swami Hridayananda Sarasvati (mataji) : Les différents aspects de l’être humain 2


02 Aug 2010

(Revue Panharmonie. No 204. Octobre 1985)

Les Vrittis, les Samskaras, les Vasanas, etc.

Enseignement donné par SWAMI SIVANANDA HRIDAYANANDA (MATAJI) le 12 juin 1983 au Centre Sivananda de Yoga Vedanta, Niort

Swami Sivananda veut que nous pratiquions tous le yoga intégral et, quelque soit le yoga que nous pratiquions, nous devons faire en sorte que les Vrittis du mental se calment. Et pour cela il propose une base qu’il a bâtie, un fondement sur lequel travailler.

Les Vrittis sont les modifications du tissu mental, c’est-à-dire que tous les différents aspects de la faculté pensante sont inclus dans le tissu mental. Ce qui veut dire que dans aucun aspect du mental, quel qu’il soit, il ne doit y avoir de modification, afin que nous puissions devenir conscients de cet état de Conscience Absolu, au-delà du mental.

Mais, avant de s’attaquer directement aux Vrittis, Swamiji a recommandé certaines pratiques pour permettre aux Vrittis de se calmer. Le sens de son enseignement est : servir, aimer, se purifier, méditer et réaliser le Divin. C’est donc sur le service qu’il insiste d’abord ; servir ne veut pas dire « servir une personne en particulier ». Toute action que nous accomplissons peut et doit être considérée comme un service. Vous constaterez que vous ne pouvez pas agir pour une personne en particulier seulement. En effet, dans toute action il y a beaucoup de gens, d’individus qui sont concernés. Si vous faites un travail domestique à la maison, vous savez combien de gadgets, combien d’instruments, d’appareils sont nécessaires. Donc toutes les usines qui sortent tous ces instruments sont également reliées à votre travail et, indirectement, nous les avons aidées en achetant ces appareils et ustensiles. Si nous travaillons dans un bureau, nous avons besoin de papier, d’encre, de machines à écrire, etc. Nous avons aussi besoin du bâtiment dans lequel se trouve le bureau, du mobilier du bureau. Donc toutes les personnes qui ont contribué à leur fabrication, sont indirectement reliées à notre travail, et nous avons indirectement contribué à leur prospérité. Pour toute action entreprise il y a beaucoup de gens qui se trouvent concernés.

Un autre fait est que tout le monde doit agir, doit être actif, personne ne peut dire qu’il n’accomplira aucune action et qu’il demeurera tranquille, silencieux, immobile. En effet, et ne serait-ce que manger, nous baigner, aller aux toilettes, nous habiller ; tout cela, ce sont des actions, donc de choses très importantes. Il faut se rendre compte que nous sommes tous nés pour agir.

Comprenons maintenant pourquoi nous agissons. Nous nous imaginons que c’est nous qui agissons, de nous-mêmes, par nous-mêmes, tout seuls. Or en fait nous ne pouvons accomplir aucune action, nous ne pouvons même pas lever le petit doigt, fermer nos paupières, s’il n’y a pas la coopération de ce Pouvoir, de cette Force Absolue, Cosmique. Il est dit que même une feuille ne peut tomber de l’arbre sans la volonté de la Force Cosmique. C’est cette Force Cosmique qui nous donne l’énergie nécessaire et les motivations nécessaires, le Pouvoir Moteur, pour que nous puissions agir, pour que notre corps physique, de même que notre mental, puisse agir. En effet, de lui-même le mental n’a aucun pouvoir d’action. Comme je vous l’ai dit hier, ce n’est qu’un aspect matériel de notre être qui est animé par le Pouvoir Cosmique, et ce n’est qu’alors, grâce à ce Pouvoir Cosmique, qu’il peut penser et agir. Il nous faut comprendre très clairement que finalement c’est ce Pouvoir Cosmique qui agit à travers nous. Ce Pouvoir se sert de nous comme instrument pour nous faire accomplir les actions qu’Il a décidées, voulues. Mais, parce que cette Volonté Cosmique passe à travers notre intellect, notre mental individuel, nous nous imaginons que la décision de l’action et l’action proviennent de nous-mêmes.

