Michel Camlade : Musicothérapie et astrologie


21 Oct 2016

(Revue Le chant de la licorne. No 14. 1986)

La musique est probablement la voie royale pour accéder à nos plus hautes potentialités. Elle inspire, elle informe, elle évoque, elle touche au plus profond de nos sentiments, se fraie un passage jusqu’au centre intime de nous-même, jusqu’à l’être essentiel qu’elle sollicite comme un diapason, faisant écho à sa propre nature.

En tant qu’art-médiateur entre nos deux origines, terrestre et céleste, elle contribue à l’accord âme-corps-esprit, à travers l’harmonisation des éléments constitutifs de l’être. Un son musical a un sens, qui éveille des résonances émotionnelles ou spirituelles, qui crée un espace-temps qui lui est propre. De même, l’individu est orienté, en fonction du fait qu’il est la réponse unique à une question cosmique.

Ainsi, le thème astral invite l’être à trouver sa destination individuelle en vivant l’unité originelle en lui, puis au milieu d’entités qui constituent avec lui le grand corps planétaire. Et la musique peut lui apporter, au-delà d’une connaissance purement intellectuelle, les moyens d’équilibrer ses véhicules de manifestation pour servir au plus haut le souffle divin qui l’anime.

QUELQUES REPÈRES DANS LE TEMPS

– Documents de Karoum, 1500 av. J.-C. : influence de la musique sur la fertilité de la femme.

– Épisode biblique, 900 av. J.-C. : David calme Saül en jouant de la cithare.

– Les Grecs : prévention et soins des maladies physiques et mentales par la musique. Aristote : émotions incontrôlées, catharsis. Platon : frayeurs et angoisses phobiques (la musique calme les tourments de l’âme). Xénocrate : l’utilisation de la cymbale pour la folie.

– Van der Goës (1500) : expulsion des fantasmes par la musique.

– Pareja (1482) : musique pratique, les quatre tons pour les quatre tempéraments.

– Lorry (XVIIIème siècle) : effets de la musique sur les fibres de l’organisme, excitant, calmant, harmonisateur.

– Buchoz (XVIIIème siècle) : manière de guérir la mélancolie : la musique stimule la lymphe, dissout les liquides et les rend plus adéquats aux mouvements.

– Plus récemment : Dogiel et Hyde soutiennent que la musique a tendance à accélérer les rythmes cardiaques et respiratoires. Binet et Courtier étudient les variations du pouls et de la respiration en fonction des accords dissonants et consonants, des intervalles majeurs et mineurs. Ils concluent que les accords dissonants et les intervalles majeurs augmentent ces réactions, alors que les consonants les diminuent. Tomatis démontre que la phonation dépend de l’audition. Chevalier rapporte une expérience sur l’utilisation de la musique comme adjuvant des anesthésies périphériques.

… ET DANS L’ESPACE

Ce qu’était la musicothérapie pour les Grecs, les Chinois, les Celtes, les Indous :

D’après Pythagore : « Il jugeait que la musique contribue largement à la santé quand on l’utilise d’une manière appropriée. Souvent, il y avait recours, mais jamais à la légère ; et la guérison qui s’obtient par la musique, il la nommait purification. De cette manière, il inventa des remèdes qui devaient réprimer ou expulser les maladies du corps comme celles de l’âme ».

Pour ses disciples, il disposa et adapta ce qu’on nomme des appareils ou des dispositifs, concevant divinement le mélange de certaines mélodies diatoniques, chromatiques ou enharmonique ; par leur intermédiaire, il devenait aisé de transférer, de conduire dans une direction opposée, les passions de l’âme lorsqu’elles s’étaient formées récemment ou de manière irrationnelle ou cachée, à savoir la tristesse, la colère, la pitié, les appétits, l’orgueil, l’indolence et la véhémence. Car il corrigeait chacune d’elles selon les règles de la vertu, en les tempérant par des mélodies appropriées toutes semblables à des remèdes salutaires ».

