Catherine Anne : Le symbolisme du tarot 11 : La Roue


27 Sep 2010

(Revue Panharmonie. No 207. Juillet 1986)

LA ROUE (Lame 10)

La saison dernière, on a commencé le tarot sous un angle entièrement symbolique et initiatique, pas du tout sur le plan prévisionnel, parce qu’il y a des quantités de bouquins là-dessus dont certains sont excellents d’ailleurs, mais ce n’est pas le but de notre propos ici. Cette saison nous reprenons et nous continuons à partir de la lame Dix c’est-à-dire le renouveau ; la somme de dix fait 1, le nombre dix non pas le chiffre, car celui-ci est formé du 1 et du 0 et on verra par la suite le symbolisme du 1 et du 0 ensemble, comment on devrait les dessiner, comment cela a été dessiné pendant des siècles dans l’antiquité hébraïque, sémitique aussi bien par les hébreux, les hittites, les sumériens, toute l’antiquité non gréco-latine, non indienne, phéniciens, et le chiffre lui-même.

Il y a plusieurs choses que nous allons prendre en considération : d’abord le chiffre 10, l’importance du dix ; avec une petite étude comparée en raison de Pythagore d’un côté et les gnostiques hébreux de l’autre, une gnose Tetraktique transmise par les Esséniens qui la tenaient de certains chaldéens. On ne sait dans quelle mesure l’Égypte a joué un rôle dans cette Tetraktys hébraïque, on n’en sait rien. Nous verrons cela et puis après, la description de la lame avec le symbolisme des personnages ; ensuite nous aborderons le symbolisme au niveau deux, en essayant d’aller plus loin.

Le nombre neuf, c’était l’Ermite, le maître ésotérique du bateleur, celui qui lui a enseigné la science alchimique, gnostique ésotérique etc. Après, le Bateleur a quitté l’Ermite et il se trouve au cours de son chemin, devant la première et seule lame du Tarot qui ne représente pas un personnage. Vous pouvez le constater ce ne sont pas des personnages c’est une figure, qui est pour le moins bizarre, et on se demande comment cela peut-il tenir; c’est une lame qui est absolument unique dans le tarot. On ne peut pas étudier la roue avec une autre lame parce que il y a beaucoup de choses à dire ; c’est la quintessence de toutes les transmissions initiatiques qui sont parvenues jusqu’à nous, c’est Hermétique, c’est Égyptien, c’est Brahmane, c’est Hébraïque c’est Sémitique. C’est naturellement Chaldéen et Assyrien, elle contient tout.

Le dix, en chiffre arabe, est représenté par le Principe Universel, auquel on ajoute tout simplement un zéro, c’est le premier des nombres à deux signes, deux chiffres. Ce que l’on appelait un chiffre, c’est-à-dire la représentation arabe, que les Arabes nous ont transmise au Moyen-âge, d’un signe, d’un symbole qui signifie un nombre. Auparavant, on écrivait cela avec des lettres, les Grecs avec lettre et un accent, les Romains avec des lettres… Essayez de faire une multiplication en chiffres romains, j’ai essayé une fois, je ne sais pas comment ils se débrouillaient, mais ils avaient une table de Pythagore… c’est diabolique ; quand les Arabes sont arrivés, ils nous ont transmis ce qui est une des bases de l’alchimie.

Pythagore avait déjà compris l’importance du dix et l’avait démontré parce que Dix c’est la somme des quatre premiers nombres, et la somme des quatre premiers nombres c’est la somme des nombres de la nature avant l’arrivée de l’homme, puisque le cinq est le nombre de l’homme. Vous avez

1) Le principe universel, le point.

2) Le principe féminin créateur, c’est-à-dire la dualité, la ligne.

3) L’intelligence suprême, première surface, trois points qui forment un triangle, trois points que l’on peut joindre entre eux c’est un triangle.

4) Le chiffre de la matière, du monde si vous voulez, enfin d’une sorte de monde, le premier volume, c’est-à-dire le cube. Ainsi quatre plus trois font sept plus deux font neuf plus un font dix. Pythagore qui a fait une étude extrêmement développée là-dessus, l’a résumé en un code un mot que l’on appelé la Tetraktys. Vous mettez un point ici, prenez le 1, principe universel, 2 dualité, 3 l’intelligence suprême, 4 la matière, c’est-à-dire les quatre premiers nombres indissociables des uns et des autres, qui forment ce qu’on a appelé le premier triangle. Il est équilatéral évidemment, c’est-à-dire que sur chaque base vous retrouvez les quatre symboles, c’est-à-dire que la base de chaque chose, de chaque élément existant ici-bas c’est la matière et que après la matière il y a l’intelligence ensuite la résolution de la féminité et on arrive enfin au principe universel quel qu’en soit le sens. Quelque soit le départ que l’on prenne, on en arrive là de toute façon. Pythagore c’est 500 années avant Jésus-Christ, et bien avant lui, on ne sait pas dans quelle mesure il y a eu connaissance ou confrontation des uns et des autres, de toute façon Pythagore était suffisamment grand pour trouver cela tout seul et pour le reconstituer, il a passé 23 ans dans les temples d’Égypte.

Les Esséniens et les Sémites ont transmis une autre sorte de Tétraktys qui porte un autre nom, hébreux. L’origine est mésopotamique avec une écriture cunéiforme. Faire un point dans de la cire avec un poinçon pour établir des tablettes, était un code particulier qui ne pouvait pas représenter un chiffre, on a donc tracé des bâtons ; les bâtons c’est ce qu’on fait faire aux enfants en classe, où on trace trois bâtons quatre bâtons etc… et quand on codifie quelque chose ou que l’on compte, il nous arrive encore pour compter de faire un bâton ; que ce soit dans les prisons ou dans les îles solitaires, pour compter, on trace des bâtons sur les murs et quand il y en a sept on barre : c’est le système du bâton. Le bâton signifie aussi le principe universel.

