Catherine Anne : Le symbolisme du tarot 7 : L’amoureux


12 Jul 2010

(Revue Panharmonie. No 203. Juillet 1985)

(Suite)

L’AMOUREUX

Avant de commencer à vous parler de la lame six, celle de l’Amoureux, je voudrais vous signaler une différence iconographique entre les différents jeux traditionnels : Conver, Marseille et Wirth. La lame six représente l’homme à la croisée des chemins.

Dans le Conver — qui est à la Bibliothèque Nationale, mais dont nous avons des copies — on voit un monsieur entre deux dames. Il faut bien regarder le jeu des bras. C’est l’homme qui est en train de choisir, il est sorti du monde physique où il a fait son apprentissage symbolisé par la Papesse, l’Impératrice, l’Empereur et le Pape. A présent il a été remis dans le monde, pour qu’il puisse faire son chemin ; on ne peut pas le faire en dehors du monde. Refuser le quotidien, c’est refuser le monde créé, c’est refuser Dieu, la Lumière et la Création. On est obligé de vivre dans le monde actif, celui de tous les jours.

Dans le Conver, on voit que l’Amoureux est déjà évolué et qu’il ne marque pas la moindre hésitation dans le choix qui s’impose à lui. Regardez ses bras ; le Marseille en est une mauvaise copie qui fait que l’Amoureux semble être attiré par la dame placée à sa gauche, tandis que dans le Conver, c’est l’Amoureux qui lui-même repousse cette même femme. Le symbolisme de cette lame est donc faux : les deux femmes cherchent à l’attirer, et il n’a pas encore choisi. Tous les commentaires du Tarot de Marseille font de l’Amoureux, une lame dans laquelle préside le choix, alors que dans le Conver le choix est pratiquement fait.

Dans le Wirth, Stanislas de Guaita qui était connaissant, lui, a simplement croisé les bras comme le veut une tradition ésotérique, remontant aux temps les plus anciens. On voit aussi très nettement que l’Amoureux a un pied de chaque côté, au-dessus du V qui en fait est un Y. Ce n’est donc plus un problème de choix mais d’intégration. Après le Pape, l’aspirant à l’initiation a pu apprendre la connaissance exotérique, mais il a appris aussi à s’en dégager. Étant remis sur terre, il a passé le côté initiatique, le côté compréhension de sa démarche spirituelle. Le fait de revenir sur terre correspond à toutes les initiations humaines, techniques. Ce sont les trois jours dans un caveau, la réflexion dans un cabinet noir, les trois jours dans un cercueil vaudou ; il est donc remis sur terre pour faire son chemin dans le monde quotidien.

Les couleurs

Nous avons déjà vu le symbolisme des couleurs. Une des jambes est verte, l’occulte, l’autre rouge, l’élan vital, c’est la puissance de l’occulte. Le jaune est la couleur de la mort. La femme qui est à sa droite (à notre gauche) est couronnée, symbole de la Connaissance ; elle a une robe bleue, c’est-à-dire la couleur de la spiritualité. C’est le bien. Cette lame rappelle Hercule qui hésite entre le vice et la vertu ; la même image est ici reprise, l’Amoureux est censé hésiter entre le vice et la vertu. Rappelons que le bien et le mal n’existent qu’en fonction l’un de l’autre, le problème du choix n’est plus un problème, c’est une acceptation à un niveau supérieur.

Description de la lame

L’Amoureux a les bras croisés sur la poitrine, croisés au niveau des poignets, à la hauteur du chakra du cœur ; il y a la femme couronnée dite de beauté, la connaissance, qui lui pose la main sur l’épaule, c’est-à-dire qu’elle va lui insuffler sa force. Dans toutes les initiations et dans tous les ésotérismes, l’épaule est un symbole de puissance, « porter le monde sur ses épaules », un acteur a « toute la pièce sur ses épaules » ; quand on adoubait un chevalier, c’est d’un coup du plat d’épée sur l’épaule. Le fait de poser la main sur l’épaule de quelqu’un est un symbole d’amitié : avec la paume de la main et par l’épaule, on transmet sa force à l’autre. Elle lui pose donc la main gauche spirituelle sur l’épaule.

