Robert Linssen : L’importance de vivre au présent


28 Dec 2008

(Revue Être Libre, Numéro 312, Octobre-Décembre 1987)

Creuser le présent
pour trouver l’éternel,
tel est le but de l’homme.

J. Krishnamurti

La sagesse chinoise enseignait que l’Infini réside dans le fini de chaque instant. Les êtres humains sont devenus tellement superficiels, agités, qu’ils sont incapables de vivre naturellement. Les progrès envahissants des fameuses « technologies de pointe » exercent une fascination considérable sur les nouvelles générations. Nous assistons à la glorification des conquêtes matérielles, de la vitesse, de la robotisation.

En cette fin du XXe siècle, l’homme n’a pas la maturité lui permettant une utilisation judicieuse et adéquate des conséquences de sa technologie. Le prestige grandissant de celle-ci tend à creuser le fossé qui le sépare d’une certaine sagesse naturelle. La disparité existant entre les progrès techniques et l’évolution psychologique est plus grande que jamais. Au seuil du IIIe  millénaire, des centaines de millions d’êtres humains sont des « déracinés » et des « exilés ». Privés des énergies spirituelles que le monde intérieur leur destine, les êtres humains vivent sous le signe de l’angoisse, de la violence et du désespoir. La progression du nombre des suicides et de drogués chez les jeunes est un fait symptomatique et inquiétant.

Comment faire comprendre et sentir que « l’Infini est dans le fini de chaque instant » ? Par quels moyens pourra-t-on proclamer assez haut et faire comprendre qu’il est important de vivre et qu’en dépit de son désespoir immense l’être humain possède au fond de lui une source inépuisable de force et de lumière intérieure ?

Un tel énoncé provoque parfois des réactions négatives et compréhensibles : la lumière intérieure ? Comprend pas ! Qu’est-ce que c’est ? De la poésie ? C’est le cadet de mes soucis ! On ne m’a jamais parlé de ça !

La « lumière intérieure » ? Elle commencera à filtrer, lentement mais sûrement quand nous commencerons à vivre au présent. Lorsque nous commencerons à nous délivrer des milliers de tensions et crispations inutiles en vue de posséder plus, de « devenir plus », etc. En tout premier lieu, s’impose à nous la nécessité de ne plus fuir le présent, de rester là, munis de toutes les énergies d’une attention naturelle, entièrement concentrée dans la momentanéité de l’instant présent. Simplement, sans ne rien attendre. Sans évoquer le passé. Sans avoir recours aux habitudes faciles de ce qui a été vécu. Sans permettre à notre imagination de s’évader dans les projets d’avenir.

Il se peut que, lors de nos premières tentatives, nous éprouvions une impression de vide et que nous soyons déçus. S’il nous arrive d’être déçus, c’est parce que nous attendions quelque chose. Mais en tous cas une chose est incontestable : aussi boiteuse et imparfaite que soit notre tentative de « présence au Présent », nous n’aurons plus masqué notre pauvreté intérieure par des échos imagés du passé, ni par des projections vers le futur.

Le chemin qui nous conduit à la perception de la lumière intérieure passe par le moment présent. Nous ne vivons jamais au présent. Le présent est, pour la plupart d’entre nous, un simple passage passant complètement inaperçu. Nous rappellerons ici l’image du miroir évoquée par le maître chinois Tchouang Tzu : « le parfait miroir, disait-il, voit tout mais il ne prend rien ».

L’une des clés essentielles de l’Eveil intérieur réside en ceci : réaliser une attention parfaitement présente dans laquelle n’interviennent plus aucun élément du passé tels images, souvenirs, jugements de valeurs, choix, approbation, rejet, automatisme de verbalisation, comparaisons. Dans une telle attitude d’observation se réalise une convergence de toutes les énergies de la conscience dans la momentanéité de l’instant présent. Cette attitude d’attention ne comporte rien d’extraordinaire ni de mystérieux. Elle oriente l’être humain vers un état naturel de perception globale immédiate d’une grande clarté. Cet état est empreint d’une grande sérénité et permet à la conscience de pénétrer dans des niveaux d’énergie et des dimensions naturelles généralement ignorées.