Évidemment on a ici, sur le dessin, le 1, en dessous le 2, en dessous le 3 et en dessous le 4, le tout en quinconce car tout est dans tout et tout se tient. Le dessin général qui se veut régulier, vous fait penser à quoi ? Si on regarde, en mettant à part la série de bâtons et quand on n’a pas le code, on se dit que c’est un joli dessin ; c’est une croix bien sûr et comme on a ici sur la croix quatre côtés, on retrouve le nombre quatre que l’on retrouve sur la croix puisque c’est un 4 à l’intérieur du carré. C’est un carré et dans le symbolisme occidental il y a ce que l’on appelle « l’importance des quatre C », le Carré, la Croix, le Centre et le Cercle, et nous les retrouvons tout entier dans la Roue. Tout le système intérieur de la Roue, des deux Roues d’ailleurs avec les huit rayons de la roue, correspond à cela, c’est-à-dire le carré se joint ici par deux diagonales, par deux médianes qui symbolisent les huit directions de l’espace. Les huit directions de l’espace ne sont pas notre rose des vents occidentale, qui d’ailleurs est apparue relativement tard ; c’est le Bouddha qui a symbolisé cela, parlant de « l’octuple route et l’octuple chemin », route et chemin étant deux choses différentes. La voie est ce vers quoi on va et il l’a symbolisée par une roue ; c’est la roue indienne que l’on retrouve partout. Le mot ROUE en sanscrit se dit « chakra », et les chakras de l’homme sont les points d’énergie dans le corps, tous étagés le long de la colonne vertébrale, depuis le plus bas qui se situe vers le périnée, et celui du haut, tout en haut, par lequel entre et sort l’énergie cosmique. Tous ces chakras sont des roues qui sont symbolisées en Orient par le lotus celui du haut de la tête — manifestés par une petite bosse sur la tête de certains Bouddhas — est appelé symboliquement le lotus aux mille pétales. Il est évident qu’un lotus n’a pas mille pétales, mais dans le symbolisme oriental, il est ainsi appelé. Quand on fait du Hatha-yoga on apprend à travailler sur ces chakras, les respirations apprennent à développer ou à fermer les chakras, on s’ouvre et se ferme au gré des événements on agit sur les chakras etc.

En France ou en Occident on dirait les centres d’énergie ou les points d’énergie. Le point énergétique le plus important, est celui tout en bas du périnée, à l’intérieur duquel est lové le serpent de la Kundalini qui monte le long de la colonne vertébrale quand on apprend à le faire agir et quand on travaille dessus avec discernement, il monte et il va dégager toute l’énergie cosmique, à l’intérieur du chakra qui est en haut de la tête. Donc le Bouddha 700 avant J.C. avait développé cette notion. On ne sait pas dans quelle mesure les Égyptiens et les Indiens avaient eu des relations entre eux, probablement commerciales. Il y a tout un système de migration des symboles à étudier. Vous avez donc ici une croix (je précise que c’est rigoureusement carré et que vous avez un dessin absolument symétrique), si on le refait correctement ici sous forme de carré, vous avez la croix. Constatez que le point médian de la croix se trouve entre deux, c’est-à-dire qu’il se trouve sur le point central de l’intelligence, cela passe évidemment entre la dualité qu’il faudra résoudre qui se trouve de chaque côté et c’est la continuation du Principe Universel, la verticale, la ligne horizontale. Vous avez donc la croix, ici le centre, le point unique, entièrement immobile de tout principe, le point central et autour, un cercle… parce que un carré tourne. Si on prend le principe du svastika indien, qui est une croix qui tourne, qui est faite pour tourner, à laquelle on imprime un mouvement, que les Grecs ont appelé la croix gammée parce qu’elle a la forme d’un gamma, on obtient le dessin suivant et cela tourne suivant le sens des chakras bien évidemment, le reste se découpe en quatre carrés et on retrouve encore le nombre Quatre qui de toute façon est la base à l’intérieur de laquelle se trouve le point unique, le principe.

Je voudrais développer le symbole en tant que symbole représenté qui est entièrement dans le tarot d’ailleurs. Je prends appui sur le tarot, pour aller au-delà.

Question : Dans le cas où la croix tourne dans l’autre sens, cela signifie quoi ?

Réponse : C’est le côté bénéfique et le côté maléfique. Normalement elle tourne de l’Occident vers l’Orient. On va toujours vers l’Orient, on fait face à l’Orient de toute façon dans le monde sacré et c’est ce qui distingue le sacré du profane. A l’envers c’est celle d’Hitler, elle existait aussi dans ce sens là en Inde parce que la loi d’inversion a toujours existée. Il suffisait pour rendre une chose maléfique qu’on lui donne son contraire. De même quand vous lisez le Bardo Thôtrol, quand vous lisez le texte OM, le premier vers du Bardo Thôtrol c’est « Vénéré soit le Maître » des trois corps. Hommage aux Gurus, aux trois kâyas, Amitalha, l’infinie lumière, le Dharamakaya, les divinités du lotus paisibles et terribles, le Sambhogakaya, Padmasambhava.

Il suffit de réciter tout le Bardo Thôtrol sans remettre la syllabe « OM » chaque fois, cela fait une loi d’inversion et c’est fait dans un but maléfique. C’est le même système que les problèmes des messes noires en Occident où on reprend la messe mais on la dit à l’envers et il n’y a pas un rituel de changé.

Question : C’est aussi le problème d’évolution et d’involution.

