Jack G. Patterson : Nos enfants peuvent nous instruire


15 Aug 2011

(Revue Le Lotus Bleu. No 10. Décembre 1995)

(Theosophy in New Zealand, septembre 1994)

DISCIPLINE PHYSIQUE MAIS LIBERTÉ ÉMOTIONNELLE

Nos idées théosophiques sont très utiles quand il s’agit de nous ouvrir à une vraie perspective sur la vie pour peu que nous voulions pleinement les appliquer à ce problème. Grâce à une connaissance du processus de la réincarnation, nous devrions avoir conscience que le nouveau-né est une entité en pleine possession de son droit à la conscience, tels que les pensées ou les sentiments, avant, pendant et après la naissance. Historiquement parlant, notre culture a considéré les enfants, au mieux, comme des lutins facétieux et, au pire, comme de petits démons qui doivent être à Juste titre disciplinés. « Va voir de ce que fait Johnnie et dis-lui de ne pas le faire. » était notre attitude dans le passé comme elle l’est encore aujourd’hui. Pour les parents et les éducateurs qui travaillent avec des enfants, l’objectif devrait être de s’assurer que la discipline nécessaire est bien observée quand l’activité corporelle est en cause, mais que toute liberté est donnée à l’enfant quand l’activité relève de l’émotionnel, du mental ou du spirituel. Quand cela est réalisé, l’enfant est encouragé à exprimer sa propre unicité en tant qu’individu.

TRAINANT APRÈS SOI DES NUAGES DE GLOIRE

La vie qui précède et qui suit la naissance d’un enfant a été décrite avec une vue « théosophique » claire par Wordsworth dans son poème Indices de l’Immortalité tirés des souvenirs de la petite enfance.

« Notre naissance n’est qu’un sommeil et un oubli,

L’âme qui s’éveille en nous, notre étoile de vie,

A eu ailleurs son couchant

Et elle revient de loin.

Sans oubli total,

Sans complet dépouillement,

Mais traînant après soi des nuages de gloire,

Nous venons de Dieu, là est notre demeure.

Le ciel nous entoure pendant notre enfance.

Les ombres de la maison-prison commencent

à se refermer sur l’enfant

à mesure qu’il grandit,

Mais il contemple la lumière et d’où elle diffuse,

Et il la voit dans la joie. »

Notre individualité qui se réincarne, le Soi Supérieur a, à un niveau spirituel, une vie personnelle riche et fertile, construite à partir d’une longue série de vies. Quitter la béatitude et la perfection de ce monde-là pour entrer dans les limitations d’une incarnation physique est un « sommeil et un oubli ». Les Grecs appelaient cela « boire les eaux du Léthé ». Mais le poète précise que cet oubli n’est pas complet parce que, de ce niveau spirituel que nous devons perfectionner tout au long de cette vie terrestre, nous amenons avec nous nos capacités et nos expériences incomplètes. Mais même la fatigue de la naissance physique ne peut entièrement effacer les souvenirs de la béatitude du monde céleste (devachan) et l’enfant vient « traînant des nuages de gloire » et pendant ses premières années (de vie terrestre), il exprime inconsciemment l’innocence de cet état de conscience.

L’ŒUF AURIQUE EST PUR A LA NAISSANCE

H.P. Blavatsky écrit :

L’enfant possède un très petit Œuf Aurique dont la couleur est d’un blanc presque pur. Au moment de la naissance, l’Œuf Aurique est composé d’Akasha presque pur, plus les Tanhâs qui, jusqu’à la septième année, reste à l’état potentiel ou latent… Le karma héréditaire peut atteindre l’enfant avant sa septième année, mais aucun karma individuel ne peut entrer en scène avant la descente de Manas. (La Doctrine Secrète, Vol. VI, pp. 248-9)

Le centre pranique, c’est-à-dire la monade humaine qui œuvre grâce à l’individualité (foyer causal de l’ego), a besoin d’une sphère d’influence dans les mondes de la personnalité grâce auxquels il peut fonctionner par réflexion. C’est cela l’Œuf Aurique, cette partie du non-moi qui peut être directement influencée par la monade. L’Œuf, ou Enveloppe, Aurique représente dès lors la totalité des véhicules formels de l’être humain (astro-mental et double éthérique) qui peuvent être considérés comme des organes à l’intérieur de l’Enveloppe Aurique. L’Œuf Aurique de l’enfant ne contient, à la naissance, que les effets karmiques ou tendances (skandhas) rapportés de ses vies passées et qui doivent être épuisés dans sa nouvelle vie. Le karma héréditaire, comme nous l’avons vu, sera présent pour affecter la vie qui suit son cours. Mais les accumulations de pensées et de sentiments qui rendent nos personnalités si complexes en raison des préjugés et des désirs qu’alimentent nos souvenirs, ne sont pas présents dans l’enfant. Sa conscience n’est pas conditionnée et reflète la pureté du monde céleste (devachan) d’où il vient. Avant que les « ombres de la maison-prison » ne les enveloppent, nous avons beaucoup à apprendre des enfants, à cause de cette conscience transcendantale qui est la leur.

