Annik De Souzenelle : Les lettres hébraïques : des énergies vivantes 7


29 Mar 2010

Aller au texte précédent de la sérieAller au texte suivant de la série

Le titre est de 3e Millénaire

(Revue Panharmonie. No 181. Mars 1980)

Compte rendu de la rencontre du 13.12.1979

La lettre Ayin que nous avons étudiée la dernière fois, qui est l’œuf et en même temps la vision des profondeurs, est une des plus belles lettres, parce qu’elle rend bien compte de la loi absolue de la nécessité de descendre dans nos profondeurs si nous voulons atteindre les hauteurs. La vision de la Lumière totale est la dernière acquisition de l’homme. « J’avais entendu parler de Toi, maintenant mon œil Te voit », dit Job.

Nous étudions aujourd’hui la lettre PHE qui a pour valeur 80. Elle est l’initiale du mot Phé, si nous ajoutons seulement un Hé elle signifie : bouche. Souvenez-vous de la lettre Heith qui vaut 8 et qui est la barrière. Barrière qui se dresse devant l’homme qui a vécu le nombre 7, la plénitude qu’il est obligé de casser pour progresser, pour entrer dans une nouvelle octave, de nouvelles structures, lui permettant d’appréhender un autre champ énergétique, le Heith, le 8, se présentant comme le Gardien du Seuil de ce nouveau champ qu’il ouvrira à l’homme qui aura su dire le mot de passe.

Avec Phénous nous retrouvons un peu cette idée. Là aussi il s’agit d’un organe du corps ainsi qu’il en est fréquemment le cas dans le plan des dizaines. Que signifie la bouche pour les Hébreux ? Elle est tout un ensemble vocal. Nous avons été créés par le Verbe Divin et vivre dans ce Verbe Divin, c’est entrer dans une libération. Le Phé, c’est l’idée du Verbe qui nous est donné par la Tradition, du Verbe que nous sommes en devenir. C’est toute la Tradition que nous apporte le Phé et qui en soi est une barrière. Elle est une barrière parce que notre langue est symboliquement liée à l’Épée. L’homme procréateur par le sexe doit devenir créateur par le Verbe dans la dimension duquel nous avons à entrer. Nous ne faisons encore que balbutier, ignorant que notre Verbe est créateur souvent de vie et de mort. Nous sommes des êtres encore coupés de nous-mêmes, ignorant nos possibilités, notre potentiel qui est immense.

L’épée est l’archétype qui va s’exprimer d’une part par le sexe masculin et d’autre part par le Verbe. C’est l’épée à double tranchant qui vivifie ou qui tue selon que l’homme en ait acquis les structures ou non.

Le graphisme de cette lettre Phé est au départ une bouche qui, par la suite se stylise et qui donnera un peu la forme du Phé et qui sera à l’origine du Phi grec.

La lettre Phé est venue se présenter devant le Saint-Béni-Soit-Il, se réclamant du mot PEDOUT qui veut dire délivrance. Et, en effet le Phé est essentiellement liée à la notion de délivrance, de libération, d’ouverture à la Loi qui est un dépassement lorsque celle-ci a été intégrée. Le Christ a dit : « Je ne suis pas venu pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir ». L’accomplir, c’est l’ouvrir aux différents octaves auxquels elle se propose à travers un texte. Les Hébreux disent que la Thora peut être lue sur soixante-dix plans, symboliquement, naturellement. Cela veut dire qu’elle peut être lue à bien des niveaux de lectures qui correspondent à différents niveaux de conscience. C’est cela l’ouverture de la Loi.

Mais pour transgresser un niveau pour en aborder un autre, l’homme a besoin de beaucoup de courage. Car pour ceux qui ne peuvent le suivre dans son évolution il va passer pour un être abominable, incroyant. On va le montrer du doigt. Mais lui, il a reçu cette information intérieure qui va lui permettre d’aller plus loin.

