Maurice Gazan : Le Mystère de nos Rêves


06 Aug 2010

La première partie de cet intéressant exposé est manquante, mais le lecteur intéressé n’aura pas de difficulté à comprendre le texte…

(Revue Spiritualité. No 30. Mai 1947)

(SUITE)

Le rêve est plus ou moins complet. Dans sa première phase il consisterait en la perception d’une image simple, sans émotion, ni sentiment appréciable. Cette courte phase qui se réduit à un seul tableau est le phénomène qui annonce le sommeil. A ce moment l’intelligence conserve encore le contrôle des images qui se présentent et elle peut parfois s’en débarrasser. La courte période préalable est l’interprétation illusoire, déformée d’une excitation périphérique ou d’une de ces lueurs entoptiques qui sont dues à l’activité spontanée de la rétine. Il existe au début et plus rarement à la fin du sommeil, les yeux fermés et parfois ouverts, un état de rêves que l’on appelle le rêve éveillé. C’est un état qui est presque toujours anormal et bien souvent nettement morbide, ou dû à des perturbations très profondes du système nerveux. On désigne cet état sous le terme « ivresse du sommeil », schlafrausch ou cataplexie. Une partie du « moi » dort, tandis que l’autre, à demi consciente est le jouet des hallucinations hypnagogiques. Ce sont sans doute des visions analogues que contemplent les mystiques et les illuminés, les images fantastiques envoyées par le Diable aux Anachorètes chrétiens et par les démons aux Ascètes Hindous (1). Mais le premier degré du rêve proprement dit consiste à systématiser les tableaux hallucinatoires, qui se présentent à l’esprit en scènes continues. On ne peut pas déterminer actuellement si cette continuité du rêve résulte d’un travail d’élaboration et de coordination postérieur au moment même du rêve ou si cette élaboration est contemporaine du songe. Mais c’est à ce moment que l’on voit apparaître l’élément le plus important du rêve: l’émotion — joie, peur, colère, angoisse — ou doute ou la pseudo sensation — volupté, douleur, impressions thermiques, olfactives ou tactiles. Mais le rêve lui-même est indépendant de la sensation, quand celle-ci apparaît par une cause extérieure: contact du corps ou chute d’un objet léger par exemple, elle s’intercale dans l’image du rêve sans en interrompre le déroulement. On a tenté d’expliquer l’enchaînement des représentations du rêve, en invoquant l’automatisme, qui est le réflexe conditionné. Cet automatisme consiste à lier par l’habitude d’une perception ou d’une pensée certains faits ou idées à d’autres. Si vous vous souvenez de ma première conférence, vous vous rappellerez que je vous ai dit qu’il est incontestable que ce mécanisme établit en chaque individu des possibilités ou des tendances d’associations bien déterminées, mais que le jeu du psychisme est d’une telle richesse que chaque terme comporte, non pas deux, mais des quantités infinies d’associations possibles. Que ces termes capables d’associations ne forment pas une chaîne que l’on suit dans un sens ou dans l’autre, mais une trame aux croissements innombrables, sur laquelle la pensée court comme sur un canevas. De telle sorte qu’on peut bien arriver à expliquer pourquoi telle idée à réveillé telle autre, mais qu’on reste impuissant à dire avec la seule notion d’automatisme, pourquoi elle n’en a pas réveillé une autre.

La théorie de l’affectivité complète la connaissance de l’inconscient, c’est-à-dire complète le peu de données que nous possédons à ce sujet et permet de nous rendre compte de la nature du rêve. Il est erroné de croire que les images et les événements d’un rêve pénible sont la cause de sentiments désagréables que l’on a éprouvés (2). C’est l’émotion qui est la véritable génératrice des représentations visuelles, suite de la suppression de la sélection et de la synthèse mentale. Car l’élément commun à tous les songes est l’émotivité. Cette émotivité peut être intense et revêtir un caractère instinctif total ou révéler un caractère d’élévation extrême, sans pour cela refléter le fond véritable de l’individu, car il y a une profonde vérité dans le dicton : « Rien n’est plus impur que les rêves d’un Saint. » C’est donc seulement la qualité de l’émotion qui distingue l’image du rêve de l’image mentale, car la première est exempte de toute intellectualité pure, la seconde de toute émotivité.