Et c’est ainsi, par l’usage des seuls sons musicaux, sans accompagnement de paroles, qu’ils effectuaient la guérison des passions de l’âme ainsi que de certaines maladies. Ce qui, selon eux, se faisait en réalité par un enchantement ». (Jamblique, vie de Pythagore). Pythagore mettait l’accent sur les effets thérapeutiques des sons, lorsqu’ils étaient des tons capables de transmettre la volonté, l’énergie de compassion de celui qui les avait produits après s’être purifié, s’accordant ainsi aux rythmes de la force vitale universelle. Il cherchait à libérer la musique des limitations induites par des pratiques traditionnelles basées sur une conscience de type mythique. Il était le pionnier d’une musique qui tirait sa puissance du mental, mais d’un mental conçu comme une force cosmique, comme un pouvoir formateur.

Pour la tradition médicale des druides celtes (d’après « Le Chant de la Licorne, N° 11) : « Les instruments de musique sont employés pour provoquer des modifications d’états de conscience et tout un ensemble de phénomènes inconscients. Certaines mélodies jouées sur la harpe étaient ainsi utilisées à des fins analgésiques, pour calmer les souffrances, pour faire dormir et notamment pour procurer l’accouchement sans douleur ».

Ce que nous avons appris de la magie mise en œuvre par nos ancêtres, nous permet de penser qu’ils en savaient autant et probablement plus, à bien des égards, que nos modernes scientifiques sur le fonctionnement du psychisme humain et sur ses relations avec les phénomènes biologiques, non moins que sur le pouvoir reconnu à l’esprit d’en maîtriser les différentes manifestations. Il y a 2000 ans et plus, les druides savaient qu’il est possible, par des moyens appropriés, et parfois tout simplement par la parole, par la voix, par le rythme, par la mélodie ou la cadence, d’influer sur l’état psychique et physique des hommes, de les soigner, de les guérir, ou bien encore d’infléchir leur comportement dans un sens bénéfique. La parole, comme la musique, exprime et communique des idées et des images. Elle fait vibrer, en même temps qu’elle dit. Elle n’atteint l’intellect et le cœur qu’après un cheminement de puissances complexes qui franchissent, étroitement mêlées, les barrières des sens, jusqu’à pénétrer dans l’intimité physique du cerveau ».

Pour les Chinois (extrait des « Mémoires historiques de Su Ma T’sien », 100 ans av. J.-C.).

« Les enseignements corrects ont tout leur principe dans les notes musicales. Quand les notes sont correctes, il en est de même pour la conduite des hommes. Les sons et la musique, c’est ce qui agite et anime les artères et les veines. Ce qui circule par les souffles vitaux et conduit le cœur à l’harmonie et à la rectitude. La note Kong agit sur la rate et conduit l’homme à la parfaite sainteté. La note Kio agit sur le foie et conduit l’homme à l’harmonie de la parfaite bonté. La note Tche agit sur le cœur et conduit l’homme à l’harmonie des rites parfaits. La note ru agit sur les reins et conduit l’homme à l’harmonie de la parfaite sagesse ».

« Toute note musicale a son origine dans le cœur de l’homme. Les émotions du cœur humain sont les objets qui les font se produire. Lorsque le cœur affecté par les objets est ému, il donne forme à son émotion par les sons. Les sons, en se répondant les uns aux autres, produisent les variations. Lorsque les variations se sont produites, c’est précisément ce qu’on appelle les notes musicales. En harmonisant les notes de manière à les jouer sur les instruments de musique et en leur ajoutant des boucliers et des haches, les plumes et les queues de bœuf, on obtient ce qu’on appelle la musique. La musique est née des notes musicales. Son origine est dans le cœur de l’homme en tant qu’il est ému par les objets. Ainsi, lorsque le cœur ressent une émotion de tristesse, le son qu’il émet est contracté et va en s’affaiblissant. Lorsque le cœur ressent une émotion de plaisir, le son qu’il émet est aisé et relâché. Lorsque le cœur ressent une émotion de joie, le son qu’il émet est élevé et s’échappe librement. Si le cœur ressent une émotion de colère, le son qu’il émet est rude et violent. Si le cœur ressent une émotion de respect, le son qu’il émet est franc et modeste. Si le cœur ressent une émotion d’amour, le son qu’il émet est harmonieux et doux. Ces six manifestations ne sont point naturelles. C’est après avoir été affecté par les objets que le cœur est ému. C’est pourquoi les anciens rois veillaient à ce qui affectait le cœur ».

