Catherine Anne : Le symbolisme du tarot 8 : Le Chariot


02 Aug 2010

(Revue Panharmonie. No 204. Octobre 1985)

LE CHARIOT

(7e Lame)

La dernière fois, nous avons étudié, avec l’Amoureux, le chiffre six, cette fois, avec le Sept, c’est le septénaire, et le symbolisme du chiffre Sept est tel, que je ne pourrai l’exposer totalement. On ne peut l’aborder en totalité en ne parlant que d’une lame de tarot, c’est trop riche. Je vais donc replacer le Sept dans un contexte ésotérique et religieux.

Le Sept est comme tous les chiffres impairs (1 3 5 7 9) un chiffre aimé des dieux, c’est le chiffre magique notamment pour les Égyptiens, qui ont basé tout leur système occulte, magique sur le Sept. On retrouve dans toutes les Écritures, dans toutes les traditions le côté sacré du chiffre Sept. C’est le trois plus le quatre, la matière dans laquelle s’est incorporée l’intelligence divine. C’est le carré plus le triangle, quand on symbolise la lame Sept, on fait un carré surmonté d’un triangle.

Le Sept est très présent dans la Bible. Prenons le déluge : Dieu dit à Noé « de tous les animaux purs tu prendras sept de chaque espèce, une paire, un mâle et une femelle, et aussi des oiseaux du Ciel, sept de chaque espèce, mâles et femelles ».

« Et au bout de sept jours, les eaux du déluge vinrent sur la terre… Au septième mois, au dix-septième jour du mois, l’arche s’arrêta sur le mont Ararat… Il attendit encore sept jours et lâcha la colombe hors de l’Arche… Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe qui ne revint plus vers lui… Au deuxième mois, au vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche » (Genèse VII et VIII). Le chiffre sept figure tant de fois dans le texte que toute coïncidence doit être exclue, le texte est écrit par Moïse qui est un initié Égyptien ; on ne sait pas d’où il sort on pense que c’était un frère de Pharaon, à moins que ce soit un Juif qui ait été élevé par des prêtres Égyptiens, après avoir été recueilli par la princesse, fille du Pharaon ; ce sont des légendes. Moïse était un haut initié égyptien, quand il emmena les Hébreux hors d’Égypte, il a beaucoup emprunté à Hermès, le grand initiateur d’Égypte aux sept visions (en Égyptien Thot). Le septénaire est à la base de la théologie occulte de l’Égypte.

Jacob était amoureux d’une des filles de Laban : Rachel. Étant trop pauvre pour l’épouser, Laban l’a fait d’abord travailler à son compte pendant sept années, puis il lui proposa en mariage l’aînée qui n’était pas Rachel. Jacob refusant, Laban le fit travailler encore sept ans. Il a donc travaillé quatorze ans pour obtenir Rachel.

Dans l’histoire de Joseph, le Pharaon eut un songe qu’il cherchait à interpréter : il se tenait près d’une île… et vit apparaître sept vaches grasses, suivies de sept vaches maigres qui dévorèrent les premières, puis sept épis gros et beaux et sept épis gelés et brûlés par le vent. La signification donnée par Joseph est connue. Pourquoi toujours le nombre sept est-il cité dans la Bible ? Voyez les murailles de Jéricho « on fit sept fois le tour de la ville, au septième les murailles tombèrent ».

En Inde il y a les sept Rishis (sages), il y a les cent huit Upanishads, (cent huit est le chiffre occulte du soleil) qui sont des commentaires des Vedas. On a pensé que 108 c’est huit moins un. Il y a aussi les sept chakras majeurs, les sept ouvertures du corps dont l’Inde fait grand cas : les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines et la bouche. Dans la tradition chrétienne, le nombre sept fait partie de la messe. Autrefois celle-ci était un acte magique, quand elle était dite en latin, mais il subsiste des mots de force hébreux, Alléluia, Amen, Hosanna, des mots grecs : Kyrie Eleison. Dans toute la messe le prêtre fait vingt huit signes de croix (quatre fois sept). Au septième signe de croix on considère qu’il est sanctifié, béni, qu’il peut s’approcher de l’autel ; par quatre cycles successifs, il fait sept signes de croix ce qui rejoint les traditions occultes. Les Rosicruciens ont repris depuis 1614 tout ce que les Cathares, les Albigeois, les Templiers avaient déjà transmis. Le sept est dans toutes les Traditions le chiffre de triomphe, de la Bénédiction, de la maîtrise, de l’arrivée à un but précis, la Sainteté.

Dante, qui était Connaissant, a mis sept Ciels dans la Divine Comédie, sept sphères différentes.