La croyance à la nature divine du rêve, au rêve envoyé par Dieu, que l’on retrouve si fréquemment dans la vie des Saints, et dans la mythologie se fonde certainement sur le caractère intensif et spirituel de cette émotion. L’unification des activités de la conscience détermine une harmonie plus grande des fonctions viscérales et nerveuses. L’intensification et la spécialisation des fonctions mentales peuvent amener des perturbations organiques et fonctionnelles profondes. Ceux qui poursuivent un idéal moral, religieux ou scientifique ne cherchent ni la sécurité physiologique, ni la longévité. Il semble plus que certain qu’un état de conscience peut amener des modifications organiques quelquefois très profondes. La plupart des grands mystiques ont souffert physiquement ou moralement, au moins pendant une partie de leur vie. Il n’est guère étonnant de voir que l’extase, la contemplation ou l’illumination intérieure s’accompagnent de véritables orages nerveux, des symptômes apparentés à l’hystérie, qui sont susceptibles de laisser des empreintes tangibles dans l’organisme, dont les modifications fonctionnelles ne sont pas les moindres. Quand la logique mentale avec les concepts de cause et d’effet de moi et de non-moi, de sujet et objet, de continuité dans le temps et de contiguïté dans l’espace, a cessé de présider aux associations d’idées pour créer la synthèse mentale et permettre le raisonnement, c’est l’élément affectif instinctif qui devient le fil conducteur ou plutôt l’aimant qui polarise les images. Le processus psychologique devient illogique, absurde et n’opère plus selon les lois de la raison discursive, le rêve est donc une forme primitive de l’activité consciente, que nous rencontrons plus ou moins latente, dans d’autres manifestations humaines.

Reprenant et développant l’idée de Cullen, formulé il y a un siècle, concernant les points de contact entre le songe et le délire, Freud admet une série de transitions qui conduisent du rêve aux névroses délirantes. Celles-ci seraient essentiellement caractérisées par la persistance durant la veille des états oniriques révélateurs de notre inconscient. Cette conception mérite d’être retenue à la condition de ne pas rattacher tous les états psychopathiques à des influences érotiques. L’inconscient accumule les sensations, les sentiments, les idées et les tendances de notre existence entière. C’est le réceptacle de toute notre vie psychique, il garde tous nos souvenirs enfouis au plus profonds de ses arcanes (3).

VI

Avant de parler des rêves prémonitoires proprement dits, il me semble utile de dire quelques mots au sujet des manifestations pathologiques de l’organisme, qui provoquent des songes d’une nature spéciale. On pourrait presque dire que l’organisme « avertit » l’individu obscurément du danger qui le menace. Macario et Moreau de la Sarthe sont les premiers qui ont étudié le rêve du point de vue indicateur des états pathologiques. Plus tard une foule d’observations de ce genre a enrichi la littérature. On trouve parmi les auteurs les plus connus: Artiguès, Ducosté, Ferré, Parés, Simon, Tissié, Meunier et Masselon, Vaschide, Goblot, Piéron et Lasègue. Lasègue, qui a abordé des chapitres si divers de la médecine a constaté que dans les maladies de cœur, particulièrement dans les lésions mitrales, le sommeil est troublé par la peur, l’anxiété, par l’angoisse non-respiratoire et par les hallucinations non-visuelles, mais auditives. Le cardiaque reste dans le vague, il ne peut pas préciser ses rêves; ceux dus à une affection de la circulation sont généralement très courts, très effrayants, accompagnés de circonstances tragiques et particulièrement de l’idée de mort prochaine (4). Il est curieux de constater que les anciens écrits chinois, dont la médecine a étudié le songe, bien des siècles avant notre civilisation, mentionnent les mêmes observations. Ces états morbides semblent exalter la sensibilité occulte du dormeur et font percevoir des douleurs, avant de les éprouver pendant le jour. Le rêve prend déjà ici un caractère prémonitoire. On se croit mordu à la jambe et trois jours plus tard on est atteint d’un début de furoncle par exemple. On souffre de la gorge, c’est le début d’une angine, qui se manifeste au bout de 48 heures. Mais le véritable rêve prémonitoire ou prophétique est encore une manifestation toute différente. C’est un phénomène peu commun, dont l’apparition exige de la part de l’individu chez qui il se produit une disposition spéciale, que l’on appelle la voyance et qui doit certainement être due à une structure nerveuse et cérébrale hautement différenciée. L’existence réelle de cette faculté, sa puissance, sont des données de l’observation directe. Il s’agit bien de distinguer entre les véritables voyants, tels que furent les sages des Indes et les visionnaires religieux de l’occident ou bien certains voyants remarquables de notre époque, et les soi-disants psychomètres à prix réduit, dont la plupart se classent dans une catégorie à laquelle il convient d’appliquer un tout autre nom.

