Pierre Solié : Le sacrifice nécessaire


16 Apr 2014

(Revue Itinérance. No 1. Mai 1986)

Pierre Solié (1930-1993) médecin par formation et par vocation, psychanalyste par vocation et par passion de l’âme humaine, Pierre Solié est de ceux qui auront fait toute leur vie du transdisciplinaire par inclination naturelle. Rien de plus important pour lui, en effet, que de traverser conjointement les domaines de la médecine et de la biologie, de la psychologie, de l’anthropologie et de l’histoire des religions, en y recherchant sans arrêt des effets de structure qui eussent réuni toutes ces sciences – tout en respectant leurs différences fondamentales et leurs spécificités fondatrices.

Cet article se voudrait introductif à l’ouvrage de l’auteur sur Le sacrifice (éd. Albin Michel) comme fondement de civilisation et d’individuation. C’est seulement l’« individuation » qui est développée ici.

« Celui qui veut devenir ce qu’il devrait être doit cessé d’être ce qu’il est »

(Maître Eckart, Sermons)

En 1912, Jung a 37 ans, Freud, son maître du moment, près de 57. Leur amitié « passionnelle » dure depuis cinq ans : celle du meilleur élève à son maître, du fils bien aimé au père admiré. Du fils si bien-aimé que le père admiré en a déjà fait le premier Président de la Société savante de Psychanalyse et le désigne au monde comme son dauphin. Pourtant le fils bien-aimé, en cette année 1912, écrit un livre qu’il intitule, à l’époque : Symboles et métamorphoses de la libido [1]. « Vers la fin, nous dit Jung dans ‘Ma vie’ (Ma vie, souvenirs, rêves et pensées, Gallimard), je savais par avance que le chapitre sur ‘Le sacrifice’ me coûterait l’amitié de Freud. Je devais y exposer ma propre conception de l’inceste, de la métamorphose décisive du concept de libido et d’autres idées encore par lesquelles je me séparais de Freud ». Jung hésita longtemps à écrire ce chapitre ‘sacrificiel’. Il en parla à sa femme, à son entourage psychiatrique zurichois, et, finalement, s’y résolut.

Deux ans plus tard, il se devait de démissionner de la première ‘Association Internationale de Psychanalyse’, et s’était déjà condamné, dès 1913, à une confrontation personnelle avec l’Inconscient (Ma vie, op. cit.), qui allait le plonger dans les abysses terrifiants de sa propre créativité — c’est-à-dire de son noyau névrotique — et même psychotique — pendant quatre longues années, au terme desquelles allait advenir un homme nouveau, reconnaissant à son ‘père’ Freud de ce qu’il lui devait mais sans aucune complaisance ni la moindre allégeance ; et commençant alors un chemin pour son propre compte et en son propre Nom.

C’est en ce chapitre ‘sacrificiel’ de cet ouvrage (Métamorphoses, op. cit.) que Jung écrit : « Le cours naturel de la vie exige d’abord de l’homme jeune qu’il sacrifie son enfance et sa dépendance infantile de ses parents naturels, pour ne pas leur rester enchaîné par le lien de l’inceste inconscient, funeste au corps et à l’âme. Cette tendance à la régression a été combattue dès les stades les plus primitifs par les grands systèmes psychothérapeutiques que sont pour nous les religions. En se séparant du demi-jour de l’enfance, l’homme cherche à atteindre une conscience autonome. Le soleil se sépare des nébulosités de l’horizon pour atteindre la clarté sans nuages de sa fonction de midi. Une fois ce but atteint, alors le soleil recommence à descendre pour se rapprocher de la nuit. »

Jung en ce texte important spécifie les trois grandes séparations sacrificielles de l’être humain individuel : celle du matin de la vie, celle du midi et celle du soir. Ce sont ces trois grandes séparations sacrificielles que nous allons commenter succinctement en ces lignes.