Pourquoi la Volonté Divine nous fait-elle agir ? Elle nous fait agir pour le bien commun. Le Pouvoir Cosmique n’a aucune partialité, aucune individualité. Ce même Pouvoir Cosmique a le même amour pour tous, mais il nous fait accomplir des actions différentes parce que ces actions différentes sont nécessaires pour notre évolution, ainsi que les expériences qui en résultent. Et en agissant de cette façon là, nous nous libérons de l’égoïsme. En effet, la loi cosmique veut que toute action égoïste entraîne une réaction, les bonnes ainsi que les mauvaises. Si ces actions sont accomplies avec une motivation égoïste, elles entraîneront nécessairement une réaction. Et, comprenant tout cela, Gurudev voulait que nous accomplissions des actions toute la journée ; mais en comprenant bien que nous sommes comme des instruments entre les mains de ce Pouvoir Cosmique invisible, et en comprenant bien aussi, que si nous agissons, c’est pour le bien commun et non pas seulement pour notre bien propre, comme nous l’imaginons. Et puisque les actions sont finalement causées par le Pouvoir Cosmique, celui-ci connaît également leurs réactions.

Ainsi si vous voulez obtenir un résultat particulier, vous devenez égoïste. Lorsque vous vous mettez à agir en anticipant un résultat escompté, non seulement vous rendez votre action égoïste, mais de plus vous pouvez ne pas réussir à obtenir ce résultat et vous ne faites que gaspiller votre énergie en état anxieux, quant à ce résultat. Bien sûr, personne n’agit en escomptant un échec, lorsqu’on agit on a toujours l’idée que l’on réussira dans son entreprise, nous sommes bien d’accord là-dessus, et vous devez faire tout ce que vous pourrez pour favoriser le succès de votre action. Pour qu’une action quelle qu’elle soit réussisse, il faut concentrer sur cette action toute l’énergie dont on peut disposer. Mais si vous gaspillez votre énergie en pensant au passé ou en anticipant sur l’avenir, c’est-à-dire si vous vous remémorez les succès ou les échecs passés, vous devenez anxieux pour l’action présente. C’est une dépense d’énergie inutile puisque le passé est le passé et que vous ne pouvez rien y changer. De même l’avenir ne nous appartient pas, tout ce que nous pouvons faire, c’est agir au mieux de nos capacités et laisser le résultat entre les mains du Pouvoir Cosmique. Ne vous inquiétez donc pas du résultat de votre action, ne vous dites pas « il faut que je réussisse absolument » ou « que faire si je vais échouer ? » Tout cela ce sont des pensées qui vous gênent et qui dépensent de l’énergie, ces pensées sont des dépenses d’énergie inutiles. Comprenez bien que toute pensée est une dépense d’énergie inutile et, comprenant bien cela, vous permettrez au mental de devenir silencieux automatiquement, sans penser au futur ou au passé.

Que se passe-t-il alors ? Et bien, toute l’énergie que vous auriez dépensée, gaspillée, en pensant au passé ou au futur, se trouve disponible et concentrée dans le travail que vous avez entrepris dans le présent, ici et maintenant. Et alors, si telle est la Volonté Cosmique, vous obtiendrez le résultat que vous avez espéré.

Mais il y a quelque chose qui s’appelle « Karma », c’est-à-dire les réactions aux actions que vous avez accomplies dans le passé. Si vous avez accompli une action qui ait exigé que vous n’obteniez pas le résultat escompté alors, quoique vous puissiez tenter, vous ne réussirez pas ce que vous vouliez. A ce moment là vous devez comprendre ce fait et rester serein. Rien ne servira de vous agiter, de vous faire beaucoup de soucis, de vous donner un mal exagéré, car quoique vous fassiez, vous ne pourrez jamais obtenir le résultat souhaité, escompté. Si vous comprenez cela bien clairement, vous demeurerez équilibré, calme et non égoïste. C’est-à-dire que vous travaillerez parce que tel travail ou telle action doit être faite et vous le faites le mieux que vous pourrez en abandonnant le résultat à la Force Cosmique. A ce moment là vous ne produirez pas de réaction à votre action. Ce dont nous avons besoin, c’est le calme mental.

Car les Vrittis, ces modifications du mental, ne peuvent se calmer que lorsque le mental lui-même est calme. Voilà pourquoi Gurudev insistait sur le fait que le Karma-Yoga, c’est-à-dire la voie de l’action, est absolument nécessaire pour tous, car le Karma-Yoga purifie le mental et, purification du mental, cela veut dire calme du mental. Tout ce qui agite le mental est une impureté et Gurudev pensait qu’il devait y avoir un équilibre entre les trois aspects de notre être. Nous avons en nous un aspect d’activité, un aspect de sentiment et un aspect de raison. Et tous ces trois aspects doivent être développés harmonieusement, sinon il y a déséquilibre et si ces trois aspects ne sont pas équilibrés, il est impossible d’obtenir l’intégration, l’équilibre des cinq Kosha, les cinq gaines dont nous avons parlé hier. Il faut également pratiquer le sentier de l’amour, le Bhakti-Yoga, c’est-à-dire que nous devons apprendre à aimer les autres sans motivation égoïste. Cela ne sert pas à grand chose d’aimer les autres lorsqu’ils vous sont utiles, lorsqu’ils vous apportent quelque chose et, en général, c’est comme cela que nous aimons les gens. Nous cherchons à savoir comment telle personne peut nous être utile positivement ou négativement, mais ce n’est pas l’amour.

