Annick de Souzenelle : L’expir, Verbe créateur


02 Apr 2011

(Revue Énergie Vitale. No 11. Mai-Juin 1982)

S’il ignore ce qu’il est, l’homme est aliéné, par rapport à son potentiel vital ; il ne vit qu’à la superficie de lui-même, ne respire donc qu’à la superficie de lui-même, survit en redoutant la mort qu’il crée d’autant plus et plus vite qu’elle devient en fin de compte, inconsciemment, son seul objectif. Je ne pense pas que nous puissions prendre délibérément et consciemment pour objectif la vie sans l’objectiver au plus haut niveau de conscience, c’est-à-dire sans avoir l’audace de plonger dans son mystère oublié, mais dont nos mythes traditionnels sont la mémoire.

Je vous invite à cette audace en ouvrant ensemble le livre de la Genèse dont la tradition hébraïque nous dit qu’il est tout entier contenu dans le premier chapitre, lui-même dans le premier verset, celui-là dans le premier mot — Bereshit — et ce premier mot dans la première lettre, le Beith. Obtenant du « Saint-Béni-Soit-Il », selon le Zohar, de présider à la création du monde, la lettre Beith fait présider avec elle le nombre 2, l’altérité, le « toi ». Dieu crie : « Toi, ma bien-aimée » dans un dire-expir-orgasme archétypiel, et la Création est.

« Dire-expir-orgasme » sont inséparables l’un de l’autre. Les sept jours de la Création sont une coulée de cet expir-verbe divin. Les six premiers jours, un ordonnancement de l’énergie ainsi écoulée. Le septième jour, le Shabat, fond de l’expir, rétention du souffle créateur, préparation de l’inspir divin dans lequel toute la création est emportée. Cet inspir est l’histoire, notre histoire, celle de l’humanité, celle de chacun de nous. Dans le Shabat, l’étincelle de vie est déposée au cœur de chacun de nous, amorçant notre propre respiration dont le rythme à deux temps à l’image du rythme divin, s’inscrit dans l’inspir archétypiel. C’est l’histoire du 2 dans son retour à l’un.

Bereshit, le premier mot de la Genèse, en contient deux : Bara – crée ; Shit, se pose dans un fondement. Dans le premier verset : « Bara shit Bara Elohim eth Hashamaim Veet Ha-aretz », le rythme à 2 temps saisit toute l’œuvre ; tout respire : diastole, systole ; le jour, la nuit ; lumière, ténèbre ; été, hiver ; flux et reflux des mers ; le rire et les larmes ; la naissance et la mort. Un immense cœur bat.

Mais avant même que le premier jour fasse éclater la lumière, « le souffle de Dieu plane sur la face des eaux » – « Ve Roua’h Elohim Mera’hephet al Pne Hamaïm ». Une pneumatologie grandiose s’instaure.

Le verbe « planer » ne rend pas compte de la force pénétrante en même temps que réchauffante et ouvrante du terme « Méra’hephet » : le souffle de Dieu, en même temps qu’un expir, est verbe. Il est une pénétration mâle et amoureuse des eaux qui alors éclatent et se séparent. C’est à la rupture des eaux que naît le Beith. Et le Beith lui-même est constitué, dit le 1er verset, de « Shamaîm » et « Aretz », « cieux et terre » qui plus tard seront appelés « humide et sec ». Je dirai aussi « inaccompli et accompli » qui sont les deux seuls réels temps du verbe hébraïque, car il appert que la respiration de l’homme lui est donnée pour s’accomplir et que son accomplissement constitue l’inspir divin.

Dans cette perspective, à l’image archétypielle, l’expir de l’homme est verbe, verbe créateur. Mais depuis le drame de la chute, il se diversifie en verbe créateur, sa fonction ontologique, et organe procréateur, fonction temporaire qui lui est donnée en attente de son retour aux normes ontologiques. Ce qui fait que le bloc urogénital de l’homme n’est qu’une diversification du bloc cardiorespiratoire et phonatoire.

Nous en reparlerons plus loin.

Dans l’immédiat considérons le schéma du 1er chapitre de la Genèse :

Au sommet le « Roua’h Elohim » accomplit le verbe et fait éclater le Beith qui s’écoule dans les 6 jours. Nous pouvons représenter ceux-ci par deux triangles homologues dont chaque jour occupe un sommet.

1er jour : séparation de la Lumière des Ténèbres.