« L’homme, à sa naissance, est en repos. Telle est la nature qui lui vient du ciel. Quand il est ému par les objets extérieurs, il entre en mouvement. Ainsi se produisent les désirs propres à sa nature. A mesure que les objets extérieurs se présentent, il en prend connaissance, et c’est à la suite de cela que les affections et les haines se forment. Lorsque les affections et les haines ne trouvent pas une règle à l’intérieur de l’homme et lorsque celui-ci se laisse entraîner au-dehors par ses connaissances, il devient incapable de se ressaisir lui-même, et son principe céleste est détruit. Or, les objets qui émeuvent l’homme sont en nombre infini. Si donc, les affections et les haines de l’homme n’ont pas de règle, alors il arrivera que à mesure que les objets se présenteront, l’homme se transformera conformément à ces objets. Ce sera l’extinction du principe céleste qui est en lui et l’abandon complet aux passions humaines ».

Sur la musique de l’Inde (extrait de l’Encyclopédie de la musique, d’Albert Lavignac) :

« Le système entier de la musique (chant, instruments, danse) aussi bien que celui du langage, aussi bien que celui de l’univers, repose sur le son (nada). Le son est à l’état latent ou non produit (an-ahata) ou bien produit par un choc (ahata). Et cette alternative peut se présenter dans le corps humain ou bien dans l’atmosphère. Dans le corps, l’âme universelle (atman) émet l’esprit vital (manas). Du choc de l’esprit sur le feu corporel jaillit le souffle (maruta) qui donne naissance au son dans les cinq organes de production suivants : le nombril, le cœur, le gosier, la tête, la bouche. Raga signifie passion. Les différents airs excitent des émotions ou sentiments variés. Ainsi, Bhairavin qui suggère la beauté. Nut, la bravoure. Marva, la crainte. Sri, la grandeur. Malkaus, la passion. Asari, la renonciation. Bihag, la joie et la clarté. De leur état de perfection, les raga sont censés posséder des pouvoirs surnaturels. Il y a des chroniques de leur naissance, indiquant les sources mystérieuses où ils ont leur origine, et d’intéressantes légendes racontent leur vie. Ce sont des bienfaiteurs de l’humanité, car ils guérissent diverses maladies du corps. Ils charment les éléments de la nature, invoquent le feu et l’eau ».

QUELQUES DÉFINITIONS

– Phénomène objectif : le son est produit, puis transmis par vibration de la matière au niveau moléculaire. L’élasticité de la source productrice crée l’échelle vibratoire, laquelle varie en fonction de la hauteur ou fréquence (nombre de vibrations par seconde). Ces vibrations sont portées par des ondes de pression qui affectent les molécules du milieu transmetteur (air, eau, ou substance solide) jusqu’au centre auditif (oreille ou autre partie de l’organisme), puis au décodage-interprétation.

Le mouvement est universel, mais sa vitesse ou fréquence (vib./ sec.) varie beaucoup. Ex. : vibrations lumineuses (particules atomiques : 450 à 750 billions de v. /s. Vibrations sonores (base moléculaire) : 16 à 25000 v. /s.

La fréquence donne sa hauteur au son. Plus la partie vibrante est courte, plus la vibration est élevée, donc plus le son est aigu (ex. : rapport violon/violoncelle). La longueur de la corde est analogiquement son aspect terre (manifesté). Sa fréquence : aspect ciel (énergie – non manifesté).

Le son instrumental est impur ou complexe : il est constitué d’une fondamentale et d’harmoniques qui l’enrichissent. Un son pur est plat : c’est alors un bruit. Les rapports de fréquence fondamentale / harmoniques sont conformes à la série arithmétique simple : 1, 2, 3, 4, 5, etc… Par exemple, la flûte donne une prédominance au son fondamental, et neutralise les harmoniques supérieures. La clarinette exprime beaucoup d’harmoniques supérieures, mais abstraction des harmoniques paires. Le hautbois est plus riche d’harmoniques que de son fondamental. La proportion fondamentale / harmoniques définit donc le timbre propre à chaque instrument, sa « couleur » sonore ? Elle dépend de sa matière et de sa forme. L’intensité sonore est le volume. Elle résulte de l’amplitude des vagues, de leur puissance.

Fréquence, timbre et intensité peuvent être définis comme l’« essence » du son. Son « existence » est dans sa durée ; découpage du temps, rythme.

