Annik De Souzenelle : Les lettres hébraïques : des énergies vivantes 2


05 Mar 2010

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(Revue Panharmonie. No 176.  Mars 1979)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la rencontre du 14.12.1978

Nous abordons aujourd’hui la cinquième lettre de l’alphabet hébraïque, le HE qui a pour valeur 5 et qu’il ne faut pas confondre avec celle qui a pour valeur 8, la lettre HEITH qui, elle, n’a pas la petite ouverture en haut à gauche. La lettre HE ne correspond pas à un mot, elle est une des rares lettres monosyllabiques. Elle signifie « le souffle ».

Au début de son histoire elle représente un petit homme qui souffle et qui prend toutes ses forces d’en haut. Elle symbolise essentiellement les poumons. La lettre étant entièrement signifiée par le haut du corps ou verra très vite disparaître le bas de son graphisme pour ne plus avoir que le dessin stylisé d’une barre verticale avec trois branches horizontales. Et comme les autres lettres, celle-ci se retournera et formera E constitué par la tête et les deux bras du petit bonhomme.

Le symbolisme de cette lettre nous est aussi donné par le cinquième jour de la Création, celui des oiseaux du ciel et des poissons dans l’eau. Tandis qu’au deuxième jour, dont la lettre symbolique est l’homologue du HE, il y avait eu séparation des eaux, le Maïm s’étant séparé en deux formant le monde du MI, celui d’en haut et du MA, celui d’en bas. Nous voyons donc que les oiseaux symbolisent toute l’évolution vers le monde d’en haut et que les poissons sont le germe d’en bas.

Lorsque la lettre HE alla trouver le Saint-béni-Soit-Il pour lui demander de présider à la création du monde, le Saint-béni-Soit-Il la renvoie en lui disant qu’elle était avec le VAV et le YOD chargée de former le Tétragramme Divin, Yod-He-Vov-He, et que consacrée à une si importante fonction, elle n’avait pas à en réclamer une autre.

Nous allons donc faire l’étude des trois lettres composant la Tétragramme sacré. Annik de Souzenelle en modifie le graphisme dont l’opportunité lui a été confirmée par une phrase du Zohar : le Tétragramme est une épée, le Yod en est le pommeau, le Vov la lame et les deux He, les deux tranchants.

Que viennent faire là nos germes, nos oiseaux et nos poissons ? L’explication nous en est déjà donnée dans le premier livre d’Annik de Souzenelle : « L’Arbre de Vie et le Schéma corporel » : tout notre travail essentiel, lorsque nous sommes vraiment entrés dans notre incarnation — pas celle de l’enfance, mais à partir du moment où nous allons vraiment entrer dans notre corps symboliquement — nous avons à vivre les contradictions des deux HE, pôles de la dualité, dans un mariage, c’est-à-dire à un niveau supérieur, où les rapports entre les êtres ne sont plus des rapports de force, mais d’amour. Ces deux pôles de la contradiction vont être vécus d’une part par une expérience de la lumière et d’autre part par une redescente dans les ténèbres, dans toute la somme énergétique que nous sommes, mais que nous n’avons pas encore extraite de sa gangue afin de l’amener à nouveau à la lumière, avant de redescendre encore un peu plus loin dans encore plus de ténèbres et de remonter à encore plus de lumière. Et ainsi de suite jusqu’à ce que la totalité des énergies soient ramenée à la lumière et fasse de nous des êtres totalement réalisés, car nous sommes appelés a devenir divins.

Le mythe de Noé symbolise merveilleusement ces montées et ces descentes, le vol des oiseaux nous renseignant sur le travail qui se fait à l’intérieur de l’Arche, la colombe signifiant la montée dans les hauteurs et le corbeau la descente dans les profondeurs. Ce même symbolisme est présent dans le cinquième jour de la Genèse, le germe poisson étant symbole des énergies des profondeurs. Il se retrouve également dans la dernière descente de Job dans les eaux souterraines, ou il est accompagné par Yod-He-Vov-He Lui-même, pour en extraire les énergies que nous sommes et les ramener à la lumière.