La séparation du matin est celle de la naissance d’abord [2] que la transcription mythique inscrit dans tous les mythes de ‘Paradis perdu’ et d’une ‘Chute’ de l’être-plein (Un) sur une terre inhospitalière, une ‘vallée de larmes’, ou l’être-divisé passera son exil terrestre à la recherche constante de son Unité perdue : de son être-manquant, que les parents terrestres viendront momentanément combler, tout en se refusant aussitôt, contraignant leur enfant à affronter son ‘manque’ et sa ‘division’. Le contraignant donc à un sacrifice de l’Un primordial, à travers les processus de sevrage (« oral »), puis de dressage sphinctérien (« anal »), enfin de renoncement aux parents de l’autre sexe (« génital »), processus de différenciation qui contraindront l’enfant à de plus en plus d’autonomie et donc de différenciation de sa propre conscience par rapport à celle de ses parents. On le voit déjà, la conscience est un résultat du manque de l’être-plein et de sa division. Elle naît du vide de celui-ci, c’est-à-dire de son sacrifice. Bien entendu, ce sacrifice est jusqu’ici imposé de l’extérieur à l’enfant : biologiquement à sa naissance, psycho-biologiquement ensuite, par les parents. On le dit « exo-sacrificiel ». Il ne l’accepte que contraint et forcé et s’efforce sans cesse de compenser le manque (la perte de l’Un) qu’il occasionne en lui par une tentative de « dévoration » du monde et des autres (‘oralité’), d’esclavagisme ’emmerdeur’ du monde et des autres (‘génitalité’). C’est dans cette compensation « dévoratrice », « esclavagiste’ et « possessive’ du monde et des autres… dans cette ‘volonté de puissance » et d’emprise sur ceux-ci que, généralement, auprès d’ »objets » substituts parentaux — le groupe professionnel, le groupe social, le groupe familio-conjugal —, l’individu parviendra à l’apogée de son zénith solaire de midi, avec, s’il a suffisamment réussi ses compensations, le sentiment d’une Unité retrouvée. C’est alors que se posera avec plus ou moins d’acuité le problème de sa séparation de midi ; de sa séparation par rapport à sa puissance d’emprise sur le monde et les autres. Ce problème, disons-le tout de suite, peut ne jamais se poser pour un être. Celui-là, nanti d’une certaine ‘grâce’, continuera jusqu’à sa bonne mort la réalisation de ses rêves compensateurs de puissance et d’unité retrouvée, dans l’exercice de celle-ci. Pour lui, ne se posera pas le problème de la séparation de midi. Il tentera de vivre son zénith solaire glorieux jusqu’à la fin de sa vie. Certains y réussiront ; d’autres, moins heureux, tels Icare, y laisseront la vie en chutant dans les eaux égéennes, souvent représentées ici par l’infarctus du myocarde, le cancer ou une décompensation mentale du type ‘maniaco-dépressif’, voire paranoïaque.

D’ailleurs, c’est le plus souvent la forme de décompensation ‘maniaco-dépressive » qui contraint le sujet affrontant la deuxième partie de sa vie, à se poser la question du ‘sacrifice de midi’ [3]. C’est que la conscience qui a vécu trop longtemps trop près du soleil, réprime, refoule, et même forclôt l’ombre que celui-ci projette de celle-là sur la terre — et ses eaux — dont elle a même parfois perdu toute trace. C’est alors que les ailes de cire d’Icare fondent au soleil trop proche et que notre héros chute vertigineusement dans les eaux égéennes qui l’engloutissent à jamais.

C’est là encore un ‘exo-sacrifice’, mais cette fois, imposé par l’extérieur, qui « ‘passe à l’acte » totalement sur l’être charnel de l’individu, trop imbu de sa puissance solaire au détriment de l’ombre terrestre, souterraine — et sous-marine — de celle-ci. C’est que le Ciel et son soleil de midi, ne se soutient que de l’Enfer et de son « soleil noir ».

Manichéisme ! direz-vous. Certes ! C’est là, plus ou moins apparent, le fond même de la nature humaine. La mutation bio-psychique qui nous constitue fait de la ‘bête’ qui nous fonde un Léviathan, un Dragon, un Démon, et de son antinomie céleste, un Ange, un Archange, un Dieu. Ne voyez surtout pas là une réduction dévalorisante de ces valeurs religieuses qui se négocient en ce lieu « psychoïde’ (Jung) où la Bête se fait Ange et la Matière Esprit. C’est là le fruit de quinze milliards d’années d’évolution de notre univers. Ce n’est donc pas ‘que’. C’est bien plus vaste encore qu’on ne peut l’imaginer.

Ce lieu ‘psychoïde’, où la matière physique se fait vivante, où la matière vivante se fait humaine, inscrite entre un Esprit malin et un Esprit divin… Ce lieu qui fait pont (sum-bolon ; symbole) entre la réalité physique objective et la réalité psychique objective (celle des démons et des dieux, celle aussi des ‘Idées’ de Platon, celle des ‘archétypes’ de Jung) est celui des « métamorphoses de l’âme et ses symboles », dont Jung a fait le dernier titre, en 1952, du livre qui le sépara de Freud quarante ans plus tôt, en 1912. « Dans le sacrifice, nous y dit-il, la conscience renonce à la possession et à la puissance au bénéfice de l’inconscient. Ainsi devient possible une union des contraires qui a pour conséquence un déclenchement d’énergie. L’acte du sacrifice a en même temps, le sens d’une fécondation de la mère : le démon serpent chthonien (souterrain) boit le sang, autrement dit, l’âme du héros. De cette façon la vie est conservée immortelle, car, tel le soleil, le héros se réengendre par le sacrifice qu’il fait de soi et par sa rentrée (nouvelle rentrée) dans la mère. D’après tous les matériaux antérieurs, on ne devrait plus éprouver de difficulté à reconnaître aussi dans le mystère chrétien le sacrifice de l’homme, ou sacrifice du fils à la mère. De même qu’Attis [4] s’émascule à cause de sa mère, et qu’en souvenir de cet acte sa statue était suspendue à un pin, de même le Christ est suspendu à l’arbre de vie et au bois du martyre, à l’hécatè [5] et mère ; et c’est ainsi qu’il rachète la création et la délivre de la mort. En retournant dans le sein de la mère, il rachète dans la mort ce que le pro-anthropos Adam avait commis durant sa vie, et par son acte il renouvelle sur le plan spirituel la vie corrompue par le péché originel. La mort du Christ a pour Saint Augustin, réellement, la signification d’un hiérosgamos [6] avec la mère ».

