Jean-Louis Victor : Le Spiritisme


12 Dec 2013

Cet à titre d’information que cet excellent article sur l’histoire et les idées du spiritisme est publié. Même si les recherches et les phénomènes qui y sont décrits ont leur importance, 3e Millénaire ne conseille pas d’essayer de contacter les morts ou de développer des pouvoirs etc. La maturité intérieure commence par la libération des innombrables conditionnements qui nous emprisonnent et ce par une observation de soi rigoureuse… Une version illustré en format PDF se trouve ici.

(Extrait de L’Univers de la parapsychologie et de l’ésotérisme. Vol. 2. Éd. Martinsart 1976)

« Toute chose douée d’une qualité apparente possède une qualité occulte, et réciproquement »

Aristote

Le spiritisme est l’expression moderne de la croyance, qui date des premiers temps du monde, a la possibilité d’évoquer l’âme des morts par des conjurations ou des pratiques plus ou moins secrètes, qui exigent l’emploi d’un médium. Chez les peuples les moins civilisés, la foi dans l’évocation des morts est générale. Dans l’Antiquité et au Moyen Age, on en trouvait des traces très nombreuses ; ainsi, dans l’Odyssée, le devin Tirésias évoque les mânes des ancêtres d’Ulysse et, plus tard, les apparitions du théâtre de Shakespeare (le spectre du roi Duncan au banquet du couronnement de Macbeth, le spectre du père d’Hamlet évoqué par son fils sur la terrasse d’Elseneur) purent être considérées comme du domaine du spiritisme.

L’aspect moderne de cette croyance est né, toutefois, aux États-Unis, où furent observées les premières manifestations d’esprits frappeurs et de tables tournantes dans la famille des sœurs Voss (qui avaient anglicisé leur nom en prenant celui de Fox), à Hydesville, dans l’état de New York, en 1847. Ces premières observations connurent un succès extraordinaire et la doctrine se répandit avec la rapidité d’un incendie, tant sur le continent américain qu’en Europe.

Allan Kardec, pionnier du spiritisme expérimental

Allan Kardec fait partie de la lignée de ces grands penseurs contem­porains qui furent des initiés au sens noble du terme. Il était chargé de secouer le vieux monde englouti dans un dogmatisme religieux basé sur la crainte du Divin. Allan Kardec apporta un souffle nouveau, fondé sur l’expérimentation scientifique, et une idéologie naturelle, celle qui part du cœur et va droit à Dieu sans s’arrêter aux franges d’une soutane ou aux marchepieds d’un autel…

Sa réussite fut complète puisque, plus de cent ans après sa mort, les questions métapsychiques, dont il fut le promoteur, sont plus que jamais à l’ordre du jour, dans un courant qui ne s’arrêtera pas, car les consciences sont réveillées et cherchent, refusant désormais l’obscu­rantisme dans lequel on a eu intérêt à les maintenir pendant près de vingt siècles.

L’homme

Allan Kardec (Hippolyte-Léon-Denizard Rivail) est né à Lyon, le 3 octobre 1804 ; sa famille était originaire de Bourg-en-Bresse, département de l’Ain. Quoique fils et petit-fils d’avocats, et d’une ancienne famille qui s’est distinguée dans la magistrature et le barreau, il n’a point suivi cette carrière ; de bonne heure il s’est voué à l’étude des sciences et de la philosophie. Élève de Pestalozzi, en Suisse, il devint un des disciples éminents de ce célèbre pédagogue, et l’un des propagateurs de son système d’éducation, qui a exercé une grande influence sur la réforme des études en France et en Allemagne. C’est à cette école que se sont développées les idées qui devaient plus tard le placer dans la classe des hommes de progrès et des libres penseurs. Né dans la religion catholique, mais élevé dans un pays protestant, les actes d’intolérance qu’il eut à subir à ce sujet lui firent, dès l’âge de quinze ans, concevoir l’idée d’une réforme religieuse, à laquelle il travailla dans le silence pendant de longues années, avec la pensée d’arriver à l’unification des croyances ; mais il lui manquait l’élément indispensable à la solution de ce grand problème. Le spiritisme vint plus tard le lui fournir et imprimer une direction spéciale à ses travaux. Vers 1850, dès qu’il fut question des manifestations des esprits, Allan Kardec se livra à des observations persévérantes sur ces phénomènes, et s’attacha principalement à en déduire les conséquences philoso­phiques. Il y entrevit tout d’abord le principe de nouvelles lois natu­relles : celles qui régissent les rapports du monde visible et du monde invisible; il reconnut dans l’action de ce dernier une des forces de la nature, dont la connaissance devait jeter la lumière sur une foule de problèmes réputés insolubles, et il en comprit la portée au point de vue scientifique, social et religieux.

L ‘œuvre

Ses principaux ouvrages sur le spiritisme sont : Le Livre des Esprits, pour la partie philosophique, dont la première édition a paru en librairie le 18 avril 1857 ; Le Livre des Médiums, pour la partie expérimentale et scientifique (janvier 1861) ; L’Évangile selon le Spiritisme, pour la partie morale (avril 1864) ; Le Ciel et l’Enfer, ou la Justice de Dieu selon le Spiritisme (août 1865) ; La Genèse, les Miracles et les Prédi­cations selon le Spiritisme (janvier 1868) ; la Revue spirite, journal d’études psychologiques, recueil mensuel commencé le 1er janvier 1858.

Allan Kardec a fondé à Paris, le 1er avril 1858, la première société spirite, régulièrement constituée sous le nom de : Société parisienne des études spirites, dont le but exclusif est l’étude de tout ce qui peut contribuer au progrès de cette nouvelle science. Allan Kardec se défend lui-même d’avoir rien écrit sous l’influence d’idées préconçues ou sys­tématiques ; homme d’un caractère froid et calme, il a observé les faits, et de ses observations il a déduit les lois qui les régissent ; le premier, il en a donné la théorie et en a formé un corps méthodique et régulier. En démontrant que les faits faussement qualifiés de surnaturels sont soumis à des lois, il les fait rentrer dans l’ordre des phénomènes de la nature, et détruit ainsi le dernier refuge du merveilleux et l’un des éléments de la superstition. Pendant les premières années où il fut question de phénomènes spirites, ces manifestations furent plutôt un objet de curiosité qu’un objet de méditations sérieuses. Le Livre des Esprits fit envisager la chose sous un tout autre aspect ; alors on délaissa les tables tournantes, qui n’avaient été qu’un prélude, et l’on se rallia à un corps de doctrine qui embrassait toutes les questions intéressant le plus notre humanité. De l’apparition du Livre des Esprits date la véritable fondation du spiritisme, qui, jusqu’alors, n’avait possédé que des éléments épars sans coordination, et dont la portée n’avait pu être comprise de tout le monde ; de ce moment aussi la doctrine fixa l’atten­tion des hommes sérieux et prit un développement rapide. En peu d’années, ces idées trouvèrent de nombreux adhérents dans tous les rangs de la société et dans tous les pays. Ce succès, sans précédent, tient sans doute aux sympathies que ces idées ont rencontrées, mais il est dû aussi en grande partie à la clarté, qui est un des caractères dis­tinctifs d’Allan Kardec. En s’abstenant des formules abstraites de la métaphysique, l’auteur a su se mettre à la portée de tout le monde et se faire lire sans fatigue, condition essentielle pour la vulgarisation d’une idée. Sur tous les points de controverse, son argumentation, d’une logique serrée, offre peu de prise à la réfutation, et prédispose à la conviction. Les preuves tangibles que donne le spiritisme de l’exis­tence de l’âme et de la vie future tendent à la destruction des idées matérialistes. Un des principes les plus féconds de cette doctrine, et qui découle du précédent, est celui de la pluralité des existences, déjà entrevue par une foule de philosophes anciens et modernes. Le spi­ritisme en démontre la réalité, et prouve que c’est un des attributs essentiels de l’humanité. De ce principe découle la solution de toutes les anomalies apparentes de la vie humaine, de toutes les inégalités intellectuelles, morales et sociales ; l’homme sait ainsi d’où il vient, où il va, pour quelle fin il est sur terre, et pourquoi il souffre. Les idées innées s’expliquent par les connaissances acquises dans les vies antérieures ; la marche ascendante des peuples et de l’humanité, par les hommes des temps passés qui revivent après avoir progressé ; les sympathies et les antipathies, par la nature des rapports antérieurs lesquels relient la grande famille humaine de toutes les époques el donnent pour bases les lois mêmes de la nature, et non plus une théorie aux grands principes de fraternité, d’égalité, de liberté, et de solidarité universelle. Il touche, en outre, directement à la religion, en ce que la pluralité des existences étant la preuve du progrès de l’âme détruis radicalement le dogme de l’enfer et des peines éternelles, incompatible avec ce progrès. Avec ce dogme suranné tombent les nombreux abus dont il a été la source. Au lieu du principe antihumanitaire : « Hors de l’Église point de salut » qui entretient la division et l’animosité entre les différentes sectes, et qui a fait verser tant de sang, le spiritisme a pour maxime fondamentale : « Hors la charité point de salut », c’est-à-dire l’égalité de tous les hommes devant Dieu, la tolérance, la liberté de conscience et la bienveillance mutuelle. Au lieu de la foi aveugle qui annihile la liberté de penser, il dit : « Il n’y a de foi inébranlable que celle qui peut regarder la raison face à face à tous les âges de l’huma­nité. À la foi, il faut une base, et cette base, c’est l’intelligence parfaite de ce que l’on doit croire, il ne suffit pas de voir, il faut surtout compren­dre. La foi aveugle n’est pas de ce siècle ; or, c’est précisément le dogme de la foi aveugle qui fait aujourd’hui le plus grand nombre d’incrédules, parce qu’il veut s’imposer et qu’il exige l’abdication d’une des plus précieuses facultés de l’homme ; le raisonnement et le libre arbitre » (L’Évangile selon le Spiritisme). La doctrine spirite, telle qu’elle ressort des ouvrages d’Allan Kardec, renferme en elle les éléments d’une trans­formation générale dans les idées, et la transformation des idées amène forcément celle de la société. À ce point de vue, elle mérite l’attention de tous les hommes de progrès. Son influence, s’étendant déjà sur tous les pays civilisés, donne à la personnalité de son fondateur une importance considérable, et tout fait prévoir que, dans un avenir peut-être prochain, il sera posé comme l’un des principaux réformateurs du XIXe siècle, lui dont la pensée philosophique fondamentale a été : « Naître, Mourir, Renaître encore et progresser sans cesse, telle est la loi. »

Travailleur infatigable, toujours le premier et le dernier à l’œuvre, Allan Kardec a succombé le 31 mars 1869, d’une maladie de cœur. Son corps repose à Paris au cimetière du Père-Lachaise sous une sorte de dolmen ; et sous son buste on a gravé ces quelques lignes :

« Tout effet a une cause,

Tout effet intelligent a une cause intelligente

La Puissance de la cause

est en raison de la grandeur de l’effet. »

3 octobre 1804-31 mars 1869

Camille Flammarion

Sur la tombe d’Allan Kardec, Camille Flammarion (astronome, directeur de l’observatoire de Juvisy, créateur de la Société astrono­mique de France), prononça le discours suivant : « En me rendant avec déférence à l’invitation sympathique des amis du penseur laborieux dont le corps terrestre gît maintenant à nos pieds, je me souviens d’une sombre journée du mois de décembre 1865. Je prononçais alors de suprêmes paroles d’adieu sur la tombe du fon­dateur de la Librairie académique, de l’honorable Didier, qui fut, comme éditeur, le collaborateur convaincu d’Allan Kardec dans la publication des ouvrages fondamentaux d’une doctrine qui lui était chère et qui mourut subitement aussi, comme si le ciel eût voulu épargner à ces deux esprits intègres l’embarras philosophique de sortir de cette vie par une voie différente de la voie communément reçue. Aujourd’hui ma tâche est plus grande encore car je voudrais pouvoir représenter à la pensée de ceux qui m’entendent, et à celle des millions d’hommes qui, dans le nouveau monde, se sont occupés du problème encore mystérieux des phénomènes surnommés spirites, je voudrais, dis-je, pouvoir leur représenter l’intérêt scientifique et l’avenir philosophique de l’étude de ces phénomènes (à laquelle se sont livrés, comme nul ne l’ignore, des hommes éminents parmi nos contemporains). J’aimerais leur faire entrevoir quels horizons inconnus la pensée humaine verra s’ouvrir devant elle, à mesure qu’elle étendra sa connaissance positive des forces naturelles en action autour de nous ; leur montrer que de telles constatations sont l’antidote le plus efficace de la lèpre de l’athéisme qui semble s’attaquer particulièrement à notre époque de transition ; et témoigner enfin publiquement ici de l’éminent service que l’auteur du Livre des Esprits a rendu à la philosophie, en appelant l’attention et la discussion sur des faits qui, jusqu’alors, appartenaient au domaine morbide et funeste des superstitions religieuses.

