L’Éther constitutif, entretien Lucien Romani et Christine Hardy


19 Mar 2014

(Extrait de La science devant l’inconnu par Christine Hardy. Édition Rocher 1983. Copyright Christine Hardy)

Lucien Romani (1909-1990) était le directeur technique du laboratoire Eiffel (Laboratoire d’essais aérodynamiques subsoniques). Romani est un autre chercheur sérieux dont les travaux ne sont pas reconnus pour le moment…

L. R. — La base de ma démarche a été de réintroduire l’éther, qui est un concept très ancien. En fait l’éther, en Grèce, était une région située au sommet de l’atmosphère, baignant dans un fluide hypothétique très dilué et très chaud. Or, curieusement, c’est exact. On a découvert il y a quelques années, avec les satellites artificiels, qu’effectivement il y a bien une couche d’hydrogène à 500 degrés de température.

Après cette période grecque, le concept a évolué mais, par contre, le mot a disparu. Pour  Descartes, il était clair qu’il n’y avait qu’une seule substance dans la nature qu’il appelait la « res extensa », la chose étendue. Cette chose étendue, pour lui, n’avait aucune lacune ; le vide ne pouvait pas exister. Il a affirmé explicitement que, s’il y avait le vide dans une bouteille, les deux parois de la bouteille se toucheraient. Autrement dit : c’est un philosophe du « plein », par opposition aux philosophes du « vide » pour qui le monde est constitué d’un vide dans lequel des corps évoluent.

Au XVIIe siècle, il y avait donc les tenants des « petits corps » (que l’on a nommé plus tard les atomes) et les tenants de la « matière subtile » : l’éther. La théorie moléculaire ayant prévalu (elle remontait à la Grèce et à Démocrite), on a imaginé au me siècle qu’on avait les deux, c’est-à-dire que les petits corps (les atomes et les molécules) étaient plongés dans la matière subtile : l’éther.

On s’est alors posé la question de savoir si les corps, en se déplaçant, entraînaient ou non l’éther, et pendant tout le XIXe siècle, des tas d’expériences ont été faites, menées par les plus grands physiciens de l’époque, comme Arago. Cependant les résultats étaient incompréhensibles. Il y avait toujours, contre une expérience qui prouvait que l’éther n’était pas entraîné, une autre qui prouvait le contraire.

On a même essayé de vérifier s’il n’était pas entraîné partiellement et, comme on n’aboutissait à rien sur le plan expérimental, on a transposé le problème sur le plan théorique. On a considéré d’abord que ce devait être un fluide, ensuite, puisque les planètes circulent comme dans du vide, qu’il fallait que ce soit un fluide très subtil. D’autre part, on comptait sur ce fluide pour propager la lumière, mais là on s’est heurté à deux difficultés : tout d’abord, la lumière se propageant à une vitesse énorme, il fallait que ce fluide fût, à la fois, subtil et beaucoup plus rigide que l’acier et en outre, la lumière est une onde transversale.

Il y a deux espèces d’ondes possibles, a priori :

a) ou bien le mouvement ondulatoire est en travers de la direction de la propagation de l’onde et, dans ce cas, l’onde est dite transversale ; b) ou bien le mouvement est dans le sens de la propagation de l’onde et, dans ce cas, l’onde est dite longitudinale. Or, tous les fluides transportent l’onde longitudinale mais ils ne propagent pas l’onde transversale. Il est impossible à un fluide composé de molécules de transmettre une onde transversale. Par exemple, la houle est transversale, mais elle ne peut être propagée qu’à la surface du fluide (la mer) ; à l’intérieur du fluide ce n’est pas possible. Le son est une onde longitudinale.

Ainsi, dans les corps solides, les deux sortes d’ondes existent et elles ne se propagent pas à la même vitesse — les transversales vont moins vite que les longitudinales. Dans les corps liquides et gazeux, seules les ondes longitudinales se propagent.

L’éther du XIXe siècle était donc décevant puisqu’il fallait lui attribuer des propriétés contradictoires. Ce qui fait qu’en 1905, Einstein a décidé de se passer de l’éther. Il n’a pas dit qu’il n’existait pas, il a dit qu’il fallait faire les opérations sans s’en occuper, que l’éther existe ou n’existe pas. Ainsi, tout le monde a renoncé à l’éther.

Cependant Descartes avait eu un éminent successeur en la personne de Lord Kelvin, alias William Thomson. William Thomson a fait des travaux physiques tellement extraordinaires qu’il fût anobli.

William Thomson avait repris l’idée de Descartes qui est tout à fait différente de celle des petits corps plongés dans l’éther. L’idée de Descartes et de Thomson, c’est l’éther constitutif, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de petits corps, il n’y a que l’éther. C’est la seule substance existante, la fameuse «  res extensa ». Et ce que nous prenons pour des particules, ce sont des tourbillons dans l’éther. Descartes avait conçu la théorie des tourbillons et, comme il ne peut pas y avoir de vide, il disait que tous les tourbillons s’appuient les uns contre les autres de manière à ne jamais laisser de lacunes. Donc, pour Descartes, un gros tourbillon qui était la Terre s’appuyait sur un autre tourbillon qui était Vénus, etc. Ce n’était pas très satisfaisant.

Mais pour Thomson, cela se passait différemment : c’était les atomes qui étaient des tourbillons microscopiques extrêmement denses tournant très très vite et simulant des corps solides. Il demanda alors à Helmholtz, physicien allemand célèbre et savant mathématicien, de bien vouloir établir la théorie du tourbillon élémentaire d’éther. Helmholtz fit cette théorie. Il prit modèle sur les ronds de fumée que vous savez peut-être faire avec votre cigarette et mis cela en équation. Il donna alors les calculs à lord Kelvin qui vérifia s’ils pouvaient expliquer l’atome d’hydrogène (cela dans les années 1870). Comme cela était impossible, il abandonna le concept d’éther et on n’en parla plus. À partir du XXe siècle, l’éther fut donc répudié.

