Annik De Souzenelle : Les lettres hébraïques : des énergies vivantes 9


29 Mar 2010

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Le titre est de 3e Millénaire

(Revue Panharmonie. No 183. Septembre 1980)

Compte rendu de la rencontre du 13.3.1980

Nous revenons à la lettre REICH que nous avons étudiée en février, et qui signifie la tête dans sa notion de principe, correspondant au triangle supérieur de l’Arbre des Séphiroth, à la base duquel il y a les deux Séphiroth : l’intelligence et la sagesse. Notre tête est informée par notre degré d’intelligence, d’intelligence non intellectuelle, mais d’intelligence participant à la sagesse divine, capable d’appréhender les éléments les plus subtils, d’entrer dans des champs de conscience de plus en plus profonds.

Dans notre démarche essentielle vers la vérité et la lumière nous faisons des expériences fondamentales, mais qui devront être éloignées de nous une fois vécues, car notre grand danger est celui de l’installation.

La première partie de notre vie se fait dans des catégories d’honnêteté, de devoir, de vertu morale. Les différents amis qui viennent voir Job pour lui prodiguer des conseils moraux sont éliminés par lui, car il sent que ce n’est pas cela, qu’il y a autre chose. Puis arrive le dernier ami, Elihu, celui qui entre dans une autre dimension de l’esprit. C’est le prophète capable d’entrer dans des perspectives eschatologiques et dans des perspectives divines.

La plupart des gens sont encore des êtres morts qui gardent toujours la même petite tête sur leurs épaules, même si, sur le plan de la culture, ils sont intelligents. Car ils n’ont pas atteint l’intelligence essentielle qui est « folie ». C’est quand nous nous trouvons devant ce qu’on appelle l’absurde que nous mettons une autre tête sur nos épaules.

Nous étions restés la dernière fois sur le mot DABAR qui signifie « la parole » et sur le mot LANOR qui veut dire « le mâle ». Je vous avais dit lorsque nous avons étudié la lettre QOF, que le mot NEQEVAH était très important. C’est la femelle. Dieu, dans la Genèse, créant Adam, à son image, le crée mâle et femelle. Le mot créer apparaît rarement dans la Genèse, il apparaît au premier jour, au cinquième et au sixième. En dehors de cela Dieu parle et la chose Est. Par contre le sixième jour qui est celui de la création de l’homme, le mot créer, BARA est répété trois fois et la troisième fois c’est pour exprimer sa dualité mâle et femelle. Cette dualité n’est pas celle que nous ramenons au niveau de notre petite intelligence. Car quand Dieu crée Adam mâle et femelle, Il les crée ZACAR, le mâle, Nequêvah, la femelle. Or la lettre centrale du mot « mâle » est un CAPH, lettre femelle, symbole de réceptivité et que celle du mot « femelle » est un QOF, lettre mâle symbole de la hache qui fend la dernière tête. Nous sommes là devant une dualité, qui est intimement liée, il y a une communion intime entre le masculin et le féminin. C’est un peu comme le Yin et Yang par rapport au TAO.

Que signifie le mâle ZACAR ? Les deux lettres qui entourent ce contenu que représente le CAPH, c’est la racine ZER qui va donner des mots forts importants exprimant la lumière, par exemple ZERA, la semence. D’ailleurs le REICH et le ZAIN sont deux lettres qui forment le nombre 207 qui est le nombre de la lumière. C’est un contenant de lumière.

Souvenez-vous de la signification de la lettre ZAIN qui est la flèche qui traverse la tunique de peau, cette peau animale qui est notre première terre, notre champ de conscience correspondant au sixième jour. La flèche est appelée à traverser nos plans de conscience successifs, c’est-à-dire à les pénétrer, à les épouser. Voilà le rôle mâle. C’est pourquoi le mot ZANOR, mâle, veut aussi dire « se souvenir ». Être mâle, c’est se souvenir de ce que nous sommes, de toutes nos réserves d’énergies qui ne sont pas encore parvenues à la lumière et que nous devons y amener.

Lorsque dans la Genèse Adam reçut l’ordre de labourer, de travailler la terre, c’était pour l’épouser, pour épouser nos terres successives, nos terres intérieures. Et quand nous avons épousé tous les champs de conscience qui sont faits de ces énergies successives, nous devenons le dieu que nous sommes.

