Yves Albert Dauge : Lumière de l’ésotérisme, pérennité et actualité


19 Nov 2012

(Revue 3e  Millénaire – ancienne série. No9. Juillet-Août 1983)

Quelquefois on reproche à cette revue d’être ésotérique. Je ne crois pas que nous ayons jamais abusé de cette science mais, à force d’en entendre parler à propos de tout et de rien, j’ai demandé à Yves Albert Dauge de mettre les choses au point. A quoi sert l’ésotérisme ? Est-il nécessaire à notre époque ? J’espère que son étude mettra fin aux ambiguïtés et qu’on pourra de temps en temps parler d’ésotérisme sans qu’il nous en soit tenu rigueur.

Étymologiquement, le terme ésotérisme correspond à l’intériorisation du regard, ou, plus précisément, à la démarche rigoureuse, profonde, totale, de celui qui veut pénétrer au cœur de lui-même, des êtres et des choses, des Énergies créatrices, du Divin. Par là même, l’ésotérisme exclut toute superficialité, toute partialité, toute fermeture, toute limitation ; il tend à la globalité, à l’unité de la vision, à une claire dialectique entre transcendance et immanence ; il n’est autre que la Connaissance vivante qui s’accroît sans fin d’elle-même ; et il exige de hautes qualités : pureté de l’intention, discernement, courage, persévérance. Ainsi compris, nous préférons ce terme à occultisme, qui traîne après lui des consonances troubles, comme un parfum d’irrationalité et de magie — les occultistes étant trop souvent des gens qui recherchent des secrets pour obtenir des pouvoirs —, ainsi qu’à hermétisme, trop lié au domaine spécifique de Thot-Hermès et à l’alchimie [1]. Naturellement, en tant que mouvement intériorisé, personnel, ascendant, polarisé par l’Absolu, l’ésotérisme dépasse de beaucoup le plan de la science, outil des sens et du mental dont la portée est nécessairement réduite, celui des religions, grevées de leur pesanteur institutionnelle, celui de la philosophie, altérée par l’esprit de système, par l’oscillation entre le spéculatif et le pragmatique, ou par l’engagement politique, et même celui de la Tradition, si elle se contente, comme c’est maintes fois le cas, de transmettre un héritage formalisé et figé. Louis Cattiaux, l’auteur du Message retrouvé (Bruxelles, 1978), déclare avec sa vigueur coutumière : « Il n’y a qu’une réponse aux tentations… et à l’absurde du monde présent. C’est la prière du saint, le repos du sage, ou bien le rire de l’absent ! » (XVIII, 13). Triple aspect de l’ésotérisme authentique : la communion de l’amour, la sérénité de la connaissance, la liberté du détachement ; le premier élément et le troisième (dévouement et distanciation) sont en relation dialectique grâce au second : parfaite cohérence et force infinie [2].

L’ésotérisme n’est donc ni construction artificielle, ni recettes de puissance, ni divagation dans l’imaginaire : il introduit à la plénitude de la Gnose, et il constitue pour chacun d’entre nous un appel pressant à devenir — réellement — ce qu’il est — virtuellement. Pour la commodité de l’exposé, nous le caractériserons comme un processus radical d’éveil, une éducation sans cesse approfondie du regard, ayant pour but la possession de la Connaissance essentielle, qui est également dynamique, libérée, totalisante, opérative, et pacifique.

Connaissance essentielle

École d’éveil et de profondeur

Né au siècle dernier, un grand conflit va s’amplifiant dans cette période de crise que nous traversons. Il ne concerne ni les races, ni les nations, ni les impérialismes, ni les aires culturelles : c’est un conflit de mentalités, opposant les « Plats » et les « Profonds ». Les premiers — ainsi désignés par D. Merejkovski, J.-G. Bardet — sont ceux qui réduisent le monde et l’humain à leur dimension matérielle, ceux qui connaissent toute verticalité, tout circuit énergétique entre un pôle supérieur (Dieu, le Soi) et un pôle inférieur. Un dramatique processus d’aplatissement de l’homme est en cours, et il n’a que trop bien réussi à imposer, sous des formes diverses, le « règne des Plats » (matérialisme historique, empire de la quantité, civilisation de musse). Les « Profonds », quant à eux, savent que le réel est multidimensionnel (cf. Ephès. 3,18) , que le plus ne peut sortir du moins, que toutes les données de l’expérience humaine doivent être prises en compte, évaluées, hiérarchisées, et que tout être est passage vers plus grand que lui. Opposition fondamentale : A. Khomiakov, suivi par H. Corbin, parle de principe « kouschite » et de principe « iranien » ; N. Berdiaeff, de gestion de la nécessité (esclavage) et de force créatrice (liberté) ; R. Guénon, d’esprit moderne et de Tradition ; Ch. Duits, de conscience ordinaire et de conscience « démonique », etc. Les « Profonds » ont pour outil l’ésotérisme, l’acuité du regard qui cherche à atteindre le cœur du réel, ou encore les racines de l’être, en passant au-delà du monde phénoménal, des catégories, des formes et des limites. Novalis écrivait : « Tout le visible tient à l’invisible, — à l’inaudible tient l’audible, — au non-sensible le sensible. Peut-être aussi tout le pensable tient-il à l’impensable… » Et le maître du Tch’an qui signe Wei Wu Wei déclare : « Nous ne choisissons pas de naître, de vieillir ou de mourir… Nous sommes libres de comprendre…, c’est là notre seule et unique liberté » (La Voie négative).

