Sabyasachi Guha : Le phénomène U.G.


05 Nov 2017

(Traduction libre de l’anglais)

Sabyasachi Guha raconte comment l’interaction avec U.G. Krishnamurti a résolu le conflit central en lui.

Le phénomène U.G. survivra de diverses manières, mais comment il vous affecte en tant qu’individu est la chose la plus importante. Au début, j’avais beaucoup d’idées et de pensées contradictoires, mais à un moment donné j’ai ressenti de si puissantes forces vitales impliquées que mes choix apparents étaient complètement hors de ma volonté – au-delà de moi en ce sens que ce qui se passait dans mon corps après avoir interagi avec lui était quelque chose que je ne pouvais pas produire par moi-même. Par conséquent, je ne pouvais pas arrêter de penser à U.G., je ne le pouvais pas.


Mon interaction avec U.G. répondait à un mécanisme central. Ce processus dynamis
ait systématiquement tout le corps pour s’occuper de la pensée comme si c’est pour éliminer le conflit qui inhibe notre expression innée. Ce mécanisme et sa fonctionnalité sont stimulés à chaque fois que l’on se souvient d’une situation familière. C’est Proustien – disant, par exemple, que je suis loin de la personne avec qui je suis intimement impliqué, après un mois j’ouvre son placard et un de ses vêtements tombe – ce qui me rappelle d’elle. Elle n’est pas là, mais la vue et l’odeur me donnent l’impression comme si elle était assise ici avec moi. La mémoire déclenche cela mais cet aspect de la mémoire est physique, pas spirituel.

La mémoire d’U.G.


La mémoire de U.G. a une étrange sorte de zeste et de puissance ; pour moi c’est presque comme de la folie.
Folie dans le sens qu’elle ne communique pas avec le reste du vocabulaire du monde. Normalement, quand vous répondez aux demandes de la société, tout va bien. Si vous ne le faites pas, cela suppose que vous êtes fou. En ce sens, U.G. était en train de créer une sorte de folie. Pour moi, l’interaction avec lui a mis quelque chose en mouvement qui refusait l’influence des autres, le conflit était donc suspendu, et je me suis senti euphorique. Si quelqu’un avait permis que cela se produise, vous seriez surpris qu’avant que la personne arrive à comprendre ce qui lui arrive, il lui serait difficile de se comporter avec quelqu’un comme avant. Je ne le pouvais pas. Ce n’était pas possible, en raison d’une disposition inconnue établie à l’intérieur. Maintenant, il est insupportable de briser cette disposition intérieure en vue d’accommoder une situation particulière. C’est pourquoi je pense que je suis devenu un animal, un animal à deux pattes avec un ordre particulier, qui n‘accepterait pas d’être n’importe où, ou passer du temps avec d’autres si cet ordre serait compromis.

Dans cette société, tout est « prendre et donner » ce qui est une indication d’esclavage. Je n’ai trouvé en U.G. rien qui attendait de moi quoi que ce soit et de quelque manière que ce soit. J’étais sincèrement attiré par lui et curieux en même temps; il s’est rendu totalement accessible à moi. La condition était si inhabituelle que cela seul me faisait constamment penser à lui. Il ne donnait jamais de conseil à moins qu’on le lui demande. Il m’a semblé qu’il n’avait aucun problème concernant sa propre situation. Son manque total de préoccupation et d’inquiétude se présentait comme une grande légèreté et un sens de liberté. Le souvenir de l’existence physique d’U.G. a créé en moi une disposition qui répondait à un désir fondamental d’émancipation. On nous enseigne à être faux, mais une fois que vous avez goûté à cette émancipation, vous ne pouvez plus être dupé par qui que ce soit.

Les vieilles habitudes ont la vie dure. J’ai répété cela à un ami, à savoir que l’espoir ne s’en va pas, l’espoir de trouver quelque chose ou quelqu’un quelque part qui va vous montrer une nouvelle direction qui nous aidera à résoudre les problèmes de notre vie. Si vous acceptez qu’il n’y a rien à changer, vous n’aurez plus besoin d’aller voir quelqu’un pour vous aider, et la vie commencera à se dérouler à sa manière.