« Ce serait, en effet, un acte important d’établir ici, devant cette tombe éloquente, que l’examen méthodique des phénomènes appelés à tort surnaturels, loin de renouveler l’esprit superstitieux et d’affaiblir l’énergie de la raison, éloigne, au contraire, les erreurs et les illusions de l’ignorance, et sert mieux le progrès que la négation illégitime de ceux qui ne veulent point se donner la peine de voir. Mais ce n’est pas ici le lieu d’ouvrir une arène à la discussion irrespectueuse. Laissons seulement descendre de nos pensées, sur la face impassible de l’homme couché devant nous, des témoignages d’affection et des sentiments de regret, qui restent autour de lui dans son tombeau comme un embaumement du cœur ! Et puisque nous savons que son âme éter­nelle survit à cette dépouille mortelle comme elle lui a préexisté ; puisque nous savons que des liens indestructibles rattachent notre monde visible au monde invisible ; puisque cette âme existe aujourd’hui aussi bien qu’il y a trois jours, et qu’il n’est pas impossible qu’elle ne se trouve actuellement ici devant moi ; disons-lui que nous n’avons pas voulu voir s’évanouir son image corporelle et l’enfermer dans son sépulcre, sans honorer unanimement ses travaux et sa mémoire, sans payer un tribut de reconnaissance à son incarnation terrestre, si uti­lement et si dignement remplie. Je retracerai d’abord dans une esquisse rapide les lignes principales de sa carrière littéraire. Mort à l’âge de soixante-cinq ans, Allan Kardec avait consacré la première partie de sa vie à écrire des ouvrages classiques, élémentaires, destinés surtout à l’usage des instituteurs de la jeunesse. Lorsque, vers 1855, les mani­festations, en apparence nouvelles, des tables tournantes, des coups frappés sans cause ostensible, des mouvements insolites des objets et des meubles, commencèrent à attirer l’attention publique et déter­minèrent même chez des imaginations aventureuses une sorte de fièvre due à la nouveauté de ces expériences, Allan Kardec, étudiant à la fois le magnétisme et ses effets étranges, suivit avec la plus grande patience et une judicieuse clairvoyance les expériences et les tenta­tives si nombreuses faites alors à Paris. Il recueillit et mit en ordre les résultats obtenus par cette longue observation et en composa le corps de doctrine publié en 1857 dans la première édition du Livre des Esprits. Vous savez tous quel succès accueillit cet ouvrage, en France et à l’étranger. Il a répandu dans toutes les classes ce corps de doctrine élémentaire, qui n’est point nouveau dans son essence, puisque l’école de Pythagore en Grèce et celle des druides dans notre pauvre Gaule, en enseignaient les principes, mais qui revêtait une véritable forme d’actualité par sa correspondance avec les phénomènes. Après ce premier ouvrage, parurent successivement le Livre des Médiums ou Spiritisme expérimental; Qu’est-ce que le Spiritisme ? ou abrégé sous forme de questions et de réponses ; L’Évangile selon le Spiri­tisme ; Le Ciel et l’Enfer ; La Genèse ; et la mort vient de le surprendre au moment où, dans son activité infatigable, il travaillait à un ouvrage sur les rapports du magnétisme et du spiritisme.

« Par la Revue spirite et la Société de Paris dont il était président, il s’était constitué, en quelque sorte, le centre où tout aboutissait, le trait d’union de tous les expérimentateurs. Il y a quelques mois, sentant sa fin prochaine, il a préparé les conditions de vitalité de ces mêmes études après sa mort, et établi le Comité central qui lui succède.

« Il a soulevé des rivalités ; il a fait école sous une forme un peu personnelle ; il y a encore quelque division entre les spiritualistes et les spirites. Désormais, Messieurs (tel est, du moins, le vœu des amis de la vérité), nous devons être tous réunis par une solidarité confrater­nelle, par les mêmes efforts vers l’élucidation du problème, par le désir général et impersonnel du vrai et du bien. On a objecté, Messieurs, à notre digne ami auquel nous rendons aujourd’hui les derniers devoirs, on lui a objecté de n’être point ce qu’on appelle un savant, de n’avoir pas été d’abord physicien, naturaliste ou astronome, et d’avoir préféré constituer un corps de doctrine morale avant d’avoir appliqué la dis­cussion scientifique à la réalité et à la nature des phénomènes. Peut-être, Messieurs, est-il préférable que les choses aient ainsi commencé. Il ne faut pas toujours rejeter la valeur du sentiment. Combien de cœurs ont été consolés d’abord par cette croyance religieuse ! Combien de larmes ont été séchées ! Combien de consciences ouvertes au rayon de la beauté spirituelle ! Tout le monde n’est pas heureux ici-bas. Bien des affections ont été déchirées ! Bien des âmes ont été endormies par le scepticisme ! N’est-ce donc rien que d’avoir amené au spiritua­lisme tant d’êtres qui flottaient dans le doute et qui n’aimaient plus la vie ni physique ni intellectuelle ?

« Allan Kardec eût été homme de science que, sans doute, il n’eût pu rendre ce premier service et répandre ainsi au loin comme une invitation à tous les cœurs. Mais il était ce que j’appellerai simplement le bon sens incarné. Raison droite et judicieuse, il appliquait, sans oubli, à son œuvre permanente les indications intimes du sens commun. Ce n’était pas là une moindre qualité, dans l’ordre des choses qui nous occupe. C’était, on peut l’affirmer, la première de toutes, et la plus précieuse, sans laquelle l’œuvre n’eût pu devenir populaire ni jeter ses immenses racines dans le monde. La plupart de ceux qui se sont livrés à ces études se sont souvenus avoir été dans leur jeunesse, ou dans cer­taines circonstances spéciales, témoins eux-mêmes de manifestations inexpliquées ; il est peu de familles qui n’aient observé dans leur histoire des témoignages de cet ordre. Le premier point était d’y appliquer la raison ferme du simple bon sens et de les examiner selon les principes de la méthode positive. Comme l’organisateur de cette étude lente et difficile l’a prévu lui-même, cette complexe étude doit entrer mainte­nant dans sa période scientifique. Les phénomènes physiques, sur lesquels on n’a pas insisté d’abord, doivent devenir l’objet de la critique expérimentale, à laquelle nous devons la gloire du progrès moderne ; cette méthode doit saisir les phénomènes de l’ordre encore mystérieux auxquels nous assistons, les disséquer, les mesurer, et les définir.

« Car, Messieurs, le spiritisme n’est pas une religion, mais c’est une science, science dont nous connaissons à peine, l’abc. Le temps des dogmes est fini. La nature embrasse l’univers, et Dieu lui-même, qu’on a fait jadis à l’image de l’homme, ne peut être considéré par la méta­physique moderne que comme un esprit dans la nature. Le surnaturel n’existe pas. Les manifestations obtenues par l’intermédiaire des médiums, comme celles du magnétisme et du somnambulisme, sont de l’ordre naturel et doivent être sévèrement soumises au contrôle de l’expérience. Il n’y a pas de miracles. Nous assistons à l’aurore d’une science inconnue. Qui pourrait prévoir à quelles conséquences conduira dans le monde de la pensée l’étude positive de cette psycho­logie nouvelle ? La science régit le monde désormais ; et, Messieurs, il ne sera pas étranger à ce discours funèbre de remarquer son œuvre actuelle et les inductions nouvelles qu’elle nous découvre, précisément au point de vue de nos recherches. A aucune époque de l’histoire, la science n’a développé devant le regard étonné de l’homme des horizons aussi grandioses. Nous savons maintenant que la Terre est un astre et que notre vie actuelle s’accomplit dans le ciel. Par l’analyse de la lumière, nous connaissons les éléments qui brûlent dans le soleil et dans les étoiles à des millions et à des trillons de lieues de notre obser­vatoire terrestre. Par le calcul, nous possédons l’histoire du ciel et de la terre dans leur passé lointain comme dans leur avenir, qui n’existent pas pour les lois immuables. Par l’observation, nous avons pesé les terres célestes qui gravitent dans l’étendue. Le globe où nous sommes est devenu un atome stellaire volant dans l’espace au milieu des pro­fondeurs infinies, et notre propre existence sur ce globe est devenue une fraction infinitésimale de notre vie éternelle. Mais ce qui peut à juste titre nous frapper plus vivement encore, c’est cet étonnant résultat des travaux physiques opérés en ces dernières années : que nous vivons au milieu d’un monde invisible agissant sans cesse autour de nous. Oui, Messieurs, c’est là, pour nous, une révélation immense. Contem­plez, par exemple, la lumière répandue à cette heure dans l’atmosphère par ce brillant soleil, contemplez cet azur si doux de la voûte céleste, remarquez ces effluves d’air tiède qui viennent caresser nos visages, regardez ces monuments et cette terre : eh bien, malgré nos yeux grands ouverts, nous ne voyons pas ce qui se passe ici ! Sur cent rayons émanés du soleil, un tiers seulement sont accessibles à notre vue, soit directement, soit réfléchis par tous ces corps ; les deux tiers existent et agissent autour de nous, mais d’une manière invisible quoique réelle. Ils sont chauds, sans être lumineux pour nous, et sont cependant beau­coup plus actifs que ceux qui nous frappent, car ce sont eux qui attirent les fleurs du côté du soleil, qui produisent toutes les actions chimiques, et ce sont eux aussi qui élèvent, sous une forme également invisible, la vapeur d’eau dans l’atmosphère pour en former les nuages, exerçant ainsi incessamment autour de nous, d’une manière occulte et silencieuse, une force colossale, mécaniquement évaluable au travail de plusieurs milliards de chevaux ! Si les rayons calorifiques et les rayons chimiques qui agissent constamment dans la nature sont invisibles pour nous, c’est parce que les premiers ne frappent pas assez vite notre rétine, et parce que les seconds la frappent trop vite. Notre œil ne voit les choses qu’entre deux limites, en deçà et en delà desquelles il ne voit plus. Notre organisme terrestre peut être comparé à une harpe à deux cordes, qui sont le nerf optique et le nerf auditif. Une certaine espèce de mouvements met en vibration la première et une autre espèce de mouvements met en vibration la seconde : c’est là toute la sensation humaine, plus restreinte ici que celle de certains êtres vivants, de cer­tains insectes, par exemple, chez lesquels les mêmes cordes de la vue et de l’ouïe sont plus délicates. Or, il existe, en réalité, dans la nature, non pas deux, mais dix, cent, mille espèces de mouvements. La science physique nous enseigne donc que nous vivons ainsi au milieu d’un monde invisible pour nous et qu’il n’est pas impossible que des êtres (invisibles également pour nous) vivent également sur la terre, dans un ordre de sensations absolument différent du nôtre, et sans que nous puissions apprécier leur présence, à moins qu’ils ne se manifestent à nous par des faits rentrant dans notre ordre de sensations. Devant de telles vérités, qui ne font encore que s’entr’ouvrir, combien la négation a priori ne paraît-elle pas absurde et sans valeur ! Quand on compare le peu que nous savons et l’exiguïté de notre sphère de perception à la quantité de ce qui existe, on ne peut s’empêcher de conclure que nous ne savons rien et que tout nous reste à savoir. De quel droit pro­noncerons-nous donc le mot « impossible » devant des faits que nous constatons sans pouvoir en découvrir la cause unique ?