Si le Karma-Yoga peut être pratiqué à chaque instant de notre vie, c’est-à-dire si vous êtes prêts à aider n’importe qui, n’importe quoi, n’importe quand, si le temps le permet, c’est-à-dire si vous n’avez pas quelque chose de très important à faire. (Je ne veux pas dire, si vous avez le temps, en pensant à passer des heures devant la télévision, par exemple…).

Vous devez aimer les gens, les aider, les servir, sans considération de leur situation sociale, de leur renommée, etc. Vous devez aider, servir les gens pauvres également. Il se pourrait que ces gens pauvres ne vous soient d’aucune utilité dans la vie, c’est-à-dire qu’ils ne vous servent à rien sur un plan physique, matériel ; mais sur un plan spirituel ils vous aideront beaucoup plus, ils vous apporteront bien davantage que les gens riches. La libération de la souffrance que vous leur apportez en les aidant, leur permettra d’émettre vers vous des vibrations positives, harmonieuses, d’amour, et ces vibrations venant d’eux influenceront votre mental et le calmeront. Et c’est lorsque le mental est calme que vous êtes capables d’entrer en état de méditation. Il vous faut penser à cela aussi.

Mais, en fait, vous ne devez pas trop y penser non plus, parce que vous deviendriez égoïste en vous disant que d’aider les pauvres vous apporte un bénéfice spirituel. Le service doit être spontané. Tout cela est très subtil, nous accomplissons des actions que, en toute bonne foi, nous pensons être bonnes, sans nous apercevoir de la subtilité de nos motivations égoïstes.

Une force à laquelle personne ne résiste en ce monde, c’est la force de l’amour véritable. Lorsque nous nous mettons à servir des gens de façon très générale, les vibrations d’amour de ces gens nous parviennent et font que nous les aimons. C’est la raison pour laquelle Gurudev a mis « aimer » après « servir », c’est-à-dire servez d’abord les autres et cela vous permettra de les aimer. Et, en plus de cela, si vous avez de l’amour pour une forme Divine quelle qu’elle soit, dirigez votre attention sur cette forme Divine en comprenant bien cette vérité, que le Divin, dans cette forme Divine, n’est rien d’autre que la Conscience Absolue. Concentrez-vous donc sur l’Absolu inclus dans la forme Divine et vous deviendrez de plus en plus conscients de l’unité entre le Divin et les humains, et des humains entre eux. En effet, à chaque instant de notre vie nous sommes en continuité les uns avec les autres, il y a une Conscience invisible qui nous relie tous et c’est l’agitation mentale qui nous empêche de prendre conscience de cette unité. Lorsque nous sommes capables d’entrer de plus en plus profondément par notre concentration dans cette forme Divine, alors, peu à peu nous prendrons conscience de notre unité. Et l’on constate alors que nous nous mettons à aimer davantage les autres. Nous devenons capables de tolérer les défauts des autres, d’oublier leurs erreurs et tout cela purifie notre mental et le calmera de plus en plus. Nous passons ainsi de la notion de service à la notion d’amour et, parce que nous découvrons par l’amour que nous sommes tous reliés, nous développons en nous, nous commençons à éprouver les sentiments que tout nous appartient, que les autres sont comme une partie de nous-mêmes.

Que se passe-t-il alors ? A ce moment là nous voulons partager avec eux. De même que lorsqu’une partie de notre corps physique souffre, nous n’avons pas besoin de réfléchir pour savoir si nous devons aider cette partie de notre corps afin qu’elle ne souffre pas davantage, si cela est ou non notre devoir de le faire, et que, spontanément, toutes les parties de notre corps se mobilisent pour aider celle qui est en train de souffrir ; de même nous éprouverons les souffrances des autres comme notre propre souffrance et, ce que nous ferions pour nous aider nous-mêmes, nous le ferons spontanément pour aider les autres, et ainsi nous apprenons à donner. Servir, aimer, donner, c’est cela qui amène la purification, c’est-à-dire que le mental devient de plus en plus calme et ce n’est que lorsque le mental est calme que l’on peut réfléchir, que l’on peut adopter le sentier, la voie de la Connaissance, JNANA-YOGA. Car seul un mental calme pourra comprendre la nécessité de la méditation. Seul un tel mental pourra comprendre qu’il existe un autre état de conscience et cela seul vous permettra de comprendre pourquoi il est nécessaire de développer en vous l’équanimité, le renoncement.