CE QUE PEUT ENSEIGNER UN ENFANT

Même dans ses toutes premières années, un enfant souffre d’inconfort, de maux et de peines, et plus encore quand il manque de nourriture, de sécurité et d’amour maternel, etc. Il est tout à fait conscient de ces situations, mais, dans un premier temps, il ne dispose de techniques du langage pour l’exprimer. Toutefois, quand il jouit du bien-être physique, il montre une sérénité et une joie que nous trouvons rarement chez les adultes.

Quelques uns des moyens par lesquels les enfants nous enseignent sont :

1. L’enfant garde très peu en mémoire les expériences affectives et, avec confiance, vit chaque expérience qu’il rencontre avec spontanéité et fraîcheur. Tout le monde a observé que les très jeunes enfants de différentes races (et couleurs) jouent ensemble avec plaisir. Les préjugés et les dégoûts (quand ils en ont) sont calqués sur les attitudes des adultes – ou de la télévision.

2. Les jeunes enfants vivent beaucoup dans le présent ; ils ne sont nullement troublés par les souvenirs du passé.

3. La plupart des jeunes enfants riront à propos de « rien du tout », juste par joie pure.

4. Les enfants aiment rêver et laisser vagabonder leur imagination. Vous pouvez le constater dans leurs jeux. Cette richesse de l’activité imaginative concourt à une vie créative plus tard.

5. Les très jeunes enfants acceptent les choses telles qu’elles sont. Ils n’imaginent pas que le monde dans lequel ils sont arrivés pourrait être différent de ce qu’il est. Quand l’enfant apprend à faire des choses, à jouer avec les autres, à pédaler en tricycle, etc., c’est à ces moments-là que ses ennuis commencent !

UN INDIVIDU UNIQUE

En grandissant, c’est généralement le côté réceptif ou féminin de la nature de l’enfant qui est exposé à de nombreux chocs conflictuels et il en résulte la peur et le durcissement de la sensibilité de l’enfant. Cette peut est en général provoquée par les parents ou la société ; elle n’est pas innée chez l’enfant. Nous, les adultes, détruisons leur sagesse par notre manque de sagesse. Nous leur donnons le mauvais exemple et allons même jusqu’à projeter nos échecs sur eux. Cela instaure pour plus tard de mauvaises relations dans la vie, lesquelles seront transmises à leur tour à la génération suivante, ralentissant de ce fait le progrès évolutif vers une civilisation meilleure.

Nous devrions tous essayer de réaliser que chaque enfant est un individu unique et de toujours contribuer à l’expression de cette individualité. La sensibilité ne peut jamais être éveillée par la contrainte qui souvent engendre l’antagonisme et la peur. Un des dangers de la discipline, c’est que le système devient plus important que les êtres humains qui y sont soumis. La discipline se substitue à l’amour. Lorsque nous avons affaire aux enfants, nous devrions les respecter et, nous souvenant de l’enfant en chacun de nous, les rencontrer sur le plan intuitif comme des égaux. Alors nous pourrons apprendre de l’enfant et nous initier à sa simplicité et à son naturel qui sont la marque des mondes spirituels d’où il vient tout juste d’arriver.

VOS ENFANTS NE SONT PAS VOS ENFANTS

Les idées de cet article sont merveilleusement exprimées par Khalil Gibran dans son poème Le Prophète :

Vos enfants ne sont pas vos enfants

Ils sont les fils et les filles de la vie

A la recherche d’elle-même.

Ils viennent au monde à travers vous mais ne proviennent pas de vous.

Et, bien qu’ils soient avec vous, ils ne sont pas vous.

Vous pouvez leur donner votre amour mais pas vos pensées.

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez loger leurs corps mais par leurs âmes,

Car leurs Ames habitent dans la maison de demain

Que vous ne pouvez pas visiter, pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,

mais ne cherchez pas à les rendre semblables à vous.

Car la vie ne revient pas en arrière, ni ne stagne dans l’hier.

Vous êtes les arcs desquels vos enfants.

Comme de vivantes flèches, sont décochés.

L’archer voit la marque sur le sentier de l’Infini

Et il vous bande de toute sa force pour que ses flèches puissent être rapides et de longue portée.

Faites que votre tension dans la main de l’archer soit de joie ;

Car, de même qu’il aime la flèche qui vole, de même, il aime aussi l’arc au ferme maintien.