La perception extra-sensorielle permet de saisir, sans intervention consciente ou dirigée, les événements plus ou moins éloignés dans les limbes du temps, soit après ou avant leur réalisation. C’est une faculté qui est en réalité une sensibilité infinitésimale, exceptionnelle, dont le mécanisme ne peut s’étudier rationnellement du fat que nous sommes placés devant un phénomène observable, qui échappe aux lois du continuum physique. Mais comme je vous l’ai dit, lors de ma première conférence, rien ne prouve que les lois du globe terrestre sont transposables sans plus ou sans modifications profondes dans le labyrinthe de notre psychisme. Il serait utile d’étudier dans un avenir proche les variations du potentiel cérébral par l’électro encéphalographie, afin de localiser les zones actives, ou les régions corticales en rapport avec ces phénomènes mystérieux.

On constate chez les metagnomes véritables par la suppression des excitations extérieures, sous l’hypnose ou par le sommeil, que l’attention ne semble pas complètement relâchée, que la coordination subsiste, sous une certaine forme, ou dans une certaine mesure, tout en ne possédant pas les mêmes qualités que chez l’homme éveillé. Il est certain que les organes sensoriels doivent différer dans leur structure ou dans leur développement de ceux des individus, dits normaux. La conscience semble rester éveillée pour une certaine suite d’opérations mentales et la suppression des contacts avec le monde extérieur permet l’enregistrement des impressions reçues et leur visualisation synthétique, par l’intermédiaire du fonctionnement central. Si le terrain est sain et que le sujet est équilibré, les perceptions seront cohérentes et présenteront des analogies ou des identités avec la réalité. Mais si par contre le support organique est morbide ou défectueux, les images présenteront une déformation malgré qu’un embryon de vérité puisse subsister.

Certes bien des points sont encore loin d’être clairement élucidés. Les détails intimes du mécanisme de la voyance ne nous sont pas plus connus, que ceux de la photochimie visuelle, ou bien ceux des processus périphériques qui nous renseignent sur la couleur, pas plus d’ailleurs que ceux du siège exact de la réception des fréquences sonores dans l’oreille, ou bien du problème des voies de la douleur. Nous ne possédons que quelques morceaux de l’immense mosaïque, qui forme l’image de la nature. C’est une particularité de notre structure, qui fait que nous croyons « connaître » un phénomène quand nous l’avons « compris ». Nous oublions que ce mot est purement relatif et ne possède pas une même signification pour tout le monde. Il possède un sens différent suivant le degré de culture et de la complexité du cerveau de l’individu qui l’emploie. Nous nous préoccupons surtout de « croire » que nous comprenons et nous confondons souvent cette « croyance » avec la compréhension vraie, que nous assimilons à la connaissance de la réalité.

