Murshida Sharifa : Le message


01 Dec 2013

(Revue La pensée Soufie. No 6. 1983)

(D’après des notes de conférence révisées par les éditeurs)

Pir-o-Murshid Inayat Khan a dit : « Le Message vient comme une réponse à l’appel de l’humanité – de même que la pluie vient à la bonne saison ». C’est comme si des nuages s’étaient élevés qui sont descendus en forme de pluie. L’appel de l’humanité monte, et quand il a atteint une certaine hauteur le Message vient comme une pluie en réponse à cet appel.

Mais est-ce que cet appel crée le Message ? Non ; l’appel ne fait qu’amener ce pouvoir divin, cette miséricorde et cette compassion, cette harmonie et cette sagesse, comme un enfant amène sa mère à lui quand il l’appelle; et tant que l’enfant est content la mère peut se tenir à distance. Ainsi l’Esprit Divin vient à l’individu ou à la collectivité spécialement en temps d’afflictions, de troubles. Quand les nations sont ébranlées, alors arrive le désir des nations, le désir d’être délivrées de l’affliction.

Dans notre époque de tensions le Message vient sous une forme appropriée à ce temps. Le cœur de l’humanité est troublé, l’homme a perdu le contact avec son être intérieur et ne cherche que le confort matériel qui pourtant ne donne jamais la satisfaction. Chacun désire empoigner confort et luxe pour lui-même, chacun désire devenir plus riche qu’il ne l’est déjà. Les nations sont avides de territoires. Ainsi arrivent afflictions et troubles et quand le cœur a été profondément touché, la réponse vient comme la pluie vient après la tempête.

La première prière que le Christ donna aux temps de famines fut : « Donne – nous aujourd’hui notre pain quotidien ».

La prière donnée maintenant dit : « Élève-nous au-dessus de la densité de la terre ». Qu’entend-on communément ? « Je n’ai pas le temps ; toute la journée j’ai tant de choses à faire ; j’ai à peine le temps de penser ! » L’homme est absorbé par cette existence dense et épuisante.

La terre, par sa nature même, ne peut être que dense, mais nous pouvons être élevés au-dessus de sa densité. Au-dessus l’homme vient en contact avec l’Être Divin. Ceci est le Message d’aujourd’hui : le Divin est en l’homme.

L’on en est arrivé au point l’on pense qu’il n’y a rien de mieux dans le monde que l’homme. Mais quand il perd la notion du Divin l’homme devient malheureux. En cherchent sa satisfaction dans la poursuite de cette vie dans le monde il devient de moins en moins satisfait à mesure qu’il poursuit les plaisirs.

Il peut nous arriver de rencontrer quelqu’un qui est malade, quelqu’un qui mène une vie de pauvreté, ou mieux quelqu’un qui se débat dans de multiples problèmes – et pourtant nous sommes étonnés par son calme, par sa sérénité. C’est là où nous pouvons trouver le contact avec le Divin. Or, tout le monde peut éveiller cette conscience en lui-même.

Il y a eu jusqu’au siècle dernier le temps de recherche, de la connaissance, de désir d’explorer le monde. Maintenant le temps est venu où l’on désire trouver ce qu’il y a derrière cette connaissance, quelles sont les vibrations les plus fines, les rayons les plus imperceptibles, ce qu’il y a derrière ce que nous pouvons voir dans le microscope. C’est la méthode scientifique.

Il y a une autre méthode, qui est celle du mystique. Le mystique va au sommet de la montagne et de là il regarde ce qu’il y a sur les pentes et au pied de la montagne. Il a une vision globale, totale et en même temps diversifiée. Ainsi le Message est donné de beaucoup de manières diverses :
sous forme de lois pour vivre, pour agir et sous forme de conseils pour se comporter dans la vie de tous les jours. Chaque fois dans l’histoire de l’humanité que le Message fut donné, il fut donné chaque fois de la manière qui convenait le mieux aux besoins des hommes de ce temps-là ; que ce fut par un roi, par un législateur ou par un prêtre.

