Gabriel Monod-Herzen : Opposistion, complémentarité & Unité


15 Apr 2010

Le titre est de 3e Millénaire

(Revue Panharmonie. No 185. Janvier 1981)

Compte rendu de la rencontre du 22.10.1980

La saison dernière nous nous sommes occupés principalement de l’être humain, cette saison nous parlerons de questions collectives.

Nous vivons une crise scientifique telle qu’il n’y en a pas eu depuis longtemps, les physiciens cherchent à savoir de quoi la matière est faite et s’il n’y aurait pas une « brique » à partir de laquelle les éléments (il y en a une centaine) sont constitués, y a-t-il derrière eux quelque chose de commun, peut-on toucher une certaine unité dont toutes les espèces de matière seraient des états particuliers ? Jusqu’à présent on n’y est pas arrivé. Scientifiquement nous sommes devant une impasse et pour avoir des résultats qu’on puisse discuter facilement, on les met sous forme mathématique. On est arrivé à montrer que quels que soient les corpuscules qu’on imagine comme étant des éléments fondamentaux, il faut qu’ils satisfassent à une certaine équation qui est appelée l’équation de Schrödinger. On a trouvé un bon nombre de solutions de cette équation dont certaines sont des vibrations — mais attention ! — qui aient la forme mathématique de vibrations. Seulement jamais personne n’a pu savoir ce qui vibrait ! On peut prévoir des événements, des actions, par exemple les chocs entre les particules, mais on n’a pas pu savoir ce que représente cette fameuse solution vibratoire, même si pratiquement elle réussit.

Voici la crise. On peut dire que depuis toujours les savants ont essayé de faire une théorie unitaire de l’univers. On a fait d’énormes progrès dans ce domaine, mais à présent nous nous trouvons le nez devant le mur, car nous ne savons pas quelle est la nature physique de ce que, dans nos calculs, nous appelons vibrations.

La conséquence de cette crise a été qu’on s’est orienté vers la voie qui nous intéresse, le jour où on a découvert qu’Oppenheimer, physicien de très grande valeur, avait pour livre de chevet la Bhagavad Gîta. On lui en a demandé la raison et Oppenheimer a répondu que dans la pensée indienne on part a priori de l’unité. Le Réel doit être Un. Ensuite on essaye de déduire par quel procédé à partir de cette unité, on est arrivé à la multiplicité immense du monde qui nous entoure.

Les orientaux ont fait des travaux remarquables, seulement ils leur est arrivé la même chose qu’à nous. Ils ont fait de très belles théories de l’homme, ils ont fait, comme nous, quoique différente, une théorie de l’univers et, quand ils ont voulu aller du côté de la matière, cela n’a plus marché. Alors nous voilà face à face, l’Orient et l’Occident, avec d’un côté la spiritualité et de l’autre côté la science, chacun avec des méthodes, des moyens et des résultats.

Les Hindous estiment que la vie de l’univers tout entier qui est une unité, est semblable à l’unité que nous sommes nous-mêmes et quelle va par périodes successives. L’homme a un rythme quotidien d’activité, de connaissance et un rythme de repos. Donc le cosmos doit aussi évoluer de cette façon là. Je vais vous donner un exemple :

Ve siècle av. J.C. vous avez simultanément en Chine Confucius, et Lao Tseu. En Inde le Bouddha, en Grèce Périclès et Pythagore, en Israël Esdras qui rédige l’Ancien Testament. Simultanément et sans communication les uns avec les autres. Passons maintenant un certain nombre de siècles. Toute la science actuelle, moderne dérive en physique et en psychologie du moins, des découvertes qui ont été faites entre 1895 et 1905. Dix années qui ont été tout à coup l’explosion de notre connaissance. Vous avez la découverte de la radioactivité qui nous a conduits aux résultats qu’on connaît, 1a découverte des ondes hertziennes, par conséquent de la radio, la découverte de la psychanalyse. Tout cela tient dans ces dix années et, j’en passe. Là encore vous avez un palier, un moment où, dans des domaines différents, l’humanité semble passer par des possibilités nouvelles.