D’autre part nous avons en la science la même confiance que dans une machine à calculer: si elle est bien construite, elle « doit » fournir des résultats exacts. Mais nous n’appelons ces résultats exacts, que parce que nous avons établi des règles, qui nous permettent, par d’autres méthodes, non mécaniques, de contrôler les chiffres obtenus. Il ne s’agit là non pas du phénomène que l’on observe réellement mais d’une coïncidence calculée, attendue, basée sur des conventions arbitraires. Nous avons réalisé quelque chose de vraiment prodigieux: édifier une image, dont les éléments sont liés par des rapports, par des lois, tels que dans certains cas nous sommes capables de fixer des schémas très abstraits à travers le polymorphisme des phénomènes et de prévoir des événements extérieurs futurs: l’astronomie nous en fournit un exemple éclatant. Mais il n’est pas moins vrai que les problèmes de l’esprit ne sont pas aussi facilement solubles par le raisonnement logique, que ceux de la matière. Leur compréhension est plutôt intuitive, et en dehors du syllogisme, de l’analogie, des rapports et des dialectiques.

Toute notre science a été édifiée par cette puissance mystérieuse qu’est l’intuition vraie, sans elle notre savoir ne serait qu’une vaste comptabilité de faits, sans liens entre eux.

(à suivre)

Maurice GAZAN

1. Laforgue : Les Rêves. Éditions Masson.

2. Chauchard P. : Le système nerveux et ses inconnus. Presses Universitaires de France, n° 8.

3. H. Roger : La Psycho-Physiologie. Éditions Masson, 1946.

4. J. Delay : Les ondes cérébrales. Presses Universitaires de France, 1942.

(Revue Spiritualité. No 31. Juin 1947)

(Suite et fin)

VII

Beaucoup d’auteurs défendent le principe de la continuité du rêve. Mais cette question n’est pas encore tranchée par une preuve décisive. Le rappel du rêve montre en effet l’aptitude de faire passer dans la conscience normale un processus plus ou moins inconscient, du moins subconscient. La question qui s’est posée immédiatement a été de savoir si les songes, dont on garde le souvenir, sont ceux du profond sommeil ou seulement ceux de la phase intermédiaire du réveil. Pour certains auteurs le rêve n’est pas la pensée du sommeil, mais celle du réveil. Deux ordres de faits supportent cette opinion: d’abord, pour faire apparaître un songe de plus dans la nuit d’un dormeur, il suffit de provoquer un réveil. Ensuite les rêves les plus intenses, ceux qui ont provoqués les plus fortes réactions motrices ne laissent pas de traces dans la mémoire du dormeur s’ils n’ont pas été suivis de réveil immédiat.

D’autres expériences objectives ont prouvé que beaucoup de rêves, remontant à une phase relativement éloignée du réveil définitif, reviennent spontanément à la mémoire par des associations d’idée, par exemple. L’hypnose étudiée par Ribot, permet aussi de les rappeler chez certains sujets. Toutefois, les dernières observations cliniques, effectuées par l’instrumentation délicate de l’électro-encéphalographie, nous permettent de croire que le rêve se situe en effet près du réveil et se déroule dans un laps de temps que l’on estime de 8 minutes à 90 secondes.

Le songe qui a été interrompu peut reprendre quand on se rendort. Il peut même se continuer assez longtemps entrecoupé par les arrêts et les reprises du sommeil. Si le songe est agréable, on réussit quelquefois par un effort de volonté à en faciliter la continuation.

Il arrive aussi qu’un même songe se reproduise ou se continue pendant plusieurs nuits de suite, finissant par créer une double vie.

C’est ce qu’a parfaitement exprimé Brillat-Savarin dans « Physiologie du Goût, Méditation XX ». Il nous dit : « Il est des personnes, pour qui le sommeil est une vie à part, une espèce de roman prolongé. C’est-à-dire, leurs songes ont une suite. Ils achèvent dans la seconde nuit celui qu’ils avaient commencé la veille et il leur arrive de voir en dormant certaines physionomies qu’ils reconnaissent pour les avoir déjà vues et que cependant ils n’ont jamais rencontrés dans le monde réel.

Il est certain qu’il s’agit ici d’un phénomène morbide, ayant à sa base un état pathologique bien défini.

On peut se demander, si dans le transfert de la subconscience à la conscience claire le songe ne subit pas une déformation. Les souvenirs du rêve sont souvent infidèles, car les transformations rapides des souvenirs au cours d’un laps de temps relativement court, s’éloigne de plus en plus de la réalité. C’est une des raisons pour lesquelles il faut observer une prudence extrême envers les récits et anecdotes, malgré la bonne foi des narrateurs.

