le Dr Jacques Michaud : L’homéopathie Médecine du 3e millénaire ?


27 May 2017

(Revue 3e Millénaire. Ancienne série. No 16. Septembre-Octobre 1986)

C’est une médecine globale dans sa diversité, sa totalité, son unité. Elle est basée sur les réactions de l’être aimant, pensant, souffrant.

En marge de la médecine dominante qui reste impersonnelle, limitée et fragmentaire.

Le remède homéopathique n’est pas un remède matériel mais un vecteur d’énergie.

Chez un malade, ce sont les symptômes parasites (rejetés par la médecine officielle) qui intéressent, en premier, l’homéopathie.

Enfin, c’est une médecine du qualitatif, plus subjective qu’objective, plus synthétique qu’analytique.

Depuis plus d’un siècle et demi (en 1986), l’homéopathie divise le corps médical. Depuis tant d’années d’application, certains médecins continuent de la combattre avec violence, d’autres l’ignorent — ce qui ne les empêche pas de la combattre aussi ou de la mépriser. Enfin, nombreux aussi sont ceux qui considèrent les homéopathes comme des médecins de deuxième ordre utilisant des recettes empiriques, voire ésotériques. « Pensez donc mon cher, des médicaments dans lesquels on ne dépiste plus aucune molécule du principe actif. » Le secret est là. Seule subsiste l’information dynamisée de ce principe. Alors ? Et bien précisément c’est ce principe qui permet une action plus profonde, plus intense, plus prolongée. Pour la science officielle, le mystère reste entier, impénétrable, suspect. Pour beaucoup de malades — et de plus en plus nombreux — c’est une médecine écologique, douce, capable d’agir jusqu’à l’organisation supérieure des centres de régulation individuels, à un niveau encore ignoré de la médecine conventionnelle. Mais attention ! une menace plane sur l’homéopathie. Ses détracteurs n’ont pas renoncé à la neutraliser, la banaliser, la mutiler. Le docteur Jacques Michaud, qui signe cette étude, est également l’auteur d’un livre paru chez Denoël : Homéopathie, acupuncture, astrologie, médecines ésotériques, médecines de demain.

L’homéopathie apporte à la médecine des vérités essentielles sur la connaissance de l’homme sain et malade, puisqu’elle le considère dans sa totalité et dans son complexe ternaire, le corps, le cœur et l’esprit. La thérapeutique homéopathique d’autre part a depuis longtemps fait la preuve de son efficacité. Si elle était généralisée, par exemple dans le domaine de la prévention et de l’eugénisme, ne se poseraient plus de nombreux problèmes que la société actuelle est incapable de résoudre, même en y consacrant un budget toujours croissant.

Pourtant, depuis plus de 150 ans qu’elle existe, l’homéopathie continue à vivre dans une semi-clandestinité, et est tout juste tolérée par les pouvoirs publics. Cette situation de médecine de second ordre est douloureusement ressentie par les médecins homéopathes et suscite de leur part des réactions. Certains d’entre eux résistent mal à l’apparente rigueur de la médecine officielle, à ses résultats spectaculaires, à l’ivresse grisante de sa soumission aux sciences dites exactes. Mais la médecine dominante reste par essence une médecine impersonnelle et une médecine limitée, fragmentaire. C’est une médecine terminale. Au contraire l’homéopathie, médecine de la dysharmonie rythmique, médecine initiale, devrait être la médecine essentielle, les diverses thérapeutiques possibles devant s’orienter par rapport à ses données.

Les notions précédentes, à mes yeux fondamentales, ont sans doute de quoi surprendre les lecteurs peu familiers avec la doctrine homéopathique. Il est donc nécessaire de rappeler brièvement les principes essentiels de l’homéopathie. Nous y trouverons confirmation des faits que nous voulons démontrer : l’homéopathie, en avance sur la science, doit être la médecine du troisième millénaire.

Similitude et analogie

Le principe de base de l’homéopathie c’est la loi de similitude. Elle était connue dès l’Antiquité, puisque Hippocrate l’avait déjà exprimée. « Similia similibus curantur », les semblables sont guéris par les semblables. Ce qui veut dire que pour guérir une maladie donnée, il faut prescrire au malade une substance qui, donnée à l’homme sain, provoque cette maladie. Cette loi a été vérifiée par Hahnemann au début du XIXe siècle, et c’est Hahnemann qui, en donnant à la loi de similitude une base scientifique expérimentale a véritablement créé l’homéopathie.