Eh bien, quand on constate que le besoin d’unité se trouve chez tous les physiciens du monde à l’heure actuelle, qu’ils ont fait des progrès considérables, de même que les biologistes, notamment dans le domaine de l’immunologie, toute la biologie moléculaire est une chose récente ; on s’attend, étant donné cet immense capital de connaissances, qu’un homme ou qu’une femme ait un coup de génie et vienne nous dire : « Mais c’est ca ce que vous cherchez ! » Parce que la vérité ne se trouve pas par le raisonnement, elle se trouve par l’intuition, les psychologues commencent à l’admettre avec toutefois quelques restrictions du côté des scientifiques, car souvent l’esprit scientifique a conduit à une espèce de fossilisation de l’esprit. Et malheureusement, en Occident, cela s’est manifesté dans le domaine spirituel et a engendré une opposition entre des religions différentes.

Comment se fait-il qu’il y ait des oppositions de ce genre, comment les diminuer ? Quelles peuvent être les origines des oppositions et des violences dont le monde entier souffre à l’époque actuelle ?

Nous savons énormément de choses, nous avons une science physique merveilleuse, mais quand il y a un problème touchant la conscience humaine, nous sommes complètement bloqués. Il y a cependant un éminent physicien qui a écrit un livre qui s’appelle : « Le Tao de la Physique », dans lequel il donne toute une série d’extraits de textes philosophiques orientaux pour montrer à quel point ils se rapprochent de certaines idées physiques de chez nous. A Orsay, M. d’Espagnat a écrit un livre : « A la recherche du Réel » qui est intéressant et passionnant. Mais personne ne définit ce qu’est le « Réel ». Il y a eu deux Congrès depuis un an, consacrés à la physique et à la métaphysique. Des expériences contrôlées et irréfutables ont été faites sur la vision à distance et ont été admises comme parfaitement possibles et acceptées par tout le monde. Les deux côtés du chemin ont fait des efforts pour se comprendre. Et finalement on arrive à penser que le chemin qui va pouvoir nous amener à une solution, c’est de nous rendre compte que toute opposition n’est qu’apparence trompeuse d’un état de deux éléments complémentaires. En électricité vous avez le courant positif et négatif qui sont complémentaires, l’un ne pourrait exister sans l’autre, et ceci peut s’appliquer dans tous les domaines.

Voyez par exemple l’opposition entre parents et enfants, entre deux générations, c’est absurde puisque l’enfant à son tour deviendra parent et que par conséquent le problème va se déplacer. Ce ne peut certainement pas être une opposition de nature. Il faut qu’il y ait un positif et un négatif. Si on ne le reconnaît pas et qu’on veut imposer son signe à l’autre, il n’y a pas de solution possible. Il faut perdre tout à fait le goût d’avoir raison caractéristique pour notre époque.

Certains individus ont admis qu’il existait des choses supérieures à l’intelligence, à leur être mental, par exemple les artistes, certains religieux, mais ceux-ci avec des limites imposées par les Églises. Il n’y a pas d’Église bouddhiste, il n’y a pas de consignes données, pas de chef qui décide, il y a une immense liberté. Ce qui m’a tout de suite frappé en Inde, c’est qu’il n’y a pas non plus d’Église. Chacun reconnaît le droit de l’autre d’être ce qu’il est.

Je voudrais attirer votre attention sur un fait à propos du passé. Du temps où seul existait le paganisme, il n’y a jamais eu de guerres de religions. Quand César a battu la Gaule, il ne s’est pas privé de massacrer les Gaulois, ils se sont battus, mais ce n’a jamais été pour une raison religieuse. Quand la Grèce a conquis l’Égypte, les deux mythologies — Hérodote le raconte — ont très bien marché de pair. Ils avaient des réunions où chacun gardait son point de vue, mais c’était avant tout une question de langage. Il n’y avait pas d’opposition, mais complémentarité.

