B. Pâque : Les tempéraments en cosmobiologie


12 Oct 2010

(Revue Spiritualité. No 25. 15 Décembre 1946)

Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire de l’homme, plus particulièrement depuis ses premières conquêtes intellectuelles, nous retrouvons des traces et des essais de qualification des différentes caractéristiques : propres à certains individus. C’est dire toute l’antiquité de l’étude des Tempéraments. Si nous consultons les traités savants et philosophiques des Égyptiens, des Hébreux, de l’Inde et, plus près de nous, de la Grèce, nous retrouvons partout des remarques pertinentes sur les différents caractères humains, sur leur aspect physique et sur les tendances passionnelles ou cérébrales qui éloignent ou différencient tel individu de tel autre.

La Médecine antique s’y est intéressée tout autant ; de plus, en ces temps reculés, un savant avait la possibilité de grouper plusieurs branches dans ses connaissances ; aujourd’hui, les prolongements et les développements propres à chaque branche du savoir humain ont obligé l’homme à la spécialisation.

En ce qui concerne l’étude de l’homme, de ses différents tempéraments, celui auquel un être humain est susceptible d’appartenir fondamentalement n’est pas encore définitif ; mais il est cependant remarquable que les résultats acquis sont très encourageants et méritent toute notre attention.

D’abord, qu’est-ce qu’un tempérament ?

Voici comment s’exprimait feu le Dr Allendy : « C’est le tableau de l’équilibre fonctionnel à un moment donné. C’est le résultat d’influences diverses qui s’équilibrent et se compensent. C’est un état variable pouvant transformer l’équilibre physiologique qui n’est jamais constant, jusque dans certaines limites ».

Répondons-nous à un tempérament prédominant ?

Par le passé, il devait être possible de déterminer avec facilité le tempérament physiologique ou mental d’un individu, sa nature étant moins complexe et moins chargée d’hérédité qu’aujourd’hui, moins viciée par les unions et les mélanges raciques.

Aujourd’hui, l’étude expérimentale tend à prouver qu’un homme appartient, le plus souvent, à un tempérament mixte ou, si l’on préfère, résultant d’une combinaison variable, de deux tendances primaires ; l’homme n’appartient plus à un tempérament pur ; c’est un être plus complexe et c’est cette condition qui fait dire bien souvent que, dans un homme, il y a deux individus, tant les caractéristiques des tempéraments associés peuvent être différentes et presque opposées en apparence.

Toutes les combinaisons de tempéraments découlent, en principe, de quatre grands tempéraments de base que les anciens connaissaient et avaient rapprochés des caractères distinctifs des éléments de la nature : le feu, la terre, l’air et l’eau. Ce n’est qu’avec le temps que d’autres termes, plus scientifiques, furent adoptés, que chacun connaît ; nous disons  un tempérament bilieux, nerveux, sanguin ou respiratoire et lymphatique.

En général, nous accusons, à des degrés et à des intensités variables, les quatre tempéraments ; mais, le plus souvent, deux de ces tempéraments dominent radicalement et parfois trois.

Bouchard, dans son « Traité de Pathologie générale », écrit : « Il n’y a pas deux êtres absolument semblables au point de vue physiologique ; il ne peut y avoir deux êtres absolument semblables devant la maladie ».

Nous ajouterons que la Cosmobiologie vient compléter cette déclaration en disant : « Il n’y a pas deux tempéraments semblables, ni deux caractères identiques, ni deux mêmes potentialités mentales; et deux individus, quels qu’ils soient, accuseront toujours des réactions différentes devant une même cause proposée ».

Nous croyons à l’évolution du caractère ; elle est à la base de notre enseignement de même pour le tempérament physiologique : il est normal qu’il évolue tout au long de l’existence. Cet état variable, mobile, peut se déterminer en suivant un individu dans le cours de sa vie. Nous le verrons passer d’une dominante à une autre, si cela peut dépendre, en partie, de son genre de vie, de son activité, de son excès, nous le contrôlons plus aisément par le jeu constant des influences planétaires.

La médecine a des procédés qui lui sont propres pour suivre une évolution humaine ; mais nous avons aussi le contrôle de l’évolution d’un tempérament donné par toutes les cartes planétaires annuelles qu’il nous est possible de dresser pour un individu indiqué en cela, nos sciences se rejoignent… sans le savoir, peut-être !

TEMPERAMENTS DE BASE

Voyons d’abord, — et très rapidement, — ce qui distingue fondamentalement chacun des quatre grands tempéraments de base.

a) LYMPHATIQUE.

