André Dumas : Les phénomènes médiumniques


24 Dec 2017

(Extrait de La Science de l’Âme, 2e édition. Dervy-Livres 1980) 

Je suis très honteux et affligé d’avoir combattu avec
une grande ténacité la possi­bilité des faits qu’on
appelle spirites; je dis des faits, car à la théorie,
je suis toujours contraire. Mais les faits
existent et je me glorifie d’être l’esclave des faits.

C. LOMBROSO, 1892.

Les diverses modalités de la médiumnité

Les phénomènes de la métapsychologie se classent, on l’a vu, en deux grandes catégories : celle des phénomènes mentaux, caractérisés par une perception supranormale, et celle des phénomènes physiques, caractérisés par la mise en œuvre d’un dynamisme, émané de l’organisme des vivants, et pouvant produire des effets matériels ; M. Masson-Oursel a proposé de désigner ces deux catégories respectivement par « esthésie » et « efficience ».

Boirac (9) a proposé de nommer spritoïdes ceux des phénomènes qui ont l’apparence, illusoire ou véridique, d’émaner de personnalités spirituelles de décédés.

Si tous les phénomènes spiritoïdes ne sont que des variétés combinées entre elles, d’une manière plus ou moins complexe, des divers phénomènes examinés dans les deux premières parties de cet ouvrage : auto-suggestion, activités subconscientes, télépathie, clairvoyance, métagnosie, télékinésie, idéoplastie, et si leur apparence spirite n’est due qu’à une tendance à la « personnification », c’est-à-dire à la création de « personnalités secondes » subconscientes dans un état auto-hypnotique, la médiumnité proprement dite, dans ce cas, n’existe pas et n’a pas à être spécialement définie, pas plus que le médium qui, alors, ne mérite pas son nom, dont le sens véritable est « intermédiaire » entre le monde des vivants et celui des décédés.

Si, au contraire, parmi ces phénomènes spiritoïdes, il y en a un certain nombre que l’on soit amené à considérer comme émanant authentiquement de décédés, il faudrait chercher à définir la médiumnité ; on devrait classer tous les phéno­mènes impliquant une intervention posthume en deux grandes catégories, étroitement apparentées aux deux bran­ches générales de la métapsychologie : d’une part, ceux qui consisteraient essentiellement en une action télépathique suggestive, de l’« esprit » du décédé sur les centres cérébraux d’un « sensitif » ; cette action suggestive s’exerçant sur les centres visuels ou auditifs, elle déterminerait des phénomènes de clairvoyance ou de clairaudience ; s’exerçant sur les centres moteurs, il en résulterait tout ce que Myers a désigné globalement par l’expression automatisme moteur, c’est-à-dire l’écriture automatique lorsqu’il s’agit des centres moteurs du bras et de la main, l’automatisme vocal ou hypnoglossie lorsque ce sont les centres cérébraux du langage qui sont influencés et que le médium en état de « trance » (c’est-à-dire un état hypnotique provoqué par l’esprit du communicant ou par le gardien, le « guide » du médium) exprime la pensée de la personnalité spirituelle qui se manifeste, avec les intonations de voix et les particularités intellectuelles et morales qui le caractérisent. Il faudrait évidemment rejeter cette idée primitive qui règne dans certains milieux spirites de culture rudimentaire, que dans ce dernier phénomène, baptisé « incorporation » ou « incarna­tion », l’esprit communicant prend la place de l’esprit du médium et se glisse dans son corps comme une main dans un gant : d’autre part, les phénomènes dans lesquels l’énergie extériorisée du médium est utilisée.

Il résulte de ces considérations relatives à la médiumnité que celle-ci, selon l’hypothèse spirite, ne constituerait pas une faculté spéciale, mais qu’elle serait constituée essentiellement par les facultés supranormales précédemment mises en évidence, mais orientées différemment, « accordées » avec le psychisme de défunts au lieu de l’être avec le psychisme de vivants, ou, pour les phénomènes d’ordre physique, utilisées plus ou moins volontairement par des « esprits » de décédés au lieu de l’être par la subconscience du sujet lui-même.

Le « médium » est-il un individu normal ? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Chez nombre de médiums, particulièrement chez ceux à effets physiques, les facultés supranormales existent concurremment avec des tares anatomiques, nerveuses ou même morales. Dans d’autres cas, elles sont apparues à la suite d’un traumatisme, d’une opération ou d’une maladie grave. Par contre, on connaît bon nombre de personnes présentant des facultés supranormales et qui sont en excellente santé physique et morale. Cepen­dant, beaucoup d’entre celles-ci ont vu se développer leur « médiumnité » à la suite d’un grand chagrin ou d’une déception. La genèse de la médiumnité, même chez des personnes d’opinions matérialistes, consécutivement à un chagrin ou à une déception sentimentale, a souvent précédé l’intérêt que ces personnes ont pu manifester par la suite pour le spiritisme ou pour la « métapsychique ».

Ces considérations m’ont amené à penser que, dans ce derniers cas, c’est un « désintéressement à l’égard de la vie » qui est à l’origine de l’émergence des facultés supranormales et, si l’on tient compte de la définition de Bergson qui voit dans le cerveau un organe d’« attention à la vie » et qui accorde à l’organisme en général la même fonction d’adaptation au monde extérieur, la médiumnité résulterait d’une adaptation incomplète de la personnalité au monde physique, consécutive soit à des chocs physiques ou moraux, soit encore à des tares physiologiques. Chez d’autres personnes, il est incontestable que c’est un certain détachement à l’égard de la vie matérielle, donc un accent donné à la spiritualité, qui est à l’origine de l’émergence des facultés supranormales

Cette thèse paraît bien concorder avec les constatations faites lors de l’étude du problème du « sixième sens », qui a montré que chez des individus n’ayant jamais présenté de facultés supranormales, celles-ci ont émergé accidentellement soit à l’occasion d’une fièvre, d’un malaise, d’une opération avec anesthésie ou au moment de l’agonie, c’est-à-dire en des circonstances où l’adaptation de la personnalité au monde physique est troublée ou même sur le point de disparaître complètement, ce qu’on pourrait interpréter, dans l’hypothèse de la survivance, comme un commencement d’adaptation au monde « spirituel » ou « paraphysique ».

* *

Le subconscient dans les phénomènes médiumniques

Avant toute autre chose, il est indispensable de signaler que tous les procédés employés dans les expériences médiumniques constituent d’excellents moyens de faire surgir dans la conscience, soit des images perçues inconsciemment, c’est-à-dire que l’œil a enregistrées sans qu’on y prenne garde, soit des faits oubliés, soit encore, sous une forme acceptable pour la mentalité consciente du sujet, des sentiments subconscients.

En ce qui concerne la résurrection d’images oubliées ou perçues inconsciemment, elle peut se manifester lorsqu’on fixe du regard une boule de cristal, par exemple, et on a cité le cas d’une dame qui, s’étant livrée à une expérience semblable, crut obtenir un beau phénomène de clairvoyance en voyant apparaître dans la boule un fragment de journal sur lequel elle lut distinctement l’annonce de la mort d’une personne qu’elle connaissait. Mais la preuve fut faite qu’elle avait eu sous les yeux quelque temps auparavant le journal et l’entrefilet annonçant cette mort, mais qu’elle n’y avait pas pris garde : le texte, perçu inconsciemment, s’était enregistré dans le subconscient, et, à la faveur de cette expérience, était apparu dans le champ de la conscience, sous la forme d’une image hallucinatoire semblant se trouver dans la boule.

Théodore Flournoy, professeur de Psychologie à l’Univer­sité de Genève, a relaté quelques exemples d’élaboration subconsciente, avec « personnification », se traduisant par l’écriture automatique sous la forme de communications de l’au-delà. Une de ses observations a trait à une dame protestante qui, ayant lu des ouvrages de spiritisme, essaya l’écriture automatique ; elle reçut un « message » d’un jeune homme, catholique, devenu moine malgré ses tentatives pour l’en dissuader, et pour lequel elle éprouvait une tendresse toute maternelle. Le jeune homme lui annonçait sa mort, survenue la veille au soir, par suite d’une fluxion de poitrine causée par le froid qui sévissait tout a coup. Il avait remis au directeur de l’Oratoire, avec mission de les retourner à leur expéditrice, les lettres que lui avait envoyées la dame. Il allait prier pour elle ; maintenant, il n’était plus catholique, mais chrétien.

Elle reçut des messages semblables les jours suivants, Jusqu’à l’arrivée par la poste d’une lettre du jeune homme qui, en réalité, était en parfaite santé.

Flournoy a minutieusement analysé les divers éléments ce « roman subliminal » : la dame ne pensait plus consciemment à son jeune ami au moment de son essai d’écriture automatique, mais « elle n’en conservait pas moins, dans les profondeurs de sa personnalité, un souvenir latent affecté d’un puissant coefficient émotionnel et tout prêt à se réveiller à la moindre occasion ». D’autre part, la température printanière s’était brusquement abaissée quelques jours avant et la neige était tombée sur toutes les montagnes des environs de Genève. Cet événement météorologique local joint au fait que cette dame avait connu ce jeune homme délicat de la poitrine et quelle en attendait une lettre qui ne venait pas, est à l’origine de la prétendue fluxion de poitrine et de la prétendue mort, du jeune moine. L’analyse de ce « roman subliminal » révèle aussi comment la dame se représentait les sentiments à son égard éprouvés par son jeune ami – il ne regardait que son esprit, disait-il dans ses messages ; elle montre aussi le souci latent que lui causait le sort de sa correspondance compromettante, à la fois sentimentale et « hérétique » ; et on découvre même que le prosélytisme protestant déçu de la dame prenait subconsciemment sa revanche en faisant déclarer au jeune homme qu’il n’était plus catholique, mais chrétien (171 et 172, pp. 163-169).

L’aventure de cette dame intelligente et cultivée — et de tels faits ne sont pas exceptionnels — doivent rendre extrêmement prudents les investigateurs et les personnes recevant des messages par l’écriture automatique et doivent persuader ceux qui tendraient à croire le contraire, que le rôle du subconscient dans les phénomènes médiumniques n’est pas un mythe.

Mais pourquoi le Subconscient se manifeste-t-il ainsi en faisant croire au Conscient qu’il s’agit d’une personnalité extérieure au sujet ? C’est que, nous disent les psychologues, la « personnification » (la prosopopèse, comme l’appelle René Sudre) est une tendance inhérente à l’esprit humain. Et de même qu’elle peut être due à une suggestion extérieure, comme dans le cas des sujets hypnotisés que l’on peut déguiser psychologiquement en paysanne, en actrice, en prêtre ou en général, la « personnification » peut être spontanée, comme dans les personnalités multiples et alternantes, et provoquée par une autosuggestion comme dans les phénomènes spiritoïdes dus à 1’activité subconsciente, c’est-à-dire ajoutent bon nombre de psychologues, dans tous les phénomènes médiumniques – affirmation dont la validité sera bientôt confrontée avec les faits.

* *

Les chercheurs sont souvent déroutés par des faits spiritoïdes où se mêlent étrangement le vrai et le faux. Tel est, par exemple, le cas Gordon Davis. En 1922, M. S.-C. Soal, professeur de mathématiques à la Faculté des Sciences de l’Université de Londres, reçut, par un médium à « automatisme vocal », une communication de ce Gordon Davis, qu’il avait connu à l’école, puis à la guerre, et qu’il avait ensuite perdu de vue ; il le reconnut tout de suite à ses tics et à un étrange accent qu’il s’était donné par genre pendant la guerre. Le communicant rappelait de nombreux souvenirs communs et donnait en outre une description des alentours et. de l’intérieur de la maison qu’il habitait avant sa mort.

Mais en 1925, M. Soal apprit que Davis n’était pas mort et eut connaissance de son adresse, où il alla le voir. Il en résultait que, tandis qu’il était censé se communiquer comme esprit « désincarné » par la bouche d’un médium, Gordon Davis se trouvait dans un état normal, visitait ses clients et traitait d’affaires avec eux (173).

