le Professeur Gabriel Monod-Herzen : Morphologie


19 May 2010

(Revue Panharmonie. No 197. Janvier 1984)

Comment doit se conduire un individu qui veut développer au maximum les possibilités qu’il a en lui ? Certaines choses sont à développer, d’autres à éliminer. Pour arriver à une harmonie avec quelqu’un il faut d’abord le connaître, ce qui demande un temps plus ou moins long. Pourtant il se trouve que l’on peut déceler ses principales réactions en étudiant les formes de son corps.

La morphologie peut nous êtres en cela d’un grand secours nous aidant à « sentir » le caractère déterminant de la personne concernée et pour voir de quelle manière la traiter. Car, avoir conscience de quelque chose est tout à fait différent de la simple connaissance verbale, mentale. L’intuition ici, peut jouer un rôle important.

Il y a des gens qui s’occupent tellement de spiritualité qu’ils oublient complètement qu’ils ont un corps par lequel s’exprime cette spiritualité et qu’entre les deux il y a un rapport direct. Si l’on veut vraiment avoir une harmonie complète, il faut aussi bien que ce soit une harmonie de L’esprit que du corps.

Nos ancêtres parlaient des « humeurs » et distinguaient aussi plusieurs espèces d’individus. Les médecins de l’époque s’en servaient très bien. La chose a été oubliée, puis réétudiée. M’étant toujours intéressé à la psychologie, j’ai vu qu’il y avait un rapport entre la psychologie et la forme, c’est-à-dire que la forme que nous avons, correspond plus ou moins bien à certains modes d’expression.

Ayant beaucoup voyagé j’ai été en contact avec les personnes auxquelles je ne pouvais pas parler et avec lesquelles j’étais obligé d’avoir des relations. La morphologie est extrêmement utile dans ce cas-là. Et lorsqu’il est question de cas psychologiques, elle devient indispensable.

Comment se répartissent les types morphologiques humains ? S’il est vrai que le corps tout entier est en jeu, c’est la tête qui contient quatre sur cinq de nos organes des sens plus une partie du toucher, la peau, la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût. Prenons le cas le plus simple, l’individu chez lequel tout est bien développé et de façon moyenne. Son visage va être lui aussi simple et net, mais avec certaines tendances. Ces tendances vont déterminer ce qui lui appartient en particulier, elles seront des tendances de conscience qui se manifestent dès sa naissance dans sa forme. Cela se voit même chez les tout petits bébés, mais à partir de huit, dix ans, c’est extraordinairement visible. Cela se voit même dans le fœtus.

Quel va être le visage d’un être masculin ou féminin dans lequel les différents domaines, musculaire, cérébral, respiratoire, digestif, sont également développés : Le type musculaire ; modèle carré. Éric Tabarly en est un type presque parfait. Digestif, elliptique, en forme de poire. Respiratoire : en forme de losange, a besoin de respirer, pommettes très écartées. Cérébral : des yeux importants, un front énorme et une toute petite figure. Or chacun de ces types est à traiter différemment.

Un médecin de Lyon qui avait un service de fractures s’est aperçu qu’une fracture du tibia par exemple, permettait à un musculaire de se lever après trois jours, ce qui chez d’autres était impensable. Le digestif était mis au régime et les résultats en étaient fort bons. Le respiratoire avait besoin d’air, de fleurs dans sa chambre, c’est un sensible, un artiste. Surtout ne pas trop élever la voix en sa présence pour ne pas le blesser. Pour le cérébral, si on lui donne des lectures il sera détendu, content.

J’avais un camarade qui était un pur cérébral. Au régiment il nous achetait nos heures de garde, il s’asseyait dans sa guérite avec un roman parfaitement idiot et lisait toute la journée !

Évidemment, nous n’avons pas qu’une seule tendance, nous possédons les quatre. Une ou deux peuvent dominer, être plus importantes que les autres. On pourrait croire que l’idéal serait d’avoir les quatre en équilibre, et pourtant en cas d’épidémie ce sont ceux qui ont cet équilibre qui meurt les premiers. Si vous êtes musculaire, respiratoire ou digestif ou cérébral, avec une forte prédominance, vous aurez beaucoup plus de résistance dans la vie.

Analysons chaque type morphologique :

Le Musculaire : Il développe de façon uniforme l’ensemble de sa musculature et, par conséquent, les muscles de son visage se développent particulièrement bien. Il va avoir un visage rectangulaire.

Il ne peut rester tranquille, sans faire de geste et pour arriver à maîtriser les mouvements de son corps, il faudra — et c’est sans exception — qu’il pratique un sport complet, genre natation, escrime, tennis, football, etc. Il est aussi, une fois stabilisé, un excellent administrateur, étant maitre de son activité extérieure. Il sera de même un bon documentaliste. Seulement, il n’a pas beaucoup de patience n’ayant pas le sens du temps, il sera parfois un peu leste, il faut éviter de le pousser à bout.

