Madeleine Groffier : Le visage béni de l’épreuve


20 Apr 2010

(Revue Spiritualité. No 1. Décembre 1944)

L’épreuve. Ne nous accompagne-t-elle pas, à longueur de journée, en compagne fidèle, s’enquérant, inquiète, de notre santé spirituelle ?

Elle vient à nous sous les aspects les plus divers, depuis les grandes douleurs qui pétrissent notre âme jusqu’aux plus infimes soucis de la vie quotidienne.

Cherchons ensemble comment accueillir cette amie attentive dont chaque visite peut être pour nous l’occasion d’une victoire.

Quelle est l’attitude de l’homme en face de l’épreuve ? Elle s’échelonne en trois degrés : acceptation passive, révolte, compréhension, qui correspondent aux trois états de manifestation : inertie, activité, équilibre.

L’être inintelligent subit l’épreuve sans oser réagir, sans même souvent imaginer qu’il lui serait possible de lutter ou de découvrir à sa douleur une signification : c’est l’inertie, la veulerie, la résignation sans grandeur, par manque de force et de courage, c’est le règne de la peur.

Lorsqu’il commence à réfléchir, l’homme se révolte contre l’épreuve, il est plein de tourments, de problèmes à résoudre et de colère contre la Destinée. Toujours prêt à riposter, il est, devant tout incident, en état de réaction violente : c’est le stade de l’activité, de la puissance aux mains de l’égoïsme. L’homme fait déjà un immense progrès en sortant de l’état d’inertie, parce qu’il cherche à grandir, à s’affirmer, et met en œuvre le ferment de sa propre ascension : le désir. Mais ce désir est cause de sa perpétuelle souffrance car il est égoïste et se dirige vers des objets qui, par essence, sont éphémères. L’être concentre toute son activité, toute son attention vers la surface des phénomènes et ne peut que marcher de déception en déception.

Ce continuel arrachement aux illusions dont il s’éprend amène l’homme en face des grands problèmes et, lorsqu’enfin il se rend compte que cette poursuite du désir dans le manifeste ne crée en lui que vide, écœurement et souffrance, il commence peu à peu à aspirer vers autre chose, vers une autre forme de bonheur et à chercher, derrière l’apparence des épreuves et des joies passagères, un objet digne de son désir.

Dès ce moment, il s’achemine vers le troisième état, vers la compréhension. Il se met à sonder les incidents de l’existence, à creuser en lui-même pour découvrir le vrai sens de la vie et peu à peu, marchant vers la Réalité, il découvre — avec une surprise qui se transforme bientôt en l’émerveillement le plus extasié le vrai visage de l’épreuve.

S’il continue, à la surface, à lutter ardemment contre toute injustice, toute cause de peine pour ses frères, il sait que le Bonheur réside au-dedans de lui-même, permanent, inaccessible aux coups du sort, et il ne se sent plus captif des chaînes apparentes, parce que derrière le voile est apparue pour lui la Vie Une, éternelle, infinie.

Elle seule à présent peut combler ses désirs car ils deviennent également infinis. En chaque épreuve il aperçoit le signe d’un message vivant et met tout son acharnement à en traduire le secret. Tout devient expression de cette Vie des Profondeurs qui, petit à petit, s’est emparée de la totalité de son attachement. Il ne voit plus en tout incident journalier, comme en tout être qui l’approche, qu’un instrument inconscient, un reflet passager de cette Énergie — Une — dont la science elle-même révèle l’existence — et il ne peut plus, par conséquent, éprouver de crainte, de rancune, de colère envers (contre) qui que ce soit parce que son amour cherchant la Vie, se donne à tous.

Il ne subit cependant pas d’une façon passive ces phénomènes qu’il découvre illusoires; car il met au contraire tout son amour et son intelligence à lutter dans le manifesté pour que de plus en plus celui-ci arrive à refléter l’Harmonie merveilleuse qui règne au sein des choses, mais ce combat se fait sans aucun attachement, comme un travail, une mission sacrée. L’homme compréhensif veut faire éclore à la surface du monde cet équilibre de profondeur dont il devient la vivante expression. C’est l’attitude des grands Sages, des Hommes libres, incarnations splendides de la Vie Divine.