Mais la conclusion à en tirer, n’est pas aussi simple que dans le cas de la dame sentimentale de Flournoy ! En effet, la description de la maison, faite par le prétendu Gordon Davis, était conforme à la réalité, avec cette particularité qu’en janvier 1922, le vrai Gordon-Davis n’y habitait pas encore ; il venait seulement de la louer et ignorait donc lui-même comment son intérieur serait aménagé. Des tableaux furent même exactement décrits dans la séance, en 1922, et ce n’est qu’en 1924 qu’ils furent achetés.

Il semble assez vraisemblable, d’après ce que nous savons déjà, d’admettre que le souvenir de Gordon Davis,subsista dans la mémoire sublimale de M. Soal, a influencé le médium dont, par suite, le psychisme subconscient, par le phénomène d’« osmose » entre les personnalités, a été mis en relation avec celui de Gordon Davis, dans lequel il a puisé la connaissance d’une partie de son avenir. En somme — et cela nous ramène toujours à l’image des vases communicants pour symboliser les relations psychiques entre les personnalités humaines — la connaissance de son propre avenir, latente dans le subconscient de Gordon Davis, au lieu de donner lieu, comme cela aurait pu se produire, à un rêve prémonitoire de l’intéressé, a donné lieu, chez un autre individu, le médium, à quelque chose qui tient aussi du rêve, puisque la fiction y a joué un rôle notable, en présentant cette prémonition sous la forme d’une communication de décédé.

Victor Hugo et les tables parlantes de Jersey

Des expériences de typtologie furent faites à Jersey de septembre 1853 à juillet 1855, par Victor Hugo et sa femme, leurs fils Charles et François, Auguste Vacquerie, Théophile Guérin, Jules Alix et sa sœur, auxquels se joignaient souvent quelques exilés de passage dans la petite demeure du poète.

A la table, guéridon à un pied, se trouvaient généralement Mme Victor Hugo et l’un de ses fils, Vacquerie et quelques autres alternativement ; Victor Hugo ne s’y mettait presque jamais, car il remplissait le rôle de secrétaire et il écrivait à une autre table, notant les lettres qui étaient frappées par le pied du guéridon.

Des noms étaient dictés, qui étaient ceux du poète et d’auteurs dramatiques, principalement Eschyle, Shakespeare, Le Dante, Camoëns, Molière ou d’autres personnages tels que Luther, Galilée ou Alexandre le Grand. Mais la plupart du temps, lorsqu’on interrogeait ces personnages annoncés sur une question quelconque, ce n’est pas eux qui répondaient : la table frappait le nom d’un être mythologique ou allégorique, comme le Lion d’Androclès, la Colombe de l’Arche, la Dame Blanche, l’Idée, la Poésie ou l’Ombre du Sépulcre.

Les personnages répondaient souvent en vers aux questions posées et demandèrent un jour qu’on les interrogeât également en vers. Victor Hugo répondit qu’il ne savait pas improviser ainsi, et demanda de remettre la séance au lendemain. Il prépara alors deux questions à l’adresse de Molière, et le lendemain, celui-ci ayant annoncé sa présence, le poète lui dit :

Les Rois et vous, là-haut changez-vous d’enveloppe ?

Louis quatorze au ciel n’est-il pas ton valet ?

François premier est-il le fou de Triboulet,

Et Crésus le valet d’Ésope ?

Molière ne répondit pas, mais c’est l’Ombre du Sépulcre qui répliqua à Victor Hugo en dictant par la table cette réponse dénuée d’aménité :

Le Ciel ne punit pas par de telles grimaces,

Et ne travestit pas en fou François premier,

L’enfer n’est pas un bal de grotesques paillasses,

Dont le noir Châtiment serait le costumier.

Décontenancé par le ton de cette leçon, il insista pour que Molière, dont la présence avait été annoncée, réponde lui-même et il lut à son adresse le deuxième morceau de vers qu’il avait préparé :

VICTOR HUGO À MOLIÈRE

Toi qui du vieux Shakespeare a ramassé le ceste,

Toi qui, près d’Othello, sculptas le sombre Alceste,

Astre qui resplendis sur un double horizon,

Poète au Louvre, Archange au Ciel, ô grand Molière !

Ta visite splendide honore ma maison.

Me tendras-tu là-haut ta main hospitalière ?

Que la fosse pour moi s’ouvre dans le gazon !

Je vois sans peur la tombe aux ombres éternelles,

Car je sais que le corps y trouve une prison,

Mais que l’âme y trouve des ailes !

On attendit, mais Molière resta muet ; ce fut encore l’Ombre du Sépulcre qui répondit avec mépris :

L’OMBRE DU SÉPULCRE À VICTOR HUGO

Esprit qui veux savoir le secret des ténèbres,

Et qui, tenant en mains le terrestre flambeau,

Viens, furtif à tâtons, dans nos ombres funèbres,

Crocheter l’immense tombeau !

Rentre dans ton silence, et souffle tes chandelles !

Rentre dans cette nuit dont quelquefois tu sors :

L’œil vivant ne lit pas les choses éternelles

Par-dessus l’épaule des morts !

« La leçon était dure, écrit Flammarion (174, p. 233). Il paraît que Victor Hugo jeta là son cahier, se leva furieux et quitta la salle, indigné de la conduite des esprits à son égard. L’illustre maître n’avait jamais été traité avec une hauteur aussi cavalière. »

* *

Les procès-verbaux de ces séances, écrits de la main de Victor Hugo, forment trois grands cahiers. Camille Flam­marion en a publié, pour la première fois, des extraits, en 1899, dans les Annales politiques et littéraires, et depuis, en 1933, Gustave Simon (175) a livré au public cette précieuse documentation.

On y trouve des pages d’une grande élévation de pensée, écrites en une langue admirable. Victor Hugo a toujours eu la conviction qu’il y avait là des êtres extérieurs, indépendants de lui-même, comme l’Ombre du Sépulcre, hostile et méprisante. Mais qu’il s’agisse des morceaux signés de celle-ci, ou d’Eschyle ou des autres, Flammarion n’a pu se défendre contre l’idée, lorsqu’il parcourut les trois cahiers de procès-verbaux, que tout cela est « du Victor Hugo ». Et pourtant il n’était pas à la table. Flammarion a adopté l’hypothèse émise par Jules Bois que « la réunion des personnes assemblées pour faire ces évocations crée, momentanément, une personnalité psychique qui les résume. C’est notre être subconscient, notre moi subliminal qui parait agir, un peu comme dans le rêve, mais en se projetant, pour ainsi dire »… « La concentration et la projection d’une ou plusieurs énergies psychiques agissent pour amener les résultats observés, résumant la mentalité des expérimentateurs. »

Dans les phénomènes de Jersey, Flammarion pensait que l’esprit dominant et agissant était celui de Victor Hugo et que les manifestations étaient un reflet de lui-même, sa pensée subconsciente s’extériorisant et agissant sur le cerveau de Charles Hugo qui aurait alors produit les lettres et les mots, par des pressions automatiques et inconscientes des mains. S’il en était ainsi, cela reviendrait à classer les manifestations de Jersey dans la télépathie, ou à les considérer comme une sorte de collaboration entre le subconscient de Victor Hugo, celui de son fils et des autres assistants.

Cependant, certaines communications de Jersey se prêtent mal à être interprétées par l’hypothèse de « l’entité collective subconsciente », en particulier celle du 25 décembre 1853, au cours de laquelle se manifesta André Chénier, auquel Victor Hugo et Auguste Vacquerie demandèrent de compléter certains de ses poèmes laissés de son vivant incomplets ; la table à laquelle était Charles Hugo et sa sœur Adèle, dictait immédiatement les vers qui devaient faire suite à ceux qu’on lui citait ; Victor Hugo ayant fait observer qu’un groupe de vers ainsi dictés comportait une phrase au pluriel alors que le fragment existant était au singulier, et lui proposait de corriger, de telle façon, Chénier refusa cette solution, mais dicta une variante en maintenant son texte malgré les objections de Victor Hugo, auquel la « manière » de Chénier ne plaisait pas.

« Il ne s’agit plus, écrit Jules Bois dans Le Miracle moderne, d’Eschyle romantisé et factice, mais bien d’un pastiche d’André Chénier, extraordinairement habile et ce qui est presque miraculeux, improvisé. » Victor Hugo, en effet, ne savait pas improviser ; et Charles, qui était à la table, n’aurait pu prévoir que son père demanderait de terminer telle pièce plutôt que telle autre si, dans l’hypothèse d’une fraude, l’indolent Hugo fils avait pu préparer d’avance un morceau correspondant aussi exactement avec l’esprit, la forme et la « manière » d’André Chénier.

Avec des faits de cette valeur, l’hypothèse spirite acquiert quelques droits à se maintenir en lice. Il y a d’autres faits, plus significatifs encore, en sa faveur. Mais, pour être en mesure de formuler un jugement, il faut étudier d’abord les autres théories.

L’hypothèse du polypsychisme

Le docteur Mackenzie a développé une hypothèse de type biologique, à large extension, qui est essentiellement celle de Jules Bois, présentée avec des fondements scientifiques généraux beaucoup plus vastes.

Elle peut se résumer ainsi : un des faits fondamentaux de la vie, c’est la symbiose, c’est l’interdépendance inévitable et indispensable de tous les organismes et de tous les groupes entre eux. Partout où il y a groupe, il y a progrès par rapport aux parties composantes, qu’il s’agisse de protozoaires, de plantes, d’animaux, de sociétés végétales, animales ou mixtes, d’hommes ou de sociétés humaines. Or, chaque groupe possède son propre « psychisme » qui est la résultante du psychisme des parties composantes. La personnalité nouvelle du tout peut donc être considérée comme « supranormale » par rapport aux parties, et elle est supérieure aux individus contribuant à former le groupe.

Dès lors, les organismes supérieurs peuvent être considérés comme des organismes coloniaux de cellules et leur psychisme comme la résultante coordonnée des psychismes élémen­taires qui la composent. En certaines occasions, il pourrait y avoir dissociation de ces psychismes élémentaires, et toutes les formes du sommeil, depuis le sommeil physiologique normal jusqu’à la « trance » médiumnique, seraient le résul­tat de telles dissociations, de même que le phénomène des « personnalités multiples ».

Quant à l’interprétation des phénomènes médiumniques, il y aurait possibilité de symbiose entre des « valences psychiques dissociées » du médium et d’autres « éléments psychiques dissociés » provenant des assistants ou même d’autres individus absents de la séance, et cette symbiose aurait pour résultat la formation d’une « personnalité polypsychique » temporaire qui serait à l’origine des manifestations de Jersey — c’était la thèse de Jules Bois, de Flammarion, c’est aussi celle de Warcollier (178, pp. 50-51) — et beaucoup d’autres phénomènes supranormaux, tels que les manifestations d’« interférence psychique », observés chez les chevaux d’Elberfeld, par exemple, lui seraient redevables —, les animaux pensants « étant, d’après le professeur Mackenzie (179 pp. 11-12), de véritables guéridons parlants à quatre jambes ».

Inconscient collectif et conscience cosmique

D’après Warcollier qui a apporté une importante contribution à l’hypothèse polypsychique (178), les éléments psychiques dissociés survivraient à la mort de l’individu qui les a émis : ils flotteraient dans l’atmosphère psychique où vit notre esprit, comme des germes cristallins « prêts à provoquer la cristallisation de pensées homologues au sein des solutions sursaturées que sont nos subconsciences » (La Télépathie Expérimentale, Conférences I.M.I., 1926).

De plus, les lacunes, les « trous » formés par des dissociations dans une personnalité vivante, seraient envahis par les éléments psychiques, les « charges psychiques » de personnalités qui ne sont plus, par les innombrables vestiges d’êtres disparus, animaux ou humains. « On retrouve dans nos rêves, écrit-il, des symboles provenant des terreurs de l’humanité de l’âge quaternaire devant une animalité monstrueuse. Il n’y qu’à feuilleter les ouvrages de l’antiquité pour s’en rendre compte. Nos cauchemars ne nous présentent certes plus des dragons effrayants, mais des reptiles menaçants. L’inconscient collectif évolue lentement ; les fantômes du paganisme réclamaient l’ensevelissement de leur corps

ceux d’aujourd’hui demandent des prières : ils ont gagné l’ère chrétienne » (180).