C’est cet inceste symbolique payé d’une mort également symbolique qui est le propre de ce sacrifice du midi de la vie. Il est retour symbolique à la mère de ‘première naissance’ pour que, au ‘sein’ de celle-ci, advienne la mort du couple mère et fils de ‘première naissance’ [7] suivie d’une renaissance du couple mère et fils de ‘seconde naissance’ [8]. « Le monde apparaît, nous dit Jung, quand l’homme le découvre. Or il ne le découvre qu’au moment où il sacrifie son enveloppement dans la mère originelle, autrement dit l’état inconscient du commencement. La libido (désir, au sens très large) attachée à la mère doit être sacrifiée pour produire le monde. » C’est ce que nous révèle exemplairement le mythe babylonien de la création du monde par le dieu-Fils Marduk sacrifiant et morcelant la Mère originelle Tiamat pour, de chacun des morceaux de son corps, faire le monde en sa totalité [9]. Ce que sacrifie ce dieu-Fils, c’est la Mère originelle en lui, en train de le dévorer sous forme d’un équivalent du Dragon que, en Archange qu’il devient face à Elle, il se doit de terrasser pour ne point en mourir, dévoré ! C’est bien la Mère ‘cannibale’ en lui, ses pulsions ‘orales’ les plus archaïques, qu’il doit là sacrifier, afin que de celles-ci, il construise son nouveau monde. On le voit, et Jung y insiste particulièrement pour se poser par rapport à Freud, il ne s’agit pas, ici, de sexualité ‘génitale’, mais d’une sexualité ‘digestive’, ‘orale’ et ‘anale’. L’interdit de l’inceste ‘génital’ s’approfondit ici en interdit de « inceste oral’, c’est-à-dire cannibale, et en interdit de l’ »inceste anal », c’est-à-dire esclavagiste. La régression du fantasme de retour au ‘sein’ de la Mère archétypique, et non plus de la simple ‘maman’, atteint les couches de l’âme les plus archaïques, celles où la fusion à cette Mère se veut exclavagiste ‘anale’ et cannibale ‘orale’ : lieu où le ‘deux’ redevient strictement ‘Un’.

Manger l’autre, c’est faire de lui, moi ! Être mangé par l’autre, c’est me faire tout-autre ! Telle est la régression exigée par ce sacrifice du midi de la vie, dont le Christ fera le signe le plus caractéristique de son propre sacrifice : ‘Prenez et mangez, ceci est mon corps… Prenez et buvez, ceci est mon sang !’

À mon sens, hors de cette régression aux pulsions les plus archaïques de l’être humain ‘digestives’, antérieures aux pulsions ‘génitales’, l’on ne peut parler véritablement de sacrifice. Seulement, au mieux, de castration. Le sacrifice total — fut-il simplement symbolique — exige le retour à la Bête humaine la plus monstrueusement cannibale et exclavagiste [10].

Alors seulement, de son sacrifice l’on pourra faire ‘Archange’ : d’amour du prochain (Charité), à partir du Dragon esclavagiste, et d’amour universel (Agapé), à partir du Dragon cannibale. Étant entendu que du Dragon simplement possessif, ‘génital’, l’on peut aussi faire l’Ange (Éros) de l’amour du proche [11].

On le voit, le manichéisme de l’Archange et du Dragon [12], de l’Ange et de la Bête, ne cesse pas en ces affrontements où le Sujet humain, en son âme, tente de réaliser cette ‘union des contraires’ dont nous parlait Jung plus haut et dont Nicolas de Cuse faisait la structure même de la réalisation de Dieu en nous.

Le manichéisme de l’Archange et du Dragon, de la Lumière et de la Ténèbre… Ce cycle, au cœur même de toutes les mythologies, de toutes les religions et de toutes les mystiques… Ce cycle que nous montrent exemplairement, dans leur souffrance et leur caricature, la psychose dite ‘schizo-paranoïde’ [13] ou à un plus faible degré, la ‘psychosemaniaco-dépressive’ [14]

