Nisargadatta Maharaj – Un entretien en 1980


11 Oct 2014

Pour d’autres entretiens avec Nisargadatta voir les éditions « Deux Océans ».

(Revue Être. No 4. 15e année. 1987)

L’état de veille, l’état de sommeil et la conscience « Je suis » ne sont pas vos attributs, ils sont simplement les attri­buts de l’élément premier apparu à la conception. À quoi se rapporte le terme de « naissance » ? Ce qui est né pourrait-il être autre chose que ce qui réside dans le corps et le rend conscient ? L’élément premier révèle l’amour de notre véritable nature envers elle-même, un amour qu’elle souhaite perpétuer.

Toutes les expériences, quelles qu’elles soient, ne peuvent déboucher que sur la souffrance pour ceux qui n’ont pas découvert ce qu’ils sont. Les expériences sont liées à la mémoire, elles ne sont qu’un mouvement au sein de la conscience et ne peuvent se prolonger. Heurs et malheurs apparaissent et disparaissent et si votre perspective est juste le monde continue à tourner dans un sentiment de quiétude.

La nature a institué la mort. S’il n’y avait pas la mort il existerait une insoutenable accumulation de mémoires. Les hommes apparaissent puis disparaissent, les mémoires sont effacées et un équilibre se maintient.

Mais ce que l’on sait être temporaire semble devoir durer toujours lorsque nous sommes heureux. Que peut-on faire ?

Quoi que vous fassiez cela débouchera sur une calamité, mais vous ne pourrez pas vous empêcher de le faire parce que telle est la nature de la conscience cérébrale.

La mort est considérée comme une expérience terrifiante,comprenez ce qui se passe réellement ! Ce qui est né – la connaissance « je suis » – va finir. Cette connaissance, qui a été limitée par le corps, va soudain devenir illimitée. Qu’y a-t-il là d’effrayant ?

Ma peur n’est pas capable d’aimer ou d’être aimée !

Tâchez de comprendre ceci. Ressentir délibérément de l’amour envers les autres n’est pas possible. Ce sentiment d’amour doit être compris, alors seulement l’amour se révèle et se déploie. Ceux qui ont compris ce qu’est le véritable amour, l’amour de notre vérité, cette conscience originelle « Je suis », sont eux-mêmes devenu amour, tout a fusionné en eux.

Cet élément premier qui fait fonctionner le corps est le plus petit des petits et le plus grand des plus grands, il contient l’univers tout entier, il est lui-même amour et Dieu. Cet élément premier, cette conscience, fournit la lumière qui anime et maintient le monde. Cet amour n’est pas individuel, il est le principe résidant en tout individu, il est la force de vie. Commencez par cet amour sensible et habitez votre être.

Tout ce qui arrive, se présente dans ce qui s’est limité en se manifestant en temps et espace. De la complète absence a jailli l’abondance. Le corps naît, occupe son espace et puis s’en va, l’Absolu n’en est pas affecté, cet état éternel demeure immuable en dépit de tout ce qui arrive. Quel que puisse être le monde visible et tangible il devra se dissoudre dans le néant. Mais ce néant demeure néanmoins un état et lui aussi finira par se fondre dans l’Absolu.

Comment ai-je pu m’identifier à ce corps ?

Quel est ce « je » auquel vous vous référez ce « je » qui s’est laissé entortiller par le corps et veut connaître la réponse ?

Justement je ne le sais pas ! Ne puis-je savoir qui je suis ?

Je ne peux connaître que ce qui est distinct de moi. Comment une chose pourrait-elle se connaître quand il n’y a rien auquel elle puisse se comparer ? Elle est seule, sans identité, sans attribut, il n’est possible d’en parler qu’au stade phénoménal.

Je suis atteint d’une certaine maladie, qu’est-ce que la maladie et sur quoi se développe-t-elle ? La maladie n’est pas séparée de ce qui existe en tant que corps, souffle et connaissance « Je suis ». C’est ce même paquet qui a été créé, ce qui arrive est déjà contenu dans le paquet. J’en ai été détaché juste avant la conception et je continue à demeurer à l’écart, simple observateur de ce qui a été créé. Cela a eu lieu, va se poursuivre un certain temps puis s’en aller. Le temps a com­mencé cela, il le terminera. Ce qui a été conçu, ce qui est né, n’est-il pas aujourd’hui toujours le même ? Depuis sa concep­tion ce « je » n’a pas changé, il est venu pour durer un certain temps.

Ce qui a été conçu s’est développé biologiquement et certains aspects de cette connaissance « je suis » se sont quel­quefois manifestés en réalisations grandioses. Certains sont devenus des avatars, d’autres ont remporté de grands succès dans divers champs d’activités. Ces personnalités brillantes et ce qu’elles avaient accompli ont ensuite disparu lorsque leur temps fut épuisé. Ce temps a pu s’étendre sur de nombreuses années, ce « je suis » a pu dans certains cas se maintenir dans l’existence pendant des siècles, malgré tout la fin était inévitable.

Certains de ces avatars et de ces jnânis ont compris ce qu’était réellement ce « je suis », ils ont compris qu’il a besoin d’un corps pour pouvoir se manifester et que le corps est le résultat des rapports sexuels. Ayant compris cela, au lieu de demeurer au sein de cette révélation sans s’identifier au monde manifesté, ils ont cru bon de donner des conseils à ce qui ne peut être que concept : la manifestation est conceptuelle. Ils ont dit : « Qu’il n’y ait plus de relations sexuelles ! » Plusieursavatars ont dit cela, et que s’est-il passé ? La pluie a-t-elle cessé ? Les populations ont-elles commencé à décroître ? Non. La nature a poursuivi sa marche. Il s’agit simplement de com­prendre, il n’y a pas lieu d’intervenir.

Rappelez-vous simplement une chose : c’est ce « je suis », ce sentiment de présence qui demeure inchangé le long des âges et qui pénètre et anime tout l’univers. C’est le Dieu le plus haut en ce qui concerne cette manifestation.

À la fin, même ce lieu est temporaire, ce que je suis est antérieur aux sens, hors espace, hors temps, sans attribut. Mais dans le manifesté la présence à cet être, la reconnaissance de cet être, est le lieu le plus haut, vous devez être un avec lui.

À la mort du corps peut-il être question de renaissance si je demeure identifié à mon corps ?

Tant que vous demeurez identifié au corps, il faut vous conformer à tout ce qui est indiqué dans les livres sacrés. Lorsque vous perdez votre identification avec le corps et la forme, alors faites ce que vous voulez.

Traduit de l’anglais par Paul Vervisch


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