A ce moment là vous êtes capables de réfléchir sur le fait que tout dans ce monde est éphémère, transitoire, périssable, et que si ce sont ces choses éphémères, périssables que nous recherchons ; nous ne trouverons jamais une satisfaction constante. Y a-t-il quelque chose qui ne change jamais ? qui ne périra jamais ? A ce moment là vous vous poserez cette question, vous essayerez de réfléchir sur l’état de sommeil profond, vous comprendrez que lorsque le mental, les sens, le corps physique lui-même ne fonctionnent pas, il y a un autre état de conscience. Cet autre état de conscience est essentiellement toute paix, et c’est ce genre de type de réflexion qui est pratiqué dans le JNANA-YOGA, le yoga de la Connaissance. Et cela vous donne l’aspiration nécessaire pour méditer et, dans la méditation, dans le silence total du mental, vous réalisez la Conscience Absolue, merveilleuse.

C’est cela le sens de l’enseignement de Gurudev. Il vous faut pratiquer les trois voies du yoga, les trois types de yoga simultanément, la voie de l’Action, la voie de l’Amour et la voie de la Connaissance. Mais, dans tout cela, la chose essentielle, c’est d’arriver à faire taire, à arrêter les Vrittis, c’est-à-dire les modifications mentales. Le mental produit sans cesse des Vrittis, c’est-à-dire que la conscience mentale s’extrovertit vers les organes des sens, entre en contact avec les objets des sens extérieurs. Il se produit alors une réaction : l’information est ramenée au mental par le système nerveux, le mental interprète cette information comme étant agréable ou désagréable et cela produit des fluctuations mentales. C’est un procédé qui est constant toute la journée et également une partie de la nuit dans le rêve. Ce sont ces Vrittis, ces modifications mentales qui nous empêchent de prendre conscience de cette Conscience Absolue qui est sans cesse présente en nous.

Selon le RAJA-YOGA de Patanjali, le yoga, c’est-à-dire la cessation des modifications mentales, c’est en effet l’identité de la conscience intérieure, en nous, avec la Conscience Absolue. Et cela ne peut être réalisé que quand il n’y a plus de Chitta Vrittis de modifications mentales. Voyons maintenant ce que sont ces Vrittis. Les grands sages qui ont fait des recherches sur ces Vrittis les ont divisées en cinq catégories : la connaissance juste, la connaissance erronée, l’imagination, la mémoire et le sommeil. Ils disent que ce sont là les cinq principaux types de Vrittis qui se créent dans le mental. Bien sûr on pourrait trouver des sous-catégories, des milliers de sous-catégories. Mais si vous pouvez supprimer ces cinq types de Vrittis, vous arriverez à la cessation des modifications mentales et vous pourrez comprendre que c’est exact, que vous avez une connaissance juste en voyant quelque chose avec vos propres yeux et cela produit une Vritti. Par exemple vous voyez quelque chose et vous inférez que, à partir de cette chose vue, quelque chose d’autre s’est produit. Cela peut être une fumée épaisse qui vous fait inférer, conclure qu’il y a un feu. Vous n’avez pas vu le feu, mais votre conclusion est correcte. C’est cela la connaissance juste. Ce type de connaissance juste produit sans cesse des Vrittis dans votre mental. Il peut, bien sûr y avoir des milliers de variétés. Il y a aussi la connaissance fausse, erronée. Vous allez par exemple vous promener la nuit et vous voyez à l’orée d’un bois un homme dressé devant vous qui vous regarde, les bras étendus. Vous croyez que c’est un fantôme et vous vous sauvez. Quelqu’un arrive avec une torche et on découvre que c’est un arbre avec deux branches qui aurait été étêté. C’est une connaissance erronée, elle a produit une Vritti. Cela peut aussi être l’imagination : vous êtes assis et vous vous imaginez toutes sortes de choses — vous savez combien de millions de choses nous pouvons imaginer ! — tout cela produit des Vrittis. Cela peut être aussi le souvenir de choses que vous avez accomplies, ces souvenirs également produisent des Vrittis. Et même pendant le sommeil il y a une légère Vritti, le mental n’est pas complètement silencieux. Dans l’état de sommeil profond il y a légèrement une présence de Vrittis, mais qui ne gênent pas. Ce sont les différents types de Vrittis. Il y a encore d’autres divisions, c’est-à-dire les Vrittis qui sont causées dans le Manas. Je vous ai expliqué hier que c’est la partie de la faculté pensante qui entre en contact avec les sens et qui, entrant en contact avec les objets des sens, ramène une information au cerveau. Cela peut être aussi Buddhi-Vritti, lorsque l’intellect essaie de discriminer l’information apportée. Le Manas a apporté une information et maintenant le Buddhi essaie de l’évaluer, de voir si c’est bon ou mauvais. Le Vrittis du Manas se trouvent dans le MANOMAYA KOSHA, la gaine intellectuelle. Mais cela peut être aussi Satchi Vritti, l’aspect témoin. Un aspect du mental peut être témoin de ce qui se passe dans un autre aspect du mental. C’est-à-dire que nous sommes capables de connaître nos pensées, de savoir, et cela produit encore une autre Vritti. Ou encore, cela peut être un autre type de Vritti dans lequel on pense à l’Univers tout entier.

