XXX : Pour s’asseoir à la table de la maison des dieux


12 Dec 2014

(Revue Être. No 1. 16e année. 1988)

« Ne tenir à rien de ce qui a un nom. » (Eckhart)

S’il faut croire la Genèse 1/28 l’homme aurait reçu de l’Éternel la Mission de remplir la terre et de la soumettre. Dès aujourd’hui, il est possible de dire que l’homme a parfaitement réussi ce qui lui était demandé. Nous devenons si nombreux que bientôt il n’y aura plus de place là où il sera encore possible à l’homme de vivre. Quant à la soumission de la terre ; l’altération de l’air, des sols et des eaux et le pillage des faunes et des flores sont tels que quantité d’espèces ont disparu ou sont en voie de l’être.

Dans un souci de perfection, à n’en pas douter, nous sommes allés au-delà même de ce qui nous était demandé. Nous avons réduit en esclavage et parqué dans des réserves ou des camps ceux qui se trouvaient avoir éveillé, du seul fait de leur appartenance à une ethnie ou une éthique différentes, la haine des plus puissants qu’eux. Nombre ont pour cela été exterminés sciemment.

Sur un point nous sommes devenus l’égal de Dieu. En cela quoi d’étonnant ; ne sommes-nous pas créés à son image ? Comme lui, nous possédons désormais la maîtrise de la mort et pouvons en un instant faire de la petite planète bleue un astre mort, noir et radioactif.

Lorsque par le moyen de l’informatique et des cartes électroniques, la moindre de nos actions sera enregistrée et qu’ainsi il sera possible de connaître tout sur tous, là encore nous serons comme Dieu à qui rien n’échappe, pas même le nombre des cheveux en place sur nos têtes (Mat. X.30).

Enfin quand les biogénéticiens auront réussi à créer du vivant à partir de l’inerte, ils y travaillent dur, alors nous pourrons proclamer que nous sommes devenus Dieu, bien que lui soit paraît-il parti de rien pour faire sa création.

Nous pouvons, sans plus attendre, adresser le télégramme suivant au Très-Haut : Texte : Mission accomplie – Terre en voie surpeuplement – Domination terminée – Sommes maîtres de la mort – Création de la vie en cours – Attendons nouvelles instructions – Extrême urgence – Alléluia – Fin – Signé : le Roi de la Création (A la manière de Christiane Rochefort – lettre publiée en 1972).

Déjà se lève comme toujours dans la même situation, la cohorte de ceux qui, comme les pleureuses antiques, font entendre le « sanglot de l’homme blanc » et se lamentent « au bord du gouffre » sur la « défaite de la pensée » ou « l’âme désarmée » (Entre parenthèses : titres d’ouvrages récents d’auteurs désen­chantés). Mais pas plus que ceux qui, tel Aulu-Gelle au III siècle, déploraient le relâchement des mœurs, la perte du civisme, la corruption des gouvernants, la surpopulation et la violence à Rome, n’ont en quoi que ce soit retardé ou empêché la chute de l’Empire, nos intellectuels, toujours prêts à enfourcher le Pégase à la mode de peur de rater le dernier métro de l’Histoire, ne changeront rien au sort de l’Occident dans sa marche actuelle vers sa totale confusion.

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Il en est des institutions humaines de toute nature, que le temps amène à se scléroser, à se pétrifier, comme des (pla­ques continentales de la croûte terrestre. Leurs affrontements créent des tensions grandissantes jusqu’à ce qu’il se produise soudain une rupture brutale qui d’un côté va se manifester par ce qu’on appelle des tremblements, des soulèvements, des érup­tions ou des effondrements et de l’autre par ce qu’on nomme des guerres, des révolutions ou de la subversion. Tout cela parce que, dans un cas comme dans l’autre, tout aboutit fina­lement à des rapports de forces qui entraînent contraintes et ruptures. Dans les deux cas, on peut prévoir ce qui arrivera et en général où cela se produira, jamais quand, ni comment cela adviendra, encore moins ce qui en résultera.