Réponse : Oui, mais cela est plutôt oriental. J’assimile l’Orient, la Kabbale, les Hébreux, Sumer, les Hittites, la Mésopotamie à une sorte d’orient et toute la Grèce Antique, les Latins et autres à une notion d’Occident parce que de toute façon, c’est entre eux que s’est faite la scission, les uns ayant représenté l’Orient et les autres l’Occident. Par conséquent je n’ai que ce terme là, même si c’est dans le même secteur géographique. Tout cela est le symbolisme oriental.

Pythagore, lui a repris carrément le triangle, cela a été un des premiers triangles élaboré à fond dans l’histoire du symbolisme et puis ce que représente le dessin et qui est contemporain et probablement antérieur. On ignore le contact qu’ils ont eu entre eux de toute façon c’est une base. Quand vous regardez votre roue là, sur votre lame vous constatez qu’elle a huit rayons, que ces huit rayons ne sont pas inclus dans un carré, mais vous pouvez circonscrire un carré à l’intérieur du cercle. Ce qui est plus visible ce sont deux cercles qui peuvent tourner chacun en sens contraire d’ailleurs. Le huitième rayon est caché, on n’en voit que sept. Sept c’était le Chariot, c’était la perfection et le 8e est caché par la manivelle, car il y a une manivelle pour donner l’impulsion à la roue, je parle du Tarot de Wirth, du Tarot des imagiers du Moyen-âge qui lui a retrouvé un symbolisme plus juste, d’après des dessins anciens dont certains ont été conservés, parce que les images de roues de rosaces c’est ce qu’il y a de plus courant au Moyen-âge, le Moyen-âge et le pré Moyen-âge c’est-à-dire toute la civilisation antique entre 200 et 400 après J.C. toute la fin de l’antiquité. Ici c’est le point de vue symbolique.

Vous avez donc sur votre lame la représentation du symbole. Cette roue, cette double roue avec les huit rayons qui ont chacun une sorte de petit nœud d’arrêt, avant d’arriver au milieu, c’est-à-dire au point absolument immobile qui, même quand elle tourne reste immobile et qui sépare le profane du sacré, le relatif de l’absolu. Cette roue repose sur une sorte de mât qui repose lui-même sur une double lune à l’endroit en équilibre sur l’océan des eaux primordiales. A bien regarder c’est un équilibre qui peut paraître précaire. Je sais bien que toute la lame est entièrement faite d’équilibre, puisqu’il y a un personnage qui monte et l’autre qui descend. Ils maintiennent l’équilibre, l’équilibre des forces contraires, puisqu’il y a en haut, sur un plateau posé toujours en équilibre, le Sphinx, le personnage énigmatique par excellence qui porte au front l’emblème du soufre on verra tout à l’heure pourquoi et comment et qui représente évidemment la purification, la pureté, le jugement. Les eaux en bas, qui supportent la barque, c’est la barque des deux natures. Il y a une lune rouge et une lune verte, la verte est cachée, c’est le monde de l’occulte, c’est aussi la vie, la couleur de la nature et le rouge devant c’est l’élan vital. Je ne reviens pas sur le symbolisme des couleurs, parce qu’il y a plusieurs symbolismes. Le rouge c’est l’élan vital qui insuffle sa vie à la nature et de là montent les deux serpents que l’on va retrouver sur le Caducée d’Hermès.

Le serpent j’en ai parlé avec l’Hermite. Ici vous avez deux serpents qui rappellent, montant autour du mât, le serpent de la Kundalini dont j’ai parlé tout à l’heure à propos du symbolisme oriental. La Kundalini en sanscrit c’est la puissance du serpent, c’est-à-dire que l’énergie — l’énergie cosmique pour les orientaux — circule dans deux canaux que l’on appelle les Nadis et qui sont situés chacun d’un côté de la colonne vertébrale. Les nadis par comparaison sont un petit peu les méridiens de l’acupuncture, qui sont eux carrément chinois, extrême-orientaux. Pour les indiens se sont simplement des canaux d’énergie, il y en a un qui monte et un qui descend, le sang rouge, le sang bleu, une colonne rouge, une colonne bleue que l’on retrouve dans le Tarot partout où il y a des colonnes. Mais cette fois-ci le stade des deux colonnes que l’on retrouve uniquement dans les dix premières lames est dépassé.

On les retrouve mais sous des formes diverses. On va les retrouver avec les deux arbres qui encadrent le Pendu et surtout ici, les deux serpents du Caducée d’Hermès de Mercure si vous voulez puisque c’est le terme couramment employé, qui deviendra l’emblème des médecins et symbolise l’énergie ascendante et l’énergie descendante, l’énergie masculine et féminine, le bien et le mal, bien que ni le bien ni le mal n’existent, et que ce n’est qu’un équilibre.

Ces deux serpents se croisent, partent tous les deux du même point enserrant le mât qui représente la colonne vertébrale et qui monte jusqu’au point autour duquel, s’il y a réalisation, se situe une sorte d’aura, c’est-à-dire la roue qui tourne.

Ces deux serpents partent de la même base, c’est-à-dire de nous. Nous avons en chacun de nous autant de bien que de mal, autant d’aspiration bénéfique que d’aspiration maléfique. — dite bénéfique, dite maléfique — Ces serpents partent en réalité, se retrouvent, se croisent en un nœud qui est l’un des chakras les plus importants qui se trouve un à deux doigts en dessous du nombril et après repartent dans l’autre sens et se font face par la tête autour du mât qui représente dans la roue, la colonne vertébrales ; le tout équilibré sur l’océan des eaux Primordiales, c’est-à-dire ce qui a donné naissance à la vie.