Par rapport à cela que veut dire le mot NAGOF ? C’est le trou ou le verbe trouer, mais, et nous trouvons là toute la subtilité du mot, c’est aussi le verbe nommer. Un vieil adage dit : La vérité est au fond du puits. Si quelqu’un a le pouvoir de nommer ou d’être nommé, c’est qu’il contient le Nom. Dans NAGOF il y a la racine CAB qui signifie Cabas, c’est un récipient.

Le nom en nous, c’est le germe, c’est notre vibration initiale, le son essentiel à partir duquel chacun de nous est modulé. Nous sommes tout un agencement de vibrations liées au Verbe Divin qui nous a créés. Ce nom originel fait que chacun de nous a son nom secret, obéissant à une modulation différente. C’est le grand mystère de l’hypostase, diront les Pères Grecs de l’Eglise, de cette nature en dessous de la nature divine et dont chacun de nous a son unicité. Nous ne pouvons connaître notre nom qu’en faisant œuvre mâle en nous lorsque nous descendons dans ces profondeurs, dans ce « trou » qui contient notre nom, celui que Job va chercher dans le poisson, dans le germe, le NOUN de NAKOF, et qui lui confère une dimension fantastique, vibration participant à la vibration divine. C’est l’accomplissement total.

Dans la Genèse Dieu emmène Adam, à la fois mâle et femelle, dans les profondeurs en lui montrant tous ces champs de conscience (son côté femelle) qu’il a épousés et Il lui dit : « Vous êtes deux, vous devez devenir un ». Le drame d’Adam après la chute, lorsqu’il a mangé le fruit, c’est de croire qu’il est arrivé, qu’il a dépassé toutes les dualités. C’est pour cela que Dieu le remet en bas de l’échelle. Dans le dernier apophtegme de l’Évangile de Saint-Thomas, le Christ dit : « Si la femme ne devient mâle, elle n’entrera pas dans le Royaume des Cieux ! » C’est-à-dire, si le monde femelle ne commence pas son travail intérieur.

A la fin du déluge il y a cette phrase extraordinaire : « Et Dieu se souvient de Noé ». C’est le mot ZAHOR et voici ELOHIM ZAHOR, Dieu se souvient et fait œuvre de mâle dans l’humanité, afin que la Terre, devenue divine, puisse être pénétrée par Dieu. « Dieu se souvient… » revient très souvent dans la Bible. Quand nous chantons pour nos morts en demandant pour eux la « mémoire éternelle » nous demandons qu’ils continuent leur vie mâle après la mort — si tant est qu’ils l’aient commencée avant — ou, du moins, qu’ils l’accomplissent après leur mort physique. Cette notion du mâle et de femelle me semble fondamentale, elle transforme notre compréhension de la Genèse.

Parlons maintenant de la lettre SHIN. Elle a la forme d’un trident avec, en plus un point ici pour exprimer le son che et un point de l’autre côté lorsqu’elle exprime le son se. Elle a pour valeur 300. Avec le GUIMEL, le chameau nous avons le nombre 3 et avec le LAMED, l’aiguillon, le nombre 30. Avec le SHIN nous trouvons une autre forme d’énergie, car en réalité elle signifie la dent qui contient tout un symbolisme.

Après avoir représenté graphiquement un arc tendu, la lettre va se transformer, ses angles vont devenir beaucoup plus aigus, puis elle va se tourner pour devenir le SIGMA grec et pour donner notre petit serpent, le S. Avec la lettre actuelle nous sommes très proches du trident dont restent les trois branches.

