Robert Linssen : Mémoire et sciences électroniques


02 Sep 2009

(Revue Être Libre, Numéro 221, Octobre-Novembre 1964)

Nous avons toujours insisté sur l’importance de l’unité physique, psychique et spirituelle de l’homme et du monde.

Nos arguments ont été, jusqu’à ce jour, beaucoup plus philosophiques et métaphysiques que strictement scientifiques.

Les travaux récents de deux savants suédois, Holgar Hyden et Egyhazie, de l’Université de Gôteborg, ont comblé une lacune importante, existant dans les explications tentant d’établir les rapports entre les mondes physiques et psychiques.

L’œuvre géniale d’Holgar Hyden et d’Egyhazie nous montre la nature des liens étroits existant entre les activités émotionnelles et mentales d’une part et les mouvements d’électrons d’autre part.

L’ingénieur Alfred Herrmann, spécialiste de physique nucléaire, nous a communiqué un manuscrit du plus haut intérêt, dont le contenu mérite d’être médité très attentivement.

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Il est bon de rappeler ici quelques notions relatives aux électrons.

Il en existe deux sortes : les électrons négatifs, beaucoup plus nombreux et les électrons positifs.

Les électrons négatifs se caractérisent par une charge électrique négative. Leur masse représente environ le 1/2000 de celle du proton ou noyau central positif de l’atome d’hydrogène.

Par sa charge négative, l’électron négatif attire et est attiré par les corpuscules chargés d’électricité positive. Il repousse les corpuscules chargés négativement.

Les électrons sont presque toujours en mouvement et se déplacent à des vitesses énormes. Ces vitesses leur donne une énergie cinétique qui s’ajoute à leur énergie de masse.

Les mouvements électroniques sont complexes et rapides. C’est dans les différentes nuances de ces mouvements complexes et des énergies spécifiques qui en dérivent, que nous devons chercher les intermédiaires d’expression de nos états psychiques les plus divers.

Parmi ces mouvements, il en est un dont l’importance dans les faits psychiques est, semble-t-il, de premier ordre. Il s’agit d’un mouvement de rotation que l’électron effectue sur lui-même et que l’on désigne par le terme de « spin » électronique. Le « spin » électronique engendre une troisième espèce d’énergie, se superposant aux énergies cinétiques et massiques de l’électron.

Ces manifestations énergétiques diverses de l’électron lui permettent d’être un messager ultra-rapide et ultra-sensible servant d’intermédiaire idéal entre les mondes psychiques et atomiques, d’une part, et le monde macroscopique au sein duquel se poursuit notre existence quotidienne.

Les flux d’électrons jouent un rôle important dans la formation des cellules « satellites » des macromolécules associées aux neurones cérébraux.

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Le rôle de l’électron est déjà très important dans la formation de l’Univers à partir des galaxies et nébuleuses primitives. Dès la formation des noyaux atomiques, les électrons se répartissent autour des noyaux en couches successives et en nombres définis par la mécanique quantique. Ces nombres et ces couches électroniques sont à la base de l’affinité chimique et de la formation des molécules ordinaires et des macromolécules formant la base des premières cellules.

Ainsi que l’écrit Alfred Herrmann : « C’est dans le domaine de la vie elle-même que l’électron intervient d’une manière décisive en sa qualité de constructeur, de rapporteur et de messager. C’est l’électron qui bâtit les créatures nouvelles à partir de leurs semences, et qui a fait évoluer les espèces vivantes vers l’homo sapiens. C’est l’électron qui permet aux êtres vivants de naître, de croître, de se nourrir, de se mouvoir, de penser, de faire usage de leur mémoire, de percevoir le monde extérieur et de réagir à toutes les actions des éléments qui constituent l’univers terrestre. »

Rapports entre l’activité électronique et l’activité mentale :

Nous avons souvent, au cours de nos travaux antérieurs, divisé l’Univers en deux parties apparemment opposées, mais complémentaires. Cette division n’a évidemment pas de réalité en soi, l’Univers étant une Unité physique, psychique et spirituelle.

Il est néanmoins nécessaire, pour les commodités du langage et de l’exposé, de le diviser, à titre provisoire, en parties distinctes.

