André A. Dumas : Les phénomènes de hantise


26 Jul 2017

 (Extrait de La Science de l’Âme, 2e édition. Dervy-Livres 1980) 

C’est une sotte présomption d’aller desdaignant et condamnant pour faux ce qui ne nous semble pas vraysemblable; qui est un vice ordinaire de ceulx qui pensent avoir quelque suffisance oultre la commune. J’en faisois ainsi aultrefois ; et si j’oyoy parler ou des esprits qui reviennent ou du prognostique des choses futures, des enchantements, des sorcelleries, ou faire quelqu’aultre conte où je ne pusse pas mordre, il me venoit compassion du pauvre peuple abusé de ces folies.

Et à présent, je trouve que j’estoy pour le moins aultant à pleindre moy mesme.

MONTAIGNE

Faits objectifs ou subjectifs ?

Les phénomènes de hantise nous introduisent dans un domaine particulièrement mystérieux, où les inconnues sont encore nombreuses, malgré la clarté relative que l’analyse des phénomènes expérimentaux projette sur les conditions de leur genèse.

Tout d’abord, en quoi consistent les phénomènes de hantise ? Ernest Bozzano (152, pp. 1-6) a donné une excel­lente description d’ensemble de ces manifestations dont le trait caractéristique essentiel est de se rattacher d’une façon spéciale à un lieu déterminé : « Dans leur forme auditive, ils comprennent toutes sortes de sons sans cause apparente, depuis des coups et craquements de différentes intensités, jusqu’à des bruits imitant la chute de meubles ou le bris d’objets de ménage, tels que bouteilles, vaisselle, vitrages ; on croit entendre se fermer violemment des portes et des fenêtres, traîner de lourds objets sur le sol, comme des tonneaux ou autres ustensiles roulants, des chaises furieusement secouées, de grosses ferrailles s’écrouler avec un tapage infernal. En d’autres cas, ce sont des sons et des bruits qui semblent de provenance humaine, surtout des pas mesurés qui parcourent un couloir ou qui montent et descendent un escalier ; plus rarement on perçoit un étrange frou-frou de robes de soie passant et repassant devant les assistants, ou l’écho de cris plaintifs, de gémissements déchirants, de sanglots, de soupirs, de murmures, de mots et de phrases articulées ; il arrive même parfois d’entendre des passages de psalmodies liturgiques, de chants, de chœurs ; de concerts musicaux, en des lieux anciennement destinés à des exhibitions analogues. »

Dans leur forme visuelle, les phénomènes consistent essentiellement en manifestations lumineuses diverses et en apparitions de fantômes qui, sauf quelques cas où ce sont des animaux qui sont visualises, revêtent toujours une forme humaine ; loin de se montrer entourés d’un linceul blanc comme dans les vieux contes, ces fantômes paraissent vêtus de costumes caractéristiques d’une époque, souvent assez ancienne. Généralement, ils se présentent d’une manière si réaliste qu’on pourrait les croire vivants. Dans d’autres cas, on les voit distinctement, mais ils sont transparents, ou bien ils ne sont que des ombres à forme humaine. Parfois ils marchent ou ils semblent glisser ; on les voit disparaître brusquement à travers une muraille ou une porte fermée. « L’un des traits caractéristiques les plus fréquents que présentent les fantômes, c’est leur apparente indifférence vis-à-vis des vivants qui les contemplent, ou plutôt, leur apparente ignorance du milieu dans lequel ils se trouvent ; on dirait que les actions qu’ils accomplissent se déroulent par « automatisme somnambulique ». Mais il y a de nombreuses exceptions à cette règle : parfois le fantôme se comporte comme s’il apercevait les assistants auxquels il s’adresse par des gestes et des paroles.

Il faut noter cette circonstance importante que les deux aspects subjectif ou objectif, sous lesquels se présentent les phénomènes supranormaux en général, se retrouvent, souvent inextricablement mêlés, dans les phénomènes de hantise ; de sorte que, à défaut d’enregistrement phonographique et photographique des phénomènes, on ne peut jamais être certain que ceux-ci se déroulent réellement tels qu’ils sont perçus, ou s’ils ont leur siège seulement dans 1’esprit du témoin qui les perçoit, autrement dit, s’ils ont le caractère hallucinatoire d’une image télépathique.

