Nur’Ali Elâhi : Les sept cités


08 Jan 2014

(Revue Itinérance. No 1. Mai 1986)

Dans ces propos du maître Kurde Nur’Ali Elâhi la place du cœur est située par rapport aux degrés de la prière, aux niveaux de l’âme et à la hiérarchie des mondes spirituels :

La deuxième étape est délivrée de toutes les contraintes des structures corporelles et des paroles verbales.

Son lieu part de la mémoire (sine, la poitrine) et va au cœur. Le résultat est la présence du cœur » et l’illumination spirituelle… Cette étape est plus élevée que la première et correspond à l’univers du Malakut (angélique). Elle est appelée degré de tariqat (chemin spirituel). Son effet est de sauver le pratiquant des attaches mondaines et de l’écarter des désirs et des caprices des passions et tentations du soi-impé­rieux. On appelle celui-ci « dévôt en Dieu » (bi’l-lâh).

La troisième étape est une prière où l’individu a été promu du rang du cœur à celui de l’âme spirituelle du Verbe (nâteqe) ; il est délivré de l’existence de toute matière et forme ; il se trouve dans l’abstrait absolu (mojarrad) où il parcourt l’univers du Jabarut. Cette étape est appelée degré de gnose (ma’re­fat) ; c’est la connaissance de soi. Son effet est que de la base de la foi il parvient au terme de la certi­tude…

Tel dévot est dit « retourné à Dieu » (ellà l-lah).

La quatrième étape est une prière où il est désaisi de son moi comme une goutte diparue dans l’océan sans limite de l’Unicité divine. Son âme est reliée à Dieu et au Vrai Réel de l’origine première. Cette étape est le degré du vrai (haqiqat) ; on l’appelle univers du Lâhut. Tel dévot est dit « dissout en Dieu » (fa­nâ).

Ce degré de Lâhut débouche sur l’ivresse de Hâhut et depuis cet enivrement il y a encore trois étapes pour l’accomplissement de la voie de la perfection. Après ces étapes vient la Grâce éternelle indicible et indescriptible. Seul pourra saisir la qualité de cette étape qui aura parcouru les sept villes de l’Amour de l’univers de la mystique et du mysti­cisme. Rumi a dit : « Attâr a parcouru les sept cités de l’Amour Nous en sommes encore au tour­nant d’une ruelle ».

C’est dans cette étape où l’on retira la flèche du pied de Ali sans qu’il s’en rendit seulement compte. C’est la même qualité qui transfor­ma le feu de Nimrod sur Abraham en une roseraie.

« Ouvre l’œil du cœur pour voir l’Ai­mé, ce qui est invisible, tu le verras. Si tu te diriges vers le continent de l’Amour, tu y verras les deux mondes comme un jardin fleuri ».

(Traduit de l’ouvrage persan de NurAli Elâhi : Borhân ol-Haqq, Téhéran, 1975, p. 139).

L’enseignement de ce maître est résumé dans deux ouvrages de son disciple et fils, Bahrâm Elâhi, La Voie de la Perfection, Albin Michel, 1982 et Le Che­min de la Lumière, Albin Michel, 1985.