swami Hridayananda Sarasvati (mataji) : Les différents aspects de l’être humain 1


12 Jul 2010

(Revue Panharmonie. No 203. Juillet 1985)

Conférence du 11 juin 1983 au Centre Sivananda de Yoga Vedanta, Niort

Avant de commencer à chanter, je voudrais que vous sachiez pourquoi nous chantons. Le premier chant est une description du véritable Guru et des salutations qui lui sont adressées.

« Guru », c’est la Conscience Absolue, ce n’est pas la forme physique, et lorsque cette Conscience est irradiée librement à travers la forme physique d’un être très évolué, cet être est appelé également un Guru. C’est ce que j’ai chanté « Brahmanandam » en premier. Maintenant nous allons chanter des mantras qui sont des combinaisons de sons, de sons très puissants qui n’ont pas été faits par l’homme ; ce sont des sons naturels qui naissent des manifestations très subtiles dans le processus de la Création. Donc ils ont une fréquence très rapide et ils sont très subtils. Mais, lorsque ces sons sont reproduits vocalement, alors ils deviennent ce que nous entendons, c’est-à-dire des sons grossiers.

En effet, le son originel du mantra est extrêmement subtil et ne peut pas être perçu par l’oreille physique. Mais ils peuvent être entendus dans le silence du mental et ils ont été entendus par des sages, les Rishis, et ils ont été ensuite reproduits vocalement et c’est ce que nous chantons.

En effet, le mental a la capacité de vibrer à l’unisson avec tous les sons qu’il perçoit. En conséquence, lorsque nous chantons ces mantras, nous mettons le mental en harmonie avec ces sons, et cela contribue à calmer le mental, c’est-à-dire que le mental alors a des oscillations rythmiques.

Le premier chant interprété par Mataji était le Kirtan de l’Ashram Sivananda à Rishikesh.

Le second était un Kirtan en hommage au Guru Sivananda.

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On m’a demandé de parler sur la façon dont les différents aspects d’un être humain peuvent être intégrés afin qu’on mène une vie harmonieuse, équilibrée. Comme vous le savez de nos jours il n’y a pas, il y a peu de vies qui soient vraiment équilibrées et paisibles ; ce qui domine partout c’est l’agitation et chacun a en lui un sentiment d’insécurité. La peur de la guerre est présente à l’esprit de tous. Il y a des difficultés économiques, les prix qui montent sans cesse et les hommes et les femmes sont de plus en plus orientés vers les sens et semblent croire que si nous vivons sur cette terre c’est essentiellement pour satisfaire nos sens. Il s’ensuit un gaspillage d’énergie inutile et l’esprit, le mental des gens, devient de plus en plus faible, si bien qu’ils ne sont plus capables de faire ce qu’ils devraient faire.

Ils ne sont pas non plus capables d’éviter de faire ce qu’ils ne devraient pas faire et la plupart d’entre eux sont devenus parfaitement matérialistes et s’imaginent qu’ils pourront trouver le bonheur et la paix en accumulant des richesses, des gadgets, etc.

Ils essaient d’obtenir une renommée, de se faire un nom, d’être célèbres, peut-être. Tout cela est licite jusqu’à un certain point et un certain niveau de la vie, de l’évolution, tout cela est effectivement nécessaire jusqu’à un certain point. Mais si on néglige ce qui est le plus important, c’est-à-dire si l’aspect spirituel de l’être humain est négligé et si l’on ne sait pas coordonner tous les différents aspects de l’être humain, alors tout le reste devient inutile, et vous ne pourrez jamais jouir de ce que vous recherchez.

Nous semblons tous rechercher le bonheur, chacun recherche des satisfactions diverses et recherche le bonheur à travers ces satisfactions. Mais personne ne semble savoir ce qu’est le bonheur et quelle est la source de ce bonheur. Ils s’imaginent que le bonheur vient de l’extérieur par la satisfaction de désirs, mais les objets extérieurs, les conditions extérieures ne peuvent pas apporter le bonheur. Ils semblent donner le bonheur parce qu’ils contribuent à amener le mental à un état de silence. A chaque instant l’homme est agité par des désirs, d’innombrables désirs l’agitent sans cesse et il essaie d’assouvir ses désirs l’un après l’autre.

