Annik De Souzenelle : Les lettres hébraïques : des énergies vivantes 5


17 Mar 2010

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Le titre est de 3e Millénaire

(Revue Panharmonie. No 179. Novembre 1979)

Compte rendu de la rencontre du 14.6.1979

Nous nous étions arrêtés au NOUN qui s’écrit avec un petit crochet supplémentaire en bas, qui revient sur la gauche, ce qui le distingue du VAV, et qu’il ne faut pas confondre avec le BEITH dont les deux barres horizontales sont beaucoup plus prononcées. Le Noun est l’initiale du mot NOUN qui s’écrit avec un Vav au milieu, servant de voyelle pour exprimer le ou, puis avec le Noun final qui s’écrit comme un Vav prolongé.

L’hiéroglyphe primitif est un petit poisson qui se stylise beaucoup et devient un petit ver qui est à l’origine du NU grec et de notre N. Il est alors beaucoup plus le mouvement du poisson que le poisson lui-même.

Cette lettre a pour nombre 50, symbole d’une totalité. Le poisson est en effet le germe. Dans le ventre de sa mère l’enfant est encore au stade poisson, mais il contient l’homme tout entier. 50 est un nombre que nous connaissons bien, la Pentecôte n’est autre que la pesta qui se situe cinquante jours après Pâques, c’est la totalité de l’Œuvre alchimique, c’est la descente de l’Esprit-Saint, c’est la puissance du Verbe. Les Apôtres parlent une langue que tous comprennent, la langue mère originelle qui est créatrice.

La Pentecôte juive, le Schabouoth, comprend sept semaines, donc 49 jours. Cette fête juive date de la plus haute antiquité, elle aussi est très importante.

On retrouve les 52 jours dans le mythe grec des Argonautes partant à la conquête de la Toison d’Or, de leur totalité définitive. 50 + 2 est un nombre,  nombre qui se retrouve dans tous les jeux de cartes. Il nous indique encore la Vérité. D’ailleurs, le mot KAL avec le RAPH et le LAMED a pour valeur respective 30 + 20 = 50. Il veut dire « tout ».

Avec le mot « MI » nous avons aussi le 40 + 10, le monde des eaux d’en haut, dont tout procède. C’est l’unité totale qui va s’exprimer dans le MA, les eaux d’en bas, pour l’enrichir en vue d’un retour à l’unité totale.

Il est très mystérieux de constater que ce monde divin, totalement riche, va encore s’enrichir. Nous ne pouvons méditer le monde divin qu’à travers cette antinomie qui est mouvement et non-mouvement. Si nous nous arrêtons à un de ces deux pôles, nous le nions, car s’il est mouvement, il est imparfait et s’il est non-mouvement, c’est la mort. Ce sont les deux pôles d’une même réalité.

Ce germe, ce poisson, est aussi le symbole du Christ par lequel le représentaient les premiers Chrétiens. Le Christ ouvre aussi l’ère des Poissons.

Une question : Y a-t-il un ou deux poissons ?

A. de Souzenelle : Cette conception est parfaitement hérétique par rapport à la théologie chrétienne. Elle est chère à Steiner qui voit dans le baptême du Christ la disparition d’un premier poisson qui serait sa nature humaine. Il ne serait devenu Fils de Dieu qu’après son baptême. En astrologie, il y a deux poissons avec le retournement des énergies. C’est une totalité, le dernier signe du zodiaque, celui qui les récapitule tous. Il forme une unité qui va repartir dans un cycle plus grand.

Nous nous étions arrêtés l’autre jour au mot NAGOD qui est l’illustration la plus belle de l’idée du poisson. La racine Nagod veut dire « communiquer » et aussi « face à face ». Nous la retrouvons dans le face à face d’Adam et de celle qu’on appelle « ISHA », la femme, au moment où Dieu la lui présente, car il ne s’agit pas du tout de la création de la femme par rapport à l’homme. Adam — et nous le sommes tous — est féminin et masculin à la fois. Cette prise de conscience du féminin en lui sera la prise de conscience de tout son monde intérieur qui n’est pas encore épousé. De même que dans la Genèse chaque jour est mis à la lumière, à la lumière lourde de la ténèbre dont elle procède et qu’elle porte en elle ; chaque jour de la création va être la mise à la lumière de telle ou telle ténèbre et va être lourde de tous les jours précédents qui rentrent dans les ténèbres. De même aussi Adam, au sixième jour, avec les animaux, c’est-à-dire avec ses énergies immédiates, est lourd des jours précédents qu’il porte en ses structures profondes. Et Isha est une perspective de profondeur de son être qu’il va conquérir. Isha est celle qui pourra communiquer avec lui. C’est à ce moment que dans la Genèse le mot Nogod est prononcé.