« La science nous ouvre des vues aussi autorisées que les précé­dentes sur les phénomènes de la vie et de la mort et sur la force qui nous anime. Il nous suffit d’observer la circulation des existences. Tout n’est que métamorphoses. Emportés dans leur cours éternel, les atomes constitutifs de la matière passent sans cesse d’un corps à l’autre, de l’animal à la plante, de la plante à l’atmosphère, de l’atmosphère à l’homme, et notre propre corps pendant la durée entière de notre vie change incessamment de substance constitutive, comme la flamme ne brille que par des éléments sans cesse renouvelés ; et quand l’âme s’est envolée, ce même corps, tant de fois transformé déjà pendant la vie, rend définitivement à la nature toutes les molécules pour ne plus les reprendre. Au dogme inadmissible de la résurrection de la chair s’est substituée la haute doctrine de la transmigration des âmes. Voici le soleil d’avril qui rayonne dans les cieux et nous inonde de sa première rosée calorescente. Déjà les campagnes se réveillent, déjà les premiers bourgeons s’entr’ouvrent, déjà le printemps fleurit, l’azur céleste sou­rit, et la résurrection s’opère ; et pourtant cette vie nouvelle n’est formée que par la mort et ne recouvre que des ruines ! D’où vient la sève de ces arbres qui reverdissent dans ce champ des morts ? D’où vient cette humidité qui nourrit leurs racines ? D’où viennent tous les éléments qui vont faire apparaître sous les caresses de mai les petites fleurs silencieuses et les oiseaux chanteurs ? De la mort !… Messieurs…, de ces cadavres ensevelis dans la nuit sinistre des tombeaux !… Loi suprême de la nature, le corps n’est qu’un assemblage transitoire de particules qui ne lui appartiennent point et que l’âme a groupées suivant son propre type pour se créer des organes la mettant en relation avec notre monde physique. Et tandis que notre corps se renouvelle ainsi pièces par pièces par l’échange perpétuel des matières, tandis qu’un jour il tombe, masse inerte, pour ne plus se relever, notre esprit, être personnel, a gardé constamment son identité indestructible, a régné en souverain sur la matière dont il était revêtu, établissant ainsi par ce fait constant et universel sa personnalité indépendante, son essence spirituelle non soumise à l’empire de l’espace et du temps, sa grandeur individuelle, son immortalité.

« En quoi consiste le mystère de la vie ? Par quels liens l’âme est-elle rattachée à l’organisme ? Par quel dénouement s’en échappe-t-elle ? Sous quelle forme et en quelles conditions existe-t-elle après la mort ? Quels souvenirs, quelles affections garde-t-elle ? Ce sont là, Messieurs, autant de problèmes qui sont loin d’être résolus et dont l’ensemble constituera la science psychologique de l’avenir. Certains hommes peuvent nier l’existence même de l’âme comme celle de Dieu, affirmer que la vérité morale n’existe pas, qu’il n’y a point de lois intelligentes dans la nature, et que nous, spiritualistes, sommes les dupes d’une immense illusion. D’autres peuvent, à l’opposé, déclarer qu’ils connais­sent par un privilège spécial l’essence de l’âme humaine, la forme de l’Être suprême, l’état de la vie future, et nous traiter d’athées, parce que notre raison se refuse à leur foi. Les uns et les autres, Messieurs, n’empêcheront pas que nous soyons ici en face des plus grands problèmes, que nous ne nous intéressions à ces choses (qui sont loin de nous être étrangères), et que nous n’ayons le droit d’appliquer la méthode expérimentale de la science contemporaine à la recherche de la vérité.

« C’est par l’étude positive des effets que l’on remonte à l’apprécia­tion des causes. Dans l’ordre des études réunies sous la dénomination générique de spiritisme, les faits existent. Mais nul ne connaît leur mode de production. Ils existent, tout aussi bien que les phénomènes élec­triques, lumineux, caloriques ; mais, Messieurs, nous ne connaissons ni la biologie, ni la physiologie. Qu’est-ce que le corps humain ? Qu’est-ce que le cerveau ? Quelle est l’action absolue de l’âme ? Nous ignorons également l’essence de l’électricité, l’essence de la lumière ; il est donc sage d’observer sans parti pris tous ces faits et d’essayer d’en déterminer les causes, qui sont peut-être d’espèces diverses et plus nombreuses que nous ne l’avons supposé jusqu’ici. Que ceux dont la vue est bornée par l’orgueil ou par le préjugé ne comprennent point ces anxieux désirs de nos pensées avides de connaître ; qu’ils jettent sur ce genre d’étude le sarcasme ou l’anathème ; nous élevons plus haut nos contemplations !… Tu fus le premier, ô maître et ami ! Tu fus le premier qui, dès le début de ma carrière astronomique, témoigna une vive sympathie pour mes déductions relatives à l’existence des humanités célestes ; car, prenant en main le livre de la Pluralité des mondes habités, tu le posas tout de suite à la base de l’édifice doctri­naire que tu rêvais. Bien souvent nous nous entretenions ensemble de cette vie céleste si mystérieuse ; maintenant, ô âme ! Tu sais par une vision directe en quoi consiste cette vie spirituelle à laquelle nous retournerons tous, et que nous oublions pendant cette existence. Maintenant tu es retourné à ce monde d’où nous sommes venus, et tu recueilles le fruit de tes études terrestres. Ton enveloppe dort à nos pieds, ton cerveau est éteint, tes yeux sont fermés pour ne plus s’ouvrir, ta parole ne se fera plus entendre… Nous savons que tous, nous arri­verons à ce même dernier sommeil, à la même inertie, à la même pous­sière. Mais ce n’est pas dans cette enveloppe que nous mettons notre gloire et notre espérance. Le corps tombe, l’âme reste et retourne à l’espace. Nous nous retrouverons dans un monde meilleur, et dans le ciel immense où s’exerceront nos facultés les plus puissantes, nous continuerons les études qui n’avaient sur la terre qu’un théâtre trop étroit pour les contenir. Nous aimons mieux savoir cette vérité que de croire que tu gis tout entier dans ce cadavre et que ton âme ait été détruite par la cessation du jeu d’un organe. L’immortalité est la lumière de la vie, comme cet éclatant soleil est la lumière de la nature. Au revoir, mon cher Allan Kardec, au revoir. »

La doctrine spirite

« L’immortalité est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de ce qui en est. » (Pascal).

Le mot « spiritisme » évoque pour beaucoup la possibilité d’entrer en communication avec les morts. Faire du spiritisme équivaut à faire parler une table, un soir avec quelques amis… Le spiritisme représente bien autre chose : c’est non seulement une science avec ses expériences et ses lois mais aussi une philosophie évolutionniste ; comme l’a montré le Dr Geley (ancien directeur de l’Institut métapsychique international) dans son remarquable exposé sur la Synthèse spirite dont nous extrayons quelques passages :

« D’après ses adeptes, la doctrine spirite serait une science positive, basée sur l’étude expérimentale des phénomènes psychiques et les enseignements des esprits élevés.

« Incessamment perfectible, elle ne doit avancer que pas à pas, réservant les déductions lointaines et les généralisations hâtives, et se bornant à l’exposition des points bien établis. Ces points sont les suivants :

« 1° Nous ne pouvons, dans l’état actuel de nos connaissances, admettre le matérialisme ni le spiritualisme purs. Tout nous porte à croire qu’il n’y a pas de matière sans intelligence, ni d’intelligence sans matière. Dans la molécule minérale, végétale ou animale, dans la plante, dans l’animal, dans l’homme, dans l’esprit désincarné, même très élevé, dans l’univers, considéré en bloc, dans tout ce qui est, en un mot, matière et intelligence sont unies en proportions diverses.

« 2° Tout l’univers, totalité et parties, est soumis à une évolution progressive continue. Il y a évolution pour le principe matériel. Il y a évolution pour le principe psychique. Cette double évolution est connexe. L’une ne peut se faire sans l’autre. A la base de l’évolution, l’âme est un simple élément de vie, une intelligence en puissance. C’est la force diffuse qui associe et maintient les molécules minérales dans une forme définie. Au sommet de l’évolution, l’âme est un prin­cipe vivant, conscient et libre, n’ayant gardé de son association à la matière que le minimum organique nécessaire à la conservation de son individualité.

« 3° Dans le cours de son évolution progressive, l’âme passe dans des organismes de plus en plus perfectionnés. Elle subit donc une immense série d’incarnations et de désincarnations. La mémoire des états précédents sommeille plus ou moins pendant chaque incarnation, pour reparaître après la mort, d’autant plus étendue que l’être est plus avancé.

« 4° L’âme, en effet, garde intacte son individualité, grâce à son union indissoluble avec un organisme fluidique, appelé corps psy­chique, corps astral ou « périsprit », qui évolue avec elle. Le périsprit est le principe intermédiaire entre la matière et l’esprit. C’est la force nécessaire, dont le but est triple :

« Maintenir indestructible et intacte l’individualité ;

« Servir de substratum au corps pendant l’incarnation ;

« Être le moyen d’union de l’âme et du corps pour la transmission réciproque des sensations et des ordres de la volonté.

« La mort est l’abandon, par l’âme et son périsprit, du corps comme d’un vêtement hors d’usage.

« La naissance est la prise de possession d’un organisme neuf, pour la progression continue de l’être. L’histoire naturelle de l’être vivant doit donc comprendre

« a) Les causes et conséquences de l’évolution dans le sens orga­nique et dans le sens psychique;

« b) Les phases d’incarnation ;

« c) Les phases de désincarnation. »

Prenons successivement ces trois points :

Causes et conséquences de l’évolution

Il n’y a pas lieu d’envisager ici les conditions de l’évolution organique : influence du milieu ambiant, lutte pour la vie, sélection naturelle. Ces conditions président également, on le conçoit, à l’évolution animique, au moins dans ses phases inférieures. Évolution du corps et évolution de l’âme se font l’une avec l’autre et l’une par l’autre. En effet, les besoins organiques et les sensations nécessitent l’exercice continuel et, par la suite, le développement de nos facultés conscientes ou ins­tinctives. Et, réciproquement, l’exercice de plus en plus étendu de ces facultés amène le perfectionnement de l’instrument organique. La souffrance et le plaisir physiques ne servent donc pas seulement à assu­rer la conservation et la transformation progressive de l’organisme ; l’âme se développe aussi peu à peu, dans la lutte pour la vie, par les douleurs et les peines que nécessite l’existence matérielle, comme aussi par les rares jouissances qu’elle comporte.