La mélodie est l’ordonnance « horizontale » des sons : succession dans le temps. L’harmonie est l’ordonnance « verticale » : superposition dans un même temps. Le rythme est l’expression médiatrice alliant l’horizontal et le vertical, construisant une structure à partir du mélodique et de l’harmonique.

– Cosmologies : Le son est la cause d’une « précipitation » des formes du plan de l’esprit (noumène ou archétype) dans la substance objective, perceptible et mesurable, qui constitue la base des entités existentielles. C’est une libération de pouvoir par laquelle le verbe divin génère les mondes de la matière manifestée. Pour Max Heindel, le son correspond au monde de la pensée, et la musique est le mode suprême d’expression de la vie de l’âme.

On peut faire la différence entre les musiques archaïques, magico-sacrées, basées sur une organisation dynamique, vitale, de tons : le ton étant au son ou à la note ce qu’est la verticalité du symbole par rapport à l’horizontalité du code. Ces musiques de pouvoir s’adressant à l’être global, par l’incantation, la prière. Et la musique occidentale et « civilisée », profane et mathématique : basée sur une organisation conceptuelle, intellectuelle de notes, et qui s’adresse avant tout au mental.

MUSIQUE ET ASTROLOGIE : ÉLÉMENTS DE THÉRAPEUTIQUE

Dans un premier temps, le thème astral offre une image des tensions et des détentes latentes ou manifestées, par les différentes configurations planétaires en présence. C’est ainsi qu’on va pouvoir s’appuyer, comme pour l’indication d’un élixir planétaire, sur les points forts ou harmonieux du thème (par exemple : une planète même faible, mais_ bien aspectée) pour rétablir une situation de détente. Allant plus loin, on va agir au niveau des différents véhicules et des différents centres majeurs du corps éthérique (d’après les schémas énergétiques). Il sera alors possible d’utiliser la musique, pour rééquilibrer les fonctions subtiles de l’être.

Il est évident, que l’on choisira le moyen thérapeutique à employer suivant la nature particulière du sujet et en fonction notamment de sa sensibilité propre. Une personne peut être relativement imperméable à la musique (encore que ceci soit sans doute plus difficile à déceler qu’on peut le penser), auquel cas il sera inutile d’envisager un traitement par la musicothérapie.

Face à la carte du ciel, on pourrait trouver des musiques en concordance harmonieuse avec les 10 planètes, l’écoute étant susceptible d’équilibrer l’individu par phénomène de résonance avec ses véhicules subtils.

Utilisant les correspondances traditionnelles planète / propriété spécifique, une musique solaire pourrait apporter chaleur, tonus, vitalité, rayonnement. Ses caractéristiques : rythme ample, puissant, sans être tendu, timbres brillants des cuivres, soutenus par des cordes qui dessinent des mouvements structurants, tempérants. Exemple : musique sacrée, célébration de la « Gloire de Dieu » : les Psaumes du Couronnement de Haendel, ou Vivaldi, concerto pour deux trompettes, ou Bach, Prélude et fugue en ré mineur. Musique d’élévation spirituelle, permettant de connecter l’être à sa source essentielle, de le mettre en rapport direct, en écho avec sa propre étincelle divine. A partir de là de restructurer, de resituer ses véhicules de manifestation, réorganisant leur hiérarchie de la même façon que le soleil dans son système dirige et dynamise en chef-d’orchestre les mouvements et les inter-relations des planètes, par son pouvoir générateur et magnétique de centre.

Une musique lunaire apporte des qualités sédatives, décontractantes, avec détente du corps émotionnel, apaisement des tensions. Caractéristiques : pas de rythme marqué, mais des accords fluides, aquatiques. Exemple : les Variations Goldberg (Bach), qui reposent sur une composition très cohérente, et sur une inspiration élevée. Apaise par alternance tonification-dispersion. Cette musique a d’ailleurs été composée en partie pour traiter l’insomnie du sieur Goldberg. Respecte dans la rigueur de sa construction et dans la limpidité de son expression la simplicité des rythmes énergétiques naturels. Ou encore : les sonates de Scarlatti. Au niveau le plus primaire, elle peut sembler soumise à l’humeur du moment, improvisée, informelle, proche de l’inconscient, spontanée et plastique, insaisissable. Ex. : musique romantique pour piano (Schumann, Schubert, Chopin) produit une dilution du corps éthérique, mais peut entraîner des effets pervers sur le corps émotionnel en assujettissant aux régions inférieures de l’amour-sentiment ou de l’Amour-passion (narcissisme, sensibilité, émotivité égocentriques, auto-apitoiement).