De l’autre côté, l’autre femme lui touche le bras à la hauteur de l’avant bras. Sa main droite est placée dans le dos de l’Amoureux. Les deux femmes sont à égalité, c’est-à-dire que l’Amoureux doit, non pas choisir, mais accepter. Dans tous les livres concernant le Marseille, vous trouverez le problème du choix. Évidemment c’est un problème de choix, mais le choix, il se fait à la hauteur du Bateleur. L’Amoureux est déjà passé par toute une série de petites initiations, et maintenant il est lâché dans la nature afin qu’il choisisse tout seul. Il est donc obligé de choisir, mais aussi de faire la part des choses car celle qui est censée représenter le vice (à gauche) n’est pas plus vice que l’autre n’est vertu. Elle représente simplement la facilité tandis que l’autre, la force, lui met la main sur l’épaule ; c’est un rappel : « Je suis là, tu peux aussi choisir ce côté-là ». Mais la première l’entraîne parce que nous sommes entraînés par la vie de tous les jours, nous sommes victimes des modes ; il faut avoir acquis une évolution spirituelle suffisante pour se dégager, pour repousser certains modes de vie. Les deux, envoyées par l’inconscient collectif, forment aussi un égrégore (celui formé par l’homme tandis que la pensée divine est formée par l’âme groupe).

Cet Amoureux qui a un pied de chaque côté du chemin en V (en fait c’est un Y) a, au-dessus de lui, un archet avec la flèche pointée exactement vers le haut de son crâne, juste au milieu. Dans le « Marseille » la flèche sur l’épaule gauche : c’est la flèche qui va le faire démarrer, le faire est dirigée sur l’épaule gauche. Le symbolisme est valable aussi. La Dame de Connaissance lui mettant la main sur l’épaule droite, la flèche est dirigée avancer. La flèche est en même temps que l’épée du Bateleur, un symbole d’action, mais pour l’instant, dans cette lame, il est en arrêt ; il n’a pas choisi entre les deux chemins, l’archer n’a pas décroché la flèche. Dans le Wirth la flèche est exactement au milieu : cela lui confère un équilibre parfait, cela lui donne la possibilité de résoudre correctement sa dualité, de la vivre correctement. Il y a dualité : nous sommes des apprentis dieux, mais nous sommes aussi des hommes, et il faut passer par le stade humain pour arriver au stade divin.

C’est le petit Dieu Amour qui dans toutes les mythologies est un Dieu enfant, qui envoie sa flèche. Il est à l’intérieur d’une étoile qui est rouge et verte et à l’intérieur d’un cercle qui rappelle le cercle du sceau de Salomon dans lequel sont inscrits les deux triangles inversés. C’est le cercle dans lequel s’inscrivent les quatre éléments et s’inscrivent à la fois tout ce qui est Pythagoricien, tout l’hermétisme, toute la gnose et aussi l’Hindouisme.

Pourquoi le Dieu Amour est-il représenté par un enfant dans toutes les mythologies ? Éros en Grèce, Cupidon en latin ; chez les Aztèques et les Mayas, c’est aussi un enfant ; et le petit Krishna (non pas le Seigneur Krishna de la Bhagavad-Gîta), qui avait la possibilité d’étreindre en même temps trois mille deux cent cinquante quatre bergères (!), est aussi un petit enfant. C’est aussi en général un garçon. L’initiation est féminine, accessible d’abord par la femme (problème de l’éternel féminin dont nous reparlerons avec la lame XI : La Force).

Dans le Wirth comme dans le Marseille c’est un garçon, il décroche ses flèches pour atteindre quelqu’un, dans un but précis, ce n’est donc pas encore initiatique, il y a encore un personnage sexué, d’un côté ou de l’autre. Autrement c’est un hermaphrodite, comme dans le « Monde » qui est la dernière lame, c’est l’homme réalisé, c’est les deux à la fois.

Ce petit archer, avec flèche, carquois et ailes bleues, dans l’étoile rouge et verte, c’est-à-dire à la fois l’occulte et l’élan vital, ce Dieu en question, a maîtrisé les quatre éléments. Il envoie sa flèche au milieu de la tête de l’Amoureux. Cette flèche symbolise les aspirations de l’esprit et va faire démarrer l’Amoureux pour accéder à la vie où il va apprendre à vivre pour lui, à assumer son quotidien avec tout ce que cela représente. Avec l’Empereur il a appris l’obéissance, avec le Pape il a appris le sens du sacré, ici l’Amoureux doit appréhender les sens — certains ouvrages en font une lame de chasteté — ; en fait, tous les sens en même temps sont concernés.

