Patrick Lebail : Lumière de la Brihad -Aranyaka-Upanishad: Débat sur le Brahman


23 Jan 2013

(Revue Être. No 2. 1974. 2e  année)

VI. DEBAT SUR LE BRAHMAN

L’Inde ancienne appréciait les joutes philosophiques, disputées en public par plusieurs maitres de la pensée, ou, pour mieux dire, de la révélation. Il était coutumier qu’intervînt dès l’abord une convention, selon laquelle le perdant abandonne sa propre position, adhère à celle du vainqueur et se fasse désormais son disciple. La supériorité reconnue n’était pas alors celle de la pure dialectique, mais celle d’une saisie plus profonde portant sur les problèmes spirituels. Qui les résout le mieux de par sa pénétration due à son expérience est par là même qualifié pour conduire autrui sur la voie.

Le chapitre 3 de la Brihad-Aranyaka Upanishad consigne les péripéties d’un tel débat publique. Yâjnavalkya s’y trouve successivement opposé à sept adversaires. Il en est un qui relaie son prédécesseur; une femme aussi, qui assaille le maître à deux reprises. Dans l’ensemble, le débat est courtois bien que Yâjnavalkya le parsème de saillies humoristes. Un étrange et sinistre évènement s’y produit; par contraste, un doux et sincère opposant est emmené à l’écart pour qu’en secret soit échangée la confidence spirituelle. De ce qu’ils se dirent, personne n’a jamais rien su.

Dès le début Yâjnavalkya se montre brusque, malicieux et sûr de lui-même, au scandale des prêtres védiques, dévotement attachés à leur upâsana et fort imbus de leurs fiertés de caste. Yâjnavalkya, lui, est libre de toute entrave domestique; il est de ceux qui accomplissent le Véda au lieu de simplement le réciter. La doctrine qu’il expose est celle du brahman où ne sont pas distingués les deux aspects qu’y reconnaitra la pensée védantique. Le brahman est « ce qui est », la Réalité non duelle, en même temps que la Matrice du monde.

OM ! Janaka, (roi) de Videha, accomplit un sacrifice où furent distribués des présents en grand nombre. Beaucoup de brahmanes y assistaient, venus du Kuru et du Pancala. Un désir s’éleva dans son esprit : « lequel parmi eux est-il le mieux au courant du Véda ? « .

Il rassembla un millier de vaches aux cornes desquelles furent attachées par dizaines des pièces d’or (3-1-1).

Le mot qui signifie « vache » en sanskrit signifie aussi « rayon ». Dans le Véda, les vaches représentent l’illumination. Le don des vaches est celui de richesse à la fois matérielle et spirituelle, assemblage particulier au Véda pour lequel toute vie doit s’accomplir dans la splendeur. Les brahmanes étaient venus pour recevoir les présents qui accompagnaient nécessairement un grand sacrifice védique.

Il leur dit : « Vénérables brahmanes, celui parmi vous qui connait le mieux le Brahman [1] peut emmener les vaches ». Mais personne parmi les brahmanes n’osa. Alors Yâjnavalkya dit à son disciple [2] : « O doux enfant, emmène-les », et le disciple les emmena. Les brahmanes en furent irrités : « Comment peut-il assurer qu’il connaisse mieux que nous le Brahman ? ». Ashwala, le prêtre [3] de Janaka, lui demanda : « O Yâjnavalkya, es-tu donc vraiment connaisseur du Brahman au-dessus de nous tous ? ». Il répliqua : « Je salue le plus grand connaisseur du Brahman : ce que je désire ce sont les vaches ». Là-dessus le prêtre Ashwala résolut de le questionner (3-1-2).

Ashwala lui demanda par quoi le sacrifiant » — l’organisateur laïc du sacrifice — est en mesure de transcender la mort. Yâjnavalkya réplique en termes d’un upâsana qui fait appel au symbolisme védique. Transcender la mort, c’est la libération promise à l’homme védique qui pratique ardemment le rite. Le Véda est bhakti (piété) en même temps que jnâna (haut savoir). L’équation bhakti = jnâna a été rappelée de nos temps par Ramana le Maharshi.