Une musique mercurienne peut agir dans un sens de détente également; mais plutôt par diffusion, dispersion des énergies en surface, gaie, sautillante, d’un rythme léger, agitée de tourbillons rapides, avec des instruments aux sonorités assez aériennes (toute la gamme des bois, surtout flûte, ainsi que cordes grattées ou pincées). C’est une musique qui dé-centre, qui met en mouvement. Stimulation mentale. Ex. : concerto pour flûte, harpe et orchestre de Mozart. Peut traiter les rancœurs, obsessions, idées fixes, ressentiments, fatigue intellectuelle ou nerveuse. Travaille à la fois sur le plan mental et sur les régions supérieures du corps émotionnel. Libère, réconforte, ou détourne.

Une musique vénusienne met l’accent sur la mélodie dessinant des arabesques. Rythme peu marqué, douceur, équilibre, ampleur des formes, profusion des sentiments, « naturalisme ». Développement plastique en vagues souples, sensuelles. Esthétisme organique. Ex. : Symphonie Pastorale (Beethoven) ou Adagietto 5e symphonie (G. Mahler). Mais sa fonction la plus élevée est d’intégrer les émotions supérieures et d’en nourrir l’âme émotionnelle. De l’amour-passion vers l’amour-sagesse dépersonnalisé, grand ouvert et plein de compassion. Vénus y travaille en association avec Neptune, dans les Poissons. Ex. : Lohengrin prélude du 3e acte (Wagner). Instruments : cordes frottées (violon-violoncelle). Stimulation du corps émotionnel, mais peut être toxique s’il y a trop grande fragilité. La voix peut être utilisée pour féminiser, pour détendre une énergie trop martienne (ex. : Alfred Deller, auteur du XVIIe).

Une musique martienne est scandée par des rythmes puissamment marqués, une ligne mélodique acérée, d’une grande tonicité, avec des cuivres qui éclatent en gerbes agressives, reposant sur des basses ou des percussions profondes. Pour traiter un manque d’énergie dynamique, d’impulsion, d’esprit d’initiative (asthénie, faiblesse de volonté). Donne du tonus en dynamisant le corps émotionnel. N’a pas l’éclat ni le magnétisme du soleil, mais manifeste plus de puissance extériorisée, donc ouvre le passage à l’acte. Mobilise, met en mouvement les énergies dans un sens centrifuge. Musique de conquête ou de combat : de façon primaire, on aura la marche militaire. Moteur du désir, de la passion, ou bien d’aspirations transpersonnelles en accord avec Vénus spiritualisée. Ex. : Orlando Furioso (Vivaldi) ou Messe Nelson (Haydn).

Une musique jupitérienne marque une chaleur expansive, pousse à la participation confiante. Sur un plan primaire, c’est l’hymne qui galvanise les énergies par un sentiment d’appartenance à un groupe humain bien délimité. On trouve avec Jupiter une lourdeur, une emphase, une présence inflationniste. De grandes vagues mélodiques, épanouies, puissantes et amples, assez lentes. Des envolées lyriques démonstratives, sur une assise sonore stable, conventionnelle. Ex. : Richard Strauss, symphonie alpestre, ou Beethoven, concerto pour piano et orchestre « l’Empereur » ou Missa Solemnis. En tant que région intermédiaire du corps émotionnel, élément de choix, de discernement, de trait-d’union entre terre et ciel, entre amour-désir et amour-sagesse, on va le retrouver beaucoup plus détaché, à la recherche de l’ordre sous-jacent derrière le chaos apparent des phénomènes, compréhension en pleine conscience et acceptation des lois cosmiques, dans le concerto pour piano en fa mineur de J. S. Bach, par exemple.