Parfois il y réussit, mais parfois il échoue. Et parce qu’il réussit parfois et qu’en réussissant cela lui apporte le bonheur, il s’imagine que s’il réalise ses désirs, s’il satisfait ses désirs, il a trouvé le bonheur, que là est la source du bonheur. Il s’imagine que s’il arrive à posséder certains objets ou à réaliser certaines conditions extérieures, il a trouvé le bonheur. S’il en était ainsi, ce qui nous procure le bonheur devrait nous laisser constamment heureux, mais on constate que ce qui nous donne le bonheur à un moment donné peut être cause de malheur, de peine. De même ce qui est la cause du bonheur de l’un peut être la cause du malheur de l’autre et, ce qui apporte le bonheur nous en fait jouir un certain temps et puis on s’en dégoûte, on s’en lasse.

Mais comment se fait-il que momentanément un désir réalisé nous procure un sentiment de bonheur ? C’est parce que les oscillations du mental cessent lorsqu’un désir est assouvi.

En effet, lorsqu’il y a désir, le mental est très agité et lorsque le désir est réalisé, le mental devient très calme et, dans ce calme du mental on devient — du moins dans une certaine mesure — conscient de cet autre état de conscience qui est au-delà du mental et c’est cela qui en fait vous donne le bonheur. Si bien que le bonheur provient de vous-même, c’est la cessation des oscillations mentales et c’est le fait que l’on entrevoit la Conscience Absolue qui est la cause du bonheur, et non pas le fait que vous ayez obtenu ce que vous désiriez. Il est nécessaire pour chacun de prendre conscience de ce niveau de Conscience Ultime, et cela ne peut pas être réalisé immédiatement, tout de suite, car ce n’est pas si simple. Parce que cette source de bonheur, cette source intérieure de bonheur, est recouverte par un certain nombre d’enveloppes ou de gaines, des gaines de consciences. Nous sommes faits de trois corps : le corps physique, le corps subtil ou astral et le corps causal. Et ce que vous recherchez est au-delà de cela.

Il faut donc équilibrer ces trois corps et ces corps eux-mêmes sont encore subdivisés. Il y a pour le corps physique ce que l’on appelle la gaine ou l’enveloppe physique. Bien que ce corps semble être solide, il se réduit finalement à de l’énergie vibrant à une certaine fréquence, c’est une enveloppe d’énergie.

Puis il y a le corps subtil ou astral qui se subdivise en différentes enveloppes. Il y a d’abord la gaine d’énergie vitale Prayanama Kosha, tandis que le premier corps, le corps physique, la gaine physique s’appelle Anamaya Kosha. Après Pranamaya Kosha il y a Manomaya Kosha, c’est-à-dire la gaine mentale, puis encore plus intérieure, il y a la gaine de l’intellect, Vijnamaya Kosha. Donc ces trois dernières gaines sont incluses dans le corps subtil.

Au-delà il y a un troisième corps, le corps causal, qui est en fait la cause des autres corps et au-delà de ce dernier corps, Karana Sharira, il y a la Conscience Absolue. Il faut qu’il y ait intégration de toutes ces différentes couches, de ces différentes enveloppes. Mais il faut d’abord s’occuper du corps physique, de la gaine physique, car il est nécessaire que le corps physique soit maintenu en santé parfaite.