Dans la Tradition Hindoue, on parle des sept états du Kamaloka (L’après-mort) le premier ciel, le second etc…, le Paradis des Chrétiens se situe entre le quatrième et le cinquième Ciel, puis ensuite viennent des cieux de purification et de béatitude au cours desquels les hommes se préparent à revenir sur terre, s’ils n’ont pas terminé et s’ils choisissent de le faire car il y a aussi un problème de choix à partir d’un certain degré. Quand on lit les doctrines chrétiennes, on s’aperçoit que la Hiérarchie Divine (Anges, Archanges, Séraphins, Chérubins, Dominations, Trônes…) se trouvent au nombre de sept. Le système des Rose-Croix directement tiré de l’ésotérisme chrétien, prévoit quarante neuf cycles successifs (sept fois sept). Le premier septénaire est celui qu’on atteint quand on est un peu évolué. A la fin du septième cycle on est à l’état de Déité, Esprit et on règne sur le tout. Dans le Coran, il existe sept sens ésotériques. La première lecture est simple, les autres sont de plus en plus évoluées. Dans Saint Jean le chiffre sept revient sans cesse. Dans l’Apocalypse, il y a les sept Sceaux, les sept Églises différentes. Les quatre premiers sceaux libèrent les quatre Cavaliers de l’Apocalypse, le cinquième est l’obéissance, le septième sceau c’est l’accomplissement.

La lame du Chariot

C’est une des lames les plus importantes ; une des trois qui se détachent de l’ensemble des lames majeures. La première, le Chariot, la deuxième la Roue de Fortune, la troisième le Monde. La Lame montre le triomphateur sur son char. Il y a quatre piliers, les quatre éléments, il y a une sorte de boule au milieu des piliers, et la tête du triomphateur se trouve au-dessus ; c’est-à-dire qu’il a maîtrisé les quatre éléments et qu’il peut au niveau où il est arrivé, dominer les élémentaux. Ces quatre piliers tiennent une sorte de dais étoilé, de sept étoiles, lui-même couronné de trois étoiles d’or ; il tient à la main un sceptre et son char cubique est tiré par un sphinx noir et un sphinx blanc, coiffés de façon différente ; vous constaterez qu’il n’y a pas de rennes, rien pour conduire. Les roues vont dans deux sens différents, on ne peut pas avancer avec les roues… c’est l’utilisation des énergies contraires.

Ce triomphateur, c’est le Bateleur qui a passé avec succès l’épreuve de l’Amoureux, il a fait le bon choix, il a choisi la voie difficile il accède à ce que l’on appelle les petits mystères, c’est une sorte de prêtre, de personnage sacré qui a vaincu ses instincts, a dominé sa sexualité, sa sensualité. Il est arrivé à un point de non-retour, si loin qu’il aille par la suite (maison-Dieu par exemple). En ce qui concerne les incarnations et les informations, il ne peut pas revenir plus bas que la lame Sept. Il est déjà informé du principal. Dans toutes les traditions, on choisit sa prochaine incarnation en tenant compte de ce qui a été appris dans les vies antérieures ; on refait le chemin beaucoup plus vite et on construit sur les bases acquises.

Ce triomphateur donc, c’est Arjuna sur son char, mais dans le Tarot il n’y a pas de cocher ; dans l’antiquité, le guerrier avait un char et un cocher pour le conduire car les mains étaient prises par l’arc d’une part, et les flèches de l’autre ; il ne pouvait donc pas conduire son char, c’était la tâche du cocher qui se tenait à l’avant. Derrière il y avait un officier qui tirait à l’arc, qui se battait. Le pharaon seul, conduisait lui-même son char à la chasse, il passait les rennes autour de sa taille et conduisait les chevaux en se penchant à droite ou à gauche, il tenait donc en même temps l’arc et les flèches, ce qui suppose un long entraînement.