La structure créatrice d’image


Tant que vous créez une image et investissez de l’énergie pour
promettre cette image – cette image sera toujours détachée du mouvement de la vie et le processeur parallèle prend le dessus. Cette structure créatrice d’image, la faculté imaginative des humains, fonctionne toujours en parallèle, c’est un va-et-vient, qui s’additionne au sujet et à l’objet de la perception, qui sont le fondement de la vie. Notre capacité cérébrale est si énorme que ce processeur s’exécute comme un mécanisme multi-tâches. Par exemple, vos yeux sont ouverts pour que le contact nécessaire avec le monde marche et continue mais en même temps le processeur parallèle fonctionne, donnant toujours le sentiment de son contrôle exclusif. Lorsque vous conduisez une voiture et que vous traversez un territoire complètement inconnu, il vous sera très difficile de poursuivre une discussion avec votre ami parce que vous devez accorder plus d’attention à l’endroit où vous allez. Le processeur, en raison de cette nécessité fondamentale, est automatiquement forcé de passer dans l’arrière-plan. Nous avons donc un cerveau très complexe et apparemment efficace, qui fait des choses de façon parallèle. Ce processeur qui est le résultat de votre faculté d’imagination, en raison de sa nature même, vous fait sentir que vous devez vous comporter d’une certaine manière. C’est une projection qui résulte de ce monde imaginaire. C’est pourquoi votre satisfaction dépend d’une idée prédominante et dexpérimenter ce qui coïncide avec elle.

Le processeur parallèle de par sa nature même établit deux groupes: ceux qui sont pleins d’espoir et ceux qui colportent des gâteries pour satisfaire cet espoir. C’est un cercle vicieux! À cet égard, il n’y a aucune différence entre l’espoir du politicien – mentir à un point qui défie la logique simple, l’espoir des ministres de l’église – protégeant leur foi, se trompant eux-mêmes et trompant les autres, d’avec les prêtres des différents temples et les habiles parleurs sur l’illumination. Ils proclament, regardez-moi; Je suis un homme libre, vous pouvez être comme moi! Il n’existe pas du tout une telle chose qu’un homme libre !

Toutes les images que vous utilisez pour vous justifier sont également une projection de vos connaissances antérieures de ce que vous avez entendu de U.G. et de ce que vous attendez de vous-même, mais tout cela est illusoire – invention de notre imagination. Vous ne savez jamais ce que vous ferez dans une situation réelle. Et, lorsque cette compréhension devient de plus en plus forte, vous accorderez moins de validité à cet aspect imaginaire. Ce n’est pas parce que vous ou moi étions avec U.G. que nous ferons certaines choses que les autres attendent de nous. Si quelqu’un s’est créé une image en entendant, en voyant ou en interagissant avec U.G., et projette cette image sur moi, pensant que si je suis dans l’état naturel comme l’était U.G. je devrais alors faire ceci ou cela, c’est faux. Car cela signifierai que je ne fonctionne pas comme moi-même.


Il y a quelque chose en nous qui a besoin d’une justification constante;
nous voulons trois choses différentes à la fois, le tout par l‘entremise de la pensée, et vient donc la nécessité de la justification. Si nous accordons moins d’importance à ce processus de création d’images ou de collecte d’informations, nous fonctionnerons alors comme nous-mêmes. Nous aurons très peu de conflits, et pas besoin de justification. Cela ne veut pas dire que je ferai tout ce que je veux faire. J’ai une parfaite compréhension des normes sociales.


U.G. insistait sur le fait que vous n’avez besoin d’aller nulle part, de lire ou d’écouter qui que ce soit; vous savez déjà ce que vous devez savoir pour fonctionner dans la vie. Vous n’avez besoin de rien
et de personne. Ce dont vous avez besoin, c’est de l’argent; trouvez un moyen d’utiliser votre talent pour gagner de l’argent.

Pas besoin de justification

Si vous invitez U.G. dans vos entrailles, vous devrez abandonner la structure créatrice d’images que la société vous impose. Vous ne copierez personne et n’investirez pas de l’énergie dans des idées sur vous-même. Lorsque vous arrêtez de donner de l’importance à ce processus de collecte d’images et de collecte d’informations, vous allez fonctionner avec très peu de conflits et vous n’aurez pas besoin de justification. Si vous faites des compromis, c’est comme la théorie du mensonge de Joseph Goebbels «l’imposition de mensonges» : continuez à marteler vos compatriotes avec de fausses informations et après un certain temps, ils croiront cette information. Goebbels a dit: «Plus le mensonge est grand, plus on le croira ». Et Hitler a dit: « Faites le mensonge grand, rendez-le simple, continuez de le dire, et finalement, ils le croiront.» Ainsi pour bien vous entendre, vous créez et vous vous souvenez consciemment une sorte d’antidote à la logique de U.G. Et vous continuez à infester votre cerveau pour vous rendre disponible au jeu de l’auto-agrandissement!


Nous avons un cerveau très évolué.
Il est extrêmement intelligent et ce que vous voyez de la fonctionnalité du cerveau intelligent est sa façon de traiter l’information. Il y a un mouvement dans la conscience, qui crée le sentiment de soi ou de la conscience de soi. Ne sous-estimez pas l’intentionnalité de ce mouvement. C’est très intelligent. Il va constamment utiliser la logique pour sa propre justification, pour son propre mouvement.