Si vous coupez ce mot en deux, deux mots sont face à face, d’une part le Noun, le poisson et d’autre part le Gad qui est aussi le poisson. Nous ne pouvons donc communiquer vraiment avec nous-même que de poisson à poisson, de germe à germe, dans les profondeurs de notre être.

Ainsi que nous l’avons déjà vu, Gad retourné donne Dag, le bonheur. Gad est aussi le juste rapport du 4 et du 3 (Guimel et Daleth), dont la somme est 7 et la multiplication 12, deux nombres très importants.

Nous trouvons tout ce symbolisme dans le voyage de Job dans les ténèbres où il va rencontrer le « crocodile » qui est le Léviathan, et dans le mythe de Tobie et de sa rencontre avec le Dag Hagadol, le grand poisson.

Pouvoir communiquer de poisson à poisson, c’est communiquer avec les profondeurs de son être et avec des personnes du même niveau de conscience. Le drame actuel de l’humanité c’est qu’elle n’a plus la communication avec elle-même et ne l’ayant plus, elle ne l’a plus avec les autres. Découvrir cette communication profonde, c’est à la limite, communiquer avec le Divin.

Tous ces hommes qui ont fait l’expérience des grandes profondeurs, sont très proches du Noun : Noé qui n’est autre que Noha, c’est-à-dire le Noun et le Heith. Dans le mythe du Déluge la terre a été submergée. Il y a peut-être eu un cataclysme extérieur, nos énergies dont nous sommes tellement inconscients ayant eu pouvoir sur nous et nous ayant submergés.

Au sixième jour Adam est identifié à toutes ces énergies que représentent les animaux. C’est-à-dire qu’il est sur le même plan de conscience qu’eux. Pour les dominer, les contrôler, il est obligé de se dissocier d’eux et de les nommer. Ce sera là son premier champ de conscience. A partir de ce moment-là il a déjà vaincu, épousé le premier jour. Et puis, après cela, il est mis à l’épreuve du fameux serpent qui vient le tester pour voir s’il peut aller plus loin. Et c’est le drame de la chute, il est renvoyé au sixième jour, avant qu’il n’ait nommé ses énergies.

Identifiés à nos énergies, n’en ayant pas conscience, elles ont pouvoir sur nous et c’est le déluge. Si nous voulons recommencer l’opération divine ratée par l’homme à la suite du drame de la chute, nous avons pour tout premier travail à faire venir devant nous ces animaux du sixième jour et de les nommer, de les intégrer. C’est là où nous retournons les énergies.

Voilà ce que signifie Noha. Il va affronter toutes les barrières, il va mourir à un état de conscience pour ressusciter à un autre. Retourné, le nom de Noha c’est Hen, la grâce, la miséricorde divine, celui qui console, qui conduit. C’est aussi le nom de Anne, aussi masculin que féminin. Ce sont des femmes qui ont trouvé grâce devant Dieu.

A la naissance de Noé son père prophétise : « C’est celui qui me consolera de tous les maux de la terre ! ». Consoler, c’est le mot « NAHOM ». La consolation c’est le nom de Noé, le nom qui donne l’énergie, la vocation, il est celui qui va conduire l’humanité vers de nouvelles prises de conscience. Et le mot conduire, c’est NAHO, le guide que sera Noé, qui, lorsqu’il sortira de l’Arche, redevient cet Adam d’avant la chute.

Un autre personnage important de la Bible, c’est Jonas qui s’écrit Yod, Vav, Noun, Heith. Il entre pendant trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson : Dag Hagadol. Il est d’ailleurs comparé au Christ qui reste trois jours et trois nuits dans le ventre du tombeau pour cette immense mutation du corps de chair ressuscitant au corps glorieux.

Le nom de Jonas est d’autant plus intéressant qu’il est le nom de Yod-Hé-Vov-Hé dont le deuxième Hé est remplacé par Noun. Jonas veut aussi dire « la colombe » qui est une expérience de lumière. Un des Hé du Tétragramme n’est pas encore complètement accompli et c’est pourquoi il doit faire l’expérience des ténèbres dans le ventre du poisson. Il se refait germe, petit enfant.

Si je me souviens bien, Job est le fils de Noun, il a lui aussi dans sa vocation de vivre cette dimension du poisson. Fils de poissons, c’est le poisson lui-même qui doit accomplir un niveau plus haut encore.

Le mot Jourdain en hébreu c’est YARDEN. C’est le fleuve qui est véritablement nord-sud. C’est dans le Jourdain que Jean-Baptiste baptisait, que le Christ a été baptisé et les Evangiles disent que le Christ est descendu dans le Jourdain. Et ceci est écrit dans le nom Yared qui signifie descendre. Le Christ descend dans la situation du poisson, il se fait poisson.