Ayant moi-même réfléchi longuement à ces questions et ignorant totalement les travaux de lord Kelvin sur le sujet, je retrouvai en 1965 la même idée : il fallait penser que les atomes étaient des tourbillons. J’ai alors refait les calculs d’Helmholtz, mais en mécanique relativiste ; en outre, je me suis aperçu d’une particularité fondamentale qui avait totalement échappé à Helmholtz. Lorsque j’ai fait le modèle complet du tourbillon relativiste d’éther, il s’est trouvé que ce modèle correspondait rigoureusement aux propriétés de l’électron, particule que lord Kelvin ignorait. Il avait essayé d’appliquer sa théorie sans succès à l’atome d’hydrogène qui est beaucoup plus compliqué, tandis qu’en l’appliquant à l’électron, j’ai pu vérifier sa théorie. À partir de ce moment, j’ai revu la physique dans ce cadré ; le résultat en est la rédaction de ces deux livres que j’ai mis dix ans à écrire. J’ai refait toute la physique [1].

Pourquoi cela a-t-il marché ? Parce que l’éther n’étant plus le réceptacle des petits corps mais étant la seule matière existante universellement constitutive, j’ai démontré qu’il ne pouvait pas être composé de grains séparés. Autrement dit : l’éther n’est pas atomique, il n’est pas moléculaire, il est d’une seule pièce, il est complètement continu. Dans ce cas-là, il transmet n’importe quelle onde, il est élastique dans tous les sens et par conséquent, il transmet l’onde longitudinale, transversale ou torsionnelle, peu importe.

Ce que j’ai démontré ainsi, et qui est tout à fait révolutionnaire, c’est qu’il n’est pas comprimé comme l’air ou comme un gaz moléculaire, il est comme un morceau de caoutchouc : au repos, il n’est pas tendu : il se tend quand il se met en marche, il est tendu par le mouvement. Il décrit des trajectoires courbes, c’est la force centrifuge qui tire dessus et qui le tend et c’est pourquoi il peut transmettre aussi bien les ondes transversales que longitudinales. Il faut le concevoir comme une sorte de caoutchouc tendu se déformant dans tous les sens.

À partir de là, il n’y avait plus aucune difficulté, toutes les contradictions étaient levées. J’ai de plus démontré que toutes les ondes d’éther se propagent à la même vitesse : la vitesse de la lumière. Il y a donc une différence avec les corps solides pour lesquels la vitesse dépend du type d’onde.

Dans l’éther, la vitesse d’une onde quelconque est celle d’une perturbation de pression dans le fluide. Ainsi, la vitesse de la lumière dans l’éther correspond à la vitesse du son dans l’air (mais elle est beaucoup plus grande).

Or ici, une question se pose : y a-t-il un son dans l’éther ? Y a-t-il une onde longitudinale dans l’éther ?

Première constatation : c’est l’onde de gravitation ; dans la théorie de l’éther constitutif, la gravitation provient, non pas de la courbure de l’espace comme dans la théorie de la relativité générale, mais du fait que l’éther n’ayant pas partout la même densité, les parties denses ont tendance à remplir le vide relatif des parties moins denses, et comme les tourbillons créent une baisse de densité, ils appellent l’éther à eux de toutes parts. On n’a plus besoin de l’espace courbe et des folies de l’espace-temps à quatre dimensions, courbé, tordu. C’est inutile.

Ce n’est pas faux du point de vue mathématique, c’était même génial, mais cela devient tout simplement superflu. Car, en supprimant l’éther, Einstein s’est privé de la gravitation. Il s’en est aperçu et il a alors inventé quelque chose pour réintroduire la gravitation, c’est sa fameuse courbure de l’espace. Mais à partir du moment où on garde l’éther, le temps et l’espace classiques marchent très bien.

Donc je savais déjà tout de suite que l’onde longitudinale d’éther me fournissait, indirectement, la gravitation. Ce n’est pas elle qui est la gravitation, c’est le fait qu’en se propageant, cette onde crée des différences de densité dans l’éther et ce sont ces différences de densité qui font la gravitation.

Il y a un Japonais qui est parti de la même idée ; il a refait le calcul avec cette hypothèse et il a retrouvé l’avance du périhélie de Mercure exactement comme dans la théorie de la relativité.

De même en écrivant les équations de la mécanique des fluides pour l’éther élastique, j’ai retrouvé tout le formalisme de la relativité restreinte. Donc, la relativité n’est pas fausse, mais elle a des bases qui sont fausses. Du fait qu’elle ne prend pas l’éther pour base, elle doit créer des bases artificielles comme la courbure de l’espace et le couplage de l’espace et du temps qui ne sont que des astuces mathématiques destinées à remplacer l’éther imprudemment abandonné.

Bien entendu, cette onde longitudinale de l’éther, ce « son de l’éther » se manifeste à nous de différentes manières et pas seulement par la gravitation ; de même que les ondes électromagnétiques de Maxwell se manifestent sous forme d’ondes radio, de rayons X, de lumière et que, suivant les circonstances, la manifestation et le procédé de détection ne sont pas les mêmes.

Il se trouve que j’ai moi-même des facultés télépathiques, involontaires et pas contrôlables malheureusement, mais je suis émetteur de jour et récepteur de nuit. Alors j’ai réfléchi car je m’étais toujours dit qu’on ne pouvait pas s’expliquer la télépathie sans une onde pour propager le message. Or, cette onde, ce n’est ni la lumière, ni une onde électromagnétique quelconque. En effet, même en plaçant le récepteur dans une cage de Faraday, les expériences de télépathie se sont avérées concluantes. Cette onde n’était donc pas électromagnétique sinon la cage de Faraday l’aurait arrêtée.

J’ai donc écrit dans mon livre que l’onde d’éther représente à la fois la télépathie et la gravitation. On me l’a reproché. On m’a dit : « Vous êtes fou ». Non ; j’ai fait le raisonnement et le résultat a corroboré la théorie.

