Raymond Ruyer : Le sourire de l’oracle


22 Sep 2010

(Revue Question De. No 16 : La fin du monde. Janvier-Février 1977)

Consultation (très onéreuse !) de l’oracle électronique. Les nations civilisées se suicideront et seront remplacées par des nations sous-civilisées qui se suicideront à leur tour quand elles seront civilisées. C’est ça l’éternel retour. L’avenir est à l’inégalité. Pas de changement de l’homme. Mais tout de même des progrès de l’intelligence. C’est l’essentiel. Les trois ou quatre siècles à venir : un mauvais moment à passer.

Je me suis transporté à grands frais, non pas, comme Irène, inquiète de sa santé, en Épidaure, mais à Delphes, ou plutôt à Delphes II, où les frères Y…, les célèbres armateurs milliardaires, plus qu’à demi ruinés par la crise du pétrole, ont fait construire un casino et une sorte de supermarché oraculaire. L’établissement ressemble à une cathédrale moderniste, avec des centaines de chapelles latérales, ou de confessionnaux, communiquant tous avec une grande salle centrale. Les consultants prennent place dans ces confessionnaux grillagés. Mais le public n’est pas admis dans la grande salle, que les employés appellent la « salle des ordinateurs ». Des sons étranges en sortent. Je soupçonne qu’elle renferme aussi des distributeurs automatiques de boissons alcoolisées. Les préposés, ou interprètes, y vont pour s’inspirer, comme autrefois la sibylle allait respirer les émanations volcaniques. Tout l’établissement a la même odeur que les grands cafés d’Athènes. Les préposés n’ont peut-être pas de dons surnaturels ni de grands moyens scientifiques, mais, comme les garçons des cafés d’Athènes, ils ne manquent pas de psychologie et sont de remarquables polyglottes.

Le consultant, devant le grillage de son « confessionnal », ne voit pas le préposé, qui est censé lui traduire les réponses des ordinateurs.

Les consultations sont coûteuses. Deux dollars le mot de réponse. Les consultations d’ordre privé : « Comment décider Hélène à divorcer ? », et les consultations politiques : « Faut-il m’allier aux communistes pour les élections de septembre ? », sont beaucoup plus chères : respectivement vingt et deux cents dollars le mot.

On m’avait prévenu : « Attention ! Les consultations générales sont finalement encore plus ruineuses que les autres ! L’oracle bavarde et disserte sans fin. Vous allez dépenser beaucoup d’argent pour vous entendre dire, par la voix blanche de l’oracle, que deux et deux font quatre. Abrégez les réponses en disant : « Compris. » Parfois, l’oracle consent à s’arrêter. »

Moi. — Quel est l’avenir de l’homme ?

L’oracle. — A la fin, nous serons tous morts.

Cela commençait mal : quatorze dollars perdus !

Moi. — Qui, « nous » ? Les individus, évidemment, mais les cultures ? les peuples ? les civilisations ? l’humanité ?

L’oracle. — Toutes les cultures sont mortelles. Voyez la Grèce du Ve siècle, Rome du 1er siècle…

Moi. — Compris !

L’oracle. — La chevalerie du XIIe siècle, la Renaissance italienne, le romantisme allemand, l’Amérique des pionniers…

Moi. — Oui, compris ! Mais les peuples ?

L’oracle. — Mortels aussi. Les Italiens ne sont pas les descendants des Romains. Nous ne sommes pas les descendants des Grecs antiques…

Moi. — Compris !

Mais l’oracle visiblement faisait la sourde oreille à mes « Compris ! » Je vais donc résumer pour le lecteur, pour économiser son temps mieux que je n’ai économisé mon argent, des réponses bavardes.

Moi. — Mais les civilisations ? Avec leurs techniques scientifiques, leurs industries, leurs organisations bureaucratiques ?

L’oracle me fit entendre que les civilisations sont mortelles comme les cultures et comme les peuples. Elles durent plus longtemps, à condition d’être portées successivement, à dos d’homme, par des peuples neufs. A mesure que les premiers porteurs perdent la discipline sociale sans laquelle il n’y a pas de discipline scientifique, industrielle et bureaucratique, la civilisation doit trouver de nouveaux porteurs. Sinon, elle périt elle-même.