Au contraire tous les symboles des oiseaux vont être ceux de la montée dans la lumière depuis le plus petit des oiseaux jusqu’au plus grand, l’aigle, dont il est question aussi bien dans les mythes grecs que dans l’Apocalypse.

Voici donc les deux souffles ascendant et descendant. C’est la vie humaine. Le souffle nous est donné dans les deux narines qui sont les prolongements des poumons. Le jour où Adam a été créé, Dieu souffle un souffle de vie dans ses narines, l’âme étant don du souffle divin.

La lettre HE représente l’article défini. Ainsi si Adam est le nom d’Adam, HA-ADAM est « Le » Adam. Autrement dit, chaque personne et chaque nom en hébreu est défini par la qualité de son souffle.

Les deux HE prolongent les deux poumons. D’autre part ce n’est pas un hasard que nous ayons cinq doigts à chaque main, lesquelles réunies vont faire le Yod (valeur 10), mariant ainsi toutes nos contradictions, les intégrant totalement. Le Yod qui est censé être situé à la base de la colonne vertébrale, commence alors à vibrer et à remonter le long de l’épine dorsale et lorsqu’il aura atteint son sommet, l’homme sera devenu Yod-He-Vov-He Lui-même. Il entrera dans la dimension du Dieu qu’il est en puissance.

Symboliquement nos deux mains sont extrêmement importantes. Elles sont inséparables l’une de l’autre et font l’œuvre du Yod. Comme on parle d’un troisième œil par rapport aux yeux, on pourrait dire que le Yod est la troisième main. Yod veut dire « main ». Cette troisième main représente ce « faire » intérieur que nous sommes enjoints d’accomplir dans notre vie et qui est symbolisé par le « faire » extérieur, en particulier par le travail manuel qui joue un grand rôle dans la constitution de notre être.

Un des mots les plus intéressants illustrés par le He, est AHAVAH qui s’écrit He-Beith-He et qui veut dire l’amour, dans lequel les deux He, les deux poumons, les deux mains, pétrissent les deux lettres Aleph et Beith qui sont les relations entre Créateur et créé. Et comme Aleph et Beith réunis forment le mot AV, le Père, toute la relation du Père et de sa Fille, la Création, représente de même que l’amour, un échange de souffle entre le Père et la Fille. Si nous prenons conscience de cela et si nous relevons la polarisation de nos désirs et de nos échanges de souffle avec le Divin, nous aurons des rapports bien plus justes avec les autres. Généralement nous n’aimons pas véritablement l’autre, parce que cela ne passe pas par le Divin et que la plupart du temps c’est nous que nous aimons dans l’autre.

Je veux encore vous faire remarquer qu’en hébreu il n’y a pas de présent, il n’y a qu’un participe qui sert de présent, sauf pour le verbe « être ». Toute la Bible va être écrite pour signifier le présent au futur en rajoutant une petite lettre qui va rendre le futur passé et qu’on appelle « conversif ». Si bien que par exemple en lisant la Genèse, on se trouve devant un futur qui est aussi un passé, c’est-à-dire ni futur, ni passé, donc présent. La forme verbale va rendre compte d’un verbe qui est de tous les temps, qui est de l’instant, mais qui s’incarne aussi bien dans le passé que dans le présent et le futur. Le verbe être est pourtant employé une fois au présent dans l’Exode IX, un peu avant que Moïse va se mesurer avec le Pharaon. Dieu dit à Moïse : « Tu diras à Pharaon que s’il ne laisse pas sortir les Hébreux d’Egypte, la main de Yod-He-Vov-He est sur Pharaon, sur son troupeau, sur son peuple, sur tout le pays, etc. » Cette phrase si grave contient deux fois Yod-He-Vov-He une fois par la main et une fois par lui-même.

Adaptée à notre temps elle signifie : Si nous ne laissons pas sortir d’Egypte, c’est-à-dire du monde de la servitude, nos énergies consacrées à faire le Yod en nous, alors la main de Yod-He-Vov-He est sur nous et toutes ces énergies se retourneront contre nous, créant des maladies, des cancers, des dépressions nerveuses, etc…, etc…

Le mot AVAH, c’est le désir, il renferme aussi la notion du Père.

