Carlo Suarès : Lettre aux juifs, aux chrétiens, et aux musulmans


10 Aug 2008

Editions « ETRE LIBRE » 1957  BRUXELLES

Lettre aux Juifs, aux Chrétiens et aux MusulmansN’ayant aucun titre pour vous écrire, n’étant l’apôtre de personne, ni le propagateur d’aucune religion; n’ayant pas de notoriété, n’ayant pas joué de rôle historique ni même contribué à l’actualité de la presse; n’appartenant ni à la Synagogue, ni à l’Eglise, ni à la Mosquée : c’est ce rien même qui me pousse à vous écrire publiquement. Parvenu à l’âge de la vieillesse, je vois que ceux des générations nées au siècle dernier sont morts. Les plus heureux sont morts de mort naturelle. Nombreux sont ceux qui furent tués jeunes par des guerres, des révolutions, la misère, la faim. D’autres protègent leurs existences par l’exercice du pouvoir politique, religieux, industriel, commercial. Et je vois que les meilleurs d’entre-eux sont morts à eux-mêmes par lassitude et parce que ayant été des acteurs héroïques à certaines époques ils ne peuvent pas se consoler d’être redevenus des gens quelconques, dans un monde qui n’a pas besoin d’eux. La fraternité des groupes de combattants, l’exaltation guerrière leur manque. D’autres, enfin, vieillards acharnés, proclament encore, au seuil de leurs tombes, l’excellence des principes qui nous ont conduits au chaos.

La pourriture de ces morts engendre les erreurs des jeunes d’aujourd’hui. Ces jeunes, comment pouvons-nous les condamner ? S’ils n’ont pas appris grand chose c’est que nous ne leur avons rien enseigné. Nous leur reprochons d’ajouter au désordre par l’abandon de valeurs spirituelles, à l’efficacité desquelles nous n’avons pas cru. Nous avons agi pour toutes sortes de raisons, économiques, politiques, industrielles ou commerciales, en rejetant l’Eternel en tant que valeur effective, concrète, réelle. L’unité des hommes au sein de l’Incréé est devenue une abstraction sans pouvoir.

Juifs, Chrétiens, Musulmans, les plus sincères d’entre-vous, les plus hardis, disent que ce sont là trois religions dont la révélation, dont l’essence unique est en Abraham, mais vos cœurs et vos actes font mentir vos lèvres. Vous, Juifs, ne reconnaissez pas les deux autres. Vous, Chrétiens, ne reconnaissez pas les deux autres. Vous, Musulmans, ulcérés de ce que les deux autres n’aient pas accepté les deux mains que leur avait tendues le prophète Mohammed, proclamez l’unité de l’Islam, comme si une partie pouvait être un tout.

Je vois un peu partout des hommes de bonne intention rechercher dans les livres de Moïse, dans les Evangiles, dans le Koran, des raisons de penser que leur religion a des fondements universels. Cela est vrai à condition que l’universel ne soit pas surchargé de particularités. Mais la compétence de vos autorités s’exerce sur tout ce qui vous distingue les uns des autres. Je vous prie de considérer les curieuses pratiques auxquelles vous vous livrez, et de reconnaître que loin d’ouvrir vos oreilles à la voix du Dieu d’Abraham, elles vous ont rendus sourds.

Abraham vivait bien avant Mohammed, Jésus et Moïse. Abraham ne consultait ni ulémas ni évêques ni rabbins. Abraham ne cherchait pas des règles de conduite dans les livres. Abraham n’était pas un érudit, encore moins un théologien. Abraham ne servait personne et n’obéissait à personne. Il était le serviteur de l’Eternel, de l’Ineffable, de l’Intemporel, de l’Impensable, parce que sa religion tenait en un mot : Justice.

Ne cherchez pas à savoir ce qu’est la justice selon Dieu. Vous dites Dieu, Dieu. Mais si ce mot a un sens pour vous, ce sens est erroné puisque vous ne pouvez pas le concevoir; et s’il représente quelque chose pour vous, cette représentation n’est qu’une image conçue par vous. Cherchez plutôt à savoir ce qui est injuste, car l’erreur est perceptible et définissable. Ceux qui cherchent Dieu ne le trouveront sûrement pas : ce qu’ils trouveront sera une erreur, car chercher Dieu c’est être dans le chemin de l’erreur. Cherchez plutôt l’injustice afin d’éliminer de votre esprit ce qui fait obstacle à l’Eternel. Dénoncez l’injustice là où elle se trouve et votre voix humaine sera l’écho de l’Eternel.