Pour ce faire nous avons besoin d’un régime convenable, d’un régime alimentaire approprié et des postures de Hatha Yoga, car la santé du corps dépend de la gaine pranique. Toutes les gaines sont reliées les unes aux autres, il y a donc relation entre le corps physique et le prana, elles ne sont pas séparées totalement, s’influençant les unes les autres. En faisant des exercices physiques, des asanas, nous permettons au prana de se redistribuer de façon harmonieuse dans tout le corps et cela permet à chacune de ses cellules de recevoir la quantité nécessaire de prana car, en effet, la santé des cellules dépend de la quantité de prana qu’elles reçoivent et si celui-ci est mal distribué, les cellules qui n’en reçoivent pas assez perdent leur résistance et deviennent une proie facile pour les infections et pour les maladies. C’est comme cela que l’on devient malade. De la même façon, en pratiquant des postures, des asanas, on stimule les différentes glandes de notre corps et ces sécrétions glandulaires sont tout à fait nécessaires pour une bonne santé. C’est ainsi que nous devons garder notre corps en bonne santé. Nous devons également dormir suffisamment en équilibrant l’activité et le repos, ce qui est très difficile en ces temps modernes. La plupart des gens sont sans cesse actifs, passent le reste du temps devant la télévision et ne dorment pas assez. Il y a toutes sortes de choses qui nous occupent et cela a un effet néfaste sur la santé. Il est nécessaire de considérer tous les aspects qui peuvent nous l’assurer. Si le corps est affecté, le reste des gaines le sera aussi, puisqu’il y a continuité entre les différentes enveloppes. Car c’est la même énergie dont il s’agit, mais à des degrés divers de subtilité. Il faut donc nous occuper également du prana, l’enveloppe pranique devant elle aussi être en parfait état. Si le corps est agité, le prana le sera également et si nous sommes sans cesse en train d’agir, nous épuisons le prana qui est à notre disposition. Nous avons à emmagasiner du prana et pour cela nous avons la méthode du pranayama. Le prana est absorbé par notre respiration et il pénètre également en nous par la nourriture, par ce que nous mangeons. Mais l’une des premières sources du prana, c’est la respiration, or nous avons la possibilité, la capacité, de la contrôler. En contrôlant le souffle on contrôle le prana, et plus nous conservons de prana, mieux nous nous portons, et plus nous avons de force. Mais il faut faire très attention de ne pas gaspiller inutilement ce prana, c’est la raison pour laquelle on accorde beaucoup d’importance à Bramacharia.

En général on traduit Bramacharia par « célibat », « chasteté », mais ce n’est pas que cela. Bramacharia, cela veut dire ne pas gaspiller l’énergie vitale par aucun sens et, au contraire, diriger cette énergie, l’introvertir, l’orienter vers le centre. Lorsque nous sommes assis dans une voiture, si on nous conduit nous n’avons rien à faire qu’à regarder défiler le paysage devant nous. Eh bien, chaque fois que nous regardons ce paysage, nous dépensons de l’énergie. C’est la raison pour laquelle on est fatigué après une longue course en voiture. Ainsi nous pouvons aussi gaspiller notre prana par nos yeux, par nos oreilles, par notre bouche. Cela veut dire qu’il ne faut pas utiliser mal les organes des sens, afin de ne pas dépenser inutilement de l’énergie.

Il faut faire particulièrement attention à ne pas assister trop souvent à des spectacles très excitants ou écouter des bavardages, des médisances, des paroles excitantes. Si on accorde plus d’importance encore à la vie sexuelle, c’est parce que c’est là que l’on dépense le plus d’énergie. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on ne doive pas se soumettre au désir biologique que l’on éprouve, mais il faut faire très attention à ne pas se stimuler afin de procurer artificiellement le désir, simplement parce que l’on a en soi le souvenir du plaisir passé. Car, plus vous vous livrez à l’acte sexuel, plus faible devient le mental et moins il y a de prana pour le reste du corps, et le corps en souffre.

Par ailleurs, le prana et le mental sont également liés étroitement l’un à l’autre. Lorsque le prana est agité, le mental est agité. Pranamaya Kosha ou la gaine ou l’enveloppe du prana ne contient pas seulement du prana, elle contient également les organes subtils d’action, correspondant aux organes physiques. Il y a des organes subtils dans le corps subtil, on les appelle les Indriyas. Par exemple, vos yeux peuvent être en parfaite santé, en parfait état, mais si l’œil physique n’est pas relié à l’œil subtil, vous ne pouvez rien voir. C’est ce qui se passe dans l’état de rêve, vous êtes endormi et vous rêvez que vous vous trouvez dans un jardin merveilleux dans lequel vous voyez des couleurs magnifiques. Imaginez qu’en même temps quelqu’un s’approche de vous avec un objet très pointu et que cette personne dirige la pointe vers votre œil comme s’il voulait le percer. Vous ne cillerez même pas, parce que vous ne voyez rien. Et pourquoi ? Parce que l’organe physique ne fonctionne pas, parce qu’il est déconnecté de l’œil subtil. C’est ce qui se passe également pour tous les autres organes.