Depuis à peu près le début du XXe siècle, on pensait que la vie que nous vivons actuellement depuis la plus petite molécule de plancton était issue des eaux, de l’eau. La vie sortie de l’eau les savants actuels en sont à peu près sûrs, les anciens en étaient certains aussi et là vous en avez la représentation graphique, on a appelé cela « l’Océan des Eaux Primordiales », l’Océan étant le père de toutes les choses. De ces eaux primordiales qui représentent une sortent de « génération » puisque ça donne la vie, sur ces eaux primordiales se trouve la barque des deux natures c’est-à-dire notre propre dualité en équilibre, par nos pulsions contraires, nous maintenons l’équilibre. Si nous sommes debout, si nous marchons, nous avons nous-mêmes sans arrêt un équilibre à maintenir entre plusieurs choses différentes ; elle soutient tout l’équilibre cosmique.

(A suivre)

(Revue Panharmonie. No 208. Octobre 1986)

(Suite)

En plus la Lune et à plus forte raison les deux Lunes étant maîtres du Cancer, donc de l’émotivité, de la réceptivité, l’une ouverte par derrière, mais ayant heureusement le rouge devant, signifie que même quand on est en état d’émotivité, de réceptivité et surtout de création, car le Cancer crée, c’est le signe qui génère ; on peut toujours quand on en est arrivé à ce point de vie sensitive, se prendre en main et arriver à la Lune rouge, c’est-à-dire à se transformer en élan vital.

Nous allons voir la différence entre les deux personnages qui grimpent autour de la roue. D’un côté vous avez un Hermanubis et de l’autre côté un monstre qui porte le trident de Neptune. Il est évident que Hermanubis est une contraction de Hermès et de Anubis. Anubis, chez les Égyptiens, c’était le Dieu des morts, celui qui conduisait les âmes des défunts jusqu’aux portes — non pas des enfers — mais jusqu’au passage par lequel ils devaient cheminer pour être jugés, et les anciens Égyptiens étaient jugés par leur propre cœur. Ils avaient devant eux leur moi interne, leur moi intérieur et c’était lui qui les jugeait, c’est-à-dire que c’était la parcelle d’âme individuelle, la parcelle cosmique qui vit en chacun de nous, qui nous juge. Anubis les conduisait là, il n’avait pas le pouvoir de les juger, mais il portait le bâton qui montrait la direction. Vous connaissez tous les histoires de serpents des Égyptiens, il y a toute une mythologie du serpent chez les Égyptiens ; le bâton de Moïse qui se transforme en serpent et qui mange les serpents des prêtres égyptiens etc… Et naturellement l’Uraeus femelle que le Pharaon porte au front. Et quand on se suicidait, comme Cléopâtre, quand on voulait mourir, on prenait simplement sur le sein un petit serpent, et on se faisait mordre dans cette région-là pour qu’on ne puisse pas circonscrire le venin, ni faire de garrot et cela allait très vite. Le serpent faisait partie intégrante de la vie des Égyptiens dans tous les domaines, spirituel aussi bien que matériel ; en plus, le serpent est le symbole de toutes les incarnations successives à cause des mues successives ; il perd sa peau et il en reçoit une nouvelle et c’est une nouvelle vie. Il reperd sa peau et il en a une nouvelle et c’est une autre vie. En plus il se mord la queue, c’est le cercle intégral, c’est l’Ouroboros et c’est pour cela que les Anciens en ont fait le symbole des réincarnations successives, cela se trouve dans toute l’antiquité. Donc Anubis montrait de son bâton, autour duquel enroulé un serpent, la direction à suivre aux âmes qu’il menait en enfer. Anubis avait transmis ses pouvoirs à Toth qui était un initié égyptien et qui est devenu dans la Grèce Antique Hermès, et Hermès dans la Grèce antique était un Dieu très occupé ; il était toute la journée sur la brèche c’était le dieu des marchands et des voleurs, des commerçants, des artisans de la création — Oui, les Grecs avaient déjà compris l’équilibre des choses. C’était aussi un des dieux de la médecine à un niveau plus haut et c’était aussi et surtout, le dieu qui conduisait tous les morts jusqu’à l’entrée des enfers. Cela lui faisait beaucoup de travail dans la journée mais il y avait un moment qui se situait à peu près dans le milieu de l’année solaire, où il rencontrait le dieu Apollon qui est aussi un des dieux de la médecine. Or la première rencontre entre Apollon et Hermès s’est très mal passée, parce que Hermès lui avait volé un troupeau de bœufs ; ils se sont disputés comme des chiffonniers, Hermès a alors fabriqué un instrument merveilleux qu’il a donné à Apollon et celui-ci pour satisfaire au rite de l’échange, — il doit toujours y avoir échange quand on donne quelque chose, lui a donné un bâton autour duquel s’enroulaient deux serpents, et, à ce bâton autour duquel s’enroulaient deux serpents, on a mis des ailes ; c’est le symbole des ailes que Hermès portait aux talons et les ailes des talons d’Hermès se retrouvent sur le caducée.

Hermès a donc récupéré son caducée des mains d’Apollon lui-même, un des deux initiateurs de la Grèce Antique, et il s’en est servi. C’était et c’est devenu chez nous le bâton, l’emblème du pouvoir et de la puissance. C’est devenu aussi la baguette magique des fées plus particulièrement et le symbole du merveilleux, c’est le sceptre des rois, le symbole de la puissance et surtout de la puissance d’action sur les événements.

Hermanubis donc grimpe le long de la roue. Il a un corps tout bleu, c’est la spiritualité, c’est l’élan vers le spirituel et le reste, la tête et le vêtement, dont ce morceau de vêtement jaune qui suit son ascension et qui tombe, signifie qu’il est issu, lui aussi d’une parcelle humaine dans laquelle s’est intégrée une parcelle divine. Cela signifie qu’il est déjà passé par pas mal d’incarnations, puisque le jaune est couleur occulte de la mort et qu’il grimpe le long de la lame (enfin il grimpe, il s’y maintient) et qu’il va vers le haut, vers le sphinx. Pour rétablir l’équilibre, il a son caducée à la main et le caducée est pointé vers le sphinx.