On essaie de penser qu’il y a une seule Conscience partout, ce qui produit un type de Vritti particulier, ce sont des Vrittis bénéfiques, favorables ou alors il y a encore un autre type de Vrittis où ce que vous avez vu est en quelque sorte focalisé, vous ne pouvez pas détacher votre pensée de cela. Vous ne pensez à rien d’autre qu’à ça et cela provoque cette concentration, vous amène à l’état de méditation.

Il y a aussi un type de Vrittis qui sont extraverties, c’est-à-dire que ces Vrittis rendent le mental extraverti ou alors l’inverse, un type de Vrittis qui introvertissent le mental. Notre but c’est d’introvertir complètement, parfaitement le mental et nous devons pouvoir créer ce type de Vrittis à volonté, n’importe quand. L’une des meilleures méthodes pour arriver à cela, c’est la répétition du mantra. Le mental se met à vibrer à l’unisson avec le mantra et puisque le son du mantra provient de quelque chose d’extrêmement subtil, éternel et qui est intérieur, il aide le mental à s’introvertir et, finalement, vous permet d’entrer en méditation.

Une autre façon c’est de prendre conscience de toutes les pensées qui nous viennent à l’esprit. Lorsque vous vous identifiez avec vos pensées, le type de Vritti est celui des Vrittis extraverties, or c’est cela que nous faisons sans cesse. Nous nous identifions constamment avec les pensées que nous avons. Mais si nous pouvons observer et prendre conscience des pensées qui nous viennent à l’esprit, alors il se crée une distance entre nous et ces pensées, c’est-à-dire que nous ne sommes plus identifiés, nous nous désidentifions de nos pensées, et cela permet au mental d’entrer dans un état de silence.

Donc, par une de ces méthodes quelle qu’elle soit, nous devons sans cesse nous exercer à focaliser notre mental, à le concentrer sur un point. Mais les Vrittis ne sont pas complètement inutiles. Au début les Vrittis nous permettent de comprendre la nécessité de la méditation. S’il n’y avait pas de Vrittis vous ne pourriez pas le comprendre. En effet, c’est l’intellect, les Vrittis dans l’intellect, qui vous permettent de comprendre pourquoi vous devez transcender votre corps, vos sens, etc., dans la recherche d’un bonheur constant. Il existe un Absolu, il faut essayer de l’atteindre, de retrouver l’unité avec l’Absolu.

Mais ces Vrittis sont aussi la cause de quelque chose de très néfaste. Les Vrittis sont des modifications du mental, mais qui ne s’arrêtent pas là, elles forment une impression au niveau du subconscient, impressions, c’est-à-dire, des Samskaras. Cela veut dire que chaque Vritti qui naît dans votre esprit forme nécessairement, automatiquement, un Samskara. Le magnétophone est branché, je suis en train de parler, que je dise des choses vraies ou fausses n’y change rien, tout est enregistré. Je ne peux pas dire au magnétophone : « Je me suis trompée, n’enregistre pas ». De même le subconscient va enregistrer toutes vos pensées. Vous pouvez peut-être vous imaginer les couches immenses, successives, empilées les unes sur les autres, d’empreintes, d’impressions subconscientes emmagasinées. Tout ce que nous avons pensé, tout ce que nous avons dit, toutes les actions que nous avons accomplies, tout cela s’est imprimé dans notre subconscient.