Annik de Souzenelle nous cite encore plusieurs mots intéressants dérivés de la lettre HE, que nos lecteurs trouveront dans son livre : « La Lettre, chemin de vie. »

Nous passons à présent à la lettre VAV qui a pour valeur 6 et qui signifie le crochet, le clou, ce qui relie un objet à un autre objet ou à une chose. Et c’est en effet le VAV qui est la conjonction ; donc encore ce qui lie. Son histoire est simple, c’est un crochet qui comme il en est de toutes les lettres, évolue et va très vite devenir non pas le véritable Ypsilon, mais une lettre qui a disparu, le digamma, lettre grecque. Elle s’est confondue avec Ypsilon pour donner notre Y à nous.

De même que le HE et le YOD, le VAV fait partie de Tétragramme Yod-He-Vov-He. Elle est la conjonction « et ». Symbole du sixième jour de la Création au cours duquel apparaissent les animaux des champs, la terre et l’homme, deux opérations divines comme au troisième jour où il y eut séparation du sec et de l’humide et la création de la verdure et de l’arbre. Car à de différents niveaux l’homme et l’arbre dans la profondeur sont une même réalité. L’homme est un arbre, l’arbre est un homme en devenir. L’homme est aussi l’animal, puisqu’il est la répétition de toute la Création, de toutes ces énergies qu’il a à redevenir dans un expire. Dans l’inspire il est appelé à remonter tous ces niveaux énergétiques et à redevenir la lumière du premier jour.

Le VAV, c’est l’homme, la colonne vertébrale cosmique de l’univers, il est microthéos, un petit univers, et macrothéos, reliant le cosmos tout entier au Divin. Il est la « RAQYA-SHAMAIM » qui unit le monde du MA au monde du MI et lorsque l’homme est total, il est à l’image du Christ.

La posture de l’homme sur la terre est quelque chose d’immense, comme le dit le premier des psaumes : « Heureux l’homme qui est dans le Conseil des Justes, il est comme un arbre planté à la rupture des eaux ». « La rupture des eaux » est la référence au second jour de la Genèse, c’est-à-dire qu’il a les pieds dans le MA et la tête dans le MI.

Annik alors nous cite les mots intéressants en rapport avec le VAV, comme BO formé par la rencontre d’Aleph et Beith à travers la conjonction « et », qui signifie le devenir, mais aussi pénétrer, c’est-à-dire que c’est toute la création qui entre dans la Terre Promise, dans la dernière terre.

David signifie le « bien aimé ». Ecrit en lettres hébraïques, le VAV est saisi entre deux portes : le Bien aimé est celui qui est, en marche, qui sort d’une structure pour aller dans une autre, qui passe des portes successives, les échelons de l’échelle. C’est celui-là qui est aimé.

Le mot AOR que nous étudierons avec la lettre Reish est la lumière. Ayant pour valeur 200 il est comme un autre Beith. Si Beith est la maison, Reish est la maison au niveau cosmique. Nous sommes renvoyés à l’idée non seulement de réceptivité, mais aussi de résistance. Car nous touchons là aussi bien aux structures physiques, que psychologiques, et que spirituelles du monde, car il n’y a lumière que si il y a réceptivité, voire résistance à la lumière, résistance qui, en même temps, la révèle. Sur le plan psychologique je ne peux donner toute ma tendresse que si la personne qui en est l’objet ne la fuit pas. Sur le plan spirituel, c’est la grande aventure de l’humanité avec son Dieu.

Nous pouvons dire que toute l’aventure du peuple hébreu va être une histoire de résistance avec son Dieu. Job par exemple, n’accepte ses épreuves que s’il les comprend et c’est un peu la même histoire avec Jean-Baptiste par rapport au Christ. Malgré sa résistance il conduira l’humanité à la dimension chrétienne. Il y a lumière que quand cette résistance se fait réceptivité.

Nous allons encore parler de la lettre ZAIN, elle est comme une espèce de tremblement, un éclair, c’est l’épée en forme de flamme. Elle a pour valeur 7 et s’écrit avec un Yod et un Noun final. Le Noun fait une espèce de crochet, mais quand il est final il est comme un Vav prolongé.