Or ce qui s’oppose le plus à la justice est la notion de souveraineté, où qu’elle soit, quelque minime, fragmentaire et modeste qu’elle puisse apparaître. Cette notion s’est implantée dans nos esprits de façon tragique. Vous devez la reconsidérer, faute de quoi nous ne serons jamais assez intelligents pour sortir de l’ère des conflits. Seul est souverain l’Eternel, le Dieu d’Abraham. Toute souveraineté humaine, individuelle ou collective, spirituelle ou matérielle, ne s’instaure et se maintient que dans les limites de frontières confessionnelles ou territoriales. Elle rejette l’Eternel par sa propre affirmation.

Ne cherchez pas à savoir ce qu’est la souveraineté de l’Eternel. Voyez plutôt comment tout acte de souveraineté est nécessairement injuste. Souvenez-vous du prophète Samuel : lorsqu’il devint vieux il établit ses fils juges sur Israël, mais ils ne marchèrent pas sur ses traces; ils étaient cupides, recevaient des présents et violaient la justice; les anciens d’Israël se réunirent alors et demandèrent à Samuel d’établir sur eux un roi, comme en avaient les autres nations; Samuel entendit ces paroles avec déplaisir et pria l’Eternel. L’Eternel dit à Samuel : Ecoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira, car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent afin que je ne règne plus sur eux. L’Eternel ordonna ensuite à Samuel de faire connaître au peuple le droit du roi qui règnerait sur eux, et le prophète leur fit un tableau du cruel esclavage où ils tomberaient, eux, leurs femmes et leurs filles et ajouta : « Vous crierez alors contre votre roi que vous vous serez choisis, mais l’Eternel ne vous exaucera point ». Le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. «Non, dirent-ils, mais il y aura un roi sur nous et nous aussi nous serons comme toutes les nations »…

C’est ainsi que débuta pour ce peuple l’ère des grandes catastrophes. Le roi Salomon, revêtu de fausse gloire et de fausse sagesse crut racheter le rejet de l’Eternel par un temple somptueux que l’Eternel ensuite détruisit. Le royaume fut rapidement déchiré en deux. Ce fut le prélude des dispersions. Etudiez attentivement cet épisode de la prophétie de Samuel. Le prophète écouta la voix du peuple, « parce que » le peuple avait rejeté la souveraineté de l’Eternel. Ce peuple était libre de se faire enchaîner et n’y manqua point. Il fit acte de souveraineté en abdiquant sa souveraineté. Depuis ces temps éloignés, de nombreux pontifes furent souverains en Occident, et de nombreux souverains furent pontifes en Orient. Lorsque, tout récemment, l’évolution de l’Histoire provoqua des révolutions, la plupart de ces couronnes furent renversées et les peuples investis. Aux souverainetés réelles succèdent aujourd’hui ces souverainetés illusoires par lesquelles les peuples sont contraints d’élire ou de plébisciter des démagogues, dont le but impossible est d’exercer le pouvoir afin de s’y maintenir.

L’exercice de ces pouvoirs empoisonnés s’appuie sur des paroles telles que : « nous avons le droit de disposer de nous-mêmes, nous sommes une nation; nous voulons être un peuple libre et fort; nous avons le droit d’être un état; nous proclamons le droit des peuples à la liberté; nous exerçons le droit de souveraineté sur notre territoire; nous ne permettons à personne de violer nos droits souverains ». Et ces paroles stupides sont répétées, criées, hurlées, amplifiées jusqu’à déchaîner inévitablement d’autres vacarmes : ceux des guerres. Et les malheureux peuples, pleurant leurs morts, hébétés devant leurs maisons et leurs récoltes incendiées, mille fois plus misérables qu’avant d’avoir (comme on dit) « pris conscience d’eux-mêmes », invoquent l’Eternel, mais l’Eternel ne les exauce pas.