Nous considérons d’abord un univers quadridimensionnel, matériel et objectif, où règne le temps, l’espace, la causalité, l’énergie telle qu’elle nous est actuellement connue.

Nous considérons ensuite l’Univers des dimensions essentielles : celui qu’Alfred Herrmann désigne par le terme de plan mental, immatériel, formé en majeure partie par les productions subjectives, psychiques du plan mental, par l’ensemble des réactions psychiques individuelles et collectives (l’Inconscient collectif de C. G. Jung) et beaucoup plus en profondeur, un champ de conscience pure et de création.

Avec Holgar Hyden, Egyhazie et Alfred Herrmann, nous pensons que l’électron est par excellence l’intermédiaire et le messager servant de lien entre ces deux pôles de l’Univers : le physique d’une part et le psychique et le spirituel d’autre part.

Nous avons abondé dans ce sens depuis près de trente ans, en citant dès 1936 les travaux de l’éminent chimiste et philosophe français, le professeur Robert Tournaire.

Mais de quelle façon s’établit ce lien entre les deux pôles de l’Univers grâce au rôle mystérieux des électrons ?

Disons immédiatement que nous ne prendrons en considération ici que les zones du psychisme les plus concrètes et par conséquent les plus superficielles, les plus périphériques.

Il ne sera donc nullement question des zones les plus profondes encore très mystérieuses du psychisme et du monde spirituel. Celles-ci semblent demeurer en dehors de toute possibilité d’analyse, du moins actuellement.

Nous n’examinerons donc que l’activité de la pensée consistant en un travail d’élaboration d’images, de comparaisons d’images, d’analyses de symboles, d’enregistrements mémoriels, ainsi que l’activité émotionnelle parallèle que suscite la vue de certaines formes, de certaines couleurs, l’audition de certains sons, la perception de parfums ou le contact des objets par différentes nuances du toucher.

Toutes ces activités mobilisent des modes de l’énergie beaucoup plus subtils que les modes actuellement connus. Elles sont en liaison étroite avec des endroits très précis du cerveau, que les spécialistes s’efforcent progressivement de déterminer dans une carte des « localisations cérébrales ».

La capacité de création d’images du cerveau semble illimitée.
L’élaboration de nos images mentales résulte du contact et des perceptions sensorielles. Ce sont là les stimulis du monde extérieur, aboutissant à des représentations mentales. A ce mouvement qui vient de l’extérieur et va vers l’intérieur, succèdera un mouvement inverse : celui des réactions mentales, affectives ou spirituelles de l’être humain, qui les aura non seulement enregistrées mais surtout « digérées ou intégrées ».

Dans les deux sens de ce processus, l’électron se révèle l’intermédiaire indispensable de toute information.
Tout processus d’élaboration d’image, de calcul, d’analyse, de comparaison est accompagné de mouvements spécifiques d’électrons.

Cette activité électronique résulte d’une électricité naturelle dont dispose le cerveau humain : l’électricité cérébrale.

En fait, cette électricité cérébrale est un flux d’électrons. Elle est une source d’énergie électrochimique dont la puissance est de l’ordre de vingt watts. Cette énergie électrique peut libérer les électrons nécessaires au travail mental par ionisation de certaines molécules de notre organisme.

Les travaux des savants suédois Holgar Hyden et Egyhazie montrent que le cerveau humain entre en mouvement électronique intense à chaque changement d’état mental. Or, ces changements d’états mentaux sont intimement liés à des modifications dans les réseaux moléculaires, ainsi qu’à des variations de potentiels électriques. Ces modifications proviennent toujours de déplacements d’électrons.

Il a été récemment possible de mesurer les processus chimiques et électroniques résultant des différents changements d’état du psychisme humain.

Les processus émotionnels et mentaux de la peur engendrent chez l’homme et l’animal une sécrétion d’adrénaline. Cet exemple connu depuis longtemps, montre à quel point une activité psy
chique peut déterminer des réactions chimiques. Or, toute réaction chimique ne peut se faire sans une intense activité électronique.