Pour rétablir l’équilibre, on a de l’autre côté un monstre marin à tête de bouc qui ne tombe pas, il ne tombe pas car il n’y a pas de chute, il y a des incarnations, il peut y avoir des régressions. Mais l’homme, étant un être spirituel, à partir du moment où il y a eu incarnation, ne peut plus avoir de chute. A partir du moment où il y a eu âme et surtout prise de conscience de cette âme, car entre les incarnations il y a prise de conscience, puisqu’il y a purification et qu’on recommence… donc, à partir du moment où quelqu’un s’est incarné, qu’une entité quelconque s’est incarnée en être humain, il ne peut plus y avoir de chute. Ce monstre marin qui n’est pas encore perfectionné tant s’en faut, ne tombe pas. Il est solidement accroché à la roue qui elle tourne bien sûr et il tient en main le trident. Le trident de Neptune est un rappel des trois corps qu’il a comme n’importe quel homme, des trois états de la matière, un rappel du triangle, c’est-à-dire qu’il a aussi, comme tout le monde, sa parcelle d’intelligence divine. Son triangle personnel — il le tient bien dans sa main — ne tombe pas. Il a la tête tournée vers les Eaux primordiales, c’est-à-dire qu’il va vers l’après de l’incarnation, vers l’après de la génération, de la vie matérielle, des sens, de la vie tout court. Il suit le troupeau, c’est pour cela qu’il a une tête de bouc, mais il est aussi appelé à le diriger, c’est pour cela qu’il n’a pas une tête de mouton, celle-ci étant censé suivre, mais de bouc qui est censé diriger, mener le troupeau.

Ce trident est donc orienté vers les Eaux Primordiales mais cette espèce de monstre aux pattes palmées d’ailleurs, ce qui l’apparente encore plus à l’océan en bas, ne tombe pas ; il est solidement accroché et vous pouvez constater qu’à l’intérieur de la lune quand on regarde bien, — vous avez la ligne d’un des bâtons centraux de la roue — il y a le caducée et le trident qui sont orientés de façon différente, l’un en haut, l’autre en bas, mais comme cela tourne il n’y a pas de haut, il n’y a pas de bas ; ils sont sur la même ligne d’orientation, c’est-à-dire que le bien et le mal, là on rentre en plein problème métaphysique, sont tous les deux sur la roue extérieure qui est rouge, qui est celle du côté matériel, de l’élan vital. Mais il y a à l’intérieur de la roue rouge une autre roue qui elle, est bleue. C’est la spiritualité, c’est notre vie intérieure, par rapport à la vie extérieure et cette roue bleue c’est ce que nous pensons, nous, c’est notre vie personnelle par rapport à notre intégration sociale.

Avant d’en arriver là, je vais parler du Sphinx qui est en équilibre tout seul là-haut sur un plateau, qui a un corps de femme, comme tous les Sphinx, un torse, une tête un peu androgyne, c’est-à-dire qu’à la façon dont ils sont coiffés on ne voit pas trop ce qu’ils sont : ils ont en principe un buste de femme ; les vrais Sphinx ont un buste de femme et un arrière-train de lion. Celui de la lame a son arrière-train de lion avec une queue, et devant un buste de femme et une tête rouge, c’est-à-dire une tête qui est passée par la vie, par l’élan vital. Vous pouvez constater que les deux ailes que Hermès ne porte pas à ses pieds, qui s’accrochent à la roue parce qu’elles représentent l’âme dans son élévation, dans son essai d’évolution, ces deux ailes qu’il ne porte pas aux pieds se trouvent transposées sur le dos du Sphinx qui lui, a parfaitement réalisé sa dualité. Il porte dans sa main une épée levée qui est peut-être symbole du châtiment mais qui est surtout (on l’a vu dans la lame du Bateleur) l’éclair de l’esprit ; et ce Sphinx qui est en équilibre absolu sur cette roue qui tourne et qui le maintient en équilibre d’ailleurs, porte au front en plus de la coiffure Égyptienne faite de rayures, c’est-à-dire d’alternance, le symbole alchimique du soufre qui est le triangle avec une croix en-dessous, c’est la représentation alchimique du soufre, qui signifie la purification.

En alchimie ceci est Arabe et médiéval. C’est une lame dans laquelle on retrouve absolument tout ; je vous le cite pêle-mêle selon les éléments : le soufre en tant que symbole c’est le triangle surmonté d’une croix, donc d’origine arabe ; le soufre enlève les scories, on peut se le procurer autour des volcans, il purifie et sur le plan alchimique c’est surtout ce qui enlève l’homme de sa gangue extérieure, pour le porter vers une intériorité beaucoup plus grande, vers une ascèse (ascèse en grec signifie exercice, ce qui n’a rien à voir avec ce qui est devenu à tort l’ascétisme).

Dans purification il y a pur et pur en grec c’est le feu et le soufre. Le Sphinx porte donc le soufre au front c’est un rappel aussi de l’antiquité grecque du mythe d’Oedipe : Oedipe rentre dans la ville de Thèbes et pour rentrer dans la ville de Thèbes il fallait répondre à l’énigme que posait le Sphinx qui n’était pas représenté comme le Sphinx égyptien : mais comme le Sphinx grec qui était ailé, c’est différent : le Sphinx pose la question en trois parties, toujours le rythme ternaire qui se retrouve dans toute l’antiquité gréco-latine, le chiffre trois, l’intelligence.