S’il s’agit d’enfants, tâchez de les diriger vers une activité où ils auront à faire des mouvements. Bureaucrates, ils seraient malheureux. Mettez le musculaire sur un tracteur à labourer les champs ou faites-lui faire des voyages intéressants, il se débrouillera merveilleusement bien et il aura une résistance physique exceptionnelle. En même temps il aura de l’autorité et saura la faire sentir.

Il faut ici aborder la question d’une partie pas seulement de notre système musculaire, mais aussi générale, c’est la peau.

La peau est une limite de notre corps vis-à-vis de l’extérieur, mais aussi vis-à-vis de l’intérieur. Autrement dit, il y a passage dans les deux sens. Certains traitements dits « de beauté » sont dangereux et souvent la peau, après le traitement, va plus mal encore. Car si ces crèmes bouchent les pores la peau sera privée de sa fonction respiratoire.

Rappelons l’épisode tragique arrivée dans le nord de la France au moment d’une grande procession où, pour représenter un petit ange, on a pris un petit bébé que l’on a recouvert de peinture dorée. Le soir même il était mort !

J’ai eu l’occasion de rencontrer parmi mes étudiants, une jeune femme qui s’occupait beaucoup de ces questions-là et je me suis rendu compte qu’en considérant les types morphologiques des individus, il faut aussi considérer la qualité de leur peau (d’abord de la propreté, cela va de soi !). Si on a une activité qui correspond à son type morphologique, la peau en profitera. Comme elle recouvre tous nos organes et tout notre système physiologique, lorsque nous sommes en harmonie intérieure nous aurons aussi l’harmonie de ce qui nous enveloppe et la peau sera la plus belle qu’on puisse avoir, souple, bien colorée, etc. Certains maquillages sont néfastes. Ils peuvent être utiles sur une scène de théâtre, mais non dans la vie ordinaire. Ce que la nature nous donne doit être respecté. Il y a des gens qui sont pâles, d’autres rouges, on peut trouver des peaux merveilleuses de n’importe quelle couleur chaque fois que l’activité intérieure correspond à son aspect extérieur.

Le Digestif : Il a, comme on dit, la tête en forme de poire. Le haut du visage est plus important que le bas. La bouche est assez grande, les lèvres bien dessinées. Lorsqu’il parle il « mange les mots ». Il est indispensable qu’il surveille son régime alimentaire. Il est en général « un brave type », pourvu qu’il soit sûr d’avoir ses deux ou même trois repas par jour et, alors, la vie est belle !

Le Respiratoire : Il a besoin d’air pur, de respirer. S’il est obligé de vivre en ville, qu’il prenne un jour par semaine ou deux par mois, pour se mettre au vert et qu’il respire ! Il est généralement un être d’une grande sensibilité. Une importante partie des artistes sont des respiratoires. Pour certains d’entre eux il est difficile de supporter la société de leurs semblables qui, facilement, choquent leur sensibilité. Il faut en tenir compte, faire attention au décor de la pièce dans laquelle ils vivent et d’autre part, on peut les blesser mortellement en négligeant de leur faire confiance. Ils ont facilement la larme à l’œil. Ils sont souvent d’excellents amis, mais il ne faut pas compter sur eux au point de vue activité, si ce n’est de les axer sur quelques chose qui les passionne, telles les grandes danseuses qui allient le besoin de mouvement à celui de respirer L’harmonie des deux rend leur vie heureuse, parfaite.

Ils devront apprendre à ne pas parler trop vite afin de pouvoir respirer régulièrement. C’est d’ailleurs une des préoccupations des gens qui font du chant, celle de régler leur système respiratoire. Tous ceux pour lesquels la respiration est importante, devraient faire journellement de la gymnastique respiratoire ; mais sans effort. Il s’agit d’avoir un rythme régulier qui corresponde au rythme du corps.

Lorsque Durckheim était au Népal on lui demanda : « Maintenant que vous avez 70 ans, faites-vous toujours des exercices respiratoires ? » — « Mais oui, bien sûr ! » — « Mais que faites-vous ? » — « Le plus important et le plus difficile : la respiration naturelle ! »

Il ne faut pas faire d’efforts, mais bien inspirer et bien expirer et ne pas rester avec un résidu d’air dans les poumons, ce qui est malsain, parce que cela diminue d’autant les échanges respiratoires.

Généralement chez les enfants respiratoires il y a une tendance artistique, le chant et la flûte. C’était inouï de voir à l’Ashram de Pondichéry le nombre de jeunes filles et de jeunes gens qui jouaient de la flûte à bec. Ce n’était pas uniquement une question de qualité du jeu, celle-ci vient avec le travail, mais cela leur développait un rythme régulier qui leur donnait une tranquillité merveilleuse, souvent remarquable dont ils ont besoin, étant sensibles.

