Dominique Casterman : Philosophie non dualiste et actions positives


16 Dec 2015

La philosophie non dualiste conçoit qu’il n’y ait qu’un seul Sujet conscient : la Conscience Témoin, Le Connaisseur, le Spectateur du spectacle. Ce que nous considérons d’habitude comme notre corps, notre esprit, ceux des autres, le monde, etc., tout cela fait partie du spectacle éphémère, changeant, auquel il ne faut surtout pas s’identifier puisque, dans cette optique, le Connaisseur n’est pas dans le monde mais c’est le monde qui est dans le Connaisseur. Il n’y a pas de preuve objective si ce n’est que l’expérience consciente est indiscutable : la Conscience Présence donne vie à tout ce qu’elle perçoit, mais Elle-même jamais n’est perçue. Le sommeil profond ne constitue nullement une expérience d’absence de conscience, c’est simplement une expérience d’absence d’objet susceptible d’être reçu par la Conscience.

Pour autant, devons-nous négliger l’esprit, la conscience individuelle, le corps, les joies, les souffrances, les désirs, etc., sous couvert que seul la Conscience est, et que le spectacle n’est que pure illusion ? Je ne le pense pas car il n’y a pas de séparation entre le Spectateur et le spectacle. La grande illusion c’est l’idée même de séparation ; et la conscience vécue de l’unité du Sujet et de l’objet à des incidences considérables sur les pensées et les comportements. À cet instant de lucidité totale, l’être humain est, autant qu’il est possible de l’être, positivement constructif car il est l’expression toujours renouvelée de la Vie qui, dans sa force d’action globale, surmonte et concilie tous les opposés. Pour cette raison, nous pouvons penser que le bien et le mal égaux devant la Conscience universelle – ne le sont pas dans notre psychologie concrète. Pourquoi ? Parce ce que l’être humain qui a réalisé l’union indéfectible du Connaisseur et du connu (les multiples objets de la connaissance) est entièrement déterminé par la Vie qui l’habite ; et ce flux d’énergie, s’il n’est pas dévié par un mental dissipé et mécanisé par les conditionnements, s’exprime irrésistiblement dans l’action qui est spontanément constructive.

Il ne s’agit pas ici d’une attitude moraliste conditionnée par une vision erronée indiquant une illusoire supériorité du bien sur le mal, c’est simplement l’expression d’une activité, d’un comportement, d’une pensée, adaptés, c’est-à-dire utiles et cohérents, aux regards des circonstances présentes. L’homme réalisé est simplement éminemment pratique comme la Vie ou la Conscience qui le détermine prioritairement. Il est vide de réactions liées à la mécanicité des vues erronées du mental dualiste. Il n’est pas positif dans ses actions par préférence partiale, mais bien plus simplement parce que son choix est entièrement déterminé suivant l’irréversibilité du processus qui émane du tréfonds de la conscience pour s’exprimer dans l’action, laquelle n’a d’autre solution que d’être cohérente, adéquate et utile aux circonstances.

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Auteur essayiste et chercheur autodidacte, mes premiers écrits, qui datent de presque 30 ans, furent d’emblée une tentative en vue d’indiquer une complémentarité possible entre science et spiritualité, sans perdre de vue les conditionnements à la base des comportements de l’être humain. L’objectif étant d’entrevoir l’avènement possible d’un nouvel humanisme débarrassé, progressivement, des habitudes de penser selon les seules règles du dualisme.

Donner une vue d’ensemble ne va pas sans difficulté car il s’agit de tirer la substance d’un certain nombre de disciplines de façon à aboutir à un système cohérent et utile d’où émerge l’idée d’une unité fondamentale.

La réflexion sur les relations entre science et spiritualité est un domaine très évolutif. Tandis que le comportement humain est complexe, imprévisible, conflictuel et égotiste mais, heureusement, améliorable. Je reste convaincu, avec la même foi qu’il y a 30 ans, qu’une approche complémentaire entre raison et intuition, entre physique et métaphysique, voire entre science et mystique, se renforcera dans le futur, et projettera quelques lumières nouvelles sur notre condition humaine.

Les développements récents des sciences, y compris les sciences humaines, n’indiquent rien qui soit, à mon sens, en contradiction avec une vision globale de la nature de la réalité.

Très tôt dans la vie, je me suis intéressé aux questions fondamentales que l’existence pose à la Conscience humaine en proie à l’incertitude, ainsi qu’à la nature de la réalité. Ma première rencontre avec Robert Linssen date de 1975. Il m’initie à une vision globale de l’univers et à l’idée d’une unité fondamentale présente et agissante à la base de toute chose. Depuis lors, j’approche quotidiennement les philosophies et disciplines spirituelles non-dualistes confrontées aux modèles scientifiques éprouvés par des décennies de recherches. L’objectif est d’intégrer, autant que possible, en une seule vision, l’Homme, l’Esprit et la Matière.