Nous ne pouvons pas monter dans les hauteurs si nous ne descendons pas dans les profondeurs. La tradition juive dit qu’il y a sept cieux en haut et sept enfers en bas. Ce sont les deux pôles d’une même réalité qui sont les sept jours de la Création. Nous ne pouvons dominer sur, qu’en descendant dans… C’est une réalité que nous allons trouver sous une autre forme avec le nom de Michel. La racine MACHOL en hébreu veut dire : se faire semblable à… C’est un autre aspect de la même réalité. C’est aussi rentrer dans… pénétrer, pour dominer. On ne domine pas en se heurtant. Dans les jeux martiaux des Orientaux, on ne va pas contre l’autre, mais on va prévoir le geste de l’autre pour pouvoir le déséquilibrer ; entrer dans son geste. Il en est de même à tous les niveaux.

Un autre mot important est « ANI » qui veut dire « moi », « je ». De quoi ce mot est-il fait ? Il a la puissance de l’Aleph, il y a le poisson et il y a la naissance totale qui est le Yod. Le but de l’humanité, c’est d’entrer dans cette puissance que profile le Yod, c’est-à-dire Yod-Hé-Vov-Hé. C’est la puissance créatrice divine qui descend dans le poisson que nous sommes chacun de nous. C’est le « Soi » en langage moderne, cette dimension essentielle de l’être, sa programmation. C’est ce germe que j’appelle le « son-germe », car nous sommes créés par le Verbe.

C’est aussi l’anagramme d’Ayin, la toute première énergie divine énoncée, mais totalement inconnaissable, insaisissable, « le rien » qui est dans la grande ténèbre du premier jour. Notre moi, notre je, procède de ce Rien divin. L’Ayin, dans l’Arbre des Séphiroth est la première Séphirah, tout en haut, la couronne, nommée, mais pas connue.

Lorsque la lettre Noun s’approche du Saint-Béni-Soit-Il, elle fit valoir qu’elle était en tête des mots NORAH, crainte et NAVAH, beauté. Et Dieu répond : « Retournes à ta place, car c’est à cause de toi que le SAMEK est retourné à la sienne et appuies-toi sur lui, car il est dit : Yod-Hé-Vov-Hé soutient tous ceux qui chancellent. Chanceler, tomber, c’est le mot NAPHOL. Ceux qui tombent sont les NAPHELIM, les faibles. Naphol est entièrement constitué par la racine PHOL que nous retrouvons en anglais dans « to fall » et en allemand dans « fallen », parce que le Noun est faible, il est encore un petit garçon. Et souvent nous verrons ce Noun disparaître pour l’arrivée de Yod. Le Samek, la lettre qui suit et que le Noun ne doit pas quitter, le soutient. Mais ce soutien doit un jour disparaître pour que le germe — comme il en est aussi pour les enfants et pour leurs parents — devienne lui-même l’arbre qui soutiendra d’autres. Alors dans la Bible les Nophélim sont appelés « les géants ». Ce sont les faibles qui sont devenus forts, parce que ce sont eux qui commencent l’élaboration du mot « poisson ». Le géant, à l’instar de Goliath, est ce faible qui se croit fort. Nous ne pouvons devenir forts que si nous acceptons d’être faibles.

Les forts, ce sont le GEBOURIM, ce sont eux qui acceptent d’être faibles pour devenir forts. Les fils de Dieu qui épousent les filles des hommes, c’est la conscience qui s’éveille et qui épouse le féminin de l’humanité. Cela n’a rien à voir avec les héros de l’humanité.

Le SAMEK est une lettre un peu coquine, parce qu’elle ressemble au Mem final. Elle a pour valeur 60 et signifie « l’appui ». Elle s’écrit avec un Mem et un Kaph final. Homologue du Vav, 6, que nous avons rapproché du sixième jour, celui de la création de l’homme. Rappelez-vous que le Vav est une conjonction. C’est la colonne vertébrale et, par rapport au cosmos, c’est l’homme en tant qu’il est la colonne vertébrale cosmique qui le lie à l’horizontale et, par rapport au ciel et à la terre, à la verticale. Il est le rapport. Les anciens l’appelaient le « microthéos » et le « macrothéos ». Notre vocation est d’être le juste rapport entre le haut et le bas, entre la droite et la gauche, c’est-à-dire avec chacun de nos problèmes, avec les événements, avec les choses, avec nous-mêmes, pour commencer.

Le Vav est donc cet « et », cette conjonction, il est celui sur lequel s’appuie la Création. Avec le SAMEK (60) nous allons trouver la même chose.