L’idée de souveraineté nationale est devenue une religion mondiale si respectable qu’il suffit de l’invoquer pour que les têtes s’inclinent. Lequel de vos hommes pieux ose y voir la religion de Satan, du prince de ce Monde, toujours en conflit avec l’Eternel ? Et il a fallu que des Etats, plus riches et puissants que tous ceux qui existèrent jusqu’à nos jours révèlent à la fois leur faiblesse et leur interdépendance pour que des poussières de malheureux égarés, confinés dans des frontières fabriquées au hasard de combats fratricides, se proclament Etats et se veulent libres, forts et souverains.

Juifs, vous avez donné un mauvais exemple : Vous avez voulu vous constituer politiquement en un Etat souverain. Vos malheurs passés sont une explication, non une justification de cette tentative. L’Éternel vous avait imposé un perpétuel éloignement des valeurs terrestres afin que vous vous souveniez de Jacob, afin que vous sachiez ce qu’est Israël. Mais lequel de vos docteurs a su vous dire que les mots « Terre d’Israël » sont une erreur ? Vous confondez Moïse et Jacob, la législation d’un homme de son temps et le droit d’aînesse d’Israël, la justice humaine en constante évolution et la justice de l’Eternel. Et aux lois périmées de Moïse certains d’entre vous surenchérissent. Ils se déguisent de façon ridicule, se persuadant que des chapeaux ronds, des redingotes, des cheveux en papillotes et d’autres sottises sont indispensables à leur religion. Certes, cette religion n’est pas celle d’Abraham.

Vous semblez n’avoir jamais su que le droit d’aînesse de Jacob, face à son frère Esaü, comportait nécessairement l’abandon des terres et des récoltes, des tentes et des troupeaux, des serviteurs, des hommes d’armes, bref, de toute possession terrestre. Ce droit d’aînesse était celui dont l’Eternel disait : « Israël est mon fils, mon premier-né ». Devant cette filiation de l’Eternel, Isaac, le père charnel s’inclina. Et Jacob partit seul à travers les étendues, n’ayant pour bagage qu’un baluchon sur l’épaule. L’on vous a raconté comment, s’étant fait exploiter quatorze années par Laban, mais ayant réussi, par une ruse à avoir assez de troupeaux pour nourrir sa nombreuse famille, il revint, las et sentant déjà le poids de l’âge, vers son pays natal où Esaü, qui avait hérité de tous les biens terrestres de la famille, riche et puissant, mais d’autant plus en colère, l’attendait à la tête de quatre cents hommes armés. Apprenant cette grande colère et cette mobilisation, Jacob qui n’était accompagné que de ses femmes, de ses enfants, et de quelques serviteurs, dépêcha vers Esaü un bétail de choix dans l’espoir de l’apaiser par ces offrandes. La nuit survint sans que lui fût parvenue la réponse de son frère courroucé. Jacob dressa alors son camp auprès d’un ruisseau et veilla, seul, sous le vaste ciel, dans sa faiblesse et son incertitude. C’est alors que l’ange de l’Eternel se jeta sur lui en s’efforçant de le tuer. Jacob combattit toute la nuit contre l’ange. Et lorsque celui-ci ne put le tuer, il le blessa cependant, mais Jacob, le tenant à pleins bras, lui arracha sa bénédiction, et son nom : désormais il ne s’appelait plus Jacob, il était Israël. S’il n’avait été juste l’ange l’aurait tué, de même qu’un artisan ploie de toutes ses forces une lame d’acier trempé pour l’éprouver : si l’acier a un défaut, que la lame se brise ! Mais aucun ange ne prend la peine de vous provoquer en combat singulier : vos mitrailleuses et vos fusils, vos canons et vos chars blindés vous ont tués d’avance. Vous qui avez mesuré l’inexpiable injustice de ceux qui vous ont expulsés de vos foyers, c’est vous-mêmes qui, aujourd’hui, la commettez.

