Maud Forget : Les sept loka


12 Oct 2010

(Revue Énergie Vital. No 12. Juillet-Août 1982)

Nous parlerons ici des sept couches (Loka) ou niveaux de conscience qui nous sont accessibles pendant notre vie physique sur la Terre.

Les Loka sont les plans de conscience qui s’échelonnent du bas de la colonne vertébrale au sommet du crâne. Les Chakra leur sont intimement liés.

Le tableau ci-dessous est de Sivananda Sarasvasti de Rishikesh.

Sri Aurobindo classait les divers Loka comme suit :

Au-dessus de la tête se tient le septième Loka en liaison avec le Sahasrara où se trouve le Supra-conscient. Ce septième plan de conscience évoque le septième ciel dont parlent nos traditions populaires, beaucoup plus près qu’on ne l’imagine des enseignements initiatiques.

La Conscience

Imaginons la Conscience : Une, Omniprésente, Universelle, Incommensurable.

Considérons le cerveau comme un remarquable ordinateur au service de cette Conscience Unique dont les niveaux sont multiples.

La colonne vertébrale est l’échelle que nous devons gravir pour aller au-delà des six Loka:

Au bas de l’échelle on trouve :

Bhuloka (Muladhara) : Celui dont le niveau de conscience ne dépasse pas Bhuloka est livré aux instincts les plus primitifs. Pour les satisfaire, il est capable de violence. La sexualité y est puissante et sans contrôle ; raison et discrimination ne peuvent jouer un rôle dans ce Loka où l’homme obéit aveuglément à ses pulsions.

En dépit des dangers auxquels il s’expose, il recherche sa sécurité à tout prix. L’instinct de conservation est le plus puissant.

L’ego : ce personnage insolite, se manifeste avec âpreté et ferme la route qui conduit vers les Loka supérieurs.

Tant que ce loka retient l’homme prisonnier de ses appétits, l’argent joue un rôle considérable, car la paresse et l’ignorance ne permettent pas l’évolution qui assurerait la sécurité si recherchée. Celui qui est rivé à ce Loka s’entoure de biens et d’amis, il croit trouver ainsi une protection.

Le sens le plus particulièrement concerné par cette région est l’odorat, sens par lequel l’excitation sexuelle peut être éveillée ou apaisée ; bien que l’organe reproducteur soit plus haut, la force sexuelle procède en fin de compte de Muladhara.

Bhuvarloka (Swaddhisthana) :Les influences sont les mêmes que dans le Loka précédent; là sont les racines de l’inconscient. Dans ce Loka, le désir des sensations est très violent, l’objectif est la recherche du plaisir ; le subconscient fait progressivement place à l’inconscient.

Celui qui réagit à ce niveau de conscience est à la fois crédule et soupçonneux, dédaigneux, car il se croit riche d’un faux savoir, et sans pitié.

Le sens du goût y est dominant, il le pousse à la gourmandise.

Bhuloka et Bhuvarloka ont été l’objet des recherches analytiques freudiennes.

Svarloka (Manipura) : Ce Loka est le lieu où se développe le complexe de puissance. Pour s’affirmer, le besoin d’argent est démesuré, mais il ne pousse pas à la malhonnêteté car le goût du prestige l’emporte sur la vénalité.

L’homme s’éveille à la conscience progressivement. Les Bouddhistes y voient le lieu de séjour de l’Énergie statique (Kundalini). C’est vraiment le centre énergétique de l’être humain.

Les Japonais l’appellent le Hara ; c’est sur les aptitudes de ce centre que reposent les Arts Martiaux.

C’est par ce centre que l’on peut entrer en contact avec les forces subtiles du Cosmos. C’est là que l’énergie sexuelle peut se sublimer et devenir ce que les yogins appellent Ojas.

Ce Centre rayonne comme un soleil (d’où le nom de plexus solaire qui est en relation avec le système nerveux).

Cette énergie considérable permet un potentiel d’activité extraordinaire.

Ce centre est considéré comme celui qui génère le Prana, et la science qui permet de la maîtriser à des fins personnelles fait l’objet de recherches approfondies en Orient.

Celui qui maîtrise ce Centre maîtrise son énergie.

Considéré comme solaire, Manipura est relié à la vue. Dans ce Loka, règnent aussi des sentiments assez troubles où le désir et la jalousie côtoient la honte. L’ignorance est grande, les déceptions engendrent la tristesse et la crainte.

Maharloka (Anahata) : Dans ce Loka, l’activité est grande, l’espérance commence à poindre, le sens de la possessivité est très développé, l’attachement engendre l’égoïsme.

Pour conserver ce à quoi l’on tient, on est capable de duplicité et d’hypocrisie. On manque parfois de décision, les regrets et l’anxiété troublent ceux qui sont prisonniers de ce Loka. Tout n’y est pas mauvais.

Il est déjà quelques bons aspects, on accepte mieux les autres, on peut être compatissant et fermer les yeux sur leurs défauts. Si les émotions se purifient, une forme de dévotion peut naître, c’est sur ce plan que les Bakta (dévots) peuvent se rencontrer.

On commence à prendre conscience qu’en dépit des apparences, tous les êtres ont un fond commun de perfection ; l’amour, dans son sens le plus noble peut se révéler.

Il est dit dans le Sat Chakra Nirupana que celui qui atteint ce niveau de conscience est « sage, ses actions sont nobles ; il contrôle ses sens, il est capable de concentration et de réflexion sur la conscience. Ses discours inspirés coulent de source ».

C’est au niveau de ce Loka que l’Homme peut développer ses aptitudes scientifiques et artistiques.

Dans la tradition hindoue, il est dit que c’est là, dans Hridaya chakra (le cœur) que l’âme individuelle se tient cachée.

