Frédéric Lionel : Le dieu Pan n’est pas mort


17 Mar 2010

(Extrait de l’énigme que nous sommes, édition R. Laffont 1979)

A tout instant l’humilité s’impose à l’homme conscient. L’humilité est la protectrice de son intelligence profonde, car immense est le domaine de l’inconnu.

Le constater ne peut que conduire à l’humilité, puisque l’Immense englobe le tout et, par conséquent, contient ce que l’homme ignore, mais voudrait connaître. Le désir d’explorer l’inconnu agit sur son comportement. Comme l’inconnu semble insaisissable par les moyens mentaux et intellectuels, impatient et peu enclin à entreprendre humblement, quoique la tête haute, le lent travail intérieur nécessaire, conduisant à la découverte du pourquoi de son destin, il cherche un raccourci.

Des promesses attrayantes incitent à l’emprunter. Ainsi, animé des meilleures intentions, se réfugie-t-il, parfois, dans un mysticisme de commande pour tenter de s’initier aux mystères du monde caché, pour tenter de connaître l’extase et à l’illumination.

Personne ne niera, pourtant, qu’avant d’y parvenir, une purification s’impose. Bien des moyens sont suggérés et tous mettent l’accent sur le dépassement des impulsions sexuelles, qu’il ne s’agit pas de refouler, puisque tout refoulement aboutit tôt ou tard à l’explosion de ce qui n’est pas dépassé. Dès lors, sont proposés des stages de purification qui se veulent stages d’Initiation et de Libération.

L’un, parmi d’autres, de ces stages, promet la libération des obsessions sexuelles, par le défoulement en groupe. Organisé aux Indes, il offre, paraît-il, un surcroît de garantie, tout au moins aux yeux de certains.

Une bacchanale gigantesque unit les disciples s’adonnant à leurs instincts, en s’imaginant sincèrement parcourir le sentier de la spiritualité. Leurs débordements purificateurs aboutiraient, telle est la promesse, à l’extase mystique.

Lors du repos imposé après chaque séance, couchés sur le sol, garçons et filles, hommes et femmes se préparent à atteindre cet état. Pour ce faire, ils doivent rester immobiles, sans réactions, sans mouvements, l’éternuement même étant interdit, tandis que le maître — car il y a toujours un maître pour attirer les Occidentaux qui forment la quasi-totalité des adeptes — récite des textes sacrés.

Le besoin de fuir le désert émotionnel du monde moderne, le besoin de sagesse qui délivre de l’angoisse, l’attrait de parvenir à un résultat tangible, sans avoir à consacrer de longues années à une transformation essentielle, expliquent le succès du maître, promettant de marier la jouissance et l’aspiration, l’instinct sexuel et la spiritualité, et cela une bonne fois pour toutes.

Il va sans dire qu’il affirme être nanti d’exceptionnels pouvoirs, grâce auxquels il provoque, et cela n’est certes pas négligeable, après l’orgie l’ouverture du troisième œil par simple apposition de son doigt.

L’ouverture du troisième œil délivre, c’est connu, de l’ignorance et permet une perception globale donnant au bénéficiaire la faculté de voir au-delà du visible et d’entendre au-delà de l’audible.

Qui donc s’y soustrairait, puisqu’il suffit de passer de la jouissance à la sérénité, de la sérénité à l’amour et de l’amour à l’illumination ? Vêtu d’une robe de lin, vendue à bon prix sur place, ayant par une taxe élevée contribué au fonctionnement de l’ashram, l’adepte, ainsi purifié, pourra se prévaloir d’avoir atteint un état de sagesse, certifié par un brevet.

Revenu en Occident, il n’est pas impossible d’imaginer que, par désir de faire partager à d’autres ses expériences édifiantes, et taquiné, qui sait, par un diablotin insuffisamment endormi, il organise à seule fin spirituelle des rencontres du même genre.

Pourquoi pas ?

La formule a fait ses preuves. Le dieu Pan, décidément, n’est pas mort !

Évoquons-le, non pour les besoins de la cause, mais parce qu’il est souvent méconnu.

Il est dit que sous le règne de Tibère, une grande clameur retentit : « Le dieu Pan est mort! » Et de proche en proche se répandit la nouvelle.

Une immense angoisse fit tressaillir l’humanité, mais rassurantes furent les voix expliquant que la transition vers la nouvelle Église de Jésus entraînait, par voix de conséquence, la mort du dieu païen.

De quel dieu s’agit-il ?