En attendant, on peut toujours promettre le bonheur et le paradis non pour un ici maintenant, mais pour un ici ou un ailleurs on ne sait quand. De toute façon ça n’engage à rien et aide à supporter sa condition présente en permettant à ceux qui promettent ce bonheur ou ce paradis de vivre relativement tranquilles, du chef politique ou gourou d’importation du coin. « Si vous saviez comme vous serez heureux quand vous serez guéri. En attendant continuez à croire en moi et à mes promesses ! »

Là n’est pas notre problème lequel demeure inchangé.

Est-il possible d’atteindre en cette vie qui est notre, ce qui en serait l’accomplissement et ce faisant lui donnerait son plein sens ?

Mais déjà on entend la clameur de ceux qui ne sauraient admettre une autre attitude que l’entière soumission aux nor­mes collectives qu’ils ont établies, dénonçant ici un indivi­dualisme élitiste anarchique. D’autres vont dire qu’il s’agit là d’une position on ne peut plus orgueilleuse et que c’est outrager Dieu que de faire fi des moyens de salut offerts par ceux-là même qui prétendent au privilège exclusif de la représentation divine sur la planète Terre. La prétention à l’autonomie inté­rieure ne saurait être que démoniaque, disent-ils.

Notre propos n’est pas de nous pencher, non plus, sur le passé dont nous ne connaissons d’ailleurs que ce que nous pou­vons en savoir par les seuls objets et documents qui nous sont parvenus, et que nous allons ensuite interpréter selon l’optique dominante du moment ou la nôtre, en sachant bien que toute organisation humaine qui arrive au pouvoir commence par éliminer, occulter et falsifier tout ce qui serait contraire à son image de marque, et gênerait le développement de sa puissance, et par accaparer, récupérer et controuver, c’est-à-dire fabriquer de toutes pièces, ce qui peut au contraire la « valoriser », comme on dit aujourd’hui. En cela rien qui ne soit contraire à la nature humaine et par là, à l’Histoire, « ce riche trésor des déshonneurs humains » pour reprendre le mot de Lacordère. Et puis comment pourrait-on entraîner l’adhésion du plus grand nombre possible si chacun retrouvait, en ceux qui veulent le conduire, ou qui lui sont donnés comme les meilleurs à honorer, à imiter, voire à qui s’identifier, ce qu’il est lui-même ? 1 Voilà pourquoi toutes les organisations se veulent, comme la femme de César, au-dessus de tout soupçon, alors qu’étant établies et régies par des hommes, qui eux sont par nature, capables du meilleur et du pire, elles charrient forcément l’un et l’autre. Voilà pourquoi également le mensonge, la duplicité et l’hypocrisie feront toujours partie des moyens de gouver­nement en place afin de faire croire que : « Ce qui n’est pas moi est moins bien que moi ».

Il ne s’agit pas de rejeter tout ce sans quoi aucune civi­lisation n’est viable, à savoir les croyances, les règles et l’orga­nisation qui en assure le maintien, la défense et la transmission, mais d’en reconnaître la relativité, l’imperfection et le masque nécessaire, afin d’échapper à son attirance et de s’en affranchir intérieurement ; ce qui reste facile et légitime lorsqu’on voit à quels résultats l’humanisme prométhéen a abouti en ces temps actuels.

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Jusqu’à présent tout ce qui nous a été proposé, voire imposé, comme vérités et moyens pour le salut de l’humanité, n’a pas empêché la faillite générale et l’impasse auxquelles nous sommes arrivés aujourd’hui. Tous les grands desseins et les nobles buts humains ont fini, à partir du moment où on a cherché à les imposer à tous, et par là, forcément à éliminer ceux qui y étaient contraires, par entraîner l’utilisation de la torture, de la terreur et du massacre et faire que les victimes de la veille, deviennent à leur tour des bourreaux, une fois parvenus au pouvoir. Il ne s’agit pas de se dérober en cherchant un bouc émissaire quelconque, en disant que la faute en revient à tel ou tel esprit, église, personnage, peuple, classe ou parti 2. L’explication reste trop facile. Nous ne voulons voir en nous que le beau côté des choses, une seule face de Janus, le mal ne pouvant lui exister qu’à l’extérieur de soi ou de l’organisation (milieu, église ou parti) auxquels nous appartenons. Bien sûr, on admet pour soi des imperfections, des infractions à la règle, mais quand il s’agit de la reconnaissance de ce qu’on est en profondeur, on plaide toujours : « non coupable votre Honneur ».