Il s’agit donc de devenir ce qu’on peut appeler un « Connaissant qualifié », un esprit irrésistiblement porté à « se chercher lui-même » dans une expérience toujours renouvelée de la structure de l’être, des mouvements évolutifs, des relativités et des corrélations, de l’unité du réel ; un esprit qui fait sienne cette réflexion de Rûmî : « L’homme est essentiellement œil : le reste n’est que chair (i.e. organisme psychosomatique) ; ce que son œil a contemplé, il est cette chose même. » On pense évidemment au célèbre précepte delphique : « Connais-toi toi-même », qu’il faut d’ailleurs compléter par cette inscription du grand temple de Harrân (Proche-Orient) : « Celui qui se connaît soi-même est déifié. » Clef de l’ésotérisme qui nous permet de voir en nous le microcosme (univers potentiel) et le microthéos (dieu virtuel) que nous sommes, de discerner en nous l’imbrication du mortel (à transmuer) et du divin (à actualiser), et de traduire ce savoir en une constante dialectique entre foi totale et lucidité totale. Mais ce commandement doit se réfléchir, comme en un miroir, dans l’injonction divine : « Dieu veut être connu » (hermétisme, soufisme), pour nous introduire au plus profond de la Gnose, qui est en somme un dialogue entre deux désirs de reconnaissance, de l’homme par Dieu, et de Dieu par l’homme. Au « Tu es », prononcé à Delphes par le gnostique à l’adresse de la Divinité, répond le « Tu es Cela », écho indien de la révélation du Maître invisible concernant l’être humain.

Ainsi peut-on comprendre que l’ésotérisme soit vraiment la découverte de l’intériorité, de l’essentiel ou du nouménal qui constitue, au-delà du flou des apparences, des voiles et des langages, la source de notre personne, son axe et sa fin. Novalis remarque : « C’est vers l’intérieur que va le chemin mystérieux. En nous, ou nulle part, est l’Éternité avec tous ses mondes », ou encore : « Tout me ramène en moi-même » ; Shabestarî enseigne : « Contemple le monde entièrement inclus en toi-même » les Dialogues avec l’Ange insistent : « Mais où est le Ciel ? Là-haut ? Ici-bas ? En vérité, il se trouve en vous-même… » Autant de reprises de la fameuse réponse du Christ à des hommes extravertis, prisonniers du temps et de l’espace (Luc 17,21) : « Sachez-le, le Royaume de Dieu (ou mieux : la puissance royale de Dieu) est en vous-mêmes. » Introrsum ascendere, dit la mystique chrétienne : se tourner vers l’intérieur pour s’élever ; reconnaître ce qui est dans le sirr (centre intime), dit le soufisme : percevoir la réalité secrète et vivante du principe divin en nous. C’est le moment de rappeler que le terme ésotérisme est formé sur esô, « au-dedans », el qu’il se réfère au don de savoir tout intérioriser. Voilà en quoi réside, par exemple, le véritable christianisme : « En lisant Matthieu, nous confie Vladimir Volkoff, je suis frappé par cet aspect de la pensée du Christ. A chaque instant, il demande que la purification soit de plus en plus intérieure, de plus en plus centrale. Ce n’est pas l’action qui est en cause dans la christianisme, c’est l’être » [3]. Et Angelus Silesius n’a-t-il pas condensé sa doctrine dans cette admirable sentence : « L’extérieur ne t’aide pas. La croix du Golgotha ne peut te délivrer du mal, si elle n’est pas dressée aussi en toi » (1,62) ? Il faut ajouter que, s’avançant sur cette voie, on constate bientôt que rien n’est vraiment caché : le champ de la connaissance a toujours été là, devant nous, manifeste, ouvert, à notre disposition le « voile » de l’ésotérisme n’est autre que la taie qui recouvre l’œil du profane, c’est-à-dire du négligeant ou du maladroit. Le tout est d’ouvrir les yeux du bon côté des choses, sur ce qui n’a cessé d’être à notre portée malgré notre ignorance. « La clef qui nous rendait maître de la nature intérieure est rouillée depuis le déluge. C’est : être éveillé. Être éveillé est tout » (G. Meyrink, Le Visage vert, p. 224).

Connaissance dynamique

Ecole de discernement d’évolution

Etant ouverture méthodique sur la totalité, l’ésotérisme se veut perception juste de la structure du réel et de ses mutations. On peut alors dire qu’il consiste en une incessante vérification de trois lois fondamentales : de relativité, d’interdépendance universelle, et d’ascension de l’être.

