Noutte Sunier : Poèmes


24 Jun 2012

Litanie blanche par Noutte Sunier

(Revue Spiritualité. No 39-40. Février-Mars 1948)

(Adaptation libre d’un hymne sanskrit à Sarasvatî)

Déesse blanche assise en bordure des fleurs,

Couronnée de jasmins, parée à la ceinture

D’une rose de lys sur le lin sans couture

De ta robe tombée des lunaires pâleurs;

Déesse blanche admise au fleuve immaculé

Qui coule des sommets du ciel pour te distraire

Et répandre sur toi ses onguents parfumés,

Tu passes dans tes doigts les perles du rosaire

Dont les huit chants sacrés désignent le salut.

Sur ton front le santal verse une huile odorante,

Un roi musicien prépare sous sa tente

La viole de nacre et l’archet qui t’ont plu;

Tes colliers transparents chantent l’âme des mers,

Tes bracelets d’ivoire ont la fierté sauvage

Des éléphants divins, émigrants du désert,

Et tes bagues de lait sont l’oubli des nuages.

Les démons et les dieux disent ta majesté

Et les sages penchés sur ta face éternelle

Rythment le vœu secret de ton nom qu’ils épèlent

Pour défaire le nœud de l’immortalité.

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L’Inviolable Poème par Noutte SUNIER

(Revue Spiritualité. No 46-47. Septembre-Octobre 1948)

J’inscrirai l’épigraphe au fronton de ta pierre

et je bâtirai l’édifice avec ton granit dur,

ETRE, dont tourne à l’infini la lave palpitante

comme un limon de sang que la chair n’étreint pas.

Car le col fume et sa substance puise en l’homme

sa perpétuité.

Quand de la chair l’invisible portée trace vers l’horizon

son jet rouge et brûlant,

le sol frémit et son événement se transfigure en songe

qui demeure par delà les écroulements de ses internes forges.

Le miracle de l’être est de s’assouvir de ruines

et de prolonger les rythmes de son chant

sur le souffle expirant des races.

Je t’inscrirai, vision de ces nuits d’audace,

où l’aveugle trébuche sur tes voies, Éternité !

Toi, vertige de l’équilibre au sein du temps instable

qui te poursuit malgré les morts !

Il t’a plu de t’incarner dans l’absolu du sacrifice

et d’éployer tes bras d’amour, face aux siècles,

dans la fulgurante clameur d’un ciel que déchirait

l’éclair affolé de la honte,

Il t’a plu de cacher l’aimant de ta splendeur;

mais le soleil de ta beauté nous fascine

et son rayonnement œuvre dans l’inconnu de nos ferveurs

où l’élan hésite en conquérant sa joie.

Je te proclamerai, incertitude, qui telle un diamant creuses

l’obscurité des vides et des rencontres

sur le chemin fatal et lent de notre extase !