Il ne s’agit pas ici de se livrer à une autocritique, ou une confession publique, mais de reconnaître en soi ce qui demeure encore dans l’ombre pour le voir simplement et ensuite l’admet­tre sans culpabilisation plus ou moins malsaine, et, en se récon­ciliant avec soi-même, pouvoir se trouver non plus écartelé intérieurement, séparé des autres et du monde, mais réunifié se voyant « ni ange, ni bête, mais (sachant) qu’à vouloir faire l’ange on fait la bête », comme le dit Pascal.

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Dès ses origines, l’être humain a imaginé des forces célestes bénéfiques représentées par un dieu, un esprit ou un héros en lutte contre des forces telluriques maléfiques, elles aussi figurées par un dieu, un esprit, un homme monstrueux ou un animal fabuleux, avec à la fin le triomphe du bien sur le mal, de la lumière sur l’ombre, le vaincu étant soit détruit, soit enchaîné, ne pouvant plus ainsi s’opposer à la venue du bonheur, au moins pour mille ans 3. On retrouve toujours la même dualité fondamentale du bien et du mal, inférente à notre logique, formée à l’école d’Aristote, et suivant laquelle le bien reste le bien, le mal est le mal, il n’y a qu’un seul choix ; soit le bien, soit le mal et il n’est pas possible que le bien soit à la fois ce qu’il est et son contraire, le mal également. Or une même chose peut être bénéfique, néfaste ou neutre. Tel pro­duit absorbé à dose insuffisante n’agit pas, à dose convenable il aide à la guérison, à dose excessive il peut être mortel.

Dans les trois cas la nature du produit est restée identique en soi, ni bonne, ni mauvaise, seule la quantité utilisée a varié. Seul l’excès constitue ici ce qui est mauvais et ce choix dépend de l’homme. Il ne saurait exister en soi ni bien ni mal absolus, non plus qu’un bien sans mal, ni de mal sans bien, seulement des excès dans un sens ou dans l’autre de telle sorte que ce qui semble un bien pour les uns, peut constituer un mal pour les autres 4.

L’excès dans un sens en entraîne automatiquement un autre dans le sens opposé qui amènera l’annihilation du pre­mier à plus ou moins long terme inéluctablement. L’excès porte en lui-même les germes de sa propre destruction. Or l’excès dépend de l’action humaine qui presque toujours reste mue par la passion et non par la sagesse laquelle ne peut jamais être qu’individuelle. « La vertu qui réside au milieu », ou la voie du milieu taoïste, resteront des aspirations irréalisa­bles tant que la nature humaine ne saura faire autre chose qu’aller de débordements en débordements dans un sens puis dans l’autre.

La relativité des êtres et des choses ne signifie pas que tous soient identiques et interchangeables mais qu’aucun ne saurait être absolu ni indépendant de tous les autres. Chacun de nous à sa place et dans son domaine modifie le monde et se trouve modifié par lui.

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L’homme reste écartelé entre le Ciel auquel il aspire et la Terre à laquelle il reste attaché. On croit en Dieu mais on vit comme s’il n’existait pas. On a d’abord pensé qu’en supprimant la Terre on aurait le Ciel. La Délivrance selon la tradition chrétienne dérive du courant hellénique stoïcien et platonicien, puis néo-platonicien, repris par les Pères de l’Église. Elle consiste dans le refus de la chair (du corps lourd et brutal, sujet à la maladie, la décrépitude et la mort) et du monde au profit de l’Esprit, de la vision retrouvée de ce que l’âme contemplait avant son union au corps, ce qu’elle connaît dans la lumière intellectuelle du Verbe divin. De ce courant va naître la floraison des couvents, monastères et prieurés qui un moment couvriront la chrétienté de l’Atlantique à l’Oural. Saint Jérôme dira « ce que les anges font au Ciel, c’est ce que les moines font sur terre ». De là à penser qu’il faut vivre comme on s’imagine que vivent les anges, il n’y a qu’un pas. Mais, répétons-le, comme un excès en entraîne un autre en retour, mais en sens contraire, après avoir cherché à refuser la Terre (c’est-à-dire le corps et le monde) pour le Ciel, on va en arriver à ignorer le Ciel pour la Terre.