Il va passer par la sensualité pour arriver au triomphe, c’est-à-dire au Chariot. Le vainqueur sur son char c’est Arjuna de la Bhagavad-Gita. C’est le même symbolisme que les deux colonnes, nous lavons déjà vu, il y a activité, passivité, Ying et yang, le bien et le mal, et l’Amoureux doit assumer les deux, par son côté humain et son côté divin. Le côté humain c’est toute la sensualité, le boire, le manger, l’esthétique, la chair. La sensualité est la condition nécessaire d’accession aux aspirations de l’esprit, parce que ceux qui ne vivent pas à travers toute l’étendue de leurs corps, leurs cinq sens, ne peuvent pas comprendre ce qu’ils n’ont pas senti et ils ne peuvent pas comprendre les exigences de l’esprit. Il est donc nécessaire de s’être servi de son corps avant. C’est pour cela que dans toutes les traditions, il y a quelqu’un qui s’est fait homme, qui révèle la tradition : Bouddha, Christ, Mahomet. C’est l’incarnation d’un Maître dans une tradition donnée pour enseigner aux hommes la Connaissance. Dans chaque tradition il y a eu une révélation humaine, par le biais d’un homme, c’est le sens du passage par le corps. Quand on prend toutes les villes qui ont été dissolues, on constate que ce sont les plus importantes : « Il semble que le génie des peuples, comme celui des individus, est d’être avant tout sensuel. Toutes les villes qui ont régné sur le monde, Babylone, Alexandrie, Athènes, Byzance, Rome, Venise, Paris, ont été d’autant plus licencieuses quelles étaient plus puissantes ». Tout ce qui est création, sur tous les plans, musical, peinture…, vient d’une sensualité, d’un sentiment. C’est basé sur une technique que l’on apprend, c’est certain, mais il y a avant tout la sensation. Tous les lieux où cela a été supprimé — exemple Sparte en Grèce — sont restés stériles. La ville de Sparte a été très longtemps en guerre contre Athènes qui était une ville licencieuse et sensuelle. Beaucoup de choses ont subsisté à Athènes, des œuvres d’art, tandis qu’à Sparte où les arts étaient interdits, il n’y avait que le service de la cité qui comptait, si bien qu’au siècle de Périclès, un des quatre grands siècles Lumière de l’humanité, Sparte n’a rien laissé, ni peintre, ni sculpteur, ni philosophe, rien… La ville n’existe plus, on ne retrouve pas même les pierres de cette ville sur son emplacement. Sparte, ce n’est que la vertu austère, rien d’autre.

L’Amoureux est là pour se servir aussi de la sensualité, c’est ce que rappelle la dame qui est à sa gauche, vêtue d’une robe légère, couronnée de fleurs, les cheveux fleuris (passage par la nature, les sens) et la robe jaune, couleur de la mort : si on va trop vers elle, on s’achemine vers des réincarnations successives.

Donc l’Amoureux va se servir des deux possibilités en même temps, il va se servir de son corps pour vivre et pour arriver à une harmonie qui sera la résolution de sa dualité, toujours dans un esprit divin.

Maintenant, il y a la théorie divine qui est entièrement alchimique.

