André A. Dumas : Les manifestations supranormales dans l’histoire humaine et dans la genèse des religions


06 Jun 2018

(Extrait de La Science de l’Âme, 2e édition. Dervy-Livres 1980)

Toutes ces croyances méprisées et mises au rebut, les « superstitions », les légendes, les mythes, sont à reprendre d’un bout à l’autre, à étudier et à interpréter de nouveau d’après la psychologie moderne. Non pas seulement les dieux, mais les saints et les miracles, les extases et les possessions démo­niaques, les fantômes et les maisons hantées, les sorciers et leurs charmes, le ciel avec ses anges, et l’enfer avec ses démons, tout cela que nombre de gens ont traité de sornettes s’avère plonger ses racines dans le subcons­cient et constituer la clef de découvertes nouvelles dans le domaine de l’esprit.

Upton SINCLAIR

Phénomènes parapsychiques chez les peuples sauvages

L’examen des phénomènes supranormaux chez les peuples sauvages, et des croyances, superstitions et pratiques qui y sont relatives, présente un très grand intérêt, car il y a là non seulement un domaine de l’Ethnographie presque inexploré et dont l’étude est à peine commencée, mais encore une partie importante d’un vaste domaine de la Science de l’Âme, destiné à connaître un large développement : celui de la parapsychologie comparée.

« Vers quelque point de l’horizon que nous nous tournions, écrit J.-T. Addison (230), qu’il s’agisse des Bantou du continent africain, ou des Indiens de l’Amérique du Nord, des pages d’Homère ou de Dante, du folklore de la Chine, de l’Italie ou de L’Écosse, partout nous trouvons que l’âme est considérée comme une manière de double éthéré, aérien, volatile, du corps de chair et d’os. »

Cette universalité de la croyance aux Esprits, ou aux « Ombres » survivant temporairement, sur laquelle les ethnologistes, les missionnaires et les explorateurs sont unanimes, doit être considérée, non certes comme un argument en faveur de l’existence des Esprits ou des Ombres, mais comme un fait dont il y a lieu de rechercher les causes.

Diverses théories ont été émises pour expliquer ce fait important ; voici par exemple celle qu’exprimait Ernst Haeckel (231, chapitre XI, p. 226) : « Des motifs très divers doivent avoir concouru à faire naître la croyance dans la composition dualiste de notre organisme : vénération pour les ancêtres, amour des proches, joie de vivre et désir de prolonger la vie, espoir d’une situation meilleure dans l’au-delà, espoir que les bons seront récompensés et les méchants punis, etc. »

Mais cette argumentation de Haeckel est en réalité insou­tenable devant les faits, et C. de Vesme (232, pp. 10-11) en a fait une excellente réfutation, en montrant,que l’homme primitif n’a pas cru à la survie du fait de sa vénération pour les ancêtres, de son amour des proches et de son espoir d’un au-delà rémunérateur, mais que, tout au contraire, la première forme de la religion, les premiers rites, ont eu presque exclusivement pour but d’éloigner les esprits, que l’on regardait presque toujours comme méchants, importuns, effrayants et nuisibles.

La crainte des Morts est en effet un trait caractéristique des croyances primitives, et son importance est telle que l’illustre savant Sir James Frazer, auteur du célèbre et monumental ouvrage Le Rameau d’or et universellement apprécié comme spécialiste de la mythologie et des croyances magiques et religieuses, a consacré à ce sujet trois volumes très captivants (233, 234, 235), contenant une riche moisson de faits, amplement suffisante « pour convaincre chacun que la peur des esprits des morts humains ou animaux a hanté le cerveau de l’homme primitif depuis des temps immémoriaux et dans le monde entier, de l’Équateur au Pôle » (235, p. 233).

Une autre théorie a été formulée par le philosophe évolutionniste Herbert Spencer ; d’après lui, ce sont les rêves, les images se reflétant dans l’eau, l’ombre se projetant sur le sol, qui auraient donné naissance à la croyance au «double » et à la survivance de l’âme. Certes, les croyances magiques et religieuses de l’Homme ont été essentiellement des tentatives d’interprétation de phénomènes qu’il avait observés ; mais les sauvages n’associent jamais leurs croyances religieuses à leur ombre, à l’image de leur corps réfléchie par l’eau, à l’écho, ni même aux rêves ordinaires ; mais ils parleront de fantômes et de sorcellerie.