De l’union à Dieu, on est passé à l’union effrénée au Monde qu’on avait voulu fuir, cédant curieusement à ce qui nous est rapporté de la tentation du Christ au désert, c’est-à-dire en lui-même. Satan propose au Christ de transformer une pierre en pain. C’est la puissance sur la matière, la transmu­tation alchimique. Avec l’utilisation de l’énergie atomique, nous y sommes. Ensuite vient la proposition faite au Christ de sauter de la montagne soutenu par des anges. Il s’agit de l’accroissement de sa puissance personnelle par l’acquisition de pouvoirs grâce au concours de forces théurgiques qu’on a su capter pour répondre à notre appel en vue d’accomplir des choses qui sortent du commun comme le fait de guérir, d’accom­plir des miracles ou des prouesses. Suivant les traditions on appelait ces forces des anges, des génies, des djinns etc., les­quelles ne sont nullement maléfiques, tout dépend des inten­tions de celui qui les utilise.

Aujourd’hui on parle de forces parallèles, de parapsycho­logie, de psychokinèse, ce qui fait autrement sérieux, du moins le croit-on.

Enfin vient la tentation de la puissance dominatrice sur le monde des hommes. Mais là, Satan demande au Christ, contre le don des royaumes de la terre avec leur gloire, de se prosterner devant lui, de le reconnaître pour Maître, ce qu’il n’avait pas exigé précédemment. On peut se demander pour­quoi ? Il est possible de hasarder une réponse. La recherche sur la matière, ou l’occultisme ne sont pas en soi destructeurs, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Si on utilise du cobalt radioactif pour détruire des cellules cancéreuses, ou du magné­tisme pour soulager une douleur, pourquoi pas ? Le danger est que l’homme en ces domaines reste prisonnier de ce qui le tente et par là oublie le Ciel, devenant ce que les alchimistes appellent des souffleurs, préoccupés seulement par la matière, nous dirions des hommes entièrement possédés par la technique, ou des magiciens qui eux risquent de tomber sous l’emprise de forces qu’ils ne contrôleront plus. Alors que dans le cas de la puissance de l’homme sur l’homme, il s’agit d’une œuvre tou­jours destructrice parce qu’elle conduit celui qui y cède à se prendre, à plus ou moins long terme, pour le Ciel, ce qui mène ensuite à l’extermination de l’homme par l’homme. Il n’y a qu’à voir où la religion de l’homme – avec sa foi dans l’auto-perfectibilité humaine et ses mythes de progrès sans fin, de la toute puissance de la raison et du bonheur universel et cela grâce à la volonté de l’homme et de l’homme seulement, – a abouti. Cela s’appelle Auschwitz et Hiroshima qui dévoilent au grand jour tout ce dont l’homme reste capable en raison de sa nature même.

Devant cette situation on peut se laisser aller et invo­quer la fatalité de : « la nature des choses qui sont ce qu’elles sont ». Ce qui ne veut strictement rien dire sauf pour masquer son incompétence ou son impuissance. Ce laisser-aller ne conduit guère qu’à un plus grand désordre.

On peut aussi essayer de s’en sortir seul, en dépit de la protestation des prêcheurs de vertu et des prometteurs de bonheur à qui il est possible de demander au nom de quoi ils prétendent pouvoir condamner les autres ? Au nom de leur propre faillite sans doute ?

