François-Xavier Chaboche : La magie


17 Sep 2017

Ce long texte, publié en 1976, que nous avons hésité à republier ici, contient d’intéressants éléments sur les relations subtiles de l’être humain avec la nature dans ses multiples dimensions, mais contient aussi plusieurs affirmations à corriger et à actualiser après les nombreuses années qui ont suivi sa rédaction… En matière de spiritualité, le travail consiste à s’observer, dans nos activités, relations, réactions etc. de la façon la plus objective possible. Les autres dimensions se manifestent d’elle-mêmes, d’une façon naturelle, lorsque l’esprit est en paix…

(Extrait de L’Univers de la Parapsychologie et de l’Ésotérisme, Tome 3, éditions Martinsart, 1976)

« L’étonnement est le commencement de la philosophie »

Socrate

Si le lecteur se pose davantage de questions — après avoir parcouru les pages qui suivent — qu’auparavant, notre premier but sera atteint. Si, de plus, il éprouve la curiosité, ou le besoin d’approfondir certaines questions, nous serons pleinement satisfait.

On sera peut-être surpris de la façon dont ce texte consacré à la magie a été rédigé. Car il ne s’agit ni d’un traité de magie pratique, ni d’un document ethnologique ou anthropologique, ni d’une étude scientifique ou historique relative aux faits magiques, ni d’une évocation poétique — mais un peu tout cela à la fois. Le développement du sujet n’est pas didactique; il serait plutôt cyclique, avec des retours en arrière, des notions abordées puis apparemment abandonnées, ceci donnant peut-être l’impression d’une incohérence de construction.

En réalité, ce texte a été conçu non seulement pour donner des informations qui puissent satisfaire la légitime curiosité du lecteur, mais plus encore pour lui faire sentir et participer à des réalités qui, pour être quotidiennes, n’en sont pas moins déroutantes. On s’étonnera aussi peut-être d’un certain parti pris dans le choix des thèmes et dans les appréciations, parfois un peu péremptoires. L’auteur de ces lignes avoue que ce parti pris est non seulement conscient, mais volontaire. Il espère simplement que le lecteur n’en prendra pas trop ombrage…

Après tout, il ne s’agit que d’un jeu… Mais, selon le mot de Novalis, il s’agit quand même d’un «jeu sérieux», auquel chaque être se trouve, un jour ou l’autre, convié.

***

Pour Irène,

princesse d’un Ciel à venir

Sources et principes

Le mage est un habitant du cosmos. L’univers est sa demeure.

Le moindre être vivant, l’être humain le plus humble, sont aussi

habitants du cosmos : ils sont parties du tout.

De ce tout, nous ne connaissons que ce que nos sens nous laissent

percevoir, ce que notre âme nous laisse aimer, et ce que notre esprit

nous laisse comprendre.

Comprendre : prendre avec, accompagner, intégrer.

Connaître : naître avec : donner l’existence aux choses et aux êtres,

par le seul acte d’exister soi-même.

Communier : vivre avec et par l’univers.

Créer : par la perception, l’amour et la pensée, insuffler, modeler, organiser la matière inerte du chaos primordial, pour en faire un monde à l’image du dieu qui s’éveille en nous…

Le mage et son reflet : l’image.

Le maître (magister) de céans connaît et gouverne sa maison.

On ne gouverne bien que ce que l’on connaît bien.

Connaissance de la maison : c’est la traduction du mot grec : écologie.

Gouvernement de la maison : c’est la traduction du mot : économie.

La science, l’art et la vie même du mage, peut se résumer dans ces deux

mots : écologie et économie dans l’ordre : c’est une définition possible

de la magie…

Dans l’ordre inverse, l’écologie est l’art de réparer les désastres d’une

économie mal conduite, mais ceci est une autre histoire…

Mais à quoi ressemble donc cette demeure dont le mage prend si

grand soin?

Mondes visibles et mondes invisibles

A l’extrême périphérie des univers, dans les faubourgs cosmiques, existe une petite planète — la Terre — qui tourne autour d’une petite étoile — le Soleil : c’est notre planète, notre soleil… Et sur cette minuscule bille perdue dans l’immensité de l’océan stellaire, que voyons-nous? que pouvons-nous voir et savoir?

Dans ce microcosme (petit cosmos) que pouvons-nous percevoir du macrocosme (grand cosmos) ?

Dans ce monde limité, que pouvons-nous percevoir de l’infini? « Il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père », disais Jésus le Christ. Quelle est cette maison? — L’univers, visible et invisible. Quelles sont ces demeures? — Les différents aspects de l’univers, c’est-à-dire les différents plans d’existence.

La physique fondamentale est arrivée à une conclusion : tout est onde, vibration, énergie. Mais ces vibrations sont de différentes qualités, il existe différentes longueurs d’onde…

L’être humain perçoit le monde à travers le prisme de ses sens. Les sens du toucher, du goût, de l’odorat perçoivent directement les substances. Le sens de l’ouïe perçoit des ondes matérielles entre 8000 et 30000 fréquences-seconde (frontières des infra-sons et des ultrasons). Le sens de la vue perçoit des ondes électromagnétiques comprises entre 8000 et 4000 angströms (frontières de l’infrarouge et de l’ultra-violet).

Lorsque l’on considère, avec les physiciens, toute l’échelle des vibrations (plus ou moins subtiles) qui constituent l’ensemble de l’univers (image moderne de l’Échelle de Jacob) — de l’infiniment grand à l’infiniment petit, de l’infiniment rapide à l’infiniment lent… — on se rend compte à quel point les moyens humains de perception consciente de la matière sont spécialisés et limités, conditionnés par les exigences de vie propre à la terre, et encore… (les animaux sont mieux pourvus que les humains, dans le domaine de la perception).

La physique moderne nous permet donc de donner une définition scientifique de ce que les Anciens appelaient simplement le monde invisible, qui n’est autre que l’ensemble de toutes les réalités de l’univers non perceptibles par l’homme : tout ce qui existe dans l’univers et échappe à l’appréhension des sens physiques, appartient à ce monde invisible, qui possède néanmoins une réalité physique.

Mais nous parlons ici encore d’un monde créé, d’un monde matériel issu des différentes manifestations de la lumière originelle. La lumière est à la fois la source et la limite de l’univers physique. Tout provient d’elle, puisqu’elle est l’état ultime et fondamental de la matière. Mais aucun objet, aucun être matériel ne peut dépasser sa vitesse. Au-delà de la vitesse de la lumière, au-delà des mondes visibles et invisibles, c’est ce que nous nous autorisons à appeler : le règne de l’esprit. (Ce qui n’empêche pas la science d’en parler, avec des formules mathématiques adéquates…).

Ces infinis, mondes invisibles et mondes spirituels, sont-ils totalement inaccessibles à l’être humain?

Outre ses cinq sens — branchés sur un système nerveux complexe — l’être humain possède la faculté de penser — liée au cerveau. Lorsqu’on parle du cerveau, on pense naturellement au cerveau physique, véritable poste récepteur et émetteur d’ondes électromagnétiques subtiles que les physiciens — faute de pouvoir mieux les définir — se contentent d’appeler : particules psi… Même si l’on voulait, avec les physiologistes, réduire le phénomène de la pensée à une série de réactions chimiques au niveau des cellules cérébrales, il faudrait admettre que — comme n’importe quel phénomène physico-chimique — la pensée s’accompagne d’émissions d’ondes électromagnétiques… Ce qui semblerait justifier la vieille boutade scientifique : « le cerveau produit la pensée, comme le foie produit la bile. » Cette formule, pas tout à fait inexacte, est néanmoins très incomplète. Quoi qu’il en soit, la pensée appartient bien à ce que nous avons défini comme étant le monde invisible…

C’est un lieu commun d’affirmer que ce qui définit l’être humain (par rapport à d’autres règnes de la nature vivante) est sa conscience, et que cette conscience lui permet d’agir sur les éléments qui constituent l’univers — et non pas seulement de les subir.

En fait, le cerveau n’est pas le seul centre de conscience en l’homme. La physiologie occulte attribue à l’être humain au moins sept centres de conscience, à la fois interdépendants et autonomes — que les Hindous appellent chakras — pouvant percevoir toutes vibrations, les transformer (ou les qualifier) et les restituer à l’univers environnant, modifiant celui-ci par cet apport d’énergies transmuées.

La conscience éveillée a donc deux pôles : la réceptivité, de tendance passive, et l’émissivité, de tendance active. Un lien mystérieux unit la conscience au monde spirituel d’au-delà la lumière, lui permettant de n’être pas soumise aux aléas, modifications, mouvements constants du monde des phénomènes, en-deçà de la lumière. La conscience peut donc percevoir les phénomènes (ce qui suppose un certain recul) et agir sur les phénomènes, c’est-à-dire en être maître.

C’est en partant du monde intérieur de la pensée que la magie peut agir sur le monde extérieur. Autrement dit, la magie est la connaissance des moyens par lesquels l’esprit peut agir sur la matière, et ces moyens passent nécessairement par la lumière et par la conscience.

Une nouvelle définition de la transcendance

« Transcendance : qualité de ce qui est supérieur, du point de vue métaphysique ». C’est une définition de dictionnaire. Elle est exacte, mais dans notre société contemporaine, elle est devenue complètement incompréhensible. Aussi, prenons un exemple imagé : vous avez raté un train, mais vous avez d’impérieuses raisons de le rattraper (à une prochaine station). Vous devez donc emprunter un véhicule plus rapide que ce train.

Le véhicule est un support d’énergie. La magie ancienne et la nouvelle physique se comprendront. Le corps humain, par exemple, est le véhicule de la vie. La vie est le véhicule de la conscience… On dira que la conscience transcende la vie, et que la vie transcende la matière. En effet, les phénomènes de la conscience sont plus rapides — du point de vue vibratoire — que ceux de la vie : donc ils peuvent les contrôler. De même les vibrations de la vie sont plus rapides que celles d’une matière relativement inerte (l’inertie absolue n’existe pas). C’est pourquoi la vie peut animer un corps : si la vie se retire, le corps reste sans ressort…

Une chose est donc transcendante par rapport à une autre, simplement parce que son taux vibratoire est plus rapide. La physique nomme les plus grandes vitesses : vélocité. La haute vélocité est sans doute une des clés de tous les phénomènes apparemment miraculeux auxquels parvient parfois la magie. On peut comprendre pourquoi l’esprit (que nous avons défini comme le monde des vitesses plus grandes que celle de la lumière) est transcendant par rapport à la matière (vitesse égale ou inférieure à celle de la lumière). Mais cela ne signifie pas qu’il y ait coupure ou opposition entre esprit et matière. Cette division artificielle est probablement la plus grande imposture intellectuelle de tous les temps. Il n’y a donc pas séparation, mais il y a une hiérarchie uniquement déterminée par la faculté, plus ou moins rapide, de se mouvoir dans les univers.

On comprend donc pourquoi l’esprit peut agir sur la matière — un plan vibratoire supérieur sur un plan vibratoire inférieur — et non pas l’inverse. Les plans inférieurs peuvent entraver l’action des plans supérieurs, mais ne peuvent, en aucun cas, les supplanter : c’est une simple impossibilité physique.

La lumière est-elle un mur? ou une porte?

« C’est devenu un cliché de dire que le monde actuel ne parvient plus à trouver cette sacralisation dont il a un besoin vital. Comme tout être l’homme moderne tend vers quelque chose qui le dépasse : mais il cherche à l’extérieur ce qui, en réalité, se trouve en lui. »

Pierre Daco

Einstein nous a donné, avec sa théorie de la relativité, un commencement de vision cohérente de l’univers physique. Dans le monde des phénomènes, tout est relatif: c’est une évidence de bon sens, mais encore fallait-il le génie d’Einstein pour mettre cette évidence en équation… Et selon sa théorie, la vitesse de la lumière est la plus élevée qui puisse exister dans l’univers, c’est une vitesse-limite. On a pu calculer qu’elle est égale à 299 820 kilomètres/seconde. La référence kilométrique est une convention sans grande signification sur le plan cosmique. Quand on sait que le mètre est « la longueur égale à 1650 763,73 longueurs d’onde, dans le vide, de la variation correspondant à la transition entre les niveaux 2 p10 et 5 d5 de l’atome de krypton 86 », on n’est pas tellement plus avancé…

Une remarque s’impose : si tout, dans l’univers, est constitué d’ondes électromagnétiques, celles-ci se déplaçant à la vitesse de la lumière, tout se déplace à la vitesse de la lumière.

Si vous êtes assis, immobile sur une chaise, vous n’êtes immobile que par rapport à la chaise : sans même parler du mouvement de la terre, qui entraîne nécessairement tous ses habitants, chacune des particules de matière de votre corps se déplace — ou peut se déplacer — à la vitesse de la lumière…

La plupart des êtres humains ne savent faire valoir cette possibilité qu’ils ont, en eux-mêmes, de vivre au rythme de la lumière… Et, par la même occasion, s’intéresser à ce qu’il pourrait bien y avoir au-delà du mur de la lumière…

En 1968, le professeur Gerald Feinberg, de l’université de Columbia (U.S.A.), avançait l’hypothèse révolutionnaire que la vitesse de la lumière puisse être une limite à deux côtés : autrement dit, qu’il puisse exister certaines particules (qu’il nomme tachyons, du grec : rapide) dont la vitesse pourrait être supérieure à celle de la lumière, et ne pourrait pas descendre en-deçà. On voit quelles perspectives cette hypothèse ouvrait pour la science, notamment pour expliquer un certain nombre de faits paranormaux, et donner une assise rationnelle aux sources de la magie…

Ces particules ont, en tout cas, une existence mathématique, mais paradoxale : en effet, l’unité de mesure permettant de les définir est la racine carrée de moins un: -1, c’est-à-dire un nombre imaginaire… qui a cette particularité, rationnellement inconcevable, de n’être ni positif, ni négatif, tout en étant nécessairement les deux à la fois…

Les notions de positif et de négatif appartiennent, en effet, au monde relatif des phénomènes : les choses sont positives ou négatives les unes par rapport aux autres et c’est leur interaction, leur relation, qui crée tout phénomène… Au-delà du phénomène, il n’y a donc plus ni de plus ni de moins, et pourtant il doit bien y avoir quelque chose! N’est-ce pas significatif que l’on ait toujours considéré, dans les traditions, que les entités spirituelles étaient des êtres asexués — (sans l’être tout à fait) : des entités androgynes?

Les faits magiques

La science fait reculer les limites du mystère, du paranormal, de l’irrationnel. Elle tend à les supprimer, mais à ce jour, elle n’y est pas parvenue. Peut-être même n’y parviendra-t-elle jamais tout à fait, car si la science est une explication des choses, la vie et la conscience ne se laissent pas expliquer : elles se vivent. Un écrivain qui se croit bien informé notait naguère : « Les manifestations paranormales sont autant d’alibis pour l’angoisse de l’homme »… Par cette petite phrase, il croyait avoir réglé son compte à la superstition. Pourtant, il serait aussi saugrenu de dire que l’usage de l’électricité est un alibi pour la peur du noir.

Le miracle est notre nourriture quotidienne, mais nous ne nous en apercevons pas toujours : le miracle ordinaire, chaque instant de notre existence en témoigne, car l’existence elle-même n’est-elle pas un miracle?

On parle de miracle extraordinaire, lorsque les lois de notre monde physique ne sont apparemment plus respectées par les faits… Ainsi tout ce qui sort de l’ordinaire relèverait de la magie : et on oublie que celle-ci se présente au cœur même de notre vie ordinaire.

La magie ordinaire n’est autre que le résultat d’une bonne hygiène de vie : réaliser au jour le jour, l’harmonie spontanée et naturelle de la vie…

La magie extraordinaire est parfois permise par le ciel pour réveiller les consciences assoupies par la routine quotidienne, et qui ne voient plus ni l’ampleur de leur destin, ni la vie de leur âme.

La mentalité magique — à toutes époques — consiste simplement à admettre avec Shakespeare « qu’il y a plus de choses au Ciel et sur cette Terre » que nous ne pouvons le concevoir dans notre philosophie ou notre science… Le monde occidental, étouffé par sa mentalité trop orientée vers le matériel, ne perçoit plus rien : ni le miracle ordinaire, ni le miracle extraordinaire — même lorsqu’ils sont présents avec évidence… C’est pourquoi beaucoup de chercheurs se sont tournés vers l’Orient, pour y découvrir cet oxygène si précieux pour la vie spirituelle : le merveilleux et le mystère.

Paul Brunton, dans son livre L’Inde secrète, raconte comment, avant de découvrir son véritable maître spirituel, il a rencontré un certain nombre de magiciens dont les manifestations sont pour le moins étonnantes. En voici quelques exemples : A Bombay, Paul Brunton fait connaissance d’un magicien venu d’Égypte : Mahmoud Bey. En guise de démonstration, celui-ci lui fait écrire une question sur une feuille de papier, puis lui fait plier ce papier. Le magicien devine d’abord la question (simple phénomène de télépathie). Puis il fait déplier le papier : la réponse se trouve écrite à côté de la question ! L’explication que Mahmoud Bey donne de ce phénomène est pour le moins étonnante : la réponse a été écrite par un de ses auxiliaires invisibles, un djinn : « chaque esprit a sa fonction », précise-t-il.

A Berhampur, un fakir sort un scorpion vivant d’un panier : « La bête venimeuse se tord pour s’échapper, mais lui, trace vivement dans la poussière un cercle avec l’index. Mis en liberté le scorpion tourne en rond et, chaque fois qu’il se heurte à la circonférence, hésite comme devant une barrière infranchissable, recule et se jette dans une autre direction.»

Dans le golfe du Bengale, un magicien musulman fait danser les poupées (phénomène de télékinésie). A ce propos Paul Brunton s’interroge : « Comment imaginer… que des objets inanimés puissent être déplacés sans contact? Qu’un homme puisse, comme en se jouant, renverser les lois de la nature? Ou bien est-ce qu’il y a beaucoup plus de choses dans la nature que ce que nous en savons? »

A Bénarès, le maître Vishudhananda concentre des parfums, à partir de la lumière solaire, à l’aide d’une loupe. Avec la même loupe il redonne la vie à un oiseau mort. Le maître parle simplement de science solaire qui permet ces phénomènes… Nous avons là, dans ce récit de voyage, un échantillonnage de diverses pratiques que permet la magie. Nous reviendrons plus loin sur les esprits, sur le symbole du cercle et sur le soleil. A propos de la télékinésie (déplacement d’objets à distance, sans contact physique), disons que ce phénomène est analogue au téléguidage de machines ou de véhicules par ondes radio. Pourquoi les ondes de la pensée ne permettraient-elles pas de déplacer les objets?

Sans faire de long voyage, des millions de téléspectateurs, dans le monde entier, ont pu voir (confortablement installés devant leur poste de télévision) un Uri Geller tordre cuillers et clés, remettre montres et horloges en marche, par le seul pouvoir de sa pensée.

L’effet Geller, étudié par les savants, pose bien le problème de la transcendance de certaines interventions au sein de phénomènes physiques. Uri Geller explique lui-même : « Je crois que, dans le domaine de la télépathie, je dépasse la vitesse de la lumière. J’ai le sentiment que les ondes télépathiques se propagent à la vitesse de la lumière ou plus vite encore. Chaque objet émet une radiation qui se répand dans l’univers. Quand on parvient à franchir l’obstacle de la lumière, on est à même de voir dans le passé et dans l’avenir ou de se livrer à la transmutation des métaux. Tout est fondé sur la vitesse de la lumière et, ce stade dépassé, tout devient possible. Mais jusqu’ici, on n’a pas été en mesure de découvrir les particules au-delà de la vitesse de la lumière parce qu’elles sont trop infimes. Je crois aussi qu’il n’y a pas de limite à l’infinitésimalité des particules… » (A. Puharich, Uri Geller, p. 64, Flammarion, 1974).

Tout acte est magique

Les mondes spirituels et les mondes matériels — différents sur le plan vibratoire — sont en fait totalement interpénétrés, et se rejoignent, comme nous l’avons dit, par la lumière, qui imprègne toute chose. C’est dans ce sens que nous pouvons parler d’omniprésence de l’esprit : nous vivons dans un bain spirituel et lumineux : « tout est perception », dit-on encore. Les humanités futures ne feront plus de séparation entre les univers : il n’y aura plus qu’une seule réalité vécue, et c’est exclusivement de cette réalité dont s’occupe la magie.

Ceci nous amène à une constatation importante : tout ce qui existe dans le monde humain, et dans le monde terrestre en général, possède une dimension magique : c’est-à-dire qu’il n’existe pas un seul secteur de la pensée et de l’activité humaine qui soit étranger à la magie. Car ce qui se passe dans le monde matériel et concret est l’image, le reflet immédiat de ce qui se passe dans les mondes invisibles et spirituels. A commencer par le monde intérieur des pensées et des sentiments de chaque être humain. C’est dire qu’il y a autant de diversité, de variété, de différences et parfois même de conflits, dans l’univers magique, qu’il peut y en avoir dans les différentes dimensions de notre vie quotidienne. Érasme disait : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » : c’était une parole de sage, et de mage…

Ainsi tout le monde pratique la magie… même sans le savoir. La seule chose qui distingue le mage de l’homme ordinaire est que le premier sait qu’il ne fait qu’un avec l’univers — et par conséquent sait comment son esprit agit sur lui-même et sur le monde qui l’entoure — ce qui entraîne une responsabilité consciente; tandis que le second poursuit sa route, sur cette planète Terre, dans l’ignorance du but où mènent ses pas. On peut être très savant du point de vue terrestre (avoir de nombreux diplômes…) et être très ignorant du point de vue magique, c’est-à-dire céleste… L’inverse est également vrai. Cependant, comme disait le maître Philippe de Lyon : « Là-dedans, quand on se trompe, sans le savoir, on paye comme si on savait. » Il parlait de l’occultisme en général, auquel appartient la magie, et où se manifeste toujours la loi du karma (laquelle se traduit, dans les cas négatifs, par un choc en retour à la mesure de l’erreur).

Il est téméraire de vouloir entreprendre des opérations magiques spécifiques sans une connaissance réelle des mondes invisibles et des énergies que l’on est susceptible de mobiliser : c’est pourquoi la pratique consciente de la magie doit nécessairement être accompagnée d’une sérieuse ascèse spirituelle. Chacun se souvient de la mésaventure survenue à l’apprenti-sorcier, racontée par Goethe, mise en musique par Paul Dukas (en 1897) et mise en images par Walt Disney dans son film Fantasia…

« J’ai conçu la magie de la lumière et des ombres. » (Diderot)

Toute lumière engendre sa propre ombre… C’est parce que la lumière existe que les ténèbres prennent conscience de leur propre existence : et c’est là où le drame commence…

De nos jours, il est de bon ton de se gausser de tout moralisme. C’est, probablement, une réaction contre l’hypocrisie et le mensonge d’une morale uniquement conçue pour la sauvegarde d’une certaine forme de société, dans laquelle les privilégiés sont toujours les mêmes, c’est-à-dire ceux qui ont la puissance matérielle. Certains possèdent cette puissance par leur naissance, d’autres l’ont acquise par eux-mêmes, par leur travail et parfois par des procédés moins recommandables…

Il est évident que dans une société qui ressemble davantage à une jungle qu’à une communauté humaine digne de ce nom, un certain moralisme n’est qu’un outil pour garder certaines catégories sociales dans l’esclavage spirituel et matériel. Ce n’est pas de cette morale-là que nous voulons parler. Les grands magiciens sont des libertaires qui se moquent des conventions sociales : c’est une des raisons pour lesquelles ils furent, à toutes époques, persécutés. Il ne s’agit non pas de lois humaines, mais de lois cosmiques auxquelles personne ne peut échapper, quelle que soit sa puissance.