L’évolution animique a sa cause première dans le travail que néces­site la satisfaction des besoins du corps, dans la fuite des sensations désagréables, et dans la recherche des sensations agréables. Aux sen­sations viennent s’adjoindre, chez l’être suffisamment avancé, les émotions ; puis le libre exercice de la volonté. Pour l’homme élevé, le rôle des sensations est secondaire. L’évolution psychique se fait surtout par le jeu des émotions, par la culture intellectuelle et morale, par le développement conscient des facultés et l’exercice de la liberté morale ; conscience et liberté morale étant toujours proportionnelles au degré d’avancement de l’être. Il arrive un moment où le corps humain ne peut plus servir au perfectionnement de l’âme et lui deviendrait même une entrave. En effet, la sensibilité physique et morale suffisam­ment développée est incompatible avec les conditions misérables de l’existence terrestre ; conditions dont l’être souffre d’autant plus qu’il est plus élevé (lorsqu’il a dépassé, dans son évolution, la moyenne évolutive de l’humanité terrestre).

Aussi, lorsque travaux et souffrances ont convenablement façonné l’individualité pensante, les mondes supérieurs sont ouverts à son activité. Les incarnations ont lieu, dès lors, sur des planètes plus avan­cées [1] où le mal, mesure de l’infériorité des êtres et des mondes et condition nécessaire à leur perfectionnement, se trouve considéra­blement réduit ; où la liberté consciente du moi subit moins les entraves de l’organisme matériel ; où le bonheur résulte nécessairement de la double condition suivante de plus en plus réalisée : augmentation du champ de la conscience, des facultés intellectuelles, morales, affectives et sensitives — diminution du mal. L’être vivant n’est plus, on le voit, cette personnalité éphémère des doctrines maté­rialistes, ne sortant du néant que pour y rentrer presque aussitôt, subissant cette courte existence sans la comprendre. C’est une indivi­dualité indestructible, poursuivant par ses propres efforts, dans une immense série d’incarnations et de désincarnations, l’évolution pro­gressive qui doit la délivrer des sujétions matérielles et lui donner conscience, liberté, amour, bonheur.

L’incarnation

Considérons maintenant l’être vivant pendant une phase d’incar­nation. Tout être incarné présente trois éléments à considérer : le corps, le périsprit, l’âme.

Laissons de côté ce qui concerne le corps et faisons seulement remarquer que la doctrine spirite est parfaitement d’accord avec la théorie scientifique généralement admise, qui fait de chaque cellule un être élémentaire.

Le périsprit a, dans la doctrine spirite, une importance capitale. Il constitue, nous l’avons dit, le principe intermédiaire entre la matière et l’esprit ; le moyen d’union entre l’âme et le corps ; la condition nécessaire des rapports du moral et du physique. Il est composé de la quintessence des éléments combinés des incarnations antérieures. Il évolue et progresse avec l’âme ; il est d’autant plus subtil, d’autant moins matériel que l’être est plus élevé. Il assure la conservation de l’individualité, fixe les progrès accomplis, synthétise l’état d’avance­ment de l’être. Il sert de moule, de substratum organique pour toute nouvelle incarnation. En se condensant dans l’embryon, il groupe dans l’ordre donné les molécules matérielles et assure le développement normal de l’organisme. Sans le périsprit, le résultat de la fécondation se traduirait par une tumeur informe. Il assure également l’entretien du corps et ses réparations, dans un ordre identique, pendant le per­pétuel renouvellement des cellules. (On sait que le corps se transforme complètement dans l’espace de quelques mois). Sans la force péris­pritale, la personnalité de l’être varierait constamment par ces chan­gements. Tout en formant le corps, le périsprit se modifie dans une certaine mesure pendant l’incarnation, par suite des éléments nouveaux que lui apporte le germe organique ; par suite surtout des progrès effectués par cette incarnation.

Le périsprit n’est pas étroitement emprisonné dans le corps de l’incarné; il rayonne plus ou moins hors de lui, suivant sa pureté. (Ce rayonnement constitue l’aura). Il peut parfois, mais dans une certaine mesure seulement, s’en séparer momentanément ; il lui reste alors uni par un lien fluidique. Dans cet état de désincarnation relative, l’être peut prendre connaissance d’événements survenus au loin, et faire preuve de facultés anormales. Si, dans son exode, le périsprit entraîne avec lui des molécules matérielles en assez grand nombre, il pourra agir à distance et influencer la vue et les autres sens des personnes qu’il rencontre. Il représente alors le double exact de son corps. Dans l’immense majorité des cas, l’extériorisation du double s’accom­pagne d’un état particulier de l’être incarné, appelé transe et présentant beaucoup de ressemblance avec l’hypnose profonde. Pendant la transe, la personnalité normale est inconsciente. Au réveil, l’oubli est la règle. Les personnes capables de ce dédoublement constituent les médiums ; c’est-à-dire qu’ils servent d’intermédiaires aux désin­carnés désireux de communiquer avec nous. Ils leur prêtent le fluide vital et les éléments matériels laissés libres par l’exode partiel de la force périspritale. Nous venons de considérer le corps et le périsprit. Étudions maintenant la situation de l’âme pendant l’incarnation.

D’accord avec les données modernes de la psychologie, la doctrine spirite considère la personnalité pensante non plus comme une entité simple, mais au contraire comme une synthèse fort complexe. Cette synthèse comprend des éléments nombreux, qu’on peut diviser en deux catégories : les éléments acquis dans les incarnations antérieures; les éléments acquis dans l’incarnation actuelle.

1° Éléments acquis dans les incarnations antérieures

Ce sont :

a) Le souvenir des personnalités passées et la connaissance de tous les faits importants des existences successives. Ces éléments ne sont pas dans la conscience normale. Oubliés en apparence, ils sont conservés intégralement par le périsprit.

b) La conscience totale, c’est-à-dire le produit des progrès réalisés depuis le commencement de l’évolution. C’est la partie essentielle de l’individualité, celle qui constitue son degré d’avancement ; c’est le moi réel que la personnalité actuelle masque plus ou moins, que toute incarnation nouvelle dissimule momentanément par les éléments qu’elle apporte avec elle.

2° Éléments acquis dans l’incarnation actuelle

Les éléments nouveaux viennent :

a) De l’hérédité. L’hérédité est double : physique et psychique. L’héré­dité physique est évidente et fort importante, puisque d’elle dépend en partie le bon état de l’instrument organique. L’hérédité psychique n’est probablement qu’une illusion. Elle est indirecte et résulte de la confor­mation du cerveau, semblable, matériellement, à celui des parents. Il est d’ailleurs évident qu’il n’y a aucune assimilation possible entre l’héré­dité physique, presque toujours très nette, et l’hérédité intellectuelle et morale souvent totalement absente.

b) Des conditions matérielles. Point n’est besoin d’insister sur l’importance, pour l’exercice de nos facultés, des conditions orga­niques. Le milieu ambiant (richesse, misère, éducation, exemple, etc.), joue aussi un grand rôle dans le développement de la conscience.

c) Enfin et surtout, des acquisitions nouvelles, de nos efforts, de l’expérience journalière, de la lutte pour la vie, des sensations et des émotions, de l’exercice de notre liberté morale.

Tels sont les éléments qui constituent la personnalité pensante d’un être incarné. On conçoit qu’ils varient beaucoup comme impor­tance actuelle, et qu’ils soient difficilement analysables. C’est ainsi, par exemple, qu’un organisme défectueux pourra momentanément obnubiler l’état d’avancement de l’être ; ou bien qu’un esprit relative­ment inférieur aura quelques facultés brillantes, par le fait d’un orga­nisme perfectionné [2].

On voit clairement, d’après ce qui précède, que la conscience nor­male d’un être incarné ne constitue pas toute l’individualité pensante. D’accord avec les données de la science, la doctrine spirite admet que la synthèse psychique est bien plus étendue. L’âme comprendrait : une partie consciente et une partie inconsciente ou plutôt subcons­ciente. Bien plus, cette dernière serait, de beaucoup, la plus importante. En effet, si l’on admet la théorie des existences multiples, la subcons­cience comprendrait une quantité colossale de souvenirs voilés momen­tanément, mais gravés dans le périsprit. Elle comprendrait surtout la conscience totale, le moi réel, produit de tous les progrès passés et bien supérieur, chez les êtres avancés, à leur moi apparent.

La conscience normale, au contraire, ne comprend que la notion d’une intelligence plus ou moins vaste et de certaines facultés appor­tées en naissant ; plus l’acquis de la personnalité actuelle et la mémoire des faits principaux de la présente incarnation. Les éléments de la subconscience peuvent être mis en évidence par certains états hypno­tiques médiumniques, ou simplement pathologiques. On peut alors voir l’être se manifester dans l’une des personnalités antérieures ou bien montrer des facultés, faire preuve de connaissances absolument ignorées de sa conscience normale. On voit combien la doctrine spirite explique clairement la complexité de notre moi pensant, l’étendue de la subconscience, les dédoublements de la personnalité ; énigmes insolubles si l’on n’admet pas les existences antérieures.

La désincarnation

« A la mort, l’âme, revêtue de son corps astral, abandonne le corps. Après une période de trouble, d’intensité et de durée variables, elle prend conscience de son nouvel état. En quoi consiste cet état ? Nous ne pouvons nous en faire qu’une idée très approximative, et cela pour deux raisons :

1° Parce que les conditions de notre vie matérielle diffèrent telle­ment de celles de la vie spirituelle qu’il nous est impossible de com­prendre nettement cette dernière.

2° Parce que les communications des désincarnés sur ce sujet sont souvent contradictoires et confuses. On n’obtient d’ailleurs que rare­ment et difficilement des renseignements des esprits élevés, qui ont définitivement quitté notre humanité inférieure. Voici, néanmoins, ce que l’on croit savoir :

L’état de désincarnation constitue une sorte de produit synthétique des éléments divers des personnalités antérieures. La diversité fait place à l’unité. Plus d’organes divers multiples, mais un organisme homogène, fluidique, le périsprit. Plus de sens spéciaux, mais un sens unique, les condensant tous, et généralisé à toute la surface du périsprit. Plus de facultés diverses, mais une faculté les embrassant toutes : c’est la conscience plus ou moins étendue et plus ou moins libre. Un seul mode d’émotions, permettant de comprendre et d’apprécier, plus ou moins, le vrai, le beau et le bien. En somme, l’esprit désincarné est pourvu d’un organisme homogène, avec un sens unique. Il jouit d’une étendue variable de conscience, de liberté et d’amour (amour étant pris dans un sens très large, faute d’un meilleur, qui aurait la signification de capacité affective et émotive). Par conséquent, si nous comparons les deux phases successives de l’existence de l’être, nous dirons : La désincarnation est un processus de synthèse, synthèse organique et synthèse psychique.

L’incarnation est un processus d’analyse. C’est la subdivision de la conscience en facultés diverses et du sens unique en sens multiples, pour faciliter leur exercice et amener leur développement.