Quand on veut obtenir un changement dans un domaine quelconque, à condition toutefois de posséder les moyens d’actions nécessaires, sinon on est condamné à l’impuissance de l’imaginaire et du discours, il faut certes examiner attentive­ment les éléments à modifier, à combiner ou fusionner pour obtenir ce changement, mais avant tout il faut connaître à partir de quoi et avec quoi on va examiner ces éléments en vue d’opé­rer le changement. C’est bien beau de parler d’une Réalité de l’Homme Primordial, ou Universel, du nouvel Adam, de pré­tendre être Dieu, l’Absolu, et de s’imaginer posséder la gnose, la connaissance parfaite du Ciel et de la Terre, en passant par celle des états multiples de l’Être, tout cela relève de ce que les Grecs appelaient l’hybris : la démesure. En ce qui nous intéresse ici, à savoir la réconciliation de l’homme avec lui-même et par là sa réunification, on peut poser la question fondamentale suivante : « D’où parle celui qui se veut la Totalité, sinon toujours à partir d’un être humain, ne possédant que les moyens propres à sa nature, lesquels ne peuvent être absolus, infinis, même s’il n’en connaît pas encore toutes les possibilités ? ». II faut admettre que cette façon de voir, porte un rude coup à la statue parfaite, mais désincarnée, qu’on avait fabriquée de l’être humain ou que nous avions peut-être faite de nous-même.

Il va s’agir ensuite de prendre conscience d’une manière aiguë et lucide sans faire de concessions, ce qu’on attribue aux autres comme intentions et mobiles n’est le plus souvent que la projection de ce qu’on porte en soi. Sinon comment pourrait-on accuser l’autre de haine par exemple si on ne savait pas soi-même ce qu’est la haine, si on n’était pas capable de haïr lorsquon agite devant nous un épouvantail censé menacer notre personne, notre milieu, notre idéologie, notre patrie etc. ? C’est bien de cette façon-là qu’on amène des hommes à en tuer impunément d’autres.

Reconnaître en soi tout ce qu’on avait refusé d’admettre jusque-là, ce qu’on avait plus ou moins repoussé dans l’ombre est le premier pas à franchir pour percevoir, sans pour autant s’en culpabiliser, ni s’y complaire, mais parce qu’on est ainsi fait selon la nature humaine, que si l’on n’est pas meilleur qu’un autre, le salaud ne se trouve pas forcément chez l’autre, comme Sartre aurait bien voulu que cela se passe. Cette prise de conscience correspond à l’« œuvre au noir » des alchimistes, à la descente aux Enfers dont parlent toutes les traditions et que connaissent bien les maîtres des novices et les directeurs spirituels authentiques et compétents. Il en reste ! C’est le rôle qu’aurait pu jouer la psychanalyse si elle ne s’était pas enfer­mée dans un dogmatisme sectaire, dans un système de croyan­ces explicatives et non opératives visant plus à réintégrer le patient dans la société qu’à l’amener à la découverte et à la pleine acceptation de lui-même – « je suis moi-même » – avant que certains ne pensent faire de la psychanalyse une science en recourant à des sophismes.

Pourquoi sommes-nous ainsi faits ? Les uns trouvent une explication dans un péché originel, d’autres dans le fait que l’être humain – étant l’aboutissement de l’évolution du règne animal terrestre – porterait en lui un cerveau primaire inconscient, purement instinctif, limité à la lutte, la subsistance et la reproduction, puis un cerveau secondaire au-dessus du pre­mier, doué de mémoire et capable d’apprentissage permettant le dressage éducatif par un système de récompense et de puni­tions, et par là, l’acquisition de croyances et de réflexes condi­tionnés, c’est-à-dire tous les comportements d’une bonne édu­cation, tout ce que l’image du gentleman est censée représen­ter, tout ce que selon son milieu, il sied de penser et de croire et ce qu’il convient de dire et de faire en toute circonstance. À la longue ce que ce cerveau secondaire aurait enregistré et appris, deviendrait automatique et quasiment inconscient. On s’arrête à un feu rouge sans réfléchir, sans y penser. Enfin, nous aurions un cerveau tertiaire entourant les deux autres en partie et qui permettrait la conscience claire, le choix, la parole logico-mathématique, l’invention, la création artistique ou autre, l’imaginaire et l’action volontaire. On peut ne pas respecter le signal rouge à un passage piétonnier à ses risques et périls. Ainsi vivraient en nous globalement et interactivement un dragon, un cheval de cirque et un artiste ou un mathé­maticien (suivant la prééminence en nous de tel ou tel hémisphère du néo-cortex).