Toutes les lois cosmiques découlent d’une seule source, dont un des noms est : amour. Le mot français qui exprime cette réalité est beaucoup trop pauvre (parce que trop galvaudé) ou beaucoup trop riche (parce que recouvrant beaucoup de significations diverses…). Dans une langue comme le japonais, il n’existe pas moins de sept mots différents que nous traduisons par amour, et qui en expriment des nuances bien différentes… Nous voulons parler ici de l’amour cosmique — source de vie universelle — qui est une énergie consciente provenant du centre même de notre galaxie, créant et harmonisant l’existence de myriades d’étoiles. Chaque étoile, reflet ou étincelle du grand Soleil central, donne à son tour vie et subsistance aux planètes et à tout ce qui grouille sur ces planètes.

Magie blanche

Ainsi notre Soleil est la source de vie sans laquelle ni notre terre, ni la vie sur terre n’existerait. Qu’en serait-il de notre conscience? Le Soleil en est également la source : ceci est une grande vérité qui résume l’essentiel du savoir des mages. Quand nous parlons de Soleil — dans le langage symbolique et traditionnel des sciences secrètes — il ne s’agit pas seulement de l’astre physique, mais du principe spirituel que représente cet astre.

De même la Lune, et les planètes du système solaire, représentent symboliquement différents aspects des mondes spirituels et animiques dont l’action et la manifestation s’expriment par les rayonnements provenant de ces astres, sur le plan concret de l’expérience vécue (d’où l’importance de l’astrologie).

C’est précisément une part de la science des mages de reconnaître l’Unique Amour à travers ses manifestations diverses, et de redistribuer cet amour sur l’univers environnant, par le jeu des « sympathies », des « affinités électives » dont parle Goethe…

Qu’on le veuille ou non, l’égocentrisme, qui agit pour lui-même (ou pour le clan) à l’encontre de la loi cosmique, définit toute magie noire. (Il s’agit ici de la couleur de l’âme et non celle de la peau…) L’origine en est une vue trop partielle de l’univers.

Le théocentrisme, avec l’altruisme, avec l’amour désintéressé — dans la lumière solaire, visible ou invisible — est la source de toute magie blanche.

C’est bien la loi du plus fort qui règne dans tout l’univers : qui résiste, en effet, au pouvoir de l’amour? L’amour du pouvoir peut, un certain temps, faire illusion. Dans l’univers magique, il existe une certaine dialectique entre ces deux tendances — que l’on rencontre rarement à l’état pur.

Ainsi, entre la magie blanche (théurgie) dont le but est création d’harmonie (pour soi et pour autrui) et la magie noire (goétie) dont le but est la concentration de pouvoir, pour soi-même, et pour le pouvoir, pour la jouissance égoïste, pour le profit personnel, il y a une magie grise — qui est le lot d’une humanité à demi éveillée, incapable de choisir. Mélange d’amour et d’égoïsme, cette grisaille morale a des résultats à l’image de ses actes : c’est-à-dire incertains… et souvent désastreux.

Connaissance de soi

« Nous avons surtout besoin de vivre et de croire à ce qui nous fait vivre et que quelque chose nous fait vivre, et ce qui sort du dedans mystérieux de nous-mêmes ne doit pas perpétuellement revenir sur nous-mêmes dans un souci grossièrement digestif.

« Je veux dire que s’il nous importe à tous de manger tout de suite, il nous importe encore plus de ne pas gaspiller dans l’unique souci de manger tout de suite notre simple force d’avoir faim. » Antonin Artaud (Le Théâtre et son double, N R F).

Tout être vivant aspire à davantage de plénitude. C’est la source de tout désir. Et c’est le désir — avec son opposé symétrique : la crainte — qui est le grand moteur de toute activité.

L’art de moduler ses désirs — en fonction de l’ordre cosmique et naturel — est un art magique. Si « par la magie, les choses cessent d’être ce qu’elles sont pour devenir ce que nous désirons qu’elles soient… » (R. Kanters) et si « ce que j’appelle magie est l’étude de la science du bonheur. Entendez ce dernier mot avec le sens que représente pour vous le bonheur » (G. Muchery), ce que les uns appellent bonheur, c’est tout simplement l’absence de désir, tandis que les autres entendent : l’exaucement de tout désir. Ce qui revient au même. Il est encore possible d’unifier et de concentrer tous ses désirs en un seul : celui de ne plus en avoir, ou de pouvoir ne plus en avoir…

En magie, on parle beaucoup d’influence. Mais la vérité est que le mage n’est influencé que par ses propres motivations. Même les influences extérieures — apparemment subies — ne sont que les instruments ou la concrétisation de désirs inconscients.

Sachant cela, l’être humain, magicien naissant, est déjà presque un sage. Mais pas encore nécessairement un saint…

La voie de l’harmonie

Car se connaissant et connaissant son pouvoir, il lui faut encore choisir la voie par laquelle ce pouvoir s’exprimera. Il sait que toute pensée émise revient à son point de départ en se concrétisant. Socrate démontrait que nul ne fait le mal consciemment et volontairement : car nul ne cherche son propre mal. Le mal est un produit de l’ignorance ou de l’aveuglement maladif. Mais la « queste » du « plus grand bien », cette voie étroite que nous propose Socrate, qui est déterminé à la vivre pleinement? A chaque instant de son existence, l’être conscient, ou apprenti conscient, doit répondre pour lui-même à cette question. Chacun détermine sa propre voie…

La voie de l’harmonie est probablement une des plus sûres, et, en fin de compte, des plus efficaces. Car selon la loi cosmique : « On récolte ce qu’on sème »…

Si l’écologie est la science de l’être vivant dans son environnement, la magie est une science encore plus globale : elle manifeste l’harmonie de tout être vivant avec son environnement naturel, cosmique, visible et invisible. (L’écologie des forces invisibles n’est pas une métaphore : les pollutions et nuisances n’existent-elles pas également sur le plan mental?)

La magie blanche est essentiellement non violente : elle respecte, de façon absolue, le libre arbitre d’autrui : il ne s’agit pas de vaincre, mais d’aimer. Il est clair que dans l’état actuel de notre monde, les magiciens blancs ont beaucoup de travail…

Les sources d’énergie. Le pacte magique

« Il y a sur cette terre des pouvoirs qui guident les hommes, les animaux et tout ce qui vit… Des pouvoirs qui guident notre vie et notre mort. » Don Juan Matus.

« Déceler et capter les forces universelles qui nous entourent, telles furent les préoccupations essentielles des anciens mages. » Armand Barbault.

Si l’être vivant est à la fois un récepteur et un émetteur, c’est qu’il possède en lui-même une énergie, qui lui permet d’entrer en contact avec des énergies de même nature, mais plus puissantes, et qui lui sont, apparemment, extérieures. Lorsque la communication s’établit entre « les puissances du dedans » (selon l’expression de Michel Random) et celles « du dehors », l’esprit du mage ne fait plus qu’un avec le pouvoir qui l’adombre. Le mage acquiert donc tous les pouvoirs de l’entité qui le protège…

C’est là le sens du pacte magique avec l’invisible. En tout état de cause, il s’agit de bien choisir ses alliés — et il est préférable de s’adresser aux anges de lumière, plutôt qu’à des entités douteuses. L’invisible est en effet peuplé, à tous les échelons de la création, d’une multitude d’êtres qui sont très différents les uns des autres, du point de vue de leur évolution spirituelle et de leurs pouvoirs — mais qui ont en commun d’être des parcelles du divin… (comme chacun d’entre nous).

Au plus haut niveau il y a l’esprit, incréé, que nous appelons Dieu. La voie mystique s’adresse directement à Lui, en brûlant les étapes… Les émanations de l’incréé sont les êtres de lumière : par ces êtres et au travers d’une hiérarchie complexe, l’univers matériel est créé. Ce sont les chœurs angéliques, les Élohim, les dieux de tous les panthéons…

Les créateurs d’univers, des mondes stellaires, délèguent leurs pouvoir et autorité aux grands esprits solaires et planétaires (qui déterminent les influences astrologiques). Ce sont, en quelque sorte, différents plans d’existence (le mot planète est parent de plan), différents modes de l’esprit manifesté.

A ce propos, saint Thomas d’Aquin affirmait : « Je ne me souviens pas d’avoir jamais rencontré, dans les ouvrages des saints ou des philosophes, la négation du fait que les planètes sont guidées par des êtres spirituels… Il me semble que l’on peut démontrer que les corps célestes sont dirigés par une intelligence soit directement par Dieu, soit par l’entremise des anges. Cependant cette dernière opinion me semble cadrer infiniment mieux avec l’affirmation que toutes choses sur terre sont gouvernées par Dieu, au moyen d’intermédiaires. » (Opuscules, II, article 11).

On attribue à Denys l’Aréopagite, premier évêque d’Athènes, converti au christianisme par saint Paul, la description du « chœur des anges », en neuf règnes, qui fut reprise par tous les gnostiques et par les hermétistes du Moyen Age. Une branche de la théologie chrétienne, l’angélologie, est consacrée à l’étude de ces règnes intermédiaires entre Dieu et les hommes. Ces êtres dépendent donc hiérarchiquement les uns des autres, du plus haut (séraphins) au plus bas (hommes). De plus, chacun de ces règnes correspond à un état d’évolution spirituelle, à travers lequel tout être créé doit passer (par une succession progressive et évolutive de l’un à l’autre) pour rejoindre la source incréée. C’est d’ailleurs ce qu’évoque l’image vue en songe par Jacob : une échelle où montent et descendent les anges, du ciel à la terre.

Voici le nom des neuf chœurs :

Séraphins

Puissances

Chérubins

Principautés

Trônes

Archanges

Dominations

Anges

Vertus

Hommes

Ces derniers appartiennent à la hiérarchie spirituelle, bien qu’ils soient incarnés. En fait, ils constituent l’aboutissement, la concrétisation du travail de création qui passe par les différents degrés de cette Échelle de Jacob. Selon la tradition gnostique, les animaux, les végétaux et les minéraux doivent succéder à l’homme, dans la dynamique de l’évolution. Tous ces êtres, toute cette hiérarchie aux ramifications multiples, à travers tout le cosmos, constituent les branches et les rameaux d’un arbre unique, dont l’esprit de Dieu est la racine et l’âme du monde, le tronc.

La description de toutes ces puissances spirituelles ou occultes ne serait pas complète si l’on ne parlait des diverses divinités raciales et tribales (qui se confondent parfois avec les archanges et les anges), des esprits de la nature, des entités telluriques et souterraines, et de la foule des esprits plus ou moins évolués (que l’on appelle djinns, élémentaux, etc.) qui peuplent le monde invisible.

Et, de même que la lumière crée sa propre ombre quand elle rencontre un obstacle matériel, de même, les êtres de lumière qui peuplent les différents plans de l’arbre cosmique ont leurs homologues sur des plans nettement ténébreux : ceux-ci s’infiltrent dans les activités humaines ou sidérales, notamment quand la pureté fait défaut. Ce qui explique, en partie, les désordres de notre monde. Précisons qu’ils n’ont aucun pouvoir contre l’amour et contre la pureté : comme l’obscurité n’a aucun pouvoir contre la lampe que chacun est libre d’allumer dans sa propre demeure. Certains esprits — parmi les moins évolués — ne sont ni bons ni mauvais, mais prennent l’orientation qu’un esprit plus fort leur impose. La faculté de choix vient avec l’évolution.

Ainsi, à l’être humain, et donc au mage censément libre, « certaines forces obéissent et certaines forces commandent ». Lesquelles? Tout dépend de la façon dont lui-même se situe au sein des forces universelles.

Le processus de l’acte magique

En fait, toute la création est en lui-même, puisqu’il est un microcosme, reflet du macrocosme. Et selon les pôles d’énergie et de conscience qu’il aura développés en lui-même (intelligence, cœur, force vive…), le mage pourra mobiliser les énergies correspondantes dans tout l’univers, dont il est à la fois le créateur et l’enfant.

Les actes du mage ne seront pas différents des processus cosmiques. Or, il y a deux façons, pour l’esprit, d’agir sur la matière : l’une, progressive, utilise l’espace-temps : elle influence la réalité, modifie l’évolution des choses par une intervention lente, indirecte, qui passe — dirions-nous — par la voie hiérarchique : cette forme de magie ne bouscule pas la réalité, mais aboutit infailliblement au résultat voulu; l’autre, immédiate, transcende l’espace-temps : elle matérialise instantanément les formes pensées, leur donne corps : ce mode magique s’appelle : génération spontanée, projection, ou précipitation. Certaines conditions sont cependant nécessaires, notamment le respect des lois karmiques. Dans la pratique, toute magie oscille entre ces deux processus : dans l’œuvre de régénération et d’évolution universelles, ces deux formes interviennent et se mêlent.

Aspects divers de la magie, dans l’histoire et les traditions

La magie, comme la vie, n’a de sens que par son déploiement dans l’instant présent. Aussi est-il peut-être téméraire de parler d’une histoire de la magie.

Selon la conception que l’on se fait de l’histoire humaine, il y a plusieurs origines de la magie. Pour certains anthropologues, la magie est la première attitude des peuples primitifs face à un univers ressenti comme hostile, rempli de forces obscures dont il faut gagner les bonnes grâces. Cette attitude est mue par la crainte et l’ignorance.

C’est un fait que la pensée magique existe depuis la nuit des temps. Comme dit Voltaire : « …la magie fut toujours en vigueur chez toutes les nations ». Dans de larges périodes de l’histoire humaine, elle fut le seul mode de relation des humains avec leur environnement naturel (encore l’écologie!). Les forces de la nature étaient considérées — peut-être à juste titre — comme des divinités et maîtriser ces forces ou obtenir la protection bienfaitrice de ces divinités, relève d’une même démarche magique : à mi-chemin entre science et religion, cette technologie primitive était efficace dans la mesure où elle obéissait aux lois naturelles.

Mais plus d’un savant considère cette explication comme incomplète. Pour eux, la pensée magique serait ce qui reste de la science très élaborée d’un passé révolu…

Les deux explications peuvent se rejoindre : certaines peuplades d’Amazonie, par exemple, sont constituées de descendants d’hommes qui appartenaient à des civilisations très évoluées mais disparues (antérieures même à celles des Aztèques et des Mayas). Leur magie, notamment dans le domaine médicinal, est à la fois un reliquat de ces civilisations, et une réponse aux nécessités immédiates de survie…

Par un phénomène d’émergence ou de rémanence cyclique — analogue à « l’éternel retour » dont parle Nietzsche — ce passé révolu, aux sources de la magie, pourrait bien être le présent que nous vivons… Plus elle fait reculer les limites de sa propre ignorance, plus la pensée scientifique contemporaine se rapproche de la pensée magique des grandes civilisations du passé.

La Haute Antiquité

Les plus vieux documents que nous possédions sur le savoir des Anciens, font eux-mêmes référence à des temps beaucoup plus reculés — temps où les dieux avaient pour habitude de séjourner parmi les hommes… (Il n’est pas exclu que nous découvrions encore d’autres documents, dans un futur proche.)

Les grandes épopées mystiques et historiques des peuples celtes, égyptiens, crétois, hellènes… auraient leurs sources en Atlantide. De même que les civilisations amérindiennes. De même pour l’Inde, dont la spiritualité fut en grande partie influencée par Ram, le grand roi-prêtre des Celtes. Les peuples nordiques et germains se réfèrent à l’Hyperborée (source dont on retrouve l’inspiration dans l’œuvre de Wagner, par exemple). Quant aux peuples de l’Extrême-Orient, ils tiendraient leurs traditions de la Terre de Mû. Les peuples noirs africains sont sans doute parmi les plus enracinés dans leur propre terre. L’Afrique noire connut sans doute une très haute civilisation dont il ne reste plus que des traces.

Si l’on remonte aux origines de l’histoire planétaire, on sera peut-être surpris de voir combien peu de peuples sont réellement d’origine purement terrestre. L’humanité actuelle — avec tous ses mélanges — semble avoir été constituée progressivement, par apports successifs et différents de races ou d’influences extérieures à la planète. Si les dieux pouvaient marcher parmi les hommes, n’est-ce pas qu’ils se considéraient mutuellement — hommes et dieux — comme parents au sein d’une même fraternité cosmique?

Quoi qu’il en soit de la complexe histoire des peuples terriens, il ne fait pas de doute que le dépôt sacré de l’enseignement des dieux créateurs et bienfaiteurs de l’humanité, dont parlent les traditions, fut l’objet d’une constante transmission.

Si l’on en croit leur littérature (à ne pas prendre pour de la simple affabulation), les peuples de l’Antiquité — plus récente — dont parlent nos livres d’histoire, vivaient encore, plus ou moins, dans l’intimité des dieux et des héros (fils de dieux et d’humains). Leur vie quotidienne était imprégnée de surnaturel. Chaque acte de la journée était magique, parce que religieux. (On ne retrouve, de nos jours, cet état d’esprit que chez les peuples qualifiés de primitifs ou retardataires…) Néanmoins, la véritable connaissance de la science sacrée était réservée à une élite spirituelle, capable de subir avec succès les épreuves des écoles de Mystères.

La magie égyptienne est l’une de celles dont nous possédions encore, au XXe siècle, le plus de témoignages. Non seulement par les textes de Porphyre et de Jamblique, mais également par l’archéologie.

En effet, comme l’écrit H.P. Blavatsky : « L’Égypte et la Chaldée sont au premier rang parmi les régions qui nous fournissent l’évidence la plus complète sur ce sujet, dans l’impuissance où elles sont de protéger, comme le fait l’Inde, leurs reliques paléographiques de la profanation… La magie des premiers temps de l’Égypte pharaonique… vient remplir de ses restes poussiéreux les musées britanniques, français, allemands et russes. La magie ancienne, historique, se reflète ainsi dans les annales scientifiques de notre siècle actuel de reniement total. Elle force la main du savant et épuise son cerveau, se riant des efforts déployés par celui-ci, lorsqu’il cherche à interpréter sa signification à l’aide de ses données matérialistes, tandis qu’elle aide efficacement l’occultiste dans sa compréhension de la magie moderne… La magie est tellement mêlée à l’histoire du monde que si cette dernière doit jamais être écrite dans son intégrité, en donnant la vérité et rien que la vérité, il ne lui reste aucune échappatoire… »

Ces constatations devraient également inspirer les archéologues qui se penchent sur les rares vestiges des civilisations précolombiennes — dont il nous faut espérer que l’essentiel des documents, œuvres d’art et richesses diverses fut mis en lieu sûr, comme le suggèrent les traditions indiennes actuelles, à l’époque où les conquistadores, destructeurs et impies, anéantissaient toute trace d’une culture religieuse originale, parmi les plus évoluées…

On ne peut pas ne pas toucher ici quelques mots des mésaventures qui adviennent, parfois, aux chercheurs trop curieux qui profanent les sépultures et les temples — en méconnaissant les forces réelles, actives, vigilantes qui demeurent en ces lieux pour leur protection, au-delà des siècles. Libre aux fortes têtes, par exemple, de ne pas croire à la « malédiction du Pharaon » qui coûta la vie, en l’espace de sept ans (de 1923 à 1929), à vingt-quatre personnes qui participèrent plus ou moins directement à la découverte et aux fouilles du tombeau de Tout Ankh Amon. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une malédiction à proprement parler. Ce genre de choses étaient étrangères à la religion des Égyptiens. Il est préférable de dire que certaines précautions, d’ordre occulte, ne furent pas prises par les archéologues. En outre, les mémoires akashiques (archives spirituelles de l’histoire du monde) montreront que certaines de ces victimes étaient karmiquement mêlées aux drames qui accompagnèrent le règne du jeune pharaon.

Ceci pourrait nous entraîner un peu loin. Citons simplement ce qu’écrivait Howard Carter — l’auteur de la découverte et le seul survivant de l’équipe, par la suite — du jour où il descendit dans la tombe pour ouvrir le sarcophage : « L’habitude ne dissipe pas entièrement l’impression de mystère, la sensation de forces évanouies et pourtant toujours présentes qui s’attache à la tombe. A chaque instant, même pendant qu’il est absorbé par les détails matériels de son travail, l’archéologue acquiert la conviction que passé et présent ne font qu’un.»

Il est dans l’ordre des choses qu’à l’époque actuelle des documents et des témoignages sortent de terre, non seulement pour l’édification de nos savants, mais pour que soit révélée à tous la richesse du patrimoine spirituel de l’humanité. Mais encore faut-il que ceux qui prennent en charge ces précieuses reliques, le fassent avec le respect nécessaire, et qu’ils soient préparés, spirituellement et intellectuellement, à en assurer efficacement la garde, au grand jour, pour le plus grand profit des civilisations futures.

Il est bon que le passé soit pleinement et clairement connu — comme il est bon, en psychologie, de prendre conscience de tout ce que cachent l’inconscient et le subconscient — non pas pour s’y arrêter (ce qui n’aurait pas grand intérêt), mais pour l’assumer, le rectifier (si nécessaire) et pour le dépasser.

La magie des druides

Une des plus méconnues, parmi les grandes civilisations du passé — dont le monde occidental est pourtant proche, par ses racines profondes — est la civilisation celtique. Ce que nous savons historiquement des Celtes est peu de choses, par rapport à ce qu’on enseigne sur d’autres peuples de l’Antiquité. Dans son livre La guerre des Gaules, Jules César présente ce peuple comme plutôt barbare et primitif. Mais à l’époque de Jules César, la civilisation celtique — malgré les sursauts d’un Vercingétorix — était déjà à son déclin. L’invasion romaine acheva, sous prétexte de pacification, la besogne de décomposition de la culture spécifiquement celtique.

Pourtant — si l’on en croit les documents que gardent précieusement certaines bibliothèques universitaires de Grande-Bretagne et d’Irlande — la civilisation celtique fut jadis particulièrement évoluée et raffinée. Parmi les classes de la société celtique, celle des druides était formée à la fois de prêtres et de savants. Ils possédaient des connaissances étendues en astrologie, en médecine spagyrique, en magie — entre autres disciplines.

De la magie des druides, on peut retenir ces différents aspects :

la magie solaire : Des cérémonies religieuses avaient lieu au lever du soleil, à midi et au coucher du soleil — cérémonies auxquelles le peuple prenait parfois part sous forme de fêtes avec chants, musique et danses. Tout le folklore breton actuel (pour ne parler que de lui) est encore débordant de cette imprégnation magique des rythmes solaires.

De plus, toute une science physique était basée sur l’étude du spectre solaire : une cosmogonie et une métaphysique très élaborées en découlaient. Nous n’en possédons aujourd’hui que quelques larges fragments, notamment grâce au grand Livre des Triades bardiques.

la magie incantatoire : Les bardes et les ovates étaient respectivement des artistes et des techniciens (astrologie, médecine, etc.). Les plus savants et les plus dignes d’entre eux devenaient druides. Le Livre des Triades, composé au cours des siècles par les bardes, était un ouvrage scientifique et métaphysique, mais également un livre magique par la rythmologie qui le constituait (basée sur le nombre 3 et ses puissances algébriques). Sa lecture — en langue celte originale — devait être, ainsi que la lecture de tout texte traditionnel dans une langue sacrée, une véritable incantation, mobilisant, par le verbe et le rythme, les énergies subtiles de plans spirituels et psychiques. Les auditeurs en recevaient les effluves profonds, et s’imprégnaient de l’enseignement par le rythme vibratoire. La mémorisation en était facilitée.

la magie tellurique et cosmique : Les druides avaient une connaissance profonde du réseau de courants électromagnétiques qui entoure la Terre — également appelés : courants telluriques. D’ailleurs, des peuples encore plus anciens que les Celtes avaient dressé, il y a peut-être quelques dizaines de milliers d’années, des pierres géantes sur les points névralgiques de ce réseau énergétique tellurique. Les druides utilisèrent simplement ces mégalithes, qui étaient déjà en place avant leur arrivée… Les menhirs sont des pierres généralement isolées, simplement fichées dans le sol. Les dolmens sont des assemblages de pierres, généralement deux verticales supportant une troisième, horizontale. Certaines dispositions de pierres, tels que les alignements de Carnac (en Bretagne) ou le « temple » circulaire de Stonehenge (en Angleterre), correspondaient, de plus, à des données astronomiques complexes et très précises — que nous avons pu déchiffrer, de nos jours, à l’aide d’ordinateurs…

Ces lieux étaient donc des points de contact entre les puissances spécifiquement terrestres et les puissances cosmiques : ce qui permettait aux initiés de se brancher au diapason du cosmos… On peut remarquer, à ce sujet, que la plupart (sinon toutes) des cathédrales gothiques furent par la suite construites sur l’emplacement d’anciens lieux de culte druidique: les maîtres d’œuvre, et les compagnons bâtisseurs (francs-maçons) savaient que ces lieux étaient véritablement des points de contact vivants entre la terre et le ciel…

Un des usages plus terre à terre qu’en faisaient les druides, était l’équivalent de notre téléphone : le réseau des courants reliant les mégalithes entre eux avait en effet la particularité d’être un excellent amplificateur télépathique qui aidait donc la communication à distance des initiés.