Quel est le symbolisme de la dent ? Avec le CAPH nous avons vu que la dent de l’éléphant offerte à Salomon était signe de sagesse. Dans mon livre sur le Symbolisme du Corps, je me suis appuyée sur deux mythes, dont l’un, je dirai, est une pseudo-réalisation de l’homme et l’autre, sa totale réalisation : le mythe de Jason qui va voler la Toison d’Or pour qui il n’était pas mûr. La Toison dévoilée, va se retourner contre lui. Dans le deuxième mythe, celui de Cadmos, chargé par les dieux d’aller fonder la ville de Thèbes, les héros doivent prendre les dents du dragon et les planter dans la terre. Et ces dents vont germer et d’elles vont naître des guerriers tout habillés avec leurs armures. L’ordre est donné à Cadmos de jeter des pierres au milieu de ces guerriers qui, se croyant attaqués, vont s’entretuer. Et ce sont les derniers, les plus vaillants, qui ont survécu, qui vont avec Cadmos fonder la ville de Thèbes qui est, pour les Grecs, ce que la Jérusalem céleste est pour les Chrétiens, et même pour les Judéo-Chrétiens. Donc, pour construire cette Théba, il faudra vérifier la qualité des pierres les dents sont des pierres — et la pierre qui est posée au centre, est celle exprimée à travers tous les Psaumes, les Prophètes, c’est la Pierre d’Angle qui, pour le Christianisme, est le Christ. C’est la pierre de finition que, symboliquement, nous devons devenir. Les dents sont donc les pierres de fondation de notre édifice essentiel. Lorsque nous perdons une dent, nous changeons de terre. Il y a d’ailleurs une denture liée à chaque âge physique : la dent de lait du petit enfant, celles de l’adulte censé changer de terre et dont les dents doivent devenir de plus en plus proches de la qualité de la pierre d’angle, et les personnes très âgées, autour de cent ans, connaissent une nouvelle denture, mais très peu d’entre elles font cette expérience.

Dans les rêves, le rôle que jouent les dents est très important. Chaque dent est signifiante. Les Anciens disaient que quand nous rêvons que nous allons perdre une dent, cela signifie que nous allons perdre un membre de notre famille. Ce sont les pierres de fondation de la famille. J’ai vérifié que cela était vrai lorsqu’il s’agissait des dents de dessous, tandis que les dents supérieures sont nos propres fondations.

Le symbolisme de la dent, pour moi, est celui de la qualité de l’être, la pierre de finition étant notre dernière terre. Nous verrons cela avec le mot EBEN qui signifie la pierre. Dans la lettre SHIN, c’est notre structure de fonction trinitaire. Nous sommes des êtres trinitaires. Avec la femme ISHA, lorsque dans la Genèse elle voit que l’Arbre de la Connaissance est beau à contempler, bon à manger et désirable pour acquérir des pouvoirs, nous sommes devant les trois énergies fondamentales de notre être : jouissance, possession, puissance. Le SHIN, c’est notre noyau énergétique représenté par un arc tendu, retenu dans tout son potentiel de détente, qui n’a pas encore donné son secret pour que tout éclate. C’est l’ouverture de la boîte de Pandore que nous vivons actuellement avec la guerre, les conflits, avec la fission de l’atome investi dans la bombe atomique. Notre travail à chacun de nous, est de ramasser ces énergies, de fermer la boite et puis d’aller chercher celui qui est capable de l’ouvrir.

SHIN forme le mot SHEM qui est notre nom. C’est la matrice de SHIN, le potentiel énergétique de notre noyau, de notre force nucléaire. C’est pour cela que le SHIN est la lettre la plus fondamentale de l’alphabet hébraïque.

Lorsqu’elle est venue se présenter devant le Saint-Béni-Soit-Il pour présider à la création du monde, en se réclamant du très beau mot divin SHADAI, le Tout-Puissant, celui-ci la renvoie en disant : « Tu es digne, tu es bon, tu es vrai, mais les faussaires se serviront de toi pour affirmer leurs mensonges en t’associant les deux lettres QOF et REISH et former le mot SHEQER, le mensonge. Aussi, bien que tu sois vraie, ô lettre SHIN, puisque les trois patriarches seront réunis en toi, il ne me convient pas de me servir de toi pour opérer la création du monde ! ».