Le questionneur suivant est Arthabâga; leur entretien se déroule en secret. Ensuite vient Bhujyu : il avait questionné le quasi-dieu qui possédait la fille d’un ami sur ce que sont les limites des mondes (lokânâm antan), c’est-à-dire : « l’espace est-il limité ? « , en même temps qu’il s’enquérait sur la destinée posthume des « descendants de Parikshit » — lesquels avaient tous célébré le Sacrifice du Cheval. Cet acte pie leur avait-il ouvert les portes du Ciel ? Dans la pensée de Bhujyu la mentalité upanishadique d’investigation émerge des préoccupations védiques. Yâjnavalkya jauge son questionneur. Il le voit attaché à la vision védique du monde : le dieu Vâyu, assure-t-il, a porté les descendants de Parikshit au-delà des frontières des mondes; « Vâyu seul est le microcosme (vyashti, « l’agrégat individuel »), il est aussi le macrocosme (samashti, « l’agrégat de la totalité »). Ne pouvant enseigner à ce prêtre la non-dualité il se sert de la question posée comme d’un moyen pour le mettre en face de l’unicité. « Celui qui le sait écarte la mort » : s’il n’y a que l’Un, rien n’éprouve de mutation véritable; les fils de Parikshit n’ont pas éprouvé de crainte dans les bras puissants du dieu Vâyu. Ainsi le maître sait-il adapter sa réponse aux aptitudes de son questionneur.

Voici que s’avancent, l’un après l’autre, Ushasta puis Kahola. Leur question est profonde. Yâjnavalkya y répond en deux temps : tout d’abord sur le plan de la physiologie subtile, puis sur le plan métaphysique pur.

Alors Ushasta le questionna : « Yâjnavalkya », dit-il, « explique-moi ce qu’est le Brahman évident qui se connaît directement; ce qu’est le Soi intérieur de toutes choses.

—    « Ton propre Soi est le Soi de toutes choses. »

—    « Quel est celui qui est intérieur à toutes choses ? « 

—    « Celui qui monte par le Prâna est ton Soi, intérieur à toutes choses. Celui qui descend par l’Apâna est ton Soi, intérieur à toutes choses. Celui qui se diffuse par le Vyâna est ton Soi, intérieur à toutes choses. Celui qui émet par l’Udâna est ton Soi, intérieur à toutes choses. C’est Lui, ton Soi, intérieur à toutes choses » (3-4-1).

Selon les Upanishads, l’Energie vitale, le prâna, peut être envisagée sous un aspect cosmique et sous un aspect individuel. Sous son aspect cosmique, le prâna est la face dynamique, organisatrice et sustentatrice de la manifestation. Sous son aspect individuel, il se décompose en cinq fonctions (de même qu’un prisme révèle un spectre de couleurs dans la lumière blanche) dont les noms proviennent tous, comme prâna lui-même, de la racine an – respirer. Ils ne diffèrent pas du Soi, comme le prâna cosmique ne diffère pas du brahman.

Ushasta ne se contente pas de cette réponse qui sans doute lui était connue. La réticence de Yâjnavalkya l’irrite, et il réclame fort impoliment que le maître aille un peu plus au fond du problème. Nous avons ici un exemple de la modalité purement védantique d’interaction entre maître et disciple : ce dernier presse ardemment le maître pour lui arracher la connaissance et le maître cède pied à pied, afin que le disciple obtienne vraiment son ouverture par l’effort de son propre discernement.

Là-dessus, Ushasta dit : « On dit : « Voici une vache, voici un cheval » : c’est de cette façon-là qu’on vient d’expliquer. Expose-moi donc comme il faut [4] ce qu’est le Brahman évident, qui se connaît directement; ce qu’est le Soi intérieur de toutes choses.

—    « Ton propre Soi est le Soi de toutes choses. »

—    « Quel est celui qui est intérieur à toutes choses ? « 

—    « Tu ne peux voir celui qui voit la vue, tu ne peux entendre celui qui entend l’audition, tu ne peux penser celui qui pense la pensée, tu ne peux connaître celui qui sait le savoir. C’est lui, ton Soi qui est en toutes choses ! Hors de lui, il n’y a qu’affliction » (3-4-2).