Il n’est pas inutile de signaler ici que les sagesses antiques enseignaient l’existence d’un univers pluridimensionnel formé de niveaux d’énergie infiniment plus variés et riches que ceux qui nous sont généralement accessibles. En 1988, de nombreux savants, tels le prix Nobel Abdus Salam, postulent l’existence d’un univers à sept dimensions. Pour David Bohm, nous vivons dans un univers pluridimensionnel mais il est important d’ajouter que les niveaux d’énergie les plus fondamentaux sont précisément ceux dont nous ignorons et nions en général l’existence.

* * *

Pour quelles raisons le moment présent et le silence sont-ils importants ? Parce que l’univers, dans sa totalité, doit être considéré comme l’unité organique d’un seul et même vivant. Celui-ci est animé par un seul et même mouvement englobant et dominant tous les mouvements se déployant dans tous les niveaux d’énergies et toutes les dimensions. David Bohm le désigne par l’expression d’Holomouvement.

L’Holomouvement est complètement différent de tous les mouvements que nous connaissons. Ceux-ci sont conditionnés par les coordonnées de temps, d’espace, de causalité. Ce sont des mouvements linéaires. L’Holomouvement est un mouvement de création, intemporel, a-causal, non-linéaire, sans direction. Il peut être considéré comme le battement de cœur du Grand Vivant mais cette expression n’est pas adéquate parce que le mot « battement » implique des coordonnées de temps et d’espace.

Ceci nous montre l’importance de l’invention d’un nouveau langage. Nous nous heurtons ici, une fois de plus à une impossibilité parce que de toute évidence les langages qui nous sont accessibles portent les empreintes indélébiles du temps, de l’espace, de la causalité. Telles sont les raisons pour lesquelles les formes les plus dépouillées de l’expérience mystique évoquent la nécessité du silence. A ce point de vue l’accord est complet entre Krishnamurti, Maître Eckhart, le Ch’an, le Taoïsme, l’Advaïta Védanta, le Soufisme, etc.

Un exemple de la difficulté d’évoquer l’holomouvement se trouve au cours des dialogues entre Krishnamurti et David Bohm (1). Faute de terme adéquat ils n’ont d’autre possibilité que celle d’utiliser l’expression paradoxale d’un mouvement qui n’est pas du mouvement semblable à celui qui nous est familier. C’est ce que nous avons désigné dans nos essais par « mouvement de création ». Celui-ci se situe au niveau de ce que David Bohm appelle la « source » ou l’ordre super-impliqué.

Mais le silence n’est pas l’absence de bruits extérieurs, de paroles. Le silence véritable est le Présent par excellence. Le seul obstacle au silence est formé par le vacarme permanent de la pensée. L’activité continuelle du mental a pour objet essentiel des éléments liés à notre auto-occupation. Ces éléments sont constitués par des échos résiduels de notre passé. Ceux-ci sont eux-mêmes liés aux mémoires de l’inconscient collectif que Krishnamurti appelle « l’ego de l’humanité ».

En l’absence de ces mouvements habituels, mesquins, inutiles et destructeurs pour la plupart, nous accédons naturellement à l’état de silence créateur. Dès cet instant la nécessité d’avoir recours à une autre forme de langage disparaît.

Dans le silence véritable se révèle la présence d’une plénitude d’énergie, de conscience, d’amour éclipsant tous recours ou toute nécessité d’un langage.

L’holomouvement se suffit à lui-même. Il englobe la dualité de l’expérimentateur et de l’expérience dans l’intimité d’une lumière dont la clarté révèle l’incomplétude du langage habituel.