L’anthropologiste Andrew Lang, qui fut président, de la S.P.R. en 1911, s’est attaqué avec succès au problème en tenant compte des faits que ses collègues ont presque toujours passés sous silence, considérés comme illusoires ou produits par des pratiques charlatanesques des sorciers sauvages. Dans son ouvrage The Making of Religion, il est parvenu à la conclusion même de la croyance universelle aux esprits et à la survivance de l’âme, et qu’ils ont joué un rôle de premier plan dans la genèse de l’évolution des religions.

Par exemple, Andrew Lang cite un cas d’apparition télépathique de vivant, chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande, qui fut considéré comme un avertissement de mort ; ce cas, rapporté par Pollock dans son ouvrage Manners of the New-Zealanders, a été recueilli par Bozzano (236, pp. 36-37).

Un chef maori se trouvait, depuis quelque temps, éloigné de sa famille, engagé dans une guérilla de tribus. Un jour, sa femme voyant son fantôme qui se tenait muet, près du foyer, courut chercher des témoins, mais quand elle rentra, le fantôme avait disparu. La femme ne tarda guère à se remarier ; son mari revint en parfaite santé, mais pardonna à la femme puisqu’elle avait agi conformément à un fait qui, selon les Maoris, impliquait une preuve de son décès.

En effet, les apparitions télépathiques au moment de la mort ont pu, à elles seules, déterminer la croyance à la survivance, car un primitif qui voit apparaître le fantôme d’un de ses parents, et apprend ensuite que ce parent est mort au même instant, ne pense pas à une « hallucination télépathique véridique » et pense que l’âme de son parent décédé est venue le voir.

Le voyant peau-rouge et la Pythie de Delphes

Les facultés de clairvoyance se manifestent fréquemment chez les peuples sauvages, comme elles se manifestaient dans l’Antiquité classique.

L’explorateur Paul Coze, spécialiste des questions relatives aux Peaux-Rouges, a rappelé, dans un remarquable ouvrage (237, pp. 332-333), comment le R.P. Jones,missionnaire chez les Ojibways, pendant l’hiver 1804, obtint d’un vieil Indien des renseignements sur trois de ses hommes qu’il avait envoyés en voyage. Ils auraient dû revenir trois jours après ; quatorze jours plus tard, ils n’étaient pas de retour, et leurs traces étaient recouvertes par la neige. Après une nuit passée en lamentations, en cris et en chants, le vieil Indien donna des indications détaillées sur les circonstances du voyage des trois hommes, qui s’étaient trompés de route. Au septième jour, un Ottawa les avait remis dans la bonne voie et leur avait donné de la viande de cerf ; il précisa que cette nuit-là, ils s’étaient fait un abri dans les racines d’un gros chêne abattu par la foudre et tombé la tête vers le soleil levant. Ils seraient là dans trois jours. Le jour dit, alors que le missionnaire,. ne voyant rien venir, allait se coucher, les voyageurs pénétraient dans la cabine et le récit qu’ils firent correspondait en tous points aux révélations du vieil Indien.

Paul Coze lui-même, au cours d’un entretien que j’eus le plaisir d’avoir avec lui en 1938, m’a raconté que souvent, ayant quitté l’Europe pour les forêts du Saskatchewan du Nord, il avait trouvé en descendant du train, pour l’accueil­lir, alors qu’il n’avait averti personne de son arrivée, une délégation d’Indiens Cris, appartenant à la tribu qui l’avait adopté sous le nom de « Quatre Plumes d’Aigle ». Jamais il n’avait pu obtenir d’eux, en guise d’explication, qu’une réponse laconique et évasive : « L’Indien est toujours averti. » Car les fils de cette noble race savent bien que les Visages Pâles ne connaissent pas ces choses.

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Effectuons un saut par-dessus les siècles, en retournant à l’époque de Crésus, 550 ans avant l’ère chrétienne.