Son graphisme le plus primitif est un arbre, comme un petit arbre de Noël avec trois branches horizontales. Puis la base va disparaître et on distingue très bien les trois branches de l’Arbre des Séphiroth. Se stylisant, ce petit arbre va donner le sigma, le Xi grec et notre lettre X. Le 60 nous met devant l’arbre de notre corps. Ceci n’est pas vraiment dit, il est dit qu’il est notre appui, mais c’est l’Arbre des Séphiroth, notre colonne vertébrale dont les branches, encore faibles, deviendront fortes.

Quand le Noun est allé trouver le Saint-Béni-Soit-Il, il a reçu l’ordre de ne pas se séparer du Samek, parce que le Noun a besoin d’un appui. Le Nophelim a besoin de s’appuyer sur le 60 qui représente en quelque sorte l’adulte par rapport à l’enfant. C’est le mât du navire par rapport à la voile, la hampe du drapeau par rapport au drapeau, c’est le mot NES.

Dans le mot SOUSSE qui, comme en arabe veut dire cheval, nous nous trouvons devant deux Samek et nous avons le nombre 60 + 6 + 60, très proche du 666 qui est le nombre de l’Apocalypse. Vu de cette manière, le cheval représente le nombre de la Bête. « Mais, dit l’Apocalypse, que celui qui a l’intelligence pour comprendre, comprenne ! ». Si 666 est le nombre de la Bête, il est aussi le nombre de l’Homme. Qu’est-ce que cela signifie ? A mon avis cela exprime que le 6, cet « et » ne veut pas aller au 7. Il est la répétition, ce monde ennuyeux qui se répète toujours. C’est la chaîne du Samsara, c’est la banalité quotidienne. Le cheval est l’animal qui est tout entier dans ses jambes et nous pouvons dire qu’il représente la partie de nous jusqu’aux hanches. Il représente toute notre activité, perpétuellement en déplacement, qui va à droite, à gauche et qui comble le vide intérieur par des activités extérieures, pour acquérir. Acquisitions qui vont de la forme la plus grossière, matérielle, jusqu’aux acquisitions plus subtiles, par exemple celle des diplômes. C’est l’humanité qui est menée par son cheval et qui n’a pas encore fait la démarche lui permettant de le monter et ainsi d’entrer dans le 7.

Il y a certainement un autre niveau de lecture pour le 666. Nous le verrons avec le MEM final qui a pour valeur 600. Là nous entrerons dans un autre niveau de lecture, dans la notion de l’Homme qui commence à assumer le cavalier. Donc, si nous ne prenons pas les rênes, nous restons dans le monde de la répétition.

Le mot SAKOL est aussi extrêmement important. Il veut dire « fou ». SEKEL signifie le « cerveau ». Que veut dire cette racine ? Si nous reprenons le Samek comme étant l’appui vécu dans sa totalité, c’est-à-dire dans la conquête de notre colonne vertébrale, la folie est en réalité l’acquisition de la plus haute sagesse. Il ne s’agit pas du tout de la folie comprise à notre niveau de conscience. C’est l’homme totalement réalisé, l’homme total qui est un Dieu. Il est certain qu’il paraît fou à l’homme ordinaire, parce qu’il le gêne, il le dérange, parce qu’il n’agit pas comme tout le monde. C’est un homme qui a fait tomber toutes les barrières par rapport aux conventions sociales.

Le mot SOD est le « secret ». C’est l’homme qui dans son Arbre va ouvrir toutes les portes successives, qui va entrer dans son secret successif, dans son sacré successif. Et Yesod, une des Séphiroth qui est tout à fait à la base de la colonne vertébrale, et qui en est le fondement, est le secret du Yod. C’est là où le Yod commence à prendre naissance, c’est là que le germe commence à vivre et où nous allons le porter tout le long de notre colonne vertébrale jusqu’au Yod-Hé-Vov-Hé qui est la tête.

Le dernier mot que nous allons étudier est HESSED, la grâce et aussi la Grâce divine. Il s’écrit d’un côté avec le Heith qui est la barrière et le Daleth qui est la porte. La Grâce, c’est cette force qui nous est envoyée et qui va nous faire passer par toutes les barrières. HOD, les deux lettres qui cernent le Hessed, c’est la « fine pointe » par laquelle nous pouvons acquérir la Grâce, la fine pointe qui pénètre dans nos vies.

HESSED, c’est aussi le secret qui est caché derrière chaque barrière que nous avons à passer. Nous ne savons pas ce qui est de l’autre côté et nous sommes angoissés. De l’autre côté il y a le secret, le sacré, qui est toute la Grâce divine.

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