Quel est l’animal qui, le matin marche à quatre pattes, à midi sur deux, et le soir sur trois pattes ? » et Oedipe a répondu sans hésiter « c’est l’homme » : au matin de sa vie c’est-à-dire quand il est jeune, bébé il marche à quatre pattes, dans sa maturité il est sur ses deux pieds, et dans sa vieillesse, il s’aide d’une canne, c’est-à-dire qu’il est sur trois pieds. Et le Sphinx qui représente ici le gardien du seuil, au lieu comme d’habitude de manger le voyageur qui n’avait pas bien répondu, se jette du haut de son rocher, c’est-à-dire que toutes les barrières se sont levées devant Oedipe qui avait trouvé la vérité, qui était assez pur pour trouver lui-même la vérité, c’est-à-dire était passé par suffisamment d’incarnations et jusqu’à une initiation, pour trouver par lui-même le secret de l’intelligence suprême, c’est-à-dire du ternaire. Ce Sphinx tout en haut est un rappel aussi du gardien du seuil et de la perfection à laquelle Hermanubis va atteindre et à laquelle le monstre à droite qui va vers les Eaux primordiales, mais qui ne tombe pas, qui va retourner vers une incarnation, attiré justement par l’après incarnation ; va arriver aussi. Car nous y arriverons de toute façon, à des vitesses différentes. Il y en a qui y vont à dos de chameau et d’autres en jet, nous y arriverons tous.

Le Sphinx a été comme nous au départ, c’est-à-dire une particule sacrée enfermée dans une gangue de matière.

Voilà à peu près la roue, pour le graphisme lui-même quand on regarde en archéométrie, quand on joint les points entre eux, on dessine parfaitement un triangle équilatéral entre les trois personnages qui occupent le haut, dont la pointe se trouve évidemment à l’endroit de l’emblème du soufre et puis en-dessous on a le mât et les deux serpents. Ces trois personnages qui sont sur une roue extérieure — la roue extérieure c’est évidemment la vie de tous les jours — je dirai du commun des mortels, sans que cela soit péjoratif — disons que les gens non encore éveillés, non encore intéressés à ce genre de chose, vivent une vie qu’ils n’ont pas choisie ; ils sont entraînés dans la vie de tous les jours comme nous le sommes de temps en temps, ils suivent : c’est le principe du mouton, du troupeau, c’est pour cela qu’un jour quand ils découvriront effectivement la faille c’est-à-dire que ce que l’on enseigne officiellement mène à autre chose qu’à l’ésotérisme, qui est tout à l’intérieur ; à ce moment-là ils prendront la tête du troupeau, non pas en devenant les chefs, mais en menant eux-mêmes une vie différente sans se démarquer de la vie extérieure. Ils peuvent vivre comme tout le monde, ils mangent comme tout le monde ils vivent et ils procréent comme tout le monde, mais en arrivant par une série d’exercices, à travailler sur eux-mêmes, parce qu’il n’y a pas d’autre moyen d’arriver à. quelque chose. Il ne faut surtout pas travailler sur les autres, ils ne nous ont rien demandé et ensuite ils ne sont pas forcément aptes à comprendre, donc on ne peut travailler que sur soi-même. A partir du moment où ils travailleront sur eux-mêmes, où ils vont assumer les destinées différentes et surtout les événements qui vont se présenter à eux, en assumant tout le karma collectif, parce qu’il y a le karma propre, mais le karma propre nous n’en sommes pas vraiment maîtres, c’est-à-dire qu’on ne sait jamais. Si on estime faire du bien à quelqu’un en lui prêtant cent francs, c’est parfait on se dit « j’ai fait une bonne action », mais qui vous dit que ces cent francs ne vont pas être mal employés en achetant une bêtise quelconque qui va faire du mal à quelqu’un d’autre. C’est un raisonnement que je vous donne, mais que j’essaie de rendre imagé. A ce moment-là vous devenez responsable de ce billet de cent francs qui a été prêté et de l’action qui a suivi et de l’idée qui a germé dans le cerveau de la personne à qui vous les avez prêtés.

Une autre interprétation du karma qui se base sur la Bhagavad Gîta est que seule compte l’action bonne ou mauvaise. L’usage qui en est fait concerne uniquement la responsabilité de celui qui en est l’objet : « tu as droit à l’action mais seulement à l’action, et jamais à ses fruits, que les fruits de tes actions ne soient pas ton mobile… « Trad. Sri Aurobindo ». Par conséquent il y a une loi absolue qui est de ne pas juger les autres cela paraît élémentaire, mais de ne pas se juger soi-même surtout ; on assume ce qu’il y a à faire ; il faut de toute façon accepter ce qui est fait, cela est le karma individuel et nous n’aurons la réponse que quand nous serons passé de l’autre côté, devant les Seigneurs du Karma, c’est-à-dire ou bout de chaque incarnation. A ce moment-là la lumière se fait, on est connaissant et on peut faire le point et se purifier complètement, et après on recommence pour peaufiner la chose.