U.G. expérimenta beaucoup de choses qui, en raison du manque de mots adéquats, on les a appelé « expériences spirituelles ». C’est « l’expérience spirituelle » qui élimine presque la structure expérimentante. L’important c’est l’effondrement de la structure d’information, et non la nature et le contenu de l’expérience. Il n’y a à s’attacher à rien, mais lorsque les expériences spirituelles dont vous avez entendu parler et avec lesquelles vous vous identifiez n’arrivent pas à expliquer les événements physiques qui se déroulent à l’intérieur de votre corps, alors des termes tels que mutation et transformation radicale sont utilisés pour souligner le processus physique.

Quelque chose de physique se manifestait dans le corps de U.G., mais il ne voulait pas utiliser de jargon mythique pour en parler, en particulier celui de l’illumination! Son état était tellement auto-justifié qu’il pouvait balayer des techniques et les idées que J. Krishnamurti propageait pour provoquer une transformation radicale ou posséder un grand esprit. L’esprit lui-même est le plus grand problème! La réalisation que l’esprit lui-même doit être détruit est apparue dans le livre, où U.G. a formulé l’expression « L’esprit est un mythe ». Penser est un processus de fabrication de mythes.

Le défi de U.G.

U.G. nous jetait un défi: Vous êtes vous assez efforcé, avez-vous essayé de toutes vos forces afin que vous puissiez dire qu’ils ont totalement tort? Est-ce que ce processus fonctionne pour vous, ou est-ce que le gars qui le colporte est un faux? Vous avez tellement investi dans l’enseignant au point que vous ne pouvez plus l’ignorer. Donc que ferez-vous ? Vous essayez de plus en plus fort. Vous vivez dans l’espoir et vous mourrez dans l’espoir.

Vous ne pouvez pas vous attacher aux mots d’U.G. Que pouvez-vous retirer de la déclaration: «Il n’y a rien à comprendre?» Votre esprit vous dit qu’il y a un but que vous pouvez atteindre en faisant des pratiques spirituelles. Vous agissez en fonction de cette promesse, mais votre discrimination vous dit que rien ne se passe. Vous avez tout fait et rien ne s’est passé, rien! Alors vous commencez à comprendre les mots d’U.G.: « La chose même dont vous voulez vous débarrasser est renforcée et fortifiée par ce que vous faites. » C’est une situation tout à fait inhabituelle. Nous sommes habitués à justifier nos motivations. Et ainsi vous justifiez vos expériences spirituelles. Ceci est la caractéristique proéminente; c’est la chose même qu’il vous disait de laisser tomber ! Les gens dans le marché spirituel revigorent votre ego en disant ce que vous voulez entendre. Il disait que si vous pensez être spécial parce que vous êtes venu le voir, vous avez complètement raté le bateau.

U.G. était simple, ordinaire, un vrai être humain; nous, nous sommes extraordinairement foutus. Je me sentais frustré parce que dans ma projection, il était l’homme idéal. Ce gars avait quelque chose que tout le monde veut. J’étais prêt à sauter du dixième étage si je pouvais obtenir ce que je pensais qu’il avait!


U.G.
a complètement rejeté cet aspect, et a plutôt exemplifié sa propre version du National Enquirer: Il a fait un million de dollars en devises étrangères! Il était l’un des conférenciers les plus brillants que l’Inde ait jamais produit! J.K. appris en l’observant! Il dirait ces choses si sérieusement, ad nauseam, juste pour tuer votre traitement de texte! U.G. devait savoir que s’il illustrait ce que je pensais qu’il possédait, cela détruirait son intégrité; une structure serait créée autour de lui, et cela l’obligerait à jouer des jeux avec la vie des gens. U.G. refusa de le faire.

***

Sabyasachi Guha, connu sous le nom de «Guha» par ses amis anglophones, est né le 1er mai 1953 à Calcutta, en Inde. Peu de temps après, sa famille déménagea à Hindmotor, au Bengale occidental, une petite ville située sur la rive ouest du Gange, où il a passé une grande partie de ses premières années et adolescence. Il est docteur en physique de l’Indian Institute of Science de Bangalore, et a commencé sa carrière en tant que scientifique à l’Organisation indienne de recherche spatiale. En 1988, il a déménagé aux États-Unis et a pris un poste de chercheur scientifique à l’Université Rutgers. Il a pris sa retraite en 2007 et passe maintenant son temps à voyager en Inde, en Europe et à travers les États-Unis pour rencontrer des amis et des connaissances répondant aux questions des gens.