D’après le savant investigateur de l’Institut Métapsychique International, notre inconscient personnel est imprégné du présent de tous les êtres vivants, tandis que l’« inconscient collectif » est fait du passé d’innombrables générations qui croyaient aux esprits. Toutes les charges psychiques passant par l’inconscient s’imprègnent de cette croyance et aspirent à une vie éphémère, ne demandant qu’à l’affirmer pour se convaincre elles-mêmes de leur existence. C’est ainsi qu’une personnalité se manifestant par typtologie — en donnant une identité reconnue complètement inexistante — persistait à lui soutenir qu’elle était un esprit, alors qu’il ne croit pas lui-même aux esprits. « C’est que, dit M. Warcollier, l’incons­cient individuel a cédé la place à l’inconscient collectif. »

* *

D’autre part, William James a proposé la thèse d’une Mémoire Cosmique ou d’une Conscience cosmique universelle dans laquelle baigneraient nos esprits individuels.

« De toute mon expérience, écrit-il (et elle est assez limitée) émerge une seule conclusion, solide comme un dogme, c’est que nous autres, avec nos existences, nous sommes comme des îles au milieu de la mer ou des arbres dans la forêt. L’érable et le pin peuvent se communiquer leurs murmures avec leurs feuilles, et Conanicut et Newport peuvent entendre chacun la sirène d’alarme de l’autre. Mais les arbres entre­mêlent aussi leurs racines dans les ténèbres du sol et les îles se rejoignent par le fond de l’océan. De même il existe une continuité de conscience cosmique contre laquelle notre individualité ne dresse que d’accidentelles barrières et où nos esprits sont plongés comme dans une eau-mère ou un réservoir. Notre conscience « normale » est assujettie à s’adapter seulement au milieu terrestre qui nous entoure, mais en certains points, la barrière est moins solide et d’étranges influences, venues de l’au-delà, vont s’infiltrant, qui nous montrent cette dépen­dance commune, autrement invérifiable » (76, pp. 334-335).

Ce sont les faits qui diront si, vraisemblablement, selon la thèse de James, c’est dans cette Conscience Cosmique que vont puiser les médiums pour y chercher les innombrables souvenirs terrestres qui y sont emmagasinés.

Mais je veux souligner un fait capital : c’est qu’il n’y a pas incompatibilité entre l’idée de la Survivance individuelle et celle d’une Conscience Universelle, ou d’une sorte de Subconscient collectif ; ce Panpsychisme s’impose à notre esprit par les phénomènes de télépathie, de clairvoyance, de « psychométrie », comme je l’ai montré à propos du problème du Sixième Sens (voir chapitre VI) ; mais loin de s’opposer à l’idée de la Survivance individuelle de l’esprit cette conception l’éclaire en permettant de concevoir l’individualité spirituelle comme une sorte de « condensation » au sein d’une nébuleuse psychique, condensation, individualisation, qui se serait réalisée progressivement et conjointement à l’évolution biologique des organismes ; ainsi se concilieraient harmonieusement deux conceptions apparemment opposées, celle de l’individuel et de l’universel, celle du multiple et celle — affirmée tant par le monisme scientifique moderne que par la multimillénaire tradition religieuse de l’Inde védique — de l’unité essentielle de toute choses.

La catastrophe du dirigeable R-101

Revenons maintenant à l’examen des faits : Le 5 octobre 1930, le dirigeable anglais R-101, commandé par le lieutenant H.-C. Irwin, s’enflammait et s’abîmait corps et biens sur le sol français, dans la Somme.

Deux jours après, le 7 octobre, une séance avait lieu au Laboratoire National de Recherches Psychiques de Londres — fondé par l’ingénieur Harry Price en 1925 et passé sous le contrôle de 1’Université en 1933 — avec le médium Miss Garrett, dont les facultés de réceptivité télépathiques ont été étudiées depuis par le professeur Rhine (voir chapitre III), et dont la faculté médiumnique consiste en automatisme vocal en état de trance.

Par sa bouche, un message de Sir Arthur Conan Doyle venait d’être donné, lorsque soudain, la voix du medium changea et une personnalité s’annonça comme étant le lieutenant H.-Carmichael Irwin, commandant le R-101 sinistré. Le soi-disant officier décédé expliqua alors, avec de nombreux détails techniques, les circonstances de la catastrophe : perte de vitesse, impossibilité de redresser l’appareil, qui piquait du nez, frôlement des toits à Achy ; éclatement de la charpente et finalement incendie de l’appareil ; puis il entra dans une analyse des causes de l’accident, en insistant sur le fait que, depuis que le nouveau tube transversal avait été introduit, la masse et le poids n’étaient plus en proportion avec la capacité motrice.

Voici un extrait du rapport officiel de la séance, sténo­graphié 48 heures après la catastrophe : « La masse intégrale du dirigeable était à tous points de vue excessive par rapport à sa capacité motrice… Moteurs trop lourds… Élévateur enrayé… charge trop lourde pour long vol… Entretoises tribords éclatées… Moteurs ont ratés… Trop lourds, impossible prendre hauteur… Fuselage complètement engagé et le ballon pique une chandelle… Impossible le redresser… Ne peut arrimer… Ai essayé pendant deux heures relever l’avant, mais l’élévateur s’est enrayé… A l’enquête qui aura lieu plus tard, on constatera que la structure supérieure du fuselage n’avait aucun rebondissement et avait beaucoup de poids… L’adjonction du tube médian était une grosse erreur. Il consolidait, mais aux dépens du rebondissement qu’il rendait impossi­ble. Trop lourd et beaucoup trop alourdi pour la capacité des moteurs… Nous ne pouvions jamais reprendre de la hauteur. »

Une copie de ce rapport sténographié fut envoyée au Ministère de l’Air Britannique ; celui-ci répondit quelque temps après que le rapport du Laboratoire National des Recherches Psychiques 1’avait considérablement aidé dans son enquête, ajoutant que les précisions qu’il contenait ne pouvaient émaner que d’un technicien au courant des problèmes de l’Aéronautique et ayant été a bord du dirigeable.

Le 6 mai 1931, une personnalité officielle, affectée à la construction des dirigeables, donna une causerie aux mem­bres du Laboratoire National des Recherches Psychiques, dans laquelle elle fit ressortir les concordances existant entre les détails techniques communiqués par le soi-disant lieute­nant Irwin et consignés dans le rapport transmis au Ministère, et les faits révélés ultérieurement par l’enquête, dont certains, affirma le technicien officiel, ne pouvaient être connus que du lieutenant Irwin et de quelques rares experts. Voici quelques-uns de ces faits : Le soi-disant Irwin avait déclaré que les moteurs étaient défectueux, trop lourds, que les essais avaient été trop courts que personne ne connaissait suffisamment l’appareil, que la charge était trop lourde, que l’appareil était « engagé » — expression nautique qui signifie : incliné par le vent de manière à ne plus pouvoir se relever — et ne pouvait plus reprendre de la hauteur, qu’il « rasait presque les toits à Achy », et que l’explosion à l’atterrissage fut « due à la friction dans une atmosphère chargée d’électricité par temps d’orage ». Tous détails que la personnalité corrobora, ajoutant que bien que Achy ne figurât pas sur les cartes ordinaires, ce village était néanmoins indiqué sur les grandes cartes spéciales de navigation aérienne, comme celle que possédait le lieutenant Irwin, et qu’il se trouvait effectivement sur la route du dirigeable.

Lorsque Irwin avait parlé du « retour de flamme » du moteur, M. Harry Price, directeur honoraire du Laboratoire. National, avait fait la remarque que « l’essence brute n’étais pas inflammable ». A quoi « Irwin » avait répondu : « Celle-ci est inflammable. » A ce sujet, le représentant des services techniques de l’Aéronautique Britannique déclara : « M. Price s’est fait l’écho d’une opinion populaire en disant que l’essence brute n’est pas inflammable, mais elle l’est à haute température, c’est-à-dire qu’elle pouvait le devenir après compression dans les cylindres du R-101, et pouvait par conséquent causer un retour de flamme. »

Le soi-disant lieutenant Irwin fait allusion à un « plan ahurissant de carbone et d’hydrogène » lequel, avait-il dit était « idiot, archi-idiot ». Le représentant officiel déclara à ce propos : « Au moment du vol du R-101, une série d’expériences avait été envisagée. On se proposait de brûler un mélange d’hydrogène et de carburant (c’est-à-dire de carbone et d’hydrogène). Ce qui, ajouta-t-il, ne pouvait être connu en dehors des milieux officiels. »

« Irwin » avait fait également allusion au « S.L.-8 » et avait ajouté : « Dites-le à Eckner. » Vérification faite, le S.L.-8 est le numéro d’un dirigeable allemand (S. L. étant l’abréviation pour Shutte Lanz). « Chose ignorée de prime abord mais que Irwin devait savoir. »

* *

D’autre part, M. Spanner, constructeur naval et ingénieur de la Marine, fut amené à donner son avis, à titre d’expert, sur les causes de l’accident. D’après son rapport, « le dirigeable rompit sa charpente en plein vol par suite de faiblesse structurale », et le dirigeable se heurta brusquement à une bourrasque en tête voyageant à environ 60 milles à l’heure, « au moment où il piquait légèrement de l’avant, ce qui eut pour effet d’accentuer le plongeon. Le stabilisateur fut progressivement actionné à fond pour relever le dirigea­ble, et celui-ci commença à se redresser. Pendant que cette opération était en cours, les longerons inférieurs, situés au centre de l’appareil, cédèrent. Cette défaillance se produisit dans le nouveau tube introduit au milieu du dirigeable ».

Ainsi, « Irwin » et M. Spanner sont d’accord pour attribuer la cause initiale de l’accident à l’adjonction du tube médian. Mais « Irwin » avait fait connaître son opinion quarante-huit heures après la catastrophe, alors que M. Spanner ne put élaborer la sienne qu’après les résultats de l’enquête (Light, 9-5, 31-7, 18-9-1931 et 181).

Comment interpréter ce fait ?

Mrs. Garrett, le médium, ignorait tout de la technique des dirigeables [1] ; comme les autres assistants, elle ignorait l’existence du petit village d’Achy, en France, qui ne figure que sur les cartes d’État-major et de Navigation aérienne.

Certains détails contenus dans la communication n’étaient connus que d’un cercle très restreint d’experts officiels. Peut-on avancer l’hypothèse d’une communication télépathique entre ces experts et le médium ? L’étude de la Télépathie expérimentale a montré que la transmission ne s’effectue pas littéralement, mais avec des variantes symboliques, avec des déformations caractéristiques. S’il y avait télépathie, les déformations qu’aurait subie la transmission d’idées techniques complètement étrangères au medium auraient été telles que le message du lieutenant Irwin aurait consisté en un pathos incompréhensible au lieu de constituer par sa précision technique, une aide efficace au Ministère de l’Air britannique pour la détermination des circonstances des causes de la catastrophe du R-101.

Mais si l’hypothèse télépathique est impuissante à expliquer la révélation des faits connus par quelques rares expert elle est bien plus impuissante encore à expliquer celle de faits inconnus de tout être vivant, et établis seulement après l’enquête, comme par exemple, l’éclatement des entretoises de tribord par suite du manque de rebondissement du fuselage, dû au poids du tube médian ajouté.

Il faudrait alors faire appel à l’hypothèse de la métagnosie et admettre que les facultés supranormales de Mrs. Garret aient pu lui procurer la connaissance des causes techniques de l’accident indépendamment de tout être vivant les connaissant, c’est-à-dire admettre que René Sudre se trompe lorsqu’il pense que le sujet clairvoyant perçoit « non les choses elles-mêmes, mais les pensées d’êtres qui les ont une fois perçues » (182, p. 239) ; il faudrait admettre aussi que cette prise de connaissance supranormale ait pu se traduire, étant donné l’incompétence technique du médium, par un rapport très net comportant un vocabulaire spécial, ce qui, comme pour l’hypothèse télépathique — est contraire à l’expérience.