Mais ce que le monde cherche aujourd’hui est un enseignement universel. Naguère on croyait que le travail et l’instruction étaient le remède aux difficultés. L‘instruction est bien répandue aujourd’hui, mais le malaise est devenu plus grand. Le seul remède est en quelque chose qui se trouve derrière l’instruction, plus profondément qu’elle. L’instruction part d’une certaine base mais la connaissance qui est plus profonde est apparentée aux questions que posent les enfants : « Pourquoi l’herbe est-elle verte ? Pourquoi les animaux ont-ils quatre pattes ? » Celles-ci sont des questions venues des profondeurs qui surgissent dans l’esprit de l’âme nouvelle-venue sur terre.

Le mystique pénètre au fond des faits. Il rend les faits neufs. Il cherche la profondeur de la vie, et là il trouve la conscience. Lorsque Descartes dit : »Je pense donc je suis » – cela veut dire en fait : « Je suis conscient, donc je sais que j‘existe ». Il est une conscience qui est libre de toute qualité, de toute forme ; elle est vivante et de ce fait elle est le bonheur même.

Qu’est-ce que le Divin ? C’est la beauté qui est divine. De la pierre précieuse, de la fleur, de l’étoile – la beauté élève l’homme à travers tous les aspects du monde visible vers l’invisible, qui est l’existence divine et la preuve de l’existence divine. L’âme s’affine jusqu’à ce qu’elle touche ce monde. Pourquoi est-ce que certaines théories nous laissent si déçus ? Il y a la façon de regarder la vie comme un mécanisme. N’est considéré comme beau que ce qui est ressenti comme utile. De telles idées nous laissent insatisfaits, malheureux, parce que l’essentiel a été omis. En réalité l’homme cherche le bonheur. Il pense en lui-même : « Je ne recherche pas cette belle situation pour elle-même, ni ce voyage pour lui-même – mais simplement pour le bonheur que cela me procure. »

Lorsqu’il est en contact avec son propre âme l’homme est heureux. Il ne dépend pas des choses extérieures qui viennent et s’en vont. Il est avec le Divin, avec ce qu’il reconnaît être Divin dans son âme et dans celle des autres, Il en résulte pour lui un grand respect, de grands égards pour tout être humain, En tant qu’être humain, ayant quelque chose du Divin, chacun est digne de tout respect.

Lorsqu’il est en contact avec son âme l’homme voit que toute autre chose n’a que peu d’importance comparée avec cela. Il n’aspire plus à augmenter ses possessions matérielles. Il cherche la beauté, il la reconnaît dans la beauté extérieure et elle le rend de plus en plus heureux; mais il apprécie de plus en plus la beauté intérieure qui est l’objet de son adoration.

Le Message d’aujourd’hui a comme thème central la reconnaissance du Divin. Les gens se sont prosternés devant le soleil, devant une étoile, devant un arbre même devant un animal. Le peintre Cézanne a dit : »Je crois en Dieu quand je vois le mécanisme parfait de la main humaine » ; ou l’on pourrait tout aussi bien dire : « Je crois en Dieu quand je regarde l’œil humain ».

Malgré toute la cruauté dont il est aussi capable, c’est dans l’homme qu’on peut voir le Divin davantage que dans tout autre être ou objet. L’homme peut s’élever plus haut que tout être existant. Un beau paysage sans habitants peut être contemplé et admiré, mais s’il y a un endroit où un être humain a vécu, a aimé, a souffert, où il a réfléchi et a été inspiré – ne fut-ce qu’un simple rocher – des centaines s’y assemblent, parce que l’être humain a rendu cet endroit attirant. Les lieux de pèlerinage sont pour le prouver.

L’essence divine peut rayonner et se refléter davantage à travers l’homme qu’à travers les étoiles et le soleil où toute autre chose. Si l’on ressent cela, la vie devient harmonieuse et attirante, non pas par moments, mais a tout instant.