André De Possel-Deyrier : Microcosme et macrocosme


05 Oct 2015

(Extrait de L’Univers de la Parapsychologie et de l’Ésotérisme, Tome 2, éditions Martinsart, 1976)

L’esprit humain s’arrête parfois dans sa course de vie terrestre pour se tourner, pensif, vers l’au-delà. Le poids du labeur quotidien, une douloureuse crise morale, une pénible épreuve matérielle, un cataclysme terrestre, un bouleversement social provoquent cette suspension soudaine de l’activité physique adonnée, pour la plupart, à la seule acquisition d’avantages matériels. La conscience morale se fait alors entendre. S’écartant de ses préoccupations habituelles, l’homme interroge avec inquié­tude l’infini qui entoure son globe terrestre : que renferme-t-il ? Quel accueil, quel milieu réserve-t-il à ceux qui quittent cette terre au terme, plus ou moins proche, d’une vie où la somme des instants heureux repose à peine des soucis, des déboires, des fatigues et des douleurs ?

Quelques-uns, pensant plus profondément, se demandent à quoi attribuer le principe intelligent, raisonnant, qui se manifeste dans les activités du corps. De quelle nature est cet élément intellectuel ?

Préexiste-t-il à la formation du corps ? Est-il créé en même temps que celui-ci ? Disparaît-il avec lui ou lui survit-il ?

L’exposé, qui fait l’objet des pages qui vont suivre, cherche à répondre à cette inquiétude humaine en éclairant les esprits sur la nature possible de cet infini qui l’enveloppe. Et, s’efforçant d’en percer le mystère, l’être humain y est situé avec sa raison d’être, en lui donnant dans l’immensité de l’évolution cosmique la place et le rôle que doit comporter sa présence manifestée.

La manifestation du cosmos

Nul autre spectacle que celui des nuits étoilées ne donne mieux à l’esprit humain l’impression de l’infini. Les sombres profondeurs où il voit les astres briller par milliers éveillent, en son âme, un sentiment d’espace insondable et sans limites. Les récentes découvertes astrono­miques confirment le bien fondé de cette impression.

On n’ignore plus aujourd’hui les grandes lignes de la répartition des astres dans l’immensité céleste. D’énormes groupements comptant chacun des dizaines, des centaines de milliards d’étoiles, en activité ou éteintes, circulent dans l’infini. Notre système solaire, avec ses neuf planètes dont la terre, fait partie d’un de ces groupes (la nébuleuse de la Voie lactée) qui, d’après certaines estimations, réunit jusqu’à une centaine de milliards d’astres. Des millions de nébuleuses analogues se déplacent dans l’espace à d’énormes distances les unes des autres.

Imaginons que, nous détachant de la terre, nous nous élancions dans cet espace à la vitesse de la lumière (trois cent mille kilomètres à la seconde) allant en ligne droite dans une direction quelconque. Après des millions, des milliards d’années d’une course prodigieuse par sa rapidité et sa durée, nous ne nous serions pas approchés d’un pas des limites de l’espace, nous serions toujours au centre de l’immense infini !

Une telle étendue échappe à notre conception. Mais ce rapide coup d’œil d’ensemble sur l’infini de l’espace va nous permettre d’envisager la période où les mondes qui le peuplent n’étaient pas encore apparus. Quelles étaient alors les conditions de ce milieu ? Si nous nous repor­tons aux indications que nous donnent les traditions religieuses qui, seules, s’expliquent sur l’origine des mondes, nous trouvons tout d’abord dans la Genèse : « Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. » Les antiques écritures védiques s’étendent davantage dans la description du chaos primitif. Nous lisons dans l’hymne à la Création : « Qui était là ? Car il n’y avait rien. Depuis toutes choses furent. Les inaccessibles super-espaces n’existaient même pas. Par quoi la création est-elle recouverte ? D’où vint-elle ? Qu’étaient ces eaux furieuses dont les flots hurlaient et s’entrechoquaient comme des taureaux sauvages ? Il n’y avait alors pas de mort, car l’immortalité n’avait pas encore été rêvée. De noirs tourbillons emplissaient les ténèbres. Il n’y avait pas de lune. Et le phare du jour ne brillait pas encore. Dans-le bouleversement de ce chaos, qui poussa le cri d’or de la Création ? Qui sait cela ? Comment osons-nous parler de cela ? Les dieux, plus anciens que nous, ne sont-ils pas eux-mêmes silencieux ? Et cependant, elle est là, autour de nous, cette danse de lumière. Elle est comme un piédestal de feu reposant sur… quoi ? Ah ! Lui ! L’Ultime ! est témoin de tout. Mais quand nous disons : II est conscient, peut-être ne l’est-il pas ! »

Ces deux textes s’accordent à indiquer l’état chaotique et obscur de l’espace avant l’apparition des mondes. Aucune forme mais un mélange confus de fluides, de vapeurs, agités de furieux tourbillons, donnant l’impression d’énormes masses liquides en mouvement dans une immensité ténébreuse. Mais l’idéation divine intervint. « L’esprit de Dieu se mouvait sur les eaux » dit la Bible. « L’Ultime, l’Absolu, était témoin de tout », proclament les Védas. Ainsi l’ordre s’établit dans le chaos obscur, les mondes prirent forme peu à peu, la lumière jaillit en une clarté céleste qui s’irradia dans tout l’univers.

