et de les « humaniser ». L’urticaire, l’eczéma, sont dus à une mauvaise adaptation des protéines d’origine animale ou végétale. Elles doivent être transformées afin d’être tolérées et non éliminées. Si les reins ou la peau ne font pas cette opération, il s’ensuit allergie, choc anaphylactique, asthme du fait de ces substances, demeurées étrangères dans l’organisme. La peau ne fait pas qu’éliminer, mais réabsorbe aussi et on peut dire en boutade qu’il ne faut pas trop se laver !

Il est ensuite question de diabète qui donne soif et qui fait engraisser ; de l’acétone qui est une mauvaise utilisation du sucre, ce qui entraîne à brûler les graisses et à faire maigrir l’enfant qui en est atteint. Le livre du Dr Hatkin : « La révolution diététique » montre combien on assimile mal la farine purifiée, les céréales privées de leur enveloppe. Notre métabolisme remet en jeu la question des hydrates de carbone composées de charbon et d’eau comme dans le sucre qui en est une des formes, et dans les farineux (pommes de terre, et céréales qui en contiennent). Ce sont les germes des céréales qui les rendent assimilables. Le rôle du pancréas est important, il sécrète l’insuline. Le lait entier est préférable car c’est le gras qui contient les vitamines permettant l’assimilation, alors que le lait écrémé en est privé. Dans la nature, les choses sont bien équilibrées si on n’en prend pas trop et si on les laissent entières. Notre organisme contient des régulateurs dans tous les sens. Rien n’est absolu et les tolérances sont très variables selon chacun, c’est pourquoi les régimes sont individuels. Il y a souvent insuffisance de la mastication, la salive n’ayant pas eu le temps d’opérer pour la digestion ultérieure. Actuellement paraît qu’on connaît l’âge d’une personne par la quantité de DTT trouvée dans la peau ! En principe, notre sol fournit ce qui nous convient et le fait de se procurer les aliments les plus variés, en toute saison, est cause qu’on n’observe plus le rythme des saisons, du printemps avec ses fruits dépuratifs, après la nourriture imposée par l’hiver (pois, haricots secs). Notre baguette de pain qui doit respecter un certain poids en partie dû à l’eau, ne se conserve pas comme une boule de pain de campagne.

Il est malaisé de résumer ces rencontres où le Dr Cousin, si compétente répond à bâtons rompus à toutes les questions avec la plus grande simplicité. Parfois des digressions surviennent et pour terminer il faut citer celle-ci au sujet de la voix : la parole est certainement quelque chose d’actif. On a dit que la parole primitive était en rapport très étroit avec la réalité des choses. Les anthroposophes dans leur eurythmie qui est une espèce de représentation du son et de la forme, essayent d’exprimer ce que le son représente réellement. Ils ont démontré qu’un arbre, « tree », représente quelque chose d’autre selon les langues. Les vibrations des lettres qui composent le mot varient en fonction de ces lettres. Quand les mots correspondent vraiment à la réalité des choses, leurs vibrations évoquent la forme de la chose. Quand les choses sont justes, elles évoquent justement la forme.

Compte rendu de la réunion du 3.3.1977

Si la vie est possible — peut-être est-elle née dans l’eau ? — l’être humain ne peut pas vivre sans air. C’est la substance que nous absorbons en plus grande quantité : en moyenne 15 kg par jour, soit approximativement cinq fois plus que d’aliments. Ne dit-on pas que l’on vit de son premier souffle à son dernier souffle ? Normalement nous n’inspirons qu’un demi-litre d’air à chaque respiration, mais profondément on peut aller jusqu’à 1 litre 1/2. Les poumons qui contiennent toujours un peu d’air, sont retenus à la cage thoracique par la plèvre qui forme une sorte de vide quand tout fonctionne normalement. Autrefois pour immobiliser la plèvre en cas de tuberculose, on pratiquait le pneumothorax. A présent on donne des antibiotiques.

Non seulement, la respiration permet à l’oxygène de passer dans le sang, mais les ions de l’air sont captés par le système nasal grâce semble-t-il à de petits filets nerveux à la base du cerveau. La respiration par le nez a par conséquent une action stimulante sur le système nerveux, chaque narine correspondant au même côté de ce dernier. Lefébure a démontré que le côté droit est la partie de la personne vis-à-vis d’elle-même et le gauche celui de sa relation avec le monde. Si la respiration ne se fait pas bien des deux côtés, il y a désharmonie de l’équilibre. Le système nerveux est le grand consommateur d’oxygène, alors qu’il ne pèse que le quarantième du poids du corps, il consomme 1/5e d’oxygène. Si donc une substance vitale doit être protégée, c’est bien l’air. L’air conditionné en filtrant, empêche les ions de passer, or le manque d’air touche en premier lieu le système nerveux, et dans les villes en particulier il est très mal traité. Il serait très onéreux paraît-il de rendre les voitures moins polluantes, et si l’on construit des immeubles sans fenêtres, c’est que le coût en est moindre.

