Muriel Daw : Par delà les opposés bien-mal / noir-blanc/ naissance-mort / jour-nuit/ jeune-vieux


10 Aug 2011

(Revue Le Lotus Bleu. No 6. Juin-Juillet 1991)

Nous parlons et pensons toujours en termes d’opposés et de comparaisons. Cependant, nous savons que comparer est odieux. Je me demande pourquoi nous parlons et pensons toujours d’une façon odieuse et haïssable ?

Lorsque nous parlons de lever et de coucher de soleil, nous en parlons en termes quotidiens quelconques, mais sans précisions. Il advient que la Terre tourne sur elle-même. La Terre arrive à être en rotation. Le Soleil demeure lui-même magnifique : il ne se lève ni ne se couche. C’est la Terre qui a tourné. La nuit ne tombe pas de l’extérieur, nous nous tenons simplement dans l’ombre de la Terre.

Toutes nos façons de parler sont commodes et utiles mais imprécises. Ai-je la peau sombre ou claire ? La réponse ne présente aucune vérité réelle me concernant : parmi les blonds Scandinaves, on me désignera comme quelqu’un de foncé. Parmi les Africains, on me montrera du doigt comme « la peau claire ». Et s’il m’arrive de me trouver parmi des paysans chinois, ils me désigneront comme le « diable-au-cou-rouge » !

Ces descriptions peuvent être relativement utiles, mais elles ne présentent aucune vérité concernant la personne vivante assise devant vous.

Il est tout à fait juste, pour nous, de penser et de parler en termes duels pour autant que nous sachions que nous le faisons. Cependant si nous pensons que ceci est tout ce qu’il y a dans l’être vivant, nous sommes pris au piège dans un réseau de mensonges; et si nous pensons que la sagesse peut être atteinte à travers une connaissance relative, alors nous gaspillerons une grande quantité de temps et d’efforts.

La Sagesse se trouve au centre, au-delà de toutes les dualités, et opposés, et c’est seulement dans une conscience centrée que nous trouverons la joie véritable. Mais habituellement, « ce que je pense », « ce que je ne pense pas » nous semble important; et lorsque que cela arrive, nous sommes déchirés dans des moitiés opposées et à jamais mis en lambeaux par les propres ordinateurs de nos cerveaux binaires.

Ce constant déchirement est une affaire très inconfortable; mais ce n’est que lorsque nous en devenons conscients et qu’il est diagnostiqué correctement que nous pouvons essayer réellement de briser les liens de la relativité. Une vérité relative n’a pas besoin de nous apparaître comme un pouvoir terrible qui nous dissèque, et nous projette au ciel ou en enfer. Nous pouvons chercher la vérité réelle dans la vie elle-même – laquelle a son être dans le centre de toutes choses, comme le Soleil, et qui semble s’exprimer pour nous seulement en termes de naissance et de mort, de lever et de coucher.

Une fois que nous réalisons comment nous sommes déchirés du fait que cette personnalité-là traite les opposés avec un sérieux si profond, alors nous pouvons essayer d’échapper à une situation inconfortable par les méthodes traditionnelles décrites dans toutes les religions.

Le Seigneur Krishna dit à Arjuna : « Sois libre des paires d’opposés ». Le Bouddha nous a enseigné qu’il y a Huit Vents qui attisent les passions de notre égo en un brasier. Ils soufflent en nous deci delà, de sorte que nous ne trouvons aucune base de repos.

Ces vents sont : gain et perte, renommée et déshonneur, louange et blâme, plaisir et douleur.

Est-ce vrai ? Pouvons-nous nous arranger pour conserver notre sang-froid et être concentré quoi qu’il arrive ? Pouvons-nous transcender les opposés du Gain et de la Perte même pour un temps court ? Ou nous ruons-nous toujours en avant pour obtenir ceci ou cela, et reculons-nous pour nous protéger de la perte de ce que nous possédons déjà ? Pensons-nous que cet aspect est très important, comme si nous pouvions emporter notre argent et nos biens avec nous quand nous mourons ?

Ma réputation – est-ce la chose la plus importante ? Est-ce que je me mets toujours en avant pour que les gens me prennent pour quelqu’un d’important ? Mon égo a-t-il le cuir si épais qu’il pervertisse mon intégrité, ma totalité ?