Signalons la parenté des mots dolmen et menhir avec la racine man (ou men) qui a donné mana, le nom que donnent les Océaniens à cette énergie mystérieuse qui aurait permis de déplacer, notamment, les statues gigantesques de l’Île de Pâques. Cette mana est l’énergie que mobilise sans doute la foi « qui soulève les montagnes », dont parlait Jésus.

la magie naturelle : Parmi les rites les plus renommés de la magie des druides, figure la cueillette du gui, qui a lieu au solstice d’hiver et dont la coutume s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Signalons au passage que l’expression populaire qui fête le nouvel an : « Au gui l’an neuf » est une altération phonétique de la formule rituélique du solstice d’hiver : « O Ghel An Heu! » qui signifie, en celte : « le blé lève » — formule marquant le changement de cycle annuel par la régénération de la nature.

Pour en revenir au gui, celui-ci était également symbole de régénération et de survivance. Ses propriétés magiques et thérapeutiques dépendaient essentiellement de la précision et des symboles rituéliques de la cueillette.

Les Celtes vivaient en contact étroit avec les esprits de la nature, qui participent activement à l’élaboration et à l’évolution des différents règnes : minéraux, végétaux, animaux… De nos jours on ne croit plus guère à ces esprits. Pourtant, les druides savaient leur parler et leur commander.

Un des rois-mages, celui que la tradition populaire, par une autre altération phonétique, a appelé Melchior, était en réalité un druide qui s’appelait, par titre, Mael Korr : ce nom signifie, en celte : Prince des nains et des esprits de la nature.

Voici ce qu’un initié contemporain, Mikhaël Aïvanhov, dit de ces esprits — considérations que ne désavoueraient pas les druides : « Le bruit de la vie civilisée et l’existence de plus en plus matérielle et ordinaire ont créé des conditions contraires à l’existence des habitants du monde invisible. Ces habitants sont ceux que révèlent les contes de fées : gnomes, elfes, sylphes, salamandres. Ils aiment beaucoup le calme, le silence et travaillent merveilleusement en eux, en accord avec les lois de la nature. Ils s’occupent de quantité de choses très intéressantes. La majorité des humains ne croit pas à leur existence et pense qu’on ne les rencontre que dans les contes. Cependant leur existence est indéniable pour les initiés et les clairvoyants qui peuvent la vérifier. Partout où se font des travaux bruyants, ces habitants sont inexistants; ils ont été chassés par le bruit et sont partis dans des régions où l’homme n’a pas encore pénétré. C’est pour cette raison qu’on les voyait, dans le passé, plus fréquemment qu’aujourd’hui. Leur présence est de moins en moins perçue parce qu’ils sont méfiants envers les humains, qui dédaignent et méprisent tout, qui détruisent ce que la nature a construit… » (Les Sept Lacs de Rila, Éditions lzgrev, 1946, page 61).

Il est évident que l’on retrouve à peu près les mêmes principes, sous différentes formes, dans toutes les grandes traditions du monde. Le shintoïsme japonais, par exemple, a de nombreuses analogies avec le druidisme. Mais notre propos, dans ces pages, est de dégager les grands principes universels de la magie, quitte pour le lecteur à entreprendre son propre tour du monde en quête du mystère.

Néanmoins, le réveil du celtisme — prophétisé par les bardes antiques avant leur disparition — auquel on assiste depuis quelques décades, semble être un signe des temps et correspond à un besoin profond de l’âme occidentale de retrouver ses propres sources traditionnelles.

Les religions primitives

Parallèlement aux formes religieuses et magiques plus élaborées des grandes civilisations théocratiques, des formes primitives et sauvages de relation de l’homme avec l’invisible ont continué — jusqu’à nos jours — à se manifester et à se développer. Si nous employons ici les mots primitif et sauvage, cela n’a rien de péjoratif : cela désigne simplement des modes de vie et une perception du monde en relation étroite avec les forces vives de la nature — et qui peuvent être assez déroutants pour nous, civilisés, qui avons trop pris l’habitude de tout sublimer, de traduire nos désirs et nos phantasmes par des symboles élaborés, et de les canaliser par un code de civilisation quasiment aseptique, bien loin de la réalité profonde des choses.

Antonin Artaud constatait que « le vieux totémisme des bêtes, des pierres, des objets chargés de foudre, des costumes bestialement imprégnés, tout ce qui sert en un mot à capter, à diriger et à dériver des forces, est pour nous une chose morte, dont nous ne savons plus tirer qu’un profit artistique et statique, un profit de jouisseur et non un profit d’acteur. Or le totémisme est acteur car il bouge, et il est fait pour des acteurs; et toute vraie culture s’appuie sur les moyens barbares et primitifs du totémisme, dont je veux adorer la vie sauvage, c’est-à-dire entièrement spontanée. »

Car il s’agit bien de forces sauvages, c’est-à-dire d’énergies à l’état brut, qui furent — et sont — utilisées dans les rites et les fêtes des religions primitives. Ces forces sont généralement personnalisées : on leur prête un visage (un masque : persona), on leur donne un nom (toute puissance est d’abord un son, un souffle…). Elles deviennent, par l’incantation populaire, de véritables entités autonomes, susceptibles de s’incorporer dans un assistant particulièrement réceptif qui devient alors capable de prodiges.

On peut assister à de telles manifestations dans les cérémonies du Vaudou et de son équivalent d’outre-Atlantique : la Macoumba qui représentent la forme de religion la plus ancienne, peut-être, qui existe sur notre planète (bien qu’ils aient assimilé les symboles de traditions plus récentes, comme le christianisme). Ces cérémonies, notamment par le support du rythme, ont pour moyen — et pour but — d’exalter l’énergie vitale, ou du moins une certaine qualité de l’énergie vitale captée à la fois dans les forces souterraines et dans le monde psychique de l’astral. Si cette énergie est capable de produire des phénomènes qui sortent de l’ordinaire, il ne faut pas y voir la manifestation d’une haute transcendance.

Bien plus anciens que toutes les religions des théocraties antiques, ces rites — qui exaltent et fêtent la vie — sont antérieurs même à la venue sur terre des dieux (ou extraterrestres) initiateurs des civilisations : ils remontent au temps où une humanité primitive — plus proche de l’animalité que de l’esprit — s’était déjà développée sur la planète. La cruauté de certains rites est significative d’une initiation préparant les êtres à la cruauté même de la vie, telle qu’elle s’exprime par la loi de la jungle — seule loi connue des sociétés primitives, dont les multiples règles d’organisation tribale sont conçues pour permettre la survie la plus adéquate de l’âme du groupe dans les conditions les plus périlleuses.

Les hallucinogènes

Parmi ces traditions anciennes, liées aux origines de notre planète, certaines font un usage particulier des plantes hallucinogènes. C’est notamment le cas chez les Indiens d’Amérique (au Nord comme au Sud).

Les substances hallucinogènes sont utilisées — dans le contexte de ces traditions — selon des règles précises, à l’occasion de circonstances déterminées, et sous le contrôle d’un guide — donc, dans un esprit radicalement étranger à cet usage anarchique de la drogue, tel qu’on en voit le spectacle chez certains marginaux de nos sociétés occidentales. L’usage de la drogue n’est que le point de départ d’une initiation très élaborée qui est censée conduire à une maîtrise des forces de la nature, visibles et invisibles et, surtout, à une maîtrise de soi-même.

Un compte rendu particulièrement vivant et circonstancié de ce type d’initiation nous a été rapporté par l’ethnologue américain Carlos Castaneda, dans ses ouvrages publiés en français sous les titres : L ‘Herbe du diable et la petite fumée, Voir (ou Les enseignements d’un sorcier yaqui) et Le voyage à Ixtlan (ou Les leçons de don Juan)…

Pendant dix années, Carlos Castaneda a suivi — ou plus exactement subi — les leçons de don Juan Matus, un sorcier indien de la tribu des Yaquis. Celui-ci essaya, par tous les moyens, de faire voir à son élève le monde — parfois mystérieux et menaçant — tel qu’il est et non tel qu’on se le représente intellectuellement. Malgré la haute lutte menée par le maître, le disciple ne parvient pas à comprendre (parce qu’il s’agit de le vivre et non de le comprendre) comment on peut « stopper le monde » par le moyen du « ne pas faire » — et réaliser ainsi un état de conscience éveillée.

Certaines conceptions de don Juan ressemblent étrangement à celles du zen et du tao, qui préconisent le vide mental et le lâcher prise — mais elles se rapprochent encore davantage de celles des samouraïs, ces moines-guerriers, dont la vie est un combat permanent. Car l’attitude du sorcier yaqui est celle d’un chasseur et d’un guerrier. Il est le maître dans un monde où ne règne (apparemment) que la loi de la jungle. L’être le plus éveillé sera aussi le plus fort qui peut imposer sa loi…

Les substances hallucinogènes ne sont utilisées que comme des moyens aidant à parvenir à cet éveil. L’effet physiologique du peyotl, par exemple, est analogue à celui d’une accélération du taux vibratoire des corps subtils de l’individu, lui permettant de réaliser des prouesses dont il serait bien incapable en temps ordinaire : comme traverser les murs, voler en compagnie des corbeaux ou discuter en tête à tête avec Mescalito, le dieu du peyotl…

Par l’ingestion de diverses substances tirées de plantes psychotropiques, Carlos Castaneda fait donc lui-même l’expérience de ce qu’il appelle des états de réalité non ordinaire, où sa vision du monde est totalement bouleversée. C’est dans ces états qu’il rencontre ce que don Juan appelle des alliés, et qui ne sont autres que des esprits élémentaux — dont il faut savoir se rendre maître pour en obtenir les services (comme les djinns des pays méditerranéens…).

Il s’agit bien, dans cette initiation, de magie, puisque don Juan enseigne comment capter le pouvoir contenu dans les forces — plus ou moins mystérieuses — de la nature et accumuler le pouvoir, par l’attitude permanente du guerrier prêt — à chaque instant — à vivre son dernier moment. Car cette magie est essentiellement axée sur la lutte pour la vie, the struggle for life…

Conjurer la mort

La mort est présente dans toutes les cultures et dans toutes les manifestations religieuses. Mais cette présence est particulièrement sensible chez certains peuples qui vivent, pour ainsi dire, dans l’intimité avec la mort, considérée, paradoxalement, comme un être vivant.

La mort, en tant que processus biopsychique de désincarnation, est bien un acte, donc une manifestation paradoxale de vie… Mort sur le plan des formes, renaissance sur le plan de l’âme ou de l’esprit. Mais chaque instant peut être ressenti comme une mort et une renaissance. Aussi la vie et la mort ne sont que les deux faces d’une même médaille…

En Amérique du Sud, le Jour des Morts, El dia de muerte, est une grande fête populaire. Au Mexique, notamment, on dévore même la mort à pleines dents sous forme de sucre d’orge : c’est une façon de conjurer la peur et l’angoisse face à l’inconnu; acte magique s’il en est…

Parmi tous les habitants du Mexique, seuls les Indiens Chamulas — descendants directs de Mayas — honorent le Jour des Morts d’une gravité particulière. La mort a, chez eux, une signification liée aux racines de leurs traditions originelles, bien plus profondément ressenties qu’un catholicisme récent qui leur fut imposé de l’extérieur et dont il ne reste « moins qu’une trace, écrit Camille Delio [1], une mince pellicule qui s’amenuise avec le temps et qui n’a fait… que recouvrir les anciennes croyances »… Ce jour-là du 2 novembre, c’est moins sur les morts que les Indiens Chamulas gémissent et pleurent, mais sur leur propre vie : « Il n’y a rien d’autre… que la vie et la mort confondues au même rythme, rien d’autre à espérer que l’éternel retour des saisons. » Car dans leur misère actuelle, ils se souviennent, par toutes leurs fibres raciales, des splendeurs solaires d’un passé lointain qui fuit comme le temps. Seule la promesse chrétienne de résurrection aurait pu réveiller en eux l’espoir, si les caricatures missionnaires ne les avaient pas rendus imperméables à ce message d’amour, dont ils ne connaissent que les déformations.

Dans tous les peuples et à toutes les époques, il y eut — et il y a encore — des hommes de connaissance tels que don Juan Matus, l’Indien yaqui. Ils constituent une sorte de fraternité sauvage et occulte, en marge de toute forme de civilisation.

Il est évident que le niveau de magie correspond au niveau spirituel de celui qui en fait usage. Il y a de nombreux degrés d’initiation, et, comme nous l’avons vu, de multiples forces dans les mondes invisibles.

Si nous parlons de certaines formes de magie qui nous paraissent inférieures, par rapport aux plans de l’esprit — dans la mesure où leur but est davantage d’exercer des pouvoirs que de créer de l’harmonie — c’est que l’on ne peut pas nier leur existence ni leur influence sur l’histoire humaine : nous nous limiterons à en retenir les principes essentiels, de façon à en éviter les pièges.

La sorcellerie médiévale

Parallèlement aux kabbalistes, alchimistes et hermétistes — dont les hautes doctrines étaient partagées par des hommes tels que saint Thomas d’Aquin — le Moyen Age européen fut particulièrement fertile en manifestations de magie naturelle et primitive, manifestations qui se sont perpétuées jusqu’à aujourd’hui dans nos campagnes.

Le monde paysan, par définition, est proche de la nature. Aussi les formes de magie qui se sont développées en son sein sont moins le produit d’une érudition que du contact quotidien avec les forces vives naturelles. (Le mot païen vient du latin : paganus, paysan.) Mais là encore l’usage de ces forces correspondait au niveau moral de leurs utilisateurs.

Dans son ouvrage consacré à la Sorcellerie des campagnes, Charles Lancelin distinguait, parmi les œuvres de la sorcellerie : les œuvres majeures : les sorts, les charmes, la lycanthropie, le vampirisme; les œuvres mineures : le sabbat, les cauchemars et hallucinations, les gardes, la baguette divinatoire, le miroir magique…

La première catégorie constitue, comme on le voit, un ensemble de procédés d’agression envers autrui; la seconde catégorie n’engageant, dans l’ensemble, que ses propres utilisateurs.

Les charmes sont des recettes magiques — que l’on trouve dans les grimoires — qui ont pour but de plier la volonté d’autrui au propre désir du sorcier. Naturellement — hormis l’utilisation de poisons du système nerveux — ce sont moins les recettes qui étaient, en soi, efficaces, que la charge psychique de leur utilisateur : c’est la pensée qui peut être toute puissante, en bien comme en mal,

La lycanthropie (du grec : lukus, le loup et anthropos, l’homme) est une forme particulière de la zoanthropie qui est une maladie psychique par laquelle un être humain se prend pour un animal.

Parfois cette croyance est tellement puissante que le malade est capable de se dédoubler, en mobilisant les énergies méconnues du psychisme, et de se manifester sous la forme animale. On peut penser que ce genre de dérèglement était relativement courant dans les contrées où la croyance dans l’existence des loups-garous fut la plus répandue et la plus vivace. On peut d’ailleurs assimiler à la zoanthropie les phénomènes d’incorporation d’esprits animaux dans le Vaudou, par exemple. Il n’est pas sûr que la lycanthropie ait totalement disparu (transposée sur un autre plan) : ne dit-on pas que « l’homme est un loup pour l’homme »?

Le vampirisme consiste à se nourrir de l’énergie vitale aux dépens d’autrui. Outre les véritables vampires — émules de Dracula — qui existèrent peut-être au Moyen Age, il faut reconnaître également que cette forme d’agression n’a pas totalement disparu : quelques personnes ne vivent-elles pas du travail d’autrui, sans rien lui donner d’autre en échange que de quoi subsister misérablement, la mort dans l’âme, en attendant la mort tout court?

La lycanthropie et le vampirisme modernes ne disparaîtront que lorsque la magie de l’amour et de l’entraide aura envahi la terre…

Le véritable sens du sabbat

Pourquoi donne-t-on à certaines réunions de sorcellerie le nom de sabbat, qui est le nom du jour que les juifs consacrent à leur Dieu — comme les chrétiens le dimanche? Il semble qu’il y ait un rapport, non spécialement avec les juifs, bien qu’il y eut aussi des magiciens parmi eux, mais avec le symbolisme astrologique : le sabbat, c’est le samedi, jour de Saturne. Or la fête païenne du sabbat ne ressemble-t-elle pas aux fêtes antiques des Saturnales? Saturne symbolise, entre autres, les chaînes de l’humanité, et par conséquent toutes les tentatives de briser ces chaînes sont tributaires de son influence (ne serait-ce que par opposition).

Saturne, c’est également l’ordre ancien, du temps où régnait la loi du talion : « Œil pour œil… ». L’ordre nouveau était symbolisé par l’avènement du Christ solaire, que l’on honorait le dimanche (sun day : jour du soleil; dimanche : jour du Seigneur). Le sabbat se réfère à des cultes antérieurs au christianisme.

Ces femmes que l’on appelait sorcières étaient, en partie, les héritières traditionnelles des druidesses — mais plus spécialement de celles qui, quelques millénaires plus tôt, prêtresses de la Lune à l’Île de Sein (Bretagne), s’étaient révoltées contre Ram, un des premiers Rois-Soleil de l’Occident celtique. L’influence lunaire du culte de ces druidesses faisait que, sans être pour autant maléfique, il était surtout orienté vers la recherche des pouvoirs psychiques — et non pas vers la véritable spiritualité. (Et c’est l’Orient qui a hérité de la formidable épopée spirituelle de Ram, relatée dans les textes sacrés hindous.)

Il était normal que, initiées aux secrets de la magie psychique, les sorcières se réunissent régulièrement pour mettre en commun leurs expériences et leurs pouvoirs. Et quel est le moyen le plus facile de se réunir — quel que soit l’éloignement physique — si ce n’est sur le plan psychique de ce que les occultistes appellent l’astral ? Pour faciliter ce voyage dans le monde des esprits, les sorcières utilisaient un onguent dont elles s’enduisaient tout le corps, et dont l’effet est équivalent de celui des substances hallucinogènes.

C’est là l’origine de cette imagerie populaire représentant la sorcière partant pour le sabbat en enfourchant un balai… Naturellement le balai, ici, a une certaine signification sexuelle — car l’énergie sexuelle joue un grand rôle dans le développement et l’action des pouvoirs psychiques. (Au-delà même du psychisme, cette énergie — convenablement dirigée — est même capable d’ascensionner le corps physique jusqu’aux plans purement spirituels, mais c’est une autre affaire… De même, il ne faut pas confondre le rendez-vous psychique du sabbat avec la rencontre mystique des initiés et mages blancs, qui, selon la tradition, a lieu chaque nuit, à 0 heure…)

Parfois se joignaient au sabbat des néophytes — hommes ou femmes — que l’on voulait initier aux mystères de la sorcellerie. Ils ramenaient de leur voyage des souvenirs fantastiques — où l’érotisme magique joue un certain rôle — souvenirs qui permirent aux enquêteurs de l’Inquisition, qui savaient comment obtenir des aveux, de se faire une image relativement exacte de l’activité de la sorcellerie. Naturellement, les femmes qui croyaient — ou disaient — avoir copulé avec le diable étaient surtout victimes de leur imagination nourrie des mythes engendrés par un christianisme dégénéré.

A propos de l’Inquisition, on se souvient qu’un des moyens que celle-ci utilisait pour reconnaître les sorcières, était la localisation sur leur corps (notamment dans le dos) de certains points insensibles à la douleur. Or il s’avère exact que des personnes ayant une certaine disposition psychique (ainsi que certains types de malades comme les hystériques) ont parfois de tels points insensibles. Le moins que l’on puisse dire de l’Inquisition est que, si ses procédés d’investigation s’avèrent scientifiquement justifiés, ses buts et ses moyens étaient totalement dépourvus d’élémentaire charité chrétienne…

Magie des campagnes… et des villes

Sortilèges, charmes, envoûtement… « Les sortilèges, au vingtième siècle, sont aussi nombreux que jadis, il y a moins de sorciers qu’au Moyen Age, mais il y a autant de gens qui ignorent le pouvoir magique de la volonté et de la parole sur eux-mêmes et sur les autres.» (G. Muchery). « Les sorciers sont légion qui font de la sorcellerie comme M. Jourdain faisait de la prose! » (O. Wirth).

Conscient ou inconscient, tout être qui pense du mal d’autrui lui lance un sort — qui a son activité propre bien après que le ressentiment soit oublié. Si le sort s’adresse à un être faible, celui-ci peut en pâtir, sous une forme physique ou psychique — puis, le sort revient de toute façon, tôt ou tard, à son point de départ : c’est-à-dire sur celui qui l’a envoyé. S’il touche un être fort, le sort reviendra encore plus vite : c’est ce qu’on appelle le choc en retour (ou encore : karma immédiat ou justice immanente).

La philosophie de cette loi magique indique qu’il est préférable de contrôler ses pensées et de les orienter de façon positive et bénéfique : ce n’est pas une question de moralisme, mais de santé morale… Bien que cette loi soit toujours agissante — dans n’importe quelle société — plus personne n’y pense (ou presque). Comme elle n’appartient pas au code civil, on croit pouvoir l’ignorer : mais on lui obéit toujours — même inconsciemment, à son propre avantage ou à ses propres dépens…

De nos jours, dans certaines régions de France, dans le Berry, par exemple, « …à 300 kilomètres de Paris, la pensée magique joue encore un rôle social prépondérant. Un monde où les conflits, les misères, les paroles, les sous-entendus de tous les jours croient trouver dans la sorcellerie leur cause, leur explication et, parfois, leur remède… Une société close où la magie n’est ni objet d’analyse ni phénomène commercial, mais pratique encore vivante. Disons-le : une société primitive, malgré la voiture sous le portail et la télévision dans la salle commune. » (Roger-Pol Droit [2]).

Inutile de souligner qu’il n’y a de primitif ici que la crainte et la peur — et non la connaissance des lois occultes, qui, bien orientée, serait plutôt le signe d’une haute évolution. En effet, le même auteur poursuit : « …La sorcellerie paysanne fonctionne aujourd’hui comme un système où tout le monde se défend. Personne ne fait le mal pour le mal : c’est toujours l’autre qui a commencé. La figure du sorcier noir, maléfique, allié au diable, remplit une fonction mythique essentielle : on ne le rencontre jamais, mais il est toujours supposé. La croyance en son existence justifie toutes les pratiques pour se défendre. »

Mais au fait, n’est-ce pas là, à peine transposée, la description de certains ressorts de notre société contemporaine, dans son ensemble?