Et le Saint-Béni-Soit-Il renvoie la lettre en disant : « Non, tu ne présideras pas à la création du monde, parce que tu commences le mot PESHA, le péché. Ce n’est pas possible qu’une lettre qui commence un tel mot préside à la Création.

Le mot PESHA actuellement veut dire « une marche, une progression ». Et lorsque ce pas se fait dans les conditions que nous venons de dire, la progression doit passer par la transgression. Le mythe de la chute est une transgression non juste qui a fait le drame de l’humanité en la remettant à zéro pour qu’elle reprenne le chemin. Lorsqu’elle est juste, c’est aussi le mot PESHA. L’Apôtre Paul l’emploie lorsqu’il parle de la Loi. Quand il n’y a plus de loi, il n’y a plus de transgression. C’est la situation dans laquelle nous sommes actuellement. Nous sommes dans un monde de lois morales, sociales, car nous vivons dans une jungle qu’il faut bien ménager ; mais cette loi est faite pour un monde infantile. Quand on prend conscience de cela, un jour vient où on est bien obligé de transgresser en sachant que c’est juste. Sans cela nous sommes dans le PESHA.

C’est l’histoire du Christ lorsqu’il transgresse le jour du Shabbath, quand, passant avec ses disciples le long d’un champ il voit un homme qui y travaille. C’est le jour du Shabbath. Les disciples sont scandalisés. Mais le Christ s’adresse à cet homme en lui disant : « Homme, si tu sais ce que tu fais, tu es béni par mon Père. Mais si tu ne sais pas ce que tu fais, tu es transgresseur de la Loi et tu es maudit de mon Père ! ». Ce texte est tellement immense qu’il a été supprimé des Évangiles ! On ne transgresse pas impunément, voilà en quoi le Phé est aussi une barrière.

PAH est un mot qui vaut 88, il veut dire « filet ou le piège ». Avec ces deux 8 nous sommes saisis dans le piège ou alors au contraire, nous passons, nous traversons. Mais nous ne pouvons passer que dans un dépassement des contradictions qui sont en nous. Et quand nous avons au milieu de ce mot le Tav qui veut dire « signe » et précisément « signe de la Croix » dans toutes les traditions, cela donne le mot PATOM qui signifie « ouvrir » et aussi « la porte », nous trouvons le symbole de l’incarnation qui est essentiellement la Croix, puisque nous sommes crucifiés entre le chemin vers le Divin, et toutes les énergies dont nous sommes faits à chaque niveau de réalité. L’homme est au centre de la croix. Et le mot PATOH, ainsi formé et qui signifie « ouvrir » et aussi la « porte », nous ramène au Daleth qui a pour valeur 4 et qui aussi veut dire la « porte ». Le 4 est toujours un arrêt, une porte qui est proposée et qu’il faut ouvrir.

Le mot PESSAH qui est la Pâque avec un Samek qui a pour valeur 60, c’est le soutien, c’est l’arbre, c’est la hampe du drapeau, le mât du navire. Nous trouvons dans PESSAH un peu la même idée que dans PETAR qui est « le passage ». L’Égypte pour les Hébreux était un piège. Or il y a un moment où Moïse se dresse, la personne pensante qui est le pôle d’évolution que nous avons tous en nous à partir du moment où nous cherchons la libération. Nous avons tous un Moïse en nous et aussi un Pharaon qui s’oppose. Mais nous sortons de cette servitude, de ce piège et c’est la Pâque. La pâque chrétienne, c’est la même idée, mais à un autre niveau.

Nous passons au mot PÉLÉ, le miracle, la chose merveilleuse qui rend compte de notre vraie nature. Nous pourrions le traduire mot à mot par « la bouche de l’impossible », Lo étant la négation du mot divin retourné. El. C’est l’ouverture au niveau du Divin, le dévoilement des mystères. Mais Lo est aussi la négation « pas ». Dans la profondeur le oui et le non sont la même réalité au niveau de ce nom divin qui est au-delà de toutes les contradictions, au-delà de l’être et du non-être. Ce sont les mêmes lettres, donc les mêmes énergies.