L’étude de la physiologie de la perception nous fournit des éléments du plus haut intérêt, mettant en évidence l’importance du rôle de l’électron dans tous les phénomènes de pensée, de conscience et de mémoire.

Prenons l’exemple de la perception visuelle d’un arbre. Cet arbre se présente sous une forme particulière, diversement coloriée. Le tronc est brun, gris ou noir, les feuilles sont vertes, les fleurs blanches, roses, des baies rouge rouge vif peuvent se profiler sur un ciel bleu azur. Chacune de ces couleurs est caractérisée par une longueur d’onde et par une fréquence vibratoire spécifique. Elles nous envoient un faisceau de rayons lumineux appelés photons. L’énergie des photons est beaucoup plus éparpillée et diffuse que celle des électrons plus concentrée.

L’énergie vibratoire des photons lumineux ne pourrait être perçue directement par le psychisme. Elle ne peut affecter notre pensée et notre conscience qu’en se transformant préalablement en électrons, ceux-ci étant les messagers indispensables affectant la structure des neurones.

La rétine est le lieu où s’effectue cette transformation partielle de l’énergie photonique en énergie électronique.

Les rayons lumineux et les images diverses déterminent dans les cellules coniques et les bâtonnets de la surface rétinienne des transformations chimiques, maintenant en mouvement un flux d’électrons qui se dirigent vers certaines neurones suivant des cheminements privilégiés, dont les caractères spécifiques dépendent des conditionnements antérieurs identiques.

La rétine est composée d’environ 500 millions de cellules semblables aux cellules photo-électriques. Elles transforment des légions de photons en autant de légions d’électrons.

La rétine remplit une fonction d’organe transducteur.
Le transducteur est un dispositif dont le rôle consiste à transformer une information ou un signal d’une catégorie en une information ou un signal d’une autre catégorie.

La nature nous en fournit de nombreux exemples.
Les rayons du soleil (énergie photonique) sont transformés en énergie électronique par la chlorophylle ou mieux encore l’aiguille du cristal du pick-up transforme les signaux d’énergie sonore en impulsions d’énergie électrique ou flux d’électron.

Le rôle des transducteurs est très important comme traducteur ou intermédiaire d’information. Ils constituent des maillons indispensables dans les grandes chaînes de processus complexes existant dans les êtres vivants.

Ceci est d’autant plus évident, si nous prenons en considération les théories de Stéphane Lupasco, opposant en contrastes particulièrement tranchants les modes photoniques et les modes électroniques de l’énergie.

Grâce au rôle transducteur de la rétine, chaque intensité lumineuse, chaque fréquence spécifique des diverses couleurs se traduit en impulsions électroniques, correspondantes comportant toute une gamme de variations corrélatives.

Ces cortèges électroniques arrivent aux neurones (cellules nerveuses d’une grande importance). Ces neurones remplissent la fonction de transducteurs et traduisent les chocs électroniques reçus en stimulis mentaux.

Durant chaque minute de notre vie quotidienne, les électrons transmettent des millions de messages dont la variété est fonction de leur nombre, de leur « spin » ou rotation sur eux-mêmes.

Tous les sens, tels que la vue, l’odorat, l’ouïe, sont des transducteurs transformant chaque minute des milliers de messages photoniques en messages électroniques. Finalement, ces milliers de messages électroniques seront transformés par les neurones transducteurs en stimulis mentaux adéquats aux perceptions sensorielles.

Par quel moyen ? Par une sorte de code. Il existe une corrélation entre le code de l’organe transducteur, qu’est la rétine, et le code des neurones transducteurs correspondants.

Ainsi que l’exprime Alfred Hermann : « Les neurones font usage d’un code transducteur qui constitue l’un des plus mystérieux rouages de la conscience et qui fait que la couleur rouge des photons émis par la fleur, représentés par une simple fréquence ondulatoire, sans plus, détermine dans notre complexe mental la vision compréhensive d’une belle couleur rouge accompagnée de sensations agréables ou désagréables qui agiront ensuite non seulement sur notre activité mentale et notre psyché, mais encore sur notre métabolisme tout entier, entraînant entre autre des émotions ou bien encore une accélération du rythme des battements de notre cœur. »

En résumé, les variétés de messages résultant de nos perceptions sensorielles sont au nombre de cinq: les perceptions visuelles, olfactives, auditives, gustatives et tactiles.