Avant de consulter les oracles de la Grèce et de la Lydie pour savoir s’il devait faire la guerre, Crésus, raconte Hérodote (Livre I), résolut de les éprouver. Il envoya des délégués auprès d’eux avec ordre de consulter le centième jour à compter de celui de leur départ, sur ce que lui, Crésus, faisait ce jour-là dans son royaume, et de lui rapporter par écrit la réponse de chaque oracle. Voici ce qu’au jour convenu, la Pythie de Delphes répondit aux Lydiens : « Je connais le nombre des grains de sable et les bornes de la mer ; je sais la langue des muets, j‘entends la voix de celui qui ne parle pas ; mes sens sont frappés de l’odeur d’une tortue qu’on fait cuire avec de la chair d’agneau dans une chaudière d’airain dont le couvercle est aussi de l’airain. »

Or, ce jour-là, Crésus avait imaginé la chose la plus difficile a deviner, pensait-il ; il avait lui-même coupé en morceaux un agneau et une tortue et les avait fait cuire ensemble dans un vase d’airain dont le couvercle était de même métal. C’est là un des plus anciens exemples d’enquête expérimentale sur les facultés de connaissance supranormale, et ni les siècles ni les différences de civilisation n’altèrent l’unité qui relie, à travers l’histoire, les manifestations de ces facultés.

Des osselets divinatoires à la coupe de Joseph

Les sorciers cafres, comme les Indiens d’Amérique, emploient souvent une méthode qui consiste à répandre sur le sol des osselets ou des petits cailloux qu’ils examinent attentivement avant de donner des indications, souvent précises et exactes, sur le passé, le présent et quelquefois l’avenir du consultant ou des personnes qui l’intéressent.

Or, comme l’a fait observer Bozzano, il s’agit là d’une méthode empirique, absolument analogue a celle de tirer les cartes, ou de regarder dans une boule de cristal, ou dans le marc de café, méthodes qui n’ont d’autre valeur que celle de prédisposer le « sensitif » — confiant dans le pouvoir magique de sa méthode .— à entrer dans un état plus ou moins prononcé d’auto-hynotisation, favorable à l’émergence des facultés supranormales subconscientes.

Les procédés mis en œuvre sont souvent identiques, malgré les différences de lieux et de civilisation, et, par exemple, pour ne citer que le procédé du verre d’eau ou de la boule de cristal, les Nègres africains, les Hurons de l’Amérique du Nord, les Indiens du Pérou et les Indigènes de la Polynésie emploient une calebasse remplie d’eau qu’ils regardent fixement ; certaines peuplades d’Australie utilisent pour le même usage une pierre polie brillante.

Et, fait caractéristique qui montre que cette identité des procédés empiriques n’est pas seulement constante dans l’espace mais aussi dans le temps, la Bible (Genèse, XLIV, 5) mentionne la coupe d’argent dont Joseph, au service du pharaon, se servait pour deviner.

Fétichisme et télékinésie

Les phénomènes parapsychiques d’ordre matériel, physi­que, jouent aussi un grand rôle dans les pratiques magico-religieuses des peuples sauvages. On sait que le fétichisme est caractérisé par la croyance, très répandue chez les peuples sauvages, à l’existence, dans certains objets matériels, d’esprits y résidant et les animant.

Or, Andrew Lang pense que l’une des causes principales de la naissance de la religion « fétichiste » parmi les sauvages est imputable à l’observation des phénomènes d’objets se mou­vant sans contact en présence de sorciers. Charles Darwin a vu deux femmes malaises dans l’île de Keeling, qui avaient habillé une grosse cuillère de bois comme on habille les poupées ; elles l’avaient préalablement déposée sur le tom­beau d’un de leurs morts, fort regretté. Or, à chaque retour de la pleine lune, la cuillère « s’animait, en sautillant et en dansant convulsivement comme le font des guéridons au cours des séances spirites », écrit Taylor.

Paul Coze rapporte que dans le Nord du Canada, l’Homme-Mystère est enfermé dans une toute petite tente, jadis en écorce de bouleau, aujourd’hui en toile (le « cabinet noir »), où il est complètement ligoté. Dès qu’on l’y a déposé, la tente danse et s’agite avec violence, et des objets qui s’y trouvaient enfermés avec l’homme en jaillissent soudainement. Paul Coze a entendu des missionnaires discuter de faits analogues, et aucun ne les niait ; les uns les attribuaient à une puissance démoniaque, les autres croyaient a une force se dégageant de l’être humain.

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La théorie télékinésique du fétichisme, formulée par Lang, nous permet de suivre, par la pensée, à travers l’histoire, l’évolution qui passe, à partir de la poupée mouvante vue par Darwin, par les statuettes animées que l’on consultait dans toute l’antiquité : les téraphim des anciens Sémites, les alrunes des Germains, jusqu’aux « tables qui prophétisent » dont Tertullien, Père de l’Eglise, affirma la réalité devant le Sénat romain.