La personne qui souffre d’asthme ne peut respirer ou plutôt expirer, probablement à cause d’anxiétés et d’un moi très tendu. Nous sommes dans un siècle très possessif. La possibilité d’éliminer est quelque chose de très important. La santé n’est pas un but en soi. Évidemment si on souffre, on n’est pas capable de grand chose, mais l’essentiel est de ne pas être tributaire de son corps : être bien sans le sentir, d’où bienfait du yoga et de la gymnastique, à condition d’être sous la direction de quelqu’un de compétent et de le faire à dose raisonnable. L’inspire est la partie active et l’expire celle de la relaxation. L’aphorisme : « dans un corps sain, un esprit sain », paraît parfaitement juste. La crainte fatigue les reins et les surrénales (avoir les reins cassés), la joie peut tuer. L’énergie physique est nécessaire pour le travail intellectuel sinon la concentration, la mémoire en souffrent. Le tempérament varie d’un individu à un autre et la réaction diffère lors d’émotions : le cœur peut se ralentir ou s’accélérer ; on peut avoir les bras coupés et jambes coupées ou avoir des ailes. Sans doute les hormones jouent-elles un rôle important.

Nous n’utilisons pas tout dans l’air : l’azote est inerte, il y a des gaz rares. On peut ajouter des choses positives dans l’air, telles que des parfums. C’est la partie aromatique volatile des plantes qui est la plus chargée d’ions, ils sont très actifs. Tout ce qui est naturel est très efficace ; c’est une question de vibrations. Louis-Claude Vincent a fait des recherches biologiques portant surtout sur la résistivité avec le PH (acidité, alcalinité) et le RH (oxydo-réduction). Dans l’ensemble le vieillissement s’accompagne d’un manque de réduction qui fait qu’on ne peut plus brûler les aliments. On oublie trop souvent dans notre siècle d’activité, le travail réparateur du sommeil, puisque, malgré les périodes de rêves dont la nécessité est démontrée, la respiration et la circulation ralentissent lorsqu’on dort. Quand on est en bonne santé, bien dans sa « peau », on est capable de s’adonner à quelque chose de constructif. De toute façon il nous faut mourir un jour, il est normal de parvenir à la fin de sa course, mais cela peut se faire dans de bonnes conditions, comme pour une bougie qui s’éteint. Les jeunes se droguent parce qu’ils ne trouvent pas de sens à l’existence. Ils ne pensent pas que par ce moyen ils parviendront toujours à un état de manque, que le corps subtil est atteint et que le problème n’est pas résolu.

Catala : Le phénomène humain est d’être, de devenir. Un minimum d’avoir est nécessaire. Mais notre société est celle de l’acquisition, de la quantité : il y a confusion de valeurs.

S’ensuit une discussion sur l’éducation, l’emploi des aérosols, la vertu des parfums, des saveurs, leur correspondance avec les planètes.

Le Docteur : Quand il y a manque d’air il y a des cancers ou des fermentations. Au lieu de combustion aérobie, il y a formation anaérobie qui est une dégénérescence et affaiblit l’organisme. A tort on parle de fermentation intestinale par comparaison avec la fermentation de la bière. Steiner voit plusieurs niveaux à l’être : la partie solide, la partie liquide et la partie gazeuse. Après le « moi » qui est chaleur, il y a la partie gazeuse qui correspond à l’astral, aux poumons. Quand les sentiments ne sont pas en ordre, cela favorise les gaz et les fermentations parce qu’il y a nervosité, passage de l’air là où il ne le devrait pas, comme pour l’asthme. Steiner dit du poumon qu’il est l’organe terre parce qu’il permet à la vie d’entrer matériellement, alors que l’organe air est le rein (comme nous l’avons déjà mentionné) ce qui n’est pas le point de vue classique. En effet, le rein choisit dans les aliments ce qu’il élimine et ce qu’il garde en l’humanisant. Ainsi il transforme les albumines du règne animal ou végétal en albumine humaine pourvue d’une certaine énergie psychique, si je puis dire. Steiner trouve que le rein est très proche du cerveau, d’une part il est très matériel et aussi intellectuel. L’un et l’autre ne se reforment pas. Pour Steiner le foie — organe eau — est très vivant comme une plante : il se régénère tout le temps.

Pendant les trois premiers mois de la vie la réceptivité n’est pas encore fermée et si un bébé avait reçu le sang de vingt personnes par exemple, il pourrait en recevoir sans inconvénient de tout le monde. D’une certaine matière c’est une richesse, mais que devient alors la personnalité qui est la sienne ? Certains athlètes se font prendre un peu de sang que l’on conserve. Leur organisme pendant ce temps fabrique la quantité manquante et ensuite on leur redonne leur sang avant l’épreuve et cela leur donne un coup de fouet. Ce n’est pas vraiment tricher, mais cela défavorise ceux qui ne l’ont pas fait. Il y a des problèmes d’éthique : à partir de quel moment a-t-on le droit de sauver les gens en les transformant, exemple, la lobotomie. La chimiothérapie, la chirurgie y contribuent aussi. C’est un problème terrible qui se pose également avec la pilule et dans lequel l’énergie vitale n’est pas considérée. En temps de disette, on mangeait du cuir, des tissus, mais à présent tout est artificiel et sans fibres végétales. Et on ne voit pas très bien comment se nourrir avec des produits synthétiques !