Faut-il alors envisager l’hypothèse de l’Inconscient collec­tif ou celle de la Mémoire cosmique et supposer que des « éléments psychiques dissociés » contenant la connaissance des détails techniques relatifs aux essais et des causes de la catastrophe, aient été émis par le lieutenant Irwin avant sa mort et se soient glissés dans la personnalité psychique de Mrs. Garrett. Il faudrait admettre que ces « éléments psychiques » se sont regroupés de telle manière qu’ils ont reconsti­tué temporairement l’apparence intellectuelle d’une person­nalité cohérente ; il faudrait admettre que la coordination de ces « éléments psychiques » soit telle que la personnalité fictive ainsi reconstituée soit capable de réfuter, comme s’il s’agissait d’une personnalité réelle, une erreur relative à l’inflammabilité de l’essence.

N’est-ce pas jouer avec les mots ? N’est-ce pas opposer ce qu’on a appelé « le désir de survivre » des spirites — désir de survivre « en bloc » — un désir de ne survivre qu’ en
pièces détachées » ?

Et si, par voie de « télépathie concertante » une personnalité polypsychique s’est formée entre les subconsciences du medium, des assistants et des experts lointains, mêlées — pour expliquer la révélation de ce qu’elles ignoraient elles-mêmes — aux « éléments psychiques dissociés » de feu le lieutenant Irwin, il serait bien étrange que le résultat final de cette « mixture psychique », n’ait été influencé ni par le médium, ni par les assistants, et que leur incompétence ne se soit pas manifestée dans le message par quelques erreurs ou absurdités. Il faudrait admettre, en somme, que cette personnalité collective était entièrement dominée par l’élément Irwin !

En fait, tout s’est passé comme si — pour employer le langage de la prudence scientifique — la personnalité spirituelle du lieutenant H. Carmichael Irwin, commandant décédé du R.-101, personnalité consciente, douée d’initiative, de mémoire et d’intelligence, s’était manifestée par la voix Mrs. Garrett pour déposer, 48 heures après la catastrophe son rapport sur la perte du dirigeable qu’il commandait.

Le père du professeur Hyslop

Mme Piper, de Boston, fut un médium remarquable, dont les facultés exceptionnelles furent étudiées pendant de nombreuses années par les investigateurs de la Society for psychical Research anglo-américaine : C’est le professeur William James, de l’Université Harvard, qui fut le premier homme de haute intelligence qui eut l’occasion d’observer les phénomènes de Mme Piper en trance et il publia en 1886 un rapport succinct, puis, après la mort de Hodgson, un important Rapport sur le Contrôle-Hodgson de Mme Piper (76). Le docteur Richard Hodgson, adversaire implacable de la fraude et des fraudeurs, qui quitta l’Angleterre en 1887 pour s’établir à Boston, et devint secrétaire de la branche américaine de la S.P.R., observa Mme Piper pendant 18 ans et publia en 1898 un rapport sur les phénomènes observés avec elle.

James Hervey Hyslop, professeur de Logique et d’Éthique à l’Université Colombia de New York, a publié en 1900 un volume de 650 pages, formant le tome XVI des Proceedings de la, S.P.R. et contenant les procès-verbaux détaillés de 16 séances tenues avec Mme Piper entre le 23 décembre 1898 et le 8 juin 1899. Les expériences et les résultats consignés dans ces documents ont été synthétisés en langue française par Michel Sage dans un remarquable ouvrage (183) auquel j’emprunte les détails qui vont suivre.

Tout d’abord, il faut rappeler que Mme Piper était un médium « automatiste », c’est-à-dire que à 1’état de trance, parlait ou écrivait comme sous 1’influence d’une autre personnalité.

Le docteur Hodgson lui présenta le professeur Hyslop sous le nom de M. Smith, afin de ne livrer au médium aucun indice sur la personnalité du visiteur. Celui-ci prit la précaution de se masquer dans sa voiture à une assez grande distance de la maison de Mme Piper. Il attendit qu’elle fût à l’état de « trance » pour parler devant elle, et eut soin de modifier autant que possible le son de sa voix. Pour éviter que, pendant la séance, Mme Piper pût le voir, il se tint toujours derrière elle. D’ailleurs, pendant la « trance », la tête de Mme Piper était enfouie dans des oreillers.

Malgré toutes les précautions, le nom de Robert Hyslop, le père du professeur, fut prononcé par Mme Piper à la deuxième séance, ce qui rendit inutile le port du masque ; dans les seize séances du professeur Hyslop se communiquèrent, outre son père, divers parents qui fournirent aussi des éléments probants, mais c’est Robert Hyslop qui donna les communications de beaucoup les plus importantes.

* *

Robert Hyslop n’attira jamais l’attention publique sur lui ; toute sa vie, par la force des choses, se passa dans sa ferme de l’Ohio, et presque jamais il ne séjourna dans les villes. Il n’y avait donc guère de possibilité pour le médium de se procurer des renseignements à son sujet, et la foule de menus faits évoqués pour établir son identité ont beaucoup plus de valeur à propos d’un homme obscur que s’ils étaient relatifs à un personnage ayant eu une vie publique.

Son langage était bien personnel et il se servait d’expressions très particulières et toujours les mêmes dans des cas analogues. Or, le langage du soi-disant Robert Hyslop, par la voix de Mme Piper, était bien le même.

Le père du professeur Hyslop avait un vieux cheval du nom de Tom, qui avait longtemps et fidèlement servi son maître. Celui-ci ne voulut pas faire abattre son vieux serviteur, devenu par suite de l’âge incapable de travailler. Il le pensionna, pour ainsi dire, et résolut de le laisser mourir de sa belle mort dans la ferme. A une séance, il demanda : « Où est Tom? », et comme James Hyslop ne comprenait pas bien de quel Tom il s’agissait, le communicant reprit : «Tom, le cheval, qu’est-il est-il devenu ? »

Robert Hyslop était très chauve et il s’était plaint d’avoir froid à la tête pendant la nuit. Sa femme lui fit une calotte noire qu’il mit un petit nombre de fois. A une séance, il parla de cette calotte. James Hyslop, qui était absent de la maison depuis longtemps, n’avait jamais eu connaissance d’une calotte noire quelconque. Mais il écrivit à sa belle-mère — son père s’était marié deux fois — qui lui confirma l’exactitude du détail.

A une autre séance, le communicant Robert Hyslop dit que, sur son bureau, il avait habituellement deux flacons, un rond et un carré. Le professeur Hyslop ignorait ce détail,

comme le précédent. Sa belle-mère, questionnée, dut faire un effort de mémoire pour s’en souvenir, mais son frère se le rappela aussitôt ; la bouteille ronde était une bouteille d’encre ; la bouteille carrée un mucilage.

Une autre fois, il fit allusion à un petit canif à manche noir, avec lequel il se faisait les ongles, et qu’il mettait d’abord dans la poche de son gilet, puis ensuite dans celle de sa veste. Le professeur ignorait l’existence de ce canif, et il écrivit séparément à sa belle-mère, à son frère et à sa sœur pour demander si son père avait possédé un canif noir avec lequel il se faisait les ongles, sans dire pourquoi il avait besoin du renseignement. Tous trois répondirent affirmativement, en précisant que le canif existait encore. Mais Hyslop père ne le mettait pas dans la poche de son gilet ni dans celle de sa veste, mais dans la poche de son pantalon.

* *

Voici un autre incident des plus significatifs.

Alors qu’il vivait dans l’Ohio, le père du professeur Hyslop avait pour voisin un certain Samuel Cooper. Les chiens de ce dernier tuèrent un jour un certain nombre de moutons appartenant à Robert Hyslop. Il s’ensuivit une brouille qui dura plusieurs années. A une séance, où le docteur Hodgson remplaçait le professeur Hyslop, le consultant posa une question que le professeur Hyslop lui avait envoyée par écrit. Celui-ci, par cette question, espérait ramener l’attention de son père sur les incidents de sa vie pendant qu’il était dans l’Ohio. La question était : « Vous souvenez-vous de Samuel Cooper et pouvez-vous nous dire quelque chose à son sujet ? » Le communicant répondit : « James veut parler du vieil ami que j’avais dans 1’Ouest. Je me souviens très bien des visites que nous nous faisions et des longues conversations que nous avions sur des sujets philosophiques. » A une autre séance où le docteur Hodgson était encore seul, il revint sur la même idée : « J’avais un ami du nom de Cooper dont l’esprit avait une tournure très philosophique, j’avais pour lui un grand respect. Nous eûmes souvent des discussions amicales, nous échangeâmes des lettres, et j’ai gardé plusieurs des siennes : on doit pouvoir les retrouver. » Un autre jour, le professeur Hyslop était présent, le communicant dit encore : « J’essaie de me souvenir de l’école de Cooper. » Le lendemain, il y revint : « Tu m’as demandé, James, ce que je savais de Cooper. As-tu Pensé qu’il n’était plus mon ami ? J’avais gardé plusieurs de ses lettres ; je croyais que tu les avais. » Dans tout cela, le professeur Hyslop ne retrouvait pas trace de Samuel Cooper. Il ne savait qu’en penser. Il posa alors une question directe pour amener son père au sujet qu’il avait dans l’esprit : « je voulais te demander si tu te souvenais des chiens qui tuèrent nos moutons. — Oh ! parfaitement ! Mais je l’avais oublié. Ce fut la cause de notre brouille. Mais je n’ai pas pensé à lui tout d’abord parce qu’il n’était ni mon parent ni mon ami. Si j’avais compris que c’était de lui que tu voulais me parler, j’aurais fait effort pour me souvenir. Il est ici, mais je le vois peu. »

Ainsi, tout ce que Robert Hyslop avait dit à propos Cooper en premier lieu ne se rapportait en rien à Samuel Cooper, mais entièrement à un vieil ami de Robert Hyslop, le docteur Joseph Cooper. Robert Hyslop avait eu avec lui, en effet, de nombreuses discussions philosophiques, et ils avaient correspondu. Le professeur Hyslop avait peut-être entendu prononcer le nom de cet homme ; mais il ignorait entièrement qu’il fut un ami intime de son père. C’est sa belle-mère qui lui a rit ces détails, au cours de 1’enquête qu’il fit auprès de ses parents pour éclaircir les incidents des séances obscures pour lui.

Cet incident caractéristique élimine entièrement l’hypothèse télépathique. En effet, non seulement les premières allusions aux conversations philosophiques avec le docteur Cooper ont été faites en l’absence de James Hyslop et en présence du docteur Hodgson qui était aussi ignorant que le professeur lui-même au sujet de ce personnage, mais encore, la présence de James Hyslop suffi pour que son soi-disant père se rendît compte de sa méprise. Tout c’est passé comme si l’authentique Robert Hyslop avait oublié le Cooper des moutons et cru qu’on lui parlait du Cooper des discussions philosophiques.

* *

Tous ces faits, et bien d’autres encore — outre Mme Piper, James Hyslop a étudié d’autres médiums qui lui ont donné des preuves analogues et même des « correspondances croisées » — sujet qui sera étudié plus loin sujet ont amené l’éminent professeur et premier président de la S.P.R. américaine à se rallier, malgré ses préventions antérieures, à l’hypothèse, spirite et a déclarer : « C’est mon père, ce sont mes frères, ce sont mes oncles, avec lesquels je me suis entretenu ! Quelque pouvoir supranormal que l’on accorde aux personnalités secondes de Mme Piper, on me fera difficilement croire que ces personnalités secondes aient pu reconsti­tuer, aussi complètement, la personnalité morale de mes parents décédés. L’admettre m’entraînerait trop loin dans l’invraisemblable. J’aime mieux croire que ce sont mes parents eux-mêmes à qui j’ai parlé : c’est plus simple. »

Les œuvres littéraires d’origine supranormale : le cas de Patience Worth

Les facultés médiumniques de Mme Curran, dame américaine vivant à Saint-Louis, dans l’Illinois, (E.-U.), se révélèrent en été 1913, au cours d’essais qu’elle fit avec une amie, Mme Hutchings, à l’aide d’un cadran alphabétique muni d’une aiguille mobile au centre. Elles reçurent divers messages émanant censément de personnes décédées connues d’elles, ce qui revient à dire que ces messages ne présentaient aucune valeur d’évidence.