La crainte des morts

Les formes diverses sous lesquelles se manifeste la crainte des morts chez les peuples sauvages suggèrent irrésistiblement l’idée, à toute personne connaissant les études métapsychologiques, que des phénomènes de hantise et d’apparitions, des manifestations diverses qui, fréquemment et depuis des temps immémoriaux, ont troublé la tranquillité des tribus, en sont essentiellement la cause originelle.

Parmi les innombrables exemples réunis par Frazer, voici une curieuse ruse destinée à tromper le fantôme d’un défunt et l’empêcher de hanter la maison mortuaire : chez les Indiens Lenguas du Chaco paraguayen, un médecin-sorcier, sur le conseil d’un missionnaire anglais, W.-B. Grubb, s’était bâti une belle hutte ayant une petite ouverture comme porte.

« Cependant, un vieil homme mourut, et après qu’il eut été enterré, la femme du sorcier et sa famille firent de grands changements dans la disposition de la hutte : en particulier, ils en bouchèrent la porte pour lui donner l’apparence de faire partie du mur, et percèrent une petite ouverture de l’autre côté. Notre sorcier donna lui-même la raison de ce changement au missionnaire : ils avaient fait cela dans le dessein de mystifier le fantôme du vieux. Quand il était en vie, il connaissait bien la maison, mais après des altérations si considérables, on supposait que son fantôme ne s’y reconnaîtrait plus, et qu’il serait tout désorienté lorsque, voulant entrer par la porte, il trouverait un mur plein » (235, p. 94).

C’est une coutume universellement répandue, chez les peuples sauvages, après un décès, de déplacer le campement, d’abandonner le village ou de détruire la maison mortuaire. Frazer en cite de nombreux exemples, sous toutes les latitudes, et on m’a signalé que des romanichels ont incendié leur roulotte après la mort du chef de famille, près d’un village du centre de la France, pendant l’été 1946.

Il est légitime de conclure que ce sont des phénomènes de hantise, très fréquents et universellement répandus, consis­tant en coups frappés, en violents déplacements d’objets ou de meubles, accompagnés parfois d’apparitions, qui, surve­nant après un décès et jetant la terreur et la panique dans les tribus, ont amené les peuples sauvages à la coutume de quitter ou de détruire le village ou la hutte mortuaire, de même qu’ils ont obligé les législateurs des pays plus civilisés à en tenir compte dans les lois écrites, puisque, chez les Anciens, des dispositions légales prévoyaient des ruptures des contrats de location pour les cas de hantise et d’apparitions de spectres, et que des dispositions analogues existaient encore, il y a moins d’un siècle, dans les codes de la plupart des États européens (125, p. 230 ; 238).

Chez certaines peuplades, on mutile le cadavre dans le but de réduire le fantôme à l’impuissance ; ailleurs, par exemple aux îles Chatham, près de la Nouvelle-Zélande, aux îles Fidji, dans l’île Maugaia, dans le Pacifique, les indigènes se livrent à des danses guerrières, intitulées «meurtre du fantôme ». Pour ces sauvages, le fantôme est périssable ; ils n’ont aucune idée d’un monde spirituel où se poursuivrait l’existence après la mort. Et ceci achèverait d’anéantir, s’il en était besoin, la théorie de Haeckel ; la croyance aux Esprits et aux fantômes, générale chez tous les peuples non civilisés, n’est pas une conséquence de la croyance à la survivance après la mort dans un autre monde, car l’idée d’une autre vie, même sous une forme très grossière et matérielle, ne se développa que plus tard, chez des peuples plus évolués.

Au stade le plus primitif que l’on connaisse, on croit simplement à l’existence chez l’homme d’un « double », ou fantôme, ayant la forme du corps et dont la destination naturelle est d’accompagner le cadavre dans la tombe, de n’en plus bouger et d’y mourir quelques jours ou semaines plus tard, mais qui a quelquefois, pendant ce délai, la redoutable fantaisie de sortir de la tombe et d’importuner les vivants.

Médiums, prophètes et voyants

A quelque stade que soient parvenus les peuples sauvages, le supranormal joue un rôle important dans toute leur vie sociale, et un grand nombre de leurs pratiques, notées par les ethnologues, sont indubitablement des pratiques médiumni­ques.

Par exemple, en Afrique, chez les Ba-ila du Nord de la Rhodésia, les prophètes qui prétendent être inspirés par les ombres des morts jouent un rôle important dans la vie de ce peuple. Comme ils sont les interprètes d’esprits vénérés, ils sont les législateurs de la communauté et ils ont, en général, beaucoup de crédit.