On comprend que la situation des désincarnés soit très différente suivant leur élévation. Chez les êtres inférieurs, le périsprit est très grossier, très matériel. L’état psychique est fort obscur, car la privation des sens organiques équivaut pour l’être à une demi-inconscience. Il y a réincarnation rapide ; aspiration dans le champ matériel de cette âme qui ne peut réagir librement. Chez les animaux supérieurs et chez l’homme peu avancé, le périsprit n’est pas encore épuré ; la conscience est vague et peu étendue ; les souvenirs indistincts. Le désincarné comprend mal ou ne comprend pas du tout sa situation. Il reste dans les milieux où il vivait, et s’efforce souvent d’accomplir machinalement les actes qu’il avait l’habitude d’accomplir à la fin de son existence. Bientôt l’obscurcissement augmente ; la réincarnation s’opère. Dans un degré plus élevé, l’esprit, après la mort, aura déjà une conscience étendue, la mémoire plus ou moins nette des dernières existences, la connaissance des perfectionnements futurs. La réincarnation deviendra libre dans une certaine mesure [3] et, en tout cas, consciente. Les êtres un peu avancés s’efforceront de se réincarner dans les conditions les meilleures pour leur développement, Aidés par les conseils d’esprits supérieurs, ils tiendront compte, autant que possible, de toutes les cir­constances, sauront prévoir les travaux et les épreuves qu’ils auront à subir, prendront de fermes résolutions. Chez les désincarnés supérieurs, conscience et liberté sont très développées. « Ils ont connaissance de leur passé et de leur avenir dans des limites étendues. Ils ne connaissent pas les obstacles matériels et se transportent avec la rapidité de la pensée. Leur périsprit quintessencié leur paraît resplendissant. Ils n’auront plus à subir de réincarnations pénibles et continueront à s’élever, de progrès en progrès, dans les phases successives des exis­tences supérieures. » (Docteur Geley).

L’idée de réincarnation

« Apprendre, c’est se ressouvenir ». (Platon).

La notion de réincarnation se trouve plus ou moins explicite chez tous les peuples, non seulement dans l’Antiquité, mais encore contem­porains. De nos jours, les deux tiers de l’humanité croient à la réincar­nation qui est la transmigration de l’essence même de l’être, la mort n’étant qu’une étape évolutive préparée tout au long de la vie dans une sorte d’histolyse. La monade primordiale (ou âme) qui est en chacun de nous reste du domaine de l’insaisissable mais non de l’inexistant. Si l’on devait faire une comparaison, on pourrait dire que l’homme est à la terre ce que la cellule est au corps physique. Il faut penser l’homme intégré, qui est en quelque sorte un microcosme au sein du macrocosme infini.

L’axe fondamental de l’idée de réincarnation s’enseignait sous le sceau du secret dans les temples de l’Inde, la Chaldée, l’Égypte, la Grèce. Elle faisait partie de l’enseignement christique des premiers siècles. On en retrouve des traces dans Clément d’Alexandrie, Origène et autres pères de l’Église. C’est sous l’empereur Justinien que fut abolie l’idée de réincarnation et le concile de Constantinople la condamna en 553. Pourquoi ? Tout simplement pour ne pas éveiller la conscience du peuple, pour l’empêcher de réfléchir et obtenir ainsi de lui l’obéis­sance absolue… Cela devait durer quinze siècles… Malgré leur isolement les uns des autres, des pays comme l’Inde, la Chine, le Japon, le Tibet, la Mongolie, l’Égypte honoraient la véracité des vies successives. Nous retrouvons cette même conviction chez les Birmans, les Soufis, les Persans (avec Zoroastre), chez les Grecs avec Pythagore, Socrate, Platon…, chez les Romains avec Caton, Sénèque, Virgile…, chez les Celtes et les Gaulois avec le druidisme… et, plus près de nous, avec Goethe, Schopenhauer, V. Hugo, Balzac, Lamartine…

L’hypothèse traditionnelle de la création au moment de chaque naissance avec une seule vie terrestre, suivie d’une éternité de bonheur ou de malheur, choque notre instinct naturel d’équité et de bonté. Elle est un véritable défi au bon sens. Pourquoi la destinée d’une seule vie humaine fait-elle les uns plus favorisés par la fortune, la santé, l’intelli­gence… tandis que d’autres sont misérables ? Pourquoi ces inégalités ? Le hasard ? Cela n’explique rien. Pourquoi tant de récompenses ou tant de châtiments pour des êtres qui n’ont en rien mérité ou démérité, puisqu’ils viennent au monde pour la première fois ? Après un passage d’une durée variable sur terre ils parviennent, nous dit-on, dans un au-delà prometteur de félicité céleste ou d’infernal tourment. Et cela pour avoir vécu dans l’incompréhension de leur origine, l’incertitude de leur devenir, mal préservés de leurs instincts naturels par une morale toute relative et des notions religieuses diverses, imprécises, confuses et souvent contradictoires ! Est-ce juste pour des êtres avec des moyens d’actions, des facultés inégales, imposés et non acquis ? Les moins doués sont donc voués d’avance à moins de bonheur ou plus de mal­heur que ceux plus favorisés à leur naissance ! Croire en une seule vie, c’est consacrer un arbitraire tout-puissant, injuste et cruel, par conséquent immoral.

À cette conception simpliste, s’oppose la loi de réincarnation dans une évolution universelle, cosmique. Par ses vies multiples, le moi pensant prend conscience de son essence, grâce à des expériences variées, innombrables, échelonnées dans le temps. Comme l’écrivait Apollonius de Thyane : « Personne ne meurt, si ce n’est en apparence, de même que personne ne naît si ce n’est en apparence. En effet, le passage de l’essence à la substance, voilà ce qu’on appelle naître, et ce qu’on appelle mourir, c’est au contraire le passage de la substance à l’essence. »

On ne peut savoir que ce que l’on a appris et les enfants prodiges sont bien les exemples vivants des souvenirs antérieurs retrouvés. Par la pluralité des existences, nous voilà loin des injustices du sort que réserve un hasard inconscient ou la fantaisie arbitraire d’une toute-puissante volonté ! Les circonstances de la vie deviennent ration­nelles : l’être ne devient que ce qu’il s’est fait au cours de son évolution dans la série de ses existences successives. Il en porte en lui infailliblement les conséquences : c’est ce qu’on appelle le Karma.

Par le Karma, peu à peu s’élimine ce qui ne peut plus se vivre ou se vit mal et l’être réalise progressivement « la seigneurie de lui-même » comme le disait Goethe. Il se détache alors de la terrestre servitude et devient l’artisan de son devenir.

Conséquences de la doctrine spirite

« Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille des hommes mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul… » (Arthur Rimbaud).

Les deux principes fondamentaux de la doctrine spirite sont les suivants : — persistance du moi conscient après la mort, — évolution progressive de l’âme par ses propres efforts.

Comme l’a très bien montré le Dr Geley, cette doctrine, qui repose sur des bases scientifiques, entraînerait une révolution complète dans la philosophie, la morale, la vie sociale et industrielle. « Elle permettrait enfin la mise à l’écart définitive des obscurités systématiques, des doc­trines incohérentes et caduques, bientôt oubliées devant la simplicité de l’idée nouvelle et devant la satisfaction complète qu’elle apporte à nos instincts de bonheur, à nos désirs d’immortalité, à notre espoir enfin réalisé de connaître l’au-delà ! Elle ferait disparaître à la fois, et les idées néantistes si déprimantes et si désespérantes ; et les dogmes religieux si peu satisfaisants. Elle remplacerait les croyances imposées par la conviction raisonnée.

« Elle débarrasserait le spiritualisme des oripeaux sous lesquels, pendant tant de siècles, on s’est efforcé de le cacher et de le déguiser au gré des diverses théocraties. Elle nous délivrerait de ces dieux anthropomorphes, souvent capricieux et cruels, intervenant constam­ment dans la création par des miracles, la grâce ou la prédestination ; réservant leurs faveurs à de rares élus ; exigeant des sacrifices sanglants et choisissant les victimes destinées à « apaiser leur colère » parmi les meilleures de leurs créatures ; semant les tentations sous nos pas, et, pour la moindre faute, nous punissant pour l’éternité ; nous acca­blant, pendant notre misérable existence d’épreuves et de douleurs qui ne sont que l’avant-goût de châtiments plus cruels encore ! Avec l’idée nouvelle, disparaîtront ces prescriptions dogmatiques imposant des croyances déraisonnables, restreignant, jusqu’à l’annihiler, notre libre arbitre, gênant notre développement conscient. Disparaîtra cette interprétation, incroyablement mesquine, de l’univers, ramenant toute la création à l’humanité terrestre ! Disparaîtra le dogme du péché ori­ginel, avec ses conséquences injustes et barbares. Disparaîtra la notion du salut par la prière et les sacrements. Disparaîtront surtout ces aberrations sur l’enfer, ses légions de démons et ses supplices éternels ! Combien de dogmes enfantins paraissent misérables en regard des enseignements de la philosophie nouvelle : double idée d’involution et d’évolution embrassant tout un panthéisme grandiose. Évolution progressive des mondes et des êtres par leurs propres forces, sans intervention capricieuse de la divinité ! »

« La plus haute idée que l’on puisse se faire d’un ordonnateur, dit fort justement Léon Denis, c’est de le supposer formant un monde capable de se développer par ses propres forces et non par de conti­nuels miracles… »

La divinité ne saurait être envisagée extérieurement à l’univers. « L’idée de Dieu n’exprime plus aujourd’hui pour nous celle d’un être quelconque, mais l’idée de l’être, lequel contient tous les êtres… Pas de création spontanée, née, miraculeuse ; la création est continue, sans commencement ni fin… Le monde se renouvelle incessamment dans ses parties ; dans son ensemble, il est éternel. »

La terre sur laquelle, suivant l’expression de Flammarion, les religions veulent concentrer toute la pensée du créateur n’est qu’un point insi­gnifiant dans l’univers. Une seule existence sur cette planète, d’autre part, n’est qu’un instant insignifiant dans la série des incarnations innombrables de l’être vivant. L’âme individuelle n’est pas créée de toutes pièces, avec les facultés qu’a bien voulu lui assigner le caprice du créateur. Elle se forme et se développe elle-même par ses efforts, ses travaux et ses souffrances. C’est d’elle-même qu’elle se délivre ainsi, peu à peu, du mal attaché nécessairement aux phases inférieures de son évolution ; d’elle-même qu’elle arrive à la compréhension du vrai, du beau et du bien ; d’elle-même qu’elle tiendra les éléments lentement conquis de son bonheur futur. De là, la compréhension parfaite des inégalités humaines et la solution complète du problème du mal, ces deux conditions de la vie terrestre, qui se concilient si diffi­cilement avec la notion d’une Providence active. Les inégalités hu­maines, au point de vue de l’intelligence, de la conscience et du cœur, inégalités que ni l’hérédité, ni l’influence du milieu n’expliquent suffi­samment, trouvent leur interprétation facile dans les différences évo­lutives des êtres. « La pluralité des existences peut seule expliquer la diversité des caractères, la variété des aptitudes, la disproportion des qualités morales, en un mot, toutes les inégalités qui frappent nos regards… Sans la loi des réincarnations, c’est l’iniquité qui gouverne le monde. » (Dr Geley).

