Catherine Anne : Le symbolisme du tarot 10 : L’Hermite


15 Sep 2010

(Revue Panharmonie. No 206. Avril 1986)

(suite)

L’HERMITE (Lame VIIII)

C’est un vieux monsieur qui marche avec un bâton, il tient une lanterne, il est couvert d’une bure et un serpent est à ses côtés. En fait l’Hermite est la lame numéro VIIII, qui est un chiffre de perfection après le Cinq et le Sept (chiffres impairs de non-dualité indivisibles). La lame numéro Cinq est une lame de très haute spiritualité. Le Pape prodigue un savoir exotérique, les religions donnent un savoir exotérique. L’Hermite est là à titre individuel et non comme le Pape qui s’adresse aux foules ; il a quelques disciples et se situe sur le plan ésotérique. De chaque exotérisme émane la même chose en ésotérisme, par exemple les dix commandements de Dieu. A chacun correspond une notion ésotérique. Aux jeunes grecs, à l’école, on apprenait les travaux d’Hercule, il fallait les connaître, mais à ces douze travaux correspondent des notions ésotériques très importantes. D’abord il y a le nombre Douze, très important.

L’Hermite est celui qui va enseigner. Devant le Pape, il y avait deux clercs à genoux, l’un priait, l’autre regardait le Pape et savait qu’il fallait aller plus loin dans la connaissance ; c’est celui-là qu’on retrouve ici. L’Hermite va reprendre à son compte tout ce que le Pape a donné en masse et il va le donner en particulier.

Description

C’est un vieux monsieur à barbe blanche taillée en pointe. La barbe est obligatoire chez les prêtres orthodoxes, la barbe est un signe de sagesse. L’Hermite est une sorte de moine vêtu d’un manteau de bure marron, anonyme, pour ne pas se faire remarquer ; sa tête est entourée d’un capuchon qui évite qu’on le reconnaisse. Ce manteau est doublé de bleu c’est à dire de sagesse. Sous ce manteau il y a l’élan vers la sagesse, et ceci est caché (doublure). Le bas de la robe qui n’est pas très visible non plus, est jaune, couleur occulte de la mort (Saturne). Beaucoup ont fait de l’Hermite Chronos, le Dieu du temps (comme aussi Saturne). Saturne est aussi le dieu de la sagesse, pas seulement celui de la mort. Le bas de la robe qu’on aperçoit étant jaune, l’Hermite a passé un grand nombre d’incarnations, ce qui lui a permis d’évoluer un peu plus à chaque fois. Il enseigne à se préparer à la mort ; il lève de sa main droite une lanterne qui a six côtés : ce sont les six jours de la création du monde, ils comprennent les trois premières pages de la genèse. Dans ces quelques pages tout l’ésotérisme est contenu, comme dans les premiers versets de l’Évangile de Jean. Cette lanterne a une lumière qui est cachée par un pan du manteau.

L’Hermite tient à la main un bâton à sept nœuds (les sept degrés de la sagesse) avec lequel il tâte le sol pour savoir où il va. A côté de lui un serpent qui est un animal sacré en symbolisme ; l’Occident en a fait le tentateur d’Ève. Dans toutes les civilisations le serpent est un animal de sagesse et sacré, chez les Égyptiens, chez les Grecs c’est l’animal d’Esculape, le dieu de la médecine, chez les juifs celui qui était mordu par un serpent devait se retourner et le regarder pour être guéri (il y avait certainement des pratiques sacrées liées à cela), les Chrétiens en ont fait le tentateur ; il est celui qui a permis à l’homme de faire une faute pour devenir le témoin de l’univers et commencer le cycle de l’évolution (c’est le côté ésotérique du serpent de la Bible) et c’est la femme qui a commencé le processus de l’initiation et c’est elle qui doit le terminer, nous y reviendrons.

Le serpent qui marche à côté de l’Hermite va s’enrouler sur le bâton comme une sorte de caducée. A ce moment le bâton deviendra le bâton du magicien par lequel il pourra exercer les pouvoirs qui lui ont été donnés et qu’il est autorisé à utiliser. De plus le serpent est un animal des profondeurs, de terre, il vit sous le sol et il était considéré comme sacré, car il est né dans les entrailles de la terre pour lui arracher ses secrets et les livrer aux hommes. C’est aussi l’animal de Pluton dieu grec, qui sous la terre est le gardien de ses richesses et de Hadès, le dieu des enfers (Pluton).