Au cours de toute expérience, tout objet émet en réalité cinq espèces de cortèges photoniques transformés en cortèges électroniques par les organes transducteurs des sens.

Ces cinq variétés de cortèges électroniques sont ensuite transformées par cinq catégories différentes de neurones transducteurs, élaborant à leur tour cinq variétés synthétiques de stimulis mentaux engendrant chacun une image ou représentation mentale appropriée.

Chacune de ces images est analysée, comparée et ensuite intégrée par la fonction d’intégration du cortex cérébral. Il reste finalement un bilan psychologique positif ou négatif qui s’intègre à la totalité de la conscience individuelle de chacun en vertu d’un processus d’associations psychologiques, dont les grandes lignes ont été exposées ailleurs.

La continuité apparente de la conscience et de l’individualité humaine résulte de la complexité et de la rapidité extraordinaire de ce processus d’association d’images. Chacune de ces images est chargée d’un potentiel d’action considérable.

Chacune de ces actions appellera à son tour d’autres contacts, d’autres perceptions, d’autres formations d’engrammes cérébraux.

Ainsi, le « moi » se grossit continuellement d’un passé qui ne cesse de s’agrandir de toutes les expériences présentes.

Ce processus de continuité du « moi » se déroule sous le double signe de la mémoire et d’un instinct de conservation psychologique intimement lié aux activités mémorielles.

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L’étude des processus de la mémoire met en évidence l’importance de l’activité électronique comme intermédiaire indispensable entre les phénomènes psychiques et physiques.

Il semble assez opportun de souligner le parallélisme existant entre la mémoire des cerveaux électroniques et celle de l’homme.

Lors des transformations réalisées par les différents organes transducteurs (organes des sens et neurones) toutes les perceptions sont enregistrées par nos neurones cérébraux.

Les électrons de l’électricité cérébrale « aimantent » certains neurones et y impriment un message magnétique. Ce message magnétique doué d’une profonde rémanence est souvent désigné sous le nom d’engramme cérébral.

Un phénomène semblable se produit lorsque les vibrations sonores de notre voix perturbent le magnétisme de la bande de l’appareil enregistreur de sons. Cette bande possède dès lors une sorte de mémoire de notre discours.

Les machines électroniques possèdent également de tels dispositifs enregistrant toutes les informations sous forme d’une mémoire magnétique résultant de l’aimantation de certains organes spécialement conçus à cette intention.

Les machines électroniques enregistrent une foule de signaux, tels que variété de pression, de température, de sons, de contacts électriques, de lumières, etc.

Ces signaux sont immédiatement transformés en pulsions électriques par l’entremise de transducteurs appropriés. Ces pulsions électriques ou cortège d’électrons sont généralement dirigés vers un dispositif particulier appelé « voie de garage » ou « mémoire de réserve ».

Chaque « voie de garage » contient un petit échantillon d’une substance à la fois isolante et magnétisable que l’on nomme « ferrite ».

Les machines électroniques complexes contiennent des milliers de ferrites captant des milliers de signaux caractérisés par une qualité particulière de la perturbation magnétique demeurant sous la forme d’une aimantation rémanente. Il s’agit d’une véritable mémoire.

Lorsqu’il est nécessaire d’utiliser la « mémoire » ou aimantation particulière d’un ferrite, il suffit de diriger un « courant chercheur » ou flux d’électrons d’une certaine qualité sur le secteur des réseaux de ferrite où l’on sait que le signal a été enregistré ou « mémorisé ».

La réponse sera immédiate. Elle se produira uniquement sur la trajectoire où se trouve la ferrite aimantée correspondante. Cette réponse se traduira par une pulsion électrique provoquée par la désaimantation de la ferrite libérant une partie de l’énergie emprisonnée.

Ce qui se passe pour une seule ferrite peut au besoin s’étendre à un vaste réseau comprenant des milliers de ferrites.

Les pulsions électriques provenant des ferrites désaimantées peuvent à leur tour se transformer par l’entremise de divers transducteurs en un ensemble de signaux électriques sonores, lumineux, mécaniques, tels que graphiques, diagrammes parfaitement compréhensibles.