Et c’est cela peut-être qui, entre l’Orient et l’Occident, entre l’aspect scientifique de notre recherche et la spiritualité, pourra être un moyen de compréhension d’abord et d’échanges ensuite qui sont précisément ce que nous cherchons. L’Orient nous apporte une grande théorie unitaire, mais n’arrive pas à rendre compte de la variété du monde. De notre côté, nous sommes arrivés à réduire cette énorme variété des apparences sensibles à quelques éléments, mais quand nous voulons préciser… On nous dit : « Cherchez le Réel », mais on ne nous dit pas ce qu’est le Réel, s’il est infini, s’il est fini, s’il est hors du temps, s’il est dans le temps.

Un participant nous parle des Bouddhistes qui préconisent avant tout l’expérimentation, car l’intellect est insuffisant dans ces domaines. Cependant il tient à marquer la différence qu’il y a entre l’expérience, base de la démarche orientale qui est l’expérience de l’ouverture intérieure, hors du mental, et l’expérience scientifique occidentale. Il cite une phrase de Sainte-Christine : « La Science ne rendra jamais compte de la Réalité », et d’Einstein qui a dit : « Lorsque je travaille et fais une hypothèse au départ, cette hypothèse je ne la dois pas à mon cerveau, je la dois à mon intuition ». Autrement dit, nous revenons à Sri Aurobindo, au supramental.

M. Monod-Herzen : Du côté occidental on dit : « Nous sommes formés d’un corps et d’une conscience ou d’un corps et d’une âme ». Et pendant des siècles nous avons admis qu’ils étaient de nature totalement différente. Ce n’est pas un point de vue positif, car si vous séparez le corps de la conscience, que reste-t-il ? Je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il y ait une expérience de la conscience et une expérience sensorielle. Quand il s’agit de faits non sensoriels, ceux-ci ne se démontrent pas, mais peuvent être connus. Il faut recourir à une expérience consciente, intérieure. Nous avons un domaine mental et un domaine qui n’est pas mental et qui commence beaucoup plus modestement que ce que représente le supramental.

François Catala : Ce qui serait intéressant ce serait d’essayer de faire une synthèse non pas entre ces deux aspects de l’expérience, mais de prendre conscience que nous sommes peut-être cette synthèse parce que nous sommes à la fois l’expérience et l’objet de l’expérience.

M. Monod-Herzen : Nous n’existons que tant que notre conscience et notre corps sont unis et forment une unité. Par conséquent on ne peut pas chercher en dehors de cela. Ce qu’il faut, c’est rétablir l’unité d’une façon complète, faire le point entre l’expérience intérieure et l’expérience extérieure. Nous pouvons peut-être essayer de voir quels sont les parallèles à faire entre la culture de la conscience en Orient et les connaissances psychologiques, scientifiques que nous avons développées en Occident.

Le participant parle du système binaire, corps et conscience et du système trinaire, la matière, l’intellect et la conscience supramentale, divine, d’Orient qui dit que celui-ci n’est qu’apparence de l’unitaire. L’intellect est un fantôme, un perturbateur, il n’existe pas réellement. On en trouve des traces en Occident dans la médecine psychosomatique : c’est le mental qui active la maladie, qui empêche l’organisme de retrouver son équilibre. Les Orientaux disent que le corps n’est qu’une quantification, une condensation de la conscience supramentale.

M. Monod-Herzen : Je voudrais vous donner un exemple des relations qu’il y a entre la physique, la science, et cette idée de l’unité orientale, en restant dans le domaine physique. Vous allez voir que l’idée de l’unité peut parfaitement s’adapter au monde physique en dépens de l’extrême variété de l’être. Voilà un crayon, c’est-à-dire un objet matériel. Étant matériel, il a une masse. Ayant une masse il produit autour de lui un champ de gravitation. Ce champ de gravitation n’est arrêté par aucun obstacle matériel quel qu’il soit, il est infini et vous ne pouvez pas le séparer du crayon. C’est comme pour la conscience et le corps. Ce crayon, c’est ce que je touche, mais c’est aussi tout le champ de gravitation qu’il produit. Et c’est la même chose pour tous les objets et aussi pour nous-mêmes. Autrement dit, nous sommes répartis dans l’univers tout entier et chaque objet est un point particulier de quelque chose qui est réparti dans cet univers. Il y a donc une unité complète au point de vue gravitationnel entre tous les êtres, entre tous les objets qui existent. Et là nous rejoignons l’Orient, parce que nous avons le droit de dire : un corps n’est pas seulement ce qui apparaît, il y a l’apparence et la réalité. La réalité, ce n’est pas le champ, c’est l’ensemble des deux. C’est à nous d’essayer d’être conscients de cette unité. Il y a d’autres exemples, par exemple l’émission lumineuse due à la chaleur des corps.