Six est un nombre d’initiation que vous retrouvez dans tous les ésotérismes, et par la science du bien et du mal, c’est-à-dire l’exact équilibre entre les deux. C’est l’équilibre entre le ciel et la terre, et c’est un nombre parfait qui résulte de l’assemblage de toutes ses parties. C’est la première répercussion du ternaire, deux fois trois. Le triangle pointe en haut est le symbole alchimique du feu. Le triangle pointe en bas est le symbole alchimique de l’eau (elle ne peut que descendre, suivre une pente). La terre est la pointe en l’air, et l’air est pointe en bas. Quand on associe ces quatre éléments, quand on superpose le tout, on a l’étoile de David ou le sceau de Salomon. C’est un signe qui a été récupéré par une civilisation, comme les Chrétiens ont récupéré la Croix. Cela remonte à plusieurs millénaires avant Jésus-Christ, de même que la croix que les Hindous connaissent également. C’est un symbole universel comme la Svastika, ou la Roue du Tao, ou la Croix ou la Lune. Vous avez le triangle équilatéral, pointe en haut, et le triangle pointe en bas, imbriqués l’un dans l’autre. Quand vous avez l’eau qui a pénétré le feu ou l’esprit divin qui a pénétré l’esprit de la terre qui monte, vous pouvez constater que la somme de tous les chiffres qui se font face donne le sept, c’est-à-dire l’accomplissement total après le six. Six plus un. Cinq plus deux. Quatre plus trois.

Il y a six petits triangles équilatéraux dont les pointes s’inscrivent dans le cercle, lorsqu’on relie les pointes entre elles. C’est le cercle dans lequel s’inscrit le petit dieu Éros.

Ces triangles représentent les six dimensions de l’espace : les quatre points cardinaux, le Zénith et le Nadir. Le chiffre six, c’est la somme de l’hermétisme, il est très Pythagoricien. Le six est juste avant le sept, c’est tout ce qui est prêt, ce qui est mis en puissance pour que la perfection puisse se manifester.

Le triangle, pointe en haut, c’est la nature divine du Christ, le triangle pointe en bas, c’est la nature humaine. Les deux imbriqués l’un dans l’autre donnent exactement le macrocosme (l’homme inscrit dans le monde entier). Par opposition au microcosme, le nombre cinq, le pentacle, l’étoile à cinq branches, dans laquelle s’inscrit l’homme, le nombril au milieu. Le pentacle (cinq branches), c’est la dimension de l’homme, et l’étoile à six pointes, l’étoile de Salomon, c’est la dimension du monde, c’est l’homme qui s’inscrit dans le cosmos intégral, l’homme étant le microcosme qui s’inscrit dans le monde, c’est-à-dire le macrocosme. Le nombre six est absolument universel, c’est-à-dire qu’il y a la tradition Johannique (évangile de Jean) qui en fait un nombre tout à fait mauvais : six, six, six, c’est le nombre de la bête. Mais quand on multiplie six, six et six, on s’aperçoit que cela donne deux mille cent soixante qui est en fait une ère astrologique et qui est une des douze parties de la grande année astrologique qui dure vingt cinq mille neuf cent vingt ans ou vingt cinq mille neuf cent soixante selon le cas. Et six fois six fois six, cela donne une ère astrologique. C’est probablement ce qu’a voulu dire Saint Jean, le chiffre de la bête, tout ce que deux mille ans peuvent contenir de fautes, de guerres, de révélations, de mauvais et de bon. C’est ce que pensent les exégètes de l’Apocalypse, encore qu’ils ne soient pas tous d’accord.

L’Amoureux a à sa disposition une certaine philosophie, puisqu’il choisit l’équilibre pour continuer sa route, et d’abord une compréhension totale : ne pas juger. L’amour qui d’en haut lui décroche une flèche qui va pénétrer dans son cœur pour lui permettre de faire son chemin : aider les autres. C’est là qu’on trouve l’importance de l’Initié dans le monde, on peut l’appeler un Adepte ; ce sont ce que certaines traditions appellent les Chevaliers de l’Esprit ou les Maîtres Supérieurs. Ce sont ceux qui sont à notre entière disposition (si on veut bien les reconnaître) pour nous faire avancer. Le problème du choix est une interprétation au premier degré, en réalité c’est un problème de compréhension et d’amour universel qui se pose avec l’Amoureux. C’est surtout un problème d’équilibre, le choix évidemment se fait seul. L’Amoureux a été formé par les lames précédentes, mais il faut aussi qu’il compte avec les gens qui croiseront son chemin : c’est l’expérience de l’humanité : il faut la faire. Donc il est seul, car il n’a pas encore rencontré son Maître : l’Hermite. Il faut d’abord qu’il passe par le Chariot ; il a triomphé des petits mystères, c’est un demi-adepte, un demi-connaissant. Là il est encore seul avec son Guru personnel, son Guru intérieur ; j’emploie à dessein ce terme indien, car le terme de Maître est tellement galvaudé en Occident… il faut comprendre que c’est un Maître au sens de Guru. Il y a chez lui une acceptation totale. Il n’a pas encore rencontré son Guru, il ne l’a pas forcément cherché, le Guru n’arrive que lorsque le disciple est prêt. Et là apparemment au niveau de la Connaissance, l’Amoureux n’est pas encore prêt ; il faut qu’il s’occupe de lui avant d’aider les autres. Pour cela il faut qu’il se serve des Maîtres qui seront mis à sa disposition, mais il faut aussi qu’il sache les reconnaître.