Moi. — La civilisation est-elle donc une si lourde charge ?

L’oracle. — Non. Mais l’artificiel est éphémère, le calcul dérape sur l’incalculable, le raisonnement bannit la raison…

Moi. — Compris !

L’oracle. — Les systèmes se détraquent, les idéologies déraillent, l’utilitarisme bannit l’utile, le libéralisme la liberté, la bureaucratie étouffe la vie, les poumons d’acier empêchent de respirer. Les peuples finissent par s’asseoir sur leur fardeau, épuisés.

Moi. — Quels peuples, après les Occidentaux, seront les porteurs de civilisation ?

L’oracle. — Les Chinois, puis les Sibéro-Mongols, puis les Bantous, puis les… (Je n’ai pas bien compris des noms totalement inconnus, mais il s’agissait, je crois, de peuples sortis de la Nouvelle-Guinée.) … Notre civilisation industrielle périra très prochainement, non faute de porteurs, mais par manque de combustible et d’esclaves mécaniques.

Moi. — De combustible ? La science ne trouvera-t-elle donc pas de quoi remplacer le pétrole et le charbon ?

L’oracle. — Non.

L’oracle m’exposa longuement que l’on ne peut avoir deux fois de suite la chance de trouver un combustible tout stocké comme le pétrole, le gaz, le charbon, ou le minerai d’uranium, que le soleil, le vent, les marées, l’alcool de betteraves ou d’algues ne remplaceront jamais valablement le pétrole épuisé, et que la fusion de l’hydrogène donnera d’affreux mécomptes dans une organisation technique défaillante, bref, que nous sommes à un âge d’or énergétique très précaire.

L’oracle. — Les hommes vont bientôt perdre leurs esclaves mécaniques. Comme la fin de l’âge d’or coïncidera avec la plus haute pointe de l’inflation momentanée de la population mondiale, vers l’an 2050, la chute de niveau, aux XXIe et XXIIe siècles, sera sans précédent pour les civilisés. Toutes les civilisations industrielles périront. Les grandes villes seront abandonnées…

Moi. — Les peuples reviendront-ils donc à une vie plus naturelle ?

L’oracle. — Oui, par nécessité.

Moi. — En combien de temps ?

L’oracle. — En trois siècles.

Moi. — Comment se passeront ces trois siècles ?

L’oracle. — Très mal. Les peuples civilisés ou demi-civilisés ne se résigneront pas aux premiers moments. Ils accuseront « les autres » (les Blancs, les Jaunes, les capitalistes, les fascistes, les communistes, les chrétiens, les musulmans, les bouddhistes). Ils s’arracheront les derniers combustibles par des guerres destinées à préparer d’autres plus grandes guerres.

Moi. — Y aura-t-il donc toujours de grandes guerres ?

L’oracle. — Évidemment !

Moi. — Emploiera-t-on les bombes atomiques ?

L’oracle. — Évidemment ! Les derniers barils de pétrole seront réservés à l’aviation militaire, et serviront surtout à transporter les bombes destinées à incendier les derniers puits de pétrole de l’adversaire.

Moi. — L’humanité périra-t-elle dans ces grandes guerres ?

L’oracle. — Évidemment non. !

L’oracle m’expliqua longuement (coût : 250 dollars) que l’espèce humaine, très nombreuse, répandue partout, est vouée à survivre des millions d’années, avec des populations fluctuantes.

Moi. — Mais dans quel état survivra-t-elle ?

L’oracle. — Sur le bord de la pénurie et de la famine.

Moi. — Malthus est-il donc dans le vrai ?

L’oracle. — Évidemment oui !

Moi. — Et la pilule ?

L’oracle. — Elle aidera puissamment au suicide accéléré des nations civilisées, qui feront la grève de la natalité. Mais il y aura toujours des sous-civilisés ou des moins civilisés qui seront des briseurs de grève et qui prendront la place des suicidés, de manière à pouvoir se suicider à leur tour quand ils seront parvenus à la civilisation — à la civilisation bureaucratique, sinon industrielle.