Lorsque Dieu se révèle à Moïse dans le Buisson Ardent en tant qu’Il Est, Il se limite, car nous ne pouvons l’appréhender que dans une limite. IL EST et IL N’EST PAS, si bien que ces deux mots El et Lo sont une même réalité. Alors PÉLÉ c’est l’ouverture du Divin, de l’impossible, ouverture du « non », « non ce n’est pas cela, c’est bien au-delà de cela ». Et ce miracle, cette chose merveilleuse, c’est tout simplement l’ouverture à notre vraie nature. Le Phé y préside.

PETEROM, c’est Pierre, l’Apôtre, celui qui ouvre la lignée. C’est celui qui a été choisi le tout premier avec son frère André. Il y a autour de ce mot un immense malentendu. Lorsque l’Apôtre Pierre répond à la question du Christ : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » — « Tu es le Christ, fils du Dieu vivant ». Le Christ lui dit : « Ce n’est pas par ton intelligence que tu as répondu cela, mais par une lumière de l’esprit en toi. Tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Les mots sont « Tu es EBEN, pierre ». Tu es Eben, tu es une pierre dure, parce que tu participes à la construction du Royaume et sur cette pierre (qui est encore un autre mot : SELA avec un Samek qui nous fait retrouver « le trône divin ») donc sur cette SELA, c’est-à-dire le fondement : « Tu es EBEN et sur cette SELA je bâtirai mon Église ». Ce n’est qu’en français, autour de l’an 1000 que ce jeu de mot a été fait et qui a eu pour résultat que l’Apôtre Pierre et ses successeurs ont été considérés comme la base de l’Église. Ce fut une des causes en 1054, de la séparation de l’Église d’Orient et de l’Église de Rome.

Les Apôtres sont à l’image de la Trinité, comme d’ailleurs aussi l’humanité, où l’un n’est pas plus grand que l’autre, mais égalité absolue entre tous.

La lettre TSADE que nous approchons maintenant est l’initiale d’un mot qui s’écrit : Tsadé-Daleth-Yod. Ce mot rend surtout compte d’une racine TSAD que nous allons retrouver dans beaucoup de mots et qui veut dire : « le côté ». Nous la trouvons dans TSOUD, TSADOH, TSODED qui signifient épier, pécher, dresser des embuscades, chasser. C’est la notion de harponner, d’aller chercher une proie, d’aller piéger quelque chose. En général lorsque nous considérons ces significations nous y voyons de la malice, tandis que là nous sommes devant une réalité qui dépasse absolument notre plan de conscience, car il s’agit du harpon divin. Et je pense particulièrement à cette phrase que nous trouvons, je crois, chez Isaï, lorsque Dieu dit en parlant de l’humanité, sa future épouse qu’Il va l’emmener au désert, il va l’épier, la saisir, pour qu’Il mette en Lui son plaisir et qu’elle devienne Son épouse. C’est cela qui est la racine de cette idée fondamentale du TSADE. C’est vraiment le harponnage de nos derniers éléments dans la profondeur. Dieu va se harponner en nous. Ce n’est pas par hasard que le Christ a cherché ses premiers apôtres parmi les pécheurs, afin qu’ils aillent chercher dans l’homme le divin qui est en lui.

Le discours qui s’engage entre la lettre et le Saint-Béni-Soit-Il est très signifiant. La lettre vient se présenter en se réclamant de commencer le mot TSADOCH, c’est le mot qui veut dire : le Juste. Melchitsédech est le Roi de la Justice, c’est-à-dire de la « justesse », de l’harmonie entre les deux opposés. Job est Tsedech, Noé est Tsedech, tous ces êtres qui sont justes. Et Dieu renvoie la lettre en lui disant : « Il ne me convient pas de me servir de toi pour opérer la création du monde, attendu que tu dois être cachée pour ne pas donner prise à l’erreur. Car ta forme primitive est un Noun oblique, principe femelle, sur lequel vient s’ajouter un Yod, principe mâle. » Voilà la forme initiale du Tsadé et tel est le mystère de la création du premier homme : il fut créé à double face, deux figures tournées en sens inverse, dos contre dos. Et c’est pourquoi le Yod est présenté de dos et non de face. « Toi aussi, dit Dieu, tu seras un jour divisé en deux, mais tu vas autre part.