La loi de relativité énonce l’inégalité et la hiérarchie des plans, selon une immense échelle ontologique ; les valeurs sont comparées, mesurées et classées entre deux pôles, l’un « négatif » (le plus grand manque d’être), l’autre « positif » (la plénitude la plus haute). Ou bien l’on ordonne les plans les uns par rapport aux autres — c’est la relativité « fréquentielle » —, ou bien l’on considère tout ce qui existe par rapport à l’Absolu — c’est la relativité « essentielle ». Dans le premier cas, on discerne des degrés, des « fréquences vibratoires », on établit des intervalles, des distances : voir, par exemple, les différents « états » de conscience dans la doctrine soufie, ou la série des types humains suivant Gurdjieff, du n° 1 au n° 8. Dans le second cas, tout est mis à sa vraie place, dans la dépendance d’un Absolu omnitranscendant, mais qui soutient le monde : c’est l’Ain de la Cabbale, ou l’Essence Suprême du soufisme. L’ésotériste est ainsi celui qui est capable de reconnaître la valeur relative correcte de chaque élément de la Création, et de tout relativiser par rapport à une Réalité absolue ; et il sait qu’il n’y a pas de vérité sans une saisie totale des modes de l’être. Insistons sur une application capitale de cette loi, point de départ nécessaire de toute ascèse : la distinction entre le champ bio-énergétique des forces propres au corps (physique et subtil) et à la psyché, celui de la psychotronique, des phénomènes Psi, de la sophrologie, de la réincarnation, etc. , et le champ théo-énergétique des forces spirituelles, émanation polymorphe du Divin (cf. le « Royaume » néotestamentaire, les Sephiroth de la Cabbale, etc.), celui de la métaphysique, de la mystique, de la liberté [4]. Cependant, grâce à des puissances médiatrices, il n’y a pas de solution de continuité entre ces champs, dont l’activité relève d’une dynamique fort complexe. Discerner et relier : telle est la clef.

De la relativité, nous sommes progressivement passés à l’interdépendance universelle, seconde loi de cet ensemble. Étant donné l’unité de la texture de l’être (« Tout est vibration »), chaque partie du réel se trouve en corrélation avec les autres : interaction générale, jeu illimité des correspondances, circulation multiforme des énergies. Rien où ne pénètre une « conscience » quelconque ; rien qui n’ait une quelconque « matière » comme support. « L’interdépendance est universelle ou elle n’est pas », déclare Abellio, donnant ainsi sa version du fameux aphorisme : « Tout est dans tout », et fondant là-dessus sa conception d’une « intersubjectivité transcendentale » (La Structure absolue, pp. 11 sq.). La loi d’ascension de l’être —    trop oubliée ou méconnue — constitue en fait le couronnement de l’édifice : comme l’a excellemment expliqué, parmi d’autres, Amiel, tout niveau d’être, ayant sa source au niveau supérieur, tend normalement à s’y élever, et ceci tout au long de l’échelle ontologique jusqu’à « Dieu ». Ce dynamisme résulte de la complémentarité des mouvements d’involution et d’évolution (cf. les exposés de Platon, de Rûmî, d’Aurobindo), ou de descente et de remontée des Énergies créatrices (cf. la Cabbale) ; c’est le processus bien connu : émanation -> création -> formation -> incarnation -> rappel. L’ésotérisme islamique résume cette loi  dans le Commandement divin (al-Amr) : « Sois ! » (KN, équivalant à Esto), commenté par H. Corbin en tant que « métaphysique de l’être à l’impératif » ; Teilhard de Chardin a essayé de la transposer dans sa perspective de gnostique chrétien : la montée vers le « point de convergence Oméga » ; le véritable tantrisme et le « yoga intellectuel » d’Abellio visent à la mettre en œuvre par des moyens sensiblement apparentés, à base dialectique.