Moi. — Les nations arriveront-elles à une fédération mondiale ?

L’oracle. — Non.

Moi. — Un État mondial impérialiste s’établira-t-il ?

L’oracle. — Oui, pour peu de temps, et déchiré par des guerres de sécession suivies de guerres de reconquête, en oscillations indéfinies.

Moi. — L’État, au les États futurs, seront-ils démocratiques et libéraux ?

L’oracle. — Évidemment non !

Moi. — Communistes égalitaires ?

L’oracle. — Communistes, nominalement, mais non égalitaires.

L’oracle me fit comprendre que, dans l’état de pénurie, l’inégalité est plus grande que dans l’état d’abondance. Lorsqu’on se plaint aujourd’hui de l’invasion du ciment, du plastique, de l’automobile, des appareils ménagers, on croit se plaindre de la civilisation industrielle. Mais on se plaint en réalité de l’égalisation démocratique, de la démocratie économique et du fait que trop de citoyens sont à leur aise et sont capables d’acheter auto et maison de campagne. Plus il y a de gens « à leur aise », plus les villes et les campagnes étouffent. Nous ne respirons encore que parce que la démocratie économique est imparfaite et qu’il y a toujours des pauvres et des peuples pauvres. L’abondance pour tous serait l’asphyxie et la paralysie universelles. La pénurie pour presque tous, l’abondance relative et le luxe pour quelques privilégiés, tel est le seul état stable possible.

Moi. — Reviendra-t-on aux maharadjahs, aux éléphants et aux carrosses dorés, aux palais de Versailles, aux tombeaux-pyramides et aux masses de pauvres, de fellahs, de serfs, dans de grands empires agricoles ?

L’oracle. — Certainement oui, dès le XXIVe siècle, et pour longtemps.

Moi. — Les hommes seront-ils donc malheureux ?

L’oracle. — Pas du tout. Ils seront plus heureux que nous en notre « âge d’or » industriel et égalitaire. Ils jouiront du luxe de leurs grands par participation psychologique. Les accroissements exponentiels sont impossibles dans l’ordre matériel, ainsi…

J’arrêtai l’oracle. Je ne tenais pas à dépenser une fortune pour me faire expliquer que rien de matériel dans l’univers ne peut être multiplié, par deux ou par dix, indéfiniment, ni même longtemps.

L’oracle. — Mais ils sont possibles, presque, dans l’ordre psychique. Un regard ne coûte rien.

Moi. — Les hommes renonceront-ils aussi au pouvoir personnel ?

L’oracle. — Certainement. Presque tous les hommes sont amateurs pour la servitude volontaire. Ils acclament, ils adorent les éléphants harnachés du pouvoir. Quelques-uns même se précipitent sous leurs pieds.

Moi. — La multiplication quasi gratuite des spectacles, la participation par les yeux à la vie des privilégiés ne conduira-t-elle pas aux demandes de participation moins impalpable ?

L’oracle. — Non. Les gouvernements futurs seront moins stupides que les gouvernements libéraux d’aujourd’hui. Toutes les informations, tous les spectacles seront des propagandes conformes. Les téléspectatrices, en voyant couronner la reine d’Angleterre, ne désireront pas être cette reine, la participation psychique suffira. Comme elle est la seule possible, il faudra bien s’arranger pour qu’elle suffise.

Moi. — L’espèce humaine sera-t-elle stable biologiquement ? Ne peut-on s’attendre à des mutations qui changeront ses instincts et ses facultés ? La biologie ne trouvera-t-elle pas le moyen de changer sa nature ? Ne trouvera-t-on pas les moyens d’agir sur les chromosomes ou sur les hormones, et de rendre tout le monde intelligent, ou heureux, ou héroïque, ou de fabriquer des surhommes par microchirurgie ? L’homme ne peut-il retoucher l’homme et en faire une nouvelle espèce ? Ne peut-il faire de l’homme l’œuvre de l’homme ? Je résume mes questions.