Précisons que les dieux païens personnifiaient les énergies de la nature et que ces personnifications comportaient une hiérarchie dont Zeus, symbole de l’Esprit, constituait le sommet. Précisons, aussi, qu’au-dessus de Zeus se situait le Dieu inconnu, le Dieu non révélé, ce qui laisse supposer que l’avènement du monothéisme ne fut qu’une accentuation d’un état de fait, préexistant, quoique souvent ignoré.

La spirale évolutive éternellement poursuit sa ronde et chaque chose mène à toutes les autres, même si elles semblent n’avoir entre elles aucun lien de continuité.

Rappelons les paroles de saint Paul qui, sur l’Agora, s’adressant aux Athéniens, leur tint à peu près ce langage :

« Vous avez érigé un temple au Dieu inconnu. Je viens vous entretenir, précisément, de ce Dieu puisqu’il s’est manifesté aux hommes. »

Saint Paul sut persuader et saint Denys l’Aréopagite se convertit au christianisme pour devenir, par la suite, le premier évêque d’Athènes.

Le dieu Pan personnifiait le « Génie de la Nature Sauvage », et aussi, « l’Esprit de la nature physique et instinctive », donc également l’attrait des sens nécessaires à la créativité du Grand Tout manifesté.

C’est cet aspect qui a fait trop souvent croire qu’il personnifie un dieu paillard et jouisseur.

Le mot « Pan », en grec, veut dire « Tout », un mot que le langage courant perpétue : Pan-Europe, Panslavisme, Panthéon et Panique sont, entre bien d’autres, les preuves de la survivance phonétique d’un terme confirmant une réminiscence tenace, qui n’est pas prêt de disparaître.

Pour amoindrir le choc considérable que provoqua la « mort » des dieux anciens pour ceux qui les avaient adorés, les Pères de l’Église situèrent les grandes fêtes chrétiennes aux mêmes dates que les grandes fêtes païennes, et empruntèrent bien des rites au culte des Mystères de jadis.

Pour la même raison, les emplacements sur lesquels s’élevèrent les plus belles églises et cathédrales se confondent avec les lieux sacrés de toujours.

Pour se rendre compte des implications, souvent peu visibles, qu’eut l’adoption du christianisme par l’Occident, il est utile de ne pas confondre polythéisme et panthéisme.

Le polythéisme est un système religieux qui repose sur la pluralité des dieux, tandis que le panthéisme considère Dieu comme uni à l’Univers qu’il anime. Pour citer Spinoza : « Tout n’existe qu’en lui et par lui, étant la cause immanente de tout ce qui est. »

Le panthéisme ne perdit jamais ses droits dans le monde, surtout en Orient, et les nombreuses divinités illustrent les manifestations de Dieu, en et par tout ce qui existe.

La vision chrétienne est évidemment différente. Elle situe Dieu au-dessus du monde, celui-ci étant sa création. Il n’empêche qu’Ignace de Loyola, peu suspect de ne pas interpréter les Écritures de juste façon, disait : « Dieu habite les minéraux pour leur donner d’être ce qu’ils sont. Il habite les animaux, pour leur donner la vie sensitive. Il habite en moi, pour me donner l’Être, la vie végétative, la vie sensitive, l’Intelligence, la raison, et il m’appelle à participer à son Amour. »

Ces paroles sont proches de celles de Spinoza, mais c’est avant tout le développement de la science et le besoin de comprendre qui, à notre époque, contribuèrent à comparer les aspects métaphysiques occidental et oriental, moins éloignés l’un de l’autre qu’il n’y paraît.

Le continu ondulatoire, l’espace-temps, le principe d’incertitude et d’autres affirmations de la physique contemporaine, suggérant un univers en lequel la moindre particule participe à la propagation de l’énergie, seule réalité et seul support de ce qu’on est convenu d’appeler « matière », rejoint le concept pythagoricien d’un Tout mouvant, d’une Eurythmie, émanation de l’Âme du Monde.

La redécouverte de Pythagore, non seulement par les mathématiciens, mais aussi par les physiciens modernes, et d’une façon plus générale, par la science, laquelle, à son corps défendant, aborde les brûlants rivages de la métaphysique, contribue à faire accepter l’idée d’un Cosmos par et en lequel le divin se manifeste en tout.

A écouter l’enseignement pythagoricien, l’Harmonie de l’Amour s’exerce par une Loi que tout ce qui existe reflète.

Le Maître de Samos, lieu de naissance de Pythagore, affirme en effet que l’Univers est un tout vivant, qu’en lui pulse le rythme de la Vie et que, dès lors, l’homme sage doit vivre au rythme de son temps, doit vivre en constante résonance avec la Pulsation Mutante de l’Énergie Rayonnante, émanation de l’Âme du Monde.

