Michel Random : LE KIAÏ cri de l’énergie vitale


03 Jun 2010

(Revue Énergie Vitale. No 9. Janvier-Février 1982)

Tous les Budô possèdent un cri particulier ou « Kiaï », souvent terrifiant et qui exprime apparemment la brusque libération de l’énergie. En réalité, le Kiaï est « une mise sur longueur d’ondes » entre deux combattants. Le Kiaï doit partir du ventre, c’est-à-dire du centre de la véritable énergie, il est inopérant s’il part seulement de la gorge : il n’exprime dans ce cas rien de plus qu’un son guttural.

En réalité le Kiaï est une science ou art d’utiliser le KI ou énergie . Ce mot, énergie-force-vitale, puissance subtile qui est dans toutes choses comprend toutes les formes de la vie. Les Budô en particulier sont une application de cette énergie.

« A l’origine existe la Vibration, à la fin existe la Vibration, entre les deux la terre et l’univers ont vécu ». Sur cette pensée du shinto ancien repose une profonde connaissance ésotérique. La Vibration (état impersonnel de l’énergie) est perçue comme un son dans le mental (état individualisé de l’énergie). Connaître le pouvoir du son, c’est faire vibrer l’énergie, c’est donc faire vibrer la vie elle-même.

Par le son, ou plutôt par les modes de vibration du son s’expliquent toutes choses. Ces connaissances très anciennes, aujourd’hui pleinement confirmées par nombre d’applications scientifiques (pouvoir du son sur les plantes et les animaux notamment) permettent de comprendre combien le Kiaï peut être beaucoup plus qu’un cri terrifiant et exprimer son énergie dans tous les domaines de l’existence. Dans ce cas, le Kiaï peut être silencieux ; il implique avant tout une décision active de l’esprit, de telle sorte que le plus fort exerce son ascendant sur le plus faible.

Le Kiaï se maîtrise par le Hara. Ce que les Japonais nomment « Fukushi-ki Kokyû », la respiration profonde du ventre.

Le Kiaï est en définitive le résultat d’une science impliquant aussi bien la maîtrise de la respiration que celle de l’esprit. L’esprit commande le KI qui fait vibrer le Hara. Le Kiaï projette en quelque sorte l’énergie mentale, physique et psychique.

Michel RANDOM

Bibliographie

Les Arts Martiaux ou l’Esprit des Budô, par M. Random, Ed. Nathan.

Hara, centre vital de l’homme, par Karlfried Graf Dürckheim. Ed. Courrier du Livre.

A propos des arts dits « Martiaux »

Le développement des Budo en Europe repose, malheureusement, sur une grossière erreur de traduction. D’où la confusion de deux termes : Bugei et Budo, qui se situent à des époques et dans des contextes complètement différents.

Bugei est la traduction exacte d’Arts Martiaux, datant du Moyen Age, dans un contexte de guerre où le sabre, l’arc, les pieds et les poings étaient des armes.

Budo se traduit par Voie de l’Harmonie (c’est-à-dire Voie de l’Harmonie Intérieure, par des techniques de combat).

Il est bien évident, compte tenu de la complexité de la langue japonaise, et de l’idéogramme BU, qu’il peut exister plusieurs possibilités. BU signifiant également esquive, réconciliation, éviter la lance, et également la guerre.

BUDO est un terme utilisé pour la première fois par J. Kano dans un contexte moderne. Et le fondateur du Judo a précisé que ces techniques de combat servaient avant tout à retrouver la paix intérieure.

Il est d’usage de considérer que les Maîtres Japonais sont tous inspirés par le bouddhisme Zen. Au contraire, tous les dojo, et toutes les vieilles écoles japonaises sont d’inspiration et d’esprit Shinto. Le petit autel Shinto préside à tous les dojo. Quand l’influence Zen se fait sentir, elle se superpose à la pratique Shinto qui est originelle et fondamentale. Dans l’aspect esthétique du Shinto s’unissent arts plastiques et art des Budô.

M.M.