Nous abreuvant d’instant en instant à la Source d’énergie et de lumière du Présent, nous sommes à tel point comblés de richesses intérieures qu’il est naturel que celles-ci débordent dans ce qui reste de nous physiquement et nous suggèrent le partage.

Nous nous heurtons dès lors à des difficultés de communication inhérentes aux limites du langage habituel.

* * *

En quoi chaque instant présent est-il unique ?

Chaque instant présent est unique parce que l’univers n’est pas une gigantesque mécanique dont les rouages tournent toujours de la même façon. Il n’y a jamais de répétitions. Au contraire. L’Histoire de l’évolution est celle d’une prodigieuse aventure dont les rythmes se situent en dehors des lois connues du hasard ou de l’anti-hasard. Ainsi que le souligne I. Prigogine, les processus de la nature comportent une prédominance d’irréversibilité, de création et d’improvisation. Chaque instant présent comporte un patrimoine informationnel absolument unique qui ne se représente plus jamais. Son contenu change constamment.

Les intuitions des sagesses antiques sont confirmées par les sciences nouvelles de 1988. Celles-ci enseignent que tous les événements illustrant l’histoire d’un univers sont mémorisés sous forme de champs indestructibles. Le patrimoine informationnel de l’univers s’accroît donc constamment en vertu de l’indestructibilité des enregistrements mémorisés. Chaque instant présent est donc différent et unique.

Ce processus de mémorisation constante constitue l’une des forces axiales présidant au devenir évolutif. L’énigme apparente des mutations est en voie de résolution. Les mutations sont plus apparentes que réelles.

La soudaineté des changements évolutifs est la manifestation d’un processus constant et lent de mémorisation se poursuivant dans d’autres dimensions de l’univers, invisibles à nos yeux mais très réelles.

Ainsi que l’exprime H. Reeves, « la musique de l’univers s’improvise au fur et à mesure ». Il n’y a dans ce processus ni but, ni commencement, ni fin, ni manifestation d’un projet quelconque, ni point terminal. Les découvertes d’importance historique dans le domaine de la biologie réalisées en 1987, tant en Chine, Dr Li de l’université de Pékin, qu’en U.R.S.S. par le Dr Vladimir lnyushine de l’université l’Alema Ata, qu’en République fédérale allemande, le Dr F.A. Popp de l’université de Kaiserlautern qu’en U.S.A., le Dr P.S. Callahan de l’Institut agronomique de Floride sur les micro-ondes laser accompagnant les divisions cellulaires, nous montrent le spectacle magnifique d’un univers qui s’autogénère constamment en fonction d’un patrimoine informationnel de plus en plus considérable. Il n’y a là, ni finalité, ni téléologie, ni matérialisation d’un projet mais expression libre et spontanée d’un processus cosmique de création constante dont les physiciens de pointe viennent d’entrevoir le rôle prioritaire.

Ceci montre l’ampleur de l’unicité de chaque instant présent et le caractère insondable de la Grande aventure du Jeu cosmique. Nul besoin d’échafauder des hypothèses concernant un but, une station terminale que le processus cosmique se proposerait d’atteindre dans un avenir imaginaire. Ainsi que le souligne le savant rationaliste français Louis Rougier, « si nous croyons en Dieu, accordons-lui les caractères spécifiques de l’infinitude et ne le rapetissons pas aux limites de nos concepts anthropomorphiques de temps, d’espace, de but à atteindre ».