Après le 6, donc après le Vav et jusqu’au Yod, le 10, nous allons avoir le Zain, le Heith et le Teith qui vont comprendre en leur milieu le Yod, comme si l’homme, à partir du Vav, était gros du Yod. Et ces trois lettres vont symboliquement réaliser, avant de mettre au monde le Yod, trois étapes essentielles de l’humanité et de chacun de nous en particulier. La première image du Zain est celle d’une flèche qui traverse une peau d’animal. Très vite elle va se styliser en ne gardant plus que deux plans horizontaux qui nous amènera à notre Z en sens contraire pour commencer. Pour comprendre cette évolution de la lettre, rapportons-nous à son histoire auprès du Saint-Béni-Soit-Il. Se référant au psaume : « Souviens-toi du Sabbath », elle prétend elle aussi à présider à la Création, premièrement parce que « Souviens-toi » en hébreu commence par la lettre Zain et, deuxièmement, parce que le Sabbath a lieu le septième jour. Mais le Saint-béni-soit-Il, la renvoie en disant: « Non, tu ne présideras pas à la Création puisque tu es comme le Noun final, tu as la forme d’un sabre effilé, tu présides donc à la mort, à la destruction. Et, en effet, le mot Zain veut dire une arme, plus précisément une flèche.

Le jour du Sabbath, Dieu qui se retire se fait arc, le Père laisse partir l’enfant qui est la flèche, c’est-à-dire toute la Création. Tout en se retirant, Dieu est toujours là discrètement, laissant la Création jouer son rôle, chanter son chant, vivre sa vie. Et si l’on peut comparer la Création à un expire, la flèche va être tout le mouvement de l’inspire, du retour au Divin qui va nous obliger à passer à travers nos états de conscience successifs.

La lettre Zain va œuvrer pour nous obliger à mourir à un plan pour rentrer dans un autre. Elle est redoutable parce qu’elle va détruire quelque chose pour nous contraindre à reconstruire. Ce qui est intéressant, c’est que le chiffre 7 en hébreu s’appelle SCHEVA, ce qui est très proche de Shiva, le dieu des Hindous et cela nous incite à penser qu’il y a une origine commune à ces deux mots, car ils ont la même fonction, Shiva détruisant tout ce qui ne ressortit pas à l’unité, tout ce qui rend compte de la dualité. Or le Zain va œuvrer pour que les deux HE, ces deux pôles de la contradiction, fassent le Yod.

Annik mentionne alors le mot ZAKOR qui signifie à la fois souviens-toi et mâle. C’est faire œuvre mâle de se souvenir. Lorsqu’on dit : « Dieu se souvient des hommes », Dieu se fait mâle et descend dans l’homme. Lorsque nous descendons en nous pour trouver le Soi qui est le germe divin, nous trouvons Dieu qui descend dans l’homme pour « se souvenir de lui ».

Le mot EZER est aussi très important. On y retrouve le Reish qui vaut 70 et qui est donc dans la même note que le Zain qui est 7. C’est un mot que nous trouvons au moment de la création de la femme, de ce pôle féminin dans l’homme, qui est « l’aide ». Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons une « aide » semblable à lui. » Généralement les traducteurs mettent « semblable » au lieu d’ « aide ». C’est faux, c’est NAGOD, c’est-à-dire face à face. C’est tout le mystère du féminin par rapport à nous tous.

Les deux mots ZAKOR et EZER se complètent. On pourrait aussi dire : Il n’est pas bon que l’homme soit séparé (composé des mêmes lettres) de lui-même, faisons-lui prendre conscience de ses profondeurs.

Nous analysons encore les mots AR ou Ra signifiant l’ennemi, mais aussi l’ami, le mot ZOV ou ZOBOV qui s’écrivent Zain, Beith ou Zain, He et Beith. Là le Zain œuvre dans le Beith qui lui, œuvre dans la Création et qui alors veut dire « écouler ». C’est l’écoulement des énergies que l’homme va réaliser. Et quand le HE se trouve au milieu et que cela passe par le souffle, nous avons le mot ZAHAV qui est l’or. Donc l’écoulement de toutes nos énergies donne l’or. C’est aussi l’écoulement divin que les Hébreux appellent « le sperme divin » qui descend dans l’Arbre de Vie et qui va féconder tous les mondes, c’est le pays de HAVILAH, là où coule l’or.