Le 8 juillet, la phrase suivante fut dictée « Bien des lunes ce sont écoulées depuis que j’ai vécu ; je reviens. Mon nom est Patience Worth. »

Cette personnalité féminine déclara être née en Angleterre, au cours de l’année 1649 ou 1694, dans le Dorsetshire. Un des expérimentateurs, l’éditeur M. Yost, devant partir en Angleterre, Patience Worth décrivit différents traits caractéristiques du comté ou elle avait vécu,côtes, collines, monastères et routes tortueuses à l’aide desquels il pourrait reconnaître le village où elle était née. M. Yost visita alors le Dorsetshire et retrouva les collines décrites, un vieux couvent ruiné, et les routes tortueuses dont Patience Worth avait parlé. Mais cela n’a qu’une faible importance à côté de ce qui caractérise essentiellement le cas de Patience Worth : cette personnalité avait déclaré que sa vraie identité personnelle devait ressortir de l’excellence et de la nature des ouvrages littéraires qu’elle se mettait en devoir de dicter au médium, elle dicta en effet une série de romans historiques (il y en avait déjà une douzaine en 1934), un drame, ainsi qu’un très grand nombre de poésies lyriques admirables et irrépro­chables, souvent improvisées sur demande, sur un sujet donné par l’expérimentateur, et un volumineux poème idyllique de 60.000 mots, intitulé Telka, en dialecte anglo-saxon XVIIe siècle.

Le docteur Walter Franklin Prince, de la S.P.R. de Boston, qui a consacré un ouvrage à ce cas remarquable, s’est livré à une enquête approfondie sur les capacités et la culture générale du médium, d’où il résulte que Mme Curran avait cessé de fréquenter l’école à l’âge de 14 ans et n’avait jamais manifesté d’aptitudes littéraires, ni d’intérêt pour la littérature, que ses inclinations naturelles la portaient vers l’art musical, mais que, dans les branches du savoir historique et littéraire, elle présentait des lacunes considérables, s’expli­quant par une existence passée entièrement dans une petite ville de l’État de l’Illinois, loin de tout centre intellectuel important, et loin de la mer, que Mme Curran n’avait jamais vue.

The Sorry Tale (La Triste Histoire) est un grand roman historique, en langue moderne, dont l’action se déroule en Palestine du temps du Christ, et dans lequel on assiste au drame de la crucifixion. Dans cette œuvre, les caractères des personnages sont peints avec puissance, les événements sont décrits avec une grande richesse de coloris, et les détails sont géographiquement et historiquement irréprochables, aussi bien en ce qui concerne la Palestine qu’en ce qui se rapporte à la Rome impériale.

On avait cru pourtant trouver une erreur historique dans l’ouvre de Patience Worth : les personnages juifs donnent, en effet, au cours du récit, le titre de roi à l’empereur romain. Or, on a trouvé dans l’histoire d’Ewald que dans les provinces orientales de l’empire romain, régnait l’usage d’appeler roi l’empereur de Rome. De sorte que ce que l’on avait pris tout d’abord pour une erreur s’est transformé en une démonstration supplémentaire de la parfaite vérité historique du milieu et des mœurs décrits dans The Sorry Tale.

A propos du poème Telka, dicte par une voix subjective, M. Yost fait les remarques suivantes : « Telka est unique non seulement par la pureté de sa langue anglo-saxonne, la combinaison de formes en dialectes de différentes époques, et ses connaissances grammaticales, mais aussi par les altérations et extensions conférées à différents vocables. Patience Worth, comme Shakespeare, emploie parfois un adverbe à la manière d’un verbe, ou d’un nom, ou d’un adjectif… Cela s’explique par la situation transitoire dans laquelle se trouvait alors la langue anglaise ; mais cette remarque constitue une preuve supplémentaire pour démon­trer que Patience Worth est en plein accord avec son époque, même dans les anomalies grammaticales. Il n’y a pas de doute que ce langage de Patience Worth doit être considéré comme étant chez elle absolu­ment spontané ; ce qui est abondamment prouvé par la circonstance, qu’elle ne l’a pas seulement employé dans quelques-unes de ses œuvres, mais qu’elle s’en sert constamment dans ses conversations avec les expérimentateurs. »

Le docteur W. F. Prince put trouver une brochure d’un poète contemporain, écrite en dialecte du Dorsetshire, province désignée par Patience Worth comme lieu de sa naissance ; et il a constaté que dans ce dialecte vivent encore, quoique avec altérations, beaucoup de mots prononcés par la personnalité médiumnique.

Telka est écrit dans une langue anglaise vieillie contenant 90 % de mots d’une pure origine anglo-saxonne, et on n’y a pas découvert un seul mot acquis à la langue anglaise après 1600. La première version de la Bible ne contient que 70 % de vocables anglo-saxons.

Le docteur Walter Franklin Prince (184, pp. 237-239) estime que les personnages de Telka vivent, qu’ils ont des traits caractéristiques qui les différencient les uns des autres et que, sous ce rapport, Patience Worth est bien supérieure à Maeterlinck. Or, ce chef-d’œuvre, de 270 pages, a été dicté dans un ensemble de 35 heures.

Au cours des séances, le médium ne faisait que répéter à haute voix les paroles qu’il entendait ; un secrétaire les enregistrait. Souvent la dictée était tellement précipitée que le secrétaire ne parvenait pas à la suivre ; en ce cas, Patience Worth répétait la dernière phrase et modérait son allure. Pendant ce temps, la mentalité du médium était tellement indépendante de ce qui se réalisait par son entremise qu’elle était libre de fumer une cigarette, de s’interrompre pour prendre part à la conversation des assistants, de se lever et passer dans la chambre à côté pour répondre à un appel téléphonique. Ces interruptions ne troublaient nullement la dictée médiumnique, qui reprenait au point précis où elle avait été suspendue. La même chose se réalisait d’une séance à l’autre : c’est-à-dire que la personnalité médiumnique reprenait également la dictée au point exact où elle s’était arrêtée, même lorsque des mois s’étaient écoulés d’une reprise à l’autre. Une fois qu’on avait égaré les premiers chapitres d’un roman, Patience Worth les donna une deuxième fois, et quand on retrouva la pièce égarée, on constata que la deuxième dictée était une remarquable reproduction littérale de la première.

Il faut noter encore que, même au cours de la dictée d’ouvrages en anglais moderne, elle continua toujours à causer couramment avec les expérimentateurs dans son patois archaïque.

Le docteur W. F. Prince a cité l’extraordinaire exemple de Patience Worth écrivant quatre romans simultanément : « Elle dicte successivement un passage de chacun. Après avoir dicté quelques lignes du premier en dialecte archaïque, elle passe à en faire autant pour le second en langage moderne, et ainsi de suite en entamant l’un et l’autre sans solution de continuité, et avec une constante célérité. A un certain moment, elle prit deux personnages de deux romans différents, les fit causer ensemble, de façon que le personnage de l’un des romans semblait répondre à l’autre et discuter avec lui. Lorsque les passages des deux romans furent débrouillés et assignés à leurs textes respectifs, on constata que chacun d’eux s’adaptait parfaitement à la partie qu’ils devaient occuper dans le texte. »

En une occasion, alors que Mme Curran écrivait une lettre à son amie, son larynx était employé par Patience Worth à dicter couramment une admirable composition poétique intitulée : Feux Follets.

Le cas de Patience Worth soulève un vaste problème : d’où proviennent de tels ouvrages littéraires de premier ordre « dans lesquels, écrit Bozzano, on déploie une vaste culture et un remarquable génie ; une richesse de forme inépuisable dans la manière d’exprimer sa pensée ; une profondeur philosophique, une sagacité pénétrante, une spiritualité élevée ; une rapidité foudroyante dans la conception des idées ; une habileté exceptionnelle dans le développement des opérations mentales les plus complexes ; enfin, aussi, une divination apparente de la pensée des autres » ?

Le professeur Cory, reconnaissant le caractère prodigieux du cas en question, a tenté de l’interpréter par l’hypothèse de la « désagrégation psychique » et de la formation d’une personnalité secondaire subconsciente, laquelle aurait élaboré un « roman subliminal ». Mais le professeur Cory, oubliant le vrai problème à résoudre, c’est-à-dire l’origine des connais­sances historiques et linguistiques de la personnalité Patience Worth, conclut que celle-ci est le produit d’une atmosphère d’attente anxieuse d’une manifestation de l’au-delà, attente qui a été le facteur essentiel de la « dissociation psychique » de Mrs. Curran. il s’ensuit que sa « personnalité seconde » persiste à croire avoir été une jeune fille anglaise, ayant vécu en Angleterre, il y a plusieurs siècles.

Or, la personnification, la « prosopopèse », ne donne pas du génie.

Lorsque Richet suggérait à un sujet dans l’hypnose qu’il était général ou prêtre, le sujet mimait tant bien que mal ces personnages et leur prêtait des propos conformes à l’idée qu’il se faisait de leurs fonctions, mais l’illusion dans laquelle la suggestion l’avait plongé ne lui donnait ni la connaissance des principes de la stratégie, ni celle de la théologie, du grec ou du latin.

Et l’illusion d’avoir été une jeune fille anglaise, il y a plusieurs siècles, illusion dont aurait été victime une « personnalité seconde » de Mrs. Curran, n’explique pas du tout la génialité littéraire merveilleuse de Patience Worth, ni le fait qu’elle s’exprimait dans le dialecte du Dorsetshire du XVIIe siècle, ni sa connaissance des mœurs et usages de la Palestine à l’époque du Christ.

* *

L’hypothèse polypsychique ne peut nous être d’aucun secours pour résoudre 1’énigme de « Patience Worth ».

Reste l’hypothèse du « réservoir cosmique » dans lequel seraient recueillis tous les efforts littéraires des siècles. Le professeur Schiller a fait observer dans son étude consacrée à Patience Worth que cette hypothèse « ne tient pas assez compte du problème de la « sélection des faits » (Pr. S.P.R, vol. XXXVI, p. 575) ». En effet, Ernest Bozzano le souligne dans sa monographie Littérature d’Outre-Tombe (185) : « Si l’on devait supposer qu’on recueillît et rangeât dans le « réservoir » en question tous les termes vieillis de la langue anglaise, tombés en désuétude depuis 1600, tout cela ne représenterait également qu’un matériel brut, qui ne saurait être utilisé que par ceux qui connaissent la signification de chaque vocable, ainsi que la conjugaison des verbes, désinences des noms, les constructions grammaticales et les élisions innombrables inhérentes au dialecte auquel appartiennent les mots en question. Il faudrait en outre que celui qui se sert de ces vocables fût en mesure de discerner ceux qui étaient en usage avant 1600 de ceux qui n’ont eu cours qu’après cette date. Or, la « personnalité subliminale » du médium ne pouvait pas réaliser tout cela, la personnalité normale du sujet n’ayant jamais possédé ces connaissances ; et, d’autre part, ces connaissances ne pouvaient exister où que ce soit, à l’état latent, étant donné que la structure organique d’une langue n’est qu’une pure abstraction. En ces conditions, ajoute Bozzano, on devra en conclure rationnellement que le problème ne peut être résolu sans admettre l’intervention d’une entité étrangère au médium, connaissant bien la langue dont elle s’est servie si correcte­ment. »

C’est une conclusion à laquelle les faits, on en conviendra, rendent difficile d’échapper.