Le tempérament lymphatique (correspondant aux signes d’EAU) se caractérise par un nombre élevé de globules blancs, par une insuffisance de corpuscules rouges, par sa tendance à une déperdition chlorurée et calcique, et il correspond à la diathèse, ou à une disposition naturelle, scrofuleuse.

La scrofule est une affection caractérisée par des troubles nutritifs profonds qui placent le terrain organique dans une telle position que certaines maladies, telle la tuberculose, peuvent y évoluer rapidement. Par le passé, on lui donnait le terme assez curieux de « maladie des humeurs froides », ce qui correspondait parfaitement aux éléments Lune et Eau des données astrologiques.

En dehors de l’hérédité, l’état scrofuleux peut être le résultat d’une hygiène et d’une alimentation défectueuse : il rend sensible à des inflammations traînantes de la peau et des muqueuses d’où naissent des tumeurs adénoïdes, c.à.d. formées par le tissu des glandes ; et à des ganglions dans le cou principalement.

Chez le tempérament lymphatique, ou atoniplastique, la fonction d’anabolisme est prépondérante et l’imprégnation des tissus par la lymphe est profonde. La lymphe contenant moins de matières albuminoïdes que le sérum du sang, accuse une plus grande richesse en eau, d’où une émission d’urine assez abondante.

(à suivre)

(Revue Spiritualité. No 25-26. Janvier-Février 1947)

(Suite)

Le lymphatisme, par suite d’une circulation vicieuse de la lymphe, favorise les troubles de nutrition, donc digestifs, et facilite certaines infections cutanées (impétigo, gourme des enfants, eczémas, végétations adénoïdes, tuberculose).

Ce tempérament réclame des exercices physiques, du grand air, du soleil, de l’iode, de l’arsenic et des phosphates.

L’abondance des urines et autres secrétions entraîne, pour ce tempérament, une dépense plus grande en chlorures, qu’il faut compenser par l’alimentation; c’est pour lutter contre cette perte que les races du nord consomment naturellement plus de sel. (Dans « La Science et la Vie », de janvier 1918, Léon Delcomun citait une consommation annuelle, et par habitant, de 12 kgs de sel dans les États scandinaves, contre 3 kgs en Afrique du Nord).

La femme serait plus sensible que l’homme à cette déperdition. La déperdition chlorurée provoque la décalcification et, ainsi, la résistance organique s’accuse plus faible aux maladies microbiennes, notamment la tuberculose. Ce tempérament se traduit encore par des ongles mous et des dents qui se carient rapidement.

Cette abondance de circulation liquide — les réseaux lymphatiques étant extraordinairement ramifiés — ralentit le mouvement circulatoire, d’où un pouls lent et mou, une tension artérielle souvent en-dessous de la normale et une température du corps inférieure à la moyenne.

Le tissu cellulaire, très abondant, donne des chairs molles, bien remplies, atténue les reliefs et, par l’abondance de la lymphe incolore, donne une blancheur caractéristique à la peau. Les cheveux sont fins, abondants, mais tombent ou blanchissent de bonne heure; les cils sont longs et beaux, la pupille dilatée, la face plutôt pâle, la peau fine les poils sont rares et légers sur le tronc et les membres. Quant aux lèvres, la supérieure est souvent assez forte, tandis que l’inférieure, assez molle, a tendance à pendre un peu; les narines sont épaisses et écartées; les yeux, un peu saillants, sont de couleur claire; le regard est doux, humide et n’a rien d’agressif.

Le tempérament pur amasse plus d’énergie qu’il n’en dépense ; les gestes sont lents; la plupart des fonctions organiques paresseuses ; la voix molle ou traînante; ils sont doux, rêveurs, indifférents, patients et calmes; leur sommeil est plutôt lourd. C’est le tempérament des apathies, des indolences et de la passivité.

Les intestins et l’appendice sont particulièrement vulnérables, ainsi que tout l’appareil digestif. La tendance scrofuleuse se traduit par des caractères d’engourdissement et d’inaction; elle a, comme manifestations cutanées: impétigos, eczémas, acné, engelures, ophtalmies, végétations, amygdalites. La tuberculose s’introduit, chez le scrofuleux, par la voie digestive.

Le régime alimentaire doit être riche en cholestérine et pauvre en acides. C’est tout le végétarisme qui s’impose ici, avec addition de lait et d’œufs; ils ont besoin de la cholestérine qui se trouve dans le jaune d’œuf, le lait et la crême; ils ont besoin des albumines phosphorées de l’œuf, surtout dans le jaune où l’on en trouve jusque 17 p.c. Les fromages en sont riches; ce sont là les substances principales de soutien de ce tempérament, car elles sont équilibrantes.