Une fois que vous avez débranché le magnétophone, qu’il n’enregistre plus, vous pouvez écouter la partie enregistrée que vous souhaitez. Malheureusement ce n’est pas pareil pour les Samskaras, dans le subconscient, vous ne choisissez pas, c’est au contraire les Samskaras qui font la loi. C’est-à-dire que ces Samskaras sont stimulés à la moindre occasion et créent des pensées au niveau conscient. Par exemple vous aimez beaucoup les mangues, vous en aimez beaucoup le goût, donc il y a impression de ce goût dans votre subconscient. Puis vous voyez une autre plante dont les feuilles ressemblent à celles du manguier ou bien vous voyez sur un tissu imprimé une forme qui ressemble à celle de la mangue ; que vous le vouliez ou pas, le goût est stimulé, vous pensez à la mangue et son goût vous vient à la bouche. Évidemment penser à une mangue est tout-à-fait innocent, mais parfois on pense à des choses auxquelles il vaudrait mieux ne pas penser. Et c’est ainsi que nous pensons tout au long de la journée, à partir de stimulations des Samskaras, des impressions subconscientes. Et c’est parce que nous avons accumulé des milliers et des millions d’impressions, des milliards d’impressions, que nous ne pouvons pas nous arrêter de penser. Ces impressions sont stimulées sans cesse et passent au niveau conscient. Non seulement elles nous font penser, mais ce qui est pire, c’est que nous nous identifions à nos pensées et que nous agissons à partir de cette identification. C’est-à-dire que sous la pression de la stimulation d’un Samskara, nous croyons agir spontanément, très rapidement, et ensuite nous sommes tout surpris d’avoir agi ainsi, et nous nous demandons comment cela a été possible… C’est comme cela que très souvent nous commettons des actions répréhensibles qui amènent des problèmes dans notre vie.

Mais malheureusement cela ne s’arrête pas là, cela continue après que nous ayons abandonné notre corps physique. En effet, dans le processus de la mort nous rejetons notre corps physique, nous l’abandonnons comme un vieux vêtement. Mais notre corps subtil qui demeure, emporte avec lui notre mental et toutes les impressions, du subconscient, des Samskaras et, parmi les impressions que nous emmenons avec nous, les plus fortes commencent à être impulsées, c’est-à-dire qu’elles commencent à vibrer de façon très puissante, et ces vibrations très fortes attirent les cinq éléments : la terre, l’eau, l’air, le feu et l’éther. Et c’est ainsi que se forme un nouveau corps physique, car le type de corps physique que nous aurons, dépend des types de vibrations existant dans le corps subtil. Si ce sont des vibrations parfaites, très harmonieuses, nous aurons un corps physique parfait, harmonieux. Si ce sont des vibrations très grossières, nous aurons un corps physique déformé ou infirme. C’est pour cela qu’il y a différentes infirmités, différents défauts dans le corps physique.

Mais il n’y a pas que cela, il y a attirance également vers un couple de parents particulier, afin que soient réalisées les conditions propices à l’accomplissement des réactions aux actions commises précédemment. Autrement dit, c’est au moment de la conception que ce corps subtil entre dans une matrice particulière. Si bien, qu’un nouveau-né ne naît pas avec un cerveau vierge, mais il a déjà une multitude de Samskaras, d’impressions qui sont là. Et c’est la raison pour laquelle nous trouvons dès l’enfance les Vasanas, c’est-à-dire les tendances.

Un père et une mère peuvent avoir trois ou quatre enfants, or vous constaterez très souvent que ces quatre enfants sont très différents et se conduisent d’une façon souvent même opposée. Et pourtant, ils peuvent avoir été élevés de la même façon, ils ont eu la même éducation, mais les Samskaras ont pénétré plus profondément. C’est-à-dire que lorsque le subconscient est trop plein, en quelque sorte, les Samskaras sont refoulés à un niveau encore plus profond, le niveau de l’inconscient et alors cela atteint le niveau du KARANA SHARIRA, du corps causal. C’est cela qui forme la cause première des différentes attitudes et tendances à agir que nous avons. Cela demeure à ce niveau très profond comme les désirs subtils, puis ils surgissent, même sans qu’on le sache, sans qu’on en soit conscient et on constate par exemple qu’un enfant qui est né de parents extrêmement calmes, peut devenir soudain très agressif, très violent et souvent on ne peut pas comprendre d’où vient cette agressivité. Ou alors des parents très honnêtes peuvent avoir un enfant malhonnête. Tout cela est dû au fait que les Vasanas surgissent, remontent. Donc vous pouvez comprendre comment, à partir des Vrittis, il y a tout ce mal, tous ces problèmes qui s’en suivent et comment tout cela nous maintient dans un état d’agitation et nous fait accomplir des actes répréhensibles, des actions égoïstes. Et ensuite il nous faut récolter ce que nous avons semé, récolter les réactions à ces actions. En conséquence il est de notre devoir d’arrêter ces Vrittis et seulement alors tout le reste pourra être arrêté et les Vasanas pourront être contrôlés par ce que nous appelons SAMA et DAMA.

Essayez donc sans cesse de penser à la Conscience intérieure, aux bienfaits que procure la pensée de cette Conscience intérieure. Vous réfléchirez sur le mal causé par l’assouvissement de tous les désirs extérieurs. Vous essayerez sans cesse de vous rappeler le caractère éphémère, périssable de toute la manifestation. C’est ainsi que vous essayez de garder et que vous réussirez à garder le mental beaucoup plus introverti et que vous empêcherez les Vasanas de se manifester.