Mentalisme et spiritualité

Toutes les manifestations de magie s’appuient sur une réalité unique : nous vivons dans un bain psychique d’idées-forces que notre mental capte ou produit. C’est également ce que supposait Antonin Artaud quand il écrivait : « On peut brûler la bibliothèque d’Alexandrie. Au-dessus et en dehors des papyrus, il y a des forces : on nous enlèvera pour quelque temps la faculté de retrouver ces forces, on ne supprimera pas leur énergie. » (Le Théâtre et son double).

Si les idées sont des forces, la pensée qui est, dans un certain sens, l’art d’agencer les idées, est donc la régente de ces forces : d’où le pouvoir de la pensée. Aussi, le principe de la magie mentale (ou mentalisme) consiste à savoir choisir les pensées, les idées-forces qui seront les plus constructives dans le sens désiré. Nécessairement, par la loi de la création, ces idées se concrétiseront matériellement, tôt ou tard. « En contemplant la fin, vous avez créé les moyens de parvenir à cette fin » (Troward). Il faut parfois soutenir longtemps une pensée positive, pour qu’elle s’impose dans la jungle mentale des idées contradictoires qui nous entourent. Ce qui explique pourquoi les résultats concrets peuvent ne pas être immédiats. Plus les souhaits ont un caractère d’universalité, plus ils ont quelque chance d’être exaucés, mais par des voies souvent inattendues.

Un approfondissement et une totale maîtrise de toutes les possibilités de la pensée permettraient, à l’évidence, de réaliser des miracles à volonté. Mais l’expérience montre qu’une simple foi candide dans le pouvoir spirituel est suffisamment agissante, opérative et efficace.

Le mentalisme est une forme de prière active qui fait appel aux forces méconnues du subconscient : il s’épanouit dans la magie spirituelle. Baudelaire écrivait : « La prière est une des grandes forces de la dynamique intellectuelle… Il y a dans la prière une opération magique. » Orientées vers un idéal d’harmonie universelle, les forces magiques seraient un puissant levier qui permettrait une transformation rapide du monde.

Les persécutions

Puisque nous avons fait allusion à l’Inquisition, il nous faut dire quelques mots sur les persécutions dont firent l’objet, à toutes époques, les tenants des arts occultes.

Le domaine occulte (c’est-à-dire caché au regard superficiel) a toujours été considéré comme dangereux par l’ordre établi. Les notions initiatiques — comme toute vérité — sont subversives, parce que libératrices : qu’importe l’ordre social à celui qui use des pouvoirs de la vie intérieure? Les premiers chrétiens furent eux-mêmes victimes de la persécution des gouvernements (et il y en a eu sur toutes les contrées du globe, dans la suite de l’Histoire).

Bien que des Pères de l’Église, de grands théologiens (Thomas d’Aquin), des évêques, des papes même (Jean XXII) aient pratiqué diverses sciences occultes, le verset de la Bible : « vous ne souffrirez pas que vivent les sorciers » (Exode 22, 18) a pu justifier tous les excès d’une persécution sanglante — au nom d’un Dieu d’amour…

Jésus le Christ n’était-il pas lui-même, à sa façon, un magicien, c’est-à-dire un homme-dieu capable d’agir sur les lois de la nature par les moyens de l’esprit? Le christianisme authentique n’a jamais condamné la magie en tant que manifestation d’un pouvoir divin. Si les premiers apôtres condamnent Simon le Magicien, ce n’est pas tant parce qu’il est magicien que parce qu’il mettait ses pouvoirs au service de l’argent au lieu du service de Dieu… Éternelle lutte de la lumière et des ténèbres… Mais combien de fois la magie s’est-elle précisément trouvée du côté de la lumière et de la connaissance, contre l’obscurantisme d’une caricature de religion qui ne retenait des Écritures que la lettre qui tue, et ne vivait plus ses prodigieux symboles qu’au travers d’un formalisme étroit?

Tout ce qui sentait le soufre, telles que les doctrines (déclarées hérétiques) des Albigeois, des Vaudois, des Cathares — dont le sang imprègne encore le sol du Languedoc, et crie justice vers le ciel… — était poursuivi sans relâche par les pouvoirs temporels et spirituels. Ainsi furent condamnés les templiers, coupables de vouloir instaurer un ordre divin sur la terre… Les caricatures d’Inquisition furent non moins actives : on se souvient des sorcières de Salem, victimes d’une hystérie collective.

De nos jours, on ne brûle plus les sorciers. Quand on peut, on les enferme dans un hôpital psychiatrique, ou bien l’on profite d’un malentendu pour les traîner devant les tribunaux. Car le sorcier, ou le mage, est toujours dangereux pour l’ordre établi qui tient son propre pouvoir d’une vaste illusion collective… Une mentalité euclidienne en matière de religion ou de philosophie, la peur de l’inconnu, le refus du mystère, sont d’autres prétextes pour se méfier du mage.

Des prestidigitateurs professionnels, par exemple, ont essayé (en vain) de ruiner la réputation du magicien Uri Geller. « Ils me haïssent, explique celui-ci, parce que je réussis, sans truquage, ce qu’ils ne peuvent faire qu’avec truquage… » L’authenticité et la vérité contre le mensonge et l’illusion. Et comme par hasard, ce sont les marchands d’illusion qui se font les champions de la vérité!

L’expression artistique

L’homme… « ce principe magique en soi dont les déclinaisons donnent les formes de la vie à l’infini ». Malcolm de Chazal.

L’artiste est un magicien puisqu’il exprime, dans les formes, ce qui hante son esprit. Le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre reconnaissait que « l’acte d’imagination est un acte magique ». Il est vrai que les mots : magie, image, imagination sont parents.

Toutes les formes d’art ont des affinités avec la magie — utilisant les mêmes supports symboliques d’harmonie de couleurs, de géométrie, de proportions mathématiques. L’art est un support magique en soi.

Magie d’ambiance, où, selon l’expression de Baudelaire, « les parfums, les couleurs et les sons se répondent ».

L’artiste, comme le magicien, exploite toutes les possibilités sensorielles, pour les transcender : la matière est le carburant énergétique qui lui permet l’ascension dans les plans de l’âme et de l’esprit — et lui permet, en retour, la concrétisation des harmoniques qu’il capte et perçoit dans les plans subtils de son propre être… Ainsi l’artiste n’est pas seulement un médium, il est créateur (poète, au sens originel du mot) puisqu’il doit matérialiser sa vision.

Les harmonies visibles témoignent des harmonies invisibles. Formes et couleurs, sons et mouvements sont les supports d’effluves subtils qui — des plans de pure lumière — viennent imprégner, telle une eau vive, les différentes dimensions — et divers aspects — de la vie terrestre et matérielle. Naturellement, l’artiste est responsable du choix de ses sources d’inspiration.

La magie, la science et l’art sont les rameaux d’une science unique des origines. La science est une question d’efficacité, d’utilité. L’artiste — même dans une œuvre unique — n’est-il pas efficace dans son domaine propre qui est celui de l’esthétique? « C’est véritablement utile, puisque c’est joli », disait le Petit Prince de Saint-Exupéry… Le magicien ne travaille pas en laboratoire, mais dans la vie : ses moyens d’expression sont ceux de l’artiste et son efficacité celle d’un technicien.

Le mystère et la création sont en toutes choses, y compris dans une éprouvette ou dans un circuit électronique. D’ailleurs les physiciens qui étudient les replis les plus reculés de la matière physique objective redécouvrent aujourd’hui la vérité subjective du poète : rien ne permet de différencier l’objet observé et l’observateur. L’art et la poésie sont le langage d’une magie universelle : ils expriment les formes que — pour son bon plaisir — le divin prend, au travers de sa création… C’est pourquoi l’art et le sacré ont toujours fait bon ménage. Parmi les formes les plus élaborées — et les plus anciennes — de l’art sacré, figure le théâtre, synthèse des arts plastiques et de l’art dramatique. Art des formes, du mouvement des formes et de leur contenu symbolique et vivant… « le théâtre qui n’est dans rien mais se sert de tous les langages : gestes, sons, paroles, feu, cris, se retrouve exactement au point où l’esprit a besoin d’un langage pour produire ses manifestations » (Antonin Artaud).

La fonction dramatique, déjà présente dans les manifestations de magie primitive, accomplissait le rôle révélateur dans les initiations des écoles de Mystère. Les conflits cosmiques étaient visualisés, vécus par l’initié qui en était en même temps l’acteur. Dans le théâtre populaire antique, l’acteur joue également un rôle sacré : il incorpore l’archétype d’une divinité, d’un personnage sous lequel l’homme-acteur s’anéantit, disparaît totalement. Persona : le masque.

Au Moyen Age — sous l’influence du christianisme, dont l’un des principes est que « rien n’est caché qui ne doive être découvert » — les Mystères sacrés se jouent au grand jour sur le parvis des cathédrales : ils procèdent d’un sacrement social… Le livre d’images bibliques, figé dans la pierre des cathédrales, devient vie sur le parvis… ou dans la nef : là, au son d’un grégorien joyeux et rythmé, le peuple dansait sa joie de vivre, en suivant les labyrinthes du dallage, symbole des structures cosmiques…

Avec la lanterne magique du siècle dernier, le phonographe de Charles Cros et d’Edison, le cinématographe des frères Lumière et de quelques autres pionniers moins connus, est née une magie moderne : le langage audio-visuel. Par la multiplicité et la qualité de ses moyens, cette forme d’art pourrait être une des plus aptes à exprimer la vie psychique, animique et spirituelle, et à faire valoir ses ressources imaginatives — dont nous sommes loin d’avoir su exploiter toutes les possibilités. Certains artistes, indépendants des modes de leur temps — tels que Jean Cocteau — semblables aux hiérophantes sacrés de jadis ont su, par les moyens du cinéma, évoquer l’univers propre à la magie…

Hélas, les nécessités commerciales ont fait de cet art ce que l’on a fait, aussi criminellement, de toutes nourritures vivantes : c’est-à-dire des conserves — conserves d’images et de sons propres à la consommation. L’Art véritable a pour vocation d’éveiller… Il faut reconnaître que l’art commercialisé — et mis au goût des modes — a surtout pour effet d’abrutir les esprits et d’endormir la véritable créativité…

Le langage magique : symboles et rites

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Antoine de Saint-Exupéry.

Correspondances et analogies

On a longtemps opposé science et magie, en faisant valoir que la première s’appuie sur un système de correspondances réelles tandis que la seconde s’appuierait sur un système de correspondances imaginaires. Mais qu’est-ce que le réel? Qu’est-ce que l’imaginaire? N’existent-ils pas l’un par l’autre? Les apparences objectives ne sont-elles pas souvent trompeuses et l’image subjective n’est-elle pas, à son niveau, réalité?

Le fait est que les opérations de l’esprit de synthèse — qui est l’esprit de la magie — procèdent le plus souvent selon un langage d’analogie, tandis que les opérations de l’esprit d’analyse — qui est l’esprit scientifique au sens étroit du mot — procèdent par divisions, coupures, compartimentage logique — mais artificiel. La pensée magique n’est pas absolument contradictoire avec la pensée scientifique. Elle part simplement d’un autre point de vue (en grec : hypothèse).

A l’inverse de la science moderne, qui s’est développée au travers d’une spécialisation de plus en plus poussée, la science traditionnelle pose l’unité comme postulat de base, comme critère absolu de connaissance : tout provient de l’unité et tout retourne à l’unité… C’est pourquoi il n’y a pas de réelle frontière entre les différentes disciplines occultes qui ne sont que différents aspects d’une science unique. Ceci explique que dans la Haute Magie, par exemple, se trouvent présents les concepts de l’astrologie, de la kabbale et de l’alchimie :

L’astrologie parce que le magicien choisit le lieu et le temps de ses opérations, en fonction des configurations astrales les plus favorables. L’astrologie est la science qui permet de déterminer, dans une certaine mesure, « l’heure de Dieu ». C’est ainsi que la liturgie chrétienne — d’essence magique — est censée suivre un calendrier précis, l’ordo, en relation avec les cycles annuels du zodiaque (les Quatre-temps). Le symbolisme astrologique, d’autre part, fait partie du langage universel des initiés. Enfin, dresser un thème astrologique constitue, en soi, un acte magique : dévoilant les influences d’un lieu et d’un temps, il mobilise ces influences, il leur donne vie.

La kabbale, parce qu’elle confère la connaissance des mots sacrés, des nombres et des rythmes cosmiques, qui sont l’armature de toute magie — comme de toute science et de toute technique occultes.

L’alchimie, parce que les processus magiques ne sont pas entièrement différents des siens; la magie ne fait que suivre les chemins de l’alchimie. D’autre part, parmi les gestes de l’alchimiste, il y a des actes proprement magiques.

Ces différentes disciplines sont donc unies par un langage commun de correspondances analogiques et de symboles — le principe d’analogie découlant de l’esprit de synthèse — le symbole procédant du monde des archétypes spirituels.

Voyance et divination

La notion d’archétype était connue des Anciens — Platon parlait des idées-formes, dont l’homme, du fond de sa caverne ténébreuse, ne perçoit que les reflets… — et elle est remise à l’ordre du jour par la psychologie des profondeurs — grâce aux travaux de C.G. Jung, notamment.

Les archétypes — ou idées-formes — sont indépendants de tout support de représentation matérielle. Mais il n’existe rien dans le monde de la matière, et donc dans le monde des activités humaines, qui ne soit l’expression ou la manifestation d’un archétype. Dans ce sens, la magie est l’art de transformer les idées-formes en idées-forces, tandis que la voyance et la divination seraient l’art de percevoir les idées-formes avant — ou même longtemps après — qu’elles se soient manifestées ou concrétisées. L’infini-énergie — ou le divin en acte — manifeste ses intentions au travers de symboles qui nourrissent la vie spirituelle de l’homme.

La divination et la magie sont inséparables l’une de l’autre : elles sont les deux pôles d’une même activité qui est la participation de l’humain à la vie divine. Chaque être, rappelons-le, détermine la création de son propre univers : les signes et symboles ne déterminent pas qui est quelqu’un; ce qu’il est, détermine les symboles.

Le Sphinx : l’énigme dévoilée

En grec : sphinx signifie animal fabuleux. Il faut entendre animal dans le sens d’un être animé d’un souffle, c’est-à-dire un être vivant. Fabuleux ne signifie pas fallacieux, mais signifie « qui est digne de faire l’objet d’un récit » (fable : récit).

Quel est donc cet être vivant qui mérite d’être raconté? Telle pourrait être l’énigme qui fut posée à Œdipe. Et si la réponse fut : « l’homme »! — c’est que le Sphinx lui-même est la représentation symbolique des différentes dimensions de l’homme. La tête d’homme (ou d’ange) symbolise l’esprit; les ailes d’aigle symbolisent la mobilité du monde des pensées et des sentiments : l’intellect et l’âme; les membres de lion symbolisent la force des sentiments et l’énergie de la volonté; les flancs de taureau symbolisent l’énergie vitale, le corps.

Pour obtenir un résultat sur le plan de la matière, il faut faire intervenir la volonté, laquelle ne peut être mobilisée que par l’âme, stimulée par l’esprit… Ainsi le Sphinx est-il le résumé, l’épitomé du savoir du mage, qui est le mage même. « Connais-toi toi-même… » Gnôti seauton…

Outre le grand Sphinx de Guizeh, gardien des secrets des Pyramides d’Égypte, on a conservé de nombreuses représentations de sphinx d’origines étrusque, grecque et égyptienne… Cet animal mythique — tétramorphe (quatre formes) — semble appartenir au fond commun des traditions méditerranéennes. On le trouve même dans la Bible. Ézéchiel, dans sa célèbre vision, décrit quatre êtres vivants dont chacun a quatre faces : « Voici quelle était la ressemblance de leurs faces : une face d’homme par devant, une face de lion à droite, une face de taureau à gauche, et une face d’aigle à tous les quatre » (Ézéchiel, 1, 10).

Dans l’Apocalypse de saint Jean, celui-ci décrit quatre êtres vivants distincts : « Le premier vivant est comme un lion, le deuxième vivant est comme un jeune taureau; le troisième vivant a comme un visage d’homme; le quatrième vivant est comme un aigle en plein vol. »

Saint Irénée (130 — 208) fut un des premiers à attribuer aux quatre évangélistes le symbolisme des quatre animaux :

l’homme pour saint Matthieu;

le lion pour saint Marc;

le taureau pour saint Luc;

l’aigle pour saint Jean.

La tradition a également assimilé ces quatre symboles aux quatre points cardinaux : signes astrologiques : verseau (l’homme), scorpion (l’aigle), lion, taureau — respectivement signes d’air, d’eau, de feu et de terre.

Les quatre éléments

La doctrine des quatre éléments : feu, air, eau, terre — présente dans l’astrologie comme dans l’alchimie — est également une représentation symbolique et hiérarchiquement ordonnée de l’univers physique.

Sur le plan concret, il n’est en effet possible d’agir que sur ces quatre états de la matière : igné (feu), gazeux (air), liquide (eau) ou solide (terre). On constate que le feu, par son action, est capable de liquéfier un solide et de transformer un liquide en gaz. Il y a donc bien une hiérarchie d’influence. Le Soleil (feu) suscite les vents (air) qui mobilisent les vagues (eau) qui érodent les roches (terre)…

La connaissance de ces correspondances symboliques et analogiques donne au mage tout pouvoir sur la matière. A chaque élément correspond d’ailleurs sa forme de divination : pyromancie (feu), aéromancie (air), hydromancie (eau), géomancie (terre). Selon les alchimistes, des êtres invisibles, des esprits habitent les éléments; la tradition a adopté les noms que leur avait donnés Paracelse : salamandres (feu), sylphes (air), ondins (eau) et gnomes (terre)…

1° Le feu

« Les mages, adorateurs d’un seul dieu, ennemis de tout simulacre, révéraient dans le feu, qui donne la vie à la nature, l’emblème de la divinité. » Voltaire.

Le feu est, symboliquement, l’élément le plus subtil que l’on puisse rencontrer dans la création visible, et le plus puissant. C’est pourquoi le feu, est, par excellence, le support de la magie. Les mages perses, zoroastriens, étaient d’ailleurs des prêtres du dieu Soleil — source de tout feu, donc de toute vie, de toute conscience. Le feu est la nourriture du mage. Un texte zoroastrien affirme : « Tu mangeras du feu, tu boiras de la lumière… » On dit du Soleil qu’il est le logos du feu…, du feu rayonnent la lumière et la chaleur — deux pôles de la même réalité.

La lumière éclaire, illumine. Elle symbolise la vérité et la perception spirituelle. Mais elle éblouit et aveugle le regard insuffisamment pur (exemple : saint Paul sur le chemin de Damas). L’aigle est le seul animal qui puisse fixer le Soleil : aussi est-il un symbole du pouvoir spirituel. La chaleur réchauffe, vivifie. Elle symbolise l’amour et le contact de l’âme, le foyer humain. Mais elle brûle toute matière impure.

Le mot pureté lui-même vient du grec : pyr, le feu. Une des significations symboliques du mot initiation viendrait de ignis, le feu. L’initiation est la purification par le feu. En fait, la purification par le feu est le stade ultime de l’initiation, car il faut, auparavant, passer par les autres éléments : terre, eau, air… Le baptême du feu accompagne la naissance spirituelle, mort à la matière périssable, naissance à l’esprit immortel : résurrection de l’âme… De nombreux mages — ou messagers du Ciel — ont péri par le feu : Pythagore, Jacques de Molay, Jeanne d’Arc…

Par sa subtilité même le feu est partout : dans toutes les formes, dans la matière apparemment la plus figée, la plus froide : car au cœur de la matière se trouve le feu, le pouvoir des dieux… — feu des profondeurs de la matière : énergie emprisonnée, prête à surgir à la moindre sollicitation pour rejoindre la lumière céleste…

Le pouvoir du feu était donc le privilège des dieux. Jupiter — avec sa foudre — symbolise ce pouvoir. Mais vint Prométhée — prototype de tous les extraterrestres civilisateurs — qui, dérobant à Jupiter une étincelle de sa foudre, apporta aux hommes le savoir et le pouvoir des dieux, le savoir et le pouvoir du feu! Depuis ce temps, selon le mot de Gaston Bachelard, « le feu matérialise la fête des hommes. » Avec le feu les hommes devinrent comme des dieux : ils purent maîtriser la matière — la façonner, la forger, à l’instar de Vulcain — car sa chaleur mobilise la matière apparemment inerte, comme un réveil de ses potentialités originelles au sein du logos…

C’est pourquoi le forgeron fut toujours considéré comme un « homme de savoir » — détenteur des « secrets de la puissance et de l’amour ». Car si l’outil — le marteau et l’enclume — sont des prolongements de la main et de la terre, le feu, symbole de la connaissance, est le prolongement de l’esprit. Le feu symbolise l’ardeur — la force vive à l’état pur — et l’enthousiasme, qui est la participation de l’esprit humain à un état divin (en-theos).

Mais, entre les mains humaines, le feu est infiniment fragile ou infiniment menaçant : fragile à l’image même de la vie : la nécessité de maintenir le feu est une nécessité vitale, car le feu intérieur est la vie… C’est pourquoi les vestales, dont la mission était de maintenir le feu sacré — et devaient, pour cela, vivre la vie la plus pure — étaient punies de mort (par étouffement, sous terre) si elles laissaient éteindre le feu, car c’était comme laisser éteindre la vie de la Cité. Seules les vestales vigilantes peuvent impunément servir le dieu — comme les vierges sages de l’Évangile, qui pensent à une réserve d’huile pour leur lampe, en vue des noces mystiques…

Et lorsqu’il fallait éteindre le feu domestique, les Anciens — et les mages de toutes époques — ne soufflaient pas la flamme : car pour l’esprit du feu, ce serait l’équivalent d’une mort violente. On prévenait d’abord l’esprit — pour lui laisser le temps de se retirer — puis on étouffait la flamme. Cette délicatesse envers le feu était, aussi, une protection contre ses dangers. C’est un pacte : l’élément respecte ceux qui le respectent. Car le feu violent est l’image même de la colère divine : le déluge de feu s’abat — sans préavis — sur les hommes indignes d’égaler les dieux.

2° L’air

« L ‘être est d’abord moitié brute, moitié forêt;

« Mais l’air veut devenir l’Esprit, l’homme apparaît. » Victor Hugo.

L’air, sur le plan symbolique, est l’image des propriétés de l’air physique. Premier degré de matérialisation du feu, l’air en mouvement, le souffle, le pneuma, est le véhicule essentiel de toute vie, la nourriture matérielle la plus subtile, essentielle à la vie, par la fonction respiratoire… Esprit, spirale, respiration… Mots qui évoquent la source, le développement et l’entretien de la vie, par intervention divine : c’est le souffle divin qui anime le limon et donne vie au premier homme.

L’intervention de l’esprit passe par l’air, qui symbolise l’intellectualité. Il est ainsi le support de tout message divin. L’air symbolise la fluidité, la circulation, la communication : c’est pourquoi Mercure, le messager des dieux, porte des ailes au talon; c’est pourquoi les anges (aggelos messager), porteurs des messages divins, sont représentés avec des ailes. Le son, la parole, le verbe, ne peuvent se propager que par l’air.

3° L’eau

« Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans l’eau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil. — J’ai soif de cette eau-là, dit le petit prince, donne-moi à boire… » Antoine de Saint-Exupéry.

A l’origine des temps, dit la Bible, « l’esprit de Dieu planait sur les eaux », les eaux symbolisant la matière informe, le chaos primordial. Mais l’eau est, aussi, la polarité inverse du feu. Et ce verset de la Genèse exprimerait la présence fondamentale des deux principes : feu (esprit) et eau (matière) à l’origine de toute création. Ainsi le feu et l’eau sont les deux pôles d’une même pureté et substance divine. C’est pourquoi le baptême de l’eau, dont la pureté est évoquée par la transparence — qui s’adresse à la matière —, préfigure le baptême du feu — qui s’adresse à l’esprit. Le baptême est symbole de régénération; selon la Parole du Christ, tout doit renaître « par le feu et l’eau ».