Les travaux d’Holgar Hyden et d’Egyhazie confirment entièrement le bien fondé du parallélisme que nous venons d’établir (comme l’a fait également Alfred Herrmann) entre les processus de la cybernétique et ceux du cerveau humain.

Chaque image mentale résultant d’une perception sensorielle reste imprégnée dans chaque neurone ou cellule mnémonique sous forme d’un engramme cérébral. Lorsque le cortège d’électrons provenant d’une perception sensorielle ou autre arrive au neurone imprégné d’une mémoire correspondante, celui-ci libère une partie de son énergie. Celle-ci peut éventuellement déclencher tout un processus de vibrations émotionnelles et mentales conférant au « moi » un sentiment de sécurité, une intensité psychique qui lui sont indispensables (du moins dans la phase actuelle et généralement admise de sa formation).

Lorsque les électrons résultant d’une perception sensorielle (vue, ouïe, odorat, toucher, etc.) sont dirigés vers les neurones ou cellules mnémoniques, ils déterminent des réactions chimiques transformant la structure de certaines molécules géantes dites « macromolécules ».

Ces macromolécules jouent, dans le cerveau humain, le rôle rempli par les ferrites dans les cerveaux électroniques.

Cependant, la situation est beaucoup plus complexe dans le cerveau des êtres vivants que dans celui des ordinateurs électroniques. Dans ceux-ci il n’existe en effet qu’une seule espèce de ferrite, tandis que dans les neurones cérébraux il existe des milliers d’espèces de macromolécules différentes. Chaque espèce de macromolécule correspond à une catégorie spécifique de signaux mentaux ou mémoires particulières. Au surplus, les travaux récents de plusieurs savants ont démontré que les images mentales peuvent, suivant leur intensité, leur durée, déterminer des enregistrements de qualité différente sur les macromolécules. Autrement dit, suivant l’intensité de l’effort mental ou mnémonique, les images sont enregistrées sur un nombre varié de macromolécules de la même espèce. Si des perceptions, des préoccupations d’un même genre se répètent continuellement, elles tendent à accumuler un nombre considérable d’enregistrements mémoriels sur de grandes quantités de macromolécules.

Ainsi que l’exprime Alfred Herrmann, « C’est un peu comme si, dans les ordinateurs, électroniques, il y avait cent ferrites au lieu d’une seule pour enregistrer un même signal et que suivant le nombre de ferrites magnétisées, cette magnétisation perdurerait plus ou moins longtemps et pourrait donner lieu à des pulses-retours plus ou moins intenses. Toutefois, une question paraissait mystérieuse aux savants suédois : Comment les neurones-garages peuvent-ils stocker des suites ininterrompues de signaux aussi variés, en d’autres termes où puisent-ils les quantités de molécules de milliers d’espèces différentes, car le cerveau ne cesse pas un instant d’envoyer des pulses d’origine mnémoniques aux neurones-garages et certains signaux doivent être retrouvés après un temps très long, disons vingt ans plus tard. A la suite d’une série d’expériences d’une subtilité et d’une ingéniosité incomparables, les biologistes de Gôteborg ont trouvé l’explication du mystère : les neurones-garages sont entourés de cellules-satellites, fabricants et entrepôts de « ferrites » de différentes espèces, c’est-à-dire de macromolécules servant à l’enregistrement de millions d’espèces de signaux et lorsque le neurone central a épuisé son stock de macromolécules, il en prend chez ses fournisseurs. »

Les explorations qui précèdent ont été évidemment résumées et schématisées pour les besoins de l’exposé. Elles sont en fait infiniment plus complexes. Mais les lignes générales nous donnent une vision d’ensemble adéquate des processus électroniques de la mémoire.

Nous pouvons mieux comprendre, à la lumière de ce qui précède, la genèse d’une grande partie des énergies psychiques sur lesquelles se construit la conscience du « moi ».

Nous comprenons immédiatement les raisons pour lesquelles le fait de raviver des mémoires très anciennes déclenche très souvent des énergies psychiques plus importantes que la mise en éveil de mémoires récentes. Nous pouvons également comprendre par ces explications les raisons profondes de la puissance magique des symboles, des mystères anciens.