Les enseignements scientifiques de l’occultisme s’accordent avec ces textes et les expliquent : à l’origine, de toute éternité, l’Être suprême, l’Absolu, inconcevable, innommable, immuable, seul existait : «Je suis celui qui suis. » Sa présence emplissait l’infini !

Nous ne pouvons concevoir l’Être suprême, l’Absolu. Sans forme, sans aucun des aspects sous lesquels nous avons coutume de percevoir un corps animé, nous ne pouvons l’admettre que comme une puissance sans limitations, une force incommensurable, emplissant l’infini de sa substance dont la nature subtile défie toute comparaison avec la matière la plus délicate, la plus raréfiée que nous puissions imaginer. Et cet être, éternel, a une raison d’être qui lui constitue des lois qui sont sa nature même, lois auxquelles obéit le cosmos. Si nous en pouvons juger par ce que nous constatons dans notre rayon si restreint de perception et d’expérience, l’essence de la nature divine est une condition d’homo­généité, d’unité. Vers sa réalisation tend l’évolution de l’univers, triomphant lentement, au travers des millénaires, des multiples obstacles que lui opposent l’ignorance, l’inconscience humaine et l’inertie de la matière.

L’Être ultime est, par essence, la perfection suprême, l’absolu, en dehors duquel rien n’est plus parfait, plus élevé en facultés, en qualités, quelles qu’elles soient ! Pour quelle raison cet être, perfection totale, sublime, absolue, éprouva-t-il la nécessité de se manifester en créant, en lui, un monde formel ? Quel besoin a pu conduire l’Absolu à s’expri­mer dans la forme ? Pourquoi la perfection ultime s’est-elle abaissée à des niveaux inférieurs à elle-même ? Le niveau actuel de la conscience humaine laisse cette question sans réponse. Parvenu à un degré d’évo­lution très supérieur, dans des milliers, des milliards d’années, l’esprit humain pourra peut-être envisager ce problème avec quelque clarté. On affirme, en occultisme, que de grands êtres, très évolués, ne savent pas, eux-mêmes, ce qu’il en est à cet égard.

Mais est-il nécessaire de rechercher dans la manifestation un but, un motif quelconque ? Ne serait-ce pas plutôt une fonction inhérente à la nature de l’absolu, une de ses manières d’être, une des lois de son existence ? Nous constatons, dans la nature, la succession rythmique des opposés : lumière et ombre — jour et nuit — activité et repos. Ce rythme doit être général et présider au fonctionnement du cosmos tout entier. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », disait Hermès Trismégiste. Le microcosme reflète le macrocosme. Le sommeil et l’éveil, l’aspire et le respire sont des fonctions de la vie physique de même qu’ils règlent la vie universelle, celle du cosmos. La manifesta­tion, période d’activité, éveil de l’infini divin, succède à la période de repos, de sommeil pendant laquelle l’univers manifesté se résorbe en lui. La loi d’alternance conditionne l’existence de l’Absolu aussi bien dans son ensemble que pour chacune de ses parties. C’est la palpitation d’un être infini qui se répète dans tous ses composants d’une manière réduite, en raccourci. En ce qui le concerne, les deux temps de ce rythme comportent chacun une durée incalculable, des milliards de milliards d’années terrestres.

Pour l’instant et pendant un long avenir, nous devons nous en tenir à une constatation de fait : la manifestation existe, elle emplit l’univers, elle dépasse les limites de perception de nos sens et de nos instruments. Notre intelligence, notre science s’efforcent chaque jour de pénétrer davantage sa puissance, sa mystérieuse profondeur. Nos connaissances acquises dénotent l’existence d’une puissance incommensurable, infinie, mais ordonnée, rationnelle, qui dirige le cosmos. Les mondes et les êtres qui le peuplent suivent ces lois immuables qui tendent à l’union, à l’harmonie universelle. Le but final de l’évolution apparaît dans l’unité par le retour à l’identité avec l’Absolu d’où émanent toute vie et toute forme. Les hypothèses scientifiques s’accordent sur ce point aux données de l’occultisme. Elles envisagent l’unité de la matière. La réduction du nombre des corps simples tend de plus en plus à la démontrer.

Essayons de nous faire une idée, très lointaine certainement, de ce que pouvait être la nature et l’état de l’absolu-espace avant toute mani­festation.

