Wei Wu Wei : Lumières sur les deux écoles du Ch'an (Origines du bouddhisme Zen)


02 Feb 2009

(Revue Être Libre, Numéro 236, 1968)

La plupart des renseignements fournis par les auteurs occidentaux sur les origines du Ch’an et du Zen sont inexacts et incomplets. Contrairement à ce qui a été souvent écrit, Bodhidharma n’est pas le fondateur du Zen. Nous donnons ci-après des détails importants sur les origines du Ch’an.

*

Hung Jen, sachant que Hui Neng comprenait déjà la vérité, l’instruisait la nuit (non pas « une fois » comme dans la tradition). Il lui donna la « Robe », pleinement éveillé. Donner la « Robe » à quelqu’un qui ne comprenait pas la vérité aurait été spirituellement impensable.

Hung Jen se rendait compte que les moines de sa secte n’accepteraient jamais une autre tradition que la leur. Il pria Hui Neng de partir secrètement, en lui conseillant d’attendre dans le Sud du pays un moment propice pour se déclarer et continuer la propagation de la pure doctrine. Ce fut fait.

Mais beaucoup plus tard. Il fallait attendre le grand Shen Hui (668-760) — (le seul qui avait compris parmi ceux qui furent avec Hui Neng au moment de sa mort) — pour que la doctrine appelée « Ch’an » soit organisée et portée à son apogée.

Entretemps, le Doyen de la secte du Lanka, Shen Hsiu, sans la transmission (la « Robe »), fut reconnu à la Cour comme Sixième Doyen (Patriarche) par ses adhérents, et ce n’était qu’en 734, après la conférence célèbre de Hua T’ai, que Shen Hui a pu établir la succession dans la lignée de Hui Neng, comme Sixième Doyen (Patriarche). Shen Hui a été nommé Septième Patriarche 36 ans après sa mort.

C’est de cette façon que la doctrine appelée « Prajnâparamitâ » s’est transmise à travers la secte Lanka. Elle a absorbé les deux derniers « Patriarches » de cette dernière avec l’héritage de sa tradition patriarcale dont l’origine remontait à Bodhidharma.

A ceux qui se posent la question de savoir ce qu’il est advenu de la tradition « Prajnâparamitâ » depuis la période de Kumarajiva (384-413), une seule réponse peut être donnée.

En l’absence d’organisation, ceux qui ont pratiqué les « Prajnâparamitâ » ont vécu un peu partout. Ils ont laissé des œuvres très connues par les Chinois. Elles n’ont jamais été traduites. Celles qui sont parfois citées sont remarquables.