Leur grande activité digestive et sécrétoire les transforme et les absorbe facilement; la viande ne leur est pas nécessaire et, à cet égard, le Dr Allendy ajoute que le régime carné leur offre pas mal  d’inconvénients. Sans parler de son action sur l’appendice, dit-il, elle acidifie le sang et diminue les oxydations, ce qui est dangereux pour ce tempérament; elle produit aussi la constipation.

Ces considérations justifient, au point de vue physiologique, l’abstention du régime carné, même pour tous les tempéraments, et serait utilement remplacé, dit-il, par une alimentation lacto-ovo-végétarienne. C’est la putréfaction de la viande, dans l’organisme, qui produit la sclérose, nous dit aussi le Dr Metchnikoff.

Les gestes des lymphatiques sont lents; en tous cas, ils manquent d’expressivité et de dynamisme; ils ont souvent des attitudes gauches; la voix est peu sonore, traînante ou molle; leur conversation n’est jamais animée.

Leur caractère se résume dans un manque général de réaction. Ce sont des rêveurs, des hésitants, des peureux; mais dociles, obéissants, repoussant par habitude les grands efforts de décision.

Ils ont cependant des qualités remarquables: la patience, une adaptabilité étonnante, une puissante imagination, beaucoup d’intuition, ce qui rachète leur mémoire, qui n’est pas toujours très forte; ils recherchent une existence aussi régulière que possible, en vertu d’une vie très mobile et incertaine; ils sont sans passion démesurée, quoique très affectueux et ayant un grand besoin de tendresse; ils sont très sensibles, sensitifs et impressionnables.

L’intelligence peut être profonde, mais lente dans ses manifestations; l’imagination, jointe à une exquise sensibilité, en font des âmes de poètes, d’artistes, de contemplateurs et des mystiques.

Le plus grand pourcentage de ce tempérament se retrouve dans les pays du Nord, tels la Russie, les États baltes, la Norvège, la Suède, l’Angleterre, l’Allemagne du Nord, la Hollande et la Belgique.

Physiologiquement et pathologiquement, le tempérament lymphatique a un estomac et une circulation sanguine paresseux; tout le système digestif est à surveiller; il a besoin de repos, quoiqu’il soit apte à certaines endurances de fatigues. La puberté est souvent tardive.

b) SANGUIN.

Passons au tempérament toniplastique, respiratoire, ou sanguin, correspondant à l’élément AIR des anciens et où nous trouvons la prédominance de la fonction de catabolisme aérobie (oxydations et rejets par l’air).

Cette fonction a pour agent essentiel l’hémoglobine, matière rouge du sang (dont la moyenne est de 12 gr. pour 100 gr. de sang). La richesse du sang en hémoglobine est le meilleur signe de l’importance du catabolisme aérobie. Le taux de fibrine est également lié à ce tempérament. La fibrine est une matière albuminoïde, blanche, insipide, inodore, qui entre dans la composition du sang et apparaît au moment de la coagulation.

L’intensité du catabolisme aérobie augmente l’activité respiratoire, d’où des capacités pulmonaires remarquables chez ce tempérament. Nous trouvons ici l’influence générale des facteurs de variation et la capacité pulmonaire est généralement moindre chez la femme. La capacité respiratoire est très importante dans la première enfance à cause du travail exceptionnel de croissance; ensuite, elle faiblit entre 10 et 15 ans pour reprendre plus d’intensité à 16 ans, époque où s’affirme pleinement le tempérament.

L’air étant l’élément qui signe ce tempérament, les muscles du thorax sont fort bien développés.

Chez ces sujets, on constate aussi une grande abondance d’humeurs, comme pour le tempérament précédent, il en résulte les mêmes conséquences : les secrétions sont abondantes, mais les urines sont plus colorées que chez le lymphatique, parce que la destruction plus rapide des hématies produit plus de pigments. Chez eux, la sueur est facile, car les plastiques (tempéraments aux réactions générales) transpirent davantage. La circulation périphérique est bien développée, grâce à un riche réseau de capillaires sanguins, (c’est-à-dire les ramifications extrêmes du système circulatoire), ce qui facilite par conséquent, la régulation thermique. D’ailleurs, la circulation est active, le pouls est ample. C’est pourquoi la peau offre un ton rosé, et son contact est chaud et humide; les muqueuses sont très colorées aux orifices naturels, lèvres, paupières, narines, etc.

Leur digestion est aisée et facilitée par l’abondance des secrétions; l’appétit est excellent et leur fait aimer la table. Cette aisance de digestion leur confère un caractère jovial, par opposition aux tempéraments nerveux dont les digestions sont lentes et difficiles, et l’humeur généralement sombre.