Tout d’abord, il va de soi que si, à un seul moment, à un seul instant, si bref qu’il pût être, il n’y avait rien existé, il n’y aurait jamais rien existé, aucune existence ne pouvant émaner de la non-existence. Le néant ne peut rien produire. Autrement dit : rien ne peut produire quelque chose. On ne peut se représenter le néant, même comme un vide. Le néant, c’est l’absence même du vide, de tout espace. C’est l’inconcevable. Donc, l’être éternel, absolu-espace, infini, existait impassible, immuable, l’absolu ne faisant qu’un avec l’incommensurable infini.

Tout ce qui existe actuellement, toute intelligence, toute matière, toute forme proviennent de ce qui existait à cet instant. On doit en déduire que cette existence, cet Être était un composé d’Esprit, source de toute intelligence, et de Substance qui, par des transformations successives, est à l’origine de toute matière depuis la plus ténue (matière radiante d’une extrême subtilité) jusqu’à la plus dense : la matière physique terrestre. Il est évident que, rien ne pouvant être tiré du néant, toute la manifestation du cosmos ne peut provenir que d’élé­ments existants de toute éternité. L’être, esprit-substance, est donc à la base de tout ce qui existe. Il est l’unique, le véritable substratum de tout phénomène, de toute forme, de toute matière. L’hypothèse scien­tifique rejoint là l’occultisme par sa théorie de l’unité de la matière. En une intuition géniale, résultat d’une longue méditation, le philosophe Spinoza a proclamé le même principe : « Dieu est le seul être, la seule substance. Tout ce qui existe n’est que modes et attributs divins. » Cette magnifique doctrine est la forme la plus rigoureuse du panthéisme.

Le terme d’esprit-substance s’impose car il est impossible de conce­voir l’esprit, isolé, sans support. L’esprit est, obligatoirement, associé intimement à un élément qui permet et assure son fonctionnement. Quelle est la nature de cet élément d’une subtilité qui dépasse toute imagination ? Nous ne saurions le concevoir que comme une vibra­tion qui maintient une cohésion, un potentiel dans le milieu énergétique qu’il constitue.

Il est difficile d’essayer d’envisager de plus près ce qui emplissait l’infini à cette époque. Dans cet infini, Esprit-Substance, imaginons la première apparition de la manifestation. Quel en fut le départ ? Un mou­vement tourbillonnaire se produisant en un ou divers points de la masse en état de vibration constante et uniforme. Sous cette influence survint une condensation de la substance et des modifications dans le taux vibratoire. Ce furent les premiers électrons, analogues, sinon identiques, à ceux que nous observons dans la désagrégation de la matière physique. Ces électrons étaient certainement d’une nature plus subtile que ceux qui s’échappent des atomes physiques. Sous l’influence, sans cesse agissante, de la vie créatrice, des agglomérations de ces électrons for­mèrent des éléments plus denses que la matière primordiale. Une succes­sion des mêmes phénomènes d’agglutination des éléments nouveaux en créèrent d’autres, de densité encore plus accentuée. Ainsi se mani­festèrent, peu à peu, différents états de substance de moins en moins subtils (atomes) jusqu’à arriver aux niveaux gazeux, liquide et solide de la matière physique du globe terrestre. La découverte des phéno­mènes de radio-activité, la désagrégation lente des corps radio-actifs viennent à l’appui de cette théorie. Cette désagrégation n’est autre chose que le retour de la matière grossière à son état primitif sous des influences qui dissocient les conglomérats d’éléments mentionnés au paragraphe précédent.

L’infini espace s’est donc rempli de matière à des degrés divers de densité, depuis la plus subtile, la plus impondérable, jusqu’à la plus grossière. Sous les impulsions qui agissaient en son sein, des globes tourbillonnants se formèrent; les forces centripètes en condensèrent les noyaux, tandis que l’action des forces centrifuges détachait de la masse gazeuse des lambeaux, futurs satellites du globe principal. L’observation des corps célestes donne de nombreux exemples de cette genèse des mondes. Notre système solaire avec ses planètes, les nébuleuses spirales, tournoyant dans le lointain espace, offrent des aspects qui donnent toute probabilité à ces hypothèses.

Pour avoir une idée des masses en action, rappelons les dimensions de quelques astres : Jupiter, comme la Terre, satellite solaire, douze cents fois plus gros que celle-ci ; Pluton, dernière planète solaire connue, gravite à six milliards de kilomètres du Soleil central. Quel volume devait avoir notre nébuleuse solaire lors de sa formation ? Le diamètre solaire mesure un million quatre cent mille kilomètres. L’étoile Antarès, du Scorpion, a une dimension telle que si on faisait, par un transfert théorique, coïncider le centre d’Antarès avec celui du Soleil, non seulement le Soleil tout entier serait englobé par Antarès, mais les planètes satellites solaires : Mercure, Vénus, la Terre et Mars graviteraient à l’intérieur de cette étoile. (À noter la distance de Mars au Soleil : 230 millions de kilomètres.)