Le retour d’Oscar Wilde

Un médium à « écriture automatique », Mme Travers-Smith, fille de M. Edouard Down, professeur de littérature anglaise à l’Université de Dublin, a publié un ouvrage (187) dans lequel elle a reproduit des messages émanant de la soi-disant personnalité d’Oscar Wilde, poète et dramaturge anglais.

On serait peut-être tenté de leur dénier toute valeur métapsychique, en raison de la profonde culture littéraire du médium, mais il faut remarquer que ni elle, ni M. V…, — un

autre médium à écriture automatique — n’avaient jamais été spécialement attirés par l’œuvre d’Oscar Wilde, qu’ils ne connaissaient que partiellement, et que les « essais critiques » du communicant, rédigés avec le mépris caractéristique d’Oscar Wilde pour les productions littéraires des autres, l’esprit caustique et les traits d’ironie qui lui étaient particuliers, concernaient souvent des ouvrages qu’ils n’avaient jamais lus, les jugements émis étaient en opposition complète avec ceux des médiums. Mme Travers-Smith assista ainsi à la démolition impitoyable de tous les écrivains qu’elle appréciait le plus.

Ces messages ont produit une grande impression dans les milieux littéraires anglais, et parmi les gens de lettres, qui 1’ont analysés, aucun n’a élevé d’objection à propos de l’identité de pensée et d’intellectualité entre leur auteur et Oscar Wilde. « Il n’y eut qu’un critique subtil, très exigeant, qui observa que quelques-uns des messages paraissaient bien de la prose d’Oscar Wilde, mais d’un Oscar Wilde qui ne serait plus dans la plénitude de ses moyens » (188) .

Outre cette identité de la mentalité et du style, ces messages médiumniques ont fourni une parfaite identité d’écriture avec les écrits autographes d’Oscar Wilde. Cette identité était obtenue seulement par la combinaison des facultés des deux médiums. M. V… n’obtenait rien à lui seul, mais lorsque Mme Travers-Smith posait sa main sur la sienne, il écrivait alors avec une rapidité vertigineuse, et les résultats étaient graphiquement plus parfaits. Mais, même lorsque Mme Travers-Smith opérait seule, la forme et la substance des messages restaient invariablement les mêmes. Cette double circonstance montre que le caractère de l’écriture — loin d’être le résultat de la subconscience de Mme Travers- Smith — était d’autant plus conforme à celui de l’écriture du véritable Oscar Wilde que les tendances déformantes de l’idiosyncrasie du médium étaient neutralisées et compensées par celles d’un autre médium, ce qui tendrait à infirmer la thèse « polypsychique » et à appuyer la thèse d’une authentique intervention spirituelle d’Oscar Wilde.

De plus, le soi-disant Oscar Wilde a fourni des détail relatifs à son identité sous forme de souvenirs d’enfance et de diverses circonstances de sa vie, détails ignorés des médiums et reconnus véridiques après enquête.

Ainsi, après sa sortie de prison — Oscar Wilde avait été condamné pour faits d’inversion sexuelle — il s’était installé à Bernaval sous un pseudonyme.

En ce qui concerne ce pseudonyme, des critiques avaient cité le nom de Melnotte obtenu par écriture automatique, comme preuve de la dérivation subconsciente de ce renseignement, le pseudonyme pris par l’écrivain étant, non Melnotte, mais Melmoth. Or, non seulement, dans le message, ce dernier nom avait été écrit immédiatement après l’autre, mais une heureuse coïncidence permit à Mme Travers-Smith d’authentifier aussi celui-ci : « Quelques semaines après, le Times publia l’annonce d’une des ventes habituelles d’auto­graphes aux enchères ; elle concernait Oscar Wilde. Dans l’annonce on expliquait que plusieurs des lettres à vendre étaient signées du nom de Sébastien Melmoth, et que l’une parmi elles demandait que la réponse fût adressée à Sébastien Melnotte, en ajoutant qu’il se réservait d’expliquer au destinataire la raison de ce changement. »

Ce détail de la variante du pseudonyme pris par Oscar Wilde était ignoré même de son biographe, de sorte qu’on ne peut soutenir qu’il ait été connu, puis oublié, par l’un des, médiums et conservé dans sa subconscience.

En fait, tout s’est passé comme si la personnalité authen­tique d’Oscar Wilde était la source, tant des renseignements sur des incidents personnels ignorés de tous les assistants, que du contenu littéraire caractéristique des messages, et Ernest Bozzano a pu écrire (188) que « si un cas analogue de convergence des preuves » en faveur d’une hypothèse donnée s’était réalisé en toute autre branche du savoir humain, on n’aurait pas manqué de proclamer aussitôt la validité inébranlable de l’hypothèse discutée ».

La xénoglossie

La xénoglossie est un des plus importants phénomènes de la Métapsychique mentale. Elle consiste en ceci : des médiums écrivent automatiquement dans l’état de trance des langues étrangères qu’ils ignorent et que, parfois, les assistants ignorent aussi ; dans ce cas, les sons sont enregistrés phonétiquement ou enregistrés sur disques. Dans la médiumnité auditive, le médium répète simplement les sons qu’il entend.

Le terme de xénoglossie a été proposé par Charles Richet pour distinguer ces faits supranormaux des cas de création linguistique subconsciente comme celui de la langue « martienne » d’Hélène Smith, étudiée par Théodore Flournoy, professeur de psychologie à la Faculté des Sciences de l’Université de Genève, et dont le vocabulaire et les caractères écrits étaient très particuliers, mais dont, par contre, la structure grammaticale et la syntaxe étaient exactement calquées sur celles de la langue française (193). A ces créations linguistiques subconscientes, on réserve le nom de glossolalie.

Il faut bien distinguer aussi de la xénoglossie authentique les réminiscences subconscientes qui émergent provisoirement au cours d’états pathologiques : il en est ainsi du cas cité par Dwelshauvers : une femme ignorante, dans un accès de fièvre récitait des fragments de texte grec, latin et hébreu ; étant enfant, elle avait été recueillie pendant plusieurs années par un pasteur qui avait l’habitude de lire à haute voix des textes de ces trois langues, et on est parvenu à identifier un certain nombre de passages qui s’étaient imprimés dans la mémoire subconsciente de l’enfant.

Dans de tels cas, il s’agit de phrases toutes faites, n’ayant aucun rapport avec les circonstances, et il est bien évident qu’aucune conversation en latin, en grec ou en hébreu n’aurait pu se dérouler avec cette femme. Dans la xénoglossie, au contraire, il y a accord parfait entre les circonstances et les idées exprimées, des questions et des réponses précises se succèdent, une conversation cohérente est possible, et tout se passe comme si on était en présence d’une personne possédant et employant consciemment toutes les ressources et toutes les particularités de la langue en question. C’était le cas de Laura Edmonds, fille du juge Edmonds, qui fut président du Sénat et membre de la Cour de Justice supérieure de New York. Laura qui ne parlait que l’anglais et n’avait appris que quelques mots de français, s’exprimait lorsqu’elle était en état de « trance », en grec, en latin, en français, en italien, en grec moderne, en portugais, polonais, hongrois, ainsi qu’en plusieurs dialectes indiens.

Un jour de 1859, elle put s’entretenir en grec moderne avec un visiteur, M. Evangélidès ; par sa bouche, un person­nage disant être Botzaris, frère du célèbre patriote grec et ami intime décédé du visiteur, annonça à celui-ci la mort de son fils, survenue en Grèce. Le fait fut ultérieurement reconnu exact.

Le professeur Charles Richet considérait que les cas anciens de Xénoglossie, qu’il a recueillis dans son Traité de Métapsychique, bien que. troublants, ne permettaient pas encore une conclusion ferme ; depuis, Ernest Bozzano a publié un volume (186) entièrement consacré à la xénoglossie et bourré de faits du plus grand intérêt.

Des faits trop résumés perdant beaucoup de leur valeur, je me contenterai de citer un cas relativement récent, qui constitue une démonstration décisive de la réalité de la xénoglossie : c’est celui de Lady Nona.

Au cours de séances expérimentales avec M. Wood, docteur en musique, une jeune fille anglaise cultivée, Rose­mary, avait reçu, par clairvoyance et écriture automatique, des messages et des descriptions relatives au règne du Pharaon Amenhotep III, de la 18e dynastie (1406-1470 avant notre ère), messages émanant d’une personnalité se faisant d’abord appeler Lady Nona (la dame non nommée), et qui, ensuite, déclara avoir été la princesse babylonienne Télika, épouse de ce souverain égyptien.

Lady Nona avait fourni sur les mœurs et les événements de ce règne des détails qui avaient été ensuite trouvés conformes à ce que les documents de l’égyptologie pouvaient permettre d’établir. En particulier, Rosemary avait reçu un « cliché » visuel représentant le Pharaon sur son trône et elle avait précisé des détails de sa physionomie et de son vêtement. Le docteur Wood put vérifier la concordance de cette descrip­tion avec l’effigie du .pharaon conservée au British Museum, où ni lui ni le médium n’étaient jamais allés auparavant, résidant tous deux dans le Nord de l’Angleterre.

L’égyptologue M. Howard Hulme, de Brighton, auteur d’un dictionnaire des hiéroglyphes égyptiens les plus anti­ques, eut connaissance de 1’article publié sur ce cas dans la revue The Two Worlds, du 22 mai 1931, par le docteur Wood et il écrivit à celui-ci pour lui demander si Rosemary avait écrit ou prononcé des mots en langue égyptienne, ce à quoi il lui fut répondu négativement. On oublia cet incident, mais trois mois après, c’était le 10 avril 1931, Rosemary, chez laquelle la clairaudience s’était développée, entendit à la fin

d’une séance quelques syllabes qu’elle répéta et qui furent transcrites phonétiquement par le docteur Wood. Ces syllabes semblaient constituer une phrase d’adieu pour clore la séance. La transcription phonétique fut envoyée sans grand espoir à M. Howard Hulme, qui répondit aussitôt qu’il s’agissait d’une phrase intelligible en pur égyptien ancien, signifiant : « Salué, tu es, à la fin. »

Alors commença une série d’expériences s’étendant sur plusieurs années, et dont les résultats extraordinaires — en avril 1937, 900 phrases avaient déjà été enregistrées — ont été publiés dans deux importants volumes (189, 190) et divers articles et brochures.

A chaque séance, quelques phrases étaient captées auditivement par Rosemary, notées phonétiquement par le docteur Wood, puis expédiées par poste à M. Hulme qui en établissait la traduction. Il faut noter que l’égyptologue n’assistait généralement pas aux expériences et qu’il ne s’est rencontré que trois fois en cinq ans avec Rosemary et le docteur Wood.

Du point de vue linguistique, ces messages permettent une véritable reconstitution de la langue parlée de l’Égypte ancienne : pas une seule personne vivante ne savait jusqu’alors en quoi consistaient les voyelles de cette langue, omises dans le langage écrit par les scribes sur les documents hiéroglyphiques. On pourrait objecter que la prononciation de ces voyelles émane du médium et qu’il n’existe aucun document permettant d’établir une comparaison. Mais ces voyelles ont été employées par Lady Nona couramment et de façon conséquente, en même temps que les consonnes et les constructions grammaticales déjà connues : dans certains cas un mot employé, par exemple, en 1932 ne se représenta plus qu’en 1936, et dans un contexte différent ; or, sa pronon­ciation et son usage grammatical étaient exactement les mêmes.