« Le Brahman évident et qui se connaît directement » : brahman n’est pas une abstraction, c’est la Réalité qui nous baigne, nous ne voyons que le brahman. « Directement » = sans rites ni méthodes, par illumination.

Kahola vient poser à nouveau la même question; Yâjnavalkya répond par une variante, au centre de laquelle est située la phrase : « Le Soi… est ce qui réside au-delà de la faim, de la soif, de l’affliction, de l’illusion, de la vieillesse et de la mort ». Le Soi, ajoute-t-il, transcende les désirs. « Le brahmane… en maîtrise la force et la connaissance, et cherche à vivre de cette force… Il devient homme de silence [5] ; il maîtrise le silence et le non-silence… ». Silence et non-silence : dans la Réalité vue comme telle il n’y a plus de bruit ni de silence : elle est non-dualité.

Alors s’avance Gârgî qui le presse de questions sur ce qui imprègne toutes choses. Yâjnavalkya répond de façon détournée, en se couvrant pour ainsi dire d’une série d’upâsana(s). La questionneuse parvient ainsi à lui demander ce qui imprègne la sphère de la Potentialité divine (hiranya-garbha, « le germe d’or »). Yâjnavalkya fait mine de se fâcher et profère une imprécation védique :

« Ne questionne pas trop avant, O Gârgî, ou bien ta tête tombera. Tu questionnes au sujet d’une divinité qu’on ne peut connaître par le raisonnement. Ne questionne pas plus avant » (3-6-1).

Ainsi rabrouée, la hardie investigatrice se tait — mais ce ne sera pas pour longtemps.

Uddâlaka lui succède pendant qu’elle réfléchit avant de revenir à la charge.

« Connais-tu ce fil qui relie ce monde-ci, l’au-delà et tous les êtres ? … Connais-tu ce Régent Intérieur qui gouverne cette vie, la vie future de tous les êtres? … Si, Yâjnavalkya, tu emmènes les vaches promises à celui qui connaît le Brahman sans connaître ce fil et ce Régent Intérieur, ta tête tombera » (3-7-1).

Yâjnavalkya répond en 21 versets tous construits sur le même modèle :

« Lui qui vit dans la terre et que la terre ne connaît pas, dont la terre est le corps et qui régente la terre de l’intérieur, c’est lui ton Soi, le Régent Intérieur, le sans-mort » (3-7-33).

La terre est ensuite remplacée dans cette formule par l’eau, le feu, le ciel, l’air; le soleil, les directions spatiales, les astres, l’espace; l’obscurité, la lumière, tous-les-êtres; le nez, l’organe vocal, l’œil, l’oreille, le psychisme, la peau, l’intellect et le sperme : c’est-à-dire les éléments, la nature inanimée et la vie. Il conclut :

« Invisible, il voit; inaudible, il entend; non pensé, il pense; inconnu, il connaît. Il n’est aucun autre qui voie, qui entende, qui pense, qui connaisse; c’est lui ton Soi, le Régent Intérieur, le sans-mort. Hors de lui il n’y a qu’affliction » (3-7-23).

Sûre d’elle-même, Gârgî reprend la parole :

« Vénérables brahmanes, voici que je vais lui poser deux questions. S’il y répond, nul parmi vous ne pourra le vaincre dans l’exposé de ce qu’est le Brahman. »

— « Questionne, Gârgî «  (3-8-1).

Yâjnavalkya est très calme. Gârgî ajoute une phrase fort emphatique, puis revient à sa question première sous une forme un peu modifiée :

« Par quoi donc est pénétré ce qui, dit-on, est au-dessus du ciel, au-dessous de la terre, entre ciel et terre, qui était et qui est ? «  (3-8-3).

Yâjnavalkya répond : « l’espace », image la plus pure du brahman manifestant ou, pour mieux dire, de hiranya-garbha, « le germe d’or », la Potentialité grosse de toutes les formes.