Qu’on ne perde pas de vue que cette formidable éclosion de mondes se passe au sein de l’absolu infini divin. Rien ne peut être hors de l’absolu puisqu’il coïncide avec l’infini qu’il emplit. « Dieu est dans tout, tout est en Dieu. » (saint Paul).

L’origine et la finalité de l’homme

Le cosmos manifesté, sur les mondes ainsi créés, la vie prit forme : le minéral, le végétal, la cellule animale, enfin l’homme apparurent dès que les conditions d’habitabilité leur furent favorables. Essayons de suivre brièvement l’être humain depuis ses origines et dans son évolu­tion matérielle et spirituelle. Quand la vie anima des formes dans le cosmos, cette manifestation se produisit assurément sur de nombreux mondes dans l’immense univers. Les formes varièrent selon le stade de formation de ces mondes, elles leur furent appropriées. Les milieux gazeux, vaporeux, semi-liquides, reçurent des corps de même nature. Seuls, les mondes suffisamment refroidis et possédant les trois éléments gazeux, liquide, solide, purent offrir un habitat aux êtres physiques, tels que nous les connaissons sur notre terre. Il ne s’ensuit pas que la vie universelle n’ait animé et n’anime pas encore des êtres dotés d’orga­nismes vaporeux, liquides, semi-liquides ou même composés de gaz incandescents. Êtres de feu, admis par certains savants qui les dénom­maient Pirozoaires.

Qu’est-ce que la vie ? La science en a fait une fonction de la matière organique. Elle n’admet sa présence qu’à l’apparition de celle-ci. Elle affirme que la vie disparaît avec la destruction de la matière organique. C’est là, croyons-nous, une erreur fondamentale. La vie est une énergie indépendante de toute matière, organique ou non. Elle préexiste à celle-ci et se manifeste en elle, maintenant sa cohésion, que la matière soit organique ou inorganique. La vie des cristaux, scientifiquement admise, en est une preuve. Quand la vie se retire d’une portion quel­conque de matière, celle-ci se décompose, s’effrite et revient peu à peu à un état moins dense qui peut ne pas être dépourvu d’énergie vitale.

La méconnaissance de la nature de la vie a rendu inexplicable la manière dont elle est apparue sur notre terre, globe incandescent puis bouillant, où aucun germe de vie ne pouvait apparaître, l’existence de toute matière organique étant interdite par la température. L’apport de ces germes à travers les espaces sidéraux n’était pas admis, par suite de l’effet destructeur des rayons ultra-violets très actifs dans les espaces intersidéraux, et des basses températures pouvant atteindre -270°, et aussi en raison de l’incandescence à laquelle arrivent les parcelles matérielles (météorites) par le frottement qu’elles subissent en traver­sant l’atmosphère terrestre avant leur chute sur notre globe. Toutefois, en ce qui concerne les rayons ultra-violets, des expériences récentes, réalisées dans la stratosphère, ont démontré la résistance à leur action de germes organiques enfermés dans des tubes où l’on avait fait le vide.

En réalité, la question est solutionnée si l’on admet que le principe de vie n’est pas lié à la matière organique. La vie est un principe énergé­tique, indépendant de la matière physique, mais elle l’anime, et assure ainsi son fonctionnement. Le principe vital n’est jamais altéré par les conditions de milieu. Aucune température, froide ou chaude, le feu, l’eau, les substances toxiques, etc., ne l’influencent ; leur action ne s’exerce que sur la matière organique qu’elles rendent inapte à être le siège de la vie.

La vie était donc apparue sur les mondes en des formes diverses. Nous savons que, sur notre terre, après le règne minéral, végétal, animal, l’être humain survint. Il nous intéresse tout particulièrement. Cherchons à comprendre sa venue et son évolution.

Les premiers vestiges certains de la présence de l’homme sur la terre datent du début du quaternaire. Il est à supposer qu’il s’y trouvait déjà, depuis quelque temps, à un état de développement intellectuel très rudimentaire qui ne lui avait pas permis de laisser des traces de ses actes. Aussi s’accorde-t-on à dater son apparition de la fin de la période tertiaire, bien que les restes squelettiques, d’apparence humaine, figu­rant dans ces derniers terrains, soient rejetés comme non authentiques par la plupart des paléontologistes. (Louis Vialleton, Origine des êtres vivants.) On peut admettre que l’apparition des premiers ancêtres humains est survenue il y a deux cent mille ans.