Je vais faire une petite parenthèse sur les chiffres trois et six. Des historiens et des sociologues ont constaté que chaque fois qu’il se passe quelque chose d’important ayant trait à une civilisation, le nombre trois ou le nombre six sont présents. Exemple : les trois batailles qui ont déterminé le sort de l’Occident ont été des batailles navales. L’homme y est placé sur un élément qui ne lui est pas familier et de plus sur des bateaux à rames, pas à voiles. D’abord Salamine : Thémistocle à la tête de la flotte grecque a gagné la bataille contre l’Orient, c’est-à-dire contre les Perses, contre l’invasion de l’Orient qui allait envahir l’Occident. Les Grecs se sont battus vingt ans après Marathon, ils ont gagné, ils nous ont envoyé leurs théories et leurs traditions, et nous sommes restés occidentaux. Puis la bataille d’Actium en trente et un avant Jésus-Christ, c’est Marc Antoine qui a été vaincu avec la flotte de Cléopâtre, par les galères d’Octave, qui est devenu l’empereur Auguste. C’est encore une fois la victoire de l’Occident sur l’Orient, car si l’Égypte avait gagné, nous aurions une tournure d’esprit différente. Enfin, la dernière bataille navale est celle de Lépante en 1571. C’est Don Juan d’Autriche, parfaitement occidental, qui a battu l’Empire Ottoman (les Turcs) sur mer. Cette bataille a relevé l’Occident contre l’Orient ; sinon nous serions musulmans. Il y a là un ternaire.

Si on regarde plus près de nous, il y a la guerre des Six Jours. Cela se calque chaque fois sur quelque chose d’initiatique. D’après la Bible, six, c’est le nombre de jours que Dieu a mis pour créer le Monde (Genèse, écrite par Moïse) : « Il y eut un soir et il y eut un matin, le sixième jour, ainsi furent achevés le ciel avec la terre avec toute leur armée, et Dieu au septième jour se reposa ».

Il y a actuellement un travail fait par des sociologues américains et dont on n’a pas encore les conclusions, qui établit un parallélisme avec la guerre des Six Jours du Moyen Orient qui éclate le sixième mois de 1967, suivi du repos du guerrier le septième jour, et six ans après exactement, réouverture des hostilités similaires à celles de 1967, le six octobre 1973. Il y a trop de coïncidence pour que ce soit un hasard et ce sont des sociologues américains qui travaillent là-dessus.

On peut s’amuser à compter tous les chiffres six qui ont marqué Israël… Et Israël a repris comme emblème le sceau de Salomon. Quand on prend la conscience des peuples, c’est curieux. Cela a été l’emblème d’infamie partout où les juifs étaient présents et pas seulement durant la dernière guerre. On se battait contre l’Étoile de David dans les persécutions. Par réaction intellectuelle et humaine, les Israéliens en ont fait un symbole de gloire de leur pays.