Mais cette loi de similitude ne peut être pleinement comprise que si on l’intègre dans une loi universelle, la loi d’analogie. La similitude entre le malade et son remède n’est qu’un cas particulier de l’analogie entre le microcosme et le macrocosme, entre « ce qui est en haut » et « ce qui est en bas ». La loi de similitude n’est que l’application à la médecine de la loi d’analogie, loi d’équilibre universel. C’est ce qui établit la position de l’homéopathie comme pensée philosophique de valeur éternelle, indépendante des fluctuations de la pensée scientifique. C’est ce qui établit aussi des rapports avec d’autres sciences qualifiées autrefois d’ésotériques et d’occultes, en particulier l’astrologie. Les liaisons entre homéopathie et Astrologie seront à mon avis essentielles dans la pensée médicale du troisième millénaire ; on y retrouve l’équilibre pascalien entre l’infiniment grand et l’infiniment petit.

Je tiens à insister sur une idée très importante, et souvent ignorée ou mal comprise ; c’est que, en médecine le semblable est bien supérieur à l’identique. L’identité est basée sur un raisonnement logique, de type mathématique, qui ne laisse place à aucune nuance, qui n’autorise aucune subjectivité d’interprétation. C’est le raisonnement appliqué dans les sciences exactes, auxquelles la médecine tente de se rattacher. Mais un tel raisonnement doit être considéré avec une grande prudence chez l’être vivant. Car chez l’être vivant, il n’y a pas de retour en arrière, une fraction de temps t s’est écoulée entre deux situations. En médecine, les mêmes causes ne produisent pas forcément les mêmes effets et 2 et 2 ne font jamais exactement 4.

On voit donc que le remède homéopathique, très rapidement, n’est pas un remède matériel mais un vecteur d’énergie. C’est une des raisons majeures pour lesquelles l’homéopathie est particulièrement adaptée à cet univers énergétique dans lequel nous entrons et qui sera celui du troisième millénaire.

Autre conséquence de la loi de similitude : la nécessité d’une individualisation stricte. Et ce respect de l’individu, on sent bien qu’il marquera inéluctablement l’exigence médicale de demain.

En résonance avec le malade

Pour qu’un médicament homéopathique agisse, il ne suffit pas qu’il corresponde à une étiquette diagnostique, il faut qu’il soit en résonance avec la totalité du malade, et non pas seulement de la maladie. Ainsi doivent être pris en charge par le médecin homéopathe quantité de signes qui sont négligés par la médecine officielle. La médecine officielle étudie une pathologie de groupe, impersonnelle. Elle soigne des maladies, dont le malade est le support passif, anonyme, résigné et interchangeable. Elle tend de plus en plus à régler sa thérapeutique sur des bases chiffrées, et à refuser tout ce qui n’est pas chiffrable, mesurable, matériel. Le malade est étudié, ses diverses fonctions sont mises en équation, c’est une machine complexe dont on démonte les mécanismes et les rouages. Mais on le regarde à peine, et on l’écoute encore moins. Tout ce qui fait que chaque malade est différent des autres, tout ce qui fait que Monsieur Dupont malade reste Monsieur Dupont, et ne devient pas seulement une spondylarthrite chronique, est éliminé. Il s’agit de symptômes parasites, que le médecin officiel rejette comme non utilisables. Or ce sont justement ces symptômes qui intéressent en premier l’homéopathe. Par exemple, les désirs et les aversions alimentaires, les modalités d’amélioration ou d’aggravation suivant le temps, le climat, l’environnement, les latéralités gauche ou droite des symptômes, le sommeil et les rêves, et surtout, surtout le caractère, l’attitude du malade devant la maladie, devant son milieu familial, devant lui-même.

Semblable mais non identique

Tout cela n’est pas seulement de la philosophie, mais de la médecine quotidienne. C’est parce qu’il est semblable et non identique, que le remède homéopathique s’adapte à chaque individu considéré comme un élément unique. Si Diphtérotoxinum guérit les angines blanches, même non diphtériques, si Paratyphoïdinum B guérit les intoxications alimentaires, sans que le bacille paratyphique y soit pour quelque chose, si Lachesis est indiqué chez les malades n’ayant jamais été mordus par ce serpent d’Amérique du Sud, c’est parce que les symptômes sont analogues, mais l’identité ne s’impose pas, au contraire.