De plus, il y a les ondes de De Broglie, qui s’avèrent être encore les mêmes ondes, mais à l’état stationnaire. De Broglie a fait la mécanique ondulatoire, et ses ondes, dont on n’a jamais vu exactement ce qu’elles étaient, elles peuvent être interprétées comme des ondes stationnaires de l’éther.

C. H. Qu’appelez-vous des ondes stationnaires ?

L. R. — Ce sont des ondes qui ne se propagent pas. Si vous envoyez une onde dans un sens et que vous la fassiez réfléchir, cela produit une autre onde qui arrive en sens inverse, à ce moment-là, cela fait des nœuds et des ventres, mais rien ne se propage plus. Ainsi les deux ondes allant en sens contraires, la vitesse devient nulle.

C. H. Voudriez-vous préciser ce que vous appelez les ondes de De Broglie ?

L. R. — De Broglie a interprété les trajectoires des électrons dans les atomes sous forme d’un phénomène d’ondes stationnaires. Moi, je me suis dit : il faudrait détecter ces ondes ; mais c’est très difficile car elles ne transportent pas d’énergie. Étant donné que l’énergie, c’est de la matière et que la matière, c’est de l’éther, pour transporter de l’énergie, il faut transporter de l’éther, et pour transporter de l’éther, il faut un tourbillon. Une onde ne transporte pas de matière : seul, le mouvement se transmet. Chaque morceau d’éther se comprime ou se dilate, ou bien il se tortille en travers, mais en moyenne, il ne bouge pas. Par conséquent, il n’y a pas de transport d’énergie par une onde d’éther.

Ceci étonne beaucoup les gens. Ils ont du mal à comprendre et ils me disent : « Comment se fait-il que le détecteur fonctionne si on ne lui apporte pas d’énergie » ? Ma réponse est évidente : Le détecteur est formé d’éther ; quand vous faites remuer l’éther, vous faites remuer le détecteur. C’est très curieux, l’éther constitutif n’a rien à voir avec l’éther contenant les petits corps comme une bouteille contient du sucre ; cela n’a aucun rapport.

Il est donc très difficile de détecter cette onde d’éther puisqu’elle ne transporte pas d’énergie. Alors le hasard des choses (le hasard est très grand !) a voulu qu’autrefois mes employés m’aient fait cadeau d’une pendule Atmos. C’est une pendule fabriquée par Jaeger, en Suisse, que l’on ne remonte jamais. Il y a un circuit fréon à l’intérieur, c’est-à-dire qu’on utilise ce gaz qui passe de l’état gazeux à l’état liquide pratiquement à la température normale. Chaque fois que le fréon devient gazeux, cela dilate un soufflet, ce qui a pour effet de remonter la pendule, alors que, lorsque la température baisse, le gaz se recondense et le soufflet se ratatine, et ainsi de suite. Aussi, pour que la pendule s’arrête, il faudrait que la température restât constante pendant quinze jours, ce qui n’arrive jamais.

Cela faisait donc dix ans que j’avais cette pendule quand, un soir, vers neuf heures moins le quart, elle s’arrêta. Comme la température avait varié les jours précédents, je dis à mon épouse :

— La pendule est morte.

— Pourquoi ? me demande-t-elle.

— Parce qu’elle n’a aucune raison de s’arrêter. Si elle s’arrête, c’est qu’il y a du frottement ou que quelque chose est cassé.

— Tout de même, tu devrais essayer de la relancer.

Pour ne pas la contrarier, je relance la pendule, je la remets à l’heure, et elle repart. Je me dis : « Bon, elle n’a rien de cassé, c’est du frottement, elle va prendre deux heures de retard d’ici à demain matin, le résultat sera le même.

Là-dessus on va se coucher. Et j’ai une sensation bizarre dans la nuit. Le lendemain, je vais voir la pendule : elle était à l’heure. Je dis à mon épouse :

— Il y a eu un tremblement de terre hier à 9 heures moins le quart, il n’y a pas d’autre explication.

— C’est de l’imagination, ce n’est pas possible, un tremblement de terre quelque part ne va pas arrêter une horloge dans la région parisienne

— Va donc chercher le journal !

Alors elle revient avec le journal et s’écrie : — C’est quand même trop fort ! Il y avait « cinq colonnes à la une » : « Le tremblement de terre de l’île d’Oléron ressenti dans la région parisienne. »

C. H. Quand cela se passait-il ?

L. R. — Vers les années 63, 64. Alors je lis l’article : Tremblement de terre à 11 h 30 du soir. Ah, me dis-je, c’est donc que ma pendule a réagi à une onde prémonitoire en avance de deux à trois heures. C’était comme avec les animaux qui prévoient les tremblements de terre quelques heures avant les premières secousses.

C. H. Ne pouvait-il s’agir d’une onde sismique de faible intensité avant la vague plus forte du tremblement de terre ?

L. R. — Justement ! J’ai écrit à l’institut de physique du globe, demandant si l’on avait perçu d’autres ondes plus faibles avant 11 h 30. Ils m’ont répondu qu’ils n’avaient rien enregistré. Alors je regarde de plus près leurs méthodes d’enregistrements des ondes sismiques. Eh bien, ce sont des gens qui s’imaginent être capables de tout enregistrer en plaçant trois sismographes dans trois directions : deux perpendiculaires entre elles (à l’horizontale), et une autre à la verticale, ce qui reproduit l’arrangement de l’oreille humaine. Ils n’ont pas pensé aux ondes de torsion.

Les aérodynamiciens, lorsqu’ils font une balance, lui donnent six composantes : les trois déjà mentionnées, et trois autres qui sont les moments. J’ai donc compris que ma pendule était un sismographe d’une espèce différente, puisqu’elle pouvait enregistrer les ondes de torsion. En effet, son pendule bat la minute en tortillant un fil de quartz, donc mon horloge ignore les oscillations enregistrées par les sismographes (puisqu’à onze heures trente elle ne s’est pas arrêtée de nouveau) et les sismographes ignorent les oscillations enregistrées par mon horloge parce que ce sont des oscillations de torsion.