On ne peut pas soutenir que cette déformation éventuelle n’enlèverait rien à la signification réelle du rêve. Vouloir considérer néanmoins cette déformation comme un perfectionnement postérieur, une maturation plus complète du songe en tant que produit du psychisme latent, semble plus une gageure, qu’une hypothèse légitime.

VIII

La psychophysiologie en utilisant la méthode électro-encéphalographique permet de préciser les modifications que le sommeil et le songe apportent au fonctionnement cérébral. Elle fait constater tout d’abord que le sommeil produit une diminution, puis une suspension complète des oscillations électriques de l’écorce, ce qui est en rapport avec l’augmentation des chronaxies corticales. Il est probable qu’à ce moment les impressions centripètes n’arrivent plus au cortex et ne provoquent plus le fonctionnement des neurones qui s’y trouvent.

Cette conception semble se confirmer par les expériences de Bremer, qui en pratiquant sur le chat une section entre le télencéphale et le mésencéphale constate la suppression des excitations électriques et produit un tracé qui possède l’aspect caractéristique du sommeil.

L’encéphalographie dont les premiers travaux furent faits par Berger, de l’Université d’Iéna, par Loomis, Harvey et Hobart, aux États-Unis et par le professeur Jean Delay en France, ont établi que le sommeil possède 5 stades successifs. C’est d’abord le stade A, stade d’assouplissement au cours duquel les ondes Alpha deviennent de plus en plus faibles. Puis elles cessent de se manifester, pendant une durée de 2 à 5 secondes. Alors apparaissent des ondes nouvelles, ondes béta, lentes et isolées ou groupées par trois ou quatre ayant une moyenne de 50 microvolts. Au deuxième stade, stade B, les ondes alpha ont complètement disparu, tandis que les ondes béta augmentent d’amplitude, atteignent et dépassent même 150 microvolts. Ce qui est extrêmement important c’est que les modifications ne sont pas régulièrement réparties sur toute la surface du cerveau, certaines régions sont encore à l’état de veille, tandis que d’autres sont à l’état de somnolence ou entièrement endormies. Ce qui confirme donc bien la nature du rêve éveillé et de certains phénomènes observés chez les métagnomes, chez qui se manifeste le songe prophétique ou prémonitoire.

Dans le sommeil profond, stade E, il ne reste que des ondes lentes, distribuées au hasard. A mesure que le sommeil fait du progrès les tracés se régularisent et les différences qui sont si marquées d’un individu à un autre, s’affaiblissent et s’effacent. La personnalité électro-encéphalographique ne se manifeste que durant l’activité cérébrale. Il n’y a pas deux tracés semblables pendant la période de veille il n’y a pas deux tracés différents pendant la période de sommeil.

De tous ces résultats on peut conclure avec Bremer, l’une des causes immédiates du sommeil réside dans une perturbation fonctionnelle plus ou moins rapidement réversible des mécanismes diencéphaliques et corticaux de réception et de diffusion des variations du potentiel nerveux.

Mais ce qui est l’observation la plus importante de tous les travaux et que nous devons aux expérimentateurs américains, c’est d’avoir établi définitivement que le rêve n’est pas caractérisé par une onde spéciale ou particulière mais par un changement de phase du sommeil, qui, elle, s’accompagne d’une onde spécifique.

C’est au stade du sommeil léger que se manifeste le songe. Il est donc quasi certain que le rêve se situe près du réveil, mais que l’on ne peut se rappeler le songe, que si l’on se réveille réellement.

CONCLUSIONS

Rien de plus admirable, de plus hautement différencié et spécialisé parmi nos organes que le système nerveux, qui par sa partie supérieure le cerveau, est le siège de notre vie psychique, des instincts animaux à la pensée humaine la plus élevée. Et cependant, nous devons admettre que l’origine de l’activité qui conditionne notre vie profonde ne peut être révélée par l’étude histologique, physiologique ou fonctionnelle de la structure nerveuse. Le système nerveux est composé de cellules vivantes, hautement spécialisées par leur structure et nettement différenciées par leur chimie, mais formées cependant de protoplasme comme toutes les autres cellules de notre corps.