La structure physique de l’eau — selon les découvertes les plus récentes (travaux de Piccardi et Giao) — la rend sensible à l’action des rayons cosmiques. On comprend donc qu’en son sein, la vie, fécondée et stimulée par le feu divin, puisse s’y développer et s’y épanouir. Toute vie physique naît dans l’eau, qui est l’élément féminin, la mère (la mer…). Aussi l’eau symbolise le confort, l’aisance, le contentement : « comme un poisson dans l’eau »… mais aussi les pièges et les dangers d’une complaisance confortable.

En relation avec l’influence lunaire — et par le constant mouvement de ses formes — l’eau symbolise le psychisme et les activités de l’âme. Condensatrice de fluides astraux — semblable à la boule de cristal des devins — l’eau permet la vision de clichés, d’images symboliques qui peuvent être interprétés comme présages.

La surface de l’eau est un miroir mobile. Elle symbolise l’illusion des reflets déformés par le mouvement. Mais elle est aussi une invitation à la concentration psychique, elle incite à observer et à percevoir — au-delà des images mouvantes — la vision de lumière qu’elle absorbe et reflète.

« Les eaux mouvantes, tout à leur rôle sacerdotal,

« De leurs pures ablutions entouraient les rives humaines » (Keats).

Par la vie — qui naît de leur interaction — le feu et l’eau ne font qu’un. L’alchimie parle du feu liquide et de l’eau ignée… Ainsi l’eau — reflet et polarité inverse du feu — est identique à la lumière. C’est de cette eau-lumière dont Jésus le Christ parlait en s’adressant à la Samaritaine : « Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif… L’eau que je lui donnerai deviendra, en lui, source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean, 4, 14).

4° La terre

« Était-ce la terre, qui se retournait dans son sommeil et remuait des feux très anciens ensevelis sous sa carapace? » Ray Bradbury.

La terre symbolise la solidité, la rigidité, la densité, la pesanteur des formes. Les formes, immobiles, contiennent, en puissance, le pouvoir… Terre : réceptacle de l’eau, de l’air et du feu — moule de la vie et forme de l’âme. La terre, c’est aussi l’humus, ce matériau vivant où tous les êtres qui s’élancent vers la lumière prennent racine. De ce mot humus vient humilité, qui est la conscience juste de la hiérarchie des êtres et des choses.

En tant que forme planétaire, la Terre est l’épouse du Ciel. L’être humain a le ciel pour père et la terre pour mère. Le ciel l’inspire et le conduit; la terre le porte et le nourrit… Les offrandes à la terre, sous forme de libations, sont un hommage de reconnaissance. C’est dans le cœur de l’être humain que s’accomplissent les noces mystiques du feu des profondeurs et du feu céleste.

Les supports magiques

Pour opérer sur l’univers qui l’entoure, et sur son propre univers intérieur, on utilise les forces vives et actives; c’est-à-dire les vibrations, des plus subtiles aux plus denses, qui constituent la substance même des choses. Max Heindel (dans La Cosmogonie des Rose-Croix) exprime ainsi la hiérarchie vibratoire. « Le monde physique est le monde de la forme. Le monde du désir… est particulièrement le monde de la couleur : mais le monde de la pensée… est la sphère du son. La musique céleste est un fait et non pas seulement une fleur de rhétorique. » Aussi, commencerons-nous par écouter le son…

La magie du son est celle-là même du premier acte de création, si l’on en croit saint Jean : « Au commencement était le Verbe… »

1° Le son

C’est-à-dire : le silence; c’est-à-dire : le son en puissance. « Et le Verbe s’est fait chair », et le son fut proféré : le son en acte est créateur de forces et de formes. « La vibration unique originelle s’est démultipliée et différenciée dans la forme. »

La magie des sons — intimement liée à la magie des nombres — crée l’harmonie. A l’échelle cosmique, on peut parler — comme Pythagore — de la « musique des sphères ». Il s’agit ici d’un son cosmique dont le son acoustique n’est qu’une des matérialisations. Parler de musique à propos de l’orbite des astres ne constitue pas seulement une image poétique. Kepler (1571-1630) formula les lois selon lesquelles les vitesses angulaires des planètes sont au périhélie et à l’aphélie (points de l’orbite d’une planète le plus proche et le plus éloigné du Soleil) dans un rapport de nombres simples qui suggèrent (pour les six planètes connues à l’époque) les intervalles musicaux de la gamme majeure (en considérant le périhélie) et de la gamme mineure (en considérant l’aphélie).

« Pendant notre vie terrestre, note Max Heindel, nous sommes tellement immergés dans les bruits et les sons insignifiants de notre entourage limité, que nous sommes incapables d’entendre la musique des orbes dans leur course, mais l’occultiste scientifique l’entend. Il sait que les douze signes du zodiaque et les sept planètes forment la table d’harmonie et les cordes de la lyre à sept cordes d’Apollon. » Les émanations du Verbe divin vont par 7, comme tout processus de création cosmique. D’où les sept notes de la gamme, les sept voyelles sacrées chez les gnostiques, les sept clameurs de Dieu dans le psaume 29, les sept tours résonantes à Byzance, les sept échos de la Mosquée du Roi à Ispahan (Iran)…

D’une conception et d’une vision cosmiques de l’harmonie découle la mission spirituelle et magique du musicien : « …Le musicien… essaye de nous apporter l’atmosphère de notre patrie céleste (en tant qu’esprits) et de l’exprimer par des sons de ce monde terrestre… La musique est le mode suprême d’expression de la vie de l’âme. » (Max Heindel).

C’est pourquoi, du point de vue cosmique, il n’y a de musique que sacrée. La musique, même de divertissement, recèle et exprime quelque aspect de la joie divine. A cet égard, l’expérience de la célèbre médium anglaise, Rosemary Brown, est particulièrement significative et intéressante. (Lire son livre : En communication avec l’au-delà, éd. « J’ai lu », n° A 293).

Un groupe de musiciens désincarnés (c’est-à-dire morts du point de vue terrestre, mais vivants sur le plan de l’âme) ont pensé pouvoir sensibiliser l’âme humaine aux choses de l’esprit en faisant connaître leur existence et en dictant à leur médium des œuvres musicales particulièrement intéressantes sur le plan musicologique. Leur ambition est d’envahir la terre de vibrations harmonieuses… C’est l’ambition de tout musicien conscient de son pouvoir.

Les effets de la musique agissent sur plusieurs plans :

sur le plan de l’âme elle exprime et suscite des émotions de nature esthétique. Par la musique, la contemplation de la beauté est rendue possible, directement accessible à la perception sensorielle;

il est prouvé que la musique a une influence sur les processus de la vie physique (biologique et physiologique). Certains sons spécifiques créent des réactions particulières dans un organisme vivant. Les vaches, par exemple; donnent un meilleur lait quand on les nourrit non seulement d’herbe de qualité, mais de belle musique. Même les végétaux y sont sensibles.

Ceci est d’ailleurs parfaitement compréhensible si l’on songe que la matière dite inerte, telle que des grains de sable, réagit spontanément aux sonorités : la matière vivante, nécessairement plus sensible, réagit donc a fortiori.

La manifestation de l’harmonie divine, par le son, constitue également le langage primordial. Selon les traditions, c’est de ce langage que sont issues, par altérations et modifications, les grandes langues sacrées de l’origine, dont on trouve la trace dans le sanskrit, l’hébreu, le japonais, le grec, l’anglais primitif, etc. Toute langue sacrée exprime le son divin dans le microcosme humain et terrestre.

A cette notion sont liés les mantras ou sons magiques. Le plus connu des sons sacrés — et le plus fondamental, peut-être — dans les traditions orientales, est le OM sanskrit. La répétition de ce mantra permet au yogi, ou au mage, de s’élever au taux vibratoire correspondant à ce son primordial qui crée les univers : la prononciation du OM est une assimilation au divin, source de toute manifestation. Il existe beaucoup d’autres mantras dont chacun correspond à une fonction spécifique, dans le macrocosme et le microcosme. Les gnostiques utilisaient, par exemple, les sept voyelles grecques : α, ε, η, τ, ο, ν, ω, comme mantras ou sons magiques. Ces mêmes voyelles désignent les notes de musique de la lyre heptacorde d’Apollon.

Le son, prononcé consciemment par le mage, ne fait pas que se propager vibratoirement dans l’air. La charge psychique et spirituelle qui est concentrée dans ce son, fait qu’il s’inscrit également dans les éthers les plus subtils : en ce sens le son est véritablement un support magique. On connaît, en physique acoustique, la puissance des infrasons, capables de provoquer la destruction de certains objets. C’est bien la magie du son, liée au nombre de pouvoir : 7, qui fit s’écrouler les murailles de Jéricho…

S’il est prouvé que le son peut, dans certains cas, détruire, c’est qu’il peut également — et d’abord — construire, harmoniser, apaiser. « La musique est l’art des prophètes », disait Luther.

En effet, elle recèle une puissance formidable, susceptible de mobiliser les foules, d’exalter non seulement les âmes et les esprits, mais la matière elle-même. C’est au son de la lyre d’Amphion, selon la mythologie, que les pierres s’animèrent et s’assemblèrent d’elles-mêmes pour former les remparts de Thèbes, la ville sainte, cité de Paix…

Cette puissance de la musique et du son — liée à des lois physico-acoustiques et psycho-physiologiques précises qui restent largement à explorer — devrait inspirer un peu de sagesse à ceux dont le métier est, précisément, de produire des sons (compositeurs, artistes, techniciens, etc.). Car ils sont — qu’ils le sachent ou non, qu’ils le veuillent ou non — de véritables magiciens capables de susciter des réactions en chaîne dont les conséquences peuvent être, selon les cas, bonnes ou mauvaises : or, même dans l’ignorance, la responsabilité est aussi grande.

Cette notion de responsabilité s’applique naturellement à tous ces sons constitués par nos paroles, que nous proférons à longueur de journée, sans nous soucier tellement de leurs effets sur les autres et sur nous-même.

Nous verrons plus loin comment toute forme peut être considérée comme le produit d’un son, comme un son figé. Max Heindel dit que « c’est le son qui produit la couleur ». Or la couleur est bien une forme de la lumière; et au-delà de la diversification de nos sens, lumière et son constituent une vibration unique.

2° Les couleurs

« Les couleurs ne sont pas dans les corps colorés, mais dans la lumière: pour qu’on voie un objet il faut qu’il soit éclairé. » J.-J. Rousseau (Essai sur l’Origine des langues).

L’essentiel de la connaissance occulte peut se résumer dans la couleur, qui est, comme l’avait découvert le grand Newton, le résultat de la polarisation de la lumière à travers un prisme. Dans le spectre lumineux apparaissent sept nuances essentielles — qui ne sont autres que les couleurs de l’arc-en-ciel connues de tous. En fait, toutes les cosmogonies antiques voient, dans les couleurs du spectre solaire, l’image de la création tout entière — vue comme sept plans ou émanations du grand Soleil central… (La discipline traditionnelle et symbolique de l’héraldisme a retenu également sept nuances — teintes — ou émaux, qui correspondaient aux sept planètes alchimiques : or, jaune (Soleil), argent, blanc (Lune), pourpre, mélange d’azur et de gueules, de bleu et de rouge (Mercure), sinople, vert (Vénus), gueules, rouge (Mars), azur, bleu (Jupiter), sable, noir ou violet (Saturne).)

L’œil humain est donc capable de percevoir les nuances fondamentales du rouge, de l’orange, du jaune, du blanc, du vert, du bleu et du violet. Mais il existe une infinité de nuances possibles selon le degré d’intensité de chaque couleur et selon les mélanges possibles entre vibrations lumineuses différentes.

Le Journal Officiel de la République française (du 6 avril 1877) indique que « pour faciliter la recherche des tons dans le travail industriel des impressions photochromiques, il a fallu créer un colorimètre, véritable dictionnaire des couleurs dont les quinze atlas sont mis sous les yeux des membres du Congrès ». Cette grande variété de tons correspond, sur le plan analogique, à la variété qui existe dans l’univers créé et dans les moyens de percevoir cet univers. Ce qui permettait, par exemple, à Marmontel d’écrire, dans un sens figuré, mais analogiquement exact, que « toutes les langues ont les couleurs entières de l’expression et n’ont pas les mêmes nuances ».

On parle aussi de la couleur d’un son pour en désigner le timbre. La couleur, c’est aussi le signe distinctif, dans les anciennes sociétés, d’un individu ou d’une collectivité : livrée, étendard, drapeau (couleurs indiquant une distinction, une appartenance, une fidélité…). Outre les couleurs visibles, il existe également des couleurs invisibles : celles qui échappent à la vision humaine normale. (Les animaux ont, souvent, un champ de vision des vibrations lumineuses différent de celui de l’homme.) Mais certaines nuances invisibles peuvent être accessibles au regard intérieur ou subjectif — au regard de ce que les occultistes appellent l’œil astral ou troisième œil.

Dans l’énumération ci-dessus, nous ne comptons pas l’indigo comme une couleur fondamentale — bien que l’usage l’ait retenu pour justifier le nombre de sept couleurs. En fait, dans l’analyse spectrale de la lumière blanche, on retrouve le blanc qui constitue donc une couleur à part entière : ceci semble montrer, symboliquement, que la pure lumière émanée de l’incréé se retrouve également au cœur de la création. L’arc-en-ciel symbolise d’ailleurs, traditionnellement, la relation du monde visible avec les mondes invisibles — du monde humain avec le monde divin. Après le Déluge, comme signe de la nouvelle alliance entre Dieu et les descendants de Noé, apparaît un arc-en-ciel : « Je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre » (Genèse, chap. IX, verset 12).

La mythologie celtique accorde également une grande importance magique à l’arc-en-ciel : si l’on découvre le lieu où il touche la terre, on y découvrira le chaudron d’or (Graal) qui exauce tous les vœux.

Dans le film de Marcel Carné La Merveilleuse visite (d’après une nouvelle de H.G. Wells), on assiste à un curieux dialogue entre l’ange tombé accidentellement du ciel (la nuit de la Saint-Jean, en Bretagne, terre celtique) et une jeune fille avec laquelle il noue une idylle toute spirituelle. « Il y a des amours de différentes couleurs », dit l’ange. Et savez-vous de quelle couleur est l’amour de l’ange? Transparente… La transparence — qui est la pureté totale — est une condition physique de l’existence non seulement de toutes les nuances de couleur, mais de la lumière même qui en est la source. Sans la préexistence de la transparence — évidente, omniprésente, limpide, infinie… — aucune couleur n’existerait; de même que sans le silence, le son ne pourrait pas se manifester.

Nous assistons, dans le monde moderne, à un déploiement, à une débauche de couleurs : arts, publicité, mode… Un certain public n’apprécie, par exemple, le cinéma ou la télévision… qu’en couleurs. La couleur est ressentie agréablement, elle fait partie des agréments de la vie. Pourtant, comme l’écrit Jacques Guillerme : « La couleur est dans notre univers technique purgée de la plus grande part de son pouvoir émotif et de sa vérité de symbole actif. »

Le même auteur, dans une brochure de vulgarisation scientifique [3], explique que « dans la Chine antique, les couleurs participaient essentiellement à l’organisation symbolique du monde… (elles) témoignaient de combinaisons de forces et d’influences dont le monde physique et social offrait maintes transpositions… La couleur est non seulement signe, mais aussi symbole efficace. Elle participe d’une algèbre de la connaissance, sœur de la divination, de la géomancie et de l’alchimie. » La connaissance de l’influence des couleurs sur le psychisme des humains — comme sur le plan animique de tous les êtres vivants — était jadis l’apanage des initiés et des mages. Pratiquement, la magie des couleurs est à la portée de tout le monde : la seule condition est de savoir sentir les couleurs.

De nos jours, la psychologie s’intéresse un peu aux couleurs, mais sans pouvoir trop approfondir la question, car la science des couleurs devrait être une science globale incluant l’astrophysique, la biologie, la physiologie, la chimie, la psychologie, etc. Seuls les publicistes, semble-t-il, savent ce qu’ils font en utilisant telle ou telle couleur — alliée à telle ou telle forme — en raison de son pouvoir suggestif. Certains architectes, également, commencent à prendre conscience de l’importance de la couleur dans notre environnement de vie.

Mais tout ceci reste encore à l’état larvaire : on attend encore la publication de travaux réalisés par des équipes pluridisciplinaires, comprenant, par exemple : des artistes, des médecins, des opticiens, des philosophes… En attendant, donc, cette science globale de l’influence des couleurs de l’environnement humain, nous devons nous contenter des notions traditionnelles — ce qui est déjà beaucoup si l’on comprend que la tradition ésotérique constitue, déjà, une science unifiée et unique de tous les phénomènes de la nature, vus sous l’angle spirituel. Chaque être réagit à une couleur fondamentale (de même qu’à un son fondamental) qui lui est propre, qui est, en quelque sorte, son diapason sur le plan de la lumière. Ceci peut être constaté aussi des lieux : ne parle-t-on pas d’ailleurs de couleur locale? De plus, toute pensée, tout sentiment ont une couleur émise, qui est visible sur le plan astral, et parfois sur le plan physique. Amyot, un érudit du XVIe siècle, traduit ainsi un texte latin : « Caesar changea sur l’heure de plusieurs couleurs, montrant évidemment à la face qu’il sentait toutes sortes de mouvements en son cœur. »

L’ensemble des couleurs émises par une personne constitue, sur les plans subtils, une aura que peuvent percevoir les clairvoyants. On peut donc, par la couleur, agir sur les plans subtils : équilibrer, calmer ou stimuler selon les cas. Les couleurs — visibles ou invisibles — sont, sur les différents plans de l’être, en correspondance syntonique : la couleur matérielle peut donc stimuler la vibration correspondante sur les plans animique et spirituel.

L’essentiel de cette science initiatique des couleurs a été bien résumé par Oswald Wirth [4] : « Le prisme décompose la lumière blanche en trois couleurs primitives : rouge, bleu et jaune, qui correspondent aux ternaires esprit, âme, corps ou soufre, mercure, sel (les trois principes de l’alchimie). Dans cet ordre d’idées, les couleurs secondaires : violet, vert, orange sont en affinité avec l’âme spirituelle, l’âme corporelle et l’esprit corporel. »

« Le blanc synthétique, rappelant la neige immaculée, devient significatif de pureté, d’innocence, de candeur, de loyauté, d’harmonie, de conciliation et de paix. C’est aussi la couleur de l’intégrité, de l’honnêteté, de la conscience, mais surtout de l’être et de la lumière…»

Voici, présenté succinctement, le symbolisme des principales couleurs visibles, de la plus dense (le rouge) à la plus subtile (le violet). Mais il ne faut pas oublier qu’en deçà du rouge et au-delà du violet, d’autres spectres — invisibles — se déploient : comme les notes de la gamme, les couleurs se manifestent, et se combinent entre elles — telle une symphonie de lumière — entre deux infinis, alpha et oméga de toute la création.

Le rouge

Le rouge, couleur de sang et de feu, représente l’énergie vitale, dans toute son intensité, sa force, sa puissance jaillissante… Le rouge est donc un stimulant physique. Comme tout stimulant, il doit être utilisé avec précaution, pour éviter les excès de vitalité ou l’énervement psychique qui pourrait déboucher sur la violence. Couleur de soleil, de joie et de fête, le rouge est présent dans tous les arts folkloriques et populaires. Il est une couleur chaude, indispensable à la santé des corps comme à la santé des âmes. Le rouge attire et fascine : c’est pourquoi on l’utilise dans les panneaux de signalisation, car on le remarque.

On ne trouve pas beaucoup de rouge à l’état pur dans la nature, hormis quelques minéraux et quelques fleurs et autres plantes. C’est une couleur plutôt secrète: comme le sang — mais nécessairement présente. C’est la couleur du feu des profondeurs. Lorsque la vie surgit, le rouge apparaît. Mais gare aux éruptions incontrôlées… Comme le feu, le rouge peut être dévastateur. Il mérite autant d’attention et de précautions.

Le déploiement du rouge dans l’art et dans les fêtes populaires est sain : comme le feu de Bengale, et les feux de joie. Son danger — comme pour toute chose — n’apparaît que dans l’excès et dans l’intention délibérément destructrice. Le rouge doit toujours être accompagné de couleurs plus froides qui l’harmonisent, l’équilibrent et le canalisent. La nuance pourpre est la couleur des rois. Elle symbolise le pouvoir et l’autorité du sang solaire : elle est source de vie.

Lorsque les vibrations du rouge — expression de l’impératif de vie — sont mêlées aux vibrations de la lumière blanche — expression de la pureté et de l’unité — apparaît la nuance du rose, que l’on considère, à juste titre, comme la couleur de l’amour désintéressé.

L’orange

Cette couleur symbolise l’équilibre entre l’instinct et la raison (le rouge et le jaune), l’harmonie entre le feu des profondeurs et le feu du ciel… C’est donc une couleur de spiritualité équilibrée et harmonieuse : la robe des moines bouddhistes est orangée — ainsi que les vêtements de Dionysos… mais pour les premiers, l’orangé symbolise plutôt l’ascension des instincts vers l’esprit (dissolution de l’ego instinctuel dans le grand Tout indifférencié du Nirvana…), tandis que pour le second la même couleur correspond plutôt au mouvement inverse : la réjouissance d’un esprit divin au travers des aspects diversifiés de la création. Sur le plan vibratoire, l’orangé peut donc être le support d’une montée, comme d’une descente : c’est une des vibrations intermédiaires entre le monde humain et le monde divin.

Le jaune

Couleur de l’or, du soleil et du blé, le jaune symbolise la perfection spirituelle. Le jaune est un tonique du système nerveux et un stimulant intellectuel. Il est la couleur spécifique de l’intelligence — à la fois rationnelle et intuitive. Les vêtements, les murs, les décors, les fleurs jaunes mettent les êtres au diapason du soleil. Comme toute couleur, le jaune doit être pur, pour que ses effets soient positifs. Un jaune sale ou délavé entraîne la dépression nerveuse, l’involution psychique.

Il existe de nombreuses nuances de jaune : l’expérience et la pratique permettent de déterminer laquelle convient pour telle personne. Le jaune brillant symbolise la réussite sociale. Mais il ne doit pas faire oublier que « tout ce qui brille n’est pas or »… Un jaune pâle symbolise la modestie, la sincérité. Toutes les nuances pures du jaune expriment l’amour universel, le goût pour la beauté et la bonté. Le jaune d’or est largement utilisé dans l’art sacré, dans les ornements sacerdotaux, dans les objets cultuels et magiques.

Le vert

Le vert est par excellence la couleur de la vie. (Il est d’ailleurs en correspondance avec son opposé — ou négatif — optique : le rouge.) C’est peut-être pourquoi la tradition populaire veut que cette couleur soit celle de l’espérance. Car au milieu des pires épreuves, il y a toujours une raison d’espérer, propre au dynamisme de la vie : le printemps revient toujours.

Le vert est la couleur de la chlorophylle. (L’hémoglobine — qui apparaît rouge — est une transmutation biologique de la chlorophylle.) C’est par la fonction chlorophyllienne que « l’énergie d’origine solaire est introduite dans les grands cycles biochimiques du globe » (Petit Larousse). Cela signifie symboliquement qu’à travers la couleur verte, l’énergie du soleil se transforme en vie organique.

C’est la couleur de l’eau de mer — qui symbolise la mère de tous les êtres vivants peuplant la planète. Couleur de l’émeraude, le vert est donc la couleur de cette pierre tombée du front de Lucifer (l’ange porteur de lumière) dans laquelle fut taillée la coupe du Graal, symbole de connaissance et d’amour cosmiques.