Qu’est-ce que « les trois patriarches » ? Ce sont Abraham, Isaac et Jacob, les terres de fondation d’Israël, trinité fondamentale de la création d’Israël et co-extensivement, de l’humanité et du monde. De quoi est fait le mot SHADAI ? du SHIN, du DALETH et du YOD. Si nous prenons la racine SHIN qui passe par DALETH, les portes, cela signifie que, recevant de l’énergie divine, nous ne pouvons recevoir que ce que nous pouvons supporter. C’est toute l’économie divine. C’est comme un fleuve qui va passer par des portes et arrivé au moment où il sera tout calme, si nous le retournons — puisque ce sont des énergies qui doivent se retourner — va nous permettre de passer les portes dans l’autre sens et de retourner à nos sources. Dans le baptême du Christ il est dit : « Qu’as-tu Jourdain à retourner en arrière ? ».

SHAD veut dire sein. C’est en se donnant en nourriture à sa Création que Dieu se révèle et, comme une mère donne son lait à ses enfants, Il nous donne ce dont nous avons besoin pour vivre et pour nous accomplir. Et DAI veut dire assez, suffisamment, c’est-à-dire suffisamment à chacun de nos niveaux énergétiques. Pris dans l’autre sens c’est le mot YAD, la main qui est aussi le même mot que YOD, qui profile tout le YOD-HE-VOV-HE. On peut ajouter que dans le mot DASHE, la verdure, nous retrouvons les deux lettres de sein, Dieu dit dans la Genèse : « Que la terre produise de la verdure ». C’est la verdure qui va être notre nourriture et les fruits des arbres oui portent tout leur potentiel de fruits en eux. C’est l’énergie divine, DASHE est la verdure qui nous conduit vers l’ALEPH final.

Dans l’autre sens ESHED veut dire chute d’eau, c’est tout le déversement de l’énergie. Nous avons déjà parlé de SHEM qui est le nom et qui a fourni le mot SHEMA qui signifie entendre. C’est le mot fondamental chez les Hébreux puisqu’il figure dans leur prière récitée plusieurs fois par jour : SHEMA ISRAEL… « Écoute Israël le Seigneur ton Dieu, le Seigneur est Un » ; YOD-HE-VOV-HE justement. C’est l’écoute des profondeurs, c’est est 1’écoute de son nom, la révélation du Nom. Quand l’homme écoute, il y a aussi Dieu qui écoute l’homme.

Dans la Bible lorsque Sarah, jalouse d’Agar la servante qui a eu un fils alors qu’elle-même était stérile, exige d’Abraham qu’il la renvoie, Agar est très malheureuse. Elle s’en va emportant une cruche d’eau. Mais voilà que l’eau vient à manquer. Elle met l’enfant derrière un petit monticule de sable afin de ne pas entendre ses cris, car elle pense qu’il va mourir. Et là, elle a la visite de l’Archange Gabriel qui lui dit : « Dieu a entendu l’enfant qui s’appellera Ismaël », c’est-à-dire « vous entendez ». Or tout l’Islam a été entendu de Dieu, tandis qu’Israël doit entendre Dieu. C’est un très beau peuple que celui d’Ismaël. Il a une fonction fondamentale dans le monde, parce que Dieu, après avoir entendu le cri de l’enfant, fait apparaître un fruit pour le désaltérer.

Par rapport à Ismaël, Israël est aussi un très beau nom. C’est celui que reçoit Jacob après s’être mesuré avec l’Ange qui, d’ailleurs dans la Bible est un homme ISH, syllabe qui est au début d’Ismaël et d’Israël. Et si la tradition orale en a fait un Ange, c’est qu’il traduit l’homme dans sa dimension d’immense accomplissement. Il ne lui dit pas son nom, mais il lui dit : « Tu t’appelleras désormais Israël, car tu as combattu avec Dieu et avec l’homme ». Le verbe combattre c’est SARO, c’est le combat pour atteindre la Royauté, car nous retrouvons aussi la racine SAR qui a donné le nom de SARAH, la Princesse.

Le combat, l’écoute, est au cœur d’Israël, alors que l’ordre du Coran est SAKO, combat ! Ismaël a son nom centré sur la racine SHE-MA, tandis qu’Israël est structuré sur la racine SARO, lutter. Il y a une intimité extraordinaire entre ces deux frères ennemis, enlacés l’un dans l’autre, qui ne peuvent pas se séparer et qui doivent s’accomplir dans l’amour et non dans la haine, les deux noms portant le nom de l’homme ISH et EL, Dieu.

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