Le Zain est la toute première lettre qui nous sépare du Yod après que l’homme ait vécu le 6. Le passage du 6 au 7 est fantastique, parce que l’homme qui reste dans le 6, reste dans la répétition, dans la chaîne du Samsâra. Le 7, ce sont les terres nouvelles, les cieux nouveaux que nous trouvons aussi dans l’Apocalypse. C’est très important de passer ce 6, de vivre le Shabbath qui est la Fille qui touche à la dernière terre et qui donc s’accomplit.

Nous verrons la prochaine fois le HEITH, la première barrière où nous allons être testés : sommes-nous oui ou non capables d’aller plus loin ? Les Lois sont implacables.

Compte rendu de la rencontre du 11.1.1979

De nouveaux venus incitèrent Annik de Souzenelle à reparler du VAV, la lettre qui tient le centre du Tétragramme Yod-He-Vov-He. Nous renvoyons nos lecteurs au précédent compte rendu.

Le Zain, le Heith et le Teith sont comme les matrices du Yod, la dernière lettre. Elles vont être écrites de telle façon que le Yod se trouvera au milieu d’elles. Le Yod ne pourra naître que quand les énergies, après avoir joué dans le Zain et le Heith, seront présentes au niveau du Teith.

Le Zain, lié au nombre 7, est symbole de la plénitude acquise et chaque fois qu’il y a une perfection, il y a nécessairement une rupture de cette perfection pour passer à un autre cycle. Le Shabbath, lié au Zain, le septième jour, c’est le retournement du Divin qui n’est pas autre chose qu’un retournement de la conscience pour passer à un autre plan de conscience. Dieu va être parfaitement insaisissable, Il va laisser jouer la Création afin de se faire connaître. Et, à partir du HEITH, cela va être toute cette aventure de la conquête du Divin par la Création.

La lettre HEITH a pour valeur 8, elle est l’initiale du mot Heith. Elle est comme un petit rectangle ouvert à la base. A ne pas confondre avec le HE. HEITH, qui exprime une idée de barrière, va évoluer tout au long des deux millénaires qui précèdent notre ère chrétienne, jusqu’à faire le ETA grec qui va donner notre H, sans en avoir le son guttural.

Pourquoi cette barrière ? Parce que suivant l’évolution que je vous ai proposée, nous venons de vivre un plan de réalité où tout a été vécu en plénitude. Le ZAIN a fait son œuvre de rupture pour nous faire passer à un plan supérieur et nous amener à un champ énergétique bien supérieur à celui vécu dans notre dernière expérience. Dans cette qualité de vie qui nous est maintenant dévolue, il est indispensable que nous soyons testés. Car si nous n’avons pas acquis les structures nécessaires pour y pénétrer, nous risquons d’être brûlés, anéantis. Cette barrière est semblable à tous les Gardiens du Seuil des différents mythes. Il nous faut donner le mot de passe qui ne signifie pas seulement une reconnaissance entre frères, comme il en est le cas dans les sociétés initiatiques, mais il représente la vibration qui correspond à un champ énergétique nouveau et si nous ne sommes pas capables de le prononcer, de le vivre, donc de l’être, nous ne pouvons pas entrer. Ce ne sera pas le fait d’une punition, mais une mesure de prudence. La barrière est là pour le vérifier.

La lettre HEITH est faite du Yod qu’entourent le Heith et le Tav. Si nous supprimons le Yod, nous lisons Hath, c’est-à-dire le mot : « terreur », lié à l’idée du Grand Œuvre alchimique où l’esprit dépendant d’un nouveau champ de conscience est terrifié. Il est certain que quand nous entrons dans une nouvelle terre, il y a crainte et tremblement. Nous sommes devant l’inconnu et cet inconnu fait peur. En hébreu le mot TERA qui est « la crainte », donne naissance au Hieros grec, qui est le sacré.