Cette grande abondance de sécrétion (que l’on retrouve même dans la nature des menstruations des femmes) entraîne aussi, chez ce tempérament, une certaine déperdition chlorurée; ici encore, il y a tendance à décalcification, ce qui facilite la diathèse de la tuberculose, pulmonaire, cette fois.

Ces natures émettent plus de chaleur que les lymphatiques, lesquels en dégagent très peu; mais l’abondance du tissu cellulaire tempère ce rayonnement; d’ailleurs, ils ont tendance à l’empâtement, ce qui augmente le poids par rapport à la taille.

Le besoin, pour eux, de dépenser l’énergie produite en abondance, par suite de leur bonne assimilation favorise un certain développement musculaire; aussi, les muscles sont-ils fermes et consistants, le tissu abondant, ce qui donne un physique aux formes assez arrondies; les sanguins ont les gestes brusques, larges. Moralement, ce sont des natures impulsives, changeantes, soumises à leurs instincts; le cœur est souvent un peu hypertrophié (accroissement anormal); la circulation est copieuse et donne un pouls plein, fort et rapide; chez eux, la tension artérielle est moyenne.

Pathologiquement, il faut s’intéresser, ici, au rôle de l’acide urique et la diathèse de ce tempérament est l’Uricémie, qu’il ne faut pas confondre avec l’uratrie ou goutte, car ils peuvent exister l’un sans l’autre. L’uricémie est l’affection caractérisée par la diminution d’excrétion de l’acide urique et son accumulation dans le sang. L’uricémie précède la goutte ou la prépare par l’abondance des phosphates acides dans l’urine, abondance qui diminue la solubilité de l’acide urique; la cristallisation de l’acide urique dans l’organisme est un phénomène pathologique, tandis que sa présence dans le sang est un phénomène normal, mais dont l’exagération constitue alors une diathèse. L’uricémie trouve souvent sa raison dans une suralimentation inutile; son mécanisme s’explique par un fonctionnement anormal ou spécial du foie et les troubles hépatiques s’associent fréquemment à la dyspepsie goutteuse.

Le tempérament sanguin ou respiratoire pèche donc par une prédominance de la vie aérobie sur la vie anaérobie, c’est-à-dire par un excès d’oxydation. Cliniquement, l’uricémie est liée à la pléthore sanguine.

Le sujet est d’ailleurs, et le plus souvent, gras coloré, sujet aux nausées, aux céphalées, diarrhées, flatulences, étouffements, embarras gastriques, sueurs profondes, oppressions. L’obésité est souvent un accident propre à ce tempérament; on peut dire que l’uricémique est un pléthorique et un sanguin; c’est un congestif, apte aux accidents inflammatoires aigus, surtout sur l’appareil respiratoire.

Lorsqu’il est jeune, il est sujet aux fièvres et à la scarlatine; plus tard, à la goutte et à l’obésité; les inflammations sont rapides, courtes; les convalescences, rapides; enfin, dernier détail: l’uricémie s’accompagne souvent d’oxalémie. (L’acide oxalique existe normalement dans le sang à la dose de 1 centigramme par litre; son excès conduit à la goutte).

Physiquement, les traits sont souvent harmonieux; le visage exprime le bien-être, la santé; les cheveux sont abondants et châtains; ils sont souples et ont des reflets dorés; les lèvres sont belles et rouges; la bouche est souriante, un peu sensuelle; les narines ouvertes, le regard franc; la clérotique de l’œil est grande et blanche.

Ce sujet se distingue par un appétit remarquable qui le conduit facilement aux excès; sa digestion est facile et rapide; il transpire vite au front et à la poitrine; la sueur et l’urine sont abondantes. Il est généralement bien bâti et puissant; le sommeil est paisible, long et profond; le pouls est régulier. Comme c’est un congestif, il a tendance aux affections cardiaques, aux anévrismes; ensuite, au rhumatisme articulaire aigu, aux différentes formes de goutte et aux fièvres éruptives.

Dans la vie, ce sont des natures optimistes, confiantes, sans grande volonté suivie, hardies, entreprenantes mais peu travailleuses et peu persévérantes, conciliantes, expansives, très irritables et vite calmées.

La démarche est assez puissante, ils parlent haut, la voix est forte et étendue, les discours sont bruyants; ils aiment la vie et les plaisirs, ils sont gourmands, voluptueux; ils aiment beaucoup leur tranquillité personnelle et égoïstes sans s’en rendre compte, car ils ne s’occupent pas des autres; leur mémoire est facile, normale, l’intelligence vive, mais superficielle; bons enfants, ils aiment la raillerie, car ils sont spirituels; quand ils se montrent curieux leur activité peut être intense et les déplacements les enchantent. C’est le type le plus répandu en France, quoique souvent mélangé aux tempéraments lymphatiques ou bilieux.

(à suivre)