Ce cycle collectif (phylo-psychogénèse) que tout enfant humain est tenu de récapituler pour son propre compte (onto-psychogenèse) et qui laisse en nous tous des traces que la psychanalyse de Mélanie Klein nomme ‘position schizo-paranoïde’ pour la première année de la vie, puis ‘position dépressive’ — et ‘maniaque’, pour la seconde année de la vie… Ce cycle qui, en se fixant, crée les maladies correspondantes du même nom… Ce cycle qui nous contraint, en nos régressions (ou ‘rétro-grédiences’ ou ‘régrédiences’ nous y reviendrons) du midi de la vie, à retourner à ces positions manichéennes afin d’y combattre, à visage découvert cette fois, c’est-à-dire dans la conscience, la ‘bête humaine’ qui nous a pourtant fait Hommes pour la représenter (comme des députés à la Chambre) auprès de son corrélatif divin et, par là, servir d’intermédiaire entre les démons et les dieux, le Mal et le Bien… l’Enfer et le Ciel… Position manichéenne, position passionnelle, position sacrificielle, que nous montre exemplairement le cycle du dieu solaire égyptien, Râ, autour de l’axe Sud-Nord du fleuve sacré, le Nil. Il est Râ à midi, au plein zénith du fleuve. Il est Atoum au couchant, à l’Ouest du fleuve. Il est Osiris mort et morcelé à minuit, au plein zénith abyssal du fleuve sacré. Il est Osiris ressuscité au levant, à l’Est du fleuve sacré, sous le nom de Khépri (‘Scarabée’ renaissant sans cesse du limon fluvial). Mais pour renaître de la sorte, entre les cuisses ouvertes de la déesse Isis sa sœur et amante et de la déesse céleste, Nout, sa mère et non moins amante [15], encore faut-il que le dieu solaire Râ, devenu Osiris lunaire dans le Royaume des Ombres, ait subi les épreuves de son jumeau rival infernal, Seth (le Typhon de Plutarque) : la mort, le morcellement et, pour finir, la castration (le quatorzième morceau dévoré par les poissons du Nil, le sexe). La mort de l’être solaire identifié à la toute puissance de Râ. Le morcellement des démons qui nous fondent et que la psychanalyse nomme ‘pulsions partielles’ : sadomasochisme au premier chef, exhibitionnisme-voyeurisme, fétichisme, homosexualité… Autant de ‘pulsions partielles’, orales et anales et génitales, qui, en se fixant et s’imposant exclusivement créent les perversions et les perversités du même nom. La castration, enfin, d’une génitalité encore désirante d’un inceste de ‘première naissance’ et donc, fondée par trop sur ces démons et leur voracité. On le voit les thèmes sacrificiels du midi de la vie, nous amenant à accepter la sagesse du couchant de la vie, et la mort qui la couronne — et la guide désormais — sont les mêmes que les thèmes sacrificiels du matin de la vie. Seulement, dans la première partie de la vie, ils sont exo-sacrificiels : imposés par l’extérieur ou/et/perpétrés sur les ‘autres’ (hommes, animaux, végétaux, objets…), représentants de nos démons ; tandis que dans la deuxième moitié de la vie, ils deviennent endo-sacrificiels : imposés par l’intérieur et perpétrés sur nos propres démons reconnus comme nôtres [16]. Ce sont eux qui nous entraînent à vivre cette dépression (la ‘Chute’ d’Icare et autres héros solaires en phase ‘maniaque’) du midi de la vie [17] et nous contraignent à ce retour vers le passé : une régression ou mieux, puisqu’elle est consciente, une ‘rétro-grédience’ ou une ‘régrédience’ [18], dans le ventre même de la Mère de ‘première naissance’, d’où naîtra la Mère de ‘seconde naissance’, Fille de la première : Isis par exemple par rapport à Nout, pour Osiris ressuscité. Retour vers le passé individuel, certes, c’est-à-dire vers l’enfant que l’on fut entre ‘maman’ et ‘papa’, entre frère et sœur… Mais aussi, bien en deçà, vers l’enfance collective de l’humanité tout entière.

Lorsque nous rapprochons, analogiquement, cette dépression individuelle du midi de la vie, du mythe sacrificiel d’Osiris et Isis, nous opérons de la sorte ce retour à l’enfance collective de l’humanité. Jung nomme cela une ‘amplification’. Au lieu de réduire cette régression à ‘maman’ et ‘papa’, à l’instar de Freud, Jung, au-delà, l’amplifie jusqu’aux archétypes de la Mère et du Père, du Frère et de la Sœur, actualisés dans les mythes qui fondent toute civilisation [19]. Certes, la séparation sacrificielle (‘exo-sacrificielle’) de la première partie de la vie porte éminemment sur ‘maman’, ‘papa’, sœur et frère concrets ; ou plutôt sur leur inscription acquise en nous [20] (imago parentale) ; ce que je nomme, dans mes derniers ouvrages : les objet O’. Mais la séparation ‘endo-sacrificielle’ de la seconde moitié de la vie porte alors sur les archétypes de ces personnages concrets, c’est-à-dire sur les représentations innées de ces personnages, mythiques ; ce que je nomme, en ces mêmes ouvrages : les objets O (ibid.).

Les objets O’ représentent en nous, sujets, une réalité physique objective : ‘maman’, ‘papa’, acquis. Les objets 0 représentent en nous, sujets, une réalité psychique objective : Mère et Père archétypiques innés, avec leur versant céleste et leur versant infernal. L’exo-sacrifice de la première moitié de la vie porte sur les objets O’ — et leurs corrélats concrets.

L’endo-sacrifice de la seconde moitié de la vie porte sur les objets O — et leurs corrélats psychiques.

C’est pourquoi l’endo-sacrifice du midi de la vie impose le retour au passé collectif de l’humain (régrédience) par le retour au passé individuel (rétro-grédience et régression).