Le mal n’est pas le produit des forces aveugles de la nature, imposant à nos personnalités éphémères des souffrances sans compensations. Ce n’est pas la conséquence injuste d’un péché originel ; ce n’est pas une épreuve, encore moins un châtiment ou une vengeance de la divinité ! Le mal est tout simplement la mesure de l’infériorité des mondes et la condition nécessaire à leur perfectionnement. Le mal est le grand aiguillon de l’activité des êtres, nécessaire pour les empêcher de s’immobiliser dans leur état présent. Même dans l’humanité avancée, la douleur physique ou morale joue un rôle capital. Elle impose le travail et empêche de s’attarder longtemps dans les plaisirs inférieurs. Certains privilégiés de l’existence pourront perdre des vies entières dans l’oisiveté, mais tôt ou tard ils subiront l’avertissement du mal. La maladie, un grand chagrin, la douleur sous l’une de ses formes, leur fera comprendre l’inanité des plaisirs matériels, regretter le temps perdu et leur donnera une idée plus haute et le désir du vrai bonheur. De par les conditions évolutives, le mal est inévitable. Ses excès mêmes, les grandes catastrophes, les malheurs immérités, sont la conséquence du libre développement des mondes par leurs propres forces et ne sau­raient être reprochés à la divinité. Le mal diminue de plus en plus par les progrès de l’évolution. L’histoire seule de la terre, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, en est une preuve évidente. Il n’y a plus de place, dans cette interprétation de l’univers, pour les idées de paradis ou d’enfer. Châtiments et récompenses ne viennent que de nous-mêmes et sont la conséquence naturelle, forcée, de nos fautes ou de nos efforts.

Comme le dit Léon Denis : « La vie actuelle est la conséquence directe, inévitable de nos vies passées, comme notre vie future sera la résultante de nos actions présentes. » Nous ne sommes que ce que nous nous sommes faits nous-mêmes. La sanction de nos fautes sera simplement le stationnement, dans les incarnations inférieures, suivant les conditions qui résultent mathématiquement, pour chaque existence, des existences déjà vécues. La récompense et la compensation que nous devons attendre de nos efforts, de nos souffrances, de nos vertus, c’est le passage dans un état supérieur, et cette récompense résultera des lois évolutives et non d’un jugement divin. Notre progression nous assurera le bonheur, résultat naturel de la diminution du mal coïncidant avec l’augmentation de la conscience, de la liberté et des facultés émo­tives. Ce bonheur, nous ne l’obtiendrons qu’en nous en rendant dignes par nos libres efforts. Pour être capable d’apprécier un état supérieur, il faut d’abord s’élever à son niveau. On ne saurait apprécier un bien que l’on ne comprend pas.

HOMME, TU N’ES POINT SEUL

(Poème donné, sous sommeil, au travers du médium Jeanne Laval par « Symbole », entité communicante).

Homme, tu n’es point seul en ta désespérance…

L’être mystérieux lance, avec l’espérance,

Ses désirs lumineux…

Écoute, dans le soir, la voix qui psalmodie

La divine, apaisante et tendre mélodie

Sur les souffles haineux…

Le vent arrache au front du nuage qui passe

Le simulacre obscur frissonnant en l’espace

Et le change en clarté…

La douleur, ouragan aux terribles rapines,

Fait, avec l’aiguillon des terrestres épines,

Jaillir la vérité…

Quel que soit ton destin en ce monde éphémère,

Où chaque heure s’ajoute à la minute amère,

Sois confiant et fort…

Élève ton essor !

Conquiers sur l’invisible

Ta place confiante en l’Orbe intraduisible,

(Paiement du rude effort !)

Aucun geste n’est vain, nulle étude inutile ;

Totalise en savoir, en volonté subtile,

Ton être intérieur…

Afin que délivré de l’affreuse enveloppe,

Ton esprit libéré étende et développe

Son acquis le meilleur…

Fuis les mornes pensés où la colère gronde,

Les désirs vaniteux où s’étire la ronde

Du vaste écœurement.

Que ta soif de grandir soit une soif sublime

Et que ta lèvre en feu touche le vase ultime

Au frais ruissellement !

Aime ! Ne maudis point même ce qui te blesse.

Sans l’étreinte des pleurs, connaîtrais-tu l’ivresse

Du baiser fraternel ?

Aime l’ami, la sœur, l’enfant, l’ombre, le traître,

Le « méchant obstiné » qui sanglote, peut-être,

En son cœur criminel…

Chaque être, quel qu’il soit, va de l’ombre au prodige

Et tout ce que l’horreur ou l’extase rédige

Au livre Éternité

Va des errements vils aux lucidités franches,

Accrochant, par lambeaux, honte et douleur aux branches

De l’énorme Unité !

Homme, tu n’es point seul ! L’invisible se penche…

Et comme le printemps verse sa moisson blanche

Sur les aubépiniers,

Il laisse, sur les fronts alourdis de souffrance,

Tomber, en chauds rayons, les fleurs de l’espérance,

Divins et purs deniers !

Homme, tu n’es point seul ! Côtoyant l’âpre route,

Mais de plus haut, plus loin, proche de l’humble voûte

Que tu vois resplendir,

Des frères, des amis ayant payé la dîme,

Veillent sur tes tourments (soubresauts que l’abîme Paraît approfondir).

Arrache de ton cœur, la ténébreuse ivraie ;

Sarcle; chaque labeur détruit l’immense raie

Qui te cache le ciel…

Ami, tu n’es point seul !

Je sais le prix des larmes

Et mon amour fervent, sur toutes les alarmes,

Allume l’arc-en-ciel…

Relève-toi ! Ma main, à toutes les détresses,

Tend son appui divin et toutes mes tendresses

Baignent l’esprit calmé…

Relève-toi ! Grandis ! Lutte ! Ensemence ! Espère !

Combats en toi ! Nourris en ton œuvre prospère

Ton désir affamé.

Élève-toi ! Les corps passent, l’être demeure…

Ton âme renaîtra s’il faut que ton cœur meure,

Ton âme, ce trésor…

Enrichis-la d’amour comme de connaissance.

Sois vrai, sois bon ! Sois doux ! Que la Toute-Puissance

Azure ton essor !

Pense à moi ! J’ai connu les sanglots qui déchirent,

Les hontes, les erreurs, les luttes où surgissent

Tout à coup les lueurs…

J’ai pleuré, mais grandi ! Mon aile est un trophée

De glaives douloureux où glisse la bouffée

Des humaines sueurs…

Lorsque le soir jaloux rallume tous ses astres,

Invisible, je viens pencher sur les désastres

Mon amour grandissant…

Homme, tu n’es point seul ! Symbole, l’Anonyme,

T’apporte le baiser rédempteur magnanime

De son cœur frémissant.

Léon Denis, l’apôtre du spiritisme

Successeur spirituel d’Allan Kardec, Léon Denis est né le 1er janvier 1846, à Foug, petite localité de l’arrondissement de Toul, dans une famille de condition très modeste. La remarque a été faite que son nom se trouve inclus dans celui d’Allan Kardec qui s’appelait comme nous l’avons vu ; Léon Denizard Rivail ; simple coïncidence pour les uns, analogie signifiante pour les autres. À l’âge de 18 ans, il s’enthou­siasma à la lecture du Livre des Esprits et décida très vite de consacrer sa vie à l’étude et à la propagation de la doctrine spirite. Léon Denis, en philosophe, prit réellement la tête du mouvement spirite, alors en pleine ascension. Après la mort,Christianisme et Spiritisme, Jeanne d’Arc Médium sont ses principaux ouvrages qui font toujours autorité.

Léon Denis était un brillant conférencier et sa réputation de penseur était si bien établie que Jean Jaurès lui ouvrit les portes de la Faculté des Lettres de Toulouse et le pasteur Bénézech celles de la Faculté de Théologie protestante de Montauban. Il avait conquis également l’amitié de Conan Doyle, l’auteur de Sherlock Holmes, lui aussi spirite convaincu, et de Camille Flammarion. Il avait en 1900 présidé le fameux congrès spirite international qui s’était tenu à Paris. En 1925, il eut la joie d’être le patriarche vénéré de la même manifestation mais il devait mourir deux ans plus tard à l’âge de 81 ans, après avoir terminé Le Génie Celtique et le Monde Invisible, ouvrage sur lequel il travailla jusqu’à la dernière heure. Pressentant sa fin prochaine, Léon Denis fit son testament moral en ces termes :

« … Parvenu au soir de la vie, à cette heure crépusculaire où une nouvelle étape s’achève, je considère le chemin parcouru depuis mon enfance ; puis je dirige mes regards en avant, vers cette issue qui va bientôt s’ouvrir pour moi, sur l’au-delà et ses clartés éternelles. À cette heure, mon âme se recueille et se dégage par avance des entraves terrestres, elle voit et comprend le but de la vie. Elle bénit cette vie ter­restre, pénétrée, quand elle la quittera, de la pensée de revenir plus tard dans une existence nouvelle travailler encore, souffrir, se perfectionner et contribuer par ses travaux au progrès de ce monde et de l’humanité. J’ai consacré cette existence au service d’une grande cause, le spiri­tisme ou spiritualisme moderne, qui sera certainement la croyance universelle, la religion de l’avenir. J’ai consacré à le répandre toutes mes forces, toutes mes facultés, toutes les ressources de mon esprit et de mon cœur. J’ai été toujours et puissamment soutenu par mes amis invisibles, par ceux que j’irai rejoindre bientôt. Pour la cause du spiri­tisme, j’ai renoncé à toutes les satisfactions matérielles, à celles même de la vie de famille et de la vie publique, aux titres, aux honneurs et fonc­tions, errant par le monde, souvent seul et attristé, mais heureux au fond de payer ainsi ma dette au passé et de me rapprocher de ceux qui m’attendent là-haut, dans la lumière divine… »

On ne peut que s’incliner devant la mémoire de ce sage d’une divinité absolue qui disait des spirites, dont il fut le chef après Allan Kardec, aux côtés de G. Delanne, de Camille Flammarion, de William Crookes et de tant d’autres savants incontestés ; « Ils ont eu ce mérite immense d’attirer l’attention de l’humanité pensante, non seulement sur un ensemble de faits qui révèlent l’existence de tout un monde invisible, vivant et s’agitant autour de nous, mais aussi sur les conséquences philosophiques et morales découlant de ces faits. Celles-ci sont un acheminement vers la connaissance des lois éternelles qui régissent la vie, l’évolution et assurent le fonctionnement de la justice dans l’univers. »

Médiums et phénomènes

Les phénomènes spirites peuvent se diviser en deux catégories : Les phénomènes se réalisant dans la personne même du médium ou à son contact. Les phénomènes se réalisant en dehors du médium et sans contact de sa personne.

Première catégorie :

Ainsi que nous le dit le Dr Geley : « Les faits de cette première série sont moins inattendus que ceux de la deuxième, et, en apparence, moins probants. Mais les deux ordres de phénomènes sont liés inti­mement dans leur production et donnent lieu à des communications identiques, quant à leur origine prétendue. Il est évident, en tout cas, pour quiconque les a observés, que cette origine, quelle qu’elle soit, est la même, ou peut être la même. La première série comprend : les mouvements d’objets (pendule, baguette, table surtout), produits au contact des mains, sans impulsion consciente des assistants. C’est là le phénomène le plus facile à obtenir. Il suffit qu’un groupe de quatre personnes au moins se réunisse autour d’une table légère, les mains nues en cercle sur le plateau. (Il est utile de faire la chaîne, c’est-à-dire d’assurer le contact de chaque main avec la main voisine). Rapidement, souvent dès la première séance, la table s’anime, fait entendre des cra­quements, tourne, se soulève de l’un ou de plusieurs de ses pieds, exé­cute les mouvements compatibles avec sa structure, obéit aux ordres qu’on lui donne, etc. Elle fournit des réponses intelligentes, lorsqu’on a convenu avec elle d’un code de signaux. Coups frappés, dans la table (plateau ou pieds), ou sur la chaise du médium et des assistants : c’est la typtologie, à l’aide de laquelle on peut obtenir, comme avec le soulè­vement de la table, des communications. »

Le oui-ja

Le oui-ja (ou planchette spirite) est une des techniques pour entrer en rapport avec le monde invisible. L’usage de la table est beaucoup plus fastidieux et les résultats obtenus sont souvent décevants, alors que les communications obtenues par le oui-ja prennent assez rapide­ment un caractère intéressant. Bien qu’il en existe en matière plastique, il est préférable que la planchette soit en bois montée sur roulement à billes. L’alphabet, qui permet à la planchette de montrer des lettres ou des chiffres, doit être nettement dessiné ou, mieux, imprimé.