La gaine, l’enveloppe pranique est constituée de prana et également des cinq organes subtils d’action, c’est-à-dire les mains, les pieds, les organes de la parole, les organes d’excrétion et les organes de reproduction. Donc si vous vous servez démesurément de l’un de ces organes, vous dérangez, vous troublez l’équilibre pranique et puisque le prana est intimement lié à la fois au corps et au mental, il dérange les deux. Il y a alors désintégration. C’est pourquoi nous devrions faire extrêmement attention lorsque nous nous servons de nos organes quels qu’ils soient. Nous ne devrions pas exciter nos organes inutilement et gaspiller de l’énergie.

Nous arrivons maintenant au Manomaya Kosha, la gaine, l’enveloppe mentale. Dans la philosophie indienne, le mental, la faculté pensante se divise en quatre aspects : nous avons le Manas, Buddhi, Ahamkara et Chitta. Le Manas est la partie la plus grossière, la plus dense, c’est ce qui apporte les informations de l’extérieur, c’est ce qui pense, qui doute, etc. Plus subtil que Manas est l’aspect intellectuel, Buddhi, l’intellect doué du pouvoir de discrimination, c’est cela qui décide si quelque chose est bon ou mauvais, permanent ou impermanent, changeant ou immuable, etc. Encore plus subtil, il y a Ahamkara qui décide si la chose est bonne ou mauvaise pour soi, c’est-à-dire qu’on ne s’arrête pas au jugement de bon ou mauvais, mais on va plus loin et on dit : « Est-ce bon ou mauvais pour moi ? » Et toutes ces expériences forment une impression, une empreinte sur la Chitta.

Nous avons vu que tout de suite après Pranamaya Kosha, la gaine pranique, vient Manomaya Kosha, le gaine mentale et Manas et Chitta sont inclus dans cette gaine. Chitta, c’est le tissu mental qui inclut le subconscient et l’inconscient de même que les cinq organes de connaissance. A nouveau il s’agit d’organes subtils, c’est-à-dire les yeux, les oreilles, le nez, le goût et le toucher. Dès que le prana est agité, Manomaya Kosha est également agité et inversement si Manomaya est agité, le prana l’est aussi. C’est pourquoi il convient, il est important de faire en sorte que l’équilibre soit à tous les niveaux. Si vous utilisez mal un organe de connaissance quel qu’il soit, cela trouble Anamaya Kosha, ce qui veut dire qu’immédiatement se produiront des effets néfastes sur Pranamaya Kosha qui, à son tour, affectera le corps physique. Donc, au lieu qu’il y ait intégration, il y aura désintégration. Par conséquent il faut faire très attention lorsqu’on se sert de ses organes. Il faut veiller à ne pas les troubler, les déranger inutilement, ni les surcharger de choses inutiles. Vous devez comprendre tout le mal que cela peut faire et pourquoi nous nous servons de tous ces organes. Pourquoi nous en servons-nous ?

En fait, nous nous servons de toutes les parties de notre corps pour en retirer une satisfaction, et satisfaction veut dire bonheur. Et là encore une fois nous nous fourvoyons, car ce ne sont plus les organes qui apportent la satisfaction. Les organes par eux-mêmes ne peuvent apporter aucune satisfaction. Dans l’état de sommeil profond, par exemple, vous pouvez apporter n’importe quel objet magnifique, jouer n’importe quelle musique, aussi mélodieuse soit-elle, les oreilles ne sont pas bouchées. On peut apporter auprès du dormeur n’importe quel parfum, on peut même masser le corps du dormeur avec des huiles odoriférantes, merveilleuses, et si, ainsi que cela se produit souvent, le dormeur dort la bouche ouverte, vous pouvez silencieusement déposer sur sa langue un aliment d’un goût merveilleux, il ne réagira pas. Car les organes physiques et les organes subtils ne sont pas reliés à ce moment-là.

Car que se passe-t-il dans l’état de sommeil profond ? Vous êtes extrêmement paisible, aucun de vos organes ne vous donne la moindre satisfaction puisqu’ils ne fonctionnent plus. Le Manas n’apporte aucune information concernant les objets extérieurs aussi beaux soient-ils, et néanmoins vous êtes dans une paix profonde, merveilleuse. Donc, comprenez bien ceci, vous devez retirer le mental des organes des sens et le diriger intérieurement, vous devez l’introvertir et c’est la raison pour laquelle la méditation a tant d’importance. Tout d’abord vous devez empêcher les organes des sens d’entrer en contact avec des objets qui les exciteront et ensuite, en réfléchissant souvent sur la véritable cause du bonheur, vous devez être capable à ce moment-là de vous introvertir.