Lorsque le soleil disparaît derrière l’horizon, apparaît un court instant une flamme de couleur verte. On attribue à ce rayon vert des vertus magiques et médicinales. C’est un message d’amour et d’espérance que le soleil envoie aux humains attentifs, c’est la promesse de son retour après la nuit, la promesse d’une résurrection matinale où la vie et l’amour s’éveilleront pour un nouveau cycle…

Le bleu

Vu de la Terre, le bleu est la couleur du ciel diurne. C’est aussi la couleur des eaux calmes reflétant le ciel. Le bleu symbolise les manifestations de qualités féminines du cosmos : perception de l’infini, sérénité, réceptivité, mais aussi la froide intellectualité — par opposition à l’amour pourpre spontané. Les nuances soutenues du bleu indiquent la manifestation du pouvoir spirituel. C’est pourquoi il est — outre la couleur de la vierge chrétienne — la vibration spécifique de l’archange Mikhaël, avec le jaune d’or. On retrouve ces deux couleurs : azur et or dans le blason des rois de France.

Le violet

Les vibrations du violet sont à la fois les plus subtiles et les plus profondes, au seuil de l’invisible supérieur (l’ultraviolet). Le violet manifeste donc la vibration la plus haute qui puisse exister sur le plan manifesté. Sa rapidité et sa subtilité lui permettent de pénétrer toutes les autres densités vibratoires, qu’elle purifie par son action. La couleur violette aide à la concentration et à la méditation. Elle purifie l’esprit de toute influence étrangère. Elle calme la souffrance morale. Elle stimule l’abnégation, l’esprit de sacrifice et favorise l’éclosion des pouvoirs spirituels transcendants.

3° Les formes

« Il est souvent malaisé de savoir si le symbole a déterminé la forme ou la forme le symbole, quelles sont les relations entre les idées et les formes. Une idée peut pénétrer une forme préexistante et l’enrichir et se modifier elle-même sous l’influence de la forme. Le processus peut être contraire : une forme suggère une métaphore, une comparaison, un symbole qui va exercer son pouvoir sur elle. Pascal l’a dit : « Toutes choses sont causées et causantes, aidées et aidantes ». Louis Hautecœur.

Comme dans tous les arts hermétiques, les formes géométriques constituent un langage privilégié de la magie. Chaque structure géométrique est le résultat d’une vibration spécifique. On peut facilement faire cette expérience, à l’instar des physiciens Chladni et Savart, en faisant vibrer une surface plane sur laquelle reposent des grains de sable : les grains se groupent suivant certaines lignes nodales (lignes suivant lesquelles sont distribuées les vibrations) qui constituent des formes géométriques. Inversement, il y a dans chaque forme existante un mouvement en puissance, une énergie concentrée… Par exemple, la gravure d’un disque microsillon (qui n’est autre qu’une ligne ondulée) est capable de restituer une symphonie complexe…

Géométrie — science des formes — se traduit littéralement : mesure de la terre. Or, les formes sont, en effet, l’aboutissement des grands rythmes cosmiques sur le plan concret de la matière terrestre. Ainsi, l’écriture, par exemple, est la matérialisation du son. On peut dire de tout alphabet qu’il symbolise le son figé dans la forme. Ceci n’apparaît pas, à première vue, dans les alphabets modernes, mais il devait en être ainsi — suivant des lois physiques précises — des alphabets sacrés des origines. Prenons l’exemple de l’alphabet grec. Nous avons vu que les voyelles grecques étaient considérées comme sons sacrés par excellence. Le graphisme de ces voyelles ressemble — dans leur forme minuscule — à des fragments d’une courbe hélicoïdale ou spiraloïdale dans laquelle ils auraient été comme découpés, selon des angles différents :

Pourtant ces formes sont relativement modernes, mais elles recèlent un mystère que l’on n’a pas fini d’explorer. Quand on sait que le Verbe est un autre nom du Christ, on comprend mieux cette affirmation : « Je suis l’alpha et l’oméga »…

Revenons aux formes géométriques simples. Elles sont, naturellement, en relation avec le symbolisme des nombres, et largement utilisées en magie opérationnelle. La forme la plus élémentaire (outre le point et la ligne droite), la plus primordiale et la plus riche est sans doute celle du cercle. C’est, en effet, la représentation la plus dépouillée de toute réalité macrocosmique et microcosmique. Il évoque aussi bien le divin infini des espaces sidéraux (espace courbe) que les puissances divines enfermées au sein de toute sphère planétaire. Louis Hautecœur, dans son beau livre Mystique et Architecture, écrit : « Le plan circulaire semble avoir été dans l’Antiquité fréquemment associé à divers cultes, culte du feu, culte des morts, culte des héros, culte des divinités agraires et souterraines, culte des sources. Tous ces cultes existent dès le troisième millénaire avant notre ère et sont certainement antérieurs; ils font partie de cette religion de la Terre, à la fois déesse stéatopyge de la fécondité, déesse aux seins nourriciers, dispensatrice de la vie, qui pour les peuples chasseurs multiplie et capture les animaux et pour les agriculteurs fait lever les grains de blé, régulatrice de la végétation, déesse que Platon nous dit avoir été la première, ancêtre des dieux célestes, sauf peut-être en Égypte et en Mésopotamie, où, dès le début de l’histoire, coexistent des dieux cosmiques, les uns ouraniens, les autres chtoniens. » (Éd. A. et J. Picard, 1954, p. 3).

Le cercle, et son développement spatial (sphère) et architectural (coupole) seront finalement la référence à une source incréée, que l’on révère comme telle : « Comme les cultes solaires se répandirent au moment même où les architectes commencèrent à savoir construire de vastes coupoles, le symbolisme de cette forme cosmique se combinera avec celui de l’astre suprême, avec celui du dieu, et bientôt avec celui du Christ. » (Op. Cit., p. 145).

Le premier polygone qu’il soit possible de construire : le triangle, inscrit dans un cercle est un symbole du monde divin (la Trinité au sein de l’infini).

Tandis que le carré symbolise le monde matériel proprement dit. Les lois de la matière sont le reflet des lois de l’esprit. Mais les principes spirituels — triples sur leur plan spirituel — s’expriment matériellement par la hiérarchie du quaternaire (éléments, Sphinx, etc.). Cette forme évoque d’ailleurs la rigidité, la solidité, la stabilité. Mais, dans un certain sens, c’est une illusion d’optique, car rien n’est immobile dans l’univers : il n’y a que des apparences d’immobilité. Le carré en mouvement autour de son centre crée deux cercles : l’un circonscrit, l’autre inscrit. Une succession de cercles et de carrés — inscrits les uns dans les autres — symbolise l’interpénétration de l’esprit et de la matière.

La « quadrature du cercle » évoque la relation — voire l’identité fondamentale — du monde divin et du monde matériel; c’est un peu la représentation de l’équation d’Einstein : énergie = matière.

Le pentagramme et l’étoile à cinq branches (pentacle) constituent une autre figure magique importante. (Sa construction géométrique nécessite l’usage du nombre d’or, principe d’harmonie.)

La pointe en haut, elle symbolise l’être humain en évolution vers le divin. Dans le sens inverse, il prend souvent la signification maléfique d’une involution spirituelle. Signalons que l’orthographe pentacle ne s’utilise que pour désigner une figure ayant un ordre de symétrie basé sur 5 (pesta, en grec). Pantacle (avec un a) est peut-être une altération orthographique du précédent. En relation avec le mot grec Pan — qui est le nom d’un dieu incarnant le « Tout » — ce mot désigne toute figure exprimant en formes géométriques une réalité du macrocosme.

La figure suivante — deux triangles enlacés — est une des plus universellement connues et utilisées :

En Occident, nous l’appelons sceau de Salomon, mais elle est connue, sous d’autres noms, par toutes les traditions du monde. L’essentiel de son symbolisme se résume dans l’interpénétration des deux principes cosmiques : masculin, féminin — positif, négatif — yang, yin — mais également : involution, évolution, etc.

Ce sceau résume pratiquement toute l’économie cosmique — toute l’alchimie, l’astrologie et la magie — selon le principe d’Hermès : « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour réaliser les miracles de l’Unité »…

Formes géométriques, alphabets sacrés, figures astrales :

etc., sont donc largement utilisés, notamment pour confectionner pantacles et talismans. Les figures astrologiques sont censées aider à capter la vibration astrale correspondante. Ainsi, un pantacle pour faciliter les études sera certainement marqué du signe de Mercure; un pantacle pour l’amour ou l’amitié, du signe de Vénus; un pantacle pour l’exercice d’une autorité ou d’un pouvoir, des signes de Saturne ou de Jupiter; etc. Ces figures sont également gravées sur les métaux qui correspondent aux planètes : nous touchons là au domaine de l’alchimie et de l’art spagyrique.

La géométrie dans l’espace est également magique. Les platoniciens disaient que l’architecture est une « musique figée ». Nos cathédrales gothiques, par exemple, sont également la matérialisation des lois cosmiques d’harmonie. Mais nous venons de nous introduire, subrepticement, dans le domaine du monde minéral.

Les minéraux

L’élément minéral, qui est le fondement de tout l’édifice matériel de la création, appartient, paradoxalement, au règne de la nature le plus proche du divin, par sa pureté structurelle. D’où son usage magique. Voici quelques courts extraits d’une profonde étude de L.E. de Paini (Pierre Volonté [5]), sur cette utilisation rituélique et sacrée :

« Le grand Totem pierre englobe rituellement le grand espace de temps du quaternaire et achève son cycle à l’ère nouvelle. Ce n’est qu’à l’état de survivance qu’il se prolonge jusqu’à nous, en Europe, où on le signale encore comme ayant des fervents au XIIe siècle.

« …Au VIe siècle Mahé mentionne dans le protocole du concile de Tours le culte des pierres armoricaines, …au VIIe siècle l’évêque de Cantorbery anathématise la pierre, …les conciles de Septine (743) et celui de la Chapelle (789) défendent les pratiques superstitieuses qui se font auprès des pierres consacrées à Jupiter et à Mercure; …au IXe siècle Edgar et, au XIe siècle, Knut prohibent ce culte. Au XIIIe siècle, les Saxons adorent encore des fontaines, des arbres et des pierres.

« …Pour vaincre ce culte païen des pierres, force fut de mettre une croix sur certaines colonnes. On les voyait encore au commencement de la Révolution. On sculptait dans ces pierres la vierge et les apôtres. On apportait les menhirs dans les églises pour faire cesser les superstitions païennes. (…) Les énormes cercles de Stonehenge, de Klassernich, les Colosses de Carnac, d’Averbury, les pierres au mystérieux stigmate rouge du Dekkan, les pierres de l’Asie centrale, l’austère pierre de Gilgal, celles du Sinaï, etc., toutes ces pierres enveloppées de silence nous parlent d’une profonde stabilité mystique qui défie les âges!… Quelle était la vision de ces hommes? La pierre était vivante devant eux, sainte, investie d’une obscure et cruelle volonté divine… En elle ils voyaient leur dieu ! (…) Les serments devaient être faits sur la pierre, alors ils étaient sacrés…

« A son initiation, le jeune brahmane pose son pied droit sur la pierre, pendant que tout l’entourage répète les mots suivants sur le ton de la litanie : « Marche sur la pierre, foule la pierre, sois ferme comme la « pierre.» A Westminster se trouve la vieille pierre royale de la race écossaise : la Lia-Fail, ou pierre de la destinée. Les rois britanniques prêtent encore serment sur cette pierre qui, selon Forbes Leslie, proviendrait d’Afrique. A Athènes les neuf archontes montaient sur une pierre pour prêter le serment solennel de gouverner selon la justice et le respect des lois. A Upsal, il y a une grande pierre sur laquelle les rois prêtent serment et sont sacrés. Cette pierre est entourée de douze pierres…

« Dans le vieux temps, la pierre est la puissance la plus haute. L’homme met en elle toute sa foi, son âme; elle lui donne sa force, sa stabilité, son être profond. Elle est bienfaisante. (…) Les grandes pierres sont vivantes alors : elles prophétisent, le moindre souffle d’air les meut. Partout l’on trouve ces énormes pierres mouvantes en Europe, en Amérique, en Phénicie, en Grèce, en Asie, en Afrique. Elles abondent le long de certaines côtes maritimes : pierres manales des Romains, pierres virantes des vieilles légendes armoricaines, pierres branlantes qui virent, qui dansent, des pays des Landes. (…) Seul l’islamisme a conservé le vieux culte vivant de la pierre… la pierre noire de la Mecque voit toujours la même foule en délire : cube sacré, elle est toujours pour ces hommes la Bait Oullah : la maison de Dieu ! »

On n’oubliera pas, non plus, le jeu de mots de Jésus : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ! »

Dans son état le plus pur, le règne minéral produit les cristaux et les gemmes. Les cristaux — avec leurs 230 modes structuraux découverts par Ergraf Féderov et Arthur Schoenflies — ainsi que toutes pierres précieuses — qui allient la géométrie et la couleur — sont des supports magiques qui recèlent un pouvoir. Les pierres précieuses, en effet, ne sont pas seulement utilisées dans un but décoratif — ce qui relève déjà de la magie esthétique — mais encore comme symbole d’un engagement — comme le diamant des fiançailles — ou d’une fonction — comme l’améthyste des évêques, par exemple.

Le Grand Prêtre des Juifs — imitant en cela les Grands Prêtres égyptiens — portait un pectoral sur lequel on pouvait voir douze pierres précieuses, correspondant aux douze tribus d’Israël [6] :

Émeraude

Ruben

Béryl

Judah

Améthyste

Gad

Jaspe

Zabulon

Topaze

Siméon

Lapis-lazuli

Dan

Agate

Asher

Onyx

Joseph

Sarde ou cornaline

Lévi

Escarboucle

Nephtali

Hyacinthe

Issachar

Chrysolithe

Benjamin

La couronne des rois d’Angleterre porte également douze pierres. Un manuscrit du XVIIe siècle donne le symbolisme des douze gemmes de la couronne de Saint-Édouard [7] :

Topaze : symbole des vertus que doit exercer le roi;

Émeraude : » de la justice du roi;

Sarde : » de l’élévation du roi;

Chrysolithe : » de la sagesse et de la prudence du roi;

Calcédoine : » du courage du roi;

Hyacinthe : » de la tempérance et de la sobriété du roi;

Jaspe : » de l’abondance que doit avoir le peuple;

Chrysopale : » de la recherche des choses célestes chez le roi;

Béryl : » du détachement et de la pureté du roi;

Saphir : » de la continence du roi;

Améthyste : » de la fonction royale que le roi ne doit pas quitter;

Onyx : » de l’humilité, de la charité et de la sincérité du roi.

Un des plus célèbres magiciens de tous les temps, connu au XVIIIe siècle sous le nom de comte de Saint-Germain, faisait un large usage des pierres précieuses.

Jean Moura et Paul Louvet racontent [8] qu’« il se vêtait avec une élégante simplicité, mais les regards ne s’attachaient point à ses habits pour ne voir que les pierres précieuses répandues sur sa personne. Le comte, en effet, était couvert de pierreries. Il en avait à ses boucles de souliers, à ses doigts, à sa tabatière, à sa montre, au col, sur la poitrine. De nos jours, on apporte une certaine discrétion dans sa mise et il est d’assez mauvais goût d’étaler ses richesses. Au XVIIIe siècle, il n’en allait pas ainsi. Les grands seigneurs s’entouraient du faste des souverains orientaux et n’hésitaient pas à faire incruster des turquoises, des saphirs, des rubis, dans leurs ajustements tissés d’or et d’argent. Il n’y avait donc rien d’extraordinaire à ce que M. de Saint-Germain rehaussât sa mine de l’éclat de ses joyaux et même il faut penser qu’il y apportait une singulière discrétion, puisqu’il prenait soin d’en éteindre le trop vif éclat sous des dentelles et des flots de rubans au lieu de les offrir tout crus aux regards éblouis des curieux. Mais voilés de la sorte, ils étonnaient encore, car il n’y avait que les princes de sang et les rois pour en posséder d’aussi gros et d’aussi brillants. » (…)

Ils poursuivent, plus loin : « Encore que M. de Saint-Germain n’ouvrît sa porte qu’à certaines personnes, que de mystérieuses raisons lui faisaient préférer à d’autres, beaucoup de gens prétendaient avoir vu dans son appartement des montagnes de pierreries. Ils s’en disaient éblouis et prêtaient aux pierres des grosseurs fabuleuses. A les entendre, ils avaient contemplé tout le trésor de Golconde. On les croyait d’autant plus volontiers que les joyaux du comte mettaient toutes les cervelles à l’envers, bien que ce ne fût pas Lempereur, le joaillier à la mode, qui les eût montés. Cet étrange et fastueux personnage changeait constamment de bijoux et n’en portait jamais de médiocres, ou même de simplement ordinaires. Il n’arborait que des pierres d’un éclat si pur et d’une taille si remarquable qu’elles semblaient détachées d’une couronne royale.

« D’où lui venait une fortune capable de soutenir un tel train? Il se chuchotait vaguement que jamais le comte ne signait ni ne recevait de billets de change. On eût dit que l’or lui naissait entre les doigts… M. de Saint-Germain semblait prendre plaisir à confirmer les Parisiens dans l’idée qu’ifs commençaient à se former de lui. Il avouait savoir faire grossir les diamants et en fondre plusieurs en un seul. »

On peut penser que les intentions du comte de Saint-Germain étaient moins de manifester des signes extérieurs de richesse (bien que ce fût, à l’époque, une carte de visite non négligeable) que d’user des pouvoirs magiques des pierres dynamisées, de plus, par des opérations alchimiques. Ceci lui sauva une fois la vie : « On apporte un verre, raconte-t-il à propos d’une histoire scabreuse, je le prends machinalement de la main gauche, le gobelet touche une pierre précieuse incrustée dans une de mes bagues, aussitôt il éclate et se brise en mille pièces… la liqueur qu’il contenait était empoisonnée. Si je n’avais pas connu la propriété de mon diamant, j’aurais deviné ce poison à la stupéfaction de la belle veuve. »

Il est maintenant scientifiquement démontré que les pierres précieuses — telles que le diamant — captent, retiennent et émettent divers types de rayonnements. Mais il en est de même, en fait, de tout ce qui est constitué de matière, puisque la matière est énergie… Et un certain degré de vie existe dans la matière apparemment la plus inerte. Lorsque la matière se trouve organisée par la vie, les formes qu’elle prend sont de plus en plus complexes, mais en même temps, de plus en plus libres, de plus en plus conscientes : comme l’avait senti Teilhard de Chardin, minéraux, végétaux et animaux, tous les règnes de la nature participent à la magie cosmique et naturelle — car toute forme témoigne d’une vie, toute vie est puissance, toute puissance est divine. L’astrologie et la spagyrie donnent un ensemble de correspondances précises qui existent entre tous ces règnes.

Les végétaux

Toute forme est aussi symbole et langage. Le règne végétal — qui est un univers magique à lui seul — est souvent évoqué dans l’expression symbolique, en particulier les arbres et les fleurs.

« L’arbre est un nœud de rêves, écrivait Georges Moinard La Villedieu. C’est aussi un être aux prises avec les quatre éléments : la terre, l’air, l’eau et le feu. Il se bat. Il faut donc rêver l’arbre dans son combat, lui soutirer les confidences : il faut faire parler ce muet. Il faut se mettre dans sa peau et se laisser envahir. Si nous pouvions réaliser la psychanalyse de l’arbre nous découvririons des merveilles; mais nous n’en demandons pas tant, nous voulons seulement accroître nos trésors de joie [9]. »

Les druides vénéraient particulièrement les arbres et spécialement le chêne, roi de la forêt. Pour les druides, « la nature est un temple » et les arbres en sont les « vivants piliers », comme dans la vision de Baudelaire. En général, un magicien évite de cueillir les plantes sans nécessité. Couper des fleurs, pour le simple agrément, c’est comme tuer pour le plaisir. Certes, le mage, comme tout être vivant, doit prélever dans la nature ses moyens de subsistance. Mais s’il cueille une plante, c’est avec un infini respect de la vie qu’elle contient. Il s’adresse à la plante et lui demande la permission — avec son pardon — de la couper de ses racines, de son environnement. Chaque règne de la nature se sacrifie pour les règnes supérieurs : les végétaux se nourrissent de minéraux, les animaux se nourrissent de végétaux… Aussi, lorsqu’elle se sent prête à passer sur un nouveau plan d’existence, la plante accorde, avec bonne grâce, la permission d’être cueillie.

Ce qui paraîtra enfantin à l’homme-moderne-rationnel, semblera extrêmement sérieux à un enfant ou à un magicien. On se souvient de l’indignation du petit prince de Saint-Exupéry : « Il y a des millions d’années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien! Ce n’est pas important la guerre des moutons et des fleurs! Ce n’est pas plus sérieux et plus important que les additions d’un gros Monsieur rouge! » [10] En Inde du Sud, des Jaïns balayent le sol devant leurs pas, pour être sûrs qu’ils n’écraseront pas le moindre insecte… Si le geste semble dérisoire, l’intention n’est-elle pas absolument pure?

Le symbolisme des fleurs est particulièrement évocateur. Il y a un symbolisme sexuel : la fleur est l’organe reproducteur de la plante, mais elle s’épanouit au soleil. La fonction essentielle de la conservation de la vie est, chez la plante à fleur, tout en sublimation et en pureté. Les fleurs exhalent le parfum et les couleurs de cet amour omniprésent dans la nature. La symbiose des fleurs et des insectes est un exemple de coopération parfaite dans la nature, qui s’inscrit en faux contre l’exclusivité du principe darwinien de « lutte pour la vie ». Les abeilles se nourrissent du nectar des fleurs — dont elles font le miel. L’intervention de l’insecte permet à la fleur de remplir sa fonction de reproduction.

Certains dispositifs anatomiques de certaines fleurs aident les insectes dans leur tâche, dispositif « constitué par des ensembles de lignes ou de points, par des taches colorées qui existent à la base des pétales des fleurs et qui, faisant office de véritables panneaux indicateurs, guident les insectes vers le nectar caché. En outre, le spectre visible des insectes s’étendant aux ultraviolets leur permet de voir des signes que l’homme ne perçoit pas », écrit Robert Tocquet [11]. Dans un sens figuré et symbolique, on peut dire que les abeilles sont les anges du monde des fleurs.

Les sentiments humains — colorés et parfumés, à la perception des anges — servent de nourriture à ces derniers. Si ces sentiments sont purs, ils nourrissent des anges de lumière qui les transforment en nectar divin. Ce nectar est redistribué à travers tous les règnes… La symbiose de la fleur et de l’abeille est une image de la symbiose des humains et des anges. Naturellement « les semblables s’attirent » et les sentiments d’égoïsme et de violence attirent des êtres peu… attirants et peu recommandables! L’humanité cherche désespérément son miel quand le nectar des dieux est à sa portée, au prix d’un peu d’amour pur…

Il existait jadis un langage complexe et codifié, utilisé par les amoureux, dont les mots étaient exclusivement des noms de fleurs. Langage méconnu de nos jours, mais combien poétique. Quelle jeune fille se souvient aujourd’hui que la belladone rose signifie : « vous êtes trop coquette », que le chèvrefeuille blanc n’évoque que des liens d’amitié, que le dahlia est un hommage de reconnaissance, que le jasmin est fleur de volupté, la pivoine de sincérité, que la garance met en garde contre la calomnie, le pétunia et la violette contre les indiscrétions… la gentiane, la saponaire et l’œillet d’Inde évoquent des souffrances secrètes …? Ce langage codifié n’aurait pas grand intérêt s’il n’était, précisément, qu’un code. Le langage des fleurs se veut l’expression spontanée et vivante des sentiments : c’est donc bien un langage magique…

La magie des parfums, parente de celle des fleurs, appartient également à cette magie d’ambiance dont Baudelaire s’était fait le chantre…

Les animaux

Le règne animal joue non seulement son rôle écologique naturel dans l’ensemble des règnes, mais également un rôle magique par les facultés exceptionnelles de perception des bêtes, facultés que les humains pourraient envier! Aussi paradoxale et déroutante que soit cette idée, la vérité est que souvent les animaux jouent un rôle d’intermédiaire entre certains mondes psychiques et les hommes. Les animaux sacrés, dans toutes les traditions — les vaches de l’Inde, par exemple — sont là pour en témoigner. Ce n’était pas forcément de l’idolâtrie, mais de la magie… Rappelons la vénération que les Égyptiens avaient à l’égard du peuple des chats… Ces animaux sont, en effet, parmi les plus réceptifs et les plus subtils qui soient sur terre. Leurs facultés de perception psychique et d’adaptabilité physique dépassent de loin les possibilités moyennes de l’humanité. De plus, les chats jouent un grand rôle de transformateur d’énergie : ils absorbent les mauvaises ondes — le plus souvent produites par les humains, faut-il le rappeler? — et restituent cette énergie sous forme d’effluves apaisants. Supports de magie, les chats sont, eux-mêmes, maîtres magiciens!