L’homme d’aujourd’hui qui cherche à pénétrer les arcanes des Mystères du Monde se penche avec curiosité sur tout ce qui peut éclairer sa quête. La science, qui semblait devoir répondre à ses préoccupations, ne tient pas ses promesses. La génération montante refuse de croire à ce que croyaient ses aînés. Elle voyage souvent au loin, car l’attrait de l’Orient est puissant et la tradition orientale nimbée de mystères.

Alors, attirée par ce qui est lointain, elle oublie la Tradition occidentale que Pythagore développa à sa façon, lorsque, de retour d’Égypte, il installa son école à Métaponte.

L’influence qu’exerça son enseignement fut grande et ne se démentit pas, même après la destruction de l’école, et la disparition, au cours de l’incendie, non seulement de documents dont certains irremplaçables, mais aussi de la plupart des membres de la Fraternité pythagoricienne.

Le pythagorisme philosophique et initiatique ne périt point. Toute l’aventure spirituelle de l’Occident en est imprégnée. Ainsi, quelque dix-sept siècles après la tragédie de Métaponte, surgirent les cathédrales gothiques, véritables livres d’Or d’une Connaissance se traduisant par l’harmonie des proportions, les lois du rythme, telles que le Maître de Samos les conçut. La pesanteur de la pierre se mue en tension et les transparentes merveilles semblent s’élancer vers le Ciel pour chanter la louange de Dieu.

Deux mille cinq cents années se sont écoulées, depuis que furent piétinés, brûlés, extirpés les règles, les écrits et les enseignements d’un Ordre initiatique fondé sur la fraternité humaine, devant promouvoir la quintessence d’une Sagesse qui, transmise de bouche à oreille, a influencé d’une façon déterminante tous les grands esprits de l’Occident.

La sève de l’enseignement dévoilé par le Maître de Samos, véhiculée par des courants souterrains, n’a jamais cessé d’enrichir la recherche spirituelle d’une humanité anxieuse de s’abreuver aux sources pures de la Tradition issue de la nuit des Temps.

Les Idées Nombres triomphent, l’axiomatique, les nombres transfinis confirment, au rythme de notre temps, un enseignement fondamental et Einstein dévoile un univers en lequel l’interaction ondulatoire renverse tout le concept périmé d’un univers aux rouages bien huilés.

La disparition de ce concept rassurant, ainsi que de celui d’une matière telle qu’on se l’imaginait, et leur remplacement par des symboles mathématiques abstraits, nous rapprochent de la vision du Cosmos, d’un ensemble rythmiquement ordonné, substratum de notre monde physique.

La science moderne évoque, de façon moins poétique, c’est évident, ce que les Anciens désignaient sous le terme de l’Âme du Monde.

Le déterminisme est, de nos jours, remplacé par le principe d’incertitude illustrant un éternel devenir, une perpétuelle transformation par laquelle, dirait Pythagore, ce qui existe tend vers la perfection finale.

Tel n’est pas l’avis, il faut le souligner, de certains physiciens qui, au contraire, prétendent que l’Univers tend vers l’entropie, vers l’arrêt de tout mouvement.

L’entropie est, certes, l’état le plus probable logiquement, mais une volonté transcendantale semble s’y opposer. Faisons-lui confiance. Mais admettons, toutefois, que l’évolution ne progresse jamais de façon continue.

Les cycles se déroulent et les civilisations se succèdent. Les sommets atteints par l’homme sont suivis de périodes de décadence, voire d’anéantissement. Déluges et catastrophes rythment les étapes de l’évolution, laquelle postule, néanmoins, le développement de toutes les facultés humaines. Si la magie d’une époque se mue en science d’une autre, il ne fait pas de doute que l’ignorance et l’obscurantisme précipitent, tôt au tard, l’humanité dans des gouffres dont elle ne se sort que lentement au cycle suivant, guidée par des instructeurs appelés à se resouvenir de ce qu’ils connurent jadis.

Tel est le miracle du Phénix qui, toujours, ressuscite de ses cendres.

Kosmos, en grec, veut dire Ordre. La Perfection et l’Harmonie de l’Ordre Souverain, les hommes de génie les traduisirent par leurs créations ; pyramides, temples, cathédrales, toiles de maîtres, compositions musicales imagent les relations harmonieuses des volumes, des couleurs et des sons, dont les fréquences vibratoires, visuelles ou auditives révèlent la symétrie vivante d’une esthétique dynamique, d’une consonance apte à rappeler aux héritiers d’une tradition ancestrale qu’ils se doivent de revendiquer un patrimoine qui leur est destiné.