Dans l’exo-sacrifice du matin de la vie, nous l’avons dit, le phénomène sacrificiel s’impose, biologiquement, à la naissance (vécue comme une ‘chute’ de l’Éden sur la terre inhospitalière) et concrètement (et extérieurement) ensuite à travers les sevrages, dressages et castrations divers (processus d’hominisation) imposés par les parents et la société.

Ces phénomènes ‘exo-sacrificiels’ portent donc, au premier chef sur les objets O’, en relation directe avec les objets concrets (‘maman’, ‘papa’) et exprimant la dialectique éminemment ‘pulsionnelle’ de l’être avec ces objets concrets. Dans cet ‘exo-sacrifice », les objets O, exprimant la dialectique éminemment ‘archétypique’ (psychique) de l’être avec les objets O’ — et leurs corrélats concrets — sont très peu concernés par le phénomène. Et c’est pourquoi, quittant ‘maman’, ‘papa’, sœur, frère… par l’exo-sacrifice des objets O’ (pulsionnels), les objets O (archétypiques) vont pouvoir s’investir ailleurs : qui sur une femme remplaçant « maman’ absente ; qui sur un homme remplaçant ‘papa’ absent. Ce sont ces nouveaux êtres que Jung nomme anima pour l’homme et animus pour la femme. Mais à l’anima pour l’homme, correspond un ‘double masculin’ corrélatif de cette anima et qui constitue un nouvel être masculin face à ce nouvel être — ou ‘non-être’ — féminin. Et pareillement pour l’animus de la femme et son nouvel être féminin (son ‘double féminin’). Autrement dit, dans l’‘exo-sacrifice’ du matin de la vie, la puissance numineuse (‘démonique’ et divine) [21] des objet O demeure, qui nous conduit à devenir ‘Roi’ (Soleil) pour épouser la « Reine’ (Lune) [22] ; ou bien ‘Roi’ (Lune) pour épouser la « Reine’ (Soleil) [23]. C’est de la sorte, poussés par ces puissances numineuses archétypiques, transmises par le pulsionnel individuel (en un sujet donné : objets O), que l’on atteint le Soleil de midi — et donc son Démon corrélatif qui nous contraindra au conflit, au combat, au sacrifice.

Il convient de bien saisir ici que le représentant individuel (en un sujet) de l’archétype (mes objets O) contient la puissance divine et ‘démonique’ (voire démoniaque). C’est le lieu même où la Bête se fait Ange ; le Dragon, Archange. Lieu ‘schizoparanoïde » et « maniaco-dépressif’ par excellence. Lieu de mutation « néotémique » [24] du Primate anthropoïde à l’Homo, il y a quelque trois millions d’années [25].

C’est même la projection de ces puissances ‘numineuses’ sur ‘maman’ puis ‘papa’ qui fait de ceux-ci des déesses-reines et des dieux-rois avec leurs deux versants, céleste et infernal. Et quand ‘maman’ et ‘papa » viendront s’inscrire en nous (sujets) sous la forme de mes objets O’, ce ne sera que dans une corrélation dialectique par rapport à mes objets O, porteurs de la puissance « numineuse’ divine et « démonique ». Les objets O’ (acquis) dépendent donc de la dialectique permanente des objets O (psychiques innés) avec les objets concrets (« maman’, « papa »). De la plus ou moins grande adéquation entre eux (objets O innés et objets concrets, créant les objets O’, acquis), viendra la plus ou moins grande pathologie, pouvant aller de l »autisme » le plus total (vie imaginaire solipsiste des objets O en complète inadéquation avec la réalité concrète et ses objets O’) à la simple ‘déréalité’ névrotique (hystérique notamment). Toutes les rêveries, tous les fantasmes, tous les rêves nocturnes expriment, normalement, cette plus ou moins grande inadéquation entre la réalité psychique objective (archétypique innée), et la réalité physique objective, conduisant à la création acquise en nous d’une réalité subjective que représentent mes objets O’ « pulsionnels », par rapport aux objets O ‘archétypiques’.

L’on peut dire, en simplifiant à l’extrême, que Freud ne nous parle que des objets O’ en corrélation avec les objets concrets (« maman’, ‘papa »), quand Jung ne nous parle que des objets O en corrélation avec les objets psychiques (déesse-Mère et dieu-Père).

Donc l »exo-sacrifice’ de la première moitié de la vie porte, au premier chef, sur les parents concrets et leurs représentations en nous (objets O’, acquis).

Et l »endo-sacrifice’ de la seconde moitié de la vie porte, au premier chef, sur les Parents mythiques (archétypiques) et leurs représentants en nous (objets O, innés). Parents mythiques qui, au-delà de ‘maman’ et « papa’ (sacrifiés) nous ont permis de nous hisser, en épousant leur puissance ‘numineuse’, jusqu’au Soleil du midi de la vie. C’est alors que ces puissances vont nous demander des comptes. C’est alors qu’il nous faudra rendre à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu et au Sujet (individuel) ce qui est au Sujet. C’est, par rapport à l’hominisation ‘exo-sacrificielle’, une humanisation « endo-sacrificielle’ [26]. Pour ce faire, un seul moyen : amener ces puissances numineuses (divines et « démoniques’) à la conscience individuelle [27].