4° Les talismans et objets magiques

Le mot talisman peut être utilisé pour désigner tout objet accumulateur d’énergie magique. Il vient de l’arabe : tilasm, parent de l’hébreu : tselem, l’image (au sens magique) et du grec : telesma, objet consacré.

L’utilisation de supports matériels, en magie, ne doit pas être confondue avec le fétichisme, qui n’est qu’un attachement, souvent maladif, aux objets eux-mêmes.

Tout objet magique fonctionne comme un émetteur-récepteur : sa structure doit être représentative d’un ensemble de vibrations qui l’ont formé et qui émanent de lui. Les formes symboliques n’ont pas de puissance, en soi : elles renvoient toujours à une dimension spirituelle qui seule peut les rendre magiquement actives. C’est l’origine du culte des images (icônes).

Certaines traditions — comme le judaïsme et l’islamisme — interdisent la représentation d’êtres vivants dans l’art sacré. Elles partent du principe que le divin — absolu, intemporel et informel — ne saurait être représenté en tant que tel, ni a fortiori à travers la forme de ses créatures vivantes, hommes ou animaux. Cette opinion fut également défendue dans certaines branches de l’Église chrétienne, à différentes époques. Néanmoins, à chaque fois que l’on a supprimé le culte des images — représentant le Christ, sa Mère, les Saints, des animaux allégoriques, etc. — il fut plus tard rétabli. Tout simplement parce que l’image peut être un support de communication avec l’infini — par les réalités spirituelles ou les symboles de transcendance qu’elle évoque — tout comme le téléphone est un support de communication à distance entre les humains. Qui dit support, veut dire aide. On peut naturellement s’en passer, comme les télépathes peuvent se passer du téléphone. Les symboles sont faits pour nourrir la vie spirituelle, et non le contraire. Mais faute d’un contact immédiat et spontané avec le divin, il nous faut, en quelque sorte, des béquilles spirituelles… Joseph Murphy donnait cette comparaison imagée : « Supposons qu’on vole à un médecin son diplôme et ses instruments. Vous conviendrez bien que sa fortune est dans son esprit. Rien n’empêchera ce praticien d’exercer son art… On ne lui a volé que des symboles. » Il est évident que l’essentiel, pour ce médecin, se résume dans « ses capacités mentales, les connaissances qui lui permettent de secourir ses semblables et sa capacité de contribuer au bien de l’humanité en général ». A la limite, l’esprit peut se passer des formes — bien qu’elles soient nécessaires à son expression — mais les formes se réfèrent toujours à l’esprit.

C’est ainsi que IHVH (Yahveh) — pour soutenir la foi de son peuple — choisit de manifester sa présence à travers l’Arche d’Alliance. Si l’on étudie la conformation et les éléments qui constituent cette Arche — telle qu’elle est décrite dans la Bible — on s’aperçoit qu’elle fonctionne exactement comme un appareil accumulateur d’énergie cosmique. A un tel point que quiconque la touchait — en dehors des lévites préposés à sa garde et initiés à ses secrets — était instantanément foudroyé.

Les parures royales et sacerdotales sont également objets magiques, représentatifs du pouvoir qui accompagne les fonctions sacrées.

La couronne royale, symbole d’autorité, recouvre la tête. C’est le symbole essentiel des rois. Mais les prêtres, également rois sur le plan spirituel, portent également une couronne ou une coiffe symbolique (exemple : la tiare papale).

Le pectoral, bijou recouvrant la poitrine, au niveau du cœur, symbolise la fonction sacerdotale. Mais les rois, également prêtres sur le plan temporel, portent aussi un pectoral. Ce n’est pas un hasard si les mêmes douze pierres précieuses symboliques figuraient sur le pectoral du Grand Prêtre des Juifs, plus de mille ans avant J.-C. et sur la couronne des rois d’Angleterre, près de mille ans après J.-C.!

Enfin, prêtres et rois portent le même bâton du pouvoir, bâton du pasteur (le sceptre ou la crosse…) : les premiers dirigent les âmes et les seconds dirigent les corps, mais ces deux fonctions nécessitent un même sens du sacré, qu’incarne le roi-mage…

Parmi les objets utilisés en magie cérémonielle, figurent les quatre symboles que l’on retrouve dans les tarots, et qui méritent un examen plus approfondi :

la coupe;

le bâton;

le glaive;

le cercle;

qui correspondent aux quatre pouvoirs essentiels du mage, selon la tradition des Rose-Croix : Savoir Pouvoir Oser Se taire…

La coupe est, par excellence, le symbole traditionnel de la connaissance spirituelle : c’est la coupe du Graal qui contient toute l’expérience — et partant, tout le savoir — possible dans tous les univers. Mieux : la coupe représente tous les univers créés… Réceptacle de l’énergie et de la lumière divines, la coupe n’existe qu’en fonction de ce qu’elle peut recevoir. Elle désaltère celui qui vient y boire, elle reçoit et absorbe en son sein le chevalier au terme de sa queste… (symbole de polarité féminine); c’est le calice de la sainte Cène qui reçoit le sang-lumière sacrificiel : symbole de l’âme humaine divinisée… Réceptivité et plénitude.

Le bâton symbolise le pouvoir en puissance (autorité) — (symbole de polarité masculine) : c’est la baguette magique non seulement des magiciens, mais des fées de nos contes populaires… Le pouvoir, au sens magique, c’est toujours le pouvoir spirituel, celui qu’exerce le Bon Pasteur, gardant et dirigeant le troupeau des âmes. Pouvoir d’un centre de force rapprochant, réunissant, harmonisant les éléments épars et divers qui constituent le chaos de la création primitive originelle. Le prototype du bâton magique est sans doute, dans la Bible, le bâton de Moïse — que celui-ci prêtait parfois à son frère Aaron (nommé Grand Prêtre), d’où le nom de verge d’Aaron — dont on peut lire (dans le livre de l’Exode) tous les prodiges qu’il accomplissait.

Le bâton symbolise aussi la foi — qui seule permet l’es miracles : « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous soulèveriez les montagnes… » La foi fut, précisément, le grand moteur de toute l’activité de Moïse. Malgré toutes les manifestations transcendantales dont sa vie fut le théâtre, il lui arrivait cependant, comme à tout être humain, de douter… (Selon la Bible — cf. Nb, 20, 12 — ces hésitations valurent à Moïse de ne pas entrer en Terre Promise.) Lorsque dans le désert, Yahveh dit à Moïse de frapper de son bâton un rocher pour obtenir de l’eau (Ex. 17.6), il hésite, frappe une fois sans résultat, frappe une deuxième fois… et l’eau coule…

Cet épisode du rocher aqueux fait penser naturellement à nos modernes sourciers, avec leur baguette de coudrier… Dans la recherche de l’eau souterraine, la foi, certainement, joue un certain rôle (la présence d’une personne fortement sceptique suffit parfois à empêcher tout phénomène radiesthésique), mais plus encore la réceptivité et la sensibilité aux courants hydrauliques (magnétisme accompagnant les cours d’eau). Cette forme de réceptivité, proche de la divination, fait que le sourcier est souvent simplement assimilé à un sorcier… Le bâton et l’eau…

Le bâton et le feu : parmi les accessoires de magie figure le cierge, qui allie le symbolisme du bâton et celui du feu : présence vigilante et fidèle, lumière suffisante pour se repérer, même dans les ténèbres les plus profondes (la flamme d’une bougie se voit à dix lieues la nuit, mais se dilue complètement dans la lumière du jour, quand vient le matin…)

Le glaive (ou l’épée), est le symbole du pouvoir en action (autre symbole de polarité masculine). Il correspond à l’aphorisme : Oser, parce qu’il n’hésite pas à trancher dans le vif de la vie… Il est le jaillissement de la force génésique au sein du cosmos. Mais, si l’on peut dire, c’est un symbole à double tranchant : « Qui usera du glaive périra par le glaive… » Dans cette affirmation de Jésus le Christ, il s’agit surtout de la manifestation matérielle du symbole : car à quoi sert un glaive de métal, sinon à blesser et à tuer?

Le glaive de la magie blanche doit être pris dans un sens symbolique et spirituel : c’est le glaive de lumière, d’origine solaire, qui vient trancher entre le bien et le mal, trancher les liens dont l’humanité s’est embarrassée et dans lesquels elle s’est empêtrée au cours des millénaires de son histoire… Le glaive de lumière est l’arme des anges (et des cavaliers de l’Apocalypse…). Son action peut être énergique mais jamais violente; elle peut faire mal, mais c’est pour un plus grand bien… Enfin, c’est le plat de l’épée, rougi au feu, qui cicatrise les plaies de la vie…

Le denier est symbolique à deux niveaux :

dans son sens matériel, il désigne le pouvoir matériel que confère la monnaie… pouvoir, en quelque sorte, magique;

dans son sens figuré, il évoque les disques lunaire et solaire (dont les monnaies d’argent et d’or sont de petites images) et partant, il symbolise — comme le cercle, et l’anneau — l’infini dans son aspect visible, cerné, appréhendé (du moins en apparence).

Le mage fait un cercle autour de lui : cela signifie qu’il s’isole du monde des apparences pour rejoindre le monde des réalités de l’infini. C’est pourquoi le cercle protège (comme un bouclier, encore appelé : écu) — comme le silence (Se taire) protège l’initié de l’hostilité des ignorants… La table ronde sur laquelle le magicien officie est une image du macrocosme, une image de l’infini. (Ce symbole a une certaine analogie avec la coupe. Il est également de polarité féminine.) Le cercle symbolise les rythmes, les cycles (sicle : autre nom du denier) et des chaînes d’univers par lesquels l’infini se manifeste, dans les formes de l’univers créé. Le cercle résume le Tout…

La lampe

Dans un sanctuaire, une veilleuse brûle jour et nuit. Elle témoigne d’une présence, d’une conscience, d’une vie. «… Quand nous prononçons le mot de vie, écrivait Antonin Artaud, faut-il entendre qu’il ne s’agit pas de la vie reconnue par le dehors des faits, mais par cette sorte de fragile et remuant foyer auquel ne touchent pas les formes » Présence, conscience, vie du divin qui est en chacun d’entre nous… Mais lorsque l’heure des cérémonies rituéliques arrive, on allume toutes les lampes…

Traditionnellement, sept flammes éclairent le sanctuaire — témoins des sept rayons de création. C’est l’origine du chandelier à sept branches de la tradition judaïque. Dans la liturgie catholique, sept cierges honorent la présence d’un évêque. Chez les orthodoxes, il y a toujours sept lampes au dessus de l’autel. Lorsque vient l’heure de Dieu, les sept sceaux sont ouverts, les sept lampes sont allumées en l’homme, ce temple vivant : l’illumination est alors parfaite…

5° Rites et rythmes

« — Qu’est-ce qu’un rite? dit le petit prince. — C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure des autres heures. » Antoine de Saint-Exupéry.

Entre ciel et terre, tout est mouvement, fluidité, par l’air et par l’eau. Le mouvement n’est autre que la forme en action : la forme qui se dégage de sa fixité, pour rejoindre sa source vibratoire : c’est l’origine de la danse sacrée. Le rituel est la danse du temps, la danse sacrée de tout acte créateur. Le rituel ordonne le microcosme à l’image du macrocosme. Le rite est non seulement support magique, mais surtout support religieux par excellence, tant il est vrai que la magie précède la religion, l’imprègne et lui survit… Le rite est à la vie ce que la rime est au poète… Quand le langage populaire dit qu’une chose ne rime à rien, cela signifie qu’elle n’a aucun sens, aucune signification. La magie consiste, entre autres, à faire en sorte que la vie rime à quelque chose… qu’elle prenne un sens, ou plutôt : qu’elle dévoile son sens!

Magie imitative et magie cérémonielle

Imiter la nature, pour l’artiste comme pour le mage, ce n’est pas la plagier. C’est s’inspirer des mêmes lois. « Tant que l’homme s’est inspiré de sa lucidité instinctive, écrit Oswald Wirth [12], il a cru à la vertu des actes, d’où les procédés magiques primitifs : les rites envisagés comme nécessitant ce que sollicitait leur mise en scène. » Un exemple parmi d’autres : pour solliciter de la pluie, un rite fera intervenir l’élément eau; pour solliciter, au contraire, du beau temps, le feu sera utilisé. « Pour les modernes, il n’y avait là que grossière superstition, mais il est sage de ne pas dédaigner ce qui est superstitieux. D’abord super stare signifie subsister, se maintenir debout : or les superstitions résistent à tous les rationalismes, en raison d’une vitalité tenace, qu’elles doivent à ce qu’elles renferment de vrai… Méconnaître la puissance de l’acte auquel aboutit la pensée qu’il traduit, c’est se fermer à l’intelligence de la loi des actions mystérieuses… La magie joue constamment dans la vie courante; les marques de politesse en relèvent. Leur banalité semble les réduire à de vaines hypocrisies et ce sont elles, cependant, qui entretiennent un sentiment général très réel de bienveillante courtoisie… »

Toute science (ou technique) au service de la religion (religere relier, l’homme à l’infini…) appartient au domaine magique : l’art des constructeurs de cathédrales — à l’image du démiurge, Grand Architecte de l’Univers — relève, par exemple, de la magie des nombres, des proportions, des formes et des forces… De même, la science théurgique est le plus puissant pilier de la religion (quelles que soient ses divinités tutélaires…) « Il n’y a pas de religion sans rites et cérémonies », constatait Henri Bergson. « Ils émanent sans doute de la croyance, mais ils réagissent aussitôt sur elle et la consolident. »

Stanislas de Guaita expliquait à Oswald Wirth (le chantre des rites maçonniques), « qu’en ne tenant compte que de la portée intellectuelle des rites, [on] néglige leur action magique. Accomplis froidement, en tant que symboles instructifs, les rites peuvent s’adresser à l’intelligence, mais ils ne sauraient secouer l’âme en sa sensibilité profonde. Il est une psychurgie qui exige un officiant émetteur d’un dynamisme vibrant, capable d’émouvoir les simples et de réveiller les endormis… Quand ils deviennent routiniers [les rites prennent alors] possession de ce fond obscur de l’âme, dit subconscient, et par l’entremise duquel s’exercent les influences magiques. » Dans le catholicisme, par exemple, on enseigne que les sacrements sont des signes visibles et matériels d’une réalité spirituelle. Or, les sacrements (déterminés au nombre de sept par le concile de Trente) sont octroyés par l’accomplissement de rites au symbolisme profond, dont la signification n’est malheureusement plus guère enseignée.

Magie et religion

Les sociologues disent que l’intérêt croissant — que l’on constate dans les diverses couches de la société occidentale — vers les sciences occultes et la magie, provient en grande partie de la dévalorisation du sentiment religieux, et de la faillite des grandes religions traditionnelles. Ces constatations, en partie exactes, ont besoin d’être nuancées. Il n’est pas exact de dire que la disparition d’une croyance religieuse laisse la place à une croyance magique. En fait, comme nous l’avons déjà souligné, toute religion est imprégnée de magie. Même celles des religions qui refusent cet aspect des choses en vivent, dans la pratique.

Depuis quelques décades, phénomène plus particulièrement significatif de notre époque, tout un travail de sape est accompli au sein des religions et des églises — sous les vocables (et les prétextes) de démythification, de mise à jour (aggiornamento), de simplification, certes nécessaires, mais aux prolongements trop souvent abusifs. Ceux qui accomplissent ce travail — et dont la préoccupation ne semble pas être la plus grande gloire de Dieu! — ont malencontreusement jeté l’enfant avec l’eau du bain, si l’on peut s’exprimer ainsi. Ils ont dévitalisé la religion et sous prétexte de la régénérer, ils ont le plus souvent obtenu le résultat contraire. Comment s’étonner alors que les masses populaires, ne trouvant plus à l’église (par exemple), une source d’énergie psychique, se tournent, soit vers un engagement purement politique et athée, soit vers un occultisme qui semble leur promettre ce que, confusément, elles recherchent…

Naguère, beaucoup de gens allaient à la messe non seulement par habitude ou conditionnement social, mais aussi parce qu’ils étaient concrètement attirés par une présence qui les nourrissait. La présence, certes, existe également sans les rites. Mais ceux-ci rendaient sensibles les réalités de l’esprit et la vie des dogmes. C’est probablement la raison pour laquelle tant de chrétiens sont encore fortement attachés aux rites anciens (tels que ceux de la messe de saint Pie X, par exemple, actuellement interdite par certains évêques sans délicatesse ni scrupule…). L’esprit moderne veut, à tout prix, arracher les racines de toute tradition, alors que tout progrès véritable ne peut s’accomplir qu’en s’appuyant sur une réelle compréhension des lois de la vie, dont la tradition n’est qu’une interprétation dans un temps et dans un espace donnés, interprétation que l’on est en droit de ne pas partager, mais qu’une élémentaire courtoisie oblige à respecter. Où trouve-t-on encore la signification des rites chrétiens que l’Église catholique s’était donné pour mission de conserver? En cherchant bien, on trouve quelques monastères, quelques communautés chrétiennes qui ont tenté de régénérer la vie sacramentelle sans la dénaturer. Il faut reconnaître que l’adaptation d’une tradition presque deux fois millénaire aux exigences de l’esprit nouveau qui souffle — à l’aube de l’ère du Verseau — n’est pas chose aisée.

Chaque tradition, chaque Église, chaque religion a ses propres rites. Même la Révolution française rendait un culte à la déesse Raison! Les rites de ce culte, en partie inspirés par les francs-maçons de l’époque, imposés en remplacement des actes chrétiens, avaient un certain caractère magique des fêtes populaires. Mais ceci n’est pas forcément une garantie d’élévation morale. Le IIIe Reich avait aussi ses grands rassemblements rituéliques… Tout peut se traduire par des symboles : le meilleur et le pire. C’est pourquoi on en revient toujours à cette nécessité du choix conscient. Il n’y a pas de spiritualité dans le conformisme ni la routine. Il n’y a de spiritualité que par le mouvement intérieur et personnel de chaque être, à chaque instant.

En fait, l’humanité cherche son miel! Elle veut reconstituer la grande fête de l’amour et de la joie dont seuls les peuples soi-disant primitifs semblent avoir gardé le secret. L’âme occidentale ne meurt pas de la mort de Dieu, car Dieu est bien au-dessus de ses prétendus fossoyeurs… L’âme occidentale s’asphyxie, faute d’une relation organique, vivante, entre le monde visible et le monde invisible. La magie n’est autre que cette relation.

Le grand retour

« — Qui es-tu, naufragé de l’univers, dieu déchu, excentrique, errant?

Mon nom est Amour, au-delà de toutes frontières… »

A l’heure où le Soleil se lève…

Dans le domaine du fantastique, on peut dire que la réalité dépasse la fiction. C’est le sens de la phrase de William Shakespeare, tant de fois citée : « Il y a plus de choses au Ciel et sur Terre, Horatio, que tu ne peux le rêver dans ta philosophie… »

Le fantastique et le merveilleux sont des choses sérieuses, non des enfantillages. Ce n’est pas pour s’amuser que les grands instructeurs de l’humanité, les prophètes, les initiés et les mages ont souvent fait preuve de pouvoirs extraordinaires. Il convient de remarquer qu’ils n’ont jamais fait usage de ces pouvoirs à des fins de domination personnelle. Leur seul objectif est de servir les plans de l’esprit, en vue de l’évolution présente — et future — de l’humanité, vers un nouvel état de conscience. Cornelius Agrippa, un célèbre magicien du quinzième siècle, exprimait — notamment dans son ouvrage : La Philosophie occulte — le point de vue suivant : « La magie est la véritable science, la philosophie la plus élevée et la plus mystérieuse, en un mot la perfection et l’accomplissement de toutes les sciences naturelles… La magie est une faculté qui a un grand pouvoir plein de mystères très relevés, et qui renferme une très profonde connaissance des choses les plus secrètes, leur nature, leur puissance… C’est la véritable science, la philosophie la plus élevée, et la plus mystérieuse, en un mot la perfection. La physique, la mathématique, la théologie composent la philosophie, la magie seule contient ces trois sortes de sciences si puissantes en prodiges! C’est donc avec raison que les Anciens l’ont estimée la plus sublime et la plus digne de leur vénération. »

Et qui sont ces mages — ces témoins terrestres d’une science céleste? « Il existe aujourd’hui quelques hommes remplis de sagesse, d’une sagesse unique, doués de grandes vertus et de grands pouvoirs. Leur vie et leurs mœurs sont intègres, leur prudence sans défaut. Par leur âge et leur force ils seraient à même de rendre de grands services dans les conseils pour les choses publiques; mais les gens de cour les méprisent, parce qu’ils sont trop différents d’eux, qui n’ont pour sagesse que l’intrigue et la malice, et dont tous les desseins procèdent de l’astuce, de la ruse qui est toute leur science, comme la perfidie leur prudence et la superstition leur religion. » Ces jugements sévères d’Agrippa étaient valables non seulement pour son époque, mais peuvent être transposés à toutes les époques où régnait le même obscurantisme; où la lumière initiatique était mise sous le boisseau…

En notre fin du XXe siècle, nous commençons, à peine, à sortir d’une période d’obscurantisme née au XIXe siècle avec l’évolution purement matérialiste de la science et les insuffisances d’une religion inadaptée… Mais déjà, en 1934, Jean Moura et Paul Louvet écrivaient (op. cit.) : « Que l’homme dégage un fluide mystérieux propre à transporter la pensée, c’est une vérité que la science ne conteste plus. Peut-être découvrira-t-on bientôt qu’il existe encore une autre sorte de fluide et que seules certaines âmes, approchées de la perfection, dégagent ce fluide mystérieux, capable d’agir sur la nature, de dissocier les atomes, de transformer ses combinaisons et de produire des résultats inattendus dans le domaine de la physique et de la chimie. Peut-être la vertu est-elle douée d’une puissance matérielle qu’il sera possible, un jour, d’évaluer, comme on calcule la force motrice et l’énergie électrique. Alors seront expliqués les saints et leurs miracles. »

En 1932, L. E. de Païni prophétisait (op. cit.) : « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, dans notre siècle, qui semble bardé de fer et d’acier à jamais, nous retournons incontinent à la magie, au psychisme intégral. C’est un fait indéniable. Partout sont les symptômes de ce retour : le tohu-bohu de l’heure, le tremblement effroyable de toutes les bases de la société, le changement du caractère de toutes les manifestations humaines, la corrodation de tout le vieux système… cela est symptomatique…

« Chez l’homme, ce besoin de vie vivante qui se révèle par cette avidité de sonorités autres, de dissonances morbides, étranges, ces certains mots, ces certaines lignes, ces certaines couleurs à l’emporte-pièce, qui résument, qui chantent, martèlent, sensibilisent, dégagent la lourdeur du temps, effacent l’espace, enlèvent l’intellect aux choses…, tous ces efforts obscurs, équivoques parfois, qui sont las de détails, d’individualisme, de logique…, qui veulent saisir à pleins bras la source des choses, qui cherchent la synthèse de la vie, qui aspirent au lourd inconscient!… tout cela ne parle-t-il pas de l’avancée mystérieuse, insidieuse d’un être qui a face de magie? Oui… la science retourne à de très vieilles conceptions sans vouloir se l’avouer. Les modifications profondes de la psychologie de l’inconscient posent le problème le plus impénétrable de l’heure. C’est tout bonnement tout le vieil occulte tant décrié qui revient!… Nous retournons à l’universalisme, à la synthèse et cela dans tous les domaines. C’est, je le répète, le formidable problème de l’heure humaine qui se pose… problème moral, mental et social.»