Ce qui est à retenir, c’est que le Tsadé est fait de cette rencontre du Noun et du Yod, principe féminin et masculin. Ces deux lettres sont absolument inséparables et constituent ce fameux masculin et féminin d’Adam qui est Yod et Isha (qui n’est appelée Ava qu’après la chute) qui est son Noun, son poisson, sa profondeur et en même temps, le germe du Yod. C’est le mystère de l’ombre que représente le féminin par rapport à l’homme et de l’ombre qui est la Création toute entière par rapport à Dieu. Notre travail c’est d’amener le Noun au Yod pour réaliser la totalité de la Création.

Le Tsadé c’est cette lettre au niveau du 80 qui réalise une totalité accomplie, à l’exception de ce dernier germe divin que nous avons à amener au Yod. C’est cette ultime pêche. Rien d’étonnant alors que Tsadé préside à des mots, non seulement comme Tsad qui veut dire « un côté » (qui appelle l’autre côté), mais aussi à la racine TSEL qui veut dire l’« ombre », c’est-à-dire l’ombre à sa source qui est précisément le Noun par rapport au Yod. L’homme, c’est-à-dire homme et femme, est l’ombre de Dieu. Nous sommes comme l’ombre d’un Dieu qui est parfait, mais qui est encore — on peut presque dire — inachevé, tant que nous ne sommes pas retournés à Lui. Dieu se fait mâle, le mot souvenir c’est le mot mâle, pour descendre dans son ombre, principe féminin.

Un participant : Quelles sont les voies qui permettent de retrouver son origine, afin d’accéder à Dieu ?

A. de Souzenelle : Chacun a sa voie, il n’y a pas une voie unique. Ces voies peuvent être tout à fait différentes, mais elles se retrouvent toutes à un moment. Et puis elles peuvent changer au cours de la vie. Il est important de trouver son guide intérieur, ce Lamed qui va devenir Tsadé.

Mme Langevin : La Bhagavad Gîta dit qu’il ne faut jamais emprunter la voie d’un autre, mais qu’il faut trouver la sienne propre.

Le participant : Je pensais particulièrement à l’inconscience…

A. de Souzenelle : La descente dans les profondeurs ! Il y a toutes les techniques de descente à l’intérieur de nous-mêmes avec tous les processus analytiques que l’on commence à vivre en occident.

Mme Langevin : Je pense qu’il est important de faire taire son mental qui s’oppose à tout parce qu’il est toujours une volonté personnelle, et de laisser venir l’intuition, recevoir l’information.

F. Catala : Autrement dit dans la méditation…

A. de Souzenelle : Si l’analyse devient mentale, elle est complètement faussée. Il faut casser tout ce cadre mental pour entrer dans l’information des profondeurs. C’est pour cela que le rêve est tellement important. Pour certains une de ces voies de départ sera le chant, le chant grégorien, par exemple. Il casse toute fausse structure et fait jaillir de nous des énergies fantastiques.

Une participante : C’est la voie des mantras.

A. de Souzenelle : A condition qu’elle ne soit pas mentale.

Je voulais encore vous montrer le NETS, c’est le mot qui veut dire « arbre », c’est important parce que notre être tout entier est vraiment structuré sur l’arbre.

Le mot ETSEB est le mot employé dans la Genèse quand Dieu dit : « Tu enfanteras dans la douleur ». Le mot douleur est aussi le mot « travail ». Mais attention ! Il ne s’agit pas tellement de mettre des enfants au monde, que de mettre au monde notre Yod. Le Tsadé est ce harpon qui va dans les profondeurs, qui traverse AV, le nuage dont on peut dire ici qu’il est le dernier, l’enfantement, la mise au monde. Et c’est en même temps la construction de l’arbre. C’est vraiment le travail de l’humanité qui construit son arbre.