Louange et blâme : si vous me dites tous des choses gentilles à la fin de ma causerie, vais-je ressentir une enflure de ma personnalité ? Peut-être. Ou si par hasard j’entends quelqu’un dire : « Que c’est ennuyeux ! » serai-je à ce point si honteuse que je voudrai me dissimuler dans un coin et que je n’oserai plus jamais donner une causerie ? Prendrai-je ces vents opposés avec tellement de sérieux ? J’espère que non; mais on ne peut pas réellement le savoir tant que quelque chose d’inattendu ne s’est pas produit : alors, il faut essayer d’être honnête avec soi-même.

Certains d’entre nous se précipiteront à la recherche du plaisir et feront tout pour éviter la douleur. Il y a même des gens qui réagissent en sens contraire !

Ces vents semblent souffler à l’extérieur de nous-mêmes, et lorsqu’ils nous énervent tous, c’est parce que nous nous prenons tous au sérieux : comme si « mon égo » était la chose la plus importante de l’univers. Il est plutôt affreux d’être enflé de partout. Il est dommage que nous ne puissions nous sentir plus près de la vie et nous réjouir de l’ensemble de ce qui survient. Alors, au lieu de ne s’identifier qu’avec un petit aspect, il serait peut-être possible de prendre part au drame avec tous les acteurs.

Lentement, nous perdons l’illusion de tout centrer sur nous, et nous réalisons que tous les autres êtres vivants sont également le centre de l’univers. Lorsque nous atteignons notre propre centre, nous savons que le Vrai Soi ne peut pas être avide : ce ne serait seulement que vouloir arracher quelque chose à une autre partie de soi-même.

Il a été dit : « Soyez seulement libre du mépris et vous recevrez l’illumination dans un éclair' ».

Nous devons seulement voir chaque être vivant sans aucun mépris, nous-même et les autres, pour être immédiatement illuminés. Comme je désirerais pouvoir le faire !

Néanmoins je sais que c’est vrai; et cela, même à mon niveau, exactement dans la mesure où je puis me voir et voir les autres sans mépris, sans jugement, jusqu’à ce point précis, gagnerai-je une minuscule étincelle de vérité. Le 3e Patriarche Zen a dit :

« La voie parfaite ne connaît pas de difficultés

Sauf qu’elle refuse d’avoir des préférences;

Une différence d’un dixième de pouce

Et le ciel et la terre se sépareront.

Dresser ce que vous aimez contre ce que vous n’aimez pas,

C’est la maladie du mental :

La verbosité et le mécanisme intellectuel –

Plus nous en sommes proches, plus nous nous égarons.

Dans le royaume le plus élevé de la Vérité

Il n’y a ni « soi » ni « autre »

Quand on cherche l’identification directe

On peut seulement dire « Pas deux ».

Au centre véritable de chacun de nous, il n’y a pas d’égo avide, ni de soi séparé; seulement un point vide, montrant la position de non séparation. Chacun d’entre nous doit trouver sa position pour lui-même, et nous essayons de trouver ce point clair comme le jour, sans dimension, en suivant la Voie du Milieu.

Notre tâche principale dans la vie courante est de nous centrer. La Voie au-delà des Opposés, la Voie du Milieu, est un Sentier en ligne droite.

On nous enseigne à l’école que la ligne droite n’a qu’une seule dimension. Elle a une longueur et pas de largeur. Notre professeur de géométrie était très sarcastique envers ceux qui appuyaient lourdement sur leur crayon. « Ce que vous avez dessiné n’est pas une ligne. Je peux la voir, par conséquent, elle a une largeur. Une ligne n’est qu’une indication de l’endroit où quelque chose existe. Elle ne peut être vue ». Alors, nous perdions des points et restions en retenue après l’école. Même maintenant, je sens souvent qu’on me garde dans mon corps après les heures d’école, parce que je ne peux pas trouver comment suivre cette ligne qui n’existe même pas dans notre monde avec son nombre normal de dimensions. Je peux voir des gens plus illuminés que moi-même, se réjouissant dans la cour extérieure, tandis qu’on me garde à l’intérieur. J’ai néanmoins beaucoup de gratitude envers ce professeur de géométrie qui a indiqué le problème si clairement quand nous n’avions que douze ans.

Si j’avais un désir ardent de trouver le point non-existant, sans dimension, au centre de moi-même, je devrais d’abord m’appointir vers le bas pour fouler un Sentier sans dimension. Un Sentier qui est clairement défini, mais qui ne peut être vu. Je ne peux même pas voir son milieu. Je peux juste tomber d’un côté d’abord, de l’autre ensuite.