Mais en même temps il nous faut empêcher les sens d’entrer en contact avec les objets des sens. Si nous pouvons, grâce à DAMA retirer nos sens des objets des sens, même si les Vasanas surgissent, nous serons fixés dans notre for intérieur, sinon ils seront là à l’état latent. S’il y a contact avec les objets des sens, supposons que nous entrons en contact avec quelque chose de désagréable, il y a immédiatement une poussée en nous qui nous fait réagir de façon violente, qui est répréhensible. Également il est bon de lire des livres qui parlent de la connaissance de soi, il est également recommandé d’être en la compagnie des sages, des saints et, également, il faut développer en soi l’équanimité, le renoncement, en comprenant combien il est faux d’assouvir le moindre petit désir, puisque cela ne nous apporte pas le bonheur recherché. Mais cela doit être fait de manière continue. Puis vous devez apprendre à intervertir votre mental en pratiquant des asanas, le pranayama. Pratiquez bien sûr les Yama et les Niyama et le Pratiahara.

C’est ainsi que l’on peut contrôler les tendances, les Vasanas, même si les enfants naissent avec ces tendances. Lorsqu’ils grandissent on peut les corriger. Sinon, si on laisse libre cours à ces tendances, elles ne feront qu’empirer et ces désirs subtils seront là, tapis, lors de la prochaine réincarnation et même encore plus fortement.

C’est ainsi que nous pouvons permettre au mental d’entrer en méditation. Dans l’état de méditation toutes les Vrittis, non seulement au niveau du conscient, de la conscience claire, mais également au niveau du subconscient et de l’inconscient, toutes les Vrittis, les modifications mentales, peuvent ainsi être effacées. Dans la méditation nous empêchons l’énergie mentale de se disperser dans toutes sortes de directions et nous essayons de la rassembler en un seul point. Une fois rassemblée, nous dirigeons cette énergie sur le mental lui-même et cette énergie focalisée ainsi est si puissante que, lorsqu’elle traverse les différents niveaux du mental, cela brise, atomise les énergies à une fréquence qui devient de plus en plus subtile et, finalement, ramène le mental à son état originel, à sa source, c’est-à-dire à l’Absolu, à la Conscience Absolue. Nous arrivons alors à l’état ultime de Yoga.

Question : Comment concilier dans une vie de couple le fait que l’un des deux ait plus de besoins sexuels que l’autre ?

Réponse : Je crois qu’au début en tout cas, il faut céder au désir du partenaire autant que l’on peut et puis, si possible, en expliquant la philosophie, vous pouvez peut-être arriver peu à peu à changer la personne, et aussi par la force qui est la vôtre lorsque vous méditez.

Pourquoi le désir sensuel est-il parfois si puissant ou le besoin sexuel peut-il devenir si puissant ? Dans tout ce que nous faisons dans la vie, nous recherchons la satisfaction. Je vous ai expliqué hier ce que voulait dire satisfaction. Le sentiment de satisfaction provient de la prise de conscience de l’Absolu lorsque le mental est calme. Or tout le monde recherche cela de manière désespérée parce que, en fait, tout est en état évolutif, c’est-à-dire une évolution qui conduit finalement à cet état. Vous avez atteint le stade final de l’évolution lorsque vous êtes continuellement conscient de votre Soi intérieur. Et l’acte sexuel est un acte au cours duquel, tout au moins pendant quelques brefs instants, on est capable de transcender son corps, ses sens et son mental. C’est la raison pour laquelle le désir sexuel devient de plus en plus pressant, pour jouir de cela.

Mais chaque fois que vous essayez de prendre conscience de l’Absolu de cette manière là, vous gaspillez, vous dépensez en même temps une quantité immense d’énergie. Vous devez comprendre cette évidence et essayer de prendre conscience de la Conscience Absolue par d’autres voies, c’est-à-dire par la méditation.

Question : Y a-t-il un chemin autre que celui de la méditation, de la méditation-concentration, pour réaliser l’Absolu, pour atteindre la partie divine en soi ? Comment agir pour ne pas se laisser emporter par les émotions ?

Réponse : Non, il n’y a pas d’autre voie, d’autre façon que la méditation. Toute pratique que vous pouvez adopter finit, se termine finalement dans la méditation. Car il n’y a que la méditation qui peut vous donner cette conscience.