L’Univers, en tant que grand vivant, est immensément différent des constructions mentales sophistiquées élaborées par la plupart des théologiens. Chaque instant présent du Grand Vivant considéré dans la totalité de ses dimensions et niveaux énergétiques est une Plénitude. Nous tenons à préciser ici la nature paradoxale d’un processus vivant non seulement différent mais opposé à la plupart des philosophies et religions traditionnelles. La logique et le rationalisme cartésien nous conduisent en effet à considérer l’existence d’une contradiction entre un état de Plénitude et d’autre part, un processus d’accroissement constant du patrimoine informationnel. Ce processus appelé « néguentropique » dont nous avons souligné l’importance dans les enregistrements de mémoire indique une ascension, une marche constante vers un « plus ». Pour la plupart, cette ascension et marche vers le « plus » est interprétée comme l’expression d’un but à atteindre dans l’avenir. Logiquement, tout processus observé au niveau périphérique de notre monde temporo-spatial manifestant une ascension ou enrichissement d’un état nouveau par rapport à un état antérieur nous interdirait d’office d’évoquer une plénitude quelconque de l’état précédent. L’instant ou les instants passés de ces états antérieurs ne pouvaient être logiquement considérés sous l’angle d’une plénitude quelconque. Si un enrichissement constant se produit, nous devrions logiquement considéré que l’état antérieur n’était pas complet. De là, il n’y a qu’un pas pour déduire que les étapes suivantes se déroulant dans le temps ont pour but de compenser les incomplétudes précédentes et ainsi de suite jusqu’à la réalisation de la phase finale ou point Oméga.

Nous perdons de vue que c’est nous qui créons le temps. Il n’y a pas de « point Oméga ». Il n’y a rien à atteindre dans un avenir proche ou lointain. Chaque instant, ici et maintenant contient le point Oméga. Notre logique ne peut concevoir l’existence d’une activité libre, spontanée, sans but. Tout processus d’accroissement est, pour nous, la manifestation d’un but à atteindre. L’enrichissement constant du patrimoine universel d’information est irrésistible et résulte spontanément de la nature des choses au niveau périphérique de ce que nous percevons comme temps et espace séparés. Aux niveaux profonds et prioritaires des dimensions essentielles, ces séparations n’existent pas. Le Processus du Grand Vivant est celui d’une création constante produisant dans la périphérie du monde phénoménal ce que nous considérons comme une marche vers le « plus » et un enrichissement mais cette marche et cet enrichissement ne peuvent être considérés comme l’expression d’un acte de volonté délibéré émanant d’une entité divine qui serait prisonnière de nos valeurs illusoires du temps.

Chaque instant présent contient la plénitude de force, de conscience, de lumière et d’amour du Grand Vivant sous une forme apothéotique, indivise et désanthropomorphisée. Un philosophe déclarait récemment que le divin est le « Grand Aventurier ». La pleine connaissance de nous-mêmes nous permet une participation sans limite aux merveilles cachées de la Grande aventure.

Ceci requiert le dépassement de l’égo. Nous devons nous affranchir de la pesanteur des mémoires accumulées. Nous sommes des milliardaires du temps et de la mémoire. La pleine connaissance de nous-mêmes nous révèle l’emprise considérable de ce que Krishnamurti appelle « l’ego de l’humanité ». Libérés de cette chape de plomb formée par les échos résiduels du passé, c’est dans le ravissement et l’extase qu’est vécue la participation à l’incroyable aventure du Grand Vivant.

Nous sommes dès lors en mesure de donner la seule réponse valable et surtout efficiente aux problèmes immenses de la souffrance, de la cruauté, de la violence et de la décadence du monde. Efficiente ? Oui. Cela veut dire « qui entraîne des effets durables » tel que l’enseignaient les anciens maîtres taoïstes, tel que l’enseignent David Bohm et Krishnamurti.

Une science de l’efficience des énergies spirituelles a toujours existé. Le fait nouveau réside dans sa confirmation inattendue par un physicien de réputation mondiale tel David Bohm. Rien au monde n’est plus simple et naturel qu’une ouverture complète et constante à la flamme toujours renaissante et vive du Présent.