Mais Le Karma collectif, c’est complètement différent et nous en faisons tous partie ; nous sommes tous individuellement les instruments du karma collectif. Je précise, le Karma collectif c’est le karma des peuples ce sont les guerres, les épidémies, depuis quelques temps les exils, les exodes en masse, je pense plus particulièrement aux Boat People, parce que c’est un exemple qui me vient en tête actuellement mais il y en a d’autres, les bombardements civils ou autres. Tout cela c’est du karma collectif. Au niveau du karma collectif, la première des conditions est l’acceptation. Cela est signifié par la roue bleue qui se trouve au centre c’est l’intérieur de nous-mêmes en voie de compréhension, c’est-à-dire de ne pas juger monsieur X président de je ne sais quel pays qui lâche des bombes bactériologiques sur des pauvres gens qui ne lui ont rien fait ; il ne faut pas le juger lui non plus, parce que c’est un homme lui aussi ; le problème c’est qu’il détient le pouvoir. Il y a à l’intérieur de lui-même, la même parcelle divine que nous avons à l’intérieur de nous ; on ne va donc pas provoquer de bataille entre deux étincelles de même nature. Au point de vue occulte il n’y a rien à faire, on ne connaît rien des enchaînements d’événements, pourquoi juger ? Ce que l’on peut faire c’est aider les gens ; j’ai posé la question, l’année dernière au niveau du karma collectif à Jean Chevalier, sur la mort des enfants. La mort d’un enfant de deux ans aux Enfants Malades est aussi monstrueuse que la mort de je ne sais combien de milliers de personnes à Hiroshima le 8 août 1945. C’est la même chose, nous ne nous en occupons pas, mais nous faisons partie de ce karma collectif. Seule l’acceptation compte ; la mort d’un bébé peut paraître absolument inhumaine, cela fait partie du karma des parents et de l’entourage ; il est dit que les enfants ne font pas de karma jusqu’à l’âge de raison ; mais on ne peut pas savoir ; nous devons accepter non de façon bête comme le troupeau qui suit sans comprendre, pas accepter de partir en exode parce que quelqu’un arrive et nous attaque. La vraie acceptation est la prise en main de la manivelle qui est là sur la roue, qui figure tout en haut du mât et qui arrête la roue, qui l’empêche de tourner, qui la bloque au moment où on est prêt et qui nous permet de nous intégrer dans le mouvement général de l’univers, dans le mouvement général du cosmos, parce qu’à un moment donné on a eu l’idée du libre arbitre. Une fois qu’on a compris intérieurement, pas compris intellectuellement bien sûr, que seule l’acceptation était l’issue, on entre dans la seconde roue, à l’intérieur, et on s’approche de plus en plus du point central, du centre immobile, qui se trouve en contact avec la manivelle. C’est très imagé peut-être, mais cela me paraît extrêmement parlant. A partir du moment où on est mûr pour prendre la manivelle, pour l’attraper d’abord, parce qu’elle n’est pas facilement saisissable, à ce moment-là, on peut faire arrêter les choses.

J’ai posé la question à un kabbaliste que j’ai rencontré récemment, qui m’a dit « dans les écritures occultes de la Bible, il est écrit : « s’il y avait dans le monde seulement deux cent personnes, ou seulement cent personnes qui aient vraiment la foi, à ce moment-là les guerres s’arrêteraient ». Les guerres, les épidémies, les accidents, les éruptions volcaniques ou autres, tremblements de terre ou tout ce que vous voudrez, ce que nous appelons nous, le problème du mal, qui est un faux problème, tout cela s’arrêterait parce que toutes ces choses là, c’est nous qui les provoquons avec nos pensées, notre façon d’être, notre peur, notre façon de cavaler à droite et à gauche, de nous disperser. Et tant que nos pensées seront sur le cercle rouge, elles ne pourront être rejetées que vers l’extérieur, c’est-à-dire dans une sphère où elles vont se regrouper pour devenir un égrégore qui va prendre une importance énorme. De toutes façons il y a un égrégore dans chaque pays, à la limite dans chaque parti politique et cet égrégore va donner lieu à la peur, va donner lieu à la défense, va donner lieu aux réactions et non pas aux actions. Tant qu’on n’aura pas pénétré à l’intérieur du cercle bleu on donnera naissance toujours à notre niveau à nous qui peut être minime, à un égrégore.

Par conséquent ce qu’il faut c’est non pas de faire des exercices et des ascèses, comme les moines du Moyen-âge s’adonnant à la discipline, les stylistes alexandrins en haut de la colonne, ce n’est pas vraiment cela, si on n’en a pas la vocation. Si cela est notre nature profonde on peut très bien rentrer au Carmel, si on est prêt à œuvrer pour le salut du monde c’est parfait, ou au Carmel ou dans les monastères Tibétains, ou ailleurs, quelle qu’en soit la manifestation extérieure. A partir du moment où on est prêt, ce n’est pas être faussement prêt, c’est avoir compris intrinsèquement la valeur de la moindre vibration de ce son dans l’espace. C’est pour cela que j’assimilerai — je ne suis pas la seule d’ailleurs — la lune de la roue au Verbe. Pourquoi est-ce que j’emploie le mot « Verbe » parce que c’est le plus pratique pour nous autres occidentaux. On a tous en tête le début de l’Évangile de Jean « au commencement était le Verbe ». Pour les Orientaux, ils emploient plutôt le mot Logos qui est à la fois le Verbe, le Mot, l’Esprit et de toute façon c’est absolument intraduisible, c’est-à-dire la Pensée Initiale qu’on lance dans l’espace, la pensée positive et qui va donner lieu à une compréhension générale et universelle.

Je terminerai avec la lettre hébraïque YOD, Yod HE VAV HE. L’alphabet hébraïque est un alphabet initiatique. Yod est le mot qui désigne le Y en hébreux c’est-à-dire la lettre qui ressemble à une sorte de 7 ; c’est une des lettres sacrés. L’alphabet grec comporte 22 lettres plus le Yod et le di gamma que l’on retrouve dans les textes très anciens. En sanscrit il y a quelques racines et une infinité de combinaisons, le Yod du sanscrit a donné le mot Yoga qui signifie union, union avec le cosmique, bien sûr, qui a donné en Français le mot « joug » c’est-à-dire la partie de bois qui relie deux bœufs ou le joug sous lequel les Romains faisaient passer leurs ennemis vaincus, c’est-à-dire la même partie de bois fixée sur deux poteaux, s’est une question de relier. Enfin en Grec cela a donné le Iota qui est devenu chez nous le « Y ».

