Le Zen Universel: L’Être des choses (citations)


24 May 2018

Comme le ciel est vide, Cela est sans limite,

pourtant Cela est ici, toujours profond et clair.

Lorsque tu cherches à le connaître, tu ne le vois point.

Tu ne peux t’en saisir

mais tu peux le perdre.

Tu le possèdes sans pouvoir le posséder.

Quand tu te tais, Cela parle,

quand tu parles, Cela se tait.

La grande porte est ouverte à ceux qui veulent la franchir,

et aucune foule n’obstrue le passage.

(Cheng-tao Ke.)

Un ignorant cherchait un feu, une lanterne à la main.

S’il avait su ce qu’est le feu

Il eût pu cuire son riz beaucoup plus vite.

(La porte sans porte.)

Tes yeux ne peuvent connaître les choses qu’en fonction de leurs dimensions, de leurs formes, de leur distance, de leur couleur ; tes oreilles ne connaissent le bruit, ton nez que les odeurs, ta bouche que les saveurs ; ton toucher ne connaît que le chaud ou le froid, la douceur ou la rugosité. Or Dieu ni les choses invisibles n’ont ces qualités-là. Renonce donc à te servir de tes sens et à croire à ce qu’ils t’enseignent.

(Le Nuage de l’Ignorance.)

Avant qu’un homme étudie le Zen, les montagnes sont pour lui des montagnes et les eaux des eaux. Lorsqu’il s’initie à la vérité du Zen sous la conduite d’un bon maître, pour lui les montagnes ne sont plus des montagnes ni les eaux des eaux. Mais ensuite lorsqu’il est entré dans la demeure du repos, les montagnes sont de nouveau des montagnes et les eaux des eaux.

CH’ING YUAN.

Je vous en prie, ne cherchez rien derrière les phénomènes. Ils constituent leur propre leçon.

GOETHE.

Une affirmation est zen uniquement quand elle est un acte en elle-même et non une référence à quelque chose qui s’affirmerait par elle.

D. T. SUZUKI.

Les oies sauvages ne font pas exprès de projeter leur image sur l’eau

Et ce n’est pas exprès que l’eau la reçoit.

(Zenrin-Kushu.)

Comme les fleurs de pavot

tombent calmement !

ETSUJIN.

Ouvrons-nous comme une fleur et comme elle soyons passifs et accueillants.

JOHN KEATS.

Toutes ces montagnes, tous ces fleuves et la Terre elle-même, d’où viennent-ils ? demandait un moine.

Et d’où vient ta question ? dit le Maître.

(Mondo.)

Les bois pourrissent et tombent

Les brouillards s’écrasent sur le sol

L’homme vient alors, laboure la terre et repose sous elle

Et après plusieurs été meurt le cygne.

TENNYSON.

Les feuilles mortes tombent et s’entassent

La pluie tombe sur la pluie tombée.

GYODAI.

Comment faut-il chanter ?

La grenouille et l’alouette

sont là-dessus d’un avis différent.

SHIKI.

Le vent qui souffle est seul à pouvoir dire

si l’arbre ou la feuille tombera le premier.

SOSEKI.

On ne voit ni le ciel ni la terre

mais la neige continue à tomber.

HASHIN.

Lorsqu’on demandait à Joshu ce qu’était le Tao (ou la vérité du Zen), il répondait :

Ta vie de chaque jour, voilà le Tao.

Un moine demanda à Fuketsu :

La parole et le silence appartiennent tous deux au monde du relatif et au monde de l’absolu. Comment échapper à ces deux erreurs ? Fuketsu répliqua :

Je pense à Konan au mois de mars et aux perdrix qui caquettent parmi les fleurs odorantes.

Un moine demandait :

Qu’est-ce que le Bouddha ?

Le Maître répondit :

Le Bouddha.

Qu’est-ce que le Tao ?

Le Tao.

Qu’est-ce que le Zen ?

Le Zen.

Le Maître parlait comme un perroquet ou un écho — mais en fait, il n’avait pas d’autre moyen d’éclairer l’esprit du moine que celui-là affirmer que ce qui est, est — ce qui est la forme ultime du savoir.

D. T. SUZUKI, Le Zen et la culture japonaise.

Selon Aristote, une chose est par nature bonne ou mauvaise, mais le Bien et le Mal ne sont pas des caractéristiques naturelles. Un pommier, un cheval, un lion sont par nature un pommier, un cheval, un lion ; un bon ou un mauvais pommier est toujours un pommier et un mauvais cheval ne devient pas pour autant un lion : telle est leur nature ; qu’elle soit bonne ou mauvaise est une tout autre affaire.

WILLIAM BLAKE.

Les hommes savent comment lire des livres imprimés ; ils ne savent pas comment lire ceux qui ne sont pas imprimés. Ils savent jouer de la harpe, mais non pas d’une harpe sans cordes. S’attachant à ce qui est superficiel et non à ce qui est profond, comment comprendraient-ils la musique ou la poésie ?

KOJISEI.

L’Existence est, en fait, aussi proche de la poésie que de la philosophie et beaucoup de sa saveur est perdue quand on la traduit en une prose laborieuse. Autrement dit, c’est l’amoindrir que de faire appel à la vérité objective et vérifiable plutôt qu’à l’expérience subjective dans ses aspects individuels. Dans la mesure où l’on s’intéresse à ses formes universelles et communicables, celles-ci sont esthétiques plutôt qu’intellectuelles, et plus proches des vues de l’imagination d’un Schopenhauer ou d’un Nietzsche que des idées logiques d’un Platon, par exemple. La chose se vérifie même dans le cas d’un Heidegger, en dépit du fait qu’il a hérité de son maître Husserl le goût de la « réduction » aux idées logiques qui rappelle la forme platonicienne. Chez Heidegger, la phénoménologie, en devenant existentielle, s’est écartée de l’expérience logique pour se rapprocher de l’expérience imaginative et émotionnelle. L’existentialisme apparaît ainsi comme une tentative, poétique et philosophique de description de l’expérience religieuse subjective, et comme tel il est étroitement lié à ses propres moyens d’expression. Par son sens aigu de l’Absolu et de son influence sur la vie humaine, Kierkegaard nous fait penser à Francis Thompson. Jaspers est proche de Browning par son originalité, son pouvoir d’émotion et, disons-le, son objectivité. Par le non-conformisme de son style, Heidegger peut quant à lui être comparé à Gertrude Stein : comme elle, il utilise des mots insolites dans un contexte familier ou des mots familiers dans un contexte insolite, pour nous libérer des catégories complaisamment acceptées.

JULIUS SEELYE BIXLER, Revue théologique de Harvard.

Une rose est une rose est une rose.

GERTRUDE STEIN.

La matière est moins matérielle et l’esprit moins spirituel qu’on ne l’admet généralement. La distinction habituellement faite entre physique et psychologie, esprit et matière, est métaphysiquement indéfendable.

BERTRAND RUSSELL.


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