Gârgî répète alors mot pour mot sa question : elle comprend bien que son interlocuteur n’a pas voulu trop lui en dire. Il lui fait la même réponse exactement et déclenche la question qu’il attendait sans doute — mais que les précédents interlocuteurs n’ont pas su amener :

« Par quoi donc l’Espace est-il pénétré ? » (3-8-7)

— O Gârgî ! Ceux qui connaissent le Brahman enseignent que c’est l’Impérissable. Il n’est ni matériel, ni ponctuel [6], ni court ni long; ni rougeur, ni viscosité; ni ombre, ni ténèbre; ni air, ni espace; il n’est pas gluant, il n’a pas de saveur ni d’odeur; il n’a pas d’yeux ni d’oreilles ni de voix ni d’esprit, il n’est pas lumineux, il n’a pas d’énergie ni de visage; il n’a pas de mesure, d’extérieur ni d’intérieur.

Il ne mange rien et personne ne le mange » (3-8-8).

C’est l’éloquente amplification du « Pas ceci, pas ceci ». La négation de tout l’éprouvé, de tout le pensable élimine toutes les déterminations auxquelles échappe l’Absolu, le Brahman suprême. Cette dialectique sera celle du maître Gaudapâda et de toute l’école Mâdhyamika du bouddhisme.

Le « brahman non suprême » par contre est justiciable des affirmations. Il n’est en rien distinct du « suprême brahman » :

« Régis par cet Impérissable, ô Gârgî, le soleil et la lune se maintiennent; le ciel et la terre se maintiennent; les instants, les heures [7], les jours et les nuits, les quinzaines et les mois, les saisons, les années se maintiennent; des blanches montagnes, certaines rivières coulent vers l’est et d’autres vers l’ouest, et d’autres encore en leurs particulières directions. Régis par cet Impérissable, les hommes estiment ceux qui sont généreux, les dieux sont rattachés au sacrifiant et les ancêtres ont droit à l’oblation [8]. (3-8-9).

Quiconque, ô Gârgî, accomplit le sacrifice, offre l’oblation et pratique l’ascèse en ce monde fût-ce pendant des millions d’années sans avoir connu cet Impérissable finit par découvrir que tout cela est limité. Quiconque, ô Gârgî, sort de ce monde sans avoir connu cet Impérissable est pitoyable » (3-8-10).

Il est un Brahmane [9] par contre, ô Gârgî, celui qui sort de ce monde en ayant connu cet Impérissable.

O Gârgî, Cela qui est l’Impérissable est invisible mais c’est le Spectateur, inaudible mais c’est l’Auditeur, non pensable mais c’est le Penseur, inconnaissable mais c’est le Connaisseur; il n’est pas d’autre Spectateur, pas d’autre Auditeur, pas d’autre Penseur, pas d’autre Connaisseur. En cet Impérissable, en vérité, Gârgî, se trouve diffusé, se trouve en son extension : l’Espace » (3.8.11).

L’éloquence et la profondeur de cette explication émerveillent Gârgî. Peut-être est-elle seule parmi les questionneurs à communier avec Yâjnavalkya dans le culte des valeurs transcendantes. Apercevant clairement la puissance du grand maître, elle s’écrie :

« Vénérables brahmanes; vous devriez attacher un grand prix à lui échapper au prix d’une salutation. Assurément nul parmi vous ne peut le surpasser en connaissance du Brahman » et là-dessus conserva le silence (3-8-11).

Le dernier questionneur, Vidagdha, n’a certes rien saisi du profond entretien entre Yâjnavalkya et Gârgî. Son esprit méthodique se plaît aux méandres de l’upâsana. « Combien de dieux y a-t-il, Yâjnavalkya ? « . Ce qui lui vaut la réponse : « 303 et 3003 ». Il répète sa question, et la répète encore; chaque fois, Yâjnavalkya diminue le chiffre; il parvient à 1 1 /2. Cette saillie d’humour métaphysique est complètement perdue pour le bon prêtre. Yâjnavalkya se plaît à l’entraîner dans les analogies classiques jusqu’à ce que la patience l’abandonne tout à coup :

« Ces Brahmanes se servent-ils de toi comme de tisonnier pour leur feu ?« 

Vidagdha reste sourd aux implications de cette phrase et reprend ses questions. Au passage étincelle une parole de Yâjnavalkya : « Dis la vérité : l’initiation repose sur la vérité ». Puis le maître décide de mettre fin à l’entretien, lequel se clôt sur une étrange catastrophe :

« Le Soi est NON CECI, NON CECI. Imperceptible, il n’est pas perçu; il ne peut être mis en pièces; sans relations, il ne peut s’attacher; sans liens, il ne vient pas à mal. … Je t’interroge sur cet Esprit qu’enseignent les Upanishads. Si tu ne m’en parles pas clairement, ta tête tombera. »

Vidagdha ne le connaissait pas, sa tête tomba; des voleurs emportèrent ses os, les prenant pour quelque autre chose. (3-9-26).