Et pour cela, un seul moyen encore : y sacrifier l’identification que nous avons avec elles ; c’est-à-dire pratiquer un sacrifice de soi-même en tant que puissance « démonique’ et divine, un ‘endo-sacrifice’ qui portera cette fois sur les représentations en nous de ces puissances : les objets O. Une séparation (clivage) devra s’opérer entre le moi et ces objets, créant un Sujet, « troisième terme» qui saura distinguer Dieu de César et César de moi-même. En somme, le trajet inversé de la divinisation des César. Sans pour autant perdre la référence à César ; sans pour autant perdre la référence à Dieu. Passer de l’Imaginaire leurrant qui m’identifie fusionnelement à César et de lui à Dieu, à l’Imaginal [28], séparateur, rendant aux uns et aux autres ce qui leur est dû.

Ce processus sacrificiel, on le voit, est toujours périlleux : para-suicidaire. Dans la dépression mélancolique psychiatrique, il passe à l’acte suicidaire ; mais c’est parce que le sujet mélancolique ne discerne pas le Brutus qui s’est éveillé en lui. Son moi est identifié à lui et va porter le dernier coup, mortel, à César : ‘Et toi aussi, mon fils !’. Le mélancolique mélange encore Dieu, Diable, César, Brutus et lui. Tel Icare — et César — il n’en re-naîtra pas. C’est cette confusion aliénante que je nomme Imaginaire. L’Imaginal opère la différenciation et l’individuation — du Sujet par rapport à ces personnages, auxquels il est désormais relié, sans plus se confondre avec eux.

C’est cette opération de clivage puis de re-liaison du Sujet par rapport à ces Objets qui donne sens au sacrifice. Et celle-ci est, au sens propre, symbolique « re-liante ». Elle sépare (sacrifice proprement dit) puis relie dans une authentique ‘alliance’ le Sujet et les Objets. Le Sujet et les Objets issus de la réalité psychique objective (objets O) ; le Sujet et les Objets issus de la réalité physique objective (objets O’) ; le Sujet et les démons et les dieux ; le Sujet et les choses (‘choséité’ de Hegel) de ce monde physique. Elle donne sens à ces ‘choses’ psychiques et sens à ces « choses’ physiques. Elle établit un pont, une alliance… un discours entre elles et sur elles.

Elle est Verbe (Logos) en action. Pour dire ‘maman’, il faut quitter son sein. Pour dire « Grande-Mère », il faut quitter son long et plissé manteau bleu — et son antre denté. Pour dire ‘papa’, il faut quitter son phallus. Pour dire « Dieu-Père », il faut quitter son sceptre et ses foudres (ces attributs peuvent changer de sexe).

La Mère céleste et la Femme idéale, le Père céleste et l’Homme idéal — et leurs corrélatifs infernaux — n’habitent plus, dès lors, exhaustivement, l’individu concret considéré, pas plus que l’objet concret d’amour ou/et/de haine, qui en supporte la projection. Chacun est à sa place : qui dans la réalité quotidienne, qui dans la réalité des Images éternelles (archétypiques, Imaginales). Ces Images éternelles (les Idées de Platon) n’existent sans doute pas de la manière dont nous existons, mais, en tous les cas, nous font exister. Et de toutes manières elles demeurent parmi nous, dans la frange Imaginaire qui, en dialectique avec le registre Imaginal, continue à confondre, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou non, l’objet proprement psychique (à travers les objets O) et l’objet physique (à travers les objets O’). En effet la constitution sacrificielle du registre Imaginal, n’épuisera jamais, tant que nous vivrons, le fonctionnement — ne serait-ce qu’a minima — du registre confusionnel Imaginaire. Imaginaire, Imaginal, Symbolique et Concret travaillent de concert. Ce que l’on nomme le Réel est formé des quatre paramètres de cette quaternité, en action sur l' »Etre-pas’ et le ‘Néant’ (« Rien’) [29] qui les fonde.

Nous le voyons donc, le sacrifice à consentir au midi de la vie, porte au premier chef sur l’identification du moi au dieu ou/et/à la déesse, renvoyant à leurs corrélatifs ‘démoniques » (‘mélancoliques’). Il apparaît même que ce sont ces corrélatifs infernaux qui soient premiers : la ‘Bête’ fonde l’homme. Plus celle-ci est péjorée (‘démonisée’), plus le risque suicidaire concret est grand (‘endo-sacrifice’ passé à l’acte) et plus aussi le meurtre concret de l »autre’ (‘exo-sacrifice’ passé à l’acte), rare dans la mélancolie mais plus fréquent dans la paranoïa et la schizophrénie paranoïde.

Mais si le versant infernal de la « Bête humaine » n’est pas trop psychiatriquement mélancolique, c’est à la descente en lui qu’invite la dépression, pour y opérer une confrontation — toujours sacrificielle — avec ces puissances ‘démoniques’, dont tous les enfers nous donnent à foison des images, y compris, bien entendu, ceux qui, quotidiennement, nous entourent : le meurtre, la guerre, la torture, la violence, la drogue, la maladie, etc.