L’hypothèse télépathique

Ceci a amené certains investigateurs à considérer la majeure partie des phénomènes de hantise comme étant d’origine télépathique. Frank Podmore qui, le premier, la formula, avait la prétention de réduire à la télépathie tous les phénomènes supranormaux. Il imaginait qu’un des occupants de la maison hantée avait éprouvé, pour une raison ou pour

une autre, une hallucination purement subjective, visuelle, auditive ou autre, et non véridique, c’est-à-dire n’ayant pour origine qu’une illusion ou un état mental anormal ; or, quand l’hallucination s’est produite une fois, elle tend, selon Podmore, à se répéter ; de plus, elle peut se communiquer à d’autres personnes, habitant la même maison, par la voie de la télépathie qui serait ainsi responsable d’une hallucination collective généralisée, par une sorte de contagion psychique.

Mais, devant les faits de hantise tels qu’ils sont, l’hypothèse de Podmore est d’une très grande faiblesse, car il n est pas facile de l’appliquer aux cas dans lesquels l’aspect de certains fantômes et les traits caractéristiques qui les distinguent sont décrits de la même manière par des témoins différents et indépendamment l’un de l’autre, détails qui ne sont confirmés que plus tard, après enquête.

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Mais l’hypothèse télépathique se présente sous d’autres formes. On peut considérer le percipient comme s’il était en somme sujet a une hallucination véridique de même ordre que les apparitions télépathiques (dans la mesure, d’ailleurs, où on admet le caractère exclusivement subjectif de celles-ci), mais d’une manière plus durable. On connaît un cas de hantise dans, lequel l’image humaine qui était perçue correspondait à une dame vivante qui n’avait jamais habité ni visité la maison où on la voyait apparaître, maison très éloignée de son habitat et où elle vint, plus tard, demeurer elle-même, en reconnaissant avec surprise des lieux vus en rêve et qu’elle avait souvent décrits à son mari (153).

Nous voici donc, avec cette hantise par un vivant, placés de nouveau devant un fait de « bilocation » ou de « télépathie réciproque », avec toutes les incertitudes que recouvrent ces mots.

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Selon quelques métapsychistes, Myers en particulier, et Sir Ernest Bennett (154), l’action télépathique hanteuse peut provenir, non seulement des vivants, mais aussi des décédés. « Tout concourt, écrit Myers (Proc. S.P.R., IV, p. 33), à faire croire que le phénomène des apparitions est dû à quelque chose de semblable à la prédominance d’une suggestion post-hypnotique. Et c’est pour cela que le fantôme apparaîtrait si souvent absorbé dans une tâche unique, qui représenterait une idée enracinée dans sa mentalité de son vivant, ou qui s’est emparée de sa pensée au moment de la mort. En outre, il est pleinement, concevable que, par exemple, un homme assassiné persiste à penser qu’il ne devait pas mourir de cette manière, que son existence était encore nécessaire à sa famille ; et si, dans ces conditions, son fantôme était aperçu dans la maison qui fut sienne, nous ne devrions certainement pas en conclure que son esprit est « confiné en ce lieu », mais plutôt que sa pensée revient irrésistiblement vers le coin de terre auquel il sent appartenir encore. »

L’hypothèse psychométrique

Mais cette « idée fixe » ce monoïdéisme, pourrait persister pendant très longtemps, pendant des siècles, du moins il faudrait arriver à cette conclusion, si l’on voulait expliquer par des activités spirituelles posthumes certaines manifesta­tions de hantise. Cela semble bien improbable, et le docteur Maxwell (152, préface, p. XII) estime, dans certains cas, cette hypothèse « peu compatible avec les faits qui s’expliqueraient mieux si les parois de l’appartement, ou peut-être même l’espace qu’il occupe par rapport à la terre, pouvaient exsuder la représentation des événements ou des personnes qui s’y sont trouvées ; … Ces représentations, extrêmement faibles, ne seraient perceptibles que pour certains organismes particulièrement sensibles ».

Les hantises subjectives seraient donc un cas particulier de la « psychométrie » considérée comme un fait général, c’est-à-dire que les empreintes psychiques laissées dans un local par ses habitants seraient perceptibles par un sensitif comme celles qui sont laissées dans un petit objet.