J’ai, à ce moment-là, fait l’analyse des vibrations possibles dans l’éther et j’ai compris qu’il y en avait toute une ménagerie. Quand les atomes s’agitent, ils décrivent un mouvement très compliqué qu’on peut diviser en six composantes, trois translations et trois rotatoires, comme les aérodynamiciens décomposent la force sur l’avion en six composantes : trois forces et trois moments.

C. H. Que représentent donc ces trois moments ?

L. R. — Vous avez les trois dimensions de l’espace plus les rotations autour des trois axes. Ces messieurs auraient donc dû se payer trois sismographes.

Un second hasard m’a permis de connaître la découverte d’un médecin allemand, le docteur Hartmann [2] qui pouvait, au moyen d’un pendule, détecter des émissions d’ondes inconnues provenant du sol. J’ai appris cela en allant chez Jaeger interroger les ingénieurs sur la structure de la pendule Atmos et leur expliquer ce qui s’était passé. Ils m’ont tout de suite dit que le pendule Hartmann fonctionnait exactement comme le pendule de leur horloge : il tourne autour d’un axe vertical (on le tient dans la main) et quand on passe sur ces émissions du sol, il se met en travers.

C. H. Il n’y a aucun autre instrument capable de détecter ce genre d’émissions ?

L. R. — Non, il n’y en a pas. Et ce pendule, en plus, il faut qu’il soit tenu par la main d’un être humain, car s’il est accroché sur son petit chariot, ça ne marche pas.

Rentré à Paris, j’ai donc pris un pendule et j’ai refait dans mon laboratoire les expériences du docteur Hartmann.

C. H. Quelles étaient ces expériences ?

L. R. — Ces expériences avaient montré qu’il existe une émission détectable tous les 2,20 m dans un sens, et 2,50 m dans l’autre, et que ce réseau rectangulaire est orienté selon le nord magnétique. Bien entendu, les gens, ignorant les ondes sonores de l’éther, s’imaginent, chaque fois qu’ils rencontrent une onde nouvelle, qu’elle est électromagnétique. J’ai constaté qu’il n’en était rien car le pendule fonctionne quelle que soit la matière employée. Hartmann prenait du fil de laiton, moi j’ai employé de l’acier inoxydable, du fil de fer, de la matière plastique, du caoutchouc et cela marchait toujours.

C. H. Il est bien connu des radiesthésistes que l’on peut se servir de n’importe quoi pour faire un pendule.

L. R. — Oui ; alors comme j’étais sceptique sur l’orientation du nord magnétique dans mon laboratoire, je me suis transporté à Beaugency en me disant que, là-bas, la Loire, le chemin de fer et la route sont orientés à 45 degrés du nord. Et effectivement, à Beaugency, le pendule se fiche complètement du nord magnétique.

Puis j’ai construit la théorie. Il s’agissait donc d’une onde d’éther à laquelle l’être humain est sensible et qui fait se mouvoir le pendule en rotation dans un sens défini. Une analyse du phénomène montrait que, d’un point critique Hartmann au suivant, le pendule aurait dû changer de sens. Or il n’en était rien, il tournait toujours dans le même sens pour un opérateur donné, mais il pouvait changer de sens d’un opérateur à l’autre.

Alors cela m’a mis la puce à l’oreille ; un jour de grève générale, profitant de ce qu’il n’y avait ni perturbations mécaniques, ni perturbations électromagnétiques, j’ai examiné le réseau dans mon laboratoire. Et j’ai trouvé qu’il était, non pas de 2,50 m, mais de 1,10 m au carré et que, conformément à la théorie, le pendule s’inversait tous les 1,10 m.

C. H. On démontre là l’évidence d’ondes telluriques ?

L. R. — Oui. Puis je suis allé voir à Monthléry mes amis de l’Union technique de l’Automobile. Je les ai entraînés à détecter le réseau et nous nous sommes installés dans la chambre sourde (qui sert à vérifier le bruit des camions) afin de repérer le réseau sur le sol.

Pour ce faire, nous avons monté un microphone au bout d’une perche et, avec une petite source auxiliaire de 20 décibels, nous avons exploré l’espace de la chambre, simultanément au sol, avec le pendule et dans l’espace, avec le microphone. Là nous avons constaté que la division de 1,10 m se retrouvait dans les trois dimensions. La perche permettait d’aller jusqu’à 4 mètres de hauteur et nous avons établi que toute l’atmosphère est stratifiée selon des cubes de 1,10 m.

Les deux instruments étaient donc parfaitement d’accord, c’est-à-dire que lorsque le microphone descendait d’intensité après une hausse, le pendule changeait de sens, ceci à quelques centimètres prés, dans les trois dimensions. Seulement, si on arrêtait la source sonore de 20 décibels, le microphone ne marchait plus, alors que le pendule continuait à fonctionner.

C. H. Je ne vois pas la nécessité de la source sonore de 20 décibels.

L. R. — Vous allez comprendre tout de suite. Il y a naturellement deux ondes :

1) Une onde mécanique, qui est la microsismicité, bien connue depuis sa découverte par Pierre Bernard à Paris. La microsismicité du sol est un petit tremblement de terre permanent dont on pense qu’il est dû aux vagues de la mer qui frappent les falaises et dont la vibration se transmettrait. Cela donne des ondes stationnaires qui découpent l’espace en tranches et qui forment ce quadrillage. Cette onde est mécanique et c’est elle que le microphone détecte, à condition qu’on lui fournisse un petit support pour qu’il puisse dévier, car il n’est pas assez sensible pour dévier seul ; mais comme cette onde mécanique stratifie l’atmosphère, quand on met une onde sonore, la stratification se retrouve dans les variations des sons détectés.