Dieu, le sixième jour demande à l’homme de nommer les animaux des champs, c’est-à-dire d’avoir sur eux le pouvoir qui lui fait conquérir son premier champ de conscience. Puis Adam est plongé dans le sommeil, TARDEMA (même racine que Thora), qui est la descente dans la profondeur, c’est-à-dire qu’il doit faire tout ce cheminement à partir de l’image de Dieu que nous sommes, jusqu’à aller vers sa parfaite ressemblance (DEMA) et devenir Yod-He-Vov-He. Après que l’homme eut nommé les animaux, Dieu lui fait connaître son féminin, c’est-à-dire la profondeur de son être, son puits profond dans lequel sont toutes ses énergies. L’homme nu de la Bible, c’est l’homme tout à fait connaissant qui connaît le chemin. La notion de honte est fausse, c’est le verbe « attarder », il ne s’attarde pas, mais va tout de suite plus loin. Il sait ce qui lui reste à faire.

Le serpent qui est « connaissant » se fait barrière. C’est lui qui va nous tester, car nous avons à devenir les énergies qu’il représente.

Dans le mot HACHEDEN, les animaux des champs, les deux HE sont réunis. Ils ont chacun la valeur 5. Remplacés par le Yod (10) nous trouvons le nom divin SHADAI qui est le Tout-Puissant.

Le serpent, instrument du Divin a pour nom en hébreu, NAHASH avec au centre le Heith entre le Noun (germe) et le Shin qui est l’explosion de toutes les énergies, l’explosion nucléaire. Et lorsque nous vivons notre Shin, nous sommes des êtres totalement réalisés.

Le serpent nous offre ce fameux fruit, c’est-à-dire une nourriture que nous ne sommes pas encore capables d’intégrer. N’étant pas capables de vivre les lois sans les enfreindre, les événements se retournent contre nous. C’est ce que nous vivons aujourd’hui encore au lieu d’avoir, après le Heith, pu atteindre le Yod dans l’harmonie et non dans la douleur. Quand le Heith est vu se présenter devant le Saint-Béni-soit-Il, il a été renvoyé, car il commence le mot HATA qui veut dire « pêché ».

HATA est le mot que nous rencontrons pour la première fois dans l’histoire de Caïn et d’Abel. On parle beaucoup du « péché originel », terme extrêmement mauvais, car qu’avons-nous à faire avec quelqu’un qui a commis un péché dans la nuit des temps ? La Genèse est un présent et chacun de nous participe d’une erreur. Je suis convaincue que la rédemption est davantage liée à l’histoire de Caïn et d’Abel qu’à cette faute ontologique, parce qu’il y a tout le drame du sang qui y coule et que la terre boit. Et nous allons voir que le Christ a donné son sang pour purifier cette terre du sang d’Abel. Le mot « péché » n’apparaît qu’avec le mythe de Caïn et d’Abel. Il signifie d’ailleurs le fait de « mal viser » plus que de pécher.

Lorsque Caïn jalouse son frère parce que son offrande n’a pas été reçue, Dieu lui dit : « Si tu relèves ton visage (symboliquement), si tu vis cet événement au plus haut niveau de ton être, avec l’intelligence des choses divines, « Tov » ! c’est bien ! Mais si tu regardes en-bas, le péché, HATA, se couche à ta porte et il porte ses désirs sur toi. Domine-le ». Et nous voyons que quand l’homme est pris dans des événements passionnels, ce n’est pas lui qui désire faire le mal, mais c’est le mal qui désire l’homme. Celui qui désire est toujours en état d’infériorité par rapport a celui qui est désiré, il est esclave de l’objet désiré et celui-ci a une puissance sur lui. Donc si Caïn entre dans l’intelligence divine des événements, il ne donnera pas prise à ses désirs. Mais « visant mal », il a donné à l’événement une puissance sur lui, puissance que seul Dieu doit avoir. Il y a transfert de puissance et les énergies alors se retournent. L’homme est intervenu et a transgressé toutes les barrières. HATA ontologiquement est un garde-fou.