Alors le maître se dresse devant la foule frappée d’effroi et l’apostrophe en mots qui résonnent encore aujourd’hui : ironie, essor, vision, révélation fulgurante… cependant que s’enfuient les ravisseurs de l’énigmatique trésor :

« Vénérables brahmanes, celui qui le désire, qu’il me questionne; ou bien questionnez-moi tous; ou je puis questionner celui qui le désire; ou je puis vous questionner tous.  » Mais les brahmanes n’osèrent point (3-9-27).

Alors il les interrogea en shlokas [10] :

Tel est l’arbre, roi des forêts,

tel est un homme, en vérité :

Les poils de son corps sont des feuilles,

une écorce externe est sa peau.

 

De sa peau le sang s’écoule, de l’écorce [11] d’un

arbre aussi;

S’il est blessé jaillit son sang

comme d’un arbre blessé la sève.

 

Ses chairs sont l’aubier, ses muscles le dur

parenchyme;

Ses os le bois au-dedans, leur moelle est semblable

à la sienne.

 

L’arbre abattu repart, rénové,

des racines :

De quelle racine repart donc

le mortel abattu par la mort ?

 

Qu’on ne réponde pas « du sperme » :

Il n’est produit qu’en un vivant;

En vérité l’arbre naît d’une semence;

une fois mort il renaît aussitôt.

 

Pour un arbre déraciné, il n’y a plus de

renaissance;

De quelle racine repart donc

le mortel abattu par la mort ?

 

Il était né, il ne naît plus.

Qui le rappellerait à la vie ?

C’est le Brahman, qui est la Connaissance

Et la Félicité;

La richesse du généreux,

Demeure de qui le connaît et s’y est

établi » (3-9-28).

Dans l’original, cette péroraison magistralement rythmée produit un grand effet; le dernier vers de la dernière strophe allonge son rythme jusqu’à compter 24 syllabes avant le iti qui marque le point d’orgue final.

Les thèmes de la mort et de la vie éternelle surgissent à l’improviste de la contemplation d’un grand arbre abattu. Du brahman manifestant surgissent de même toutes les choses par l’inépuisable et gratuite prodigalité divine. La perspective où pénètre le regard de Yâjnavalkya comporte la vision d’une re-naissance des hommes au monde de la destinée, du « nouveau passage dans la matrice ». Elle englobe aussi celle du Non-Devenir, du Réel, du brahman.


[1] Ou : la parole sacrée, op. cit., p. 40.

[2] Litt. : à son brahmacarya, son disciple ayant fait vœu de chasteté pour étudier avec lui.

[3] Le hotri, spécialiste du Rig-Véda, op. cit., p. 33.

[4] Eva : « assurément »; ici, nuancé d’impatience.

[5] Mauna : le silence méditatif.

[6] An-au = « non-atomique ».

[7] Muhurta : 4/5 d’une heure actuelle (30 muhurta dans une journée védique).

[8] Darvî (homa) : l’oblation faite dans le feu avec la cuillère sacrificielle.

[9] Ou : un connaisseur du brahman; — celui qui est digne des responsabilités et du rôle de la caste des brahmanes est un brahmane. Cf. Bhagavad-Gîtâ, XVIII-42. Aux temps védiques, les castes n’étaient pas héréditaires : elles avaient des fonctions (prêtre, guerrier, marchand, travailleur manuel) socialement harmonisées selon le concept du rita.

[10] Distiques de 2 x 16 pieds, mètre le plus répandu en poésie sanskrite.

[11] Un même mot (tvac) signifie « peau » et « écorce ».