Annik De Souzenelle : Les lettres hébraïques : des énergies vivantes 1


03 Mar 2010

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(Revue Panharmonie. No 175. Janvier 1979)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la rencontre du 12.10.1978

Nous abordons cette saison l’étude des lettres hébraïques. Il n’était pas coutume il y a vingt ans pour un Chrétien d’apprendre l’hébreu et je crois assez unique qu’un homme, ayant reçu l’initiation de la Qabbale la transmette à un non-Juif. C’est ce cadeau royal que j’ai reçu que je vais essayer de vous transmettre. En même temps que je recevais cette tradition je faisais mes études de théologie dans le Christianisme Orthodoxe et j’avais l’impression extraordinaire de boire aux deux mamelles de la même mère, car les deux disaient la même chose en partant, l’un, de la course qabbalistique hébraïque, et l’autre de la tradition chrétienne. Je crois que le Christianisme qui refuse ces bases hébraïques, se coupe de ses racines et le Judaïsme, tel qu’il est transmis par la Qabbale, pour moi, débouche sur le message chrétien. Vivre ainsi cette coexistence de deux traditions a été pour moi une charnière énorme qui m’a obligée de vivre d’une autre façon et qui m’imposait de transmettre ce que je recevais.

Et cela m’incite à vous faire comprendre qu’il ne s’agit pas pour vous de vivre ce message uniquement sur le plan intellectuel, parce que cela « fait bien », mais que nous allons travailler ces lettres hébraïques qui sont des énergies vivantes et qui font écho en nous à des forces fondamentales, nous obligeant à nous transformer. C’est d’autant plus vrai qu’il y a une correspondance étroite entre chacune de ces lettres et chacun des organes et membres de notre corps, dont je ne vous parlerai pas maintenant, mais qui pourrait peut-être constituer un troisième volet de notre étude.

Il y a un texte qabbalistique hébreu qui dit que lorsqu’un mystique juif méditait de façon pas juste toute une nuit sur une lettre, il se retrouvait le lendemain matin avec une altération de la partie correspondante de son corps. Et le Zohar nous dit que lorsque le Saint, béni soit-Il, jouait avec les âmes des lettres de l’alphabet, Il en faisait Ses délices.

D’après les Hébreux ces lettres sont de « petites lettres créées par rapport aux « grandes lettres » archétypiques qui sont les énergies divines, incréées. De même qu’il en est pour le corps humain en tant que symbole dont je vous parlais la saison dernière, elles sont reliées à leurs archétypes par ce que j’appelle « un cordon ombilical », un cordon nourricier, qui nous informe constamment.

L’écriture hébraïque procède d’écritures très anciennes, comme d’ailleurs toutes ces langues dont on ne connaît pas l’origine. Nous nous rendons de plus en plus compte que c’est la langue qui fait le parlant, que c’est le Verbe qui nous crée, qui nous structure à chaque moment. Prisonniers de nos catégories mentales nous avons l’habitude de penser le contraire. Or le Verbe est vibratoire, il nous informe au sens cybernétique du terme, il nous informe par l’intérieur et notre forme humaine n’en est que le résultat. Nous comprenons alors que chacun de nos organes peut être relié à la vibration de chacune de ces lettres.

Nous n’aurons pas le temps de raconter tous les avatars de ces lettres, de leur sculpture, mais nous pouvons dire que du temps d’Esdras, après la déportation de Babylone, au IVe siècle environ avant J.-C. la langue et les lettres ont reçu leur dernière forme. Personnage extrêmement important dans l’histoire de l’écriture hébraïque, il a fait au niveau de la langue, des lettres et des sons, une sorte de circoncision qui leur a donné une densité d’énergies vibratoires que nous ne retrouvons dans aucune autre langue, sinon peut-être dans le sanskrit. Elle se prête à des lectures allant de plus en plus loin, comme si le fruit n’était jamais le dernier.

Remarquez que l’écriture est une crucifixion. En figeant le Verbe qui est créateur, nous lui faisons subir une mort.

Esdras a formé les lettres au nombre de vingt-deux. Ce ne sont que des consonnes, les voyelles n’existent pas en hébreu. Selon les différents mots la prononciation est autre. Ainsi le mot David dans un autre contexte va se prononcer Dvod et ce sera un tout autre mot qui signifiera l’ainé, le chéri. Et pourtant ce sont les trois mêmes lettres, les trois mêmes énergies qui structurent les deux mots qui, pour nous, sont très différents, mais qui, dans la conscience des Hébreux, ont un lien étroit.