Le serpent va mener aux plus hautes aspirations de l’esprit. L’Hermite est un maître, il cache sa lumière, ceci se retrouve dans toutes les traditions, c’est la notion du secret. Celui qui n’est pas digne de recevoir un enseignement ne voit pas la lumière qui est cachée, seuls ceux qui sont prêts la voient et posent des questions. L’Hermite est très lent et prudent. La grande initiation est quelque chose de très lent, la vitesse ce n’est pas pour la spiritualité. Il est passé par tout le cycle de l’évolution et il est là pour éclairer les hommes, il ne peut pas se permettre de se tromper, les bonnes intentions ne suffisent pas pour être digne de l’initiation. L’Hermite, c’est quelqu’un qui vit seul, il médite.

L’Ermite s’écrit avec un E, mais il a été tentant d’y rajouter un H en l’honneur d’Hermès, du Dieu qui a donné les secrets hermétiques. Quand on parle de l’Ermite du Tarot, on doit mettre un E car c’est l’homme qui vit dans le désert ou la solitude. Il est admis d’y rajouter un H car le tarot est hermétique, mais le Marseille qui l’écrit avec un H ne comporte pas le serpent ; c’est ce H qui s’est transformé en serpent ; cependant dans le Conver et le Marseille, le bâton est sinueux et a déjà l’air d’un serpent, dans le Wirth il y a les sept nœuds et le serpent. En règle générale, il y a un H ou un serpent, pas les deux à la fois. La lettre H, muette, cachée, est porteuse de tous les secrets ce sont donc, le H ou le serpent qui détiennent les secrets.

L’exotérisme est dans tout, c’est une sorte de catéchisme qu’il faut savoir, même sans le comprendre. On comprendra plus tard si on est prêt. L’Ermite va attendre que vienne ce moment, chacun doit remettre en question sa croyance, ses origines, sa religion. On doit tuer le Maître, donc la religion officielle, pour arriver à l’officieux, sortir du monde social pour arriver au monde authentique. Il faut mourir à soi-même, laisser tout ce qui a été appris pour apprendre quelque chose de nouveau. Le véritable « Maître » se laisse choisir. Ce n’est pas quelqu’un qui se remarque par ses habits, mais par sa présence, son regard, son rayonnement. A partir du moment où il y a une marque extérieure, ce n’est plus un Maître. Le vrai Maître n’impose rien, il enseigne. Il va vous révéler à vous-même sans interdit, il va vous laisser faire votre expérience pour que vous en tiriez vous même la leçon ; quand on lui pose une question il ne se dérobe pas mais répond en faisant prendre conscience à l’autre de sa propre perception de la question : la réponse s’y trouve. C’est celui qui révèle le disciple à lui-même, il n’est jamais directif. Un Maître qui demande de l’argent pour lui, c’est impensable. Il peut en accepter si on lui en propose, mais il ne doit jamais en réclamer. En un mot on a le devoir d’aider ceux qui nous enseignent, comme c’est la coutume en Orient. A une question le Maître peut répondre par une parabole, une histoire, ou ne pas répondre du tout, faisant réfléchir le disciple. Le véritable Maître sait ce qu’il dit, il distille ses paroles. Comme il détient des secrets, il doit garder son savoir pour lui ; quand le disciple n’est pas prêt, il doit être prudent ; de plus on ne se cherche pas un Maître. Si on le cherche c’est qu’on est dépendant de quelque chose et qu’on n’ose pas briser cette dépendance. L’Ermite n’acceptera jamais un disciple qui n’ait pas cassé avec son passé, c’est-à-dire qui ne s’est libéré des contraintes familiales, des contraintes sociales et professionnelles. On peut continuer à les exercer mais à un niveau plus haut. Le Christ l’a dit : « Ne jetez pas des perles aux pourceaux, quitte ton père et ta mère et suis moi ». Mais attention, tout quitter, peut être une réaction de fuite, il faut dépasser les contraintes. Autrefois, on partait dans le désert se battre seul avec ses problèmes (faim, sexualité). Cela se passait plus ou moins bien (tentation de Saint Antoine), maintenant il est de mode d’aller élever des moutons en Corrèze ou d’aller dans un Ashram en Inde, cela peut être une réaction de fuite. En réalité on emmène ses problèmes ailleurs, c’est souvent refuser l’épreuve. Le Maître n’acceptera pas quelqu’un qui n’a pas mis en ordre ses affaires terrestres, on ne doit pas fuir les aléas de l’existence.