2) Maintenant, comme l’éther est constitutif, cette onde mécanique est identiquement liée à une onde d’éther. Et cette onde d’éther, c’est le pendule qui la saisit et, lui, n’a pas besoin de source auxiliaire pour fonctionner.

Tout était donc clair. J’avais ainsi trouvé que l’onde longitudinale de l’éther était : la gravitation, la télépathie et l’émission Hartmann… mais je n’étais pas au bout, il y eût d’autres aventures.

D’abord, je me suis aperçu, par un nouveau hasard, que cette onde avait été décrite entièrement en 1903 par le physicien de Nancy, René Blondlot [3]. Je ne l’ai su qu’il y a deux ou trois ans seulement, lorsque la Recherche a publié un article intitulé : « Une erreur scientifique mémorable : les rayons N de Blondlot. » Au fur et à mesure que je lisais l’article, je reconnaissais mon « onde » ; à la fin, j’ai bien rigolé en lisant les explications psychanalytiques de « l’erreur » de Blondlot.

Le rayon N, c’est extraordinaire. Les physiciens de l’époque devaient en avoir les cheveux dressés sur la tête. Or le livre donnait une explication immédiate de toutes les caractéristiques, aussi bizarres soient-elles.

Le rayon N de Blondlot était beaucoup plus intéressant que le pendule Hartmann, parce qu’il ne nécessitait pas la participation directe d’un sujet humain. J’ai donc refait sur le réseau Hartmann, certaines des expériences de Blondlot et elles ont marché. J’ai établi ainsi qu’il y avait identité entre le rayon N de Blondlot et l’émission tellurique de Hartmann, puis je suis allé plus loin.

Je me suis dit que le signal du sourcier, que l’on croyait électromagnétique, devait être aussi le rayon N. J’ai opéré dans un jardin à Sorgues, près d’Avignon, avec un sourcier ; voici ce qui s’est passé.

Le sourcier, je vous le décris, est un petit homme extrêmement puissant sur le plan musculaire. Quant à la rivière souterraine, c’est un affluent de la Sorgue, large de plusieurs mètres, que tout le monde connaît dans le pays.

Or quand le sourcier arrivait au-dessus de cette rivière souterraine, la baguette se redressait à la verticale et, même, lui échappait des mains. Il m’a alors demandé de l’aider à la tenir ; rien à faire, le couple moteur qui fait tourner la baguette est énorme, plusieurs mètres par kilo. Lorsque j’ai ajouté mes efforts aux siens, le seul effet a été d’écorcer la baguette.

Puis j’ai opéré moi-même. Avec moi, qui suis beaucoup moins musclé que ce sourcier, cela s’est très bien passé : la baguette s’est redressée mais j’en ai gardé le contrôle. J’ai traversé la source, en sentant l’augmentation de la vibration jusqu’au milieu de la rivière, puis sa diminution.

Ma théorie est simple : le sourcier est un émetteur de rayon N et la source lui renvoie son propre rayon. C’est de l’écholocation ; c’est ce que fait la chauve-souris pour détecter les obstacles, mais elle le fait avec des ondes aériennes. En fait, c’est la même chose puisqu’il s’agit de l’onde sonore de l’éther. Seulement il y a deux circuits : l’un qui est inconscient, l’écholocation dont je viens de parler et l’autre, qui fait le couple sur la baguette et qui est dû à la force musculaire du sourcier. C’est pour cette raison que le couple moteur est modéré, quand il s’agit de moi, et qu’il est énorme quand c’est cet hercule qui manœuvre la baguette. Il y a donc un circuit inconscient qui fait marcher la baguette et un circuit conscient qui la contrôle. Alors, suivant la volonté et l’équilibre entre les deux circuits, la baguette est contrôlable ou non.

Il fallait aussi expliquer comment le sourcier peut détecter des cavités souterraines. L’explication est évidente : s’il y a une cavité souterraine, l’onde se réfléchit sur la paroi.

Il y avait aussi une autre difficulté que voici : les sourciers disent, et c’est vrai, qu’il faut que la source soit vive, que l’eau soit en mouvement : si l’eau est stagnante on ne sent rien. C’est ce qui a fait croire que le phénomène était électromagnétique. Le professeur Yves Rocard [4] a énoncé : « C’est l’électrofiltration. La source contient des ions et, comme elle se déplace, le déplacement des ions produit un champ magnétique. » Yves Rocard a d’ailleurs renoncé à cette explication depuis.

Mais la vérité n’est pas là. D’après les expériences de Blondlot, pour que l’eau réfléchisse le rayon N, il faut qu’elle soit pure. En effet, si elle n’est pas pure, le rayon N passe à travers et n’est pas réfléchi.

Il faut donc une certaine structure pour réfléchir le rayon N, structure que l’eau possède. Mais si vous mettez du sel dans l’eau, la dissolution du sel détruit la structure de l’eau. J’ai même fait cette expérience en chauffant l’eau, tout simplement. À moins de 50 degrés, le pendule Hartmann fonctionne, mais dès que la température dépasse 50°, le pendule ne fonctionne plus.

J’ai eu la bonne fortune de rencontrer un prospecteur minier qui avait employé des sourciers en Sibérie. Il m’a dit qu’en Sibérie, l’eau est toujours pure, elle est sous la glace et on la détecte toujours, qu’elle coule ou qu’elle ne coule pas.

 C. H. Les sourciers ne détectent pas que l’eau, mais aussi les mines.

L. R. — Il n’y a pas que l’eau qui a cette propriété réfléchissante, le verre aussi l’a, mais pas le quartz. Par exemple les mines de potasse d’Alsace ont été découvertes par un sourcier qui croyait que c’était de l’eau. C’est apparemment la potasse qu’il y a dans le verre qui le rend réfléchissant, car la silice constitutive du quartz, ne réfléchit pas l’onde N.

Ainsi donc tout est parfaitement recoupé et il n’y a aucun doute : le rayon N est à la fois l’émission Hartmann, le porteur de la télépathie, le signal du sourcier, etc. Seulement voilà : si les êtres vivants ont la capacité de le détecter, ils ont aussi la propriété de l’émettre, puisque le sourcier fait de l’écholocation. J’ai donc expérimenté sur les crânes des gens et sur le crâne de mon chat.