Nous trouvons souvent dans la langue hébraïque au niveau du même mot des contradictions qui nous font dresser les cheveux sur la tête. C’est ainsi qu’une même racine donne le mot « Saint » et le mot « prostituée ». Ce sont les mêmes énergies qui font découvrir la clef du message extraordinaire de cette langue.

Bien sûr pour faciliter la lecture on intercale entre les consonnes des lettres qui sont appelées « mères de lecture », « matrices de lecture » mais, alourdissant la langue, elles ne seront pas gardées. Maintenant dans la Thora nous allons trouver sous ou à côté des lettres un petit point ou un tiret qui indiquera la vocalisation.

L’écriture hébraïque s’écrit de droite à gauche. Cela n’a pas toujours été le cas. Comme l’écriture chinoise, elle a été verticale. Et puis de façon très curieuse elle devient serpentine, c’est-à-dire qu’on commence par écrire de droite à gauche et, au bout de la ligne, elle repart de gauche à droite, et ainsi de suite. Elle trouvera son orientation définitive au moment d’Esdras, de droite à gauche. On en ignore la raison.

Etudions à présent les lettres, leur histoire, leurs avatars, car le graphisme n’a pas toujours été celui d’aujourd’hui. Il remonte à des temps très anciens.

Chacune des lettres va correspondre à un nombre. L’un et l’autre sont inséparables. Tous deux sont une énergie, icône de l’énergie divine correspondante. Certaines lettres correspondent aux dix premiers nombres des unités jusqu’à 9 compris. Les dix lettres suivantes vont correspondre non pas au 11, 12, 13, etc., mais à 20, 30, 40, etc., c’est-à-dire aux dizaines et puis, les dernières lettres aux centaines. Quand nous arrivons au Tav, ayant la valeur de 400, nous sommes arrêtés. Comment alors s’expriment le 500, 600, jusqu’à 900 et même 1 000 ? Par certaines lettres déjà vues jusque-là qui arriveront à la fin d’un mot et qui vont prendre cette valeur.

Par exemple le Mem a pour nombre 40 et lorsqu’il arrive à la fin d’un mot il aura un graphisme un peu différent et vaudra 600. Et puis la dernière lettre qui est aussi la première, Aleph, par qui tout se termine, vaut en finale 1000.

La toute première lettre que je vous présente est Aleph. Les lettres hébraïques ne sont pas monosyllabes comme nos lettres françaises, elles sont l’initiale d’un mot entier. Qu’est-ce que Aleph ? C’est une bête cornue (voir le graphisme de la lettre) ainsi que le montre son dessin primitif. Et puis il subira des avatars, les cornes ne se tiendront plus vers en-haut, mais vers le côté, pour finalement tomber en verticale vers le bas. Nous trouverons là l’alpha grec et enfin l’amorce de notre A. Nous savons maintenant et la graphologie nous l’a confirmé, que l’écriture exprime toute une partie non seulement de notre inconscient, mais de l’inconscient collectif. L’évolution de la lettre se fera en fonction de l’évolution de l’humanité. De même qu’autour du XVIIIe siècle av. J.-C. Abraham, venant d’Ur, ville lumière, conduit tout ce peuple hébreu à vivre une nuit avant d’atteindre une lumière encore plus vive, c’est-à-dire la Terre Promise, de même nous verrons très nettement dans les dessins des lettres une chute du symbole de leur signification profonde. Il est intéressant de voir que le mot Aleph est essentiellement la bête cornue, mais aussi la racine du mot qui veut dire enseigner, instruire et aussi l’époux, le prince, le chef, le général des armées, celui qui va conduire les hommes, les instruire. Quel est le rapport de ces significations avec la bête cornue ? Il est dans le symbolisme des cornes, de celui des cheveux qui ont la même composition chimique que les cornes et que nos ongles. Ils sont nos racines d’en-haut, nos antennes qui symboliquement sont dressées vers le ciel pour en recevoir l’information, et aussi l’énergie, la nourriture nécessaire pour vivre ce message et pour pouvoir en instruire les autres. Celui qui enseigne est le chef, celui qui sert de charnière entre le monde divin et le monde qui en recevra la connaissance.