Il est évident que la Mort (majuscule, qui la différencie du simple trépas) est au centre même de cette opération. C’est elle qui est à l’autre bout de la Vie. Et si la Vie nous pousse (pulsion) dans sa première partie, c’est la Mort qui nous attire vers le terme de la seconde. C’est donc la mort qui devient l’opérateur principal de ce processus que Jung nomme ‘individuation’.

La Mort majuscule — que d’aucuns nomment par euphémisme, ou clairvoyance, Vie éternelle’ ! — c’est-à-dire ‘symbolo-imaginale’ suivant les termes que nous venons succintement de définir,

La Mort en tant qu’Etre-pas en dialectique avec l’Etre-plein. La Mort en tant que Rien d’où vient le Tout — et non pas en tant que ‘rien du tout’ qui est pur nihilisme. La Mort enfin, au cœur même de l’Amour passionnel incestueux hiérogamique.

C’est dans ce registre de la Mort ‘symbolo-imaginale’ que se situent, notamment, les déesses-mères de ‘seconde naissance’, telle Isis dont nous avons dit un mot ou celle de Jésus dans l’entretien à Nicodème qui, ne comprenant pas comment il pourrait retourner dans le ventre de sa mère pour y être ré-enfanté, s’entend répondre par Jésus qu’il y a là confusion préjudiciable, que la re-naissance dont il parle doit se faire dans l’Eau et l’Esprit. Mais que pour cela, il faut quand même redevenir cet Enfant — que nous avons été pour qu’en advienne celui de l’âge mûr : l’Enfant éternel (le Puer), archétypique lui aussi, né des Parents mythiques apparus à la conscience au midi de la vie. Enfant éternel, qui devra se conjuguer au Vieillard non moins éternel (le Senex, le ‘Vieux Sage’) qui va s’affirmer peu à peu tout au long de la seconde moitié de la vie [30]. Encore faudra-t-il, pour réaliser cette nouvelle conjonction d’opposés, y sacrifier l’enfant que nous avons été entre ‘maman’ et ‘papa’, tout comme l’adulte de midi, porté encore par les puissances infanto-juvéniles (le héros, en gros, et son héroïne [31]. C’est-à-dire que le revenir à l’enfant que nous avons été (la régression) à partir de l’adulte jeune, que nous sommes tenus de quitter à son midi, implique bien que nous redescendions en ce passé individuel pour y retrouver ses moments les plus pathétiques et les plus éprouvants (les plus ‘numineux’), les plus angéliques comme les plus pervers, afin de les transformer sur place à la lumière de la conscience qui, maintenant, les éclaire… Mais en confrontation permanente avec les données actuellement connues (histoire, mythologies, religions, philosophie, psychanalyse : sciences humaines en un mot comme en deux) de l’enfance collective de l’humaine condition [32]. Cette métamorphose implique, en fait, je le répète, le sacrifice de cet enfant de ‘première naissance’ [33], afin qu’il advienne à cet Enfant de ‘seconde naissance’, seul capable de donner la main au Vieil homme de la seconde moitié de la vie, notamment quand il leur sera demandé le ‘grand passage’ dans le Rien-du-Tout… dans le fameux Royaume qui n’est pas — de ce monde ! Qui n’est pas de ce monde et qui pourtant le fonde et le fait exister : le Royaume de l’Esprit, c’est-à-dire, fondamentalement, de l’Amour. De l’Amour dont dépendent toutes les autres ‘choses’ de l’Esprit : liberté, égalité, fraternité, vérité… qui, on le sait bien aujourd’hui, ne sont pas plus — mais pas moins ! — de ce monde et pour lesquelles, pourtant, nous sommes, tous les jours où elles sont en danger, prêts à mourir pour elles… sacrificiellement, autosacrificiellement ! ?

Pierre Solié

Belmont, Noël 1985.