Arrivons à présent à la gaine, à l’enveloppe qui s’appelle Vijnamaya Kosha, la gaine de l’intellect. Cette gaine de l’intellect est également constituée des cinq organes de connaissance, donc toutes les informations qui vous sont apportées par ces organes subtils de connaissance, sont évaluées comme bonnes ou mauvaises, permanentes et impermanentes, changeantes ou immuables, etc. Mais pour pouvoir faire ce tri en quelque sorte, il faut que cette gaine reçoive son pouvoir de fonctionnement de l’Absolu.

Il faut bien comprendre qu’aucun de ces Koshas, de nos enveloppes, de nos gaines, que ce soit la gaine physique, la gaine pranique, la gaine du mental ou la gaine intellectuelle, ne peuvent fonctionner par elles-mêmes. Toutes ces gaines reçoivent leur pouvoir d’action de l’Absolu. Elles ne sont que des aspects matériels de notre être. Donc, bien que l’intellect soit sensé être doué du pouvoir de discrimination, en fait, à moins d’être maintenu dans un état particulier, il ne pourra pas recevoir à plein, complètement, autant que possible, l’influence de l’Absolu. C’est-à-dire que si l’intellect est maintenu dans un état d’agitation par les informations qui lui sont communiquées par Manas, l’enveloppe mentale, il sera agité et empêché d’être réceptif à l’influence de l’Absolu.

Que se passe-t-il alors ? Il se passe que l’intellect perd son pouvoir de discrimination. Autrement dit la discrimination n’est plus exacte, on fait des erreurs. Vous vous imaginez que quelque chose est bon alors que c’est mauvais. Vous faites quelque chose en pensant bien agir, mais en fait vous n’agissez pas bien. L’intellect devrait être sans cesse relié à l’Absolu, maintenu dans une prise de conscience de l’Absolu, ce qui est à l’inverse de la notion moderne, à savoir que nous devons sans cesse maintenir notre intellect occupé. On a tendance à croire que les gens peuvent sans cesse se livrer à des gymnastiques intellectuelles, être sans cesse en train de discuter, d’essayer de persuader, d’argumenter. On les considère alors comme des personnes très fortes, mais en vérité on peut constater que ces personnes-là peuvent commettre toutes sortes d’erreurs dans la vie. Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont pas permis à leur intellect de devenir silencieux. Si vous désirez jouir de votre pouvoir de discrimination le plus grand, vous ne devez pas maintenir votre intellect sans cesse occupé, par exemple en accumulant des connaissances, toutes sortes de connaissances intellectuelles. Vous devez le laisser se reposer par la méditation. Si vous pratiquez cela, vous créez une intégration des deux corps physique et subtil, parce que le corps subtil comprend les trois gaines : Pranamaya Kosha, Manomaya Kosha et Vijnanamaya Kosha.

Parlons à présent de la gaine de félicité, Anandamaya Kosha. Pourquoi dit-on enveloppe ou gaine de félicité ? Parce que c’est l’enveloppe qui est la plus proche de l’Absolu. Mais malheureusement elle est aussi la source de l’ignorance. C’est l’ignorance qui est la cause de la présence du corps subtil et du corps physique. Parce que cette ignorance fait croire en la réalité du corps physique et du corps subtil et si vous croyez à la réalité de ces corps, vous ne percevez plus, vous ne voyez plus le Réel. Dans le langage spirituel, ce qui a un commencement et une fin, ce qui est soumis au changement et ce qui périra un jour ou l’autre, est considéré comme irréel, en opposition avec ce qui n’a ni commencement, ni fin, qui ne périra jamais, qui est éternel et il n’y a qu’une seule chose qui soit ainsi éternelle, c’est le niveau ultime de conscience ou Conscience Absolue qui, en sanscrit, est appelée Brahman.