C’est dramatique que ces cornes qui, au début, étaient orientées vers le haut, vers le monde du MI, ce monde de l’archétype, sont maintenant tendues vers le monde du MA. L’humanité est coupée du monde d’en-haut, coupée de ce noyau divin en nous et au lieu de chercher nos informations dans la conscience aiguë à l’intérieur de nous, nous allons les chercher à l’extérieur. Nous avons perdu le contact avec les lois ontologiques que le monde divin est prêt à nous donner. Déjà le monde grec ne possédait plus la sagesse divine, mais la sagesse du monde et dans le A latin, les cornes sont totalement à l’envers.

Le Aleph, en fait, est formé par une autre lettre qui est transversale, le Vav et deux petits Yod enserrés par le Vav, ce qui lui donne le nombre proche du Tétragramme divin, Yod-Hé-Vov-Hé qui a pour valeur arithmologique 26. Le Aleph = 1. D’où vient le 1 ? nous ne le savons pas, de même que pour le point en géométrie, nous ne pouvons lui donner une origine. Et nous verrons que toutes les autres lettres vont procéder de lui. Il semblerait qu’il soit un don divin par excellence. Il est curieux que le point qui est indéfinissable est aussi une négation dans sa signification dialectique. Il est et il n’est pas. Il en est de même pour le 1 et pour le Aleph qui symbolise par ses cornes et leurs transformations, cette énergie divine créatrice.

Pour interroger les lettres je m’appuierai beaucoup sur une histoire citée dans le Zohar : Après que le Saint, béni soit-Il, jouait avec les vingt-deux lettres de l’alphabet, les unes et les autres, en commençant par la dernière, comme dans une danse sacrée, sont venues le trouver pour lui demander le privilège de présider à la création du monde. Chacune se réclame de commencer un mot d’une grande beauté. Et le Saint, béni soit-Il, leur répond à chacune : « Tu es belle, tu es bonne, tu es magnifique, mais tu es réservée pour autre chose. Ou bien tu commences tel mot, ou bien tu en fais partie et, en conséquence, tu ne peux absolument pas le quitter et je ne peux pas te donner la présidence. » Et toutes les lettres sont renvoyées les unes après les autres jusqu’à ce que la lettre Beith, venue se présenter à son tour lui dit : « Je commence le mot avec lequel on Te bénit en-haut et en-bas ». Et le Saint, béni soit-Il la retient et lui dit : « Oui, tu es bénie et tu seras à la base de toute la Création.

Aleph n’est pas venu se présenter et c’est le Saint, béni soit-Il qui l’appelle. Elle est la seule lettre à avoir été appelée. « Mais Aleph, dit le Saint, pourquoi n’es-tu pas venue ? » Et Aleph répond : « D’abord parce que tu as déjà donné la place au Beith et il ne convient pas que Tu la reprennes pour me la donner. » Et la lettre est louée par Dieu : « Et bien, si tu ne présides pas à la création du monde, tu es réservée pour quelque chose de beaucoup plus grand encore ! » Et l’on sent que la lettre Aleph va émailler la langue hébraïque comme pour la féconder d’une manière essentielle, car ce sera toujours elle qui va apporter la lumière divine, sans laquelle les autres lettres ne pourraient pas vivre.

Aleph va nous poser le problème du pourquoi de la Création. Car, à partir du moment où Aleph va poser le Beith, le 1 posant le 2, où Dieu va poser l’altérité, nous entrons dans le mystère. Pourquoi le Aleph, étant tout le don de l’amour divin, Dieu a-t-Il encore besoin de créer ?

Nous verrons, au fur et à mesure que nous entrerons dans l’intelligence des lettres, que le 1 se suffit à lui-même, qu’il n’a pas besoin du 2, tout en en ayant besoin. Dieu a besoin et n’a pas besoin et cependant dans Sa perfection absolue, Il a besoin de cette création qui viendra s’ajouter à sa perfection pour l’amener encore à un plus que parfait.

De même, dans notre évolution personnelle, nous devons tendre vers un équilibre parfait qui, à la limite, est la mort et qui devra se rompre un jour pour nous amener encore plus loin. C’est ainsi qu’on arrive à comprendre le Beith qui, en entrant dans le mystère de l’Aleph, qui se donne pour être reçu, rejoint celui-ci et l’enrichit. C’est pourquoi, lorsque ces deux lettres sont posées, tout est dit, le rythme est créé, nous pourrions nous arrêter là.