Tel se déroule le fil conducteur proposé par l’ésotérisme pour circuler efficacement parmi tous les plans du réel. Il ne faut d’ailleurs pas se laisser abuser par l’apparente simplicité de la méthode : elle requiert équilibre, intuition, ouverture, liberté. Pour être encore plus précis, nous devons la compléter par un principe qui est au cœur même de la connaissance dynamique « Seul le semblable est intelligible au semblable », ou : « Le connaissant doit devenir le connu. » Ciceron disait déjà : « C’est avec l’âme même qu’on voit l’âme » Novalis reprend : « L’intelligence et la raison ne voient que l’intelligence et la raison, l’âme les âmes, l’esprit les esprits, … les sens rien que des sens. — Dieu n’est connu que par un Dieu » ; et Râmakrishna le sait par expérience : « Seul le Moi supérieur (Atman) connaît le Moi supérieur. » Ainsi l’effort de connaître consiste-t-il en une adéquation de niveau, en une pénétration à l’intérieur de l’objet, et en un processus d’assimilation, bref, en un passage, éminemment difficile, d’un « Moi » à un « Autre Moi ». « Comment dessiner un arbre sans être soi-même arbre ? », se demande Nietzsche. Plotin avait enseigné : « Jamais un œil ne verrait le soleil sans être devenu semblable au soleil, ni une âme ne verrait le Beau sans être belle. » Mais quelle n’est pas la force du principe quand il s’agit de l’Essence suprême ! « Si donc tu ne te rends pas égal à Dieu, tu ne peux comprendre Dieu », affirme l’Esprit (Noûs) dans le Corpus hermétique ; et Angelus Silesius retrouve bien évidemment cette même vérité : « Ce qu’est Dieu, on ne le sait… Il est ce que moi, toi, et toute créature, nous n’apprenons jamais avant d’être devenus ce qu’Il est » (IV, 21). L’ésotérisme, par conséquent, apparaît comme l’art de « contempler » et de « devenir ce que l’on contemple », comme l’art de s’unir spirituellement — ou intimement — à tout pour accéder au Soi unique. Entreprise illimitée, qui se développe, s’accroît, et se renouvelle sans cesse pour chacun. Aucun savoir ne peut être clos, ni statique, ni définitif ; mais une constante relance du processus de connaissance — telle que l’a si bien définie Abellio — conduit le gnostique en un parcours vertigineux. L’essentiel est de ne jamais s’arrêter, sous peine d’être privé de la vertu transfigurante de cette démarche ésotérique « Quand même tu atteindrais de la main le Trône glorieux, conseille ‘Attâr, ne cesse pas un instant de prononcer ces mots du Qorân : « N’y a-t-il rien de plus ? » Plonge-toi dans l’océan de la Science… »

Connaissance libérée

Ecole de rigueur et de transparence

Encore un précepte fondamental qui manifeste clairement la nature personnelle de l’ésotérisme authentique : ne rien « croire » sur parole, mais tout expérimenter par soi-même. Formulation sans appel par le Bouddha : « Ne croyez rien sur la seule autorité de vos maîtres ou des prêtres. Cela que vous aurez vous-même éprouvé, expérimenté et reconnu pour vrai, qui sera conforme à votre bien et à celui des autres, cela, croyez-le et conformez-y votre conduite » (Anguttara Nikâya). Mais Rûmî va dans le même sens en déclarant : « Celui qui ne goûte point ne connaît point » ; et si saint Paul écrivait (I Thess. 5,21) : « Vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le », les Dialogues avec l’Ange ont un accent beaucoup plus radical : « La nouvelle Lumière balaie toute croyance. Celui qui croit en Dieu s’égare. Ne mettez plus votre foi en Lui, soyez un avec Lui » (p. 246). Or, pour expérimenter, pour goûter, pour « entrer dans le jardin », il faut évidemment utiliser des outils appropriés au but poursuivi, agir en fonction des niveaux ontologiques. La redoutable question de la connaissance de Dieu, précisément, ne peut se résoudre autrement. Un soufi a exprimé à ce propos cet avis magistral : « Quiconque cherche Dieu par les démonstrations (i.e. avec le mental) est pareil à quelqu’un qui chercherait le Soleil avec une lampe », ce qui rejoint la position de l’ésotérisme universel, qui sait que Dieu ne se prouve pas, mais s’éprouve. C’est dire qu’il est indispensable de procéder à une vaste ascèse intellectuelle et spirituelle de libération, de manière à éviter tous les obstacles psycho-matériels, les fausses limites, les faux problèmes, les incompatibilités, l’arbitraire pseudo-logique, les a priori. L’ésotérisme se montre ainsi comme un travail de purification destiné à nous mettre de plain-pied avec tous les aspects du réel, sans déformation du champ, sans trouble du regard. Se déplacer librement dans un air léger et transparent, que ne vient point obscurcir l’ombre du moi.

Pour réussir dans cette ascèse, il faut inverser le cours « naturel » des choses — qui va vers l’entropie —, afin d’en retrouver le mouvement « normal »    qui s’élève vers la Conscience et le Soi. Il faut obéir à cet appel divin sur lequel ont tant insisté le gnosticisme, la Cabbale, le soufisme : « Retourne ! Remonte ! » (c’est la conversion proprement dite). Nager à contre-courant, sortir par en haut du cycle involutif, se dégager des catégories spatio-temporelles, s’arracher à la gravitation matérielle, à la pesanteur des systèmes, aux moralismes vulgaires, aux textes pétrifiés, s’affranchir des flux passionnels, des idolâtries et des fanatismes : laisser passer en soi, par soi, le maximum de lumière, voyager « sans bagages », selon l’expression de Sénèque, parmi les sphères cosmiques et divines. Comme nous en revenons, de fait, à l’introrsum ascendere, nous citerons encore Angelus Silesius qui résume magnifiquement tout ce processus (II, 162) : « Ah ! que seulement mon âme retourne et inverse ses rayons ! Elle sera bientôt, avec l’Eclair (des Sephiroth), éclair et un seul être. »