Juifs de la dispersion, il n’est pas suffisant de vous désolidariser de l’hérésie Sioniste. Demandez-vous dans quel but et pour quelles raisons vous prolongez le particularisme de vos existences commerçantes. Certains disent que la voix de l’Eternel s’est tue mais que l’écho, le souvenir demeure. Quelle extraordinaire affirmation ! Comment savent-ils que la voix s’est tue ? Qui le leur a dit ? Pour les sourds, les vagues de l’océan sont muettes, aucun fracas n’accompagne les torrents dans les creux des montagnes, le vent ne chante pas dans les arbres. Et ce n’est pas l’écho de la voix de l’Eternel qui demeure, mais des comptes-rendus, des témoignages, des mots, des traductions en des langues périmées, donc aujourd’hui des irréalités.

Juifs de la dispersion, depuis des siècles vous avez la rage de vous faire massacrer et de mourir de mauvaises morts. Creusez en vos consciences, rejetez tout ce qui n’est pas essentiel, vos mœurs, vos pratiques, vos ségrégations, mourez ainsi de la seule bonne mort que vous puissiez offrir au monde, annonciatrice de résurrection, et la voix de l’Eternel sera entendue.

Appel aux Chrétiens

Je m’adresse aux chrétiens, maintenant, pour leur dire qu’ils ont mauvaise conscience. « Tout le monde ne peut pas être saint François d’Assise, direz-vous, l’Evangile d’amour infini n’est presque pas réalisable ». C’est vrai, mais cela ne vous justifie pas de rejeter la plus grande leçon que nous a donnée Jésus, celle de la mort et de la résurrection. Vous vous appesantissez depuis vingt siècles sur cette mort et sur les souffrances de cette mort, vous adorez un cadavre en versant des larmes dont je vous prie de voir qu’elles sont suspectes par leur abondance. Souvenez-vous de Pierre lorsque Jésus fit savoir aux siens qu’il devait mourir afin de ressusciter, « à Dieu ne plaise, s’écria celui qui devint le prince des apôtres, cela ne t’arrivera point ». Et Jésus lui répondit « Arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ». Hélas, Chrétiens, ces paroles de Jésus ne sont que trop vraies, car en pleurant cette mort, en regrettant cette mort, en accusant de déicide un homme ou des hommes ou un peuple, en les condamnant, en les rejetant de vos cœurs depuis deux mille ans, vous n’avez cessé d’être les suppôts  de Satan.Voyez la haine et l’inintelligence qui en résultent : la meilleure façon qu’a le Prince de ce monde de se débarrasser du Christ est d’escamoter sa résurrection sur terre. D’où ces chroniques tendancieuses au sujet d’une ou deux apparitions vagues et combien incertaines, d’un homme que ne reconnaissaient pas ceux qui avaient vécu avec lui jusqu’aux derniers jours, et la subtilisation de Jésus dans un Paradis puéril, lequel aux dires de certains, est fort encombré de gens qui ne se sont pas donné le mal de se faire crucifier. L’impitoyable justicier, témoin de vos injustices, affirmant que la richesse exclut le salut, que toute arme se retourne contre celui qui s’en sert, ce Maître des Maîtres qui, avec raison, se proclamait, à la façon hébraïque à la fois fils de l’Éternel et fils de l’Homme, fut neutralisé, anéanti, et s’ouvrirent les fausses portes des indulgences que vos pontifes s’octroient et vous octroient sans retenue. De symboles en images, d’images en statues, de statues en reliques, cette religion, pour un grand nombre, est tombée dans le paganisme. Et comme si le Dieu d’Abraham, comme si l’Intemporel avait image humaine, le voici, pour trop de personnes, assis sur un trône : Jupiter ayant changé de nom.

Chrétiens qui redoutez de mourir à vous mêmes, abandonnez jusqu’à l’idée de faire votre salut. Revenez aux sources et vous saurez que le Christ est vivant aujourd’hui parmi vous, que ses pieds charnels foulent le sol et qu’il se révèle à ceux qui, le reconnaissant, savent plonger leurs regards dans l’infinité de son regard, dénué d’assertion personnelle.