Et si les autres lettres viennent enrichir la danse sacrée, c’est pour poser les lois qui vont permettre à Beth de rejoindre l’Aleph.

Qu’est-ce que Beith par rapport à l’Aleph ? C’est une lettre pratiquement carrée dont un côté reste ouvert. Elle est l’initiale du mot Beith qui signifie « maison ». C’est un élément réceptif qui s’ouvre pour recevoir. Cette lettre aussi va se transformer, tourner à la verticalité et vers la gauche, pour, à travers des changements successifs, se retourner et le B va pratiquement se construire. Mais qu’est-ce que cette maison que figure Beith? Elle est construite sur deux lettres, Beith et Tav qui renferment toute la Loi et Aleph est là qui se profile à travers le Yod. Lorsque nous rassemblons le Beith et le Tav en interposant un Yod, nous avons le mot qui veut dire la fille, le mot Bath, ou encore la Vierge d’Israël, celle qui doit mettre au monde l’Enfant divin et qui, ensuite, doit être épousée par Aleph. Toutes les traditions ont une conscience lointaine de cette Vierge qui doit enfanter coexistensivement toute la Création, parce que le Verbe contient la Création qui doit enfanter le Divin. De même chacun de nous en tant que Création toute entière, doit mettre au monde le Divin pour être épousé de Dieu. Dans cette perspective Nous comprenons les mystères chrétiens dans lesquels la virginité est liée à la maternité, celle-ci précédant le mariage.

Quand le Aleph pose le Beith, le mot Av, juxtaposition de la lettre A et B (le B se prononce V à la fin d’un mot), rend compte du Père. Et quand nous retournons ce mot, nous obtenons Bo qui rend compte de l’avenir, du Beith allant vers son Aleph final. C’est toute la vocation de l’humanité.

La fille signifiant aussi bien l’homme que la femme, doit être épousée du Père et cette loi est tellement sacrée Que je crois qu’elle fait l’objet de toutes les lois morales concernant l’inceste. Car si un père quelconque biologique s’interpose entre l’homme et le Père divin il l’empêche d’être épousé par lui. La Vierge d’Israël est l’humanité toute entière, nous avons tous la même vocation.

Répondant à une question : Je ne connais pas la langue sanskrite, mais certainement elle contient aussi des énergies très denses et qui sont très proches de l’hébreu. Il serait question d’une langue primordiale qui aurait donné naissance à une branche sanskrite d’un côté, hébraïque de l’autre. La Bible en parle au moment de la Tour de Babel. Tous les hommes, dit le texte, avaient à ce moment une langue une, une langue divine, très proche des sons. Chez les Chrétiens il y a aussi au moment de la Pentecôte les langues de feu qui descendent sur les Apôtres et ceux-ci, pénétrés d’une science que nous ne connaissons pas, parlent une langue qui est comprise de tous.

Compte rendu de la rencontre du 8.11.1978

Une première partie de la réunion se passe à récapituler pour des nouveaux venus, les sujets de la réunion d’octobre, c’est-à-dire les lettres Aleph et Beith. Nous ne reviendrons pas là-dessus.

« J’ai terminé la dernière fois, dit Annik de Souzenelle, en disant que tout pourrait s’arrêter là, le 1 ayant posé le 2 et le 2 devant revenir au 1. Toutes les autres lettres vont raconter ce retour. Déjà dans le Guimel qui est la lettre 3 nous allons trouver l’énergie nécessaire au Beith pour retourner à l’Aleph. Dans chaque lettre qui va suivre, nous verrons le rôle énergétique qu’elle va avoir à jouer dans ce but.