L’oracle. — (Je résume aussi ses réponses.) Au Moyen Age, on peuplait l’Inde et les pays lointains d’hommes aux oreilles grandes comme des feuilles de choux, ou avec un œil sur le ventre. Il ne faut pas peupler l’avenir de monstres, comme on en avait peuplé autrefois les contrées imaginaires.

Ce ne sont pas des mutations génétiques qui ont créé l’espèce humaine, mais des habitudes prises : de marcher debout, d’utiliser des cailloux ou des bâtons, d’utiliser des signes vocaux. D’ailleurs, des mutations génétiques ne changeraient rien ou pas grand-chose à la civilisation et ne résoudraient pas ses difficultés.

Moi. — Mais dans des centaines de millions d’années ?

L’oracle. — Mon pouvoir oraculaire ne s’étend pas au-delà de dix millions d’années.

Moi. — Mais, en bien moins de temps, de nouvelles politiques, de nouvelles éducations, de nouvelles religions, de nouvelles idées, de nouveaux Confucius, Jésus, Mahomet, Marx, ou Mao, ne peuvent-ils faire un homme nouveau, qui changera la vie collective ?

L’oracle. — Momentanément et apparemment, oui. Mais les besoins et les aspirations de l’homme ne changent pas si aisément. Il sera toujours égoïste et généreux, violent et pacifique, libre et esclave, dans les mêmes proportions, quel que soit le système économique et politique. De même que les techniques physiques peuvent inventer des mécanismes nouveaux, mais non créer des sources d’énergie ou des moteurs à mouvement perpétuel, les techniques psychologiques et politiques ne peuvent changer ni les instincts humains, ni la nature des choses, ni les conditions d’existence.

Moi. — Les techniques industrielles ont pourtant « changé la vie ». Le matérialisme historique…

L’oracle. — Vous voulez-dire : l’« énergétisme historique ». L’homme dépend de la quantité d’énergie qu’il peut atteler aux mécanismes qu’il invente, et les mécanismes les plus ingénieux ne peuvent créer un gramme de matière ou un milligramme d’énergie. C’est pourquoi la fin des énergies fossiles changera effectivement la vie, comme l’a changée l’avènement de ces énergies. L’homme se retrouvera au XXIIe siècle. Gros-Jean comme devant et obligé de réparer les dégâts du survoltage des trois siècles précédents.

Moi. — Mais ne pourra-t-il diriger son évolution biologique, prendre en mains son destin biologique, sinon par mutations provoquées, du moins par autosélection, eugénisme, direction autoritaire des mariages et de la natalité ? La technique biologique n’a pas besoin de grosses sources d’énergie.

L’oracle. — L’espèce humaine sera toujours une espèce sauvage. Elle ne pourra jamais se domestiquer entièrement elle-même, car les maîtres seront nécessairement, eux, toujours sauvages. Et les « domestiqués » se réensauvageront rapidement dès que les maîtres perdront la tête.

Moi. — L’espèce humaine est-elle donc vouée à dégénérer dans  son ensemble ?

L’oracle. — Pas du tout. Les civilisés seuls se dégradent, par dénatalité et dysgénisme artificiel. Les civilisations stérilisent les porteurs de bons gènes et les aristocraties génétiques, tandis que les peuples non civilisés favorisent, au contraire, leurs bonnes lignées. C’est pourquoi les civilisés sont éliminés par la sélection naturelle, toujours plus forte que les sélections ou anti-sélections artificielles. Tout artifice reste dans la nature, il ne peut donc capter la nature. L’homme est dans une cage de fer. Il ne peut encager le monde entier. L’homme « est évolué », il ne peut diriger l’évolution.

Moi. — Pardon, oracle ! L’homme, en tuant autour de lui tant d’espèces vivantes, en domestiquant les autres, animales et végétales, dirige bien l’évolution.

L’oracle. — Il y a toujours eu sur la terre une espèce dominante, depuis les premières espèces pluricellulaires jusqu’aux premiers vertébrés. La domination de l’homme est bien du même genre. Mais qu’il domine les autres vivants est justement la raison pour laquelle il ne peut se dominer lui-même.

Moi. — Ne peut-il pas du moins se suicider collectivement ?