Appel aux Musulmans

Musulmans, je désire vous parler de façon moins mystique, car il est moins question pour vous de savoir mourir à vous-mêmes que de savoir renaître, moins question de revenir à la source que de ne pas l’empoisonner. Déjà l’on voit dans plusieurs pays, des esprits éclairés parmi vous, qui font, dans le livre de Mohammed, la part de la prophétie pure et celle de la législation. Peut-être ne savez-vous pas encore combien il serait important pour le monde entier que ces parts soient clairement définies par vous. Il s’est produit, à la suite des écrits de Mohammed, la même confusion qu’engendrèrent ceux de Moïse. Ces deux prophètes rassemblèrent des tribus et en firent des peuples, ils leur donnèrent des lois adaptées à leurs temps, à leurs lieux, à leurs mœurs. Le message immuable de l’Eternel que proclame Mohammed fut, encore une fois, enveloppé dans le flux de l’Histoire. Il est plus facile de se conformer aux apparences d’un culte que de comprendre son essence. C’est ainsi qu’une source unique engendre les pires discordes. Les Juifs et les Chrétiens, ne reconnurent pas le prophète en Mohammed. Ils ne virent que ce que leur montrèrent les Musulmans, tombés eux aussi dans l’erreur commune. L’Islam en mouvement illumina le monde chrétien. Il s’éteignit brusquement le jour même où il s’installa en tant qu’empire.Israël et Ismaël, fils d’Abraham l’Hébreu, ont bien des points communs. Sur eux la bénédiction et la malédiction de l’Eternel s’exerce de la même façon. En Israël est la durée, en Ismaël l’espace. Les erreurs d’Israël lui retirent l’espace, celles d’Ismaël lui suppriment la durée. Et ces erreurs sont toujours une seule erreur, ces fautes une seule faute, inexpiable. Cette erreur, cette faute, ce péché, cette trahison de l’Eternel; toujours, en tout lieu, est l’usurpation de la souveraineté, à quelque titre que ce soit, en quelque domaine que ce soit, quelque modeste et légitime qu’elle puisse paraître, car seul est souverain l’Eternel et quel est le Musulman qui osera me démentir sur ce point ?

Souffrez, Musulmans, mes frères, qu’une voix désintéressée, dont le nom importe peu, vous donne cet avertissement : à l’instant même où vous commettrez l’erreur de mêler la politique et l’Islam, l’Eternel vous plongera dans la confusion. Je dis : à l’instant même, le jour même de votre erreur, vous en mesurerez le poids car l’Eternel, je vous le dis encore une fois, n’accorde pas de durée aux conséquences de vos trahisons, de même qu’il refuse l’espace à Israël.

Mêlez de l’eau propre et de l’eau sale, le résultat est de l’eau sale. Mêlez le Judaïsme et la politique, l’Islamisme et la politique, le résultat est une sale politique, une injustice flagrante aux yeux de l’Eternel.

Tel est l’essentiel de ce que j’ai à vous dire aujourd’hui. C’est à vous qu’il appartient de savoir si les chefs que vous vous choisissez ont le rayonnement de la souveraineté naturelle que confère la sagesse, ou le fugitif éclat de quelque souveraineté empruntée. Sont-ils modestes, silencieux, méditatifs, pénétrés de l’insignifiance de tout homme face à la justice de l’Éternel ? Cherchent-ils à traduire cette justice inexprimable en jugements conformes aux exigences de l’unité des hommes et de la dignité de l’individu ? Rejettent-ils les valeurs de possession et de profit ? Ont-ils le sens de vos besoins évidents de nourriture, de logement, l’habillement, d’éducation, d’hygiène ? Sont-ils au courant des techniques ? Ont-ils appris à être des administrateurs ? Vivent-ils retirés, loin des agitations de toute sorte, afin de penser clairement ? Demandent-ils que leurs visages soient aussi peu connus que possible, et leurs noms à peine mentionnés ?

Juifs, Chrétiens, Musulmans, ayez pitié de vous-mêmes, ayez pitié du Dieu d’Abraham. Des peuples nombreux vous regardent. Certains, apportant d’Asie des sagesses multimillénaires, peuvent à bon droit vous dire que vos trois grandes religions leur apparaissent comme trois sectes sanglantes, elles-mêmes subdivisées en sous-sectes qui s’entr’égorgent. Et qu’avez-vous à leur dire, si vous n’éliminez pas, les uns et les autres vos particularismes, si vous ne ramenez pas vos fois à l’essentiel ?

L’intelligence de cette paix est à votre portée.

Carlo SUARES.