La première lettre de Guimel a la valeur 3. Son graphisme est caractérisé par un petit crochet — avec une langue du côté droit et elle est symbolisée par le cou d’un chameau. Si, au sujet d’Aleph je vous ai dit qu’il correspondait au premier jour de la création où Dieu créa la Lumière, que le Beith correspond au deuxième jour pendant lequel Dieu sépara les Eaux d’en-bas et les Eaux d’en-haut, le Guimel correspond au troisième jour au cours duquel nous voyons deux opérations se faire, l’une est au niveau des eaux d’en-bas la séparation du sec et de l’humide. Les Hébreux, dans la Genèse nous disent que Dieu ordonne aux Eaux d’en-bas de se rassembler en un lieu « UN » qui se dit en hébreu : « El Maqom Ehad ». El est un nom divin, le singulier d’Elohim, c’est le suffixe que nous trouvons dans Michel, Emmanuel, etc. et qui indique le Divin. Maqom veut dire le « lieu ». Il est aussi un mot divin, car qu’est-ce que le lieu sinon l’espace, l’espace qui n’a de sens que lorsqu’il correspond à notre espace intérieur, c’est-à-dire à notre plan de conscience, appelé à se transformer continuellement, car nous avons à remonter cette échelle qui nous sépare et nous relie au monde d’en-haut. Et lorsque nous aurons remonté tous ces plans de conscience, nous nous retrouverons dans le lieu divin. Le dernier espace en-haut, en fin de compte, c’est aussi Dieu. Ehad signifie Unité, également mot divin. Autrement dit les eaux qui doivent se rassembler dans un lieu UN ont la vocation d’être divins, d’être l’ensemble de ces énergies divines qui vont féconder tout ce qui apparaît comme étant le sec séparé de l’humide; mais qui, comme les eaux d’en-bas, ont été séparées des eaux d’en haut. Le sec va continuellement être fécondé par l’humide.

Qu’est-ce que le chameau ? C’est celui qui traverse le désert en portant en lui son eau, c’est-à-dire toute l’énergie qui lui permettra de traverser le désert. Car à partir du moment où la création est séparée du Créateur, le Beth de l’Aleph, surtout dans notre monde en chute, elle est dans un désert. Mais lorsqu’elle prend la décision de retrouver le Aleph, de revenir à ses origines, elle a besoin de toute son énergie intérieure. Nous ne réalisons pas actuellement que nous sommes dans un désert, parce que nous avons oublié notre objectif qui ne devrait être que le Divin. Nos « jardins » actuels sont des illusions, des prisons, mais lorsque ceux-ci sont icônes du jardin divin, celui-ci nous nourrit et nous donne une certaine force pour aller vers lui.

Lorsque le Guimel est venu lui aussi trouver le Saint, béni soit-Il, pour solliciter la première place dans la création du monde, il est renvoyé parce que le Daleth, la lettre suivante, venue elle aussi solliciter, a reçu pour ordre de rester toujours liée au Guimel, ces deux lettres ayant pour valeur 4 et 3, et parce que « le pauvre a besoin du riche ». Nous verrons plus tard le sens de cette histoire qui n’a rien à voir avec la morale.

Lorsque les Hébreux quittèrent l’Egypte où ils étaient esclaves et entrèrent dans le désert, ils n’en prirent pas conscience étant encore extrêmement infantiles. Ils se retournèrent vers Moïse et se révoltèrent, car ils avaient faim et soif. Ça c’est le cri de l’humanité qui a horreur d’être libre, qui veut être sécurisée, car la sécurité divine n’est pas évidente. Et Dieu dit à Moïse : « Frappe le rocher et l’eau jaillira ! » Qu’est-ce que le rocher, si ce n’est nous ? Nous sommes pierre vivante, elle est notre noyau, notre énergie nucléaire en nous, car nous sommes construits comme l’atome. Mais, hélas ! nous n’avons pas encore atteint notre noyau qui pourrait libérer l’énergie du dieu que nous sommes en puissance. Et c’est bien pour cela que l’atome pourrait nous tuer tant que nous n’aurons pas atteint cette dimension intérieure nous permettant de fissurer notre atome intérieur pour en dégager l’énergie.

« Frappe le rocher et l’eau jaillira », c’est l’ordre que nous recevons tous les jours, voilà le chameau, celui qui porte l’eau.

Les Hébreux à nouveau ont soif et Moïse à nouveau se tourne vers Dieu qui lui dit : « Parle au rocher et l’eau jaillira ! » Mais Moïse frappe le rocher et c’est pour cela qu’il n’entrera pas en Terre Promise. Non pas en tant que punition, mais parce qu’il n’était pas encore devenu Verbe. L’eau n’avait pas encore jailli de son front pour qu’il puisse avoir la dimension de Verbe. S’il était malgré cela entré en Terre Promise, il eut été consumé par l’énergie qu’il y rencontrait, car nous ne pouvons entrer dans un plan énergétique qu’en étant devenus nous-mêmes cette énergie. Et Guimel, le chameau va retrouver toute son énergie en lui.