A ce niveau tous les désirs trouvent leur réalisation. Idéalisme et matérialisme s’équilibrent. Le symbole qui les représente est l’étoile à six branches. L’union parfaite de l’Homme et de la Femme. Ce Loka se trouve au niveau du cœur.

Janarloka (Vishuddhi) : A partir de ce niveau on commence à comprendre le but de la vie, la nécessité d’affronter les expériences bonnes et mauvaises. La compréhension des autres se fait jour, la paix et l’harmonie peuvent régner.

On ne se sent plus concerné par les évènements dont on devient spectateur ; causes et effets deviennent évidents. La voix a, dans ce centre, un important rôle à jouer.

Il faut aller vers la partie la plus élevée de ce Loka pour connaître la douceur et la quiétude ; l’altruisme est naturellement pratiqué, on découvre la sérénité. Là se tiennent ceux qui ont transcendé leur Ego.

Ajna (Tapoloka) : Tapoloka est le niveau le plus élevé de conscience que peut atteindre l’homme pendant sa vie terrestre. Héréditairement ou par une discipline yoguique, la dixième Porte de la perception peut s’ouvrir. Cette porte est Ajna Chakra [1].

On l’appelle le « troisième œil » « l’œil Divin ». L’œil de l’intuition. On l’appelle aussi Setu, le pont. Car c’est le pont entre le microcosme et le macrocosme. Ajna Chakra se trouve au centre du crâne, au sommet de la colonne vertébrale, en liaison avec la glande pinéale.

Les pouvoirs psychiques (siddhis) se manifestent lorsque, soit par hérédité, soit par la drogue, soit par le yoga, la dixième porte s’ouvre.

La drogue est à déconseiller, car par ce moyen artificiel, avec l’accoutumance, la porte se referme. La pratique du Yoga, par contre, permet sans risques d’atteindre les états supérieurs de conscience si toutefois on ne se laisse pas séduire par les pouvoirs psychiques (siddhis), clairvoyance, clairaudience, précognition, télépathie, qui sont une entrave sur le chemin de la sagesse.

Ajna Chakra est le centre du commandement ; la maîtrise de ce centre procure celle de l’Énergie (prana). Cette énergie peut être utilisée à des fins thérapeutiques.

Celui chez qui le troisième œil s’est ouvert, devient le témoin des événements auxquels, intuitivement, il réagit dans le sens le meilleur. Lorsque Tapoloka est atteint, tous les vestiges des imperfections de l’égo se détruisent.

Le yogin qui médite et passe de l’état subconscient au conscient serait perdu s’il ne pouvait concentrer sa force sur Ajna qui développe un courant de haut voltage.

Au début, une lueur blanche apparaît entre les deux sourcils puis des lueurs de couleurs diverses peuvent se manifester. On peut aussi voir des siddhas (sages).

Le mantra Aum (OM) correspond à ce Centre ; l’une des premières manifestations d’Ajna Chakra est la vision de la syllabe Om, étincelante. C’est là que se forment les images dont la succession coordonnée correspond à notre vie intellectuelle.

L’acte sexuel appauvrit Ajna en énergie. Si l’on est maître de ce centre, tous les Chakras (centres) inférieurs sont maîtrisés. En stimulant ce centre, les facultés intellectuelles, la mémoire et la volonté se développent harmonieusement.

C’est sur cette dixième porte que le yogin se concentre au moment de la mort car il peut alors être libéré de la nécessité de renaître et ne plus aller rejoindre les morts en attente de renaissance dans le Preta Loka (le domaine des morts).

Satya Loka (Sahasrara) : Nous voici arrivés au terme de notre voyage en atteignant le septième monde ; là où est accessible la Conscience Suprême.

Tant que le Jiva (le vivant) n’a pu atteindre ce qui est appelé le quatrième état de conscience, le Satya Loka lui est fermé. Le Jiva est constamment tiraillé entre les énergies qui se tiennent au-dessus de la taille (prana) et celles qui sont situées en-dessous (apana). Pour comprendre ce que signifie le quatrième état, rappelons que les trois autres sont :

1. L’état de veille

2. L’état de sommeil avec rêve

3. L’état de sommeil profond.

Le quatrième état est celui d’une conscience épanouie et d’une vigilance accrue. Ces états de conscience se résument dans le signe Aum qu’il faut prononcer Om.

Sahasrara signifie mille. C’est le lotus coronal aux mille pétales sur lesquels se répètent indéfiniment les 50 lettres de l’alphabet sanscrit. Mille représente en fait l’Infini.

Sahasrara ne participe pas à l’énergie provenant des centres respiratoires, ce centre n’appartient pas aux niveaux du corps ; à cause de cela, il n’est pas considéré comme un Chakra.

La protubérance que l’on peut observer au sommet de la tête des statues ou de dessins orientaux représente le mont Kailasa ; là est le Satya Loka résidence de Shiva ; il existe, dans l’Himalaya une montagne qui porte ce nom, elle est sacrée car Shakti et Shiva y seraient unis dans un état d’éternelle béatitude. Conscience et Énergie sont unifiées : c’est l’objectif du Yoga. Le but de toute Sadhana (discipline yoguique) est d’atteindre cet état appelé Samadhi par les Hindous, Nirvana par les Bouddhistes. C’est la culmination à laquelle tendent tous ceux qui ont soif d’Absolu. —

Le Jivan Mukta, le vivant libéré de la nécessité de renaître, quitte son corps par Brahmarandra, la fissure qui est au sommet du crâne et entre définitivement dans le Satya Loka.


[1] Dans les textes traditionnels il est dit que l’homme dispose de dix portes sur le monde : les deux oreilles, les deux yeux, les deux narines, la bouche, l’anus, l’organe sexuel ; la dixième porte est Ajna Chakra.


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