Que deviennent alors les corps, les psychés, les familles, les sociétés, les nations, les cultures, les religions, les philosophies ? Ce sont des formes limitées qui doivent être relativisées, c’est-à-dire placées dans le juste contexte d’une globalité qui les intègre et les dépasse toutes. Pour les apprécier correctement, il faut en être sorti, les avoir transcendées, avoir découvert son point d’appui fondamental, son Je véritable, qui se situe par-delà ; il faut s’être reconnu dans le Buisson ardent, et, laissant là ses sandales (les formes), avoir bondi au milieu des flammes. D’ailleurs, chacun d’entre nous, en son essence, vient d’au-delà du monde phénoménal, tire son origine de l’abîme de la Déité ; et la pire des erreurs est de s’enfermer dans les régions inférieures, ce qui équivaut à une rupture du circuit énergétique divin. Certes, il ne s’agit pas de supprimer les formes, ni de les nier, mais, les ayant vues d’en haut, de les assumer, de les vivifier, de les rendre translucides, communicantes et efficaces. Ce à quoi ont abouti Ibn ‘Arabi, Rûmî, Kabîr, ou Râmakrishna. C’est ainsi que nous deviendrons capables de la Vérité, car libres pour la Vérité ; qu’ayant échappé aux pièges psychiques et formels, nous serons disponibles pour la Révélation intérieure [5] ; que nous serons en mesure de tout accueillir, l’Absolu comme les phénomènes, avec simplicité et perspicacité. Et n’oublions pas ce « paradoxe » d’Aurobindo : « Lorsque nous avons pénétré dans l’Inconnaissable, toute autre connaissance devient valable » ; remise à sa place du « mental diviseur » et portée infinie du regard libéré.

Connaissance totalisante

Ecole d’unité

La Gnose est une et indivisible ; toute fragmentation, toute exclusion, toute opposition dans notre savoir sont dues à notre insuffisance. Si nous ne pouvons pas reconnaître partout l’Unique, « toute notre science n’est qu’ignorance » (Kabîr), et même catastrophe. Jean Prieur donne une bonne définition de l’ésotérisme en disant : « Saisir simultanément. Ne plus diviser. Ne plus être divisé. Ne plus se laisser déchirer. L’élément que tu négliges se retourne contre toi et te détruit. La matière, le mal, l’esprit, la chair se vengent, chacun pour son compte, des systèmes et des hommes qui les excluent » [6]. Il faut dénoncer ici l’étonnant impérialisme de la science, qui, forte de réussites partielles, prétend régir la totalité de l’aventure humaine, à coups d’extrapolations, d’hypothèses changeantes et de réductions insoutenables. Or, relativement à l’aise sur le plan physique, elle l’est beaucoup moins dans le domaine psychique, et elle se montre quasi impuissante dès lors qu’il s’agit de l’Âme, des réalités spirituelles et du Divin, qui requièrent une métalogique et l’intervention de l’« Ange personnel de la Connaissance ». Aucune philosophie scientifique ne peut rendre compte de l’ensemble du réel sans être prise en charge et relativisée par une métaphysique. Les vrais amis de la Sagesse sont ceux qui ont essayé de présenter une gnose intégrant, outre les sciences, tous les autres aspects de l’énergétique humaine et divine, dans une perspective de transmutation universelle : citons Raymond Lulle, Leibniz, Novalis, Teilhard de Chardin, Stéphane Lupasco, Robert Linssen, Raymond Abellio, Jean E. Charon, Jean-G. Bardet, etc. [7]. La recherche gnostique — ou unitaire — utilise le mental, la raison, mais n’est pas réductible à ce plan elle fait preuve d’une rigueur « mathématique » (au sens novalisien du terme), mais ne se laisse pas emprisonner dans la relativité des sciences ; elle obéit à une transrationalité.

Ainsi, quelle que soit la voie de départ ou de soutien, l’ésotérisme doit-il être vision globale, intégrale, celle que l’on attribue à l’œil du Cœur. Il n’a rien de commun avec le confusionnisme qui règne sous son nom, mêlant et assimilant au mépris de tout discernement, ni avec le syncrétisme, qui est juxtaposition d’éléments hétérogènes sans véritable intégration, ni avec le parallélisme, qui se veut objectif mais ne franchit jamais le seuil de la synthèse, ni avec l’éclectisme, choix individuel de composants divers en rapport avec une mentalité donnée, et rejet de tout ce qui lui est étranger ; et ce ne peut être non plus une construction artificielle quelconque, que sa nature même vouerait à l’échec, telle la Tour foudroyée (16e  Arcane du Tarot). Comme il est déchiffrement de la Vie en soi, il procède par lancées multiples, par comparaisons unificatrices, par convergences et par irradiations, par une dialectique ascendante qui se corrige sans cesse elle-même : d’où une progression illimitée, en ampleur et en intensité, du Je qui est au cœur de ce travail. Son meilleur symbole : la structure à six pôles, telle que l’a réactivée Abellio, outil d’une ascèse indéfiniment renouvelée à la conquête du Tout. Le gnostique, alors, entre en possession des « deux Royaumes », celui de la Terre et celui du Ciel, celui du temps et celui de l’éternité. R.M. Rilke l’affirme dans ses Sonnets à Orphée « Est-il un être d’ici ? Non. Sa riche nature s’épanouit dans les deux Royaumes. » Il en est de même du héros, du Visage vert, dont Meyrink dit : « Il était un Vivant, ici-bas et dans l’au-delà », et, selon la spéculation islamique, des gens d’al-A’râf (la Montagne sainte), Veilleurs à la double citoyenneté.