AR, Aleph et Heith, signifie « frère » et c’est par lui que Aleph, le Divin, se fait barrière. Qu’il est bon pour des frères de vivre ensemble à condition que cette fraternité soit vécue vraiment par le dépassement de cette barrière qui se présente à nous pour trouver le Divin au travers de tous les écrans psychiques. Et si nous trouvons le Divin dans l’autre, nous le trouvons aussi en nous, parce qu’il y a résonnance. C’est pour cette raison que les communautés sont l’épreuve la plus difficile. On ne peut vivre ces barrières successives que sont tous les autres dans une communauté, que si on a conscience du Divin.

Très proche du AR il y a le nombre 1 qui est un des noms divins, EHAD, dans lequel il y a surtout cette notion de frère. Dans le tétragramme le frère, c’est chaque HE qui a pour frère l’autre HE, et chaque HE doit épouser l’autre, doit passer la barrière et structurer toute cette colonne vertébrale, cette échelle de Jacob que nous avons à vivre pour construire le sommet de notre temple.

La lettre TEITH ne correspond pas à un mot. L’hiéroglyphe primitif c’est l’écu, le bouclier, donc encore une barrière. Tout au long de la Bible nous retrouvons cette notion. Ainsi Dieu, avant que Moïse ne revienne en Egypte pour libérer les Hébreux, se met sur son chemin pour le faire mourir. Dieu se fait barrière, afin que Moise puisse se mesurer à Pharaon et permettre aux Hébreux de sortir d’Égypte, de leur matrice, d’assumer leur naissance lorsqu’ils passeront pas la Pâque, la Mer Rouge, etc. Dieu va le tester. C’est une mort initiatique. Lorsque se fait le dépassement des barrières, il y a libération.

Si le 7, le Zain, est une mort, le 8, Heith, est une barrière et la résurrection au-delà de la barrière. Les baptistères primitifs étaient octogonaux. Le nombre 8 est bien le symbole de la résurrection.

Il est juste qu’avant de rencontrer le Yod nous avions à nous mesurer au Teith, au bouclier, le Yod-He-Vov-He étant le profil de l’épée. La rencontre de l’épée et du bouclier se retrouve dans toutes les guerres saintes, la guerre sainte que nous devrions mener à l’intérieur de nous-mêmes et non à l’extérieur. C’est là que se rencontrent l’épée et le bouclier.

L’homme, avec le nombre 9, va symboliser la dernière perfection. Le 7, la perfection acquise impliquait une rupture de cette plénitude pour passer à un autre plan. Arrivés au 9, l’homme et la Création toute entière se revêtent d’une perfection totale. Et lorsque le bouclier a pu vérifier la possibilité de la personne de mettre au monde le Yod, donc de rencontrer l’épée, il se retourne et se fait coupe. Il reçoit alors l’épée. Ce 9, symbole de perfection se retrouve chez Pythagore, Platon, avec les neuf Muses, les neuf Prophétesses de l’Ile de Sein chez les Druides, les neuf Béatitudes qui contiennent toute la dimension de l’évolution de l’homme dans la perspective chrétienne. C’est tout le Grand Œuvre Alchimique qui s’accomplit.

Le Teith va se présenter devant de Saint-Béni-soit-Il, se réclamant d’être l’initiale du mot TOV. Son graphisme est intéressant, nous le verrons souvent sous la forme du serpent qui se mord la queue. C’est l’homme qui enfante le Divin, c’est aussi la naissance de l’Enfant Divin. Tov signifie le bien dans l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal que le serpent va proposer à Adam et à la femme. C’est aussi le mot qui va ponctuer chaque jour de la Création. Il sera répété sept fois et le dernier jour par Tov Meod, l’ensemble. Le Saint-Béni-soit-Il renvoie la lettre en disant : « Tu est Tov, mais tu n’est que la graine du véritable Tov. Tu ne salueras pas la création du monde, car tu es réservé pour le monde futur. Tu n’as rien de commun avec le monde que je veux créer maintenant. Le bien que tu représentes est enfermé et caché en toi, ainsi qu’il est écrit : « Grande est l’abondance de ta bonté que tu as cachée pour ceux qui te craignent ». C’est précisément à cause du bien que tu caches en toi, que les Portes du Temple seront enfoncées dans la terre, ainsi qu’il est écrit dans les Lamentations de Jérémie : « Ses portes sont enfoncées dans la terre ».