J’essaie de me conforter dans le fait que, par nature, il semble possible à un homme de suivre une course droite, bien qu’il marche sur deux jambes et qu’aucun de ses pieds ne soit réellement sur une ligne centrale. Le mental a un sens de la direction qui transcende le physique gauche/droite, gauche/droite, des deux jambes. L’esprit a un sens de la direction qui transcende le oui/non, oui/non du mental.

Dans la vie quotidienne, les opposés sont toujours présents. La Voie du Milieu ne tombe pas entre eux; elle les transcende. C’est le troisième point le plus élevé, le pivot à partir duquel le pendule se balance.

Dans son premier sermon, le Bouddha dit comment il a médité lui-même sur la Vérité du Sentier Transcendant, et il disait :

« Là, une vision s’éleva en moi, de pénétration, de compréhension;

Là, la Sagesse s’éleva en moi; la, s’éleva en moi une Lumière ».

La tolérance est une aide considérable dans l’entraînement pour arriver au-delà des opposés. Annie Besant décrivait la tolérance comme « une acceptation empressée et joyeuse du chemin le long duquel notre frère cherche la vérité ».

Permettez-moi de vous raconter une histoire Zen :

Un jour, deux moines marchaient dans un jardin. Il y avait une chenille au milieu du chemin. Un moine dit : « Oh, quelqu’un peut marcher dessus », et soigneusement, il prit la chenille et la posa sur un chou près de là.

L’autre moine dit : « Pour l’amour de Dieu! Nous passons des heures à nous briser le dos en travaillant dans le jardin, comme si nous avions besoin de chenilles pour manger les choux ! »

Ils continuèrent leur chemin, en discutant amicalement de ce problème. Puis ils décidèrent d’aller demander au Maître ce qui était juste en la matière.

Le premier moine expliqua qu’il avait mis la chenille en sûreté dans un endroit où elle serait bien.

Le Maitre hocha la tête et dit : « Très juste, mon fils, très juste ».

Le second moine exposa son point de vue tous les ravages que la chenille et sa progéniture feraient aux choux.

Le Maitre hocha la tête et dit : « Très juste, mon fils, très juste ! »

Mais le petit novice qui lui dispensait de l’air frais le regarda avec ses gros yeux et dit: « Mais Maitre, ils ne peuvent pas tous les deux avoir raison ». Le Maitre s’inclina : »Très juste, mon fils, très juste ».

Les écoles Zen se spécialisent par un entraînement vers l’illumination, en transcendant les paires d’opposés. Hui Neng fut le 6e Patriarche, et avant sa mort, il fit venir ses héritiers-en-Dharma pour leur donner ses dernières instructions. Il leur donna des indications sur l’enseignement, dont la plus précieuse était d’apprendre à utiliser les paires d’opposés dans l’action, pour éviter ainsi les deux extrêmes d' »entrer » et de « sortir » (se retirer en Nirvana ou se répandre en Samsara. Cela aussi doit être transcendé).

Il dit : « Dans tout enseignement, ne vous égarez pas loin (du Centre) de l’Essence du Mental. Lorsqu’un homme vous pose une question, répondez par des antonymes, ainsi cela fera une ‘paire d’opposés’. S’il dit ‘venez’, vous dites ‘allez’. Quand il pénètre ces opposés, il voit qu’ils sont interdépendants; dans un sens absolu, il n’y a ni ‘venant’ ni ‘allant ».

Depuis lors, tous les Maitres Zen se servent de la contradiction comme d’un outil. Si je pense que j’ai une âme, ils me diront que je n’en ai pas (et vice-versa). Ils n’argumentent jamais, mais contredisent catégoriquement chaque pensée que je peux exprimer jusqu’à ce que je ne sache plus si je suis sur ma tête ou sur mes talons. En désespoir de cause, je serai amenée à laisser tomber mon argumentation insensée, et je serai tellement sous pression qu’abandonnant les mots, j’en serai amenée à leur montrer une expérience vivante au lieu de pensées abstraites.