Connaissance opérative

École de puissance

Le but « pratique » de l’ésotérisme est de transformer l’homme et de parachever la Création. Il s’agit d’une énergétique de la métamorphose universelle ayant autant de points de départ qu’il y a de personnes engagées dans ce processus — car il faut toujours partir de soi-même. Certitude absolue qu’en chacun existe le pouvoir d’évoluer « L’homme est l’œuvre de sa pensée » (Chandogya Upanishad) ; « Ce que les hommes pensent, ils le deviennent » (Bardo Thôdol). L’Adam de Pic de la Mirandole s’entend dire par Dieu : « Tu n’es limité par aucune barrière, c’est de ta propre volonté que tu détermineras ton état. (…) Nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, maître de toi-même et ayant pour ainsi dire l’honneur et la charge de façonner et de modeler ton être, tu te composes la destinée que tu auras préférée » (Oratio de hominis dignitate). La juste compréhension et l’utilisation correcte des Énergies créatrices — humaines, cosmiques et divines — permettent un développement intégral de toutes nos potentialités. L’intensification du « Feu sacré » dans le Cœur aboutit à la fois à vivifier et transmuter le champ de la psyché et du corps; et à nous relier aux courants déificateurs de l’Esprit. Comme le précise le Kybalion, « le véritable initié, connaissant la nature de l’Univers, se sert de la Loi contre les lois, du supérieur contre l’inférieur, et, par l’art de l’Alchimie, change les choses viles en des choses précieuses » ; et, comme le déclare nettement saint Paul, il devient le dieu qu’il est : « Celui qui s’achemine vers la vraie connaissance (eis epignôsin) se renouvelle à l’image de Celui qui l’a créé » (Col. 3,10) . En tant que voie « rapide » — ou « sèche » — de la transfiguration, l’ésotérisme tient en trois formules clefs, étroitement liées, quintessence de l’enseignement de tous les Maîtres de sagesse : 1) « Avant tout, aime Dieu de tout ton être » (cf. Mc. 12, 30), rattachement fondamental et définitif à l’Un-et-Seul, à l’Essence suprême ; 2) « Dieu veut des dieux », expression chère à Novalis — ou sous une autre forme : « Dieu ne s’unit qu’à des dieux » (saint Syméon) —, anthropologie de l’exigence maximale (cf. Mt. 5,48), émergence du Je divin hors des fluctuations du moi, des limites de l’ego ; et 3) « Après Dieu, considère tout homme comme Dieu », parole extra-canonique de Jésus qui fonde la communauté des Amis et de l’Aimé, la nouvelle Jérusalem.

Ce qui est particulièrement important, c’est le pouvoir d’éveil et de transmutation dont dispose le gnostique, pouvoir qui, en quelque sorte, irradie de sa personne pour toucher les êtres et les choses. Ainsi le Christ solaire de l’Évangile selon saint Jean, archétype du Parfait, annonce-t-il : « Et moi, élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (12, 32). Ainsi Râmakrishna confie-t-il à Keshab : « Le progrès véritable est suscité par celui qui bénit. Serez-vous capable de faire déferler sur nous la vague de bénédictions qui inondera et transfigurera tous les rivages de notre vie ? », et Keshab lui répond : « Seul le Dieu qui est en nous peut réveiller le Dieu qui est dans les autres » [8]. Voici donc que nous retrouvons le thème des deux Royaumes, mais sous un autre aspect : l’ésotérisme nous apprend que nous devons, à la fois, être au-dessus du monde et vivre au-dedans du monde, être ailleurs et ici, art dialectique essentiel permettant d’éviter et l’« angélisme » et la dégradation du spirituel, de briller comme « la lampe sur le lampadaire » dont parle Matthieu, d’être commensaux du Pôle tout en pérégrinant par les cases de l’échiquier cosmique. « Il faut vivre [nouménalement] parmi les phénomènes », écrit Wei Wu Wei, et Râmakrishna nous cite en exemple l’oiseau plongeur, toujours actif et toujours sec. Il faut avoir l’équilibre du bouddhiste accompli — ou du bodhisattva — pour qui nirvâna et samsâra s’interpénètrent complètement.