Contrairement à ce que l’on constate chez les races animales, l’homme a évolué, depuis sa venue sur terre, physiquement et surtout intellec­tuellement. Seul, des êtres du règne animal, son raisonnement a pro­gressé en rapport avec le développement de son intelligence le rendant ainsi capable de réalisations de toute nature et d’un progrès moral qui n’entrent dans les possibilités d’aucun autre animal. Par cela même, nous sommes amenés à conclure que l’être humain est constitué, outre son corps physique, d’un élément spirituel susceptible de dominer et diriger l’organisme comme un musicien son instrument. Cet élément spirituel ne peut provenir, nous l’avons dit, que de l’essence spirituelle de l’Absolu (Esprit-Substance). Aucune autre source spirituelle n’existe dans l’infini. Et cet élément spirituel du complexe humain en est natu­rellement la partie consciente, directrice. Émanation de l’esprit divin, parcelle divine affectée à un organisme physique, il ne s’y trouve pas incarné, la matière grossière n’étant pas compatible avec le pur esprit. Cette parcelle divine constitue le moi supérieur, l’être réel de l’homme. Distincte de l’Absolu, elle demeure sur un plan supérieur projetant vers les plans inférieurs un faisceau de vibrations qui y forment le moi agissant, l’ego, qui anime le corps physique.

Ainsi les expériences recueillies par l’ego, au moyen du corps physique, sur les plans inférieurs, parviennent au moi supérieur qui prend, de la sorte, une conscience de plus en plus élargie de la nature et des possibilités de l’univers. Le but de ces acquisitions est de per­mettre au moi supérieur émané de l’Absolu d’y revenir avec une connaissance complète, totale de ce qui existe dans l’infini. Pour ce faire, il doit posséder, à la perfection, les diverses facultés, dont celles d’amour et d’intelligence universelle, qui le rendront conscient dans toutes les parties de l’infini et en union intime avec la vie qui emplit cet infini. À ce niveau, le moi supérieur sera en état d’identité avec l’Absolu, il ne fera qu’un avec lui.

Pour réaliser cette évolution, l’ego, le moi qui anime le corps humain, doit se rapprocher peu à peu de son moi supérieur (Esprit pur) dont il est l’émanation, la projection, le centre vibratoire sur les plans inférieurs. Il se détache en même temps des corps plus ou moins matériels qui sont ses moyens d’action sur ces plans. Ce rapprochement et ce déta­chement sont la tâche de l’être humain.

Nous ne pouvons, dans ce bref résumé, entrer dans des considéra­tions de détail au sujet des différentes enveloppes ou corps qui consti­tuent l’ensemble de notre être. Nous sommes actifs, par des corps multiples, sur les différents plans de l’univers, au fur et à mesure que notre évolution s’accentuant nous devenons conscients sur ces plans. Qu’il nous suffise d’indiquer quels sont ces corps. Les anciennes écoles d’occultisme les énumèrent comme suit, en commençant par l’enveloppe la plus matérielle, la plus apparente :

  1. Le corps physique : organisme de la vie terrestre ;

  2. Le corps éthérique : lien intermédiaire entre le corps physique et les autres éléments de l’être ;

  3. Le corps astral : siège de la sensibilité, des émotions, des désirs ;

  4. Le corps mental : siège de l’intelligence ordinaire ;

  5. Le corps causal : siège de la pensée abstraite ;

  6. Le corps bouddhique : siège de la spiritualité ;

  7. Le corps atmique : élément spirituel, émanation du divin, Esprit-Substance.

Disons simplement que les cinq premiers corps s’interpénètrent tout en restant distincts. La nature de leurs vibrations, leur taux vibratoire, sont différents et les séparent.

L’homme peu évolué n’est conscient que dans les quatre premiers corps qui, seuls, sont en activité. Au stade primitif, et pendant longtemps ensuite, il n’est préoccupé que par ses besoins matériels. Ses désirs ne vont pas au-delà de la satisfaction des appels du corps physique. Ce dernier est alors des plus grossiers, l’éthérique est épais et lourd, l’astral sombre et dense ne répond qu’aux émotions violentes. Le mental exerce sa faculté d’intelligence à la recherche des aliments et à la satisfaction de toutes les nécessités de la vie physique : habitat, vête­ments, etc. Les deux corps supérieurs sont en quelque sorte étrangers à la conscience de cet homme. Ils restent inertes, ne recevant aucun appel de la personnalité physique.

Cependant, les expériences multiples, qui éprouvent l’être humain dans la suite des vies successives, finissent par éveiller en l’ego, moi inférieur, d’autres désirs, d’autres aspirations que celles des jouissances matérielles. Les leçons, heureuses ou malheureuses, de ces expériences, l’acquisition de nouvelles connaissances qui lui font découvrir, chaque fois davantage, la nature du divin univers et les forces qui agissent, conduisent l’esprit humain à la méditation des grandes lois spirituelles qui régissent l’évolution, lois d’amour et d’unité. Ainsi s’établit un cou­rant de plus en plus intense, de plus en plus continu, entre la personnalité et l’ego d’une part et le moi supérieur d’autre part. Cette activité pro­voque l’éveil des corps subtils, tels que les corps causal et bouddhique, qui répondent aux vibrations des pensées élevées, de même nature que celles qui les constituent.

