Thayumanavar : Le mystère de l’acheminement vers la pure conscience


12 Jan 2013

(Revue Être. No 2. 1974. 2e  année)

Ces strophes ont pour auteur le poète hindou le plus populaire en pays tamoul. Thayumanavar vécut au 17e  siècle et était réputé à la fois comme poète et comme saint. Ramana Maharshi le citait volontiers ainsi que le rapporte « the Mountain Path » (juillet 1968). La présente traduction a été faite d’après l’original en passant par l’allemand.

I — Quand s’éveille le « je » individuel, celui qui se fait connaître à chacun, celui qui tourmente chacun, alors, le suivant telle son ombre, surgit l’universelle Mâyâ, la force et le règne du Multiple; quel homme pourrait jamais décrire l’océan de misères qui en découle ? Elle est chair, elle est corps, elle est sens, elle est l’intérieur et l’extérieur, elle est l’éther pénétrant tout, elle est l’air, le feu, l’eau et la terre; physiquement, elle est colline, bois, montagne gigantesque, dans l’âme elle est souvenir, oubli et bien d’autres choses encore; vague par vague, elle s’attaque à l’homme et lui apporte plaisir et peine, conséquence de ses actes passés, elle lui apporte aussi le baume guérisseur, croyances et religions, chercheurs de Dieu, les affirmations, les preuves de la Science si grandiose et logiquement construite pullulent comme les sables de la mer.

II — Au gré du hasard d’innombrables difficultés nous assaillent sans cesse. Comment les déraciner et les détruire une fois pour toutes tel un morceau de camphre qui flambe dans un grand feu et se consume sans laisser de résidu ? Pour accomplir ce miracle et pour m’éclairer, la Grâce a pris forme. Elle parut, Guru silencieux, pareil à moi en tout (il mangeait, dormait, souffrait et jouissait, il avait un nom et était né quelque part), tel un cerf dont le chasseur fait un appât pour capturer un autre de sa race, tel apparut le Guru.

III — Il me demanda mon corps, tous mes biens et même ma vie et m’enseigna l’antique processus de dépouillement : « Tu n’es pas les cinq sens, ni les cinq éléments, ni tes membres, ni ta pensée, ni leurs propriétés, ni toutes ces choses prises ensemble, tu n’es point le corps, ni la connaissance, ni la non-connaissance — tu es la Pure Conscience, celle qui est sans lien, semblable au cristal, lequel n’est que transparence pour qui le contemple. Alors que nous, le Guru, sommes l’Etre Intérieur manifestant la vérité quand nous te sentons capable de la recevoir. »

IV — « Si tu veux atteindre la pure conscience, la félicité et l’éternité et ce qui est le plus profond en toute chose (elle est aussi le siège de la Grâce vivifiante), alors tend l’oreille et apprends le chemin que je t’indique. Puisses-tu atteindre le cœur pur de toute chose et y demeurer à jamais. Puisse l’opaque ignorance s’écarter de toi. Puisses-tu ne désirer que la félicité de la conscience pure, puisse le conditionnement prendre fin pour toi. »

V — Ainsi parla le Guru et il dispensa la connaissance vraie, unique, du silence originel qui détruit tout lien, dans lequel il n’existe ni méditation, ni égo, ni espace, ni temps, ni direction, ni lieu, ni extension, ni discrimination, ni forme d’expression, ni jour, ni nuit, ni commencement, ni fin, ni milieu, ni intérieur, ni extérieur, ni combinaison de toutes ces choses.

VI — Ainsi parla le Guru : « Malgré toutes ces négations Cela n’est point le vide, mais l’Etre Naturel et Eternel qui ne peut être décrit en paroles, qui ne se manifeste pas en tant qu’égo mais qui est la Réalité Vraie qui englobe tout, qui a absorbé la non-connaissance comme le jour recouvre la nuit, qui sans effort dépasse toute connaissance, car elle a résorbé en elle « la Personne ». Elle rayonne dans le silence, brillant de sa propre lumière. »

VII — « Par son apparition, elle supprime celle de toute autre forme et toute autre chose se trouve aussitôt effacée comme le camphre enflammé se consume sans laisser de résidu ou quelque lueur. Elle rayonne au-delà des sens, distincte du connaisseur, du connu et du déroulement de la connaissance : elle est cependant présente mais qui pourrait en parler et à qui ? Elle s’exprime elle-même et quand elle surgit l’homme est métamorphosé. »

VIII — Ainsi parla le Guru. Lorsque l’on parle de « Cela » surgit la question : qu’est-ce ? Mais n’est-il pas illogique de poser une telle question à propos du Un sans second ? C’est pourquoi le roi de Janaka et Suka et d’autres sages arrivés à ce stade au-delà de toute interrogation demeurèrent silencieux, comme des abeilles étourdies par le miel… Et la bénédiction du Guru vient à mon aide car la grâce est inépuisable pour qui désire atteindre la pure connaissance et obtenir la félicité absolue. Je ne prendrai aucun repos, je ne me laisserai pas absorber par les nécessités de la vie quotidienne avant d’avoir atteint ce but.