Cette explication, abusivement ramassée ici 5, corres­pond davantage à la vision actuelle que nous avons des choses que l’ancienne (l’explication par le péché), mais pas plus que l’ancienne, elle ne donne ni la pleine conscience de ce que nous sommes, tout autre qu’un mammifère intellectuel, ni la réunification de soi-même. Mais on comprend mieux que de telles intentions nées du cerveau humain aient conduit à des catas­trophes quand on s’est servi du cerveau primitif pour les imposer par la force. Pas plus que l’ancienne, la nouvelle explication du comportement humain ne peut rendre compte de cette tout autre dimension dans laquelle l’homme peut se trouver et qui n’a rien à voir avec ce qu’enseignent les religions sociologiques et qu’on appellerait la dimension de la transcendance, s’il n’y avait l’impossibilité radicale d’en parler pour la double raison que les religions et les philosophies ont tellement dénaturé ce dont il s’agit pour le ramener à leur niveau de code moral ou de système intellectuel qu’on ne peut plus rien en dire, mais surtout parce que cette dimension ne peut être rendue par la pensée, les noms et les mots.

Pour en revenir à notre propos il ne s’agit pas de tuer en nous le dragon ni de croire qu’on le maintiendra enchaîné à coups de mortifications, de macérations ou de discours moraux. Il s’agit de réunifier ce qui nous semble séparé, ce qu’on a cherché à nous faire croire depuis notre petite enfance pour les besoins de notre dressage éducatif. On ne peut se reconnaître indépendamment de ce dont on dépend. Reconnaî­tre sa dépendance peut seul permettre, non sa suppression, mais de ne plus être l’esclave inconscient, en acceptant sans aucune restriction, qu’appartenant à l’espèce humaine on porte en soi toutes les possibilités de cette espèce 6.

Au terme de cette période qui est appelée l’errance, la nuit obscure de l’âme, le nuage d’inconnaissance ou le désert spirituel peut se produire un éclair dans la nuit qui laisse comme foudroyé celle ou celui à qui ça arrive. Alors va peut-être commencer ce que les alchimiste ont dénommé « l’œuvre au blanc » et qui va rassembler, affiner, purifier 7 l’intérieur et amener à une compréhension de plus en plus claire de ce qui a paru sans durée, hors du temps. On a appelé ainsi cette période : la remise en ordre des énergies, parce qu’il va se produire nombre de phénomènes qui sont de l’ordre de la sensation, pris en eux-mêmes ils ne signifient rien s’ils se pro­duisent naturellement, à plus forte raison s’ils sont provoqués artificiellement. L’erreur monumentale en ce domaine consiste à croire qu’en obtenant ces phénomènes au moyen d’un entraî­nement dans une discipline psycho-somatique, on se trouvera en pleine conscience de ce dont ils n’étaient que le signe apparent lorsqu’ils arrivaient spontanément 8.

Petit à petit, une inversion totale de la vision de soi et des choses va s’installer de telle sorte que ce que nous tenions jusqu’alors pour notre point de référence et d’ancrage, notre critère de vérité, c’est-à-dire ce petit moi fabriqué, bourré de préjugés et d’idées reçues, de prétention et de suffisance, va se montrer de plus en plus, fugitif, incertain et artificiel, tandis que ce que nous pensions surnaturel, ce vers quoi nous tendions plus ou moins confusément, comme vers un lointain ou un ailleurs va apparaître de plus en plus présent, invariable et pérenne. Mais en cela se trouve le terrible piège qui consiste à croire qu’on a atteint la