L’oracle. — Théoriquement, oui. Mais il faudrait, pour cela, qu’un beau jour tous les hommes s’entendent pour cesser de procréer. C’est encore plus impossible que l’entente entre les nations pour une Société des nations. Il y aura toujours des dissidents et ces dissidents peupleront le monde.

Seuls subsisteront les « natalistes », et ceux qui obéiront au dieu de la vie, qui se conformeront — ou se trouveront conformes aux normes de la durée, c’est-à-dire de la volonté surhumaine. L’espèce humaine ne peut choisir de conquérir la durée. Elle est vouée malgré elle à la conquête du temps parce que les renonçants — individus ou peuples — à cette conquête, les adeptes du « Paradis maintenant », les libertaires, les utilitaristes égoïstes, les esthètes surréalistes, les mystiques de la drogue, les célibataires épicuriens ou les célibataires religieux et les moines, les prêcheurs de formes fantaisistes de la famille, les émancipés des normes vitales de la durée laisseront sans cesse la place, par leur suicide, aux conquérants du temps, aux soumis à la volonté surhumaine et à la sélection naturelle, aux dociles, aux domestiqués de Dieu, aux aliénés d’eux-mêmes en Dieu, aux croyants, en un mot.

Moi. — Les hommes de l’avenir seront-ils donc des conformistes, pauvres, crédules, inintelligents ?

L’oracle. — Ils seront pauvres, oui, et besogneux. Mais ils seront plus intelligents que les contemporains puisqu’ils auront, par définition, trouvé les moyens de combiner instinct et intelligence, conquête de l’espace et conquête du temps. L’intelligence ne consiste pas à rabâcher des idéologies invivables, à prêcher la destruction de la vie-conforme-aux-conditions-de-la-durée, sous prétexte de mieux vivre, à se croire progressiste quand on détruit les conditions vitales de tout progrès et même de toute survie.

Moi. — Mais seront-ils donc incultes ?

L’oracle. — Ils seront plus cultivés que nous. Tout en étant moins civilisés et moins pédants. Ils ne confondront plus la culture avec la technique et l’artifice, ou avec les fabrications de l’art expérimental. Ils ne prétendront plus que l’art doit en remontrer à la nature, et que le cinéma est plus vrai que le vrai. Ils se rendront sensibles aux voix intérieures, à l’instinct vital, c’est-à-dire à la Grande Conscience participée. Ils iront dormir dans les sanctuaires, comme autrefois à Épidaure, pour y faire des rêves inspirés. Dirigeants et dirigés, ils croiront aux oracles. Et les oracles seront gratuits, car ils seront subventionnés par les grands initiés, par les gardiens des traditions et de l’histoire, par les sages conservateurs, alliés aux puissants temporels dont la foi sera aussi sincère que la foi des grands spirituels et aussi sincère que la foi de leurs ouailles. L’humanité est vouée à la durée, donc à la sincérité religieuse. Et l’égalité spirituelle transfigurera pour tous les inégalités inévitables des conditions et des pouvoirs.

Moi. — Vous êtes donc optimiste pour l’avenir de l’homme ?

L’oracle. — Oui. Les peuples survivants seront, par définition, les peuples qui auront découvert l’art de survivre longtemps, toujours plus longtemps, et de retarder presque indéfiniment leur décadence et leur chute.

Moi. — Mais les trois ou quatre prochains siècles…

L’oracle. — Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Qu’est-ce que trois ou quatre siècles ?

Moi. — Ce n’est pas grand-chose en effet pour un oracle, ô oracle qui n’est pas gratuit, et qui comptes par millions les années et les dollars ! Je suis ruiné par cette consultation, mais quand même, merci.

Raymond Ruyer

Raymond Ruyer (1902-1987) était professeur de philosophie à l’université de Nancy. Il s’est penché sur les problèmes de la cybernétique (« Paradoxes de la conscience et Limites de l’automatisme ») et sur ceux du comportement (« l’Animal, l’Homme, la Fonction symbolique ») il est aussi essayiste (« Éloge de la société de consommation »). Son ouvrage, « la Gnose de Princeton », a connu un vif succès dans les milieux intellectuels. Sur Raymond Ruyer : http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Ruyer


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