Dans certains monastères comme chez les Carmélites, les Trappistes, il y a ce que l’on appelle l’adoration perpétuelle c’est-à-dire qu’il y a toujours quelqu’un qui prie, médite devant le Saint Sacrement, ce sont des êtres qui sont sans arrêt reliés avec le Divin quoiqu’ils fassent. Ces monastères, chrétiens, bouddhistes ou autres sont comme des taches de lumière, les vibrations qui s’en échappent recréent l’équilibre du monde. L’Ermite n’accepte pas n’importe quel disciple ; il faut qu’il y ait une demande personnelle spirituelle. Un maître plongeait la tête de son disciple dans une rivière et la maintenait jusqu’à l’extrême limite, une fois dehors il demandait à l’élève : « que cherches-tu ? » – « de l’air » —, « tu dois avoir la même aspiration pour la compréhension universelle que tu avais pour chercher ton air pendant que tu étais sous l’eau ».

L’Ermite représente non seulement le Maître extérieur, mais aussi le Maître intérieur. En tant que Maître extérieur, il accompagne sur le chemin de l’initiation, il enseigne, il donne les secrets et il met son disciple à l’épreuve pendant un certain nombre d’années. Car avant de dévoiler les secrets on s’assure très sérieusement de l’usage qui peut en être fait ; il faut bannir la curiosité qui est malsaine. Donc l’Ermite cache sa lumière mais si un élève arrive il est obligé de la lui donner gratuitement. L’Ermite est Maître tout le temps, constamment relié au Divin, en méditation perpétuelle. Il sera prés de lui, jusqu’à sa propre mort et même après la mort de son disciple ou après que celui-ci ait commencé à enseigner à son tour. Le Maître tant qu’il n’a pas atteint l’illumination et par conséquent tant qu’il n’a pas à choisir de revenir sur terre seulement pour aider les autres, sans se créer de Karma, est soumis aux renaissances, il doit mourir. La mort doit être vécue par lui dans toute son intensité, c’est un passage et rien d’autre ; la mort n’existe pas mais c’est le grand passage. Sur le plan initiatique il est très important de mourir en pleine conscience, il ne faut pas voler aux gens leur propre mort, on ne doit pas leur cacher la mort. Si un mourant pose lucidement la question on doit lui répondre sincèrement. Certes, il y a ceux qui paniquent, ils ne sont pas prêts. C’est une faute karmique très grave que de voler sa mort à quelqu’un qui la vit en pleine conscience, on l’empêche d’évoluer considérablement et pour lui tout est à recommencer tandis que soi-même on en supporte les conséquences. A notre époque ce n’est pas très facile, car notre société nie et cache la mort. En règle absolue on ne doit pas cacher leur mort à ceux qui sont en mesure de l’assumer, il ne faut absolument pas abréger leurs souffrances, on les prive peut-être d’instants précieux pour leur évolution.

L’Ermite cache la lumière pour éviter d’aveugler ceux qui ne sont pas prêts ; il y a un rituel qui comporte l’acte de fermer le rideau pour que ceux-ci ne connaissent pas la lumière ne soient pas aveuglés. Il ne faut pas déranger n’importe qui, cela les empêche de faire leur chemin à leur rythme.

Question : Est-ce que le Bateleur doit nécessairement rencontrer l’Ermite ?

Réponse : Oui absolument. Nous aussi d’ailleurs, nous nous trouverons obligatoirement face à face avec lui un jour, peut-être dans une autre vie. Nous sommes tous des apprentis-dieux en devenir et l’Ermite est un des maillons de l’évolution divine.

Question : L’Ermite est-il aussi le Maître intérieur ?

Réponse : Ce n’est pas facile ; le Maître intérieur est perturbé par nos idées, notre psychisme, certains problèmes qui surgissent quand on arrive à un certain degré. Alors il vaut mieux quelqu’un de l’extérieur pour remettre les choses en place.

Question : Le serpent, quel symbole ?

Réponse : Le serpent est aussi un symbole phallique, c’est celui qui donne la vie ; il marche sur un tapis vert qui est la vie qu’il a donnée. Le bâton et la robe sont jaunes, c’est la mort ; c’est un cycle complet. On peut dire aussi que le serpent fait partie de tous les styles en art, bibelots, bijoux, partout même encore maintenant on a des objets en forme de serpent.