Dans la Bhagavad Gita, Arjuna gagne toutes les batailles grâce à l’aide de Krishna, qui lui sert de cocher ; la tradition d’un Dieu qui prend la place du cocher existe un peu partout, en particulier dans l’Inde et l’Odyssée. Les dieux prennent les rennes du char d’Ulysse, d’Hector… ou encore dans la fondation de Troie, un Dieu emprunte les traits du cocher du Roi qui a fondé Troie en faisant le tour des murailles de la ville. Là, dans cette lame, le triomphateur est indépendant de tout, il n’a pas même de rennes à tenir, il a les mains posées sur le dessus du char qui avance tout seul, c’est aussi toute la notion de triomphe, d’aisance, de maîtrise de ceux qui ont surmonté l’épreuve. Je pense aux Imperators romains qui montaient au Capitole sur un char, couronnés de lauriers. La couronne était tenue par un esclave au moyen d’une petite tige, au-dessus de la tête du vainqueur et chaque fois l’esclave était chargé de lui rappeler : « souviens-toi que tu es mortel ». Là se dessine le risque inhérent à la lame, le péché d’orgueil ; le problème, autant que possible, c’est de rester simple, autrement la route est faussée. Le triomphateur a été éduqué, il a eu la transmission et il a été obligé de retransmettre à son tour, mais avant d’éduquer les autres, il fait un tour triomphal, il prend conscience de sa propre identité, conscient d’être inscrit dans le cosmos sur terre, (le tapis vert sur lequel marchait le Sphinx) et en même temps dans le ciel (sous le baldaquin).

Le baldaquin sépare le relatif de l’Absolu ; il est couronné donc connaissant. Sur le baldaquin, il y a sept étoiles, c’est la grande Ours et la petite Ours que l’on appelle aussi le grand Chariot et le petit Chariot. Il s’inscrit donc dans le ciel sous les constellations qui sont le plus facilement repérables à l’œil nu ; le triomphateur se tient parfaitement droit, il doit se garder du péché d’orgueil, la faute suprême qui est de se surestimer, de se prendre pour supérieur aux autres. Il a sur lui, une bande bleue qui se partage en trois, soulignée par deux bandes en or ; la pointe de ces deux bandes arrive au cou, c’est-à-dire au chakra de la gorge. Ces trois bandes bleues représentent trois équerres (norma en latin = équerre ce qui donne la norme pour la construction). Au milieu de l’équerre centrale, il y a cinq clous d’or qui symbolisent en même temps les cinq sens. Celui du haut est exactement sur le chakra du cœur. Ces trois équerres représentent la rectitude du jugement qui va permettre de mesurer les constructions à l’aide d’un outil.

Les deux colonnes dont nous avons parlé dans les autres lames, représentent ici non pas les piliers du baldaquin, mais les deux sphinx Joachim et Boaz. L’équerre est un outil qui permet de faire les choses carrées, qui permet de construire la matière. En haut du baldaquin, il y a le signe symbolique du soleil que symbolise ici le compas, il est jaune et noir c’est-à-dire la mort et l’incréé, il occupe la partie centrale de la lame, mais avec une face cachée, parce qu’on n’a pas la connaissance totale. Il représenterait la possibilité et les sensations, à savoir : dans les deux colonnes, il y en a une carrée construite à l’aide d’une équerre, et l’autre ronde construite à l’aide d’un compas : ce sont la matière et l’esprit, l’intellect et la sensibilité, l’intelligence et l’intuition : c’est là l’origine de l’équerre et du compas. Ces symboles, le triomphateur les porte sur lui, sous la ceinture. Il porte aussi une sorte de cuirasse découpée en trois chevrons, qui est censée le protéger ; c’est une triple protection contre les tentations sensuelles et surtout sexuelles, c’est la chasteté qui est de rigueur : ou bien il n’a pas fait d’effort pour la supprimer où bien elle s’est imposée d’elle-même, donc il est armé pour continuer à avancer.

Le char est un cube blanc, il porte sur lui les symboles égyptiens du soleil sur le monde (soleil rouge avec ailes bleues) et en dessous l’union symbolique des sexes qui résout la dualité. A l’intérieur de cet œuf qui représente le monde et qui est le symbole féminin, se trouve le linga, symbole du phallus qui est à l’intérieur et qui féconde. Ce char qui avance est la fécondation du monde dans la connaissance ; c’est l’apport karmique de la lumière et de la volonté de libération des emprises karmiques et pour ce faire on utilise les énergies contraires, c’est-à-dire les deux sphinx, le sphinx blanc qui représente la lumière et le sphinx noir qui représente les ténèbres. Le sphinx blanc tire de son côté tout ce que le noir pourrait faire et le sphinx noir rétablit tout ce que le blanc pourrait avoir d’exagéré, de trop mystique ou de trop sacré. On doit toujours respecter un équilibre, et cet équilibre est parfait parce que le triomphateur n’a pas de rênes, il suffit d’un mouvement de son bâton, pour commander la direction où il veut aller.