C’est de la loi de similitude que découlent les autres principes de l’homéopathie.

D’abord l’emploi de la dose infinitésimale. L’homéopathie n’est pas définie, comme on le croit souvent, par l’utilisation des médicaments à dose infinitésimale. Celle-ci n’est que la conséquence de la loi de similitude. A la rigueur on peut faire de l’homéopathie avec des médicaments à dose pondérale, c’est d’ailleurs ce que font quelquefois les médecins homéopathes, qui font ainsi de l’homéopathie comme Monsieur Jourdain faisant de la prose. Mais l’emploi de la dose infinitésimale permet d’éviter les réactions d’aggravation de début de traitement et ouvre la voie à une action beaucoup plus profonde, plus intense, plus prolongée.

Dans l’échelle de dilution centésimale, la plus employée, on procède de la façon suivante :

– 1 gramme de substance active est dissous dans 99 grammes de solvants, c’est la première dilution centésimale.

– 1 gramme de cette première dilution centésimale est dissous dans 99 grammes de solvant, c’est la deuxième dilution centésimale.

Et ainsi de suite…

Dilution plus dynamisation

On aboutit très vite à une dilution vertigineuse, puisque la 4e centésimale correspond à une dilution 10-8 et que cette dilution est considérée comme basse, c’est-à-dire relativement peu diluée par les homéopathes. On voit donc que l’homéopathie n’est pas concernée par la loi d’Avogadro [1] à laquelle pendant des années on a prétendu limiter l’action des dilutions homéopathiques sous prétexte de l’absence de particule matérielle dans les remèdes au-delà de la 10e centésimale. Il est même remarquable de constater que plus la dilution est élevée, plus l’action du remède est puissante et prolongée, plus surtout elle atteint les sphères sensorielles et mentales caractéristiques de la personnalité. D’une manière générale, on note une inversion de l’action suivante la dilution. Aux dilutions basses, le remède agit selon les indications allopathiques puis aux dilutions plus élevées l’action est purement homéopathique et inverse (loi d’Arndt-Schulz). A la dilution s’ajoute la dynamisation, obtenue par les secousses imprimées au flacon entre deux dilutions. C’est là une opération essentielle. Un remède n’est vraiment homéopathique que s’il est à la fois dilué et dynamisé.

Selon le niveau traité…

Cette indispensable individualisation comporte des points de repères. Ce sont la morphologie, les constitutions, les tempéraments, les diathèses [2], dont la merveilleuse découverte dès les premiers cours sera pour l’étudiant en homéopathie une révélation qui marquera sa vie.

Grâce à toutes ces notions se construira une ordonnance homéopathique faite de remèdes complémentaires les uns des autres et dont les dilutions seront adaptées à la profondeur d’action désirée : à la lésion correspondent des dilutions basses, qui se rapprochent, comme il est logique, de la zone allopathique. Aux troubles plus personnalisés, constituant l’immense pathologie prélésionnelle, faite de désordres sensoriels et fonctionnels qui précèdent la maladie, territoire privilégié de l’homéopathie, correspondent les moyennes et hautes dilutions. Aux soubassements constitutionnels et diathésiques, aux causes profondes et anciennes qu’il importe de neutraliser correspondent les très hautes dilutions, par exemple 15e à 30e centésimale. Car en homéopathie, contrairement à ce qui est habituellement admis, plus une cause morbide est ancienne plus elle est importante et difficile à déraciner. La conception du « terrain » est très analogue à ce qu’on entend par terrain en agriculture : une terre en friche depuis 50 ans est plus difficile à ensemencer qu’une terre où poussent depuis trois mois quelques mauvaises herbes.

L’homéopathie est donc la médecine de l’homme global dans sa diversité, sa totalité, son unité. Elle n’est pas basée sur une étude anatomique du cadavre, ni sur une expérimentation physiologique sur l’animal, ni sur une observation bactériologique au microscope, ni sur une réaction chimique en éprouvette. Elle est entièrement basée sur les réactions de l’homme aimant, pensant, souffrant. Elle s’enorgueillit d’être plus subjective qu’objective, plus synthétique qu’analytique. C’est la médecine du qualitatif plus que du quantitatif. Ce n’est pas une médecine de combat, c’est une médecine de réglage.