Le mot ETSEM veut dire « l’os, le squelette », tout cet arbre du corps. C’est aussi le mot employé par les Hébreux lorsqu’ils veulent parler de la partie la plus intime d’eux-mêmes, quand ils veulent dire : au cœur de moi-même, ETSMI, c’est-à-dire dans mon os. C’est la moelle de l’os qui est quelque chose de mystérieux même au point de vue physique, puisqu’elle contient toutes les réserves des noyaux des cellules du sang. C’est ce qui est absolument indicible, parce que c’est le Soi.

Compte rendu de la rencontre du 10.1.1980

Plus nous avançons, plus les lettres sont chargées et plus nous pouvons appréhender cette langue extraordinaire.

Nous approchons aujourd’hui une autre lettre fort importante, le QOF qui a pour valeur 100. Cela nous met évidemment en harmonie avec la lettre qui a pour valeur 1, c’est-à-dire le Aleph, le Yod qui a pour valeur 10 et même le Aleph final qui pour valeur 1000. Nous entrons à nouveau dans l’unité. Entrer dans l’unité avec le 100 est une chose difficile à appréhender parce que nous pénétrons dans des qualités intérieures qui nous échappent de plus en plus. Si nous n’abordons pas cette lettre avec des mains purifiées, nous pourrons être scandalisés au niveau de notre entendement immédiat.

QOF a plusieurs significations. D’une part il veut dire « le singe », le petit animal curieux et très étrange. Et d’autre part il veut dire ou plutôt c’est QOFITS qui veut dire « la hache », « le hachoir », mais aussi « le chas de l’aiguille ». L’hiéroglyphe de la lettre est une hache double, la fameuse hache de Cnossos. Puis la lettre se penchera de côté et elle donnera en français notre lettre Q. C’est pour cela que les mots qui commencent par un QOF en hébreux, ne devraient pas s’écrire avec un K ; comme par exemple Qabale dont l’orthographe devrait être celui-ci. Le K correspond au KAPH, le creux de la main.

Même si nous ne nous en rendons pas compte tout de suite, il y a pourtant une correspondance étroite entre les significations du QOF, recouvertes par une seule énergie. Quel est le symbolisme du singe dans les différentes traditions ? Le monde animal est un monde extrêmement signifiant. Or le singe, si nous faisons la synthèse du symbole qu’il représente, c’est la sagesse, mais une sagesse qui nous dépasse tellement, que ce sera sous les facéties du singe que nous allons être obligés de l’appréhender, sous cette espèce de singerie qui aide à faire passer un message. L’humour est un peu le symbole de cette vraie sagesse qui peut être scandaleuse pour nous, parce qu’elle est tellement folie à nos yeux. Comme a dit l’Apôtre Paul : « La sagesse de Dieu est folie pour les hommes. Et si tu crois être sage selon le monde, deviens fou. Alors tu entreras dans la sagesse divine ». L’homme totalement accompli, SAKOL, c’est aussi le mot qui veut dire « le fou ». Le Prophète, celui qui voit les cieux ouverts et non celui qui lit dans l’avenir, commence à être cette folie-là. Là il n’y a plus de temps, on est dans un non-temps aussi bien que dans le passé, le présent et l’avenir.

Dans tout l’Orient, ce petit singe représente la sagesse sous forme de trois petits singes dont l’un se bouche les yeux, l’autre la bouche et le troisième les oreilles. C’est le symbole de celui qui ferme ses sens à l’appréhension du monde extérieur pour entrer dans un monde intérieur. C’est cela la vraie sagesse. Il ne s’agit pas de nier le monde extérieur, il nous sert de tremplin, mais il faut que nous allions au-delà, dans un monde beaucoup plus subtil.