Corollaire capital : pour opérer la vraie révolution dont l’humanité a si grand besoin — révolution-transmutation qui ne peut être qu’intégrale, permanente et universelle —, nous devons commencer par sortir du monde, par nous affranchir de ses pièges, de ses illusions, de son chaos, ce qui revient à dire qu’il est indispensable de se réformer d’abord soi-même (c’est la sortie de la caverne, le séjour au désert). La seconde phase sera le retour dans le monde, avec la Lumière, la Conscience et l’Énergie acquises, pour le travail ardent et désintéressé, en observant toujours cette dialectique vitale entre présence et absence. « Réalisez Dieu : c’est alors seulement que l’inspiration et le pouvoir vous seront donnés, et que vous pourrez parler de faire du bien, pas avant », enseigne Râmakrishna. Si une révolution ne part pas d’un niveau ontologique supérieur aux plans à transformer, et si elle ne se nourrit pas d’une réelle tension dialectique, elle est inéluctablement vouée à l’échec : c’est ce que répète la Gnose, qu’elle soit hindouiste, taoïste, chrétienne ou soufie.

Connaissance pacifique

École de sérénité et d’unification

Dire que l’ésotérisme est pacifique, c’est comprendre qu’il a pour objet et pour résultat la paix, conçue non pas comme un état négatif (absence de conflit), mais comme plénitude et harmonie de l’être. Ce sont en effet les corps et les psychés, les individualités, qui sont cause de séparation et de discorde ; et c’est au-delà seulement, au niveau du Cœur, de l’Esprit, du Je, que l’unité est possible. Héraclite le savait : « Les hommes éveillés ont un monde unique et commun, mais chaque dormeur se détourne dans son monde particulier. » Quant au Ramon du Serpent à plumes (roman de D.-H. Lawrence), il oppose à l’incommunicabilité inhérente aux plans inférieurs la participation des esprits évolués à la même source de vie : « En tant que fleurs, nous partageons le même mystère avec les autres fleurs, un mystère au-delà du savoir des feuilles, des branches et des racines. » Transcendant les particularismes, les formes, les limites, l’ésotérisme se révèle le seul fondement de l’unité et de l’universalité : c’est lui qui correspond à la sphère des « fleurs ». Il représente le point de vue supérieur, celui qu’on peut avoir du haut de la Montagne sainte, depuis la cime de l’Intellect et de l’Amour, capable de traverser toutes les opacités, de reconnaître partout des reflets de la Lumière, des éclats du Miroir divin, ou des syllabes du Logos, sans aucune exclusive. Cette perception unificatrice est exactement définie par Râmakrishna, qui déclare : « J’accepte tout : l’état supraconscient, l’état de veille, le rêve, le sommeil profond, Brahman (l’Un), Jiva (la personne), la création ; j’accepte tout cela comme manifestations variées de l’Être. Sans quoi Sa valeur intégrale serait diminuée. Donc j’accepte à la fois l’Absolu et la manifestation » [9]. Le secret du « regard divin », c’est de voir Dieu (ou le Soi) en tout, et tout en Dieu (ou dans le Soi). « Chaque atome est un lieu pour la vision de Dieu », chante Rûmi, que devraient bien suivre les savants d’aujourd’hui.

Cette unité, intimement perçue et vécue, a pour effet la sérénité, « mot ultime de tout enseignement » (aphorisme Zen), qualité rare faite de compréhension, d’amour et de liberté souveraine ; et elle est évidemment la condition de la paix véritable. « La différence entre les créatures, dit encore Rûmî, résulte de leur forme extérieure ; lorsqu’on pénètre dans la signification intérieure, il y a paix. » Dans la signification intérieure : c’est proprement l’ésotérisme, qui retrouve l’unité mystérieuse sous-tendant la diversité des formes, et qui voit tout en complémentarité et en harmonie. Cette Paix, qui est celle de Virgile, de Jésus, d’Ibn ‘Arabi, de la gnose égyptienne, de la tradition celtique, de la Cabbale, du taoïsme, des Rose-Croix (Pax profunda), etc., est en fait le libre passage des Energies créatrices à travers tous les plans du réel grâce à ces excellents « conducteurs » de vie et de lumière que sont les gnostiques, les « cœurs purs », que Matthieu nomme précisément les « artisans de paix » (5, 8-9) . Lao-tseu avait déjà écrit : « Attachez-vous à la Grande Idée (au Tao), et le monde avancera. Il avancera sans peine, dans la paix, la sérénité, l’abondance » (Tao tö king, 35). C’est ce même thème qu’a développé l’ismaélisme en annonçant la « Résurrection des Résurrections », ou qu’ont incessamment repris les Pères grecs et les mystiques de l’Église d’Orient en parlant de « réintégration universelle », selon le processus intériorisation -> unification -> renouvellement dans la paix.