Dans l’Ouganda, on gardait précieusement dans les temples les reliques des rois trépassés. Le roi vivant interrogeait périodiquement ses prédécesseurs sur les affaires de l’état, et il était répondu par l’intermédiaire d’un prophète inspiré qui parlait, écrit John Roscoe (Journal of the Anthropological Institute, 1901), « avec la voix même et les tours de phrases caractéristiques du monarque défunt » (233, pp. 163-16,y).

Malinowski a donné d’intéressants détails sur les croyances des indigènes de la Nouvelle-Guinée britannique ; ils croient aux communications avec les morts au moyen de la « trance » ou du rêve ; ils croient aussi que les esprits des défunts sont fréquemment visibles à leurs amis et parents survivants.

Codrington, dans The Melanesians, a décrit des phéno­mènes de « possession » qu’il est aisé d’identifier avec ceux d’« automatisme vocal » des séances médiumniques : « Les Mélanésiens croient que la connaissance des événe­ments futurs leur est communiquée par un esprit ou une ombre qui parle avec la voix dun vivant, un des sorciers, lui-même inconscient pendant, qu’il parle » (233, p. 152).

Quelle riche moisson de faits supranormaux récolterait-on si chaque ethnologue était doublé d’un métapsychiste !

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Il semble que, chez les Hébreux, le mot prophète avait un sens très général et désignait aussi bien des voyants que des inspirés verbaux, si l’on en juge par ce passage de la Bible (Samuel, I, chapitre IX, 9) : « Autrefois, en Israël quand on allait consulter Dieu, on s’entredisait : Venez, allons au Voyant ; car celui qui s’appelle aujourd’hui Prophète s’appelait alors Voyant. »

Comme on va aujourd’hui consulter les somnambules, cartomanciennes et clairvoyants, comme les Grecs s’adres­saient aux oracles, les Israélites allaient interroger les prophè­tes, obscurs ou illustres, qui vivaient souvent des rétributions ainsi obtenues : le jeune Saül, allant consulter Samuel pour retrouver les ânesses égarées de son père, se préoccupait de ce qu’il allait falloir donner à l’homme de Dieu, « afin qu’il nous dise ce que nous devons faire » (Samuel, I, chapitre IX, 7-8).

Phénomènes de partout et de toujours

A toutes les époques, en tous lieux, à tous les stades de civilisation, des manifestations supranormales ont été enre­gistrées.

Qu’il s’agisse d’Appolonius de Tyane annonçant aux Éphésiens que le tyran Domitien venait d’être assassiné à Rome ; du fantôme qui, selon Plutarque, avertit Brutus de sa défaite et de sa mort à Philippes, ou de celui qui hantait une maison d’Athènes visitée par Athénodore et dont parle Pline le Jeune dans une de ses Lettres; du roi d’Israël, Saül, allant consulter en secret, avant d’être battu et tué par les Philistins, l’Ombre du Prophète Samuel par l’intermédiaire de la Pythonisse d’Endor ; de l’« obsession diabolique » dont était victime le roi Théodoric, fils de Clovis, et des « pluies de grandes pierres » qui avaient lieu dans son palais, ou de la hantise qui importuna plusieurs mois John Wesley, fondateur de l’Église Méthodiste ; du « daimon » de Socrate, de l’écriture automatique de Mahomet écrivant le Koran ou de Mme Beecher-Stowe écrivant « sous l’inspiration divine », disait-elle, La Case de l’Oncle Tom ; des messages médium­niques qui ont, jour par jour, guidé l’action du Président Lincoln pendant la Guerre de Sécession, après lui avoir annoncé sa mort prochaine ; des phénomènes de prophétisme qui ont accompagné la Guerre des Camisards ou des manifestations supranormales qui semblent avoir coïncidé avec les débuts du Christianisme, en assurant sa pénétration dans un monde hostile ; des guérisons réalisées dans les sanctuaires d’Égypte et de la Grèce ou de celles effectuées par les Apôtres, partout, toujours, on retrouve les faits qui sont aujourd’hui objet d’étude scientifique.

Mais l’Histoire des Peuples — qui est falsifiée si elle est expurgée soigneusement de ce qui a eu une si grande importance, parfois, dans les événements, et l’Histoire des Religions — qui ne peut être qu’inintelligible si on méconnaît l’élément supranormal, parapsychologique, qui en constitue essentiellement les bases, sont encore à écrire.