Andrew Lang a cité (Occult Review, mars 1905) un fait qui vient à l’appui de cette thèse : le poète Dante Gabriel Rossetti était allé passer quelques semaines dans un comté de l’Écosse ; et pendant son séjour il avait l’habitude de se promener dans sa chambre d’hôtel en déclamant des poésies. Du salon de l’hôtel, situé en dessous, on percevait distinctement l’écho de ses pas et le son vibrant de sa voix. Or, quand le poète s’en alla, on continua à percevoir plusieurs jours l’écho de ses pas et le son de sa voix qui déclamait des passages de poésies.

Parmi les cas de hantises, on en connaît un grand nombre qui semblent devoir être rapportés à l’hypothèse psychomé­trique. Ainsi, on a enregistré des épisodes dont les modalités visuelles et auditives retraçaient des drames ignorés des percipients mais dont l’historicité était ensuite vérifiée. Mais, lorsque de telles scènes ont plusieurs témoins, il se trouve qu’un certain nombre de détails sont perçus d’une manière identique par tous, mais que d’autres sont vus par l’un et pas par l’autre, ce qui tend a démontrer le caractère subjectif, hallucinatoire, de ces scènes. Hallucinatoire, mais véridique, puisque, si un percipient a vu le fantôme d’un criminel enterrer un couteau, alors que cet acte n’a pas été perçu par un autre percipient, on retrouvera le couteau en creusant cet endroit.

Pour expliquer les différences de perception des témoins, tout en soutenant que les phénomènes sont objectifs, que les personnages visualisés, leurs vêtements et les objets qu’ils tiennent ont une réalité substantielle, on ne peut pas invoquer l’hypothèse que certains témoins sont doués de facultés supranormales, et pas d’autres. Car on connaît des épisodes ou les rôles ont été inversés, en l’espace de quelques instants, en ce qui concerne la perception ou la non-perception de certains événements caractéristiques.

Or, dans l’hypothèse de la réalité substantielle, objective, des fantômes hanteurs dans de tels cas, il est possible d’admettre que l’un des témoins, s’il était dépourvu de facultés supranormales, aurait pu ne pas voir ce que voyait l’autre témoin. Mais par contre, comme le fait observer de Vesme (153, p. 102), « on conçoit moins facilement qu’un instant après, il vit ce que l’autre témoin, doué de facultés supranormales n’apercevait pas — et vice versa ».

L’hypothèse spirite

Il s’agirait donc de « traces psychiques » semblables à celles qui influencent un sujet sensitif réalisant une expérience de psychométrie, mais ayant la propriété particulière — question d’intensité ? — d’agir aussi sur des personnes dépourvues de facultés supranormales développées, chez lesquelles elles déterminent des impressions hallucinatoires variables selon les témoins, dont les différences seraient dues aux idiosyncrasies particulières de chacun.

Mais, si l’hypothèse psychométrique est susceptible de couvrir un grand nombre de cas de hantises, il est impossible de la généraliser. Sir Arthur Conan Doyle, qui a réuni dans son ouvrage The Edge of the Unknown (Le Seuil de l’Inconnu) un certain nombre de faits très caractéristiques, a fait à cette théorie une objection très grave : elle n’explique pas pourquoi ces manifestations se renouvellent régulièrement à telle heure du jour ou de la nuit, et jamais à un autre moment, alors que des empreintes, psychiques ou autres, laissées dans un local, devraient agir d’une manière constante sur les personnes qui y vivent.

Il y aurait donc une intention dans ces manifestations ? L’hypothèse spirite semble trouver de sérieux arguments dans les faits qui constituent précisément de graves difficultés pour l’hypothèse psychométrique, et qui peuvent être ainsi résumés :

1o Il n’y a qu’un très petit nombre de lieux qui nous paraissent hantés, alors que ceux qui ont été habités et où se sont déroulés des drames sont innombrables.

2o Il y a des fantômes hanteurs dans des lieux où ils n’ont jamais vécu, et même dans des maisons neuves.

3o Les manifestations qu’on observe dans les lieux hantés ne sont pas toujours la reproduction d’événements qui s’y sont déroulés.

4o Quelquefois, les phénomènes cessent de se produire dès qu’un désir exprimé par le fantôme hanteur a été exaucé.

5o Par contre, parfois des manifestations de hantise éclatent soudain lorsqu’un pacte n’a pas été observé par l’un des contractants, ou qu’une tombe a été négligée ou profanée.

6o Certains fantômes, lorsqu’ils apparaissent, annoncent toujours une mort proche dans une famille (La Dame Blanche, la Banshee).