Chez les Hébreux, qui est le Sage par excellence ? C’est Salomon de réputation mondiale, à tel point que la mystérieuse Reine de Saba va venir non pas pour une visite de royaume à royaume, mais pour vérifier cette sagesse. Et quand elle l’a vérifiée, elle s’incline devant Salomon et elle dit : « Véritablement, celui-là est le plus sage de tous les sages ». Et à partir de ce moment-là, tous les ans elle lui fait envoyer des cadeaux qui consistent en de l’or, de l’encens, de l’ivoire, des singes et des paons. Ce sont les cinq attributs de la sagesse. L’ivoire, c’est la dent de l’éléphant, et l’éléphant est aussi symbole de sagesse. En Inde, Ganesha est ce dieu-éléphant qui monte un rat. D’après notre sagesse ce serait plutôt le rat qui monterait l’éléphant ! Mais là tout est inversé. Le rat est symbole de l’intelligence subtile qui s’immisce partout, qui va prendre connaissance de tout. Or sagesse et intelligence sont inséparables. Ce sont les deux Séphiroth qui sont à la base du triangle supérieur de l’Arbre des Séphiroth. Toute intelligence nous conduit à une sagesse et une intelligence divine nous fait entrer dans une sagesse divine. Et Ganesha est celui qui pénètre, grâce au rat qui l’accompagne, les éléments les plus subtils du monde et qui incarne cette sagesse qui dépasse tout.

Il est intéressant de faire se rejoindre les paons et les Chérubins qui, dans la symbolique chrétienne, sont représentés par de grandes roues avec des yeux tout autour. Le paon est exactement comme cela. Les Chérubins sont des Archanges qui gardent le Jardin d’Éden, la dernière porte. Et tout se retrouve dans le symbole du chas de l’aiguille qui est aussi la dernière porte.

C’est grâce à notre énergie intérieure que nous allons passer par les portes successives du QOF qui est le chas de l’aiguille, la dernière porte.

Cette lettre aussi est allée trouver le Saint-Béni-Soit-Il pour prétendre commencer la création du Monde, en se basant sur le mot QADOSH qui veut dire « le Saint » et elle a été renvoyée, parce que, dit le Saint-Béni-Soit-Il, « tu fais partie du mot SHEQER qui veut dire « mensonge ». Le QOF est entouré par le SHIN et le REICH qui, réunis, forment le nom de SARAH, SAR étant le prince ou la princesse. Qu’est-ce que cela veut dire par rapport au mensonge ? C’est là que nous pénétrons dans le scandale, car nous ne pouvons appréhender le mensonge que si nous comprenons que la vérité est absolument inappréhendable. Ce n’est qu’à travers des morts et des résurrections successives que nous pouvons aller vers la vérité. Ce qui est vérité pour nous aujourd’hui sera mensonge lorsque nous aurons franchi un nouveau pas vers une autre vérité. La vérité est au-delà de la vérité et du mensonge et pour le comprendre il ne faut pas que nous restions enfermés dans notre petit plan de conscience actuel.

C’est dans cette perspective que nous abordons aussi le problème de la ruse. Le Christ Lui-même va louer l’économe infidèle et dire : « Ah ! si les enfants de lumière étaient aussi rusés que les enfants des ténèbres ! » Cette ruse nous pouvons un peu la comprendre grâce au Tsadé, l’hameçon. Quelle ruse qu’un hameçon pour aller chercher un poisson ! Pour nous c’est la même chose : il y a une ruse dans l’hameçon qui nous est tendu pour que nous avancions plus loin. Et la toute première ruse est celle du serpent en Éden. Le mot AROM employé dans la Bible signifie à la fois « la ruse », « la connaissance » et aussi « la nudité ». La nudité, c’est la connaissance totale, c’est le parfait miroir de la connaissance divine. Et le serpent, « le plus rusé de tous les animaux », sait parfaitement le chemin que l’homme et la femme ont à accomplir et il va se faire barrière sur ce chemin. C’est là toute l’histoire de la chute.