Son activité parfaitement ordonnée est au niveau cellulaire une activité physico-chimique, produite dans un milieu organisé. Mais des mystérieux phénomènes qui, par les associations entre les millions de neurones, constituent le fonctionnement du cerveau, nous ne savons que très peu de chose. Si nous comprenons à peu près la partie périphérique, l’extérieur, si vous voulez, de notre activité psychique, par exemple la propagation des messages sensoriels, les messages effecteurs, les divers aiguillages nerveux, notre vie profonde, l’idéation, la mémoire et la pensée nous restent pour la plus grande partie, tout à fait inconnus. Ce domaine de la vie mentale, apanage de la psychologie classique dépasse-t-il le cadre purement matériel de l’activité cérébrale ? A cela, je ne crois pas que la Science, en tant que méthode rationnelle d’étude, pourra jamais nous répondre.

Mais nous savons que l’état ou la succession d’états physiologiques influence directement notre vie affective. Les variations du magnétisme terrestre doivent influencer puissamment notre psychisme. Nous sommes encore loin de nous rendre compte exactement de l’importance de ce que j’appellerai les constantes cosmiques de l’homme. Il est indiscutable que les conditions, les variations et les perturbations d’ordre cosmique du milieu électromagnétique ambiant se répercutent dans une série de manifestations électroniques, atomiques et microscopiques, aussi bien qu’à l’échelle macroscopiques. Il semble donc probable que les facteurs cosmiques conditionnent notre milieu extérieur, que nous réagissons envers ses conditions variables d’une façon spécifique en fonction de notre individualité propre, qui se caractérise par notre temps physiologique et par notre temps psychologique, indices de notre évolution dans le temps et l’espace.

A l’état de veille nous disposons de notre puissance plus ou moins grande d’inhibition, de notre force intérieure, de notre conscience. Tandis que dans le sommeil notre côté purement instinctif domine totalement. Hypothèse certes, mais qui montre que l’homme et l’Univers ne cessent de s’interpénétrer, hypothèse qui explique bien des choses, qui sinon resteraient sans explication plausible.

A la fin de ma causerie où j’ai essayé d’exposer objectivement ce que nous savons actuellement au sujet du rêve, je dois insister sur l’étendue de notre ignorance, car bien des points restent dans l’ombre. Aussi me semble-t-il absurde d’attacher aux songes une valeur réellement symbolique, ou bien de vouloir expliquer par un « système » de symboles la signification d’un rêve. On oublie trop souvent que ces explications ne sont plus du domaine des songes, mais de celui des correspondances illusoires et invérifiables. Car le symbolisme veut connaître l’essence des rêves, ce qui vise une pseudo-proposition, s’écartant aussi bien de la pensée scientifique que de celle de la conception spiritualiste. Car toutes deux sont, par leur essence même, menés à la recherche des mécanismes matériels, qui constituent les supports, qui permettent de concrétiser, dans une série d’actions observables, notre vie psychique.

« La Science, nous dit Termier, est une messagère de mystères. Elle est toute pleine d’énigmes insolubles pour la plupart, mais qui ne sont pas assez obscures pour nous être indifférentes et qui nous séduisent par la pénombre semée d’étincelles, où nous les voyons se mouvoir. »

1e mars 1947

M. H. GAZAN

Il ne suffit pas de cultiver en nous seulement l’intellectuel, car la quiétude est une qualité de l’homme tout entier.

Nous sommes semblables à des cordes d’instrument; relâchées sur un point, elles sont mortes car elles ne peuvent produire que la musique qui leur est propre et cela seulement lorsqu’elles sont à leur point de tension exact.

Chacun doit découvrir le parfait état de tension de son être, dans l’activité ou la solitude, l’amour ou l’ascétisme, la philosophie ou la foi, par de continuels accords de sa pensée et de son expérience.

Charles MORGAN

(Extrait de « Fontaine »)


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