Brahman, c’est la Conscience Infinie, Omniprésente. C’est la source de la félicité éternelle, de l’existence éternelle, de la Connaissance Absolue. Et bien que ce soit la source de la Félicité Absolue, nous, nous souffrons en ce monde, parce que Brahman est caché à notre connaissance, et c’est un aspect de Brahman, lui-même, qui nous cache sa vue dans le processus de la Création. Cela se produit par l’effet de trois énergies : Sattva, Rajas et Tamas, énergies subtiles, énergies grossières. Ce sont les vibrations causées par les oscillations émises par ces énergies qui nous empêchent de prendre conscience de la Conscience Absolue et qui, en même temps, projettent l’Univers dans toute sa multiplicité. Il n’y a rien de mal à voir ainsi l’Univers pourvu que, en même temps, vous voyez le substrat de l’Univers qui est la Conscience Absolue, car rien ne peut exister sans que cela, cette Conscience Absolue, n’en forme le substrat, même l’espace ne peut exister sans son substrat, ni l’air ne peut exister si la Conscience Absolue n’en forme pas le substrat, rien, absolument rien ne peut exister sans elle. Or les gens ignorent, ne connaissent pas cela même qui est la cause de tout. Tout le reste n’est que surimposition de cela et nous, nous ne voyons que les superimpositions, nous ne voyons pas la réalité du substrat.

C’est exactement comme au crépuscule dans un pays où il y a beaucoup de serpents. Si vous vous promenez et que vous voyez une corde recourbée, lovée comme un serpent, très facilement vous la prendrez pour un serpent. Vous ferez un saut en arrière et hésiterez à passer de peur que ce serpent ne vous morde. Mais si un ami arrive avec une lampe électrique et vous demande : « Pourquoi es-tu ainsi arrêté ? Pourquoi ne continues-tu pas ton chemin », vous répondrez : « Parce qu’il y a là un serpent ! » « Où est-il ce serpent ? » Et l’ami éclaire le soi-disant serpent avec sa torche et dit : « Ce n’est qu’une corde ! » A aucun moment la corde est devenue serpent. Lorsque, à tort, vous l’avez prise pour un serpent, elle est demeurée corde. Mais à cause du manque de lumière, vous avez surimposé un serpent sur la corde. Il y a eu des facteurs externes qui vous ont fait croire qu’elle était un serpent.

De la même façon, la Conscience Absolue se trouve partout sans exception. Nous sommes entourés par cette Conscience Absolue, elle nous traverse tous, mais nous n’en avons pas conscience parce que ces trois énergies, Sattva, Rajas et Tamas créent certaines vibrations qui nous empêchent de prendre conscience de cette Conscience Absolue. C’est cela qu’on appelle l’ignorance, l’ignorance de la Réalité.

Cette gaine de félicité est la cause de l’ignorance. Donc là aussi il nous faut intégrer cette enveloppe et lorsque vous aurez intégré toutes les différentes gaines ou enveloppes, l’enveloppe physique, l’enveloppe pranique, l’enveloppe mentale et l’enveloppe intellectuelle, grâce à un mode de vie correct et à la méditation, vous irez encore plus profondément dans votre méditation et vous irez au-delà de cette enveloppe, de cette gaine de béatitude ; c’est-à-dire que vous transcenderez les trois énergies : Sattva, Rajas et Tamas.

La gaine intellectuelle, l’intellect, contient les cinq organes subtils de connaissance, aussi bien que Ahamkara et Buddhi et c’est cette ignorance qui vous fait croire à tort que vous n’êtes que ce corps physique, ces sens, ce mental, vous n’êtes pas que le corps, les sens, le mental, puisque dans le sommeil profond vous n’avez aucune conscience de cela et néanmoins vous continuez à exister. C’est donc quelque chose qui vient et qui va, le véritable « Vous » existe à jamais et c’est la Conscience Absolue.

Si vous réfléchissez constamment ainsi, et si vous méditez régulièrement, vous serez un jour capable de transcender également la gaine de félicité et de prendre conscience que l’Absolu transforme radicalement votre vie. Alors les choses qui paraissaient jusque-là insurmontables, ne sont plus rien du tout, car vous réaliserez que tout ce qui vous arrive, ne vous arrive pas à vous, mais à quelque chose qui vous appartient, c’est-à-dire votre corps, votre mental, vos sens, votre intellect. Et si vous êtes tout à fait équilibré, paisible, la vie alors deviendra merveilleuse.