[1] Aujourd’hui : Métamorphoses de l’âme et ses symboles, Georg, Genève. Jung a repris ce livre quarante ans plus tard, en même temps qu’il écrivit les soixante pages du « Sacrifice de la Messe », in Les racines de la conscience, Buchet-Chastel, Paris.
[2] Nous ne pouvons ici entrer dans les abysses de la fécondation où le « deux » se fait « un » (« hiérosgamos chromosomique ») pour se diviser ensuite dans les différentes phases de l’embryogenèse, jusqu’au nouvel « un » fœtal à terme.
[3] La vox populi fait de cet épisode le « démon de midi ». Et l’œuvre de P. Claudel : « Le partage de midi » (NRF) y répond magistralement. Ce n’est pas pour rien que son héroïne se nomme Isée si son héros s’y nomme Mesa (en place de Tristan). Plus exactement, par la réalité psychique objective ; en gros : les démons et les dieux en nous. l' »exosacrifice » se fait là, déjà « endo-sacrifice ». La psychopathologie nomme cela une « dépression ou maladie endogène d’involution ».
[4] Fils-amant de la déesse phrygienne Cybèle.-Cf. P. Solié, La Femme essentielle, Seghers, Paris.
[5] La déesse Hécate, comme mère de mort, par rapport à la mère de vie de « seconde naissance » Marie.
[6] Mariage sacré. Cf. La femme essentielle, op. cit. et aussi : M. Cazenave, La subversion de l’âme, Seghers, Paris ; M. Cazenave et P. Solfié, Figures de l’Éros, Poiesis, Paris.
[7] Risquant le passage à l’acte incestueux concret – ou imaginaire ; première moitié de la vie.
[8] Inceste (hiérogamie) strictement symbolique – ou imaginal ; deuxième moitié de la vie.
[9] Cf. La Femme essentielle, op. cit.
[10] Le sacrifice humain chez les Aztèques en fournit un magistral exemple. Il n’est pas sans renvoyer aux Nazis. Cf. mon livre, Le Sacrifice, op. cit.
[11] Cf., pour visualiser cette dialectique, le schéma général de La Femme essentielle, op. cit. ; Psychanalyse et Imaginal, Imago, Paris, et Le Sacrifice, op. cit.
[12] À propos de ce combat éternel, Cf. M. Cazenave et P. Solié, Moi, De Gaulle, du héros au vieux roi, Imago, Paris.
[13] Clivage (schize) entre un « bon objet » auquel on s’identifie et un « mauvais objet » persécuteur représenté par l' »autre » (le rival, l’objet par excellence du racisme).
[14] Dans sa phase « maniaque » euphorique où l’on se pose en sauveur du monde et dans sa phase « dépressive » suicidaire où l’on s’identifie au destructeur de ce monde et d’abord de soi-même. L’on voit comme tout « Sauveur » — et notamment le Christ — relève de cette problématique archétypique.
[15] Rappelons que Osiris, Isis, Nephlys et Seth sont les quadruplés de Nout (déesse Ciel) et de Geb (dieu Terre).
[16] Sans exclure, bien sûr, les démons de tous les « autres » humains : exo-sacrifice et endo- sacrifice fonctionnent perpétuellement en dialectique. Cf. mon livre Le sacrifice, op. cit.
[17] Que l’on nomme alors ménopause et andropause. (Noter le soubassement biologique de ces grandes crises de la vie)
[18] Cf. M. Cazenave, La subversion de l’âme, op. cit. et P. Solfié, Psychanalyse et Imaginai, op. cit. ; Mythanalyse jungienne, E.S.F., Paris.
[19] Les idéologies en tiennent lieu aujourd’hui en Occident et dans l’Est communiste.
[20] Dans le cortex cérébral. Cf., outre les livres cités, les Cahiers de psychologie jungienne, N° 25, « Le Sacrifice ». Là, je m’essaie à une approche biologique (bio-psychologique) du sacrifice. Je « crois » à une modification du « phénotype » (objet O’ notamment) cortical par le sacrifice.
[21] R. OTTO, Le sacré, Payot, Paris. sacrifier : faire sacré.
[22] Cf. Toute l’œuvre alchimique de Jung, et notamment La psychologie du transfert, Mysterium conjunctionis, 2 vol., Albin Michel, Paris.
[23] Cf. M. Cazenave, La subversion de l’âme, op. cit.
[24] Ou mieux; palingénési­que ; cf. mon article « Biologie et psychologie analytique », in Cahiers de l’Herne sur Jung, Paris.
[25] Date actuelle des paléontologues pour l’Australopithè­que : Homo habilis. Le Pithécanthrope : Homo erectus, n’a que 2 millions d’années.
[26] Cf. La Femme essentielle, op. cit.
[27] Cf. à ce propos, Jung, Réponse à Job, Buchet-Chastel, Paris.
[28] Le mot est de H. Corbin. L’utilisation clinique que j’en fais est dite dans mes ouvrages cités.
[29]  »Nadu, nada, nada », de Saint-Jean-de-La Croix : sa  »Nuit obscure », y compris de la Foi.
[30] À propos de celte dialectique Puer-Senex, Cf. J. Hillman, °La Grande-mère, Le fils, le héros et le Puer », in Pères et Mères, Imago, Paris.
[31] Ceux que j’ai nommés plus haut, anima et animus,  »doubles masculins » et  »féminins ». Dans mes livres cités, je nomme l’anima le  »complémentaire féminin » de l’homme et l’animus le  »complément au masculin » de la femme, les mettant en corrélation dialectique avec les  »doubles ».
[32] La phylo-psycho-génèse doit y soutenir constamment l’onto-psychogénèse. C’est cette régression au ‘collectif’ humain, mais dans la conscience, qu’avec Cazenave, l’on nomme rétro-grédience ou régrédience.
[33] Que Freud qualifie de  »pervers polymorphe » pour nous dire qu’il est fait de toute la mosaïque des ‘pulsions partielles’ et de leurs ‘objets’, que l’adulte en régression — ou regrédience — se devra d’éclairer (rendre consciente) au fond de lui.