L’être humain devient ainsi de plus en plus conscient dans ses corps supérieurs : il maîtrise peu à peu d’avantage les vibrations inférieures. Les émotions, les désirs de l’astral se transforment en d’ardentes aspi­rations vers la pureté spirituelle, vers une union de plus en plus intime avec l’infini divin. L’homme peut alors épuiser en quelques vies les conséquences de ses fautes passées, s’abstenant de tout ce qui méri­terait son retour sur les mondes physiques. Affranchi de toute incarnation sur les lourdes terres matérielles, il poursuit son évolution vers l’absolu en des sphères supérieures de beauté et de lumière dont la splendeur nous échappe. En lui, seul existe l’amour divin qui embrasse l’infini et tout ce qu’il contient. Devenu ainsi conscient dans la totalité du cosmos, centré dans son septième corps, l’atma, le pur esprit, l’être parvenu au taux vibratoire suprême s’identifie avec sa source : l’Absolu ; son évolu­tion est terminée.

Mais une pareille évolution s’étend sur une durée de temps considé­rable. Une ou même quelques vies ne sauraient suffire à quiconque peine et souffre sur cette terre, inconscient ou presque des vérités spiri­tuelles, pour éliminer tout désir matériel et réaliser la lumineuse pureté de la vie divine. Une longue série d’incarnations en des corps physiques, l’usage ensuite de véhicules de moins en moins grossiers, avec toutes les expériences qui en découlent, sont indispensables pour cette pro­gression qui nécessite des milliers, des millions de siècles. Il est à remar­quer que le progrès évolutif ne devient sensible qu’à partir du moment où la pensée de l’homme se tourne vers l’idéal divin, la période antérieure est d’une très longue durée.

La croyance en la réincarnation, très vivace chez les peuples d’Orient depuis la plus haute antiquité, a été perdue de vue en Occident. Elle est à la base de la science occulte et spiritualiste. Sur elle repose toute possibilité évolutive. Au surplus, pour tout esprit impartial et réfléchi qui consent à l’examiner à titre d’hypothèse, il est significatif qu’elle est celle qui satisfait au plus grand nombre des questions que l’esprit humain a coutume de se poser au sujet des énigmes relatives à l’homme et à sa destinée.

Comment expliquer, sans la réincarnation, l’extraordinaire précocité d’un Mozart et ses compositions musicales à l’âge de quatre ans; le génie d’un Pascal, d’un Descartes qui, dès leur adolescence, étonnaient le monde scientifique par leurs découvertes en mathématiques trans­cendantes ? Que dire des tendances, de la facilité qui caractérisent beaucoup de personnes pour certains travaux, certaines branches de connaissance, alors qu’elles sont inaptes à d’autres ? Il est rationnel que « l’on ne sache que ce que l’on a déjà appris et connu ». On naît avec les connaissances acquises en de précédentes existences. Là est la seule explication logique et rationnelle de ces aptitudes spéciales.

De même, l’inégalité des conditions sociales, des fortunes, des états physiques, des facultés intellectuelles et morales, les réussites ou les insuccès dans les entreprises de la vie soulèvent un sentiment de révolte contre des injustices apparentes. Mais tout s’explique si des actes antérieurs, dans des vies précédentes, ont donné lieu à de justes réac­tions du destin.

C’est pourquoi l’évolution de l’être humain s’étend sur des centaines de milliers d’années en de multiples incarnations, sur des mondes divers, en des formes différentes. Les expériences doivent être complètes et variées pour l’acquisition de connaissances totales qui conduisent peu à peu l’esprit à une conscience complète dans l’immensité de l’infini.

Et cette entière connaissance du divin, cette union totale avec le moi supérieur qui en émane et s’est individualisé dans l’être humain, n’est pas seulement une pénétration en la nature divine. Quand l’union a lieu, les facultés divines sont également assimilées par l’être évolué, les attributs divins sont devenus les siens. Il y a complète identité à un degré de perfection totale.

Pour mieux comprendre cette extension de conscience et de facultés, considérons un homme vivant exclusivement dans son village. Il se représente aisément sa maison, le village avec les êtres et les choses qui lui sont habituels. Ces images sont distinctes, plus ou moins, dans sa pensée ; il les comprend, il en est conscient. Mais le reste du monde, qu’il ignore, n’existe que vaguement dans son esprit. La conscience de cet homme est limitée à sa maison, à son village. Supposons maintenant qu’il s’en éloigne : il parcourt son pays, les pays voisins, toutes les contrées de la terre. Revenu chez lui, il se les représentera en souvenir. Les sites, les paysages, les villes, les scènes vécues seront inscrites dans sa mémoire, concevables par son esprit, comme précédemment tout ce qui avait trait à sa maison et à son village seulement. Il se transportera en pensée dans les endroits qu’il a visités, il y vivra à nouveau les moments, les incidents vécus, il y sera conscient d’une conscience élargie, expérimentée, plus compréhensive.