Comment cette lettre si intéressante est-elle construite ? Si nous prenons la première et la dernière lettre nous avons ce qui correspond en français au G. et au L qui donnent le mot Gal, signifiant le libérateur. Gilgal en hébreu veut dire une grande roue. Elle contient aussi la notion de libération. L’invention de la roue a été une chose extraordinaire, tandis que le cercle est une totalité. Le Mem qui est au milieu du mot Guimel signifie la maîtrise, c’est-à-dire que le chameau est maître de la libération. La circoncision dont nous avons déjà parlé longuement est signifiée par le mot Gal. Or si nous voulons que nos énergies nous conduisent jusqu’à la Terre Promise, nous devons circoncire, tailler continuellement l’Arbre que nous sommes. Et si les Hébreux se circoncisent au niveau du sexe, c’est parce qu’il doit y avoir une sexualité vécue de façon juste et non de façon délirante telle que nous le voyons actuellement sous prétexte de libération.

C’est comme cela qu’est construit le chameau, il est le porteur d’eau, il est le porteur de libération et, en même temps, il implique la circoncision.

Deux opérations se font le troisième jour de la création, d’une part l’eau d’en-bas fait apparaître le sec, appelé terre et, d’autre part, apparaît la verdure. On peut dire que le nombre 3 n’est pas seulement l’énergie qui va nous conduire à notre Aleph-Beith, mais il est aussi symbole de la fécondité essentielle qui nous permettra de mettre au monde l’Enfant Divin.

Le Daleth a la valeur 4. Il a la forme d’une petite potence et veut dire : porte. Son histoire est simple. Il est représenté par un triangle, un peu comme la porte d’une tente, d’une maison primitive. Le triangle, comme les autres lettres, va devenir plus ou moins de travers, pencher à droite et à gauche. Il est étrange de voir cette lettre qui a pour valeur 4, représentée par un triangle conformément à ce que le Saint, béni soit-Il lui a ordonné, à savoir de ne jamais se séparer du 3. Alors de quoi s’agit-il ?

Le nombre 4, c’est l’équilibre, la stabilité, l’arrêt par rapport au 3 qui est le mouvement, l’énergie. Le 4 rend aussi quelquefois compte d’une épreuve, à la limite d’une quarantaine effective, puisque liée à une maladie contagieuse qui s’incube pendant quarante jours, ou encore à cette coutume mystérieuse de quarante jours après la mort où il se passe toujours quelque chose de très important que nous ignorons. Il est intéressant que ce 4 soit un arrêt, une épreuve et, en même temps une porte. Et Mem, le nombre 40 signifie la matrice, le lieu de la gestation qui se termine par une porte. L’enfant, en naissant, sort de la matrice de sa mère pour entrer dans une autre matrice, celle de son foyer. Nous allons toujours de notre naissance à notre mort de matrice en matrice, dans lesquelles nous avons à assumer notre gestation. Et lorsque le temps sera venu, nous naîtrons à une naissance que nous ignorons. Si nous voyions la mort de l’autre côté, nous nous en réjouirions.

La plupart du temps les gens vont vivre ce 4, ce temps de gestation, comme une épreuve. Mais si nous prenons conscience que tout 4 est une porte, à ce moment-là la vie prend un sens. Et lorsque le Saint, béni soit-Il, dit que les lettres Daleth et Guimel ne doivent jamais se séparer, c’est parce qu’Il demande aux structures que représente ce 4, de contenir la vie, cette énergie qui passe à l’intérieur. Si l’enfant ne la rencontre pas, il ne pourra assumer ses neuf mois de gestation et si le ventre reste stérile, s’il ne contient pas le 3, c’est-à-dire toute l’énergie pour faire cet enfant, celui-ci ne se fera pas non plus.

Le mot Daleth correspond donc au 4, la lettre Tav à 400 et le Lamed qui est au milieu, au 30. Encore une fois le Daleth et le Guimel sont réunis. Mais s’ils ne doivent pas se séparer, ils n’en doivent pas davantage s’écraser l’un, l’autre. Ils doivent être ensemble dans un juste rapport. Si le 4 écrase le 3, les structures seront prégnantes, si le 4 prédomine sur le 3; le Lamed, symbole du mouvement, de vie, n’existe plus, il ne reste que la matrice qui se dessèche, devient stérile. Et que reste-t-il ? Le mot Dath fait du Daleth et du Tav, qui veut dire la Loi. Or si cette loi est trop contraignante, elle écrase la vie. Et si la vie n’a pas de loi, elle ne peut grandir. Mais ces lois ne sont pas immuables et au fur et à mesure que l’homme va grandir, les lois aussi se transforment.