Nous pourrons parler la prochaine fois du domaine psychologique, ce qui est plus facile parce que notre expérience personnelle peut être utilisée.

Le participant : Tous les « grands » ont dit la même chose, le Bouddha a dit qu’on ne devait jamais parler de Dieu, parce que à partir du moment où vous intellectualisez Dieu, vous ne pourrez jamais arriver à Lui, vous avez fermé les portes.

M. Monod-Herzen : J’ai vécu en pays bouddhiste pendant plusieurs années. Le Bouddha n’a pas dit qu’il ne fallait jamais parler de Dieu, mais « tout ce que je prétends, c’est de vous donner le moyen d’échapper aux douleurs de la vie. Pour le reste, faites ce que vous voulez, croyez ce que vous voulez. Vous avez le droit de croire en un Dieu ou de croire en beaucoup de dieux. L’essentiel est une technique qui vous libère de la douleur ».

Suit une controverse sur les techniques de méditation.

Le participant : Kalou Rimpoché a bien insisté « Je vous donne des exercices pour arriver à faire taire le mental. Mais certains d’entre vous sont peut-être suffisamment doués et n’ont pas besoin d’exercices.

Un autre participant : Je viens ici pour échanger des expériences. Chacun veut un peu défendre sa paroisse, il n’y a pas de paroisse, il faut échanger des connaissances intimes, intellectuelles et aussi sensibles et non pas les affronter. Ce qui m’intéresse c’est de former une sorte d’atmosphère, d’échange de communications.

M. Monod-Herzen : C’est justement ce que nous allons pouvoir retrouver si nous abordons le domaine de l’expérience intérieure.

L’autre participant : Sri Aurobindo a parlé de supramental, la Mère aussi. Moi, je ne sais pas ce que c’est. J’ai ressenti à l’Ashram des choses bonnes et formidables, mais je ne peux pas parler de ce que je ne connais pas !

M. Monod-Herzen : C’est pour cela que j’ai soin de ne pas me servir du mot « supramental ». Je suis bien de votre avis. Chacun de nous ici doit apporter des choses qu’il a expérimentées lui-même.

Une participante : Quelle est la différence entre intellect et mental ? qu’en pensent l’Orient et l’Occident ?

Un troisième participant : Je ne pense pas qu’il y ait de différence fondamentale entre le monde extérieur et le monde intérieur. Ils sont absolument complémentaires. Il y a un fondement commun, c’est la recherche de la vérité. Or, depuis deux siècles la science s’est efforcée de rechercher cette vérité et elle a détruit énormément de dogmes, de superstitions qui étaient faux. Alors si on prend comme but la recherche de la vérité, c’est quelque chose qui est aussi bien intérieure qu’extérieure, c’est quelque chose qui réunit dans une grande mesure.

M. Monod-Herzen : Vous ne pouvez parler de vérité que quand vous en avez fait l’expérience. Pour répondre à la question de Maud : Si vous remontez au latin, intelligence veut dire inter-ligere, c’est-à-dire « lire à l’intérieur », pénétrer au-delà des apparences pour voir ce qui est écrit derrière. L’instrument de ce genre de travail c’est le mental, c’est la partie supérieure de votre personnalité. Il y a en vous un témoin auquel je ne donnerai pas de nom et qui est capable de voir de plus haut, puisque nous réfléchissons et savons que nous pensons. La plupart des animaux dont beaucoup doivent penser, ils ne savent probablement pas qu’ils pensent. Tandis que nous, nous savons que nous pensons. Ainsi nous avons un point de vue qui nous permet de parler de ce que j’appelle « spirituel », parce que si nous entrions dans la question du supramental, nous aurions tous les intermédiaires et cela devient très compliqué. Mais je ne connais pas le supramental, je n’ai aucune prétention de cela.