Dans son livre, L’or du millième matin, [13] Armand Barbault analysait les causes du déclin et de la renaissance de l’occultisme : « … Au Moyen Age, à côté de quelques savants respectueux de l’esprit traditionnel, pullulaient de nombreux charlatans… la diffusion de leur prétendue connaissance semait la confusion et le doute dans les esprits… La civilisation moderne naissante s’est mise à manifester à l’égard de l’astrologie et de l’alchimie une opinion peu flatteuse… La découverte des premières lois positives de la physique et de la chimie vint alors jeter l’oubli sur tout un passé et modifier radicalement l’esprit même de la recherche des lois naturelles, en la dégageant de toute exigence proprement spirituelle.

« Mais la vérité n’est sans doute pas au rendez-vous puisque, dans cette civilisation qui lui a apporté la maîtrise de la matière, l’homme ne donne pas l’impression d’avoir conquis le bonheur. (…) Aussi, ne faut-il pas s’étonner si, de plus en plus, certains chercheurs tournent à nouveau les yeux vers le passé et s’interrogent sur le mode de vie et de connaissance de leurs ancêtres. (…) Et malgré la confusion encore régnante, on assiste réellement à la renaissance de modes de connaissance qui furent en honneur dès la plus haute antiquité. »

C’est volontairement que, dans ces pages, nous n’avons pas insisté sur l’aspect négatif et ténébreux de certaines manifestations de l’occulte, qui n’ont pour but que de détourner la lumière initiatique de ses desseins d’amour universel. Car en parler trop est une façon de les évoquer. Il ne faut cependant pas les méconnaître ni les sous-estimer, mais il est inutile de les approfondir. Chacun sait combien il est facile de détourner la lumière, par le mensonge et l’égoïsme — et la tendance contemporaine est déjà trop engagée dans ce sens. Il faut considérer que l’heure du choix est arrivée. Les cœurs sincères se tournent vers la lumière, et toute la hiérarchie des lumières se met au service de ceux qui cherchent l’harmonie : « Bienheureux les artisans de paix, on les appellera fils de Dieu ! » (Mtt. 5; 9).

Une lignée de mages…

C’est plusieurs volumes analogues à celui-ci qu’il faudrait remplir pour raconter comment, depuis que la terre existe, des êtres de lumière se sont incarnés pour apporter à l’humanité le ferment d’évolution, spirituelle et matérielle (l’une ne va pas sans l’autre), sans lequel nul progrès ne serait concevable. C’est une histoire à la fois simple — dans son principe : la loi d’amour — et complexe dans ses ramifications. Toute l’Histoire serait à récrire de fond en comble si l’on voulait rendre compte, objectivement et exhaustivement, de l’intervention magique et transcendante des plans de l’esprit sur le destin humain et terrestre. Il y a d’ailleurs, comme nous l’avons déjà dit, deux formes d’interventions. L’une agit au jour le jour, par l’influence, par l’inspiration secrète des âmes. L’autre, plus spectaculaire, remet en cause l’ordre apparent des réalités concrètes. Prenons deux exemples, l’un ancien et l’autre récent.

Lorsque, il y a quelque trois mille ans (ou davantage), un certain Moïse se présente devant le pharaon d’Égypte pour lui réclamer — purement et simplement — la liberté du peuple juif, le souverain égyptien fait la sourde oreille. Pour manifester la puissance du Dieu qui l’inspire, Moïse accomplit un premier prodige. Voici comment la Bible le rapporte (Ex. 7, 8-13) : « Yahveh dit à Moïse et à Aaron : « Si Pharaon vous enjoint d’accomplir quelque prodige, tu diras à Aaron : « Prends ton bâton, jette-le devant Pharaon et qu’il devienne «un serpent». Moïse et Aaron… agirent selon l’ordre de Yahveh. Aaron jeta devant Pharaon et ses courtisans son bâton qui se transforma en serpent. Pharaon, à son tour, convoqua les sages et les enchanteurs. Et les magiciens d’Égypte, eux aussi, accomplirent par leurs sortilèges, le même prodige. Ils jetèrent chacun son bâton qui se changea en serpent, mais le bâton d’Aaron engloutit ceux des magiciens. Malgré cela le cœur de Pharaon s’endurcit… » La suite de l’histoire raconte comment il fallut que s’abattent les dix plaies sur l’Égypte, avant que Pharaon ne cède… Mais la leçon de ce court épisode est que les magiciens d’Égypte, sans être eux-mêmes nécessairement mauvais, usèrent de leur pouvoir dans un seul but : celui d’« épater la galerie » et d’estomper l’impression laissée par l’intervention de Moïse et Aaron. Ils en furent pour leurs frais, car Moïse utilisait le pouvoir divin, non pour éblouir, mais pour édifier, dans l’ordre spirituel.

Venons-en maintenant à un exemple contemporain : Uri Geller naquit le 20 décembre 1946 à Tel-Aviv. Le docteur Andrija Puharich raconte, dans le livre qu’il lui a consacré, dans quelles circonstances le jeune Uri s’aperçut qu’il possédait des facultés sortant de l’ordinaire. Tout commença par l’impatience du jeune Israélien à quitter l’école, un jour d’été de l’année 1953. Il souhaitait intensément que vienne midi, alors que la pendule de la classe indiquait 10 h 30, ainsi que sa propre montre… Mais soudainement, celle-ci indiqua midi, tandis que la pendule s’obstinait à 10 h 31… Ce fut le départ d’une suite d’aventures et de mésaventures, qui firent connaître Uri Geller comme un des plus étonnants phénomènes de notre époque. Mais n’est-il que cela ? Est-il voué à ne passer sa vie qu’en rendant inutilisables les clés qu’on veut bien lui prêter pour réaliser ses fameuses expériences de torsion ? Une anecdote de sa jeunesse, rapportée par le Dr Puharich [14], mérite d’être racontée, car elle met en lumière certains éléments qui permettront un jour de répondre à cette question : qui est réellement Uri Geller?

A l’âge de 12 ans (en 1958), le jeune Uri s’installe à Chypre avec sa mère. Il y fréquente une école catholique. « En classe, le professeur, en l’occurrence le frère Bernard, évoquait souvent devant ses jeunes élèves la vie d’un juif, Jésus, qui avait vécu à Nazareth, en Israël. A sa naissance, une étoile, telle qu’on n’en avait jamais vu auparavant, était apparue dans le ciel. Arrivé à ce point de son récit, le frère Bernard sourit et expliqua aux enfants que l’étoile ressemblait beaucoup aux vaisseaux spatiaux lumineux que les gens apercevaient un peu partout dans le monde. — Et cette étoile se déplaçait lentement dans les cieux de jour et de nuit, guidant les trois mages à la recherche du Messie. … En grandissant, Jésus fit preuve d’une sagesse et de connaissances supérieures à tous.

« — Frère Bernard, demanda impulsivement Uri, Est-ce que Jésus pouvait déplacer les aiguilles d’une montre sans y toucher? » Cette question provoqua naturellement l’hilarité dans la classe, d’autant plus que personne, à Chypre, ne connaissait les pouvoirs d’Uri, mais le frère Bernard, ainsi que le raconte A. Puharich, ne sembla pas surpris et fit comprendre à Uri que les montres n’existaient pas à l’époque de Jésus. Ce qui n’empêchait pas Celui-ci d’accomplir d’autres miracles, comme « changer l’eau en vin ou multiplier les pains ».

L’incompréhension, inévitable, de ses camarades gênait Uri, mais « ce Jésus lui plaisait puisqu’il pouvait réaliser des choses que les autres ne pouvaient faire et que les gens se moquaient de lui.» D’ailleurs il ne comprenait pas pourquoi « cette population de Chypre qui croyait à Jésus et se rendait à l’église chaque jour, se battait aussi dans les rues à la moindre occasion.

« … Pourquoi les Grecs ne tenaient-ils pas compte des paroles de paix prononcées par Jésus? Et pourquoi les Turcs ne tenaient-ils pas compte de la sagesse tolérante de leur prophète Mahomet? » C’est une question que l’on peut évidemment poser; et la transposer sur un plan universel. L’humanité crucifie ses sauveurs et lapide ses prophètes. A quels spectaculaires rappels à l’ordre le Ciel devra-t-il procéder? Et par l’intermédiaire de quels nouveaux prophètes la paix véritable, la paix cosmique, pourra-t-elle s’instaurer sur terre? L’Histoire à venir nous l’apprendra. Mais n’attendons pas qu’il soit trop tard, car certains réveils pourraient être douloureux…

« Je crois qu’il y a de la vie partout dans l’univers, affirme Uri Geller. Il existe des êtres capables de dépasser l’obstacle de la lumière et de franchir des millions d’années-lumière en un instant. Ils peuvent évoluer d’une dimension à l’autre, se matérialiser sous la forme qu’ils souhaitent et apparaître comme des fourmis, des oiseaux, des humains, ou même des OVNI. Ces êtres de l’espace savent que maintenant les populations terrestres sont suffisamment évoluées pour qu’ils puissent se montrer sous des formes différentes de celles qu’ils avaient utilisées à l’époque biblique. C’est-à-dire qu’à présent, ils empruntent des formes nouvelles. »

Une vie extraordinaire se déploie autour de nous, sans que nous puissions nous en rendre compte. Et pourtant notre existence quotidienne est absolument conditionnée par cette activité cosmique. Nous sommes des citoyens du Ciel et nous l’avons oublié! Les manifestations magiques et paranormales n’ont pas d’autre but que de nous le rappeler.

Les grands instructeurs de l’humanité tentent, actuellement, de réveiller la mémoire cosmique des humains. Car il est impossible de construire l’harmonie et la concorde sur des bases fausses; or la plupart des chemins pris par l’humanité sont basés sur le mensonge (conscient ou inconscient).

Les activités des hiérarchies cosmiques sont diversifiées. De même que la lumière manifestée se polarise en sept couleurs fondamentales, de même la lumière cosmique — selon la tradition — se manifeste par sept rayons principaux (auxquels s’ajoutent quelques rayons occultes). En fait, les sept rayons par lesquels on peut remonter vers la source de toute création, sont les mêmes sept rayons qui ont créé l’univers… Chaque rayon est présidé par un Deva — c’est-à-dire un esprit chargé de surveiller et d’inspirer toutes les activités dépendant de son secteur d’influence. Ces esprits — de très haute évolution — se sont parfois manifestés physiquement parmi les humains. Parmi les sept Devas, il en est un qui nous intéresse particulièrement ici, car la magie blanche, et spécialement la magie cérémonielle et rituélique, dépendent de son rayon, qui est le septième, et dont la couleur correspondante fondamentale est le violet.

« J’ai mille et un visages »

Ce maître du septième rayon s’est lui-même souvent manifesté dans l’Histoire des hommes. Un de ses derniers passages des plus remarqués remonte au XVIIIe siècle où il emprunta le masque de la personnalité du comte de Saint-Germain. Les historiens ont suffisamment écrit sur cette figure, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir. Nous voulons mettre ici l’accent sur l’aspect spirituel et cosmique de sa mission.

En fait, après être intervenu, au cours des siècles, à différents moments cruciaux de l’Histoire — il donna, notamment, une nouvelle impulsion aux mouvements rosicruciens et maçonniques des XVIIIe et XIXe siècles — le comte de Saint-Germain s’est de nouveau manifesté, en plein XXe siècle, dans de nombreux cénacles initiatiques et spiritualistes — manifestations qui n’empruntent rien aux voies humaines conventionnelles et ordinaires : il n’a plus, en fait, aujourd’hui de nom humain et quiconque se ferait passer pour lui ne serait qu’un imposteur.

Une de ses principales réalisations a été — il y a quelques décades — l’inspiration et la création, aux États-Unis d’Amérique, du mouvement I am, au sein duquel ont été révélés, pour la première fois dans un large public, les secrets de la magie des flammes cosmiques. De nombreux groupes, dans le monde entier, se sont inspirés des principes du I am. L’expression I am (je suis, en anglais), est un mantra qui exprime la présence divine. C’est le nom même que Dieu révéla à Moïse : IEVE (« je suis celui qui suis »).

Les flammes cosmiques

La magie des flammes agit vibratoirement. Les flammes cosmiques appelées dans le rituel I am ont pour effet de dissoudre en nous tous les voiles qui nous empêchent de percevoir l’infini et d’en vivre l’amour… Les flammes cosmiques brûlent les scories, les terrestréités dont parle l’alchimiste : elles réalisent un processus de transmutation de la matière, une alchimie transcendantale, qui aboutit, en son ultime accomplissement, à la transformation du sang en lumière et du corps en soleil…

Les principales flammes utilisées sont :

la flamme violette, dont les vibrations purifient tous nos véhicules, et dissolvent le karma accumulé;

la flamme bleue, dont la vibration invincible éloigne tout ce qui n’est pas pure lumière, et sectionne tous les liens que les êtres se sont créés par malveillance;

la flamme vert-citron, dont la subtilité et l’insistance mettent à nu tous les mensonges, éclaircissent les situations troubles ou embrouillées;

la flamme rose est la vibration de l’amour cosmique qui peut pénétrer tous les êtres purifiés par les précédentes flammes;

la flamme d’or est la vibration de plénitude et de joie universelles;

la flamme spontanée, qui comprend trois teintes en égales proportions : rose, jaune et bleu, manifeste l’équilibre parfait, dans chaque être, de l’amour, de la sagesse et du pouvoir. Cette flamme jaillit spontanément (d’où son nom) dans tout être en harmonie avec les lois cosmiques;

la flamme rose-saumon a le pouvoir d’apaiser et de guérir les maux physiques et psychiques.

Toutes ces flammes vont, peu à peu, envahir toute la terre et la transformer en une merveilleuse planète immaculée et divine…

On voit que cette magie des flammes utilise la magie des couleurs. Mais à la différence de cette dernière — n’importe qui peut manipuler des couleurs — les flammes cosmiques viennent directement d’En-haut (l’œil physique ne les perçoit pas) et pour les capter sans danger, il faut une certaine préparation. Il ne suffit pas de répéter des formules magiques toutes faites : il faut une disposition intérieure et un appel des hiérarchies de lumière. N’importe quel chercheur sincère rencontre tôt ou tard, sur son chemin, des guides qui peuvent l’amener au seuil de ce temple solaire… Car la magie des flammes est particulièrement adaptée à la religion solaire qui sera celle du nouveau cycle qui commence…

La magie sacrificielle

Pour bien comprendre le sens des activités du plan des lumières, il convient d’en rappeler l’origine et le but. L’état actuel de la Terre et de l’humanité n’est pas leur état normal. C’est un état que l’on peut qualifier de maladif. Dans l’univers, il n’y a pas de frontières, il n’y a qu’une seule trame d’énergie et de lumière diversifiée. L’humanité s’est enchaînée dans des structures psychiques, mentales, affectives, sociales, politiques, etc. qui ne sont pas l’expression de l’ordre cosmique — intemporel, impersonnel, inconditionné, omniprésent — mais plutôt celle d’une mesquinerie quasiment institutionnalisée… Et il est malheureusement plus facile de se créer des chaînes que de s’en libérer.

Alors le problème est, simplement, qu’il faut en sortir…

Dans l’Antiquité, lorsque les choses allaient trop mal (épidémies, guerres, famines…) on envoyait un messager auprès des dieux : c’est le sens des sacrifices humains (pratiqués avec ou sans l’accord des intéressés…) En versant le sang, on mendiait quelques gouttes du festin céleste. Et souvent on les obtenait.

Les Juifs de l’Ancien Testament se déchargeaient de tous leurs péchés (« tous les péchés d’Israël ») — c’est-à-dire de tous leurs manquements à la loi divine, de tous les complexes et sentiments de culpabilité qui en découlaient, etc. — sur un pauvre animal, un bouc, que l’on envoyait en émissaire dans le désert. Très pratique pour éviter d’aller soi-même se purifier au désert : le bouc y est à notre place. (Il est vrai que le peuple juif avait fait quarante ans d’expérience purificatrice du désert…)

Il y a environ deux mille ans, un homme animé de l’esprit divin, et qui portait le nom de Ieshoue (Jésus), accepta de jouer, une fois pour toutes, le rôle d’intercesseur et d’émissaire. Il pouvait, certes, le faire efficacement, puisqu’il se disait lui-même le Fils de Dieu.

Depuis son holocauste, aucun nouveau sacrifice sanglant ne se justifie plus. Seuls continuent à verser le sang, ou à envisager de le verser, ceux qui n’ont pas entendu (ou pas voulu entendre) la bonne nouvelle que tous les hommes sont frères et enfants de la même lumière divine… Évidemment, cette nouvelle est aussi incroyable et inconcevable pour une humanité obtuse que l’existence de la lumière physique pour un aveugle : et pourtant elle est!

La magie de l’amour

« Chacun de nous attend l’amour. Il faut espérer l’amour.

« Car les pensées ouvrent le chemin. » Martin Gray.

« L’amour n’est rien d’autre que l’étincelle de Dieu dans les hommes…

« Notre amour, pour être adapté à Dieu devrait être infini… Seul Dieu est infini. » Padre Pio.

La magie de l’amour est la plus haute qui soit dans l’ordre spirituel. En effet, elle réalise « les miracles de l’unité » dont parle Hermès Trismégiste. L’unité, dans la diversité, c’est la condition et la définition même de toute harmonie, donc de tout bonheur… Les chemins de la spiritualité (dont la magie est une des formes possibles) mènent vers l’unité transcendantale — au-delà de toutes formes, de toutes différences — qui trouvent, dans l’amour, leur complémentarité. Tous les grands mystiques (on cite souvent : saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d’Avila) expriment leurs expériences spirituelles dans les termes de l’amour.

L’union des âmes (axe horizontal : fraternité) et l’union de l’âme et du divin (axe vertical : transcendance), constituent une hiérogamie cosmique que Maître Eckart expliquait par cette analogie : « Si l’homme restait toujours vierge, nul fruit ne viendrait de lui. Pour devenir fécond, il faut qu’il soit femme. Femme? C’est le mot le plus noble que l’on puisse adresser à l’âme, et il est bien plus noble que vierge. Que l’homme reçoive Dieu en lui (empfängt); Dieu en lui, c’est bien; et dans cette réceptivité (Empfänglichkeit) il est vierge. Mais que Dieu devienne fécond en lui, c’est mieux, car devenir fécond par ce don reçu, c’est être reconnaissant pour ce don. »

Les symboles de l’amour cosmique

Les philosophies, les religions, les rites, les traditions, expriment tous la réalité de l’amour à partir des symboles de la polarité universelle — source et accomplissement de toute création.

On retrouve un même symbolisme dans des rites — très différents dans la forme mais très proches dans l’esprit — tels que ceux du tantrisme et ceux de l’eucharistie…

Tous ces rites ont pour même but de rendre sensible la réalité de l’amour cosmique — symboliquement : l’union du Soleil et de la Lune (de l’esprit et de l’âme), du Soleil et de la Terre (de l’esprit et de la matière) — et d’une façon générale : l’union du permanent et de l’impermanent, de l’unique et du multiple, etc. « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt, 19, 6).

L’eucharistie

« Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. » Psaume 110.

Le rite eucharistique — pratiqué depuis des siècles dans toutes les Églises, en mémoire de la Sainte Cène — était déjà pratiqué deux mille ans avant Jésus-Christ, par le mystérieux roi de Salem, « Roi de Paix » : Melchisédech. Avant l’incarnation du Christ, ce rite de la consécration du pain et du vin était une offrande au Ciel des prémices de la Terre, au contenu symbolique déjà riche.

Pour les initiés, le Christ est l’Esprit solaire androgyne; cela signifie que la vibration christique ou solaire est celle de l’amour universel, dont même les anges se nourrissent : « le pain des anges ».

Parler de la « réelle présence du Christ » dans les espèces du pain et du vin n’est pas une métaphore mais une réalité : la transsubstantiation, telle qu’elle est définie par l’Église originelle du Christ, est l’acte magique par excellence : l’incarnation de la vibration solaire dans les prémices du travail de la terre et des hommes : la nourriture matérielle devient le réceptacle réel d’une nourriture spirituelle. Si pour l’humanité le pain quotidien apparaît essentiel à la vie physique, par l’eucharistie le pain des anges devient substantiel et assimilable par des êtres incarnés.

Les espèces sont un aspect symbolique de la polarité universelle :

le pain symbolise l’énergie, le corps, le soleil;

le vin symbolise la vie, le sang, la lumière… La communion sans vin, telle qu’elle fut longtemps pratiquée dans l’Église romaine, est significative d’un christianisme exsangue, dévitalisé…

Lorsque, à la Sainte Cène, Jésus, adombré par Christ, dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps — prenez et buvez, ceci est mon sang »; il veut dire : « Prenez et mangez le soleil; prenez et buvez la lumière — afin que vous puissiez incarner les principes divins par lesquels vous redevenez des dieux, enfants de votre Père – Mère cosmique, enfants de l’unique Dieu… »

Le rite eucharistique scelle la fraternité des enfants du soleil et de la lumière…

FRANCOIS-XAVIER CHABOCHE

« Vous êtes entre deux rives : vous avez quitté la rive matérielle qui ne vous donne plus satisfaction, et vous devez atteindre coûte que coûte la rive divine où vous contemplerez tout ce que vous avez été. Il n’y a pas d’autre alternative, il faut nager vers la lumière. On ne peut, lorsqu’on l’a entrevue, revenir vers le rivage des hommes, il faut aller vers le rivage des Dieux. » [15]

Maître Saint-Germain, Deva du 7e Rayon

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1 C. Delio : La pauvre colline des morts, revue Planète n° 37.

2 Dans Le Monde du 12-13 août 1973 : « La France ensorcelée », un article consacré au livre de Philippe Alfensi et Patrick Pesnet : L’œil du Sorcier (Robert Laffont, collection Vécu).

3 Jacques Guillerme, Lumière et Couleurs, revue Diagrammes n° 35.

4 Dans Le Tarot des Imagiers du Moyen Age, Tchou, page 101.

5 Éditions Leymarie, Paris, 1932.

6 Liste donnée par J.M. Rivière dans Amulettes, Talismans et Pantacles, Payot, 1950.

7 Transcrit par J.M. Rivière, ibid.

8 Saint-Germain, le Rose-Croix immortel, Gallimard, 1934.

9 G. Moinard La Villedieu, Le Livre de mes Arbres, R. Debresse, éd., 1951.

10 A. de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Gallimard.

11 R. Tocquet, Meilleurs que les hommes (l’entraide dans le monde animal et végétal), Éditions et Publications Premières, 1970.

12 O. Wirth, Stanislas de Guaita, souvenirs de son secrétaire.

13 Éditions Publications Premières, 1969.

14 Op. cit. pp. 42-43.

15 Extrait d’Entretiens avec l’Ami, Éditions Franco-Suisse, Ambilly-Annemasse, 1958.