Cet argument vous rappelle-t-il quelque chose ? Il me suggère un autre enseignement – celui du Sermon sur la Montagne. Un enseignement spirituel plein de paires d’opposés à transcender. Celui qui est le premier sera le dernier, etc. l’esprit parle par paradoxes. Nous aussi devons finalement apprendre à parler en utilisant des termes de logique pour le monde relatif, termes de paraboles pour l’enseignement intermédiaire, et de paradoxes pour les vérités spirituelles.

Un maitre Zen aura recours à n’importe quels moyens auxquels il peut penser pour nous faire réaliser la vérité de toutes les paires d’opposés. Il demande sévèrement « Regarde ce bâton, il a deux bouts. Maintenant, quoi d’autre peut désigner les bouts ? Donne leur un autre nom ! »

Les deux extrémités d’un bâton, allons donc ! Il n’existe pas de chose pareille. Il n’est pas coupé aux deux extrémités (et s’il l’était, combien d’extrémités y aurait-il ?)

C’est un bâton, un entier, une bâton-té, et lui appliquer un nom comme n’importe quoi partout, est à des lieues de sa réalité.

En parler n’a pas du tout de rapport avec la chose en elle-même.

Il est en train de nous duper avec une discussion de bas niveau à son sujet; et nous sommes des sots pour nous laisser duper. Pourtant c’est ainsi que nous nous instruisons. Un jour, s’il pose une question aussi sotte au sujet des deux extrémités d’un bâton, quelqu’un lui démontrera la fonction d’un bâton et le menacera de s’en servir pour le battre.

***

Il est toujours important de réaliser à quel niveau nous enseignons ou celui où on nous instruit. (Nous faisons tous un peu les deux, n’est-ce pas ? Lorsque nous apprenons quelque chose nous essayons de le transmettre.)

IL Y A TROIS NIVEAUX D’ENSEIGNEMENT

– La logique – cela nous emmène aussi loin que nous pouvons suivre avec la partie ordinateur de notre mental.

– Puis la parabole – Des histoires ou des contes sur des choses que nous comprenons bien, afin de nous montrer que ces événements pourraient être des reflets de péripéties sur un autre plan. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Mais après la première percée, quand nous VOYONS la nature du monde qui met en relation, nous devons déchiffrer la nature de ses rapports avec le tout.

C’est alors que sérieusement, on peut « mettre en route » le Sentier, et commencer à découvrir le jeu véritable de la vie qui va très au-delà du plan de la parabole. On peut alors ne pas apprendre plus longtemps par les reflets du ‘ce qui est en haut comme ce qui est en bas’ parce qu’on peut voir que l’on EST l’autre, dans l’ordre inversé. C’est l’homologue. Une fois que nous sommes passés à travers le miroir de la perspicacité – qui est le Prajna de La Voix du Silence – la parabole, comme la logique, cessent d’être utiles. Le langage de la véritable compréhension spirituelle est le paradoxe.

Notre Premier Niveau de compréhension est toujours : Bon sens (ou logique relative).

Puis : le Reflet (ou Parabole)

Et le point culminant : l’Absurdité (ou le paradoxe).

Le Paradoxe est la Voie. C’est le sentier que nous ne pouvons même pas voir, parce qu’il se trouve au-delà des opposés. Bien/Mal – comment pouvons-nous vivre en étant pleinement conscients du bien et du mal, et également conscients de ce qu’il y a au-delà des deux ?

H.P.B. dit : « Le paradoxe semblerait être le langage naturel de l’occultisme. Qui plus est, il semblerait pénétrer profondément dans le cœur des choses, et être inséparable de toute tentative de mettre la vérité dans les mots, la réalité qui est sous-jacente aux spectacles extérieurs de la vie.

« Et le paradoxe n’est pas seulement dans les mots, mais dans l’action, dans toute conduite de la vie. Il y a là un grand danger, car il est très facile de se perdre dans la contemplation intellectuelle du sentier et d’oublier ainsi que la route ne peut être connue qu’en la suivant ».

Nous devons apprendre quelle est notre relation véritable et intime avec chaque partie de l’univers spirituel (et en même temps physique) :

– Tous les contraires sont interdépendants, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons seulement expirer que dans la mesure où nous avons inspiré. L’équilibre parfait entre la pesanteur et la force centrifuge maintient le système solaire en harmonie, et nous avec les pieds sur terre.

Un aimant ne peut être, avec précision, aussi positif qu’il est négatif. Le point de transcendance immobile au-dessus, ou placé au centre se semblables paires d’opposés est le point de liberté.