Dans le vécu authentique de ce processus naturel, « la conscience, déclarait le Dr Roger Godel, renaît comme naît chaque matin le feu du soleil dans sa montée sur l’horizon. Cette aube est une pointe sans dimension, cependant son éventail se déploie invisiblement annihile les ombres du ciel ambiant. Si intense est l’éclat de cet unique moment de conscience que tout sentiment de durée s’évanouit : le passé, la mémoire, la pensée du moi et son futur sont consumés dans la fulguration de l’éclat naissant ».

Ce qui précède donne réponse aux questions « Qu’est-ce que vivre ? » et « Qui vit ? ». Mais ces réponses n’ont de valeur pour autant que nous ne les érigions pas en concepts fossilisés et que nous plongions sans réserve ni crainte et que nous vivions la transsubstantiation du résiduel que nous croyons être, en termes du Feu intérieur que nous sommes.

Tout ce qui précède peut être résumé en un mot. Il signifie à la fois tout et rien suivant l’angle sous lequel on l’examine. Et l’angle sous lequel on l’examinera au cours des lignes qui suivent est TOUT parce qu’un mouvement pour révéler la plénitude de ce qu’il est et de ce qu’il contient doit être vécu. C’est l’holomouvement évoqué par David Bohm. Nous le désignons comme lui par « mouvement de création ». Ce mouvement constitue le « battement de cœur » du Grand Vivant qu’est l’Univers. La Plénitude de la Vie consiste à nous rendre disponibles à l’énergie de ce mouvement de création et de LE laisser opérer en nous, à tous les niveaux.

Ce problème fait l’objet d’un dialogue important entre David Bohm et Krishnamurti dans « The Ending of Time » (I). Nous en traduisons et commentons quelques fragments :

Page 240 — Krishnamurti : « Il y a plusieurs espèces de mouvements. C’est tout ce que nous savons. Et quelqu’un arrive et dit il y a une espèce de mouvement totalement différente. Mais pour comprendre cela, nous devons être libres du mouvement de la pensée ainsi que du mouvement du temps pour comprendre un mouvement sans cause. Il possède une énergie énorme, il ne peut jamais être immobile ».

Page 241 — « Et ce mouvement dans l’immobilité n’est-il pas le mouvement de création ? Nous ne parlons pas de ce que les poètes, écrivains ou peintres appellent création. Pour moi, ce n’est pas la création. La création, dont il est question ici n’est pas exprimée en forme ».

Page 242 Krishnamurti — « Ce mouvement n’étant pas situé dans le temps, serait-il toujours neuf ?
David Bohm : Oui. Il est éternellement neuf dans le sens que la création est éternellement neuve…
Krishnamurti : … Peu arrivent au point où le mental est absolument silencieux, et, de ce silence, surgit ce mouvement qui est toujours neuf. Quel rapport tout ceci dans ma vie quotidienne ? Pouvons-nous dire que ce mouvement silencieux avec son renouvellement sans fin est l’ordre total de l’univers ?

Page 243 — David Bohm : Nous pourrions considérer que cet ordre de l’univers émerge de ce silence et de ce vide.

Page 24 — Krishnamurti : Est-ce que ce mouvement silencieux de l’ordre ou cet extraordinaire quelque chose peut affecter ma vie quotidienne lorsque je réalise un ordre psychologique intérieur ?

Page 246 — Krishnamurti : L’univers qui est ordre total peut affecter ma vie quotidienne ».

Ces quelques fragments permettent d’entrevoir ce que Krishnamurti et David Bohm entendent par VIVRE. Pour eux, comme pour les Eveillés, l’univers matériel est le corps d’un champ de conscience cosmique en perpétuelle recréation. VIVRE consiste à se rendre disponible à cette impulsion créatrice et finalement s’intégrer à l’Holomouvement créateur dans sa plénitude de supra-conscience. Tel est le triomphe constant du Vivant sur le résiduel révélant la juste relation entre l’Esprit et la matière.

R. LINSSEN déc. 1987

(1) « The ending of time », Ed. Gollancz, London 1985.