On a peine à croire, cependant, que des défunts puissent rester en proie à un « monoïdéisme » (idée fixe) pendant des années et même pendant des siècles, à en juger d’après les costumes de certains fantômes hanteurs. Il est vrai que le temps est une notion relative.

Conan Doyle penchait pour l’hypothèse de « formes-pensées » demeurées sur place et pouvant influencer des sensitifs spéciaux.

Cependant, là encore, la répétition des manifestations à des heures déterminées, empêche d’étendre cette hypothèse à un grand nombre de manifestations.

Bozzano a cherché à expliquer cette répétition à heure fixe par une intention posthume, et à échapper à l’objection du monoïdéisme en admettant que, dans le but d’attirer l’attention des vivants, soit dans un but d’identification personnelle, soit pour ébranler leur scepticisme et les amener à réfléchir sur le problème de la mort — la thèse déjà défendue par Bozzano à propos des prémonitions — des défunts renouvelleraient volontairement, de temps en temps, des épisodes dramatiques de leur existence (155).

Tel serait le cas de la manifestation de hantise qui il y a un siècle (décembre 1847 à mars 1848), Hydesville (E.-U.), fut à l’origine du mouvement spirite contemporain. Toujours à la même heure de la nuit, la famille Fox était réveillée et effrayée par l’écho d’une lutte furieuse entre deux individus, qui se terminait par le bruit de la chute d’un corps humain, auquel succédait celui d’un corps que l’on traîne à travers la chambre et jusqu’en bas de l’escalier de la cave. On entendait un pic creusant la terre, un marteau enfonçant des clous dans une planche, puis le bruit d’une pelle.

Au moyen d’un code alphabétique par « coups frappés » dans une cloison, code proposé par les sœurs Fox, le personnage hanteur invisible déclara avoir été un « mercier ambulant », assassiné dans cette maison, par celui qui l’habitait auparavant, pour lui voler 600 dollars.

En tout cas, qu’il s’agisse d’un « esprit », d’une « forme-pensée » ou de toute autre chose, c’est un fait qu’au cours de l’année 1904, dans la cave de la maison où avaient habité les sœurs Fox, un mur s’écroula et l’on vit qu’il s’agissait d’une simple cloison construite à 80 centimètres du mur de fond ; dans l’espace intermédiaire on découvrit un squelette humain et une boîte en fer blanc, comme celles que les merciers ambulants portaient en bandoulière. Lors des premières recherches, on avait déjà découvert dans la cave — ce qui correspondait aux manifestations auditives — une fosse couverte d’une planche en bois, où se trouvaient de petits ossements et des cheveux humains, avec beaucoup de chaux. Il est vraisemblable que le cadavre avait été enterré dans cette fosse, puis exhumé et caché derrière la cloison.

Manifestations matérielles

Il semble que la hantise de Hydesville — comme beaucoup d’autres — était en partie subjective, en partie objective ; les « coups frappés » étaient de la même nature que les « raps » des séances expérimentales ; et l’énergie nécessaire était fournie par les sœurs Fox, particulièrement Katie, qui continuèrent à produire des phénomènes physiques supranormaux après avoir quitté Hydesville pour Rochester.

Les hantises caractérisées par des manifestations maté­rielles plus ou moins violentes sont couramment désignées, dans le langage des métapsychistes, par le vieux mot allemand poltergeist (esprit tapageur), que Sudre (74) et Bret (60) ont propose de remplacer par le terme plus scientifique de thorybisme (de thorubos, bruit).

Ces manifestations violentes sont souvent en rapport avec la présence d’enfants, ce qui a fortement contribué à faire attribuer les cas de maisons hantées à des espiègleries. Or, les phénomènes apparaissent le plus souvent lors de la présence d’enfants traversant la période de la puberté. Il semble que les énergies sexuelles, parvenant à maturité, au lieu de prendre leur cours de développement normal, prennent une autre direction, sont transformées et extériorisées en dehors des limites du corps, produisant des phénomènes télékinésiques.

Hereward Carrington écrit dans The Story of Psychic Science et dans son rapport sur les « poltergeist » (156) : « L’irruption spontanée de ces phénomènes est associée avec l’éclosion de l’énergie sexuelle pendant cette période, et cette curieuse forme d’extériorisation en est le résultat. »

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Ce sont bien des phénomènes de télékinésie que Lombroso observa en 1900, dans la cave du cabaret de M. Fumero : les bouteilles quittaient les rayons et descendaient sans violence sur le sol, où elles se brisaient ; un autre observateur, dans le même lieu, vit des bouteilles, sans tomber ni se déplacer, voler en éclats, la rupture étant précédée du craquement spécial propre au verre lorsqu’il se fend (152).