De même, pendant ses milliers d’incorporations en des mondes divers, l’esprit humain prendra contact avec la vie de l’univers, avec l’infini. Sa connaissance s’étendra à tout ce qui existe dans l’absolu-espace, sa conscience dans l’infini sera totale et s’identifiera, par conséquent, avec celle de l’absolu-divin. Le moi aura alors rejeté toute attache matérielle, éliminé tout lien humain, épuré ses corps subtils. Seul demeurera l’être spirituel aux vibrations quintessenciées en harmonie parfaite avec celles du divin-substance.

On peut être effrayé, découragé par l’immensité de la tâche, par l’énormité du temps nécessaire à la réaliser. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’évolution n’est très lente qu’à son début, disons en sa première moitié, alors que l’esprit humain, inconscient du but à atteindre, se laisse porter par ses instincts vers la matière et ses satisfactions inférieures. Quand il en a fait la complète expérience, quand la satiété, la souffrance surtout sont survenues, il se tourne lassé, désabusé, vers des objectifs plus élevés où la pensée, l’esprit prennent place de plus en plus. Il oriente alors son désir vers la vie spirituelle, cherche à com­prendre les grands principes qui dirigent et dominent l’évolution du cosmos. Il combat et refrène en lui l’égoïsme possessif, l’exclusivisme affectif caractérisé par la jalousie et l’esprit de domination, les antago­nismes, enfin tout ce qui constitue la séparativité entre l’individu et le reste de la manifestation. Pour que l’union parfaite avec le Tout puisse se réaliser, il est indispensable que disparaissent la plus insignifiante barrière, le plus faible obstacle qui séparent de ce Tout; l’identification complète est à ce prix.

Mais le renoncement absolu a tous les désirs matériels, à la satisfac­tion de toutes les passions humaines n’est pas suffisant pour réaliser l’union totale avec le divin. Il faut également ne laisser derrière soi aucune faute, aucun préjudice matériel ou moral envers autrui qui n’aient été réparés. Nos égoïsmes, notre orgueil, notre vanité, nos ambi­tions grandes ou petites, nos violences, nos injustices, notre appétit du gain, même surmontés, ont causé autour de nous des pertes maté­rielles, des souffrances physiques et morales, des rancunes justifiées. Tout cela est une entrave au progrès final. Tout doit être réparé, apaisé. Aucun déséquilibre ne saurait exister dans la sérénité de la justice divine. L’ordre moral et matériel doit être établi, les dettes contractées payées : le meurtrier sera tué ou devra sauver la vie de sa victime d’autrefois, les préjudices matériels compensés ou subis à son tour par qui les a occasionnés, les faux propos, les mauvais sentiments rejaillissent un jour sur leur auteur. Tout acte, toute pensée, toute parole, contraires au courant évolutif d’union et d’amour universels, tout ce qui cause une séparativité, si minime qu’elle soit avec un seul objet de la manifes­tation divine universelle, est un obstacle au rapprochement avec le divin. L’ombre la plus légère ne saurait exister au sein de la sublimité divine. Au cours de ses successives incarnations l’homme, assujetti aux conséquences de ses actes antérieurs, est mis, par le déterminisme ainsi créé par lui, en présence de circonstances qui lui permettent de réparer le préjudice occasionné ou de payer la dette de souffrance qu’il lui incombe de compenser. Telle est la grande et juste loi d’action et de réaction, inéluctable dans ses effets, que le mysticisme oriental dénomme Karma.

Ainsi, par ses actes et ses pensées, l’homme crée un déterminisme qui dispose sa destinée future, l’heur et le malheur de ses vies à venir. Quand il a bien compris cette loi, il s’efforce de s’abstenir de toute activité pouvant engendrer une réaction douloureuse ou lui constituer une attache avec le monde matériel. Il accepte, en même temps, d’effa­cer le passé en consentant aux souffrances méritées, aux réparations justifiées. Ce passé une fois éteint, le nouveau Karma atténué, puis réduit à néant, rien ne retient plus l’être dans les basses incarnations physiques. Il va vers d’autres mondes en des incorporations éthérées, de plus en plus lumineuses et pures, continuer son évolution vers l’identité avec le divin sublime.

Quand l’être est suffisamment avancé dans cette voie, il précipite le rythme de son évolution par l’effet de sa volonté renforcée et de plus en plus tendue vers le but à atteindre. Il peut alors franchir en une incor­poration la durée de plusieurs vies antérieures et atteindre des régions spirituelles où, dans une période d’évolution qui échappe encore à notre compréhension, il progresse dans une ambiance de pure et lumineuse beauté jusqu’à s’épanouir dans la splendeur incommensurable de l’amour infini divin dont il partage la magnifique et éternelle félicité.

Ainsi la loi fondamentale de l’évolution de la manifestation est la marche vers l’unité. Le cosmos émane de l’Un divin et, par un cycle évolutif, retourne se fondre en lui. Cette loi de base se fait sentir dans toutes les activités humaines. Il y a en l’homme un instinct profond de groupement, d’union. Cette tendance a conduit les êtres primitifs à fonder la famille, le clan, la tribu, puis se sont succédées la ville, la région, la nation. Au sein même des nations ce sentiment s’est fait jour par la création des coopératives, des syndicats, des associations et sociétés d’intérêts divers. Cette impulsion se transforme aujourd’hui sur le plan international. On s’efforce de créer une communauté de vues entre les nations pour le règlement de toutes questions ; on désire apaiser les rivalités, réduire les ambitions, les prétentions nationales. L’humanité tend, par l’éviction de tous les particularismes, vers une fusion de plus en plus élargie devant réaliser finalement une vaste société humaine.