Tov ne sera véritablement le Tov que lorsqu’il aura intégré tout ce qui est encore dans la ténèbre. Si dans la Bible RA, qui se rapproche de la notion de ténèbre, est considéré dans certains cas comme l’esprit des Elohim, on pourrait en déduire que Dieu est l’esprit du mal. Mais il ne s’agit pas de Dieu en tant qu’Il se fait mal, mais en tant qu’Il se fait barrière. Quand tout ce RA (le mal) sera intégré au Tov, le Tov sera véritablement le Tov. Ce n’est que quand nous serons devenus entièrement lumière, étant allés dans nos profondeurs chercher toute la somme des énergies qui nous constituent, que nous serons Tov. Celui-ci n’a rien à voir avec le petit Tov du départ, c’est-à-dire avec l’élément lumière élémentaire du départ, Les Portes du Temple enfoncées dans la terre sont tout le symbolisme du grain de blé, du Tov du départ qui deviendra toute lumière.

Lorsque toute cette ténèbre est intégrée, naît le Yod, la dixième lettre qui est le retour à l’Unité. Les HE, 5 + 5, se sont épousés, la colonne vertébrale aura été construite, l’homme met vraiment au monde le Yod qu’il est, ce Yod-He-Vov-He à venir.

Si nous sommes ici réunis, c’est parce qu’il y a en nous un appel au dépassement de l’absurde extérieur pour entrer dans une compréhension profonde de ce que nous sommes. C’est Yod-He-Vov-He qui travaille en nous pour que les HE se marient et que nous devenions véritablement Yod-He-Vov-He.

Yod, cette petite virgule, c’est la main, la réunion des deux mains qui n’ont pas par hasard cinq doigts. Elles sont le prolongement du souffle et quand les deux mains se rejoignent, elles sont aussi la connaissance. Toute la main est symbole de connaissance, d’expérience. La toute dernière expérience, c’est celle qui a intégré la dualité et qui vit la réalisation du Divin total. C’est pourquoi Isaï, parlant de cette arrivée de l’humanité à la réalisation de son unité, dit : « Il n’y aura plus ni soleil, ni lune, car Yod-He-Vov-He sera ta lumière à toujours ». Soleil et Lune, symboles des terres de l’espace-temps que nous vivons jusqu’à ce que nous entrions dans le Divin qui est notre dernier espace-temps, l’éternité même.

Réponse à une question : Ce qui est important, c’est de bien connaître au départ les neuf premiers nombres, puis le dix. Ce sont les nombres des principes. Le dix sera l’actualisation et le départ d’un autre plan. Les unités sont aux dizaines ce qu’est le premier chapitre de la Genèse par rapport à l’autre. Les structures du monde sont mises en place et dans ce qu’il est, convenu d’appeler la seconde Genèse, Yod-He-Vov-He qui n’apparaît qu’à ce moment, va commencer à travailler. Dans le premier chapitre ce sont uniquement les Elohim. Tout ce faire divin va commencer à jouer dans le second chapitre, Yod-He-Vov-He va travailler avec Elohim. Lorsqu’après la création des Lois, les principes sont posés, nous entrons dans l’Univers. Après chaque dizaine il y a un cycle complet supérieur, c’est pourquoi le Saint-Béni-soit-Il dit au 9 : « Tu seras le 900 et, à ce moment là, beaucoup plus que le 9, parce que sera accompli tout ce monde des principes ».

A la fin de la Genèse il y a cette phrase que je cite de mémoire :

« Les cieux et la terre sont achevés dans le jour où Dieu a créé le ciel et la terre pour les faire ». La Création est loin d’être faite, elle n’a pas encore joué avec Yod-He-Vov-He qui est l’homme lui-même, qui entre en travail avec le Créateur.

Comme il en est dans une œuvre artistique, l’artiste commence à créer, il pose le principe de son œuvre, mais après il n’en est plus le maître, c’est l’œuvre qui a une personnalité. Elle s’empare du créateur et se fait avec lui.

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