2e jour : séparation des Eaux-d’en-haut des Eaux-d’en-bas. Mi et Ma, aussitôt réunis dans la Shamaïm.

3e jour : double opération : séparation, au niveau des Eaux-d’en-bas, du sec et de l’humide ET mariage du sec et de l’humide pour la naissance de la verdure et de l’arbre.

4e jour : formation des luminaires dans la Shamaïm.

5e jour : création des oiseaux et des poissons.

6e jour : double opération : formation des animaux de la Adamah ET création de l’Adam.

Le 7e jour, au fond de l’expir, Elohim se retire au cœur de la création dans le Nom  le Tétragramme que profile la lettre YOD.

C’est cette lettre que nous retrouvons au cœur du mot Beith entouré des deux lettres qui forment le mot  Bath – la fille. La création est la fille, vierge d’Israël lourde du Yod , qu’elle a pour vocation de mettre au monde.

Il importe que nous nous arrêtions un moment sur le Nom de  HaShem — le NOM, disent les Hébreux —, si nous voulons saisir le message biblique de la respiration.

HaShem n’est pas un dieu extérieur à l’homme. Il est le nom secret, la programmation même de l’Adam, l’établissement de ses structures soutenant le développement de son devenir. La promesse de son accomplissement est contenue dans l’énergie du NOM, énergie dans laquelle l’Adam aura à venir puiser pour la réaliser et donc se réaliser. Entre Adam, que nous sommes tous, et  , que nous sommes tous appelés à devenir, est le dynamisme de l’image à la ressemblance, qui constitue la vie. Notre nom propre immédiat est participation à l’Adam. Notre nom secret qui constitue l’unicité de la personne, non encore accompli, est ce noyau, pierre des profondeurs désignée dans l’Apocalypse, participation à . (Apo II.17).

Lorsque nous relisons le 1er verset du Bereshit : « Bara-shit Bara Elohim eth HaShamaïm ve eth HaAretz », nous pouvons entendre : Bara-shit Bara Elohim eth HaShem… Dans le principe Dieu crée le NOM et les deux lettres que nous laissons en suspens forment le nom de la mer, Yam ou du jour, Yom. Ce qui signifie qu’au départ est le nom, qu’il est caché au fond des eaux et que les jours, le temps nous est donné pour assécher les eaux et accomplir le nom.

Ceci est précisé au second chapitre de la Genèse lorsque Dieu souffle dans les narines d’Adam le Nishemot ‘Haim. Mot à mot, Dieu souffle les Noms-germes, et l’Adam devient âme vivante. Nishemot est composé de Shemot, pluriel de Shem, et la première lettre, le Noun, est le « Germe ».

Dieu souffle dans les narines de l’Adam tous nos noms en germes qui accomplis, accompliront  .

Nous sommes soufflés dans notre Nom – l’Atman des Hindous sans doute.

Et c’est lui, ce nom encore germe qui fait de nous des soufflants, des respirants et des parlants. Nishemot contient aussi le verbe Nashom – respirer. Il est dit aussitôt après, au verset 8 : « Dieu plante un jardin en Éden et Il place là l’Adam qu’Il a formé ». Vous ne serez pas étonnés si je vous dis que « placer » et « là » sont deux mots construits sur la racine Shem. Le jardin d’Éden n’est autre que l’état d’Adam placé dans son nom et lancé sur l’axe de son nom. C’est de lui qu’il est nourri, de lui que jaillit un fleuve – circulation de l’énergie.

Je dirai — en employant un mot qui vous paraîtra vulgaire, mais n’est vulgaire qu’au vulgaire — qu’à partir de ce moment, l’homme est « pompé » par son nom-germe et pour devenir son nom  . La respiration est la vie même de cette pompe assurant l’accomplissement de HaShem .

Quand le drame de la chute arrive — dont il n’est pas temps de parler ici — l’homme quitte le jardin d’Éden, c’est-à-dire qu’il perd l’axe de son nom. Il reste cependant le nom qu’il est en puissance, sa personne profonde, participation à , — cela est signifié très fortement à la naissance de Caïn, premier homme né après la chute — mais il oublie qu’il l’est.

Aliéné par rapport à sa personne, il n’a plus conscience d’avoir à pomper son nom. Tout est vide et néant. Sa respiration lui assure une vie existentielle, dans le sens étymologique du mot « hors de l’être », car hors de son axe. Et pourtant son nom-germe, son noyau continue de lui envoyer des énergies qu’il investit alors à la construction du monde extérieur, à l’acquisition de la « renommée » laissant peu à peu mourir son germe au lieu de le construire, construire .