A propos du bien et mal, je fais une parenthèse : autrefois au Paradis terrestre, il y avait deux arbres : l’arbre du Bien et du Mal, Adam et Ève n’avaient pas le droit d’y toucher, il donnait des fruits (Pomma en latin) ; le fait d’avoir pris le fruit était fait sous l’impulsion d’un animal purement initiatique, le serpent, qui se retrouve sous forme de dragon dans toutes les Traditions. Ce fruit en grec, a donné meli = miel, mele pomme, melam = ce qui est noir. Melam a donné Mélanie = brune, mélancolie = humeur noire ; Mele est devenu mâle et de mâle cette pomme que Ève avait prise pour tenter de commencer l’aventure spirituelle de l’humanité, on en a fait le mal, le sphinx noir est donc une énergie qui a permis à Adam et Ève, c’est-à-dire aux premiers habitants de la terre, de faire l’expérience de l’humanité et de la dualité. Gabriel Monod-Herzen disait qu’une expérience réussie n’a aucun intérêt, ce qui est instructif ce sont les échecs, ce qui compte le plus c’est un échec dont on saura tirer profit. Le mal est l’échec par lequel nous devons passer, que nous devons surmonter, que le triomphateur a surmonté et dont il se sert pour rétablir l’équilibre de l’autre côté, du côté du sphinx blanc, de la lumière du spirituel. Pascal disait « l’homme n’est ni Ange ni Bête, mais le malheur veut que qui veut faire l’Ange fait la Bête » ; il est donc question d’avoir une aspiration sincère sans forcer quoi que ce soit. Les cinq clous d’or représentent aussi la domination du quaternaire par la quintessence, c’est-à-dire l’âme des choses. La quintessence en alchimie est la cinquième essence, la plus subtile, le quaternaire représente les quatre éléments, la quintessence est l’âme des choses.

Le triomphateur porte sur ses épaules deux masques en demi-lune. La lune représente l’affectivité, parce qu’elle est en forme de coupe (le Graal) ; rien ne se fait sans affectivité, il faut le sentiment pour équilibrer l’intellect. L’intérieur des deux Lunes est censé représenter Janus, dieu de la guerre chez les Romains, dieu à deux visages, qui avait son temple sur le forum. Ses portes étaient toujours fermées en temps de paix et toujours ouvertes en temps de guerre. En mille ans de civilisation les portes de Janus ont été fermées neuf fois. La dissociation des deux visages représente la maîtrise du dieu de la Guerre, sur les vibrations inférieures. Ce triomphateur avec toutes les armes dont il dispose est en marche vers la lumière, le char représente la mission.

La lame sept rappelle les sept jours de la création, cette lame sept est sous le signe de Jupiter et de Mars. Jupiter l’avancement, la spiritualité, Mars, le char de la guerre, Saturne, le sérieux du visage, la Sagesse, la Lune sur les épaules, le Soleil en haut du baldaquin, Mercure le mouvement, le tiraillement des deux sphinx, Vénus ensemble d’amour universel. La lame Sept, le Chariot représente les sept jours qu’il a fallu à Dieu pour créer le Monde. Il est en marche pour la lumière, c’est l’être missionné qui avance vers un enseignement qu’il doit donner.

Sur le Tarot de Marseille on voit sur le char les initiales SM, c’est-à-dire Soufre et Mercure. Pour les Alchimistes le chariot est le symbole de l’antimoine. Les roues du Chariot sont rouges, jaunes et bleues, c’est-à-dire qu’à travers l’élan vital, le rouge et l’élan de la spiritualité le bleu. On repasse sans arrêt par des vies nécessaires, c’est la roue qui tourne (voir plus tard la roue de la Fortune). Les deux roues du Chariot ont été assimilées à la Swastika, c’est-à-dire à ce qui tourne d’Ouest en Est, qui suit un sens que les Anciens jugeaient bénéfique, et aux tourbillons de feu qui ont enlevé le Char d’Elfe. C’est déjà le mouvement, et le mouvement suscité par l’énergie des contraires et absolument pas par le triomphateur lui-même qui ne bouge pas ; il s’avance avec les éléments qu’il a en-dessous et en-dessus, c’est-à-dire ceux dont il disposera pour avancer ou faire avancer les autres. C’est un être maintenant missionné, il a dépassé tous les petits mystères c’est-à-dire les épreuves secondaires et il est prêt à enseigner aux hommes la gnose et la spiritualité.

Question

Pourquoi dans certaines lames les chevaux remplacent-ils les sphinx ?

— Wirth et Guaita ont repris une symbolique ancienne égyptienne, et le cheval est Grec, c’est Poséidon, le dieu de la mer, qui a donné le cheval pendant qu’Athéna donnait l’olivier, symbole de la paix. C’est Athéna qui a gagné, qui est devenue la patronne d’Athènes, tandis que Poséidon est devenu le Maître de la Mer. C’est de Grèce qu’est partie la légende du cheval.