Annik de Souzenelle fait alors un parallèle entre l’époque que nous vivons et où les générations qui montent font éclater toutes les lois. « Le drame, dit-elle, c’est que la génération actuelle fait sauter la morale, mais qu’elle n’a pas de point de référence pour trouver une autre loi, parce que leurs parents n’ont pu en rendre compte, ne l’ayant pas trouvée en eux-mêmes. Car il n’est qu’en soi que l’on trouve ces lois. C’est le fait d’être adulte. Il est important d’aller à la recherche d’autres lois qui ne soient pas contraignantes, mais libératrices, parce qu’elles nous permettront de grandir.

Voici notre 4 qui n’est juste que s’il est au service du 3, du Guimel. La structure est inséparable de la vie.

Si on trace sur deux triangles homologues les jours de la création on s’aperçoit que le jour un correspond au jour quatre, que le jour deux correspond au jour cinq et que le jour trois correspond au jour six.

Donc le premier jour fut celui de la révélation de la Lumière et le jour quatre furent créés les luminaires dans le ciel. Le jour deux il y eut séparation des eaux d’en-bas et des eaux d’en-haut, tandis que le jour cinq furent créés les oiseaux dans le ciel et les poissons dans l’eau. Le troisième jour fut celui de la séparation du sec et de l’humide et de l’apparition de la verdure, des arbres, de toute cette fécondité. Deux opérations se font aussi le sixième jour, la création des animaux et de l’homme. Le septième jour Dieu se retire afin que toute sa création puisse librement retrouver le chemin, la remontée de ses énergies. Ainsi, lorsque l’homme arrive le dernier, il récapitule le tout, il est tout cela dans ses structures intérieures, il est le MI et le MA, la ténèbre et la lumière, le soleil et la lune. Retourner au Aleph, c’est-à-dire au Père, c’est remonter tous ces niveaux énergétiques que nous portons à l’intérieur de nous-mêmes.

Donc, le quatrième jour, création des luminaires, le grand pour éclairer le jour et le petit pour éclairer la nuit et un petit troisième, les étoiles qui sont le Lamed entre les deux colonnes du quatre, colonnes du Daleth, sortes de chambranles symbolisant ses structures.

Dans l’Apocalypse l’Apôtre Jean dit « Les sept étoiles sont les sept Anges des sept Eglises ». Ce sont ces Anges qui parcourent l’échelle en montant et en descendant. Ce sont ces énergies qui viennent d’en-haut pour nous nourrir et nos énergies qui viennent d’en-bas et qui vont à la rencontre des autres.

Dans l’étude des autres lettres nous verrons encore que le soleil et la lune correspondent aux structures espace/temps. La lune va marquer le temps et le soleil l’espace. Mais en haut de l’échelle « il n’y a plus ni espace, ni temps, ni soleil, ni lune, car Yod-Hé-Vov-Hé sera ta lumière à toujours. » Tant que nous ne sommes pas reliés au Divin que nous sommes, nous traverserons des espaces liés au temps. C’est pour cela que quand nous mourrons, nous ne serons pas tout de suite dans l’éternité Nous entrerons dans un nouveau temps. Ces quarante jours après la mort; à quel temps, correspondent-ils ? Nous ne le savons pas. Et ce n’est qu’après la mort qu’il y aura évolution à travers des espaces/temps, à travers ces « terres nouvelles » dont parle l’Apôtre Jean dans l’Apocalypse, et que nous entrons dans de nouveaux plans de conscience.

Quand selon l’ordre du Saint, béni soit-Il, le Guimel rencontre le Daleth c’est dans le mot Gad qui signifie « bonheur ». C’est-à-dire que le 3 et le 4 réunis, donnent le nombre 7, si important. Lorsque nous retournons le mot Gab, nous avons Dag le poisson. C’est le germe de tout le bonheur en perspective, le poisson étant un germe renfermant la totalité. Chaque terre conquise n’est que le germe d’une terre nouvelle à atteindre. Et au septième jour, il y a totalité, tout est accompli. Dieu se retire, Il se fait germe à l’intérieur de nous pour que nous devenions Lui.

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