C’est la lame universelle dans laquelle se retrouvent toutes les traditions, au niveau du chiffre et au niveau de la lettre, au niveau de l’écriture. Dans la Kabbale, il est dit, mais c’est surtout une parole de Christ, quand le Christ qui, jusqu’à 13, 14 ans fut élevé dans les Saintes Écritures, est allé en remontrer aux Docteurs du temple, il leur dit « Si vous changez un seul Yod de la Bible, vous ne retrouverez plus la même vibration, ce sera différent ». La Bible a été écrite pour avoir dans le texte une vibration particulière, or elle a été écrite en Araméen qui employait le Yod. En Français et en Occident, on a tout simplement traduit « Il ne faut pas changer d’un iota » c’est la même chose ; parce que si on change d’un iota une phrase qui était écrite pour des raisons sonores et vibratoires, on n’obtient plus la même vibration et comme on ne maîtrise pas forcément la science des sons, qu’est-ce qu’on devient on devient des apprentis-sorciers.

Réponse à une question sur le Tarot : Dans le tarot de Marseille, c’est un Sphinx, un singe et un chien, il y a le symbolisme du singe, du chien bien sûr, le Sphinx couronné ; il y a quand même la manivelle. D’un point de vue entièrement gnostique et d’un point de vue de la tradition, le Marseille a été déformé et quelques fois exprès pour échapper à l’inquisition, on ne peut pas leur en vouloir ils ont sauvé une partie de la connaissance, c’est à nous de rétablir les choses maintenant.

Il y a des études très particulières qui ont montré que dans les textes — les Grands textes sacrés — on doit toujours replacer les choses dans le texte initial, à savoir le Sermon sur la Montagne, les spécialistes du son font des études en ce moment. Le Sermon sur la Montagne en Araméen est riche en signification initiatique, le Notre Père en Araméen est une véritable formule magique explosive, même si la traduction a été quelque peu modifiée, ce n’est pas très important. Certains textes grecs qu’on ne peut citer qu’en Grec et qui sont restés en Grec dans la messe classique, c’est-à-dire « Kyriae Eleyson » avec toutes les vibrations qu’engendrent les diphtongues, pour qu’il y ait vibration il faut qu’il y ait plusieurs sons, les sons étant donnés par les voyelles c’est-à-dire un « e » un « i » ou un « o ». Vous avez dans « et omnia secula secularum » le son OM. On retrouve aussi les « Hosanna » les « Alleluia », les mots de puissance.

Question : Ainsi on comprend mieux que les Tibétains veuillent sauver leurs textes sacrés, quand un Maître donne en enseignement on dit qu’il donne la transmission ?

Réponse : Il en donne la transmission, fort heureusement pour nous ; c’est dommage pour eux, mais les lamas tibétains savaient que l’enseignement serait arrêté à un moment donné ; ils se sont donc préparés. D’ailleurs le Dalaï-lama est parti, je pense, le dernier tranquillement, en toute dignité, pour se réfugier en Inde.

Mais il y a longtemps que les lamas tibétains, les enseignants, les transmetteurs, étaient dans le monde ; il y en a beaucoup qui ont passé les années 50 en Colombie, en Amérique Latine dans des monastères qui les ont accueillis, où ils ont mis la dernière main à leur système d’éducation, de transmission pour revenir en Europe le transmettre.

Nous avons en France, le privilège d’avoir 3 ou 4 centres tibétains — vous connaissez tous au moins Plaige ou je suppose que vous en avez entendu parler, où la transmission de façon initiatique et très poussée et où les Européens qui veulent suivre la discipline apprennent le tibétain ; les fameuses retraites initiatiques qui existaient au Tibet, qui existent toujours dans les monastères tibétains du Ladakh et du Cachemire, sont reprises actuellement en Europe… la retraite de 3 ans, 3 mois, 3 jours…

Les conditions tibétaines d’existence n’ont pas varié d’un pouce ; il n’y a pas d’altitude c’est tout.

Question sur le renouveau de la lame 10 : Le renouveau c’est-à-dire après la série des neuf, il y a un cran à franchir, c’est-à-dire que l’Hermite a transmis ce qu’il avait à transmettre. Maintenant c’est au Bateleur de continuer c’est-à-dire de rentrer à l’intérieur du cercle bleu.

Les gnostiques représentent le monde par un cercle parfait, c’est le cercle qui a lui-même un centre avec à l’intérieur le Principe Primordial celui qui crée, celui qui engendre qui est le phallus en érection comme n’importe quel obélisque ou clocher d’église, ou bâton. C’est la vraie façon gnostique d’écrire le nombre 10. De là est venu le 1 en tant que bâton qui entouré, est à l’intérieur le principe fécondateur — qui féconde à l’intérieur du principe qui reçoit ; c’est la dualité et c’est comme cela que l’on étudie de façon initiatique.

Question : Et après le 9 comprend aussi la fin du système solaire, des neuf planètes etc…

Réponse : Il y en a à présent 11. On ne compte jamais la terre en astrologie pourtant elle est bien là ; on vient d’apercevoir Proserpine, cela fait 12 ; on pensait l’appeler Minos ou Vulcain, je trouve très bien qu’on lui donne un nom féminin. C’est la femme initiatrice.

Question : Avant que le Bateleur rencontre de nouveau son maître qu’il reconnaîtra, à partir de la lame 10 y a-t-il un renouveau ?

Réponse : Dans le Tarot, il rencontre trois fois son maître, il rencontre déjà le Pape, c’est la transmission exotérique.

Après il a triomphé, c’est le triomphateur sur son char ; c’est le Chariot ; il rencontre l’Hermite qui est la transmission ésotérique, loin des pourpres et des ors qui sont faites vraiment pour tout le monde. C’est l’Hermite qui va le former et puis après celui-ci s’en va. Il faut que le maître s’en aille, il faut que le disciple « tue » le maître. Et après il sera confronté avec le Pendu qui est l’Hermite mais alors complètement transcendé qui, lui, s’en va, qui a dominé le monde et deviendra lui-même ce Pendu.