L’enfance de Guha est probablement typique de la plupart des garçons indiens d’une famille de la classe moyenne. Il aimait sortir avec ses amis et montra un vif intérêt à jouer au football. Bien qu’il ait initialement refusé de prendre ses études au sérieux, il était un étudiant brillant et avait une inclination naturelle vers les sciences. Il étudia tout seul les mathématiques nécessaires pour pour comprendre les œuvres d’Albert Einstein, qui le fascinait profondément. Il était un naturel quant à la science physique, et c’est la raison principale qui l’a décidé à en faire sa profession…

À l’âge de 17 ans, Guha fréquenta le prestigieux Collège de la présidence à Kolkata. Cependant, il fut bientôt confronté à un dilemme intérieur: «Comment poursuivre agressivement sa carrière tout en étant à la fois sensible et gentil avec les personnes souffrantes?» Il s’est impliqué dans un parti politique qui s’intéressait à la liberté des pauvres et des opprimés. À l’âge de 21 ans, après avoir quitté la maison et étudié, il s’est retrouvé à Varanasi en tant que fugitif. C’est ici que sa passion « pour découvrir le sens et le but de la vie » s’est enflammée. Il a étudié la philosophie indienne et le bouddhisme zen dans la bibliothèque de l’université hindoue de Bénarès. Plus tard, à Bangalore, il a pris connaissance de l’œuvre de Jiddu Krishnamurti. Il pensait que l’enseignement de J. Krishnamurti était celui qui éclairait le mieux son conflit intérieur et ce qui l’incita à pousser davantage sa recherche intérieure.

Il avait l’intention de découvrir quel était son rôle dans le plan de la vie en tant que membre de l’espèce humaine et quelle était la justification qui pouvait avoir lieu dans son propre esprit pour le libérer du conflit. Il dira plus tard que c’était un exercice de totale futilité. «J’ai dépensé tellement d’énergie à vouloir savoir et j’ai découvert que plus je fouillais, plus cela devenait difficile et complexe, exigeant de plus en plus d’attention – il n’y avait pas de fin à cette connaissance, aucune fondation ou autre chose comme vérité fondamentale. Je suis devenu constamment misérable et insatisfait. Quelque chose en moi résistait à tout cela. »

Dans sa recherche, Guha s’est familiarisé avec tous les aspects de la pratique spirituelle, mais en vain. Il observa en lui-même que même s’il avait beaucoup d’expériences méditatives extraordinaires, rien n’avait changé en lui – la lutte continuait ainsi que le conflit intérieur.

Sa recherche culmina avec sa rencontre de U.G. Krishnamurti en 1995. Ce fut le début d’une association étroite et cruciale qui dura jusqu’à la mort de U.G. en 2007. Pendant cette période, son intense recherche du savoir, de la compréhension, pris fin pour de bon. Il a réalisé que dans la vie la plupart des choses fonctionnent hors du champ de la connaissance et de la volonté, et que paradoxalement c’est une grande clémence du corps que de nous laisser continuer à faire ce que nous faisons, et non l’inverse … – « Le corps se fiche de la noblesse de nos pensées. »

Dès la première rencontre avec Guha, on est immédiatement frappé par sa transparence, son formidable sens de la justification et du respect de chaque vie individuelle. Il a une manière directe et claire d’exprimer son point de vue, souvent avec beaucoup d’humour. Il parle de tout et de rien, répondant à nos principales préoccupations de la vie quotidienne, à la complexité des individus humains et à notre volonté de nous libérer du fardeau et de la mainmise que nous imposent la société. Il ne manque jamais d’ajouter cependant qu’il n’y a pas de dieu ou de «soi-disant illumination», qu’il n’y a rien à obtenir de lui ou de qui que ce soit; que ce qui opère en lui se trouve aussi dans chaque individu. Cette conviction est ferme, et Guha l’expose avec éloquence dans son livre en bengali « Quatorze jours à Palm Springs avec U.G. »

« Chacun de nous est une création unique de la nature et un mouvement extraordinaire. Si d’une manière ou d’une autre nous avons une confiance totale dans l’intelligence suprême responsable de maintenir l’équilibre avec le reste du monde et de soutenir le mouvement du vivant, alors l’ordre produit naturellement et préprogrammé à la naissance se réalisera et réorientera notre vie. La vie commence alors à fonctionner d’une manière très différente. Le puissance interne de cet ordre dépasse de loin notre imagination, son exposition et son extension sont vraiment incompréhensibles. Tout ce dont vous avez besoin pour vous déplacer dans le champ de la vie est naturellement fourni par ce pouvoir. »

Guha affirme catégoriquement qu’il ne défend rien. Il ne veut soutenir ou promouvoir quoi que ce soit, aucune personne et aucun concept…