Le paradoxe est utilisé dans toutes les religions : « Celui qui sauve sa vie la perdra », dit Jésus. « Abandonne la vie si tu veux vivre », dit La Voix du Silence.

Il y a aussi le grand Paradoxe du Bouddhisme, soit d’essayer de fouler le Sentier de Sagesse de l’Arhat, soit le Sentier de Compassion du Boddhisattva. On a dit : « Celui qui suit le Sentier de l’Arhat en essayant d’atteindre la sagesse pour se sauver lui-même s’apercevra à la fin qu’il n’y a pas de soi à sauver, et s’il suit le Sentier du Boddhisattva pour sauver tous les autres, il s’apercevra à la fin qu’il n’y a pas d’autres à sauver. »

Plus on s’éloigne des extrêmes, plus on est libre. Il est merveilleux de ne pas être, par contrainte, séduit par un raisonnement, de ne pas sentir qu’on doit prendre parti. C’est seulement l’égo avide qui a besoin d’avoir une opinion et d’arriver à une conclusion. Seul l’égo personnel a besoin de se « reposer sur un principe ».

Le Soi Véritable peut vivre ouvertement si nous le laissons faire. Une ouverture où tout est Un, riche de réciprocité et de reflets partagés; sans aucune obstruction. Une ouverture qui connait tous les plans de conscience.

Il y a tellement de paires d’opposés à comprendre avant de pouvoir atteindre cet état !

D’un plan plus élevé, les unités apparaissent pareilles à des paires d’opposés comme le pendule en balancement sur le plan du-dessous. Aucun problème ne peut être résolu sur son propre niveau. Nous devons monter en cherchant le pivot auquel chaque paire d’opposés est suspendue, le Troisième Supérieur.

Le cœur de la méditation sur un mandala nous apprend que deux paires d’opposés se croisent. Il est donc nécessaire de transcender les deux paires à la fois pour trouver la véritable nature d’être au centre de la croix. De cette position centrale, nous avons alors un choix total de conscience entre quatre sortes particulières de Sagesse : la Sagesse du grand Miroir, la Sagesse de la Connaissance que toutes choses sont Identiques, la Sagesse de la Connaissance que chaque chose est Unique et la Sagesse de l’Action parfaite.

Cela a été très joliment exprimé par un très grand lama tibétain, Tai Situ. Nous l’interrogions et quelqu’un a demandé :

« Qu’éprouve-t-on lorsqu’on est illuminé ? » Chacun retenait son souffle, car c’est généralement considéré comme une question impolie. Mais nous fûmes très reconnaissants de cette question innocente, car Tai Situ répondit. Il a dit : « Eh bien, naturellement, vous ne pouvez pas l’exprimer avec des mots, mais cela pourrait être quelque chose comme de se tenir au centre d’une cour où il y aurait les entrées de quatre cinémas. La plupart des gens doivent choisir ce qu’ils veulent voir, mais il y a une conscience qui peut voir les quatre scènes qui se déroulent en même temps ».

Quelle façon merveilleuse d’exprimer le fait d’être au centre de l’être au-delà de tous les opposés, dans la pleine conscience du tout !

L’entraînement repose sur la connaissance, sans « si » ou sans « mais ».

Samsara EST le Nirvana

Le Relatif EST l’Absolu

Tout EST Un; Un EST Tout.

Chaque chose est identique ET chaque chose

est unique

Chacun de nous EST le Centre de l’Univers

Chaque chose particulière EST EN chaque autre chose particulière

Rien n’existe ET tout existe.

Il y a plus de 1000 ans, le Maitre Hui Hai a dit : « Quand on comprend clairement la nature de toutes les choses, on est comme un joyau de cristal qui laisse voir différentes couleurs. Il est correct de dire qu’il change, mais il est aussi correct de dire qu’il ne change pas. Quand un homme ne comprend pas, et qu’on lui dit que la Réalité change, il se cramponne à l’idée de changement; et quand on lui dit qu’elle est sans changement, il se cramponne à l’absence de changement. »

De quel merveilleux joyau de cristal parle-t-il ? l’irisation jouant avec le chatoiement continuel dans toute la transparence de cet univers. Toutes les couleurs à la fois, vibrantes et visibles dans l’immobilité de la couleur visible.

Muriel DAW

Conférence donnée à la Convention

Varanasi – Décembre 1990