Pour ce qui est de mon chat, les hémisphères cérébraux faisaient tourner le pendule chacun dans un sens différent.

Chez les êtres humains, c’est beaucoup plus compliqué. On peut approcher le cerveau de manières différentes. Certains individus font tourner le pendule toujours dans le même sens, quel que soit l’hémisphère visé, d’autres le font tourner dans un sens pour un hémisphère, et dans l’autre hémisphère, cela tourne dans l’autre sens au-dessus de certains points, mais pas tous… Bref, c’est extrêmement complexe. Il y a également émission par les mains et par les pieds. Il faut tenir compte aussi de la sensibilité spécifique de l’opérateur. C’est donc très difficile d’étudier la question au sujet des êtres humains puisque les résultats dépendent à la fois du récepteur et de l’émetteur. Cela, d’autant plus que les rayons N existent sous trois formes :

1) Le rayon non polarisé, que Blondlot ne pouvait pas détecter.

2) Le rayon polarisé rectilignement.

3) Le rayon polarisé circulairement. En général, ils sont mélangés tous les trois.

C. H. Qu’entendez-vous par polarisé ?

L. R. — Polarisé, cela veut dire que la vibration n’est pas répartie uniformément dans l’espace, donc qu’elle se produit dans un plan privilégié, comme pour la lumière.

Autrefois, on pensait que les ondes sonores n’étaient pas polarisables du fait qu’elles sont dans le sens de la marche. Mais ce n’est pas vrai ; on sait depuis quelques années que les ondes sonores sont polarisées si la source sonore oscille. C’est donc le cas du rayon N : la source s’agitant transversalement, elle émet de la lumière, mais en même temps elle émet une autre onde d’éther longitudinale, polarisée, le rayon N.

On ne voulait pas croire Blondlot parce qu’il disait : « Le rayon N est toujours polarisé, dès qu’il sort de la source il est polarisé. » Et cela paraissait bizarre. Mais ma théorie a fourni une explication extrêmement simple : la détection de Blondlot était indirecte et si le rayon n’était pas polarisé, cela ne marchait pas. Il voyait donc toujours le rayon polarisé puisque s’il n’était pas polarisé il ne pouvait pas le détecter.

Le rayon N n’ayant pas d’énergie et n’étant pas accompagné de photons, il n’est pas nécessaire d’avoir des yeux pour le voir. N’importe quels neurones, ou peut-être quelques neurones spécialisés, le voient directement dans certains cas.

Alors cela paraît surnaturel. On peut penser que les visions des mystiques sont dues à des hallucinations, à la folie ou à la drogue, mais il y a des cas où ce sont des visions induites par le rayon N et détectées par les neurones.

C’est probablement le cas chez les animaux inférieurs non pourvus d’yeux, car il existe des animalcules marins unicellulaires capables de construire des armures soudées et de fabriquer des chausse-trapes pour capturer des proies. Or ils parviennent à ces performances, géométriquement impeccables, sans avoir un organe visuel quelconque. Ils doivent donc posséder une vision directe en rayon N, c’est-à-dire en ondes longitudinales de l’éther.

Voilà où j’en étais lorsque, toujours par hasard, est sorti, la même année que le mien, un bouquin d’un nommé Satprem [5] ; et ce livre relatait les visions de Mère, gourou de l’ashram d’Auroville, près de Pondichéry, dont il fut longtemps le secrétaire.

En lisant ce livre, je me suis aperçu que Mère appréhendait l’éther, qu’elle voyait en rayons N ; elle a dit des choses absolument extraordinaires. Les mêmes choses que j’écrivais dans mon bouquin !

Voilà ce qu’elle dit :

 

SATPREM

MÈRE

L’ESPÈCE NOUVELLE

Robert Laffont, Paris, 1976.

 

L. ROMANI

THÉORIE GÉNÉRALE

DE L’UNIVERS PHYSIQUE

Albert Blanchard, Paris, 1975 (I) et 1976 (II).

 