La musique saturnienne est dépouillée, rigoureuse, réduite à l’essentiel. Rythme régulier découpant le temps, ligne mélodique sans éclat, dense, serrée, qui se déroule avec pesanteur et une logique épurée. La structuration est sans surprise, aucune place au hasard, à l’improvisation. Autant la musique jupitérienne permet de sortir de soi, de se griser dans une sensation de croissance et d’inflation, autant la musique saturnienne marque un mouvement de retour vers l’intérieur, de contrôle et d’ancrage profond. La première sera enthousiaste, gaie, tonitruante, communicative, la seconde sera sérieuse, mélancolique, discrète, isolationniste. Ex. : la musique froide, rationnelle de Stravinsky. Apporte des éléments de concentration, de canalisation des élans et pulsions, bien qu’on ressente aussi une influence uranienne : changements de rythme, ruptures avec irruption soudaine d’éléments inattendus. Peut amener l’individu trop dilué, à se circonscrire, se définir, percevoir le sentiment de son identité essentielle. Stabilise, apporte un centre de gravité, un cadre de référence solide mais figé. L’inverse, risque de fortifier les défenses, les murailles auto-répressives chez la personne qui fonctionne déjà par une exclusion excessive :

De l’opacité terme du plomb à la transparence du cristal : véritable ascèse de l’être réalisé qui a intégré dans sa conscience la cohérence et la sobriété du principe unique.

Uranus, Neptune et Pluton font écho aux possibilités de métamorphose chez l’individu, lui suggérant l’accès à la dimension transpersonnelle.

Uranus est la force de déconditionnement, la solution de discontinuité sous forme de crise brutale qui permet, par le dépassement de ses limites saturniennes, d’ouvrir le cercle sur la spirale. Toute musique uranienne agira par l’incohérence, passage obligé vers une cohérence plus inclusive. On trouve chez des compositeurs tels que Mahler ou Stravinsky ces cassures qui relancent le mouvement et empêchent le rythme ou la ligne mélodique de se cristalliser sur eux-mêmes. C’est le génie créateur qui surprend, qui libère de nouveaux horizons à la conscience, par destruction d’anciens schémas.

Neptune propose la vision-perception-communion directe avec l’état divin en soi. Musique d’élévation spirituelle, par exemple : David Hykes, Hearing solar winds. Expression à plusieurs voix jouant avec les résonances harmoniques sous les voûtes d’une abbaye. Musique dépersonnalisée, mais non pas désincarnée, contrairement à beaucoup d’expériences de musiques électroniques répétitives qui visent à déconnecter les corps de façon artificielle, pour apporter des sensations illusoires d’évasion, de voyage facile ; le mirage consiste en une fuite en avant, hors de soi, dans laquelle l’horizon recule, insaisissable. Au plus haut niveau, Neptune montre le chemin d’un ailleurs situé au plus profond de soi-même. Requiem de Durufflé : sonorités éthérées, vagues lointaines, remous dissolvants.

Pluton apporte l’opportunité d’un contact avec nos obscurités animales, nous révélant tout entier à nous-mêmes, dans un processus d’auto-épuration intransigeant. C’est une démarche que l’on peut percevoir par exemple dans la Faust Symphonie de Franz Liszt : tourbillons ascendants qui vont chercher au plus caché, les démons intérieurs pour les éclairer en surface de la lumière de l’esprit. Musique de régénération, puissante, tourmentée. Tambours, percussions, basses fortes.

RAPPORTS AVEC LES PLANS DE CONSCIENCE ET LES CENTRES MAJEURS

Il est possible de définir 7 façons d’intégrer la musique suivant les 7 plans de conscience et les 7 centres majeurs :

Plan physique :

Réactions motrices par le rythme ; binarité, dualité. Liaison avec les membres, ouvre à la sensation d’exister par la perception globale, inconsciente, de l’homme-automate. Percussions, vibrations graves, sourdes ; violoncelle, contrebasse. Musique africaine, rituels vitalistes vécus dans le corps physique, aussi reliée au plan des deux éthers inférieurs (sexualité, reproduction, fertilité). Rapport au centre coccygien, et à l’énergie Tche des reins en médecine chinoise (volonté de vivre, création, procréation, manifestation primaire).

Plan éthérique :

La musique est mémorisation, structuration sur base d’expériences musicales passées, souvenirs inconscients d’une fusion fœtale au sein de l’énergie sonore. Agit principalement par le rythme qui organise (facteur organique) et par la répétitivité. Sentiment de bien-être, d’appartenance protectrice, harmonieuse. Pont entre l’instant et la mémoire profonde. Désir de communion d’ordre cosmique, sonore, maternel ou sexuel. Rapport au centre sacré, et à l’énergie Pro des poumons (conscience du corps, instinct vital, de conservation).