Préparation : L’invisible n’est pas un téléphone que l’on décroche pour appeler telle ou telle personne ! Une conception de ce genre concernant la médiumnité serait vraiment simpliste. Les communica­tions avec les entités désincarnées nécessitent tout un travail de pré­paration. Chaque être humain possède d’une façon plus ou moins rudimentaire la faculté médiumnique. De même qu’il existe un quotient intellectuel, on peut parler d’un quotient médiumnique pour chaque individu. Il arrive parfois que la médiumnité se manifeste dans toute sa puissance dès les premières tentatives, dans d’autres cas, elle semble inexistante après des essais répétés. L’adepte ne devra donc pas se décourager s’il n’obtient pas avec la rapidité désirée la récompense de sa persévérance. Tous ceux qui débutent dans l’étude de la médiumnité expérimentale recherchent avec avidité les phénomènes qui, semble-t-il, donneront à leur désir de savoir une affirmation immédiate de l’existence des entités désincarnées. Malgré la légitimité et le naturel de cette ambition, chaque chercheur en la matière doit tout d’abord se pénétrer des lois fondamentales de ce monde invisible, avant d’essayer d’entrer en communication avec lui. Il y a, en effet, beaucoup d’obstacles à la réussite d’une expérience médiumnique.

Application : La première loi pour l’obtention d’un résultat vraiment positif est une loi morale : la réussite et la valeur des communications dépendent du sérieux et du désintéressement matériel des expérimen­tateurs. Le développement de la médiumnité est inversement propor­tionnel au profit que l’on en retire, c’est-à-dire que plus le médium est désintéressé, plus ses pouvoirs seront accrus, plus il subit l’attraction matérielle, plus ses possibilités diminueront. Lorsque les expérimentateurs se seront bien pénétrés de ces vérités, les essais peuvent commen­cer. L’honnêteté intellectuelle et la conscience sont de rigueur en ce domaine plus que tout autre. Il ne faut pas faire de telles expériences pour s’amuser mais par un désir de recherche de la vérité. Les résultats les meilleurs sont donnés dans les groupes homogènes. La régularité des réunions est une condition favorable qui a son importance ; aussi il est à recommander de se réunir à jour et à heure fixes, à l’abri de toutes distractions, dans le calme, loin des bruits qui nuiraient à l’har­monie de l’ambiance si nécessaire pour ces sortes de travaux. Après avoir souscrit aux conditions exposées ci-dessus, on peut passer à la pratique :

Placer les expérimentateurs en cercle autour d’une table et établir la chaîne en faisant le vide en soi pendant quelques minutes. Deux sujets, choisis pour leurs facultés médiumniques plus développées que les autres, se placent côte à côte en mettant chacun une main sur la planchette qui aura, au préalable, été placée sur l’alphabet grand ouvert, la flèche face au point d’interrogation. (Au lieu d’utiliser l’al­phabet, on peut également fixer un crayon dans le trou de l’extrémité de la planchette, le tout sur une feuille de papier). Il est nécessaire qu’aucune pression ne soit exercée sur le léger instrument qui, avec plus ou moins de rapidité et selon un temps variable, sera dirigé intelli­gemment, en dehors de toute influence du consultant, par une intervention extérieure au médium. Tout d’abord, la planchette pourra être entraînée dans divers sens, sans exprimer rien de précis. Il ne faut nulle­ment s’étonner d’un tel exercice qui, parfois, peut se prolonger durant plusieurs séances dans l’intérêt même du développement médiumnique et pour permettre l’assimilation des fluides en action. Puis, progressi­vement, des mots, des phrases pourront être tracés, l’instrument se dirigeant tour à tour vers les lettres ou chiffres selon le désir de l’entité communicante. Il conviendra donc de prendre au fur et à mesure la dictée ainsi donnée ; une personne pourra tenir ce rôle de scripteur, procédé qui assurera tout l’isolement requis à la personne placée dans l’alphabet (on peut également bander les yeux du ou des deux médiums pour plus de contrôle). Il arrive qu’à chaque fin de mot la planchette soit ramenée vers le point d’interrogation, comme pour marquer l’interruption nécessaire entre chaque mot, ce qui rend la communication très claire. Les entités désincarnées se servent souvent des par­ticules « oui » et « non » pour faciliter les réponses aux questions posées. Le chercheur vraiment sincère et désireux de recueillir tous les bienfaits qu’apporte à celui qui le mérite l’expérimentation médiumnique, se livrera à son étude avec le respect et la droiture indispensables. Il ne tardera pas alors à apprécier toute la valeur, tout le bien fondé d’une science telle que celle-ci, qui, rigoureusement conduite, apporte la preuve de la survivance individuelle de l’être humain et de sa progres­sion constante au-delà des apparences du temps.

D’autres formes de médiumnités déterminées par le Dr Geley sont à noter. Ce sont Médiumnité auditive intuitive, visuelle. Dans la médiumnité auditive, le médium entend la voix de l’esprit, ou devine le sens de ses paroles et lui sert d’interprète. Dans la médiumnité visuelle, le médium voit le corps astral de l’esprit et peut le décrire avec une grande exactitude. Dans certains cas, il voit et décrit des scènes diverses de certains évé­nements (il s’agit soit d’hallucinations suggestives provoquées parfois par l’esprit communiquant, soit de phénomènes de vue à distance ou de clairvoyance).

Médiumnité vocale, incorporation, transfiguration. Dans la médium­nité vocale, la communication se fait par la voix du médium. Les résultats sont identiques à ceux de l’écriture automatique. Timbre, expressions, langues, connaissances, etc., ne viennent pas du médium et sont très fidèlement ceux du défunt, qui prétend parler par ses organes. Pendant la production du phénomène, le médium est en transe. L’incor­poration est la prise de possession, par l’esprit, du corps du médium, et non plus seulement d’un membre ou d’un organe. Dans ces cas, ce n’est plus seulement la parole qui rappelle fidèlement celle du mort ; on reconnaît aussi les gestes qui accompagnent le discours, l’attitude générale, la démarche, le jeu et l’expression de la physionomie. À son degré supérieur, le phénomène s’accompagne de transfiguration. Le corps et la figure du médium subissent des modifications momentanées réelles et non illusoires, qui le font ressembler au défunt incarné dans lui. Ce phénomène, d’ailleurs rare, est des plus impressionnants.

Deuxième catégorie :

Dans cette deuxième série, les phénomènes se produisent à distance du médium et hors de son contact. Ce sont :

Coups frappés à distance, dans les meubles ou sur les murs, donnant des communications intelligentes. Mouvements d’objets sans contact, lévitation. La table exécute tous ses mouvements sans être touchée par aucun des assistants. Des objets divers sont transportés, sans soutien visible, à travers la salle. La table peut être soulevée complètement du sol. Le médium ou même l’un quelconque des assistants peut être soulevé. À ce phénomène se rattache la diminution ou l’augmentation de poids (appréciable par la balance) d’un meuble ou du médium. Notons encore la mise en jeu, sans contact, d’instrument de musique et l’écriture directe. L’écriture directe présente un intérêt capital. Elle s’obtient le plus souvent dans l’obscurité, parfois sans crayon ni plume. Le mode opératoire habituel est le suivant ; le médium tient, à l’abri de la lumière, une ardoise sur laquelle on a placé un petit crayon. On entend, si l’expérience réussit, le bruit produit par l’écriture.

Apparitions lumineuses. Ce sont des lueurs phosphorescentes, en général de très courte durée, visibles à travers la salle.

Apports, pénétration de la matière. Des objets, des fleurs, parfois même des êtres animés sont apportés dans la salle d’expérience, à travers les murs, les portes ou les fenêtres fermées. Des sons musicaux, sans instrument visible, se font entendre ; des parfums divers peuvent être perçus. (Dr Geley.)

L’Institut métapsychique international

L’année 1916 marque un tournant dans l’évolution du spiritisme. Allan Kardec en avait jeté les bases, Léon Denis dressé l’idéologie ; il manquait un réalisateur ayant des qualités d’organisation, pouvant faire la synthèse scientifique et idéologique.

À Béziers, la société spirite était dirigée par Mme Ducel, puis par M. Vergnes (qui devait devenir par la suite un très grand guérisseur). Mme Ducel, dont la personnalité était très forte, animait la société avec une maîtrise incontestée. Lors d’une réunion, un inconnu du groupe habituel était venu assister à la conférence du jour qui évoquait l’inquié­tude quant à la direction spirite sur le plan national. Quelques jours après, cet inconnu, du nom de Jean Meyer, vint trouver Mme Ducel et lui dit : « Je suis l’homme que vous cherchez ; je mets mon idéal et ma fortune au service de la cause spirite. »

L’influence de Jean Meyer fut très importante. Grâce à lui la Revue spirite reparut dès janvier 1917 (après une interruption due à la guerre), la Société d’études métapsychiques était créée en même temps, qui allait devenir l’Institut métapsychique international (I M I) en 1919, reconnu d’utilité publique.

Jean Meyer sut s’entourer de personnalités éminentes et l’Institut atteint son apogée avec trois personnalités : le Pr Charles Richet de l’Institut de France et de l’académie de Médecine (prix Nobel), le Dr Geley (1919-1924) et le Dr Osty (1925-1938). Les travaux réalisés furent considérables et d’une importance capitale pour l’avan­cement de la science parapsychique.

Par la Revue spirite et l’IMI, Jean Meyer tenait en mains la clef fondamentale qui allait ouvrir la porte de ce que l’on appelle, aujour­d’hui, la parapsychologie.

Ectoplasmes et matérialisations (physiologie supranormale)

« En ce qui concerne les matérialisations, je ne dis pas que c’est possible, je dis que cela est ». (William Crookes, physicien, Académie royale de Londres).

La pensée humaine s’est, de tout temps, efforcée d’approfondir les grands problèmes de l’univers. Le plus attachant est certainement celui qui concerne l’origine et le devenir de l’homme : d’où venons-nous, où allons-nous, que savons-nous ? C’est par l’étude des phéno­mènes naturels, par l’examen des faits qui se présentèrent à notre attention, que les grands penseurs ont cherché à apporter aux hommes plus de lumière, plus de vérités en ce qui concerne le mystère de la vie et de la raison de vivre.

Mais aux phénomènes d’ordre physique, sont venus s’ajouter des manifestations d’une nature particulière paraissant se détacher du cadre habituel des lois physiques, il s’agit des phénomènes psychiques. « Il n’est guère de découverte scientifique, nous dit le Dr Geley, venue tout à coup bouleverser les connaissances acquises qui ne se soit heurtée à une opposition systématique et passionnée. »

« Les attachés des disciplines anciennes sont toujours acharnés contre les conquérants de l’avenir. Tout progrès leur apparaît comme la plus redoutable des erreurs. D’un cœur sincère, ils luttent contre les nouveautés les plus fécondes, avec l’âpreté qu’on apporte à l’accom­plissement d’un devoir. » (Pr Delbet).