« Dieu construit en géomètre » n’est pas une simple devise. La géométrie vivante, la nature la manifeste et la technique, lorsqu’elle atteint une quasi-perfection, crée, elle aussi, des ouvrages d’art fonctionnels dont la beauté découle de leur perfection.

Nos architectes, en revanche, trop souvent oublient les lois d’harmonie et les immeubles à l’aspect concentrationnaire s’opposent au rythme vivant et conditionnent le psychisme des habitants. Violence et peur sont la rançon d’un oubli volontaire, puisque motivé par une rentabilité qui ignore que seul le Beau est l’expression du Vrai.

La géométrie dynamique et la partition géométrique découlent des lois cosmiques, expression de l’interaction harmonieuse des rythmes, et engendrent la finesse d’une fleur, la majesté d’une montagne et la symétrie d’un flocon de neige.

La nature nous engage à prendre conscience d’une loi mystérieuse, celle des rapports simples qui déterminent l’harmonie, reflet de l’idéation du dieu, en l’occurrence de la Pan-Nature.

La connaissance des lois du rythme se réfugia pendant des siècles dans la tradition hermétique et nous avons évoqué, par ailleurs, la magie du pentagramme, sceau canonique du Grand Œuvre alchimique.

Le pentagramme pose un rébus qu’il est possible de résoudre en contemplant une gravure figurant un corps humain, véritable microcosme dans sa perfection fonctionnelle. Il s’inscrit dans le pentagramme étoilé, la tête commandant symboliquement aux quatre membres, figurant l’intelligence, maîtresse du quaternaire. L’angle au sommet du pentagramme est de 108°, nombre occulte du Soleil, soit, analogiquement, de l’Esprit. Nombre aussi des perles du chapelet bouddhique.

La science moderne escamote la matière au profit de la seule énergie. La matière, affirme-t-elle, au niveau atomique est mouvement. Ce qui donne raison aux traditions les plus anciennes qui évoquent Maya, la Grande Illusion, en parlant du monde manifesté.

La science moderne remplace la matière par des symboles mathématiques, grilles abstraites d’une quatrième dimension. Elle s’apparente à la « Materia prima » secrète des alchimistes, la Pan-Psyché des pythagoriciens.

Le Logos universel ainsi impose sa Loi, celle de la Vie qui émane l’harmonie, hypostase de l’Amour, unificateur de tout ce qui paraît séparé.

Dès lors, en nous référant à l’antique Sagesse, le réveil du dieu Pan, endormi mais vivant, conduirait à la recherche d’une société humaine qui refléterait l’harmonie de Pan-Psyché, l’Âme du Monde unissant le minéral, le végétal, l’homme et les dieux, lien d’Amour dont la rupture constituerait une faute impardonnable à l’encontre des lois de la Vie.

Il n’est donc pas absurde de prétendre que le dieu Pan ne mourut pas sous Tibère, car sa survivance explique le succès immédiat de la religion de Jésus, fondée sur l’Amour.

N’oublions pas que Jésus s’éleva vigoureusement contre l’esprit sectaire et intolérant de la loi hébraïque, et n’imitons pas les docteurs de la Loi contre lesquels tonna Luc, en s’écriant :

« Malheur à vous, docteurs de la Loi, qui vous saisissez de la science sans y entrer vous-mêmes, mais en la fermant à ceux qui voulaient y entrer. »

Jésus donna nouvelle vie à une vision cosmique, une vision qui s’était développée dans une synthèse, unissant les apports chaldéen, égyptien et grec, et plus particulièrement pythagoriciens.

Il ajoute la notion de charité à la valeur magique du « Verbe » qu’il incarnait. N’oublions pas non plus que l’apport grec n’est pas sans relation intime avec la sagesse druidique, qu’Apollon fut appelé l’Hyperboréen et que Pythagore fut considéré comme la réincarnation d’un Hyperboréen, et rêvons de cette mythique contrée, source de tout savoir.

Soulignons que la conception quasi mystique dont la chevalerie s’inspire et qui déboucha sur « l’amour courtois » fut une forme particulière d’une transmission initiatique qui trouva son point culminant dans l’œuvre de Dante. Béatrice symbolise la Divine Maîtresse des alchimistes, la Madonna d’Intelligenza des « Fedeli d’Amor », fraternité néo-pythagoricienne à laquelle appartenait le poète.

Dans la doctrine secrète qui leur servit de base, A-mor correspond à l’immortalité par une transposition phonétique.