Les divers groupes humains épanouis et unifiés dans un même amour de l’humanité seront alors prêts à participer efficacement, sur un éche­lon supérieur, à l’évolution cosmique vers l’unité divine.

« Si tu es haï sans toi-même haïr,

Si tu aimes tes amis sans qu’un seul soit tout pour toi,

Tu domineras la terre et les cieux, les rois et les dieux. » (Les Védas)

Le maître de la philosophie moderne, Henri Bergson, a eu la claire vision de cette évolution de l’esprit par la matière et à travers la matière : « D’une part, dit-il, nous voyons une matière soumise à la nécessité, dépourvue de mémoire ou n’en ayant que juste ce qu’il faut pour faire le pont entre deux de ses instants, chaque instant pouvant se déduire du précédent et n’ajoutant rien alors à ce qu’il y avait dans le monde.

D’autre part, la conscience, c’est-à-dire la mémoire avec la liberté, c’est-à-dire enfin une continuité de création dans une durée où il y a véritablement croissance, durée qui s’étire, durée où le passé se conserve indivisible et grandit comme une plante : que d’ailleurs ces deux exis­tences, matière et conscience, dérivent d’une source commune, cela ne me paraît pas douteux. J’ai essayé, jadis, de montrer que, si la première est l’inverse de la seconde, si la conscience est de l’action qui sans cesse se crée et s’enrichit, tandis que la matière est de l’action qui se défait ou qui s’use, ni la matière, ni la conscience ne s’expliquent par elles-mêmes. Je ne reviendrai pas là-dessus ; je me borne à vous dire que je vois dans l’évolution entière de la vie sur notre planète une tra­versée de la matière par une conscience créatrice, un effort pour libérer, à force d’ingéniosité et d’invention, quelque chose qui reste empri­sonné chez l’animal et qui ne se dégage définitivement que chez l’homme.

Pourquoi donc la vie est-elle allée se compliquant ? Telle forme vivante, que nous observons aujourd’hui, se rencontrait dès les temps les plus reculés de l’ère paléozoïque ; elle a persisté, immuable, à travers les âges ; il n’était donc pas impossible à la vie de s’arrêter à une forme définitive. Pourquoi donc ne s’est-elle pas bornée à le faire partout où c’était possible ? Pourquoi a-t-elle marché ? Pourquoi, si elle n’est pas entraînée par un élan, à travers des risques de plus en plus forts, vers une efficacité de plus en plus haute ? Les choses se passent comme si un immense courant de conscience, où s’interpénétreraient des virtua­lités de tout genre, avait traversé la matière, pour l’entraîner à l’organisation et faire d’elle, quoiqu’elle soit la nécessité même, un instrument de liberté. » (L’Énergie spirituelle).

Mais pourquoi l’esprit s’est-il lancé dans cette entreprise, se demande Bergson ? « Parce que le triomphe de la vie est, dans tous les domaines, la création, et, chez les hommes, la création du soi par soi, l’agrandisse­ment de la personnalité par un effort qui tire beaucoup de peu, quelque chose de rien et ajoute, sans cesse, à ce qu’il y avait de richesse dans le monde. La conservation et même l’intensification de la personnalité sont dès lors possibles et même probables après la désintégration du corps. Par son passage à travers la matière d’ici-bas la conscience se trempe et se prépare à une action plus efficace, à une vie plus intense. »

Cette vie post-terrestre, Bergson se la représente comme une évolu­tion créatrice, chaque être y viendrait, par le seul jeu des forces natu­relles, prendre place sur celui des plans moraux où le haussaient déjà virtuellement ici-bas la qualité et la quantité de son effort, comme le ballon lâché de la terre adopte le niveau que lui assigne sa densité.

Ainsi, après Spinoza, Bergson envisage une unité, Esprit-Substance, d’où tout dérive. Mais approfondissant davantage le problème, il admet la réalité d’une évolution qui tend à la perfection progressive de l’esprit se servant de la matière comme support. Il y voit la raison de la manifes­tation : la puissance créatrice, conscience initiale, éprouvant un besoin, une nécessité de promouvoir une action de perfectionnement, de progrès de plus en plus intense par une manifestation dont les objets atteignent sans cesse, par un effort constant, des niveaux de plus en plus supé­rieurs, après avoir été émis à une sorte d’état neutre qui entre peu à peu dans une activité toujours grandissante pour en arriver au stade suprême : l’union avec l’infini divin.

ANDRÉ DE POSSEL -DEYRIER