Pour vous répondre à votre deuxième question : comment agir pour ne pas se laisser emporter par les émotions ? Par la réflexion. J’ai dit beaucoup de choses pendant ces deux jours et vous devez réfléchir sur tout ce que je vous ai dit. Ceux qui ont réussi à entrer en état de méditation, ceux qui peuvent entrer en méditation profonde, même s’ils avaient un appétit sexuel très fort, voient cet appétit sexuel diminuer non pas parce qu’ils deviennent impuissants, mais parce qu’ils ont découvert une joie bien supérieure à celle de l’acte sexuel. C’est cette joie très élevée, supérieure, qu’ils recherchent et c’est parce qu’ils ne la trouvent pas, qu’ils recherchent des joies de qualité moins subtile, moins élevée.

Question : Comment ralentir le rythme cardiaque ?

Réponse : Pourquoi voulez-vous ralentir le rythme cardiaque. Le rythme cardiaque se ralentit dans la méditation.

Question : Que pensez-vous de la méditation transcendantale, toutes les méditations ne sont-elles pas transcendantales ?

Réponse : Oui, toutes les méditations sont transcendantales. Ce n’est que pour attirer les gens qu’on se sert du terme transcendantal. Il n’y a pas plusieurs types de méditation, il n’y a pas un sommeil indien, un sommeil français, un sommeil allemand. De la même façon lorsque vous êtes en état de méditation, l’état de méditation est le même pour tous. Il n’y a pas un groupe qui devient transcendantal dans sa méditation et les autres, non. Ce n’est pas faux, mais c’est une redondance.

Question : J’entends souvent dire que la méditation dépersonnalise ou qu’elle renforce l’ego. Qu’en est-il ?

Réponse : Oh non ! La méditation ne peut pas, en aucun cas, renforcer l’ego. S’il y a renforcement, cela veut dire que vous n’avez pas médité, que vous avez fait quelque chose d’autre sous le nom de méditation. Car, au contraire, c’est l’effacement de l’ego qui vous permet d’entrer en état de méditation.

Question : Mataji, il m’est bien difficile d’atteindre un état de paix profonde dans la méditation, tellement mon esprit bouillonne. Je me sens tellement absorbé par mes pensées, que je ne parviens pas ou peu à l’attitude de témoin. Comment puis-je progresser?

Réponse : Il faut pratiquer tout d’abord, commencer par pratiquer Yama et Niyama, vous devez progresser pas à pas. Il y a certaines choses que vous devez faire dans la vie et certaines choses que vous ne devez pas faire pour que le mental puisse être dans un état de calme. Je n’ai pas le temps de vous expliquer maintenant ce que sont ces Yamas et Niyamas, Jacqueline vous l’a déjà expliqué ou vous l’expliquera. Mais cela ne suffit pas d’écouter Jacqueline, il faut aussi pratiquer. Et vous devez aussi faire tous les jours avant la méditation les trois exercices que nous avons faits aujourd’hui. Car je ne vous ai pas enseigné la méditation, on ne peut pas enseigner la méditation, je vous ai simplement enseigné à calmer votre mental. Et lorsque le mental est parfaitement calme il entre en état de méditation. La répétition d’un Mantra est aussi une aide considérable.

Question : Mataji, pouvez-vous nous dire quelques mots sur les Sutras de PATANJALI ?

Réponse : L’essence de ces Sutras peut se résumer en une seule phrase : CHITTA – VRITTI – NIRODHA – YOGA. C’est-à-dire que le Yoga est la cessation des modifications du mental et Patanjali dit qu’il y a huit degrés pour atteindre cet état de Yoga. Mais ces huit aspects doivent être pratiqués simultanément : YAMA – NIYAMA – ASANA – PRANAYAMA – DHARANA – DHYANA. Cela prendrait des heures pour vous expliquer chacun d’entre eux. Ce sont tous des moyens de calmer le mental, donc, lorsqu’on arrive à DHARANA, c’est la focalisation du mental, la concentration du mental qui débouche automatiquement sur la méditation et finalement vous entrez en SAMADHI. Ce sont les huit membres du RAJA YOGA de PATANJALI décrits dans ses Sutras.

Il n’y a pas différents types de Yoga appropriés à une époque. Il y a différentes méthodes pour calmer le mental afin qu’il puisse entrer en état de méditation. Mais une fois que vous êtes en état de méditation, tous ceux qui s’y trouvent sont dans le même état quelque soit le chemin qui les ait menés à cet état ; que ce soit la BHAKTI YOGA, le RAJA YOGA, le KARMA YOGA, JNANA-YOGA, méditation transcendantale, etc.

Il n’est pas question de méditation adaptée à une époque, elle a toujours été la même, autrefois, maintenant et toujours. Il y a beaucoup de gens qui s’imaginent méditer, alors qu’ils ne méditent pas du tout.