A. de Souzenelle nous cite quelques exemples de ruses « fécondes » : Jacob et le droit d’aînesse, Tamar qui met au monde l’enfant engendré par son beau-père ou plutôt les jumeaux dont l’un, Peretz, sera l’ancêtre du Christ.

Quand on dit que « Dieu sonde les reins et les cœurs », le QOF est encore présent dans le mot HAQOR qui signifie « sonder ». Cette sagesse c’est la sonde divine, c’est elle qui nous alimente qui nous nourrit. Dans HAQOR, les deux lettres qui entourent le QOF forment le mot HOR qui veut dire « caverne ». La sonde, c’est la descente dans la caverne.

On retrouve le QOF dans le mot MAQOM, le « lien » et qui est aussi un des noms de Dieu. Quand après la séparation des eaux du bas et ensuite de ceux d’en-haut, Dieu dit : « Que les eaux se rassemblent dans un lieu UN : EL HAQOM ERAD, quel est ce lieu dans le complexe espace-temps ? C’est le symbole extérieur du lieu intérieur, de notre espace intérieur, de notre champ de conscience, de ce dernier lieu que nous avons à atteindre, le MI divin où il n’y a plus ni temps, ni espace.

Dans RAQIA dont il est question le deuxième jour, lorsque Dieu sépare les eaux d’en-haut et qui signifie « étendue » le QOF au milieu est entourée par le Reich et le Ayin qui, en formant le mot Ra que nous traduisons à tort par « le mal », signifie ce qui est encore dans la ténèbre. Toute création a pour but de faire émerger la ténèbre dans la lumière et c’est cette étendue qu’on appelle CHAMAIM où le mot MAIM, les eaux, est reconstitué.

Le vrai nom de Jacob est YAAQOV. Ce mot est formé sur le mot AQOB, le talon. Or le talon est un endroit extrêmement important dans le corps, il est symboliquement celui qui contient toutes les énergies. Et c’est pour cela que Jacob à sa naissance et à celle de son frère Esaü, tient dans sa main le talon de ce dernier, c’est-à-dire qu’il va prendre en main toutes les énergies qui sont en réserve dans le talon de son frère. Et pour cela il va passer par la ruse. Dans le mot AQOB, QOF perce le AV, le nuage, c’est-à-dire les voiles qui nous séparent de la lumière, qui nous séparent du Père, lorsqu’on l’écrit non avec un Ayin, mais un Aleph.

Un autre mot à connaître est QABALE qui vient du mot QABEL, « recevoir ». QAB veut dire un contenant que nous retrouvons, venu de l’arabe directement de l’hébreu, dans notre mot « Cabas ». C’est le ventre, c’est la matrice et QABEL qui s’écrit avec un Lamed, signifie que tout est mouvement, c’est recevoir. Alors la QABALA des Hébreux, c’est le contenant de la Tradition, qui s’est identifié à la tradition.

En supprimant la lettre du milieu, nous obtenons QOL, la voix divine qui va parler et qu’il ne faut pas confondre avec Kal qui est le tout, la totalité.

Nous parlerons du mot QEDER, l’Orient et aussi l’éternité, quand nous étudierons le Mem final. Dans Qedam nous avons QOM, le verbe venir dans un sens très fort, qui veut dire se dresser et qui est employé pour exprimer la résurrection.

La prochaine fois aussi je vous parlerai lorsque nous étudierons le REICH, d’un mot qui est fait avec le QOF : NIQBA, mot très important qui veut dire « femelle ».

Ce soir nous avons touché une lettre de grande importance, une de celles qui commencent à nous dépasser. Nous sommes encore dans une toute petite intelligence des choses. L’intelligence divine dépasse tout, de même que la sagesse à laquelle nous sommes invités à participer. Nous recevons la vérité qu’en tant que nous pouvons la supporter et à chaque fois que nous la supportons, nous allons plus loin, vers d’autres vérités non encore atteintes.

Aller au texte précédent de la sérieAller au texte suivant de la série