Le participant : Un mot sur un point précis : il y a conscience au niveau du mental, de l’intellect. C’est une connaissance rétrécie, il y a conscience au niveau, au-dessus, hors du mental. Tous les efforts consistent à faire taire le mental pour être ouvert à la conscience universelle.

M. Monod-Herzen : Il y a un type d’expérience qui dépasse le mental et qui est accessible à n’importe lequel d’entre nous. Quand vous voyez brusquement quelque chose de très beau vous faites : « Ah ! » et à ce moment vous ne pensez plus. On est dans un état de conscience qui est au-dessus du mental parce qu’il nous met un instant en communion avec une partie de cette conscience.

François Catala : Le travail que nous vous proposons, c’est, à travers un sujet particulier, d’une vision particulière : conscience et science, réalité et apparence, etc. de venir ici et de dire : « Voilà la question que je me pose ». Alors ensemble, avec Gabriel, nous essayerons de voir, de sentir, mais surtout d’expliquer ce que nous savons.

Le participant veut parler de techniques de méditation.

M. Monod-Herzen : Chacun peut parler de sa technique et des résultats qu’il a obtenus, mais surtout ne pas exposer les techniques en général. Comme cela m’a été dit à l’Ashram: « Nous ne voulons pas apprendre, mais comprendre ! ». La connaissance on la porte, on la sent, mais on ne peut pas l’expliquer. Il ne faut pas séparer le sentiment et la raison. Les Orientaux disent : « Il y a une connaissance du cœur qui est parfaitement valable, il y a une connaissance de la raison qui est parfaitement valable, il faut arriver à réunir les deux ». Tout être fait ses expériences à quelque niveau que ce soit. Ne les méprisez pas, elles peuvent aussi mener à la connaissance, il n’y a pas de supériorité dans ce domaine.

Le deuxième participant : Quand nous sommes revenus de l’Inde, après notre séjour pendant quelque temps à l’Ashram, nous étions très fortement ancrés dans cette espèce de joie, de rythme indien. On avait une bonne force en nous, peut-être un peu moins maintenant, c’est difficile ici ! Nous avions adopté un rythme différent ; c’est-à-dire celui de se coucher beaucoup plus tôt, de vivre au rythme de la nature et on le faisait avec beaucoup de joie et d’amour. On était bien, dans un état de tranquillité, de vécu, on avait un soir préparé à manger pour des amis on l’avait fait vraiment différemment qu’autrefois, ce n’était pas voulu, c’était naturel. Et on a préparé les plats avec beaucoup d’amour. Ce qu’il y a eu d’extraordinaire, c’est que tout le monde s’en est aperçu. Ils ont ressenti qu’on avait fait les choses avec amour.

M. Monod-Herzen : Vous avez fait une très belle expérience. Je peux vous en raconter une personnelle qui est beaucoup moins belle : J’avais passé une année entière à l’Ashram et, en quittant Pondichéry, j’étais assez content de moi ! Je me disais que j’avais certainement fait des progrès, petits, bien entendu, mais pas mal ! Qu’est-ce que j’ai pris en rentrant à Paris ! Je me suis aperçu que ce que j’avais eu, c’était la chance d’avoir vécu pendant un an à Pondichéry, dans un milieu où j’étais à l’abri d’une quantité de choses que je retrouvais et qui m’attendaient au retour, et que je n’avais rien fait comme travail sur moi-même. J’avais accepté avec joie cet état merveilleux de protection, mais je n’avais pas compris que cela venait de l’extérieur et pas de moi. Je me l’étais attribué et c’était faux. Il m’a fallu six mois pour m’en bien remettre !

Le deuxième participant : On était bien mieux en rentrant, même pendant les quinze jours qui ont suivi.

M. Monod-Herzen : Vous pouvez faire ce que j’ai fait : retrouver ici une position d’équilibre qui va intégrer ce que vous avez rapporté avec vous. C’est-à-dire que vous ne serez pas au même point qu’avant, mais vous ne serez pas ce que vous avez imaginé que vous étiez.