La substance supramentale la plus proche du monde physique, la première à se manifester… L’impression générale était d’un monde sans ombre… Les vêtements n’étaient pas faits d’étoffe et cette chose qui ressemblait à de l’étoffe n’était pas fabriquée : elle faisait partie de leur corps, elle était faite de la même substance qui prenait des formes différentes…Il y avait une seule substance en toute chose : elle changeait la qualité de sa vibration suivant les besoins ou les usages (pp. 74-75). … tout phénomène physique ou tout objet peut être ramené à un mouvement dans un fluide universel qui est la seule substance existante. Ce fluide est parfait, barotrope, homogène, monobloc, sans lacunes, continu ( = non moléculaire) (II, 185).
…Je m’y suis promenée (dans le monde supramental) concrètement, aussi concrètement, que je me promenais à Paris autrefois, dans un monde qui EXISTE EN SOI, en dehors de toute subjectivité… C’est comme un pont qui est en train d’être jeté entre les deux mondes (pp. 79-80).
Un bloc solide. Quelque chose d’une seule pièce (p. 117). L’éther, infini ou pas, est monobloc (II, 156).
On ne peut pas dire brillant, on ne peut pas dire sombre ; ce n’était pas non plus de la lumière : une multitude de petits points d’or, rien que cela (p. 131). Le fait que le fluide soit tendu le rend apte à transmettre aussi bien les ondes transversales que les ondes longitudinales (I, 154).
.. et je me suis retrouvée dans un autre monde mais pas « loin ». C’était un monde presque aussi substantiel que le monde physique (p. 184). On sait que tout espace vectoriel peut être transformé en un espace associé dit espace dual (I, 98).
Il m’a fallu une bonne demi-heure pour comprendre que ce monde-ci (le nôtre) existait autant que l’autre, que je n’étais plus de l’« autre côté » mais ici dans le monde du Mensonge…N’est-ce pas, ce monde de Vérité, ce n’est pas comme s’il fallait le créer de toutes pièces : il est tout prêt, il est là comme en doublure du nôtre (p. 185). Par conséquent les grandeurs conjuguées existent déjà dans l’espace physique (I, 98).
… On a une très forte impression : qu’il suffirait de condenser, pour ainsi dire, ce monde afin qu’il devienne visible pour tous (p. 187). D’autre part, l’éther est manifestement compressible… (I, 19).
Quelque chose qui est de toute éternité pour toute éternité… (p. 222). Or les anneaux (tourbillons de l’éther) sont immortels (II, 143).
Et l’autre chose qui est là, on a tout de suite l’impression : plein – plein – plein – plein – plein ! n’est-ce pas, débordant, il n’y a plus de limites (p. 224). L’éther emplit l’espace mais les corps n’existent pas en tant que substance distincte de la sienne (I, 17).
Maintenant je vois ça constamment, associé à tout et ça semble être ce que l’on pourrait appeler une perception de la vraie Matière. Toutes les couleurs possibles sont associées sans être mélangées et associées par points lumineux. Tout est comme CONSTITUÉ de cela (p. 250). Cette théorie que nous appellerons Théorie de l’éther constitutif… (I, 18).
Et le corps a une curieuse perception à la fois de subtilité, de « pénétrabilité » si l’on peut dire, de souplesse de forme et pas positivement d’une suppression mais d’une diminution considérable de la rigidité des formes (p. 256). La transformation de Galilée s’appliquerait aux fluides incompressibles et aux corps solides… s’il en existait ! (II, 4).
C’est parce que toute la substance est UNE. Tout est UN, n’est-ce pas, c’est cela que nous oublions tout le temps (p. 260). Il est impensable que la substance puisse être, au nom de la structure, indéfiniment repoussée ; il faut une substance primitive pour que commence la structuration (I, 16).
C’est une subtilité, ce serait presque… c’est presque comme si on était en bordure entre deux mondes. C’est le même monde et c’est — est-ce deux aspects de ce monde ? … Je ne peux même pas dire cela. C’est pourtant le MÊME monde (p. 300). Mais l’espace dual de l’espace physique est identique à celui-ci (I, 98).

 J’ai fait, depuis, la connaissance de Mlle T., qui a les mêmes visions que Mère, et je, lui ai tendu une perche. Car une chose me gênait dans le texte de Satprem : Mère dit bien que c’est un monde sans ombre, mais elle ne dit pas que l’on voit à travers les objets. J’ai donc demandé : est-ce vrai que c’est un monde sans ombre ? Et sans hésiter Mlle T. a répondu : « Non seulement il n’y a pas d’ombre, mais on voit à travers les objets. » Elle m’a donné ainsi les dernières confirmations de la théorie.

Or, une théorie biologique actuelle, que j’ai des raisons de croire exacte, affirme que nous possédons trois cerveaux superposés. Nous possédons l’hypothalamus, qui est le cerveau du poisson, puis le système limbique, qui date du reptile, enfin le paléocortex et le néocortex, datant du mammifère.

J’ai pu me rendre compte que l’émission et la réception télépathiques se passent au niveau du système limbique, mais pas du tout au niveau du cortex, c’est pour cette raison d’ailleurs que cela marche si mal.

Le système limbique ne sait pas parler. Ça, c’est la clé de la question ; par conséquent ce qu’il émet, ce sont des images, des sons, des pensées, mais ce ne sont pas des mots. Il date du reptile, et le reptile ne parle pas. À la réception, le système limbique reçoit sous la même forme.

Mais les humains ont la conscience branchée sur le cortex ; pour que la télépathie marche, il faut donc franchir l’interface du système limbique au cortex, ce qui est très difficile. En effet le cortex attend qu’on lui parle, qu’on lui donne des mots et c’est pourquoi c’est très difficile chez l’homme, tandis que, chez les animaux, du fait qu’ils ne parlent pas, le cortex n’attend pas de mots.

Chez l’homme existe donc, strictement parlant, la barrière du langage. Je m’en suis aperçu en faisant certaines observations télépathiques étranges, où tout marche bien sauf un détail, et quand on cherche à définir ce détail, c’est toujours un problème de mots.

En voici un exemple :

Un jour j’ai fait deux rêves, en rapport avec deux lettres reçues. Dans le premier rêve, je parlais avec une femme de la couleur des cheveux d’une autre. Je suis passé sans transition à un autre rêve où je recevais une lettre de mon petit-fils, et je disais à ma femme : « on va comparer son écriture à celle de sa sœur » ; et là-dessus je me suis réveillé. Ma femme est arrivée alors et m’a dit : « voilà une lettre de Sophie, on va comparer son écriture avec celle de Bruno ». J’avais donc permuté les deux noms ; c’est un cas typique. Il y avait une autre lettre de ma fille, demandant qu’on lui envoie de la teinture de henné.

Cette onde télépathique est incroyable, car elle passe même au travers de la terre. J’ai fait des émissions involontaires avec une amie intime tous les jours à 4 heures quand je prenais le café. En temps normal, elle était au bureau, mais certains jours, elle allait faire des relevés archéologiques à 40 mètres de profondeur dans les souterrains de Saint-Germain-en-Laye. Elle m’a dit un jour : « Il faut arrêter de faire cela, car lorsque je suis en face de mon patron, il me voit changer de couleur.

Moi : — Qu’est-ce qui se passe ?

— Eh bien, j’ai l’impression que vous m’embrassez, que vous me prenez dans vos bras, ça la fiche mal avec mon patron ! » et elle ajoute : « C’est tous les jours à quatre heures ! »

Effectivement, tous les jours à quatre heures, je m’arrêtais de travailler pour boire le café, le cortex se détendait et libérait le système limbique qui fonctionnait à mon insu : je ne m’en rendais pas compte.