Or nous entrons dans une ère où les grands processus de pathologie microbienne ou virale venus de l’extérieur sont maîtrisés et laissent la place à une pathologie infratoxique de nuisance, à une pathologie où l’élément individuel devient l’essentiel et est largement dépendant des cycles et des rythmes. L’homéopathie apparaît donc comme un geste écologique fondamental, un réglage des écosystèmes depuis la molécule non pas jusqu’au tissu ou à l’organe mais jusqu’à l’organisation supérieure des centres de régulation individuels.

Il est nécessaire d’ajouter quelques mots sur l’évolution probable de l’homéopathie en France.

Une médecine ignorée ou étouffée

Rappelons au préalable que l’homéopathie a de la peine à se développer dans les pays où les trusts économiques et financiers tout puissants canalisent la recherche médicale et orientent l’opinion en conséquence. L’homéopathie est également ignorée ou étouffée dans les pays où règnent un dirigisme étatique et une emprise idéologique plus ou moins absolus. C’est en France, pays carrefour de civilisation mais imprégné surtout de la civilisation gréco-latine remarquable par son sens de l’humain, de l’équilibre et de la mesure, que l’homéopathie trouve actuellement les meilleures conditions à son épanouissement. Et c’est une grande fierté pour les médecins homéopathes français de voir leur enseignement réclamé et apprécié à l’étranger.

Longtemps ridiculisée, puis ignorée, l’homéopathie connaît actuellement une importance et une diffusion qui ne permettent plus de la négliger. Elle constitue désormais une proie tentante pour la médecine dominante qui, en se l’appropriant sous prétexte de la rendre scientifique, supprimerait une concurrence devenue gênante.

L’état d’esprit des médecins officiels vis-à-vis de l’homéopathie est variable. Quelques-uns persistent à la combattre violemment en usant d’arguments démodés depuis longtemps. Beaucoup l’admettent et même prétendent vouloir la défendre, et ce sont ces derniers les plus dangereux. Pour les allopathes, la prise en charge de l’homéopathie permettrait de lui donner enfin une base scientifique, d’en préciser les indications, de faire disparaître tout ce qui n’est pas conforme à la vérité officielle. Tout se passe comme si les médecins officiels considéraient les homéopathes comme des marginaux, des médecins de deuxième ordre, utilisant quelques recettes empiriques plus ou moins teintées d’ésotérisme. Ainsi, par le biais d’un enseignement progressivement orienté, l’officialisation de l’homéopathie s’accompagnerait-elle d’une inadmissible mutilation, sacrifiant en premier lieu les nombreux points de la doctrine inconciliables avec la conception officielle. Il n’y aurait plus de doctrine, mais seulement une thérapeutique accessoire, dont les indications, toujours mineures, seraient strictement limitées. Mais comme d’autre part la garantie de compétence des médecins homéopathes, à laquelle les malades ont droit, ne peut être valable que si elle porte l’estampille des instances officielles, on conçoit que le problème n’est pas simple. D’autant que l’officialisation est tentante pour bien des homéopathes, qui verraient s’ouvrir enfin devant eux la possibilité d’une carrière universitaire. A ceux-là je rappellerai simplement le vieil adage : « Timeo danaos et dons ferentes », ce qui, appliqué à notre propos, peut se traduire : « Méfions-nous des officiels, même et surtout quand ils apportent des cadeaux. » Les homéopathes doivent être les seuls à décider de l’orientation et de l’enseignement de l’homéopathie. C’est ainsi que doit continuer le combat pour l’homéopathie, combat qui n’a pas cessé depuis Hahnemann, et qui est maintenant le combat pour la médecine du troisième millénaire.

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1 Limite de division de la matière définie par le nombre de molécules contenues dans 1 g d’une substance quelconque à l’état gazeux, soit 6,023 x 1023. Ce nombre correspond approximativement à la 10e ou 11e dilution centésimale.

2 Ensemble de maladies ou de groupes de symptômes en apparence sans rapport entre eux mais reliés par une même cause profonde en général constitutionnelle. L’homéopathie reconnaît quatre diathèses dont l’étude est fondamentale pour la compréhension d’un état pathologique.