Prenons un exemple concret. Supposons un instant avoir perdu un ami très cher ou un être auquel nous étions sentimentalement attaché. Dès l’instant ou soit par la mort ou du fait d’autres circonstances forcées, nous avons été séparés de l’être cher, il nous arrivera souvent d’évoquer son souvenir, son image se présentera dans le champ de notre esprit. Chacune de nos opérations mentales ira « charger » ou potentialiser davantage les macromolécules de nos engrammes cérébraux et leurs satellites.

Au surplus, nous émettrons des regrets, une nostalgie, des appels conscients ou inconscients, donnant plus de consistance encore à ces mémoires, en augmentant considérablement la charge magnétique.

Si, par bonheur, contre toute attente, au lendemain d’une guerre, nous retrouvons les êtres chers que nous croyons disparus, la joie sera particulièrement intense. Il ne s’agira pas seulement de la décharge d’énergies normales inhérentes à la reconnaissance d’éléments familiers antérieurement enregistrés. Il s’agira aussi et surtout de la libération des forces résultant de la répétition de la recharge constante d’énergies psychiques accumulées autour de ces engrammes de base, par des pensées de regrets, de nostalgie, de désirs sans aucun espoir de réponse.

Notons ici que si les circonstances de ces retrouvailles heureuses et inespérées se produisent après 15 ou 20 ans de séparation, le potentiel d’énergie magnéto-psychique est encore infiniment plus considérable qu’après 2 ou 5 ou 10 ans de séparation, par le fait d’un apport plus important de charges résultant de pensées, de sentiments, de regrets plus nombreux et répétés s’ajoutant au cours d’une période plus longue.

La puissance des symboles et des mystères peut s’expliquer de façon semblable. La raison d’être d’un symbole réside dans notre incapacité d’avoir une vision sommaire, directe et précise des éléments ou des valeurs auxquels il se réfère. Dès qu’un symbole est parfaitement expliqué, il perd sa raison d’être.

Aussi longtemps qu’il n’est pas expliqué, notre esprit se pose des questions non résolues à son égard. Chacune de ses questions vient recharger la somme des énergies attachées à ce problème autour d’une macromolécule ou d’un groupe de macromolécules. Dès qu’une réponse claire et précise est apportée à ce symbole ou à tout autre problème en général, il y a libération des énergies.

Mais le problème de la fascination et du pouvoir des symboles est plus complexe.
Pour être étudié complètement, un tel problème requiert l’étude de la formation de l’inconscient collectif résultant de la somme des charges mémorielles individuelles. Cette somme est d’autant plus grande évidemment que les symboles sont à la fois anciens et inexpliqués.

Les œuvres de C. G. Jung et de Charles Baudouin exposent l’importance de l’inconscient collectif d’une façon différente, mais peut-être complémentaire de la nôtre. Au surplus, nous n’avons pas la prétention d’être psychologue.

Nous nous bornons à souligner dans la mesure du possible les liens entre les énergies psychiques et les énergies physiques.

Il semble qu’à cet égard les conclusions du physicien Alfred Herrmann méritent d’être méditées.
« L’électron est à la fois le constructeur et l’animateur de tout ce qui est vivant. Il est la seule unité matérielle qui puisse entrer en contact direct avec le psychisme individuel aussi bien que cosmique. Dès lors, on est en droit de s’interroger sur la vraie nature de l’électron. Etant capable de comprendre des ordres venant de la psyché, de les interpréter et de les exécuter, ne pouvons nous réellement le considérer que sous l’aspect d’un simple corpuscule matériel ? Ne semble-t-il pas qu’il soit muni d’antennes qui lui permettent de converser avec la psyché ? Sa nature n’est-elle point ambiguë, mi-matière, mi-psyché ? Si l’électron a une nature ambiguë, quelle est donc la nature de l’énergie qu’il concentre ? Telle est l’énigme que nous pose le mystérieux petit électron qui nous parle, nous fait vivre, nous obéit, mais que nous connaissons si peu, si peu ! »