Ainsi, comme nous espérons l’avoir montré par ce bref aperçu, l’ésotérisme est-il vision intérieure, libérée, globale et créatrice. Il s’agit d’une connaissance non quantitative, mais qualitative ; non extérieure, mais profonde ; non statique, mais évolutive. C’est un appel urgent, sans concession, à la responsabilité personnelle de chacun d’entre nous. Il ne s’adresse pas au personnage social, à « l’homme dans son milieu », ni à l’individu en tant qu’organisme psychosomatique, mais à l’être essentiel, à la Personne, au Je éternel. Tant qu’on ne peut se placer à ce niveau, il ne saurait y avoir d’ésotérisme authentique. C’est à la fois la prise de conscience de notre nature, de notre vocation et de notre pouvoir, et la « voie directe » pour devenir ce que nous sommes. Or, étincelles émanées du Feu divin, Fils de Dieu, partenaires du « Je Suis », nous nous savons tous conviés au retour vers le Royaume. Chacun doit donc devenir son propre maître (Rûmî), son propre initiateur (Nietzsche), son propre sauveur (le Bouddha), son propre roi et son propre pape (Dante). Et de la transmutation totale de chacun dépend la réussite de la transfiguration universelle — l’apparition « d’un ciel nouveau, d’une terre nouvelle » (Apoc. 21, 1).


[1] Sur ces problèmes de dénomination, voir d’une part : R. Amadou, L’Occultisme. Esquisse d’un monde vivant (Paris, Julliard, 1950) ; R. Amadou et R. Kanters, Anthologie littéraire de l’occultisme (ibid., 1950), pp. 7 sqq. ; Papus, Traité élémentaire de Science occulte (Dangles, 7e éd., s.d.), pp. 4 sqq. et 25 : J. Tondriau, L’Occultisme (Marabout Université 38, 1964) ; J.-Cl. Frère, L’Occultisme (C.A.L./Grasset, 1974), pp. 13-15 ; Colin Wilson, L’Occulte (tr. fr. , Albin Michel, 1973) ; et d’autre part : J. Evola, La Tradition hermétique (tr. fr., Edit. Traditionnelles, 1968) ; Le Kybalion, Etude sur la philosophie hermétique par Trois Initiés (tr. fr. , Edit. Perthuis, 1973) ; G. Durand, Science de l’homme et Tradition (Edit. Tête de Feuilles et du Sirac, 1975), pp. 162 sqq.

[2] On pourra consulter L. Benoist, L’Ésotérisme (« Que sais-je ? », Paris, P.U.F., 3e  éd., 1970) ; P. Sérant, Au seuil de l’ésotérisme, précédé de « L’Esprit moderne et la Tradition » par R. Abellio (Grasset, 1955) ; H. Masson, Dictionnaire initiatique (Belfond, 1970) ; R. Abellio, La fin de l’ésotérisme (Flammarion, 1973) ; Aldous Huxley, La Philosophie éternelle (tr. fr., Plon, 1960) ; P.J. Saher, Eastern Wisdom & Western Thought (George Allen et Unwin, 1969) .

[3] Interview dans le Figaro-Magazine du 20 mars 1982, p. 77.

[4] Sur le champ bio-énergétique, consulter Sheila Ostrander & Lynn Schroeder, Fantastiques recherches parapsychiques en URSS (Robert Laffont, 1973), et Nouvelles recherches sur les phénomènes Psi (ibid., 1977) ; R. Réant et A. Sotto, Pouvoirs étranges d’un clairvoyant (Tchou, 1977) ; Timothy Leary, La Révolution cosmique (tr. fr., Presses de la Renaissance, 1979) ; R. Linssen, Réincarnation. Traditions antiques, Electronique psychique, Physique moderne (Le Courrier du Livre, 3e éd., 1979). Sur le champ théo-énergétique, voir H. Babel, Théologie de l’énergie (Neuchâtel, Edit. de la Baconnière, 1967) ; J.-G. Bardet, Mystique et Magies (La Pensée Universelle, 1974) ; Dialogues avec l’Ange (Aubier-Montaigne, 1976). Articulation des deux champs : Carlo Suarès, Mémoire sur le retour du Rabbi qu’on appelle Jésus (Robert Laffont, 1975) ; Dr Thérèse Brosse, La « Conscience-Energie » (Edit. Présence, 1978).

[5] Cf. la formule de Guillaume de Saint-Thierry : « Vacare Deo, frui Deo » ; être libre pour Dieu, et participer à Ses Energies c’est la déification.

[6] Les Témoins de l’invisible (Fayard, 1972 ; « Le Livre de poche », 1978, p. 133).

[7] Voir R. Alleau, La Science des symboles (Payot, 1977) ; R. Abellio, La Structure absolue (Gallimard, 1965), et La Fin de l’ésotérisme (supra, n. 2) ; Jean E. Charon, L’Esprit, cet inconnu (Albin Michel, 1977) ; J.-G. Bardet, Les Clefs de la recherche fondamentale (Maloine, 1978) ; Fritjof Capra, Le Tao de la physique (tr. fr., Tchou, 1979)  ; etc.

[8] Dhan-Gopal Mukerji, Le Visage du Silence (Paris-Neuchâtel, Edit. Victor Attinger, 1932 ; tr. fr.), pp. 100-101.

[9] L’Enseignement de Râmakrishna, éd. par Jean Herbert (Albin Michel, 1972), n° 1289.