Alors je lui dis : « Et à Saint-Germain-en-Laye, quand vous êtes sous terre ? » Elle me répond : « Oh, c’est exactement pareil, mais là, cela m’est égal, je suis toute seule. » J’étais sceptique, mais elle précisa alors : « Il n’y a que le 5 septembre que cela ne s’est pas passé. » Je pris alors mon carnet de rendez-vous, je regardai au 5 septembre et, en effet, ce jour-là j’avais eu un rendez-vous et n’avais pu prendre le café.

Je ne pouvais donc plus douter puisqu’elle m’avait donné la date exacte de la seule exception. Mais elle ne recevait que des sensations et des images, elle n’entendait pas de mots.

C. H. Pourquoi délimitez-vous la fonction télépathique dans la sphère limbique ; pour ma part, je la situerais plus volontiers dans l’hypothalamus.

L. R. — Eh bien parce que, premièrement, si c’était le cortex, il n’y aurait pas de problèmes de traduction ; et quant à l’hypothalamus, je pense que c’est une structure trop primitive, cela date du poisson.

C. H. Cela pourrait être un nouveau mode de fonctionnement de l’hypothalamus.

L. R. — Le système limbique date du reptile, et le reptile est l’ancêtre immédiat du mammifère.

C. H. Il est quand même lui aussi une structure primitive.

L. R. — Non. C’est très simple ; l’évolution des animaux se produit par additions successives. Le poisson avait un cerveau simple et primitif qui correspond à notre hypothalamus, bien que le nôtre soit plus complexe que celui du poisson, évidemment.

Quand le poisson est sorti de l’eau, il s’est posé tout un tas de problèmes, alors il s’est développé un deuxième cerveau, beaucoup plus compliqué, le système limbique, qui s’est superposé.

C. H. Lorsque l’on définit la fonction d’une zone cérébrale, on ne sait pas si cette zone n’a pas d’autres fonctions non encore déterminées. D’autre part, l’hypothalamus, même s’il est un cerveau antérieur, n’a pas forcément fini son évolution.

L. R. — Bien sûr, depuis le poisson, il s’est développé. Mais ce qui est symptomatique, c’est que la télépathie ne peut pas marcher quand le cortex fonctionne.

C. H. Oui, cela est sûr.

L. R. — Or le cortex ne bloque pas l’hypothalamus, mais par contre il bloque le système limbique.

C. H. Il paraît quand même nécessaire de faire la liaison avec le cortex pour avoir des mots. Même pour reconnaître des impressions ou des images, il faut faire ce lien.

L. R. — De la façon dont sont placés les trois cerveaux, s’il y a une difficulté d’interface, c’est forcément au niveau limbique.

C. H. La réception télépathique pourrait se faire au niveau de l’hypothalamus et se servir du système limbique comme intermédiaire.

L. R. — De toute façon, il faut que cela passe par le système limbique. L’hypothalamus sécrète des hormones, c’est une glande à sécrétion interne, et l’on sait maintenant qu’il fabrique des tas de produits chimiques, tandis que le système limbique est un système plutôt électronique et beaucoup moins chimique. Il y a aussi des retransmetteurs, mais manifestement le système limbique est déjà orienté vers l’extérieur, il est de même nature que le cortex.

C. H. Cela prouve justement que le système limbique reçoit des ordres, ordres qui sont générés ailleurs.

L. R. — Il en reçoit et il en donne. Il y a des choses que le système limbique et le cortex peuvent faire tous les deux. Par exemple : quand vous marchez, c’est dû au cortex, et quand un somnambule marche, c’est le système limbique qui fonctionne. Dans certaines névroses, ils entrent en conflit. Il est évident que lorsque le cortex n’existait pas, il fallait que le système limbique sache tout faire. On voit d’ailleurs que pour que la télépathie puisse fonctionner volontairement, il faut arrêter le cortex, et je connais quatre façons de faire cela : le yoga, l’anémie, le jeûne et le sommeil. Dans les quatre cas, il n’y a pas assez de sang pour tout le système, le cortex se met en rideau et, comme le système limbique est beaucoup moins exigeant, il prend les commandes à ce moment-là. C’est surprenant, car le cortex absorbe un huitième du débit sanguin alors qu’il pèse tout au plus trois cents grammes. Mais il a la propriété, comme l’hypothalamus, de percevoir directement les ondes d’éther sans avoir besoin de faire de la photochimie avec les photons.

C. H. Pourriez-vous, par certaines expériences, déceler les ondes télépathiques ?

L. R. — Oui, on pourrait refaire une manipulation de Blondlot, et demander à un télépathe d’émettre un rayon N, mais la télépathie est difficilement contrôlable.

C. H. Ce serait certainement une expérience intéressante à tenter.

BIBLIOGRAPHIE

Lucien Romani a condensé la somme de ses recherches dans son ouvrage :
Théorie générale de l’Univers physique (réduction à la cinématique), paru chez A. Blanchard, 1975-1976, 2 volumes.
Les Cahiers n°s 1, 2 et 3 de la Société Française de Cybernétique et des Systèmes Généraux font état de ses travaux…


[1] Théorie générale de l’Univers physique (Réduction h la cinématique), chez A. Blanchard 1975-1976 (2 volumes).
[2] Les rayons telluriques et leur influence sur tout ce qui vit.
[3] Rayons « N », Gauthier-Villars, Paris, 1904.
[4] Le signal du sourcier.
[5] Mère. L’Espèce Nouvelle, Robert Laffont, Paris, 1976.

Christine Hardy est Dr es sciences humaines et ethnologue. Son blog en anglais : http://chris-h-hardy-dna-of-the-gods.blogspot.fr/. Dernier livre publié en Français : La Prédiction de Jung : La métamorphose de la Terre. Dervy, 2012. En anglais : DNA of the Gods: The Anunnaki Creation of Eve and the Alien Battle for Humanity, Bear & Co., USA & Canada, mars 2014. À Lire aussi son interview dans le numéro 104 de 3e Millénaire.