« Il est donc évident, écrit M. Howard Hulme (190, p. 20), que s’il peut être prouvé que les consonnes sont correctes par leur comparaison avec ce que l’on connaît déjà d’elles, les voyelles inconnues, émises par Nona, doivent l’être également. »

A ce moment, le mode d’expression de la princesse Télika avait évolué et c’est par la bouche de Rosemary endormie quelle parlait la langue égyptienne, « avec la mémé abondance et la même aisance que pour moi l’anglais, dit le docteur Wood ; elle l’a fait des centaines de fois, dans l’intimité de mon cabinet de travail, en trois occasions en la présence de son traducteur, à Brighton ». De plus, le 4 mai 1936, à la demande du docteur Nandor Fodor, un discours de Nona fut enregistré sur disque à l’Institut International de Recherches Psychiques à Londres, lorsque son traducteur n’était pas présent et que ni le médium ni le docteur F.-H. Wood ne savaient d’avance ce qu’elle allait dire ou comment elle allait le dire. « A cette occasion, non seulement elle transmit son message, mais elle fit spontanément des com­mentaires sur des difficultés imprévues qui se présentèrent au moment de l’expérience. »

Ces commentaires spontanés sur des incidents inattendus mettraient en évidence, s’il en était encore besoin, qu’il ne s’agit pas de phrases apprises ou entendues, comme dans le cas de la femme recueillie, étant fillette, par le pasteur : avec Lady Nona », il semble bien qu’on soit en présence d’une personnalité différente du médium et parlant consciemment sa propre langue.

Un incident plus ancien, survenu le 21 novembre 1931, milite dans le même sens et, du même coup, exclut complètement l’hypothèse.de la télépathie entre Rosemary et l’égyptologue, non présent aux séances, il faut le rappeler, et se trouvant à plus de 300 kilomètres du lieu des expériences.

M. Hulme avait adressé au docteur Wood, à titre d’épreuve, une phrase transcrite phonétiquement, sans lui en donner la signification. Le docteur Wood en répéta les syllabes à Lady Nona ». Cette phrase signifiait, comme l’égyptologue le révéla ensuite : « Salut à toi, princesse Nona. » Sans hésiter, celle-ci prononça par la bouche de Rosemary, une phrase qui, le docteur Wood l’apprit plus tard, signifiait : « Protégés nous sommes, c’est en effet établi », et ajouta en anglais : « Je vous réponds, docteur. » Or, cette réponse ne correspondait pas du tout a la phrase de salutations de l’égyptologue. Mais, ce dont celui-ci se rendit compte en recevant le rapport du docteur Wood, le mot égyptien qu’il avait employé dans le sens moins usité de salut, signifiait aussi plus communément protéger.

Lady Nona, en l’interprétant dans le sens le plus usité, avait donc répondu d’une manière conséquente. Cette mépri­se, semblable à celle qui peut se produire entre deux interlocuteurs lorsque l’un d’eux emploie un mot comportant deux sens différents, montre que le médium ne puisait pas télépathiquement la connaissance des mots égyptiens dans la pensée de l’égyptologue.

De plus, Lady Nona avait mis dans ce mot une pronon­ciation employée exclusivement durant la période du Royau­me Intermédiaire, entre 1400 et 1356 avant notre ère, corroborant ainsi son affirmation quant à l’époque de son existence terrestre en Égypte.

Une autre circonstance s’oppose à l’hypothèse de la télépathie, même à grande distance, entre l’égyptologue et Rosemary : M. Howard Hulme a dû chercher pendant plus d’une année le sens de certains sons, kahn, par exemple, et c’est seulement après de laborieuses recherches qu’il découvrit, dans des documents égyptologiques anciens, qu’il s’agis­sait d’une élision de zhayd kâhen, signifiant : dis-je. Ces élisions qui sont caractéristiques du langage parlé, sont fréquemment employées par « Lady Nona », et ont donné beaucoup de mal a son traducteur.

Enfin, un autre fait qui indique que le communicant possède remarquablement la langue de l’ancienne Égypte, c’est la rapidité avec laquelle il la parle : alors qu’il fallut 20 heures à M. Howard pour préparer 12 questions, Nona y répondit dans une séance du 16 août 1935 par 66 phrases, en une heure et demie, et encore faut-il déduire de ce temps celui employé par l’égyptologue pour poser les questions.

* *

Dans ce cas, comme dans celui de « Patience Worth », on n’est pas en présence d’une manifestation dont on puisse dire qu’elle établit avec certitude une identité personnelle ; mais elle met en lumière l’impossibilité de l’attribuer à une élaboration subconsciente. Comme l’a fait observer Lombroso, « lorsqu’un médium en trance parle chinois ou polynésien devant des personnes ignorant ces langues, on ne peut avoir recours à l’inconscient, lequel ne peut élaborer que des connaissances acquises qui, dans ce cas n’existent chez aucun des assistants » (125, p. 336).

Quant aux thèses de l’Inconscient collectif et de la Mémoire cosmique, elles se heurtent ici aux mêmes objections qui ont été formulées à propos des cas précédents.

Force est, semble-t-il, de prendre en considération l’hypo­thèse d’une personnalité spirituelle consciente, autonome, indépendante du médium et des expérimentateurs.

Les correspondances croisées

Parmi les faits sur lesquels s’appuie l’hypothèse spirite pour démontrer l’indépendance spirituelle des personnalités communicantes, établir qu’elles sont bien autonomes, indépendantes du médium et possèdent une mentalité caracté­ristique et des connaissances bien distinctes, les correspon­dances croisées (cross-correspondances) bénéficient d’une grande considération.

Voici en quoi consiste ce phénomène : plusieurs médiums à l’insu les uns des autres, reçoivent des fragments de messages, incompréhensibles isolément, mais dont le rapprochement met en évidence l’unité et l’idée intelligente qui les relient. Dans d’autres cas, il s’agit d’allusions diverses, revues par différents médiums, à une idée centrale, à un thème commun.

Ce système aurait été inventé en 1901, par la personnalité posthume de Frédéric Myers, un des fondateurs de la S.P.R., qui, de son vivant, était préoccupé par la recherche des moyens de répondre à l’objection de la transmission télépa­thique. Les résultats obtenus par ce procédé signifieraient qu’une intelligence unique utilise des instruments différents et complémentaires pour transmettre un message cohérent complet. Les communications complémentaires de ce genre, présumées comme émanant de Myers, constituaient de véritables rébus jusqu’au moment où leur comparaison a permis d’en reconnaître le sens, conforme à la pensée et à la culture intellectuelle du défunt chercheur. En voici un exemple, emprunté à une intéressante relation de Michel Sage (173) : « Le 16 avril 1907, Mrs. Holland, dans l’Inde, écrivit ces mots : « Maurice, Morris, Mors. Et avec cela l’ombre de la mort sur lui et son âme abandonna ses membres. »

Les deux noms propres Maurice et Morris qui ne sont que deux orthographes différentes du même mot, se prononcent à peu de chose près comme nous prononçons le mot latin « mors » qui est écrit en troisième lieu, et ils ne sont évidemment que deux essais malheureux d’écrire ce dernier.

Le lendemain, pendant le stage intermédiaire entre l’état de « trance » et l’état de veille, Mme Piper dit : Sanatos, puis Tanatos, deux barbarismes qu’on interpréta sur le moment comme représentant Thanatos, le mot grec qui signifie mort, prononcé à la façon des Grecs modernes. Le 23 et aussi le 30 du même mois d’avril elle dit à haute voix et correctement : thanatos et le répéta deux fois à la dernière occasion.

Le 29 du même mois d’avril, c’est-à-dire le jour précédant la dernière apparition du mot thanatos sur la bouche de Mme Piper, Mrs Verral avait produit un écrit automatique composé de courtes citations empruntées aux poètes Landor, Virgile, Shakespeare et Horace, toutes se référant à la mort. Elle dessina la forme majuscule du « delta » de l’alphabet grec, puis un signe qui rappelait l’as de trèfle. Or, le « delta » grec avait pour Mrs Verral une association spéciale avec la mort provenant de ce qu’étant étudiante elle avait un instant cru à tort que les anciens grecs inscrivaient cette lettre sur une coquille pour condamner un homme à mort. L’as de trèfle était l’une des deux cartes fatales dans le club des suicidés dont parle Stevenson. Il y avait donc une quinzaine d’allu­sions bien claires à l’idée de la mort, mais le mot lui-même n’était pas écrit, suivant un plan souvent constaté dans l’écriture de Mrs Verral et qui semble bien remonter à Myers. Il s’agissait donc d’une triple correspondance croisée ayant pour objet le mot « mort ».

* *

Dans l’exposé des manifestations de Jean Quélavoine (voir chapitre XII), on a pu remarquer une sorte de « message » complémentaire du même ordre, l’incident du livre de chant, dans lequel l’allusion au chant a été faite sous la forme d’un phénomène physique spontané.

Dans le cas suivant, la « correspondance croisée » tend aussi à identifier, par une série de symboles, la personnalité d’un décédé.

Mrs Forbes (amie de Mrs Verral) avait écrit auto­matiquement un message dans lequel son propre fils défunt, Talbot Forbes (officier de l’armée anglaise, mort au Transvaal) l’informait de ses intentions d’essayer un autre sensitif écrivant automatiquement, ceci dans le but de fournir de nouvelles preuves en confirmation des messages qu’il avait dictés par le moyen de sa mère. Il ajouta qu’il devait s’en aller afin de tenter, de concert avec Edmond Gurney, autre fondateur défunt de la S.P.R., d’influencer dans ce sens le sensitif auquel il venait de faire allusion.

Or, à la même date, Mrs Verral écrivait les phrases suivantes, dénuées pour elle de toute signification : « Prends garde aux signes dont je fais. ma signature. Les sapins plantés dans le jardin grandissent vigoureusement. » Ces phrases furent soussignées par un paraphe en forme de cinq pointes irrégulières sous lequel furent tracés trois dessins représentant une épée, un cor de chasse suspendu à un clou et une paire de ciseaux ouverts.

Du temps s’écoula avant que les médiums s’aperçussent des rapports de coïncidence et de concordance existant entre les deux messages et qui avaient été d’abord regardés comme non concluants. Peu après, il fut observé que dans le jardin de Mrs Forbes, se trouvaient, quatre ou cinq petits sapins, nés de semences qui avaient été envoyées à cette dame par son fils, quelques jours avant sa mort, et qu’elle avait l’habitude de désigner sous le nom d’arbres de Talbot. On s’aperçut également que le régiment auquel appartenait le fils de Mrs Forbes avait pour insignes un cor de chasse suspendu à un clou et surmonté d’une couronne.

Quant aux ciseaux ouverts (symbole mythologique de la vie brisée avant l’heure, puisqu’ils sont l’instrument fatidique qui apparaît dans les mains des Parques), ils représentaient d’après Bozzano la mort violente de Talbot Forbes dans la fleur de l’âge.

Bozzano attribue une grande importance théorique à la forme symbolique de ce message, car, écrit-il, « par la télépathie on aurait dû obtenir le nom de Talbot Forbes, mais jamais trois dessins symboliques d’une signification précise, bien qu’indéchiffrables, pour celui qui recevait le message. Cette dernière circonstance en parfaite harmonie avec les buts que se proposait l’esprit communicant, et par suite desquels il fallait rendre fort compliquée la transmission du message, démontre nettement la présence effective, sur place, d’une individualité pensante indépendante, qui agissait de sa propre initiative, avec l’intention d’obtenir des résultats positifs ignorés des médiums, et très importants au point de vue de l’investigation scientifique des manifestations métapsy­chiques ; c’était justement ce résultat qu’il était nécessaire d’atteindre — et qu’a effectivement atteint l’esprit en ques­tion ».

Mais tous les investigateurs ne souscrivent pas à ces conclusions de Bozzano, ni à celles du docteur Geley, lorsqu’il écrit (192) : « Tout se passe, dans les correspon­dances croisées, comme si une intelligence autonome, indé­pendante des médiums et des expérimentateurs, avait pris l‘initiative des expériences, les avait préparées, dirigées et réussies. »

En ce qui concerne les messages reçus par Mrs Vernal, on a fait remarquer que celle-ci était la femme d’un éminent professeur de grec de l’Université de Cambridge, elle-même latiniste et helléniste distinguée, écrivant le plus souvent en latin et en grec. « Combien on aurait eu plus d’assurance, écrit Sudre (182, p. 275) si tous ces messages littéraires grecs étaient venus par le seul canal d’un médium inculte comme Mme Piper ! » D’après Sudre, Mrs Verral, avec son admiration pour Myers, sa culture classique raffinée et ses facultés métapsychiques, devait être pour beaucoup dans la produc­tion des correspondances croisées. Appliquant à ces phéno­mènes la théorie polypsychique, celle de l’être collectif créé par association d’inconscients « dont le prototype est dans les tables parlantes », il explique les messages complémentaires du groupe Myers par « une télépathie concertante où Mrs Vernal était a la fois le compositeur et le chef d’orchestre inconscient ».