Le six est tout aussi important que le cinq et le sept mais d’une autre façon. Le six c’est l’action qui va se résoudre par le sept et le six permet d’arriver au sept par la volonté, non pas la volonté humaine, mais par la volonté divine. Il y a une phrase du rituel de je ne sais quelle origine qui dit : « La volonté est souverain silence », c’est-à-dire qu’il faut être à l’écoute du monde, à l’écoute de Dieu, à l’écoute de nous-mêmes, pour arriver à prendre une décision, à faire un choix. Ce n’est pas au niveau « j’aime le rouge, donc j’achète une robe rouge », mais en général c’est ainsi que l’on comprend les choses. On arrive au silence après avoir fait taire ce qu’il y a au-dedans de soi, pour écouter l’univers, le cosmos, Dieu. Quand on a tout écouté, on devient complètement ouvert, et on sait ce qu’il faut faire. Le problème est que le Maître n’est pas encore là. Il faut donc éviter de se précipiter sur n’importe quel Gourou, parce qu’on n’est pas encore prêt ; et quand on met en pratique des choses enseignées par des Gens qui ne sont pas aptes à le faire, on se casse en général la figure. La lame six, l’Amoureux, donne l’accès au monde occulte. L’Amoureux a eu deux ou trois Maîtres, deux ou trois enseignements, mais il n’a pas encore trouvé le vrai Maître, parce que le vrai Maître ne dit pas qu’il en est un, il faut le découvrir. Quand on a besoin de l’aide divine, elle vient automatiquement, mais pas forcément de la manière que l’on attend (d’ailleurs, les choses, même quand on les prévoit, ne se présentent pas comme on les attend). Pour savoir le reconnaître, une rigoureuse connaissance de soi est nécessaire ainsi qu’une hygiène psychique, et là survient la peur. Quand nous n’avons pas d’hygiène psychique, nous avons peur de nous voir tels que nous sommes, nous voudrions être vus par les autres tels que nous le désirerions ; les autres ne nous voient pas forcément comme nous sommes ; il y a trois façons d’être : la façon dont on est réellement, la façon dont on se voit, et la façon dont les autres nous voient. On se maquille la réalité ; le manque de connaissance de soi, d’hygiène psychique, débouche sur la peur qui engendre le manque de liberté. Le vrai Maître est celui qui rend possible, même sans parole, une compréhension ou une certitude quelle qu’elle soit ; c’est quelqu’un qui nous a fait comprendre quelque chose au moment où nous en avions besoin, parce que le hasard n’existe pas. Il ne faut quand même pas trop compter dessus, il faut soi-même faire l’effort nécessaire, prendre les décisions tout seul. Il faut compter sur le Divin qui est en nous. Il faut faire taire l’illusion, qui est la pire ennemie de la connaissance.

L’Amoureux en est arrivé à ce stade : il est sans peur, sans défenses, ouvert. Sur le plan psychologique, on parle de défenses ; il faut que ces défenses tombent d’elles-mêmes pour qu’on puisse accéder à l’Esprit. L’Amoureux a les pieds également répartis sur chaque chemin, il n’a plus de défenses, il est entièrement ouvert à toutes les suggestions. Pour arriver à ce stade il faut faire disparaître la peur qui fait faire des bêtises. Le psychisme par la peur s’ouvre aux idées extérieures, on est moins à l’affût de sa conscience intérieure. S’il n’y a pas compréhension profonde, toute démarche spirituelle est inutile. Dans l’Amoureux il y a compréhension profonde parce que les défenses ont lâché, la peur est tombée, il n’est plus suicidaire : la peur crée un égrégore.

Par exemple, les grands de ce monde partent en guerre pour la bombe atomique et créent par là une psychose et cela retombe sur eux parce qu’ils sont responsables de ce qu’ils ont provoqué comme sentiments chez les autres. Les marches pour la paix sont inutiles, parce qu’elles engendrent un sentiment de peur qui devient suicidaire. Il n’y a jamais eu autant de marches pour la paix qu’avant une période de guerre. Il faut donc arriver au stade de l’Amoureux, c’est-à-dire au détachement des choses de ce monde, quelles qu’elles soient. L’acceptation seule, mène au détachement. Nos conflits intérieurs contribuent à la confusion générale. De même qu’un groupe de méditation crée un égrégore, de même un groupe de mille personnes créent un égrégore qui engendre une psychose. Dans les deux cas le résultat est le même, sauf que dans la méditation le silence débouche sur l’acceptation, et la peur sur la violence qui mène aux armes. C’est pour cela que la méditation est nécessaire, beaucoup plus que la prière prise comme talisman. La méditation est l’acceptation. C’est « Que ta volonté soit faite et non la mienne ! ». Cette volonté est souverain silence.

L’Amoureux met tout cela en pratique, il est parfaitement serein, il va essayer de vivre dans son quotidien avec des pensées positives pour arriver jusqu’au Chariot.