Le Cérébral : Il a besoin de faire marcher son cerveau, sinon il devient rêveur impénitent ou un croyant fanatique. S’il s’est mis quelque chose dans la tête, il n’y a rien à faire pour le raisonner. Les cérébraux sont intelligents, des critiques remarquables, des chefs, des savants, des chercheurs. S’ils y rajoutent du « respiratoire » c’est très bon. Car il y a une sensibilité cérébrale distincte de la sensibilité respiratoire. Cette dernière est plus féminine, c’est une intuition directe, c’est une évidence qui leur apparaît, tandis que la sensibilité cérébrale est toujours un peu réfléchie.

Regardez les longues mains des respiratoires pianistes qui leur permettent des prouesses sur le clavier, impossibles aux cérébraux-musculaires dont les mains sont petites et les doigts assez courts. Dans le film « de Mao à Mozart » le professeur dit à un élève : « Il ne suffit pas de lire les notes écrites dans la partition, c’est nécessaire, mais pas suffisant ! Il faut ensuite que vous sachiez que vous êtes entrain de « dire » quelque chose, il y a dialogue entre vous et vos auditeurs. »

Ici c’est le côté cérébral s’ajoutant au côté sensibilité et formant un ensemble admirable.

Le cérébral veut avoir de la nourriture mentale, il faut faire travailler à la fois son imagination et son raisonnement. La bonne littérature pour les jeunes cérébraux, ce sont les romans d’explorateurs.

Voyez les livres de Rebufat. Rebufat était à Marseille un enfant sans aucune fortune. Il allait grimper pieds-nus dans les calanques. C’était son côté musculaire. Un jour on lui trouva un métier : vendeur de bonneterie, ici à Paris. Mais tous les dimanches il s’évadait à Fontainebleau grimper sur les rochers. Il lisait aussi des livres sur les grandes ascensions, les Alpes, le Caucase. Un jour son patron lui dit : « Comment se fait-il que, même par mauvais temps, vous alliez à Fontainebleau chaque semaine ? Si vous pouviez vraiment être ce que vous aimeriez, que feriez-vous ? » — « Je voudrais être porteur d’abord et puis guide en montagne ! » Son patron, qui était intelligent, investit dans son avenir la somme nécessaire et Rebufat fut finalement accepté dans le groupe des guides de Chamonix. Mais le deuxième côté de sa nature s’éveilla. Cela arrive souvent lorsque le premier est satisfait. Le côté cérébral s’épanouit et il écrivit ce qu’il avait fait. Mon père le connaissait très bien et je me le rappelle disant : « Il y a des pages que j’ai réécrites cinquante fois, parce que je ne savais pas… » Il a écrit des livres qui sont d’admirables poèmes sur la montagne. Mais il n’était pas capable d’écrire autre chose.

C’est ainsi que le caractère d’un individu se révèle au physique. Car ce qui est arrivé à Rebufat est tout à fait général. Quand des individus qui ont des systèmes plus importants que les autres ont développé ce premier, le second surgit et leur donne une vitalité nouvelle. On est étonné de voir des gens qui commencent par un métier défini, se mettre un beau jour à écrire sur leur métier, par exemple un pâtissier qui se met à faire un traité sur la pâtisserie en France, qui va à la bibliothèque rechercher tous les détails dont il a besoin et cela avec un soin méticuleux !

Cela se trouve aussi dans les autres domaines. Il y a des cérébraux qui travaillent bien avec leur tête et qui, soudain, ne tiennent plus en place, parce qu’ils ont une deuxième tendance musculaire qu’ils ont toujours négligée.

Le but dans la vie c’est de mettre en équilibre les systèmes que nous avons, les uns par rapport aux autres, c’est-à-dire de donner à chacun son importance pratique réelle.

Dans nos contacts sociaux c’est une erreur de faire des programmes qui soient les mêmes pour tous, sous prétexte qu’ils s’adressent à des sujets du même âge. Il y a des enfants de 7 ans qui sont déjà pleins de curiosité et d’intérêt pour les choses et d’autres qui ne songent qu’à manger ou à taper sur une balle. Le secret des bonnes relations avec les autres, c’est de comprendre quels sont leurs intérêts et de leur parler dans ce sens. Pour cette fameuse « panharmonie » que nous cherchons, la première chose, c’est de trouver l’harmonie en nous-même et avec celui qui est devant nous. Voyez comme nous sommes dans cette ligne générale, puisque Panharmonie c’est précisément l’harmonie de ces quatre systèmes en nous, harmonie des corps, harmonie de la conscience, harmonie dans nos rapports sociaux qui, finalement, amènent l’harmonie sur les plans spirituels.