Compositeurs : Bach, Haendel restructurent le corps éthérique, assoient, travaillent la liaison éthérique-émotionnel. La musique de Bach élève et équilibre par les deux éthers supérieurs, et n’est jamais pathologique. Art du contrepoint : deux voies qui se superposent, analogie avec le « solve et coagula » (séparer et réunir) des alchimistes, ce qui permet de dissoudre et de rassembler les énergies. Alternance tonification-dispersion, respect des flux énergétiques naturels. Structuration apaisante. On trouve un peu les mêmes effets chez Vivaldi, mais plus superficiels ; fait passer les énergies profondes en surface, dynamise, mobilise. Mais action plus ponctuelle, à court terme.

Plan émotionnel inférieur :

La musique engendre des images. Le moi répond par des émotions, sentiment de plaisir ou de déplaisir : arbitre, il réagit en exaltation ou en colère. Si la fonction active, élimination (Mars) du corps émotionnel est affaiblie, on utilisera, si les aspects sur Mars le permettent (trigone ou sextile) une musique dynamisante, tonique, à base de cuivres et au rythme déterminé. Ou bien : une musique induisant une condensation/épuration d’émotions nocives. Ex. : une marche funèbre transcendera ou exprimera, donc libèrera sur le plan physique, un désespoir. Effet de diurèse, des régions inférieures du corps émotionnel vers le corps physique. Les chants « proto-grégoriens » de Iegor Resnikof stabilisent les zones denses du corps émotionnel, pour une utilisation responsable et mature de la fonction martienne. Par contre, les compositeurs romantiques qui déversent leurs souffrances passionnelles dans leurs compositions (Chopin, Berlioz, Schumann, etc…) sont à utiliser avec précautions, car ils assujettissent fortement et de façon pathologique aux émotions les plus basses. « L’esprit libre de passion connaît sa mystérieuse essence, l’esprit passionné n’en connaît que les effets » (Lao-Tseu).

Rapport au centre solaire, et à l’énergie Roun du Foie (imagination, reflet individualisé de la force vitale, hérédité, défense du moi, vision distinctive).

Plan émotionnel supérieur :

Passage de l’individu, référentiel principal dans cet échange énergies du ciel (musique) / énergies de la terre (homme), à la conscience collective : sentiment d’être une entité participant à l’économie d’un tout plus vaste. Échange, intégration au grand discours céleste des énergies. Sentiment de joie, de communion. Passage de la personnalité repliée, méfiante et égocentrée à l’identité spirituelle responsable, accueillante, confiante. Si cette fonction vénusienne est affaiblie, on cherchera, toujours si les aspects sont favorables, à la renforcer par des musiques correspondantes : cordes grattées ou pincées, bois, mélodies apaisantes, équilibrantes. Ex. : Mozart ; allège, disperse, fait communiquer en élevant. Ou Alfred Deller dans Purcell : pas de rythme, mélodie douce ; ou Chant Grégorien, voix de femme : épure les régions les plus hautes du corps émotionnel. On évitera les sonorités agressives, aiguës, crispantes (violon) s’il y a une trop grande fragilité du corps émotionnel.

Rapport au centre cardiaque, et à l’énergie Chenn du cœur (intelligence du cœur, supra-conscient, expansion, intégration, synthèse d’informations ; intemporel : insertion du spirituel dans le manifesté).

Plan mental :

L’être est en mesure d’assimiler consciemment le message spirituel de la musique qu’il perçoit dans son aspect harmonie, réflexion d’une parole-vibration originelle. Communion avec la mémoire universelle.

Les deux derniers plans, en relation avec les centres frontal et coronal, ne font pas à proprement parler partie de l’expérience sonore. Il s’agit là d’une transcendance du son, rendu à l’énergie cosmique, et l’expérience se situe dans l’« au-delà » du son, c’est-à-dire le silence : communion dans le son, au-delà de l’audible.

RAPPORTS MUSIQUE ACUPUNCTURE

La note, comme le point, est régie par le nombre. Chaque méridien possède sa « fondamentale », la corde tendue émet un son. A partir de cette fondamentale, les notes se positionnent selon un arrangement mathématique très précis qui peut être mis en correspondance avec les points d’acupuncture. C’est en cela que la tradition chinoise donne des mesures pour localiser chaque point. Relatives à chaque individu, elles définissent des rapports qui sont en fait les proportions de l’homme cosmique.