La plupart du temps, les phénomènes physiques produits dans les cas de hantise dépassent, par leur caractère, les phénomènes de la télékinésie expérimentale : parfois, le feu se déclare spontanément dans les différentes parties de la maison hantée, soit dans plusieurs chambres, en même temps, soit dans des vêtements se trouvant dans des armoires fermées à clef, ou dans des malles bouclées dans un grenier ; dans un cas, qui fut examiné par de nombreux experts, des allumettes enflammées tombaient du plafond.

Un autre phénomène, relativement très répandu, ce sont les pluies de pierres, qui ont été constatées en France, en Angleterre, en Allemagne, en Afrique du Sud, en Islande, en Chine, à Java ; ces pierres, qui volent dans l’air ou tombent du plafond sans briser le plâtre, ne se meuvent pas comme des objets lancés à la main, mais lentement et selon une trajectoire exagérément courbée ; cette lenteur a été constatée dans une douzaine de cas. Parfois, en plein vol, elles changent de direction (156).

En règle générale, mais il y a des exceptions, personne n’est frappé par ces jets de pierre, pas même le « médium » malgré lui. Il arrive parfois que les assistants soient frappés légèrement, mais même quand l’objet est lourd, le coup n’est guère ressenti.

Un grand nombre de faits démontrent la réalité du phénomène de la chute de pierres dans un endroit hermétiquement clos, ce qui correspond aux phénomènes dits d’« apports » constatés dans certaines séances expérimen­tales, au cours desquelles des objets furent introduits dans un local dont les ouvertures avaient été scellées. Comme Aksakof l’avait déjà fait observer, de tels phénomènes impliquent une matérialisation et une rematérialisation de l’objet, double processus qui est théoriquement légitimé par les découvertes contemporaines de l’Atomistique.

Un fait, fréquemment observé dans les pluies de pierres, est particulièrement favorable à cette interprétation ; c’est le fait que les objets et les pierres lancés sont rarement froids ou à la température de la pièce, mais tièdes ou même brûlants, ce qui est 1indice d’une transformation d’énergie.

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Un grand nombre de phénomènes physiques constatés dans les hantises sont absolument stupéfiants et ne sont pas près d’être compris, et pourtant c’est peut-être sous leur aspect psychologique que ces manifestations recèlent les plus profonds mystères. Elles sont liées, d’une manière ou dune autre, à quelque élément intelligent. De l’enquête qu’il leur a consacrée, Flammarion concluait, sans méconnaître le rôle de la subconscience et de ses facultés supranormales, qu’il y a, en certains cas, « des forces indépendantes de nous, et non seulement des forces, mais aussi des êtres » (157, p. 425).

H. Carrington (156) dit que « le poltergeist est un problème non résolu, qui attend sa solution de la science psychique de l’avenir ».

La solution du poltergeist n’attend pas seule ; celle des hantises prémonitoires, celle d’une foule de manifestations bizarres, dans lesquelles l’objectif et le subjectif, le symbolique et le spiritoïde se mêlent inextricablement, attendent aussi que dans leur ensemble, tous les problèmes de la métapsychologie soient eux-mêmes davantage éclaircis.

En attendant cette solution, le commandant de gendarme­rie Émile Tizané a publié, de 1951 à 1971, trois volumes (158, 159, 160), essentiellement constitués par des extraits de documents officiels, enquêtes de police, rapports et procès verbaux de gendarmerie, qui font définitivement sortir le problème des maisons hantées du domaine du rêve et du folklore pour le faire entrer dans celui de la froide (et quelquefois brutale) réalité.

Ce travail scientifique considérable confirme que les phénomènes de hantise ont souvent une relation avec la présence d’un enfant en période de puberté, ce qui a toujours permis à des enquêteurs superficiels d’accuser d’innocents instruments.

Mais il confirme aussi que malgré le préjugé qui ne voit là que farce ou malveillance d’origine humaine, les forces en action dans ces phénomènes peuvent faire valser des objets sous le nez des gendarmes et sans explication normale possible. Les faits sont là.