Cependant Mrs Vernal mourut en 1916 et les correspon­dances croisées continuèrent néanmoins, et le personnage de Gurney,par exemple, se manifesta encore, avec les mêmes caractères. « Cela prouve, dit Sudre (182, p. 277), la tendan­ce à persévérer dans l’être de ces personnages collectifs, dès qu’ils sont créés et se sont fortifiés par la collaboration d’un assez grand nombre de personnes. Ils utilisent des empreintes qui ne disparaissent pas, nous le savons, avec l’individu corporel. »

Et il ajoute : « L’hypothèse spirite classique est tellement puérile devant la psychologie, qu’on ne saurait s‘arrêter à une objection de ce genre, sinon pour y trouver, par une analyse plus poussée, des confirmations nouvelles. » Sans doute, l‘idée spirite revêt souvent des formes puériles, sans doute la fréquentation de certains milieux ignorants et crédules inspire souvent à l’investigateur d’esprit rationaliste, sympathie et considération pour les différentes théories où la subcons­cience joue le rôle principal. Mais, devant la thèse de l’être collectif non plus temporaire, comme dans les tables parlan­tes de Victor Hugo à Jersey. — mais survivant à la mort du médium cultivé qui en « était a la fois le compositeur et le chef d’orchestre inconscient » — le même investigateur d’esprit rationaliste est obligé de se dire que la thèse de la Survivance avec la Conscience n’est ni plus ni moins puérile que celle de la survivance sans conscience « d’empreintes spirituelles qui ne disparaissent pas ». Il ne s’agit pas de discuter sur la puérilité relative des thèses en présence, il s’agit de savoir quelle est celle qui recouvre le mieux tous les faits.

* *

Avec le médium George Valiantine, de New York, on a constaté des phénomènes de « voix directe » (voir chapi­tre XIV, Voix directes) s’exprimant — parfois cinq voix se faisaient entendre simultanément — en langues différentes : irlandais, écossais, dialecte indien, allemand, italien, espagnol, russe. Ces voix traitaient des sujets les plus variés et les plus élevés, par exemple, de la physique atomique au cours dune séance de Valiantine — homme de peu d’instruction — avec Marconi.

Le docteur Naville Whymant, professeur à l’Université d’Oxford, qui est une autorité dans les langues orientales, a eu d’importantes conversations en langue chinoise avec une « voix » disant être K’ung-fu-T’zu (Confucius). La pronon­ciation était correcte et les inflexions caractéristiques. Le communicant donna des détails ignorés même de la plupart des orientalistes et, à la demande du docteur Whymant, il fournit une version corrigée et compréhensible du troisième poème des Shih King, écrits par Confucius, et dont, par suite des déformations des copistes, la version la plus claire jusqu’ici était encore très obscure.

La « voix » employait des métaphores qu’on trouve très souvent dans les ouvrages des auteurs classiques chinois très anciens, mais qui ne sont plus en usage chez les Chinois modernes ; elle s’exprimait dans un dialecte abandonné depuis très longtemps en Chine. La professeur Whymant ne pouvait pas affirmer nettement qu’il s’agissait de la langue phonétiquement parlée du temps de Confucius, il y a 2.400 ans, puisque personne ne connaît exactement quelle était l’inflexion du langage parlé en Chine à cette époque reculée. Mais on a pu sélectionner douze sons vocaux dont on peut affirmer comment les auraient prononcés les Chinois contemporains de Confucius. Or, la « voix » employait précisément ces sons vocaux anciens.

Lors d’une absence du professeur, malade, la « voix » disant être Confucius essaya de parler anglais, mais ne put le faire que très incorrectement, ce qui n’aurait pas dû se produire si le communicant avait été une personnification subconsciente du médium, dont l’anglais était la langue maternelle. En une autre occasion, la voix fut enregistrée sur un disque de gramophone, en l’absence de l’orientaliste et de toute autre personne connaissant le chinois (186, XXXIe cas)

* *

Or, ces manifestations de Confucius en langue chinoise par « voix directe » ont eu une suite, sous la forme de « corres­pondances croisées » grâce à l’utilisation simultanée de trois médiums : Valiantine à New York, Mrs Margery Crandon à Boston et le docteur Hardwick à Niagara Falls (186, XXVe cas).

Au cours d’une de ces séances, l’organisateur supposé de ces expériences, Walter, frère décédé et « guide » du médium Margery, proposa à M. Malcolm Bird de lui donner une phrase courte et bien nette, qu’il transmettrait à ses collaborateurs chinois, qui à leur tour la traduiraient en chinois au moyen du médium docteur Hardwick à Niagara Falls, à 500 milles de Boston.

M. Malcolm Bird proposa le proverbe : Pierre qui roule n’amasse pas mousse ; «Walter » accepta et en même temps, à Niagara Falls, le docteur Harwick, en trance, produisit quatorze caractères chinois disposés en deux colonnes, que l’on confia au professeur Lees aux fins de traduction. Voici ce qu’ils signifiaient : Un précepteur qui voyage n’amasse guère de l’argent.

Cette interprétation libre, conforme à la mentalité chinoi­se, du proverbe occidental proposé, est très significative ; elle semble propre à exclure l’hypothèse de la télépathie et de personnifications subconscientes et à appuyer celle de l’indé­pendance des personnalités communicantes — indépen­damment du fait qu’elle a été écrite en caractères chinois, dans un lieu éloigne et par un autre médium, lequel ignorait à la fois la langue chinoise et le proverbe proposé a Boston.

Le docteur Richardson a fait observer à propos de ces manifestations (Psychic Research, 1928, p. 496-502) que les expériences avaient été entreprises avec la supposition que « Walter » n’ était autre qu’une « personnification » subconsciente de Margery.

« Mais comment, dit-il, persister maintenant dans cette hypothèse, si Walter continue à se manifester même lorsque Margery est éloignée de huit milles ? Si, en de telles conditions, il est capable d’étendre son propre contrôle sur Margery éloignée, ainsi que sur deux médiums se trouvant à une distance plus considérable encore ? Comment conserver ce point de vue, alors que chiffres, diagrammes, pensées, exprimés en anglais et énoncés à Boston sont traduits, quelques minutes après, en langue chinoise, à la distance de centaines de milles ? …Si cela ne s’est pas réalisé par l’œuvre de Walter, aidé par des entités spirituelles chinoises, quelle pouvait donc être la personnalité qui se communiquait ? Nous posons ce point interrogatif, non pas que nous ayons une prédilection pour l’hypothèse spirite, mais parce que nous sommes mus par l’honnête désir de connaître quelle autre alternative pourrait être conçue dans le but d’expliquer les faits… »

L’évolution des hypothèses

On doit constater que les hypothèses opposées à l’interpré­tation spirite ont été obligées, par les faits, de subir une évolution considérable, et de prendre un caractère au moins aussi fantastique, par rapport aux conceptions scientifiques actuelles, que l’hypothèse de la Survivance spirituelle.

En 1899, chez le professeur Flournoy, Hélène Smith, en état somnambulique, après avoir eu la vision d’un village sur une hauteur couverte de vignes et d’un petit vieux auquel un paysan faisait des courbettes, prit un crayon, puis une plume, et écrivit lentement, d’une écriture inconnue : Chaumontet Syndic. Puis elle eut de nouveau la vision du village, et Flournoy en ayant demandé le nom, elle vit un poteau indicateur et épela Chessenaz ; Flournoy put apprendre encore que c’est en 1839 que le petit vieux était syndic.

Flournoy découvrit tout d’abord que Chessenaz existait ; c’était un petit village de la Haute-Savoie, à 26 km de Genève, à vol d’oiseau.

A une autre séance, Hélène Smith eut la même vision, mais le syndic était cette fois-ci accompagné d’un curé ; Flournoy demanda s’il ne pourrait pas écrire son nom, ce qui fut fait, à la séance suivante : Burnier salut.

L’enquête de Flournoy auprès de la mairie de Chessenaz confirma que pendant les années 1838 et 1839, le syndic de ce village était M. Jean Chaumontet et que M. André Burnier y avait été curé de 1824 à 1841. Le maire communiqua même au professeur un mandat de paiement, trouvé dans les archives portant les deux signatures des deux personnages ; Flournoy a reproduit celles-ci dans son ouvrage (193, p. 409) auprès des signatures tracées par la main d’Hélène Smith.

Flournoy pensait qu’il s’agissait d’un cas de cryptomnésie, c’est-à-dire qu’il supposait que Mlle Hélène Smith avait vu une fois ou l’autre des documents signés du syndic ou du curé de Chessenaz ; et que c’étaient des clichés visuels oubliés, qui reparaissaient en somnambulisme, et lui servaient de modèles lorsque sa main retraçait automatiquement ces signatures.

Hélène Smith protestait et déclarait que, bien qu’elle eût fait des excursions en Haute-Savoie, elle n’avait jamais entendu parler de Chessenaz ni de ses habitants et, ajoutait-elle, « pour ceux qui pourraient supposer que j’ai pu passer à Chessenaz sans m’en souvenir, je m’empresserai de leur objecter et de leur affirmer que même y serais-je allée, je n’aurais point été y consulter les archives pour y apprendre qu’un syndic, Chaumontet, et un curé, Burnier, y avaient existé à une époque plus ou moins reculée ».

A une autre séance, le curé revint certifier son identité par une attestation en due forme. « Cette calligraphie appliquée, écrit Flournoy, est bien celle d’un curé campagnard d’il y a soixante ans, et, à défaut d’autre pièce de comparaison, elle présente une indéniable analogie de main avec l’acquit authentique de paiement. »

Flournoy laissait au lecteur le soin de conclure comme il lui plairait au sujet de ce cas « où l’hypothèse spirite et l’hypothèse cryptomnésique subsistent l’une en face de l’autre, immobiles comme deux chiens de faïence, se faisant les gros yeux ».

Puisqu’on peut penser qu’Hélène Smith a été à Chassenaz, et qu’elle l’a oublié, et bien qu’il serait fort étrange qu’elle y eût pris connaissance de documents d’archives vieux de 60 ans, on ne peut pas reprocher à Flournoy de pencher pour la cryptomnésie et de déclarer, conformément au principe méthodologique de l’économie des hypothèses, « qu’en cas d’incertitude et d’obscurité, il est légitime et d’une saine raison de donner la préférence (au moins provisoirement, jusqu’à démonstration contraire) aux bonnes vieilles explica­tions ordinaires et normales, qui ont fait leurs preuves, plutôt qu’aux hypothèses extraordinaires et supranormales ».

Mais on doit constater que, devant la complexité des faits étudiés, et pour éviter l’interprétation spirite, les « bonnes vieilles explications ordinaires et normales » ont dû, depuis Flournoy, faire place aux « hypothèses extraordinaires et supranormales » d.e la Télémnésie, de la Mémoire cosmique, et des êtres collectifs polypsychiques. Ce simple fait suffit à montrer tout le chemin parcouru déjà dans la prospection du supranormal et l’importance des modifications qu’il faudra nécessairement introduire dans le système des connaissances actuelles, même en s’en tenant rigoureusement au « principe de l’économie des hypothèses ».

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1 « Les experts des Royal Airship Works de Bedford qui lurent plus tard les notes de la séance, les qualifièrent de « document stupéfiant », plein de détails confidentiels. Il y eut même des gens en Angleterre qui demandèrent qu’on arrête Mrs. Garrett pour espionnage, tant était précis son apparente connaissance de la mécanique des dirigeables. Mais en vérité, elle ne savait rien de tout cela. » (Docteur Martiny, président de l’I.M.I., R.M., no 16, décembre 1969 et année 1970.)