Les points antiques sont des lieux par lesquels l’individu communie avec le cosmos. Ils forment des zones de résonance. Les sept notes engendrent les douze demi-tons et chaque méridien établit une résonance avec ceux-ci. Un méridien serait ainsi à l’image d’une corde musicale, de tonalité déterminée, dont l’organe correspondant formerait la caisse de résonance. Chaque point d’acupuncture devient alors, comme sur un instrument de musique, une note sur cette corde. Elle établit avec la tonalité première de la corde (son obtenu lorsque la corde vibre sur toute sa longueur) une résonance harmonique. Ceci s’applique tout particulièrement aux points Shu antiques. Ils correspondent chacun à un élément et à une note de musique.

Cet accord semble pouvoir se retrouver au travers des mesures données dans le corps humain, puisque chaque point est situé à une distance relative pour chaque être, mais proportionnellement déterminée par rapport à des repères anatomiques.

Les douze Lius (1/2 tons) agissent comme 12 régions de l’octave. Les douze méridiens agissent comme 12 régions énergétiques qui nous structurent et nous pénètrent. « Cordes » en vibration avec des ventres, des nœuds de résonance, des mouvements, des accords harmonieux.

Les énergies circulent dans ces espaces comme les planètes circulent dans les douze signes du zodiaque.

 

12 méridiens

12 notes

12 signes zodiacaux

Signes

Notes

Méridiens

Verseau

Fa

Vésicule biliaire

Poissons

Fa dièse

Foie

Bélier

Sol

Poumons

Taureau

Sol dièse

Gros intestin

Gémeaux

La

Estomac

Cancer

La dièse

Rate-pancréas

Lion

Si

Cœur

Vierge

Do

Intestin grêle

Balance

Do dièse

Vessie

Scorpion

Rein

Sagittaire

Ré dièse

Maître du cœur

Capricorne

Mi

Triple réchauffeur

 

Le symbolisme des intervalles

– La seconde (do-ré) : horizontal, tension entre deux pôles. Affirmation, extériorisation, passage.

– La tierce (do-mi) : vertical, dynamisme. Nuance du psychisme, des sentiments. Quatre sortes : diminuée (tristesse), mineure (mélancolie), majeure (allégresse), augmentée (invocation, aspiration).

– La quarte (do-fa) : chaleur intérieure, stabilité, fixation, matière. Trouve son dynamisme et son extériorisation dans la quinte.

– La quinté (do-sol) : renversement de la quarte, transmutation de la matière.

– La sixte (do-la) : renversement de la tierce. 4 états, en extériorisation. Ce qui était intériorisé en tierce est ici libéré.

– La septième (do-si) : renversement de la seconde. La tension devient interrogation, attente d’une résolution.

– L’octave (do-do) : équilibre, stabilité, mais transformation sur un autre plan.

– Le demi-ton (do-dodièse) : très mobile, tendances motrices. Mobilité vers les pôles duels. Suite de demi-tons : mouvement chromatique (chroma : couleur).

Les sept barreaux de l’échelle musicale

– Do : tonique, référentiel. Donne le ton, unité.

– Ré : sus-tonique. Enclenche le mouvement. Signe son attraction vers la dominante.

– Mi : médiante. Orientation du mode, majeur : mi, mineur : mi bémol. Note modale.

– Fa : sous-dominante. Structuration, armature. Note tonale.

– Sol : dominante. Structuration, opposition-complémentaire par rapport à la tonique. Note tonale.

– La : sous-dominante. Orientation du mode, majeur : la, mineur : la bémol. Note modale.

– Si : note sensible. Principe d’attraction, instable, demande sa résolution vers la tonique.

Do, Fa, Sol : Armature, solidité, stabilité de la gamme. Énergies de structuration.

Ré, Si : déstabilisation. Ré engendre le mouvement. Si demande sa résolution. Énergies cinétiques.

Mi, La : états intermédiaires. Énergies psychologiques.

BIBLIOGRAPHIE

Le Chant sacré des énergies, Maela et Patrick Paul, éd. Présence.

La magie du ton et l’art de la musique, Dane Rudhyar, éd. Arista.

Encyclopédie de la musique, Albert Lavignac.