Il est vrai que la flûte de Pan évoque la saveur des profondeurs terrestres, et il est exact que la recherche de la fraise sauvage, terme imagé médiéval, illustre la mise en résonance du désir terrestre avec le désir universel. Cela paraît s’opposer à l’ascèse spirituelle qui suscite la mise en résonance des aspirations humaine avec l’Âme du Monde, pour faire naître la pensée juste déterminant l’acte approprié.

Cueillir la fraise sauvage illustre, néanmoins, le désir conduisant à l’union des inverses complémentaires vers laquelle l’homme et la femme, qui empruntent la voie de la réalisation intérieure, tendent dans leur union physique, transformant ainsi le désir en aspiration qui le transcende.

Cela ne doit pas, cependant, servir de justification spirituelle à l’orgie. Il est malheureusement fréquent de voir l’interprétation tendancieuse d’une vérité essentielle servir de justification à un comportement pour le moins discutable.

La réalisation intérieure passe par la Connaissance-Amour et débouche sur la communion avec le Grand Tout vivant, communion symbolisée dans la philosophie pythagoricienne par le nombre DIX.

DIX est également la valeur numérale de la lettre hébraïque « Jod », devenue le « God » des Nordiques, ce qui conduit au « G » comme géométrie, lettre qui figure au centre de « l’Etoile Flamboyante » des francs-maçons, une étoile pentagonale, comme il se doit.

La décade pythagoricienne se retrouve, en effet, sceau canonique du Grand Œuvre, précisément sous forme d’étoile à cinq branches.

« Jod Hé Vau Hé » furent les syllabes de l’invocation des Mystes au Souffle Divin, lors des Mystères d’Éleusis, de l’invocation au souffle de Feu, émanation de la Vie.

Ces syllabes ne sont pas sans rapport avec le nom indicible de Yahweh. Cela ne saurait étonner, car formes, formules et symboles fusionnèrent dans le creuset méditerranéen.

Ainsi, le pentagramme étoilé se découvre en Égypte comme hiéroglyphe et comme symbole attribué à la déesse Nout.

Ainsi, les proportions de la Grande Pyramide débouchent sur la section dorée, élément clé de l’esthétique pythagoricienne et l’Angle d’Équité de Pythagore se retrouve équerre maçonnique dans les loges de cette fraternité.

Le pythagorisme fut une initiation à une fraternité universelle, ce qui ne veut pas dire égalité universelle. La voie pythagoricienne n’est pas une voie conduisant à la démocratie, pour autant qu’on donne à ce terme le sens de nivellement général, ce qui est, en fait, une interprétation spécieuse.

Le fondement de l’enseignement du Maître de Samos prône la fraternité vivante, unissant tout ce qui existe pour évoluer, afin d’aboutir, par l’Amour, à la Grande Illumination, à laquelle parviennent les hommes lorsque, inspirés par la Loi d’Harmonie, ils traduisent le Beau, le Bien et le Vrai à tous les niveaux de leur action.

Il s’agit de comprendre qu’en essence l’homme est « UN », mais que dans son corps, il dispose de moyens différents chez chacun. Seule l’éclosion d’une civilisation de libre progrès, donnant à tous les moyens d’un épanouissement individuel s’inscrivant dans la logique des lois de la nature, aboutirait, par cycles renouvelés, à la Perfection finale.

Concluons, en prenant conscience qu’il est peut-être plus facile d’évoluer dans l’obéissance des dogmes acceptés, mais que la mutation du monde, à laquelle nous assistons, renverse bien des croyances et qu’il est souhaitable d’épouser le mouvement qui pousse la génération montante à vouloir comprendre avant d’accepter d’obéir.

Comprendre, c’est pénétrer les arcanes des Mystères de la Nature, et au cœur de ces Mystères, le dieu Pan est toujours vivant.

Mais terminons en citant Bouddha. Voici ses instructions, relatives aux conditions d’acquisition de la Connaissance :

« Nous ne devons pas croire à une parole, simplement parce qu’elle a été dite ; aux traditions, parce qu’elles se transmettent depuis l’Antiquité ; aux écrits des Sages, parce que les Sages les ont écrits ; ni aux imaginations que nous pouvons supposer avoir été inspirées par un Deva ; ni aux déductions que nous pouvons tirer de quelques suppositions hasardeuses faites par nous ; ni à la seule autorité de nos propres maîtres et instructeurs.

« Mais nous devons croire quand les écrits, la doctrine et les paroles sont corroborés par notre conscience et notre raison.

« Je vous ai enseigné à ne pas croire uniquement parce qu’on vous l’a dit, mais quand, par votre propre conscience, vous croyez, alors agissez en conséquence, sans réserve. »