Ce nom, toutes les traditions en parlent, la nôtre plus particulièrement le révèle et le Christianisme l’incarne dans la personne du Christ — non pas le personnage défiguré, moralisateur et réducteur de l’homme qu’en a fait l’Occident, mais l’homme-Dieu qui vient redonner à l’Adam le Roua’h Elohim, comme dans une seconde Genèse, afin qu’il retrouve le chemin d’Éden, l’axe de son nom et qu’il redevienne souffle et verbe.

D’ailleurs le Christ lui-même, né de la tribu de Yéhouda et mort de la main de Yéhouda, est  s’incarnant dans l’histoire entre les deux portes de la naissance et de la mort. Car   est  plus un Daleth, lettre qui signifie la « porte ».

(à suivre)

L’EXPIR, Verbe créateur par Annick de SOUZENELLE

(Revue Énergie Vital. No 12. Juillet-Août 1982)

Le Shem archétype  appelé encore « Tétragramme » va nous guider dans la compréhension de nos structures. Le Livre du Zohar (Livre de la Splendeur) dit : « Le Tétragramme est une Épée, le Yod est le pommeau, le Vav la lamme, les deux Hé les deux tranchants ». (Zohar III 274b).

Le nom est l’Épée à deux tranchants où l’Épée tournoyante et flamboyante qui court dans toute la Bible, qui tue ou vivifie selon que nous restons hors de son axe ou que nous le retrouvons pour devenir l’Épée, le Verbe.

Si nous regardons bien ce dessin que nous propose le Zohar, à côté de celui qui trace les sept jours de la Création et encore à côté de celui du « Corps divin » — appellation que les Hébreux emploient pour désigner l’Arbre des Séphiroth, symbole du corps humain, nous ne pouvons nier l’unité structurelle qui préside à ces Tracés.

La forme même de notre corps, la disposition de nos organes sont définis par le NOM-Germe dont nous sommes soufflés.

Si nous sommes attentifs : le Yod est la Tête, le Vav la colonne vertébrale, les deux Hé les deux côtés du corps. Et si nous savons que la lettre Hé est le souffle, les deux côtés du corps sont signifiés par nos deux poumons.

La lettre  (hé) a sa source dans cet hiéroglyphe égyptien : tracé qui évoluera au cours des deux millénaires précédents notre ère en supprimant d’abord la partie basse du corps de l’homme moins directement concernée  pour ne garder que la partie haute qui, retournée sera à l’origine de notre lettre E. Mais notre petit bonhomme ne tend plus ses poumons, ses bras et ses mains qui les prolongent, vers la verticale, mais vers l’horizontale, ce qui rend compte d’un inconscient collectif désaxé, au sens que nous venons de dire.

C’est pourquoi, réidentifié après la chute au monde animal du sixième jour, dans sa tunique de peau, Adam reçoit la partie basse du corps pour s’assumer dans le temps, dans la procréation. Cette partie basse est homologue de la partie haute — nous pourrions la dessiner ainsi, le sexe mâle étant homologue du Verbe et notre système urogénital, comme nous le disions tout à l’heure, un système respiratoire supplémentaire pour accomplir les temps, ou encore accomplir les eaux — nous y reviendrons.

Jetons encore un regard sur la lettre  (hé). Elle est énergie correspondant au nombre 5. 5 et 5 font 10, nombre du Yod.

Ce n’est pas par hasard que nous avons 5 doigts à chaque main, comme à chaque pied, et que nos poumons sont distribués en 3 + 2 = 5 lobes. Venant confirmer cette arithmologie anatomique, le cœur est constitué de 3 valvules tricuspides à droite et 2 valvules mitrales à gauche. Je pense que nous pourrions trouver d’autres confirmations.

Cinq est le nombre de la vie.

Ce n’est pas par hasard non plus que le premier souffle apparaisse au cinquième jour de la Genèse, lié à la création des poissons qui sont Nephesh ‘Haïa traduit par « âme vivante ». Le mot « âme » est plus qu’imprécis en français, l’arabe a gardé le verbe Nephesh pour exprimer la respiration.