D’une manière plus énergique encore, le Pr Broca avait écrit, jadis : « Une vérité nouvelle, dressée à l’encontre des préjugés de nos maîtres, n’a aucun moyen de vaincre leur hostilité. Il n’y a ni raisonnement, ni faits qui vaillent ; leur mort seule peut en triompher. Les novateurs doivent s’y résigner et savoir attendre l’arrivée de cette alliée, comme les Russes attendirent l’arrivée du général Hiver ! »

La plupart des grandes découvertes, la plupart des grandes vérités nouvellement acquises, ont été combattues avec acharnement par les académies, par la majorité des savants et par tous les ignorants.

« Cette résistance à accepter des notions nouvelles, nous dit M. Lumière, dans son analyse des motifs du misonéisme habituel des savants, a pour première cause l’erreur que l’on commet en présentant généralement la science comme un dogme intangible, alors que son évolution constante est la raison essentielle de son existence même. Un autre motif de cette résistance, plus important peut-être encore que le précédent, réside dans cette circonstance que les savants, considérés comme des juges, ne parviennent à acquérir leur situation prépondérante qu’avec l’âge ; ils ont donc vécu pendant de longues années sous le régime de conceptions dont ils ne peuvent plus se débarrasser qu’avec la plus grande difficulté. Quelle pénible nécessité, en effet, que d’abandonner les principes sur lesquels on a étayé ses travaux et ses raisonnements pendant toute une vie ! La toute-puissance de la routine en est la conséquence inéluctable de ces faits. Fréquem­ment, le travail à effectuer pour se libérer d’anciens événements dépasse les forces de celui qui devrait l’accomplir, et la nature humaine est ainsi constituée, d’autre part, qu’elle a tendance à accepter les solutions qui exigent le moindre effort.

« Bien que ces vérités nouvelles aient des points de contact avec la philosophie, la lutte devient plus ardente encore et toutes les armées semblent bonnes pour les combattre. »

La physiologie supranormale

Il n’est pas inutile, avant d’aborder l’étude des phénomènes eux-mêmes, de rappeler les précautions dont se sont entourés les expéri­mentateurs pour s’assurer des faits extraordinaires qu’ils ont observés. Le Dr Gibier, directeur de l’Institut Pasteur de New York, a obtenu des matérialisations dans son laboratoire, avec une lumière douce au gaz, pendant que le médium, Mme Salmon, était enfermé à clé dans une cage en treillis métallique.

Dans les expériences du Dr Geley, du Dr Schrenck-Notzing et du Pr Richet (prix Nobel), huit appareils photographiques étaient bra­qués, dont cinq à l’intérieur du laboratoire, un à droite, un à gauche et un au-dessus de la tête du médium, le phénomène se déroulant en lumière rouge. Parfois les expérimentateurs faisaient fonctionner tous les appareils simultanément, ce qui permettait de se rendre compte, par la suite, des caractéristiques du phénomène sous des angles diffé­rents.

Contrôle et expérimentation

L’ectoplasme est cette substance semi-solide ou gazeuse qui s’exté­riorise, hors de certains médiums, par la bouche, le nez, les oreilles, le plexus, etc. La substance, douée de motricité, se dégage lentement du corps et s’étale très vite sous la forme d’un large tissu membraneux perforé avec des vides et des renflements, ou sous la forme d’un brouil­lard opaque. L’ectoplasme, émanation du fluide vital, a été appelé par le Dr Geley la substance primordiale.

Cette substance est douée de sensibilité comme la matière vivante dont elle est issue. En outre, elle craint les contacts et est toujours prête à se dérober et à se résorber. Le Dr Geley lui attribuait une sorte d’instinct, rappelant l’instinct de conservation chez les invertébrés. Au moindre choc, la substance réintègre le corps du médium. D’autre part, le Dr Geley a insisté sur les gémissements du médium pendant le phénomène, qui rappellent ceux d’une femme en couches. De plus, pendant l’extériorisation, le médium perd du poids en rapport avec l’entité matérialisée, l’invisible se servant, en effet, de cette substance pour se rendre apparent en milieu humain.

Le physicien W. Crookes avait construit une balance spéciale pour étudier cette déperdition.. Ainsi, à l’état normal, son médium (Mlle Cook) pesait 112 livres, et lorsque l’entité (K. King) était matérialisée, elle n’en pesait plus que 68.

La matérialisation

L’ectoplasme permet des matérialisations soit partielles, soit entières du corps humain. La main ainsi réalisée est le phénomène observé par le plus grand nombre d’expérimentateurs français et étrangers. Voici ce que dit W. Crookes à ce sujet : « Cette main n’est pas toujours une simple forme, quelquefois elle semble parfaitement animée et très gracieuse, les doigts se meuvent et la chair semble être aussi humaine que toutes les personnes présentes. Au poignet, au bras elle devient vaporeuse, et se perd dans un nuage lumineux. Au toucher, ces mains paraissent quelquefois froides comme de la glace et mortes ; d’autres fois, elles m’ont semblé chaudes et vivantes, et ont serré la mienne avec la ferme étreinte d’un vieil ami. J’ai retenu une de ces mains dans la mienne, bien résolu à ne pas la laisser échapper. Aucune tentative, ni aucun effort ne furent faits pour me faire lâcher prise, mais, peu à peu, cette main sembla se résoudre en vapeur, et ce fut ainsi qu’elle se dégagea de mon étreinte. »

Les moulages de paraffine

Afin de conserver des preuves tangibles de ces manifestations, le Dr Geley et ses collaborateurs firent tremper ces mains ectoplasmiques dans de la paraffine en solution dans un bac d’eau chaude. Lorsque la main ressort, elle est recouverte d’une mince couche de paraffine qui se solidifie au contact de l’air. La main une fois dématérialisée, il reste un moule creux dont une main solide n’aurait pu sortir en raison de l’extrême fragilité de la paraffine. Pour obtenir la reproduction de la main qui a été ainsi modelée, on coule du plâtre dans ce gant. Ces mains ectoplasmiques ont la forme de mains d’adulte en miniature.

Le rapport des experts

Non seulement les experts (qui ne connaissaient pas les conditions d’expérience) ont remarqué la finesse des détails anatomiques, mais ils ont trouvé des indices de contractions musculaires, de froissements de la peau qui les ont amenés à conclure « que ce sont, de toute évidence, des mains vivantes qui ont servi à ces moulages ». Le rapport souligne que la sortie d’une main vivante d’un gant de paraffine d’une épaisseur de moins de un millimètre est une impossibilité et que l’on peut se demander comment une telle expérience, humainement irréalisable, a pu être faite !

Après avoir tenté de nombreux essais, qui ont complètement échoué, pour produire artificiellement par des moyens les plus divers des gants de paraffine analogues, il a fallu conclure que le moulage des membres matérialisés constitue une irréfutable confirmation du phénomène ectoplasmique.

T.S.F. et médiumnité

Par définition, un médium est un être intermédiaire entre deux plans le plan humain et le plan suprahumain dont il reçoit des communica­tions. Les conditions de fonctionnement du récepteur médiumnique sont comparables au récepteur radio, ce qui permet de dégager certaines données expérimentales pour la pratique rationnelle de la médiumnité.

Réception radio et médiumnique

Une assemblée métapsychique forme un seul système vibrant et amplificateur. Dans une réception de T.S.F., lorsque nous voulons aug­menter la sensibilité de notre installation et, par conséquent, la portée, nous sommes obligés d’ajouter des systèmes amplificateurs ou étages à haute fréquence. Ces étages, d’une puissance amplificatrice extrême, sont composés de circuits que l’on règle et fait vibrer électriquement à la même fréquence que l’onde à recevoir. Si l’on admet que le coeffi­cient d’amplification de chaque étage est de 10, nous voyons que, pour un appareil à 4 lampes, l’amplification totale serait de 10000 ! L’intensité de réception augmente très rapidement, et s’il n’y avait pas de pertes par rayonnement dans l’antenne, dans l’appareil, de chaleur dans les enroulements etc., on arriverait à des puissances très notables. Mais pour que cette amplification se produise réellement, il faut que tous les circuits, tous les étages soient réglés aussi exactement que possible à la résonance, c’est-à-dire que les circuits 1, 2, 3, 4, etc., doivent être réglés de façon qu’ils vibrent, oscillent électriquement et à la même fréquence.

Dans les séances métapsychiques, chacun des assistants forme un système vibrant ayant sa fréquence propre, mais qu’il est possible de modifier grâce à la volonté et à la suggestion. Ce système oscille et émet ; il rayonne de l’énergie autour de lui. Dans la salle d’expérience se forme bientôt une accumulation énergétique dont la fréquence vibratoire est la résultante de toutes ces diverses vibrations. Une quantité énorme d’énergie est perdue par suite des interférences négatives qui ne manquent pas de se produire : les personnes à tempé­rament ou moralité opposés, le scepticisme général, etc., ont pour effet de provoquer une atmosphère énergétique défavorable, c’est-à-dire, vibrant en phase inverse du rayonnement médiumnique. Dans une telle ambiance, le médium épuise ses forces magnétiques à compenser les énergies hostiles. Il ne faut donc pas s’étonner si, dans ce cas, il n’y a que des manifestations médiocres. L’anarchie vibratoire dans les séances métapsychiques est une condition d’insuccès. La résonance psychique des assistants est toujours difficile à obtenir, et, comme pour la T.S.F., il faut tâtonner en éliminant ce qui est inutile.

Organisation d’une séance métapsychique

Une séance métapsychique ne devrait pas comporter plus de sept à huit personnes très bien choisies, selon leurs capacités magnétiques et morales. L’harmonie doit être absolue dans le groupe. Au lieu de dis­poser les assistants n’importe comment, il faut les disposer suivant leurs capacités psychiques radioactives ou réceptives : on réalise de ce fait, grâce à ces deux organismes, un système de relais psychiques amplificateur, analogue aux étages amplificateurs de T.S.F., où une lampe rayonnante amplifie ce que la bobine a reçu et le passe ainsi renforcé au système voisin. En séance, le réceptif percevrait les fluides de son voisin de gauche (par exemple) pendant que son co-équipier de droite, radioactif, amplifierait ces fluides pour les passer au deuxième expérimentateur réceptif de droite, etc.

La chaîne

De même qu’en T.S.F. on opère par couplage pour éviter les pertes, en séance métapsychique il est indispensable de faire la chaîne pour obtenir le maximum de résultat. La chaîne consiste à joindre les mains des expérimentateurs en cercle fermé. Par la circulation des émissions psychiques qui se produit, la chaîne calme les uns, excite les autres, soulage et guérit, donne rapidement à chacun un ton vibratoire psy­chique uniforme : cela fait également se déclarer les médiumnités latentes. Lorsque la séance est intense, on peut constater une diminu­tion notable de la température de la pièce et des souffles froids sont ressentis.

Je ne saurais trop recommander la prudence dans la pratique de la médiumnité. Un défaut de connaissance des lois fondamentales en ce domaine peut amener des troubles regrettables. L’expérimentation médiumnique n’est pas un jeu, mais une science. (Henri Azam).

JEAN-LOUIS VICTOR

[1] Il est possible que des incarnations inférieures ne se fassent pas exclusivement sur terre.

[2] Un bon critérium de l’état d’élévation de l’être est sa capacité plus ou moins grande de comprendre les idées générales. C’est d’après ses idées générales que l’on appréciera le mieux le niveau intellectuel de l’individu.

[3] Il faut toujours une assimilation possible, au moins au point de vue organique, entre l’état d’avan­cement du désincarné et celui des futurs parents.