Ce 5e jour dans la Genèse est Yom ‘hamishi dont les letttes-énergies sont les mêmes que celles qui composent le Mashia’h — le messie, mot qui se décompose encore en Shem — le Nom, et ‘Haï – la Vie. Tout cela est en germe, dans ce que symbolise le poisson.

Chez l’homme, qui récapitule les 6 jours de la Genèse, le souffle lui est donné dans l’embryon des eaux matricielles. Déjà   tout replié sur lui-même, comme une fleur tout humide qui ne s’est pas encore déployée, il reçoit de l’inspir-expir maternel les éléments qui assurent son oxydoréduction. La mère est son « arbre-vert ». Je m’explique :

Né au 6e jour, l’Homme est déjà symbolisé et nourri par l’arbre érigé en son jour homologue, le 3e. Lui-même, cet arbre tire son origine d’avant le 1er jour, directement dans le Rouah’ Elohim qui est source.

L’Arbre est relais, physiologiquement et symboliquement, entre l’Homme et le Roua’h Elohim, ou entre l’Homme et sa source et son achèvement (cf. guérison d’un aveugle à Bethsaida. Marc VIII, 22-26).

Chacun connaît cette respiration Homme-Arbre, admirable ballet de vie auquel président ces deux complémentaires respiratoires que sont l’hémoglobine-fer et la chlorophylle-magnésium.

Si la rencontre amoureuse et compénétrante de l’homme et de la femme a joué le rôle de Roua’h-Souffle-Verbe créateur adombrant les eaux avant le 1er jour, la femme joue le rôle d’arbre-vert magnésium du 3e jour pour former l’embryon fer-rouge (le nom d’Adam veut dire le « rouge ») du 6e jour. La mère assure le Bara-Shit-Bara de l’enfant  entretenant le souffle de son Nom jusqu’à ce que, au jour de la naissance, se retirant dans un shabat, elle fasse jaillir son fruit et crie à son tour :

« Toi, mon bien-aimé »

Tandis que se déploie l’arbre respiratoire et phonatoire de celui qui désormais devra faire son nom et devenir  Verbe. L’arbre pulmonaire se substitue alors à l’arbre-mère. Il est un arbre inversé (à moins que ce ne soit lui l’arbre droit ?) qui se nourrit par sa racine en haut, et se déploie sous le rayonnement du soleil-cœur dans la voûte cœliaque. Le ganglion stellaire n’est pas loin. Tout un cosmos en réduction est là.

Cet arbre pulmonaire en hébreu porte le nom de Réa  qui, prononcé Rohé, est le verbe « voir », mot fait de 3 lettres que nous pourrions lire « la lumière dans le souffle ».

Au niveau du visage qui récapitule le corps tout entier, les yeux sont homologues des poumons et des mains.

Les yeux sont aussi sources. Ayin  est le mot qui veut dire « source », mais aussi « l’œil ». Le souffle divin, le Roua’h Elohim — source de vie, est aussi œil divin, source de lumière. Et nos mains sont lumières. Elles émanent la lumière et voient. Antennes, radars, prolongement de nos poumons qui, étymologiquement « voient ».

Dans la perspective du symbolisme du corps, je serais tentée de dire que nos reins entendent et que nos poumons voient.

L’expression populaire fait sortir la descendance de l’Homme de ses reins. Il est aussi juste de faire jaillir l’enfant divin, le NOM  — Verbe, que nous avons maintenant à mettre au monde, de nos poumons.

La première étape de la vie de l’Homme consiste à mettre au monde l’enfant extérieur et à écouter, la seconde à mettre au monde le Verbe. Toute la vie d’Israël est rythmée sur sa prière Shema Israël — écoule Israël, dans laquelle l’écoute « Shema » est en profondeur l’écoute du Shem qui déjà nous informe si nous savons tendre l’oreille, ou nos reins…

Le Christianisme qui s’enracine en lui fait jaillir le Verbe.

De l’écoute au Verbe, d’innombrables respirations vont se scander. Pour ce faire, elles se scanderont chez tous les peuples dans la prière psalmodiée, prière mantra, prière hésychasme, le chant. La respiration prend alors sa racine dans les reins et jusque dans les profondeurs du pelvis. Elle devient une mémorisation rythmo-mélodique obéissant à un balancement exact du corps. Je vous renvoie pour ce travail aux remarquables travaux de l’anthropologue Marcel JOUSSE.

Lorsque je prononce le mot « mémorisation », je l’emploi consciemment à deux niveaux.

Au premier niveau, il est certain que cette grande respiration-prière du corps nourrit la mémoire qui devient vive. N’oublions pas que dans cette scance les hébreux apprenaient par cœur la Torah tout entière en quatre ans, et qu’aujourd’hui encore nos enfants retrouvent ce mouvement naturel pour mémoriser des chiffres ou des textes. Ce balancement, retour aux sources de la vie, redonne force et vigueur au cerveau primitif appelé rhinencéphale qui ne porte certainement pas par hasard ce nom, l’olfaction de l’homme liée donc à la respiration étant son sens le plus primitif et le ramenant à une quasi végétalisation — à l’Arbre, au bois.

Le second niveau auquel j’entends le mot « mémorisation » nous ramène à ce que j’ai laissé volontairement en arrière pour faciliter l’ordre de cet exposé, mais qui est le centre même de la respiration. Je veux rappeler ici que la mémoire est en hébreu le même mot « Zo’karque », le « mâle ».

Lorsque l’Adam au 6e jour est créé « mâle et femelle », il est créé « puissance de souvenir et Nom en puissance ».

Le féminin est gardien du Nom. Que nous soyons hommes ou femmes, nous sommes l’Adam ayant à nous souvenir de notre NOM. Et ce NOM, nous l’avons vu, est enfoui dans la mère – mer.

Mère, en tant qu’Adam est appelé à être mère de lui-même à lui-même pour passer les portes de son devenir.

Adam  mère et porte

Et mer, parce que les eaux sont la réserve d’énergie dont Adam est structuré — le « non encore accompli ». Les eaux porteuses du Nom sont énoncées dès le premier verset de la Genèse, ce sont les Shamaïm — Shem et Maïm — que nous appelons cieux, qui sont à l’intérieur de nous. Et ceci nous permet de faire le dessin suivant, archétype de la respiration :

L’Homme du 6e jour, c’est-à-dire l’homme à son premier niveau de conscience, première terre intérieure, l’homme banal d’aujourd’hui doit descendre dans ses cieux intérieurs, dans la ténèbre, au 2e niveau énergétique non encore accompli pour l’épouser. (Le mâle doit épouser la femelle, Adam son Isha).

Ce ciel devient alors terre nouvelle, nouvelle lumière, un accomplissement. Puis il faudra continuer le chemin autant de fois qu’il sera nécessaire, descendre dans un nouveau ciel, expir, pour faire émerger une nouvelle terre, inspir. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que nous ayons épousé tous les cieux, fait émerger toutes les terres, tous les niveaux de conscience, jusqu’à atteindre au noyau de l’Énergie, notre NOM.

Ce dessin est encore l’échelle de Jacob, colonne vertébrale cosmique, le Vav de , qui, totalement accomplie, met au monde le Shem . Nos poumons qui sont encore nos ailes intérieures, non encore déployées, sont là pour assurer cette respiration essentielle : montée dans la lumière, descente dans la ténèbre.

Dans le mythe de Noé, la colombe et le corbeau sont ces deux oiseaux, deux poumons de l’Arche dans laquelle s’opère le Grand Œuvre Alchimique. Montée — inspir dans la lumière — colombe ; descente — expir dans la ténèbre — corbeau, jusqu’à  ce que toutes les Eaux soient asséchées, jusqu’à la fin des temps, jusqu’au dernier souffle.

Le Christ sur le bois, à l’extrémité de l’Arbre, s’écrie : « Tout est accompli » dernier expir jusqu’à l’ultime inspir de la Résurrection.

L’Esprit — Roua’h — Souffle a accompli le Verbe.

Et le Verbe s’efface car, dit-Il : « Il est nécessaire que je m’en aille… Si je m’en vais, je vous enverrai le Paraclet. Quand viendra le Paraclet, le Roua’h de Vérité, Il vous conduira vers la connaissance totale ». (Jean XIV, 267).

Le Christ-Verbe remet l’homme dans l’axe de son Nom, dans le Roua’h — Souffle qui le spire et le pompe pour qu’il devienne à son tour Verbe  .

La Tradition chrétienne chante pendant les dix jours qui séparent l’ascension de la descente du Roua’h Souffle-feu la traversée des 9 hiérarchies angéliques.

Les poumons deviennent alors les ailes du grand aigle qui, sortant du temps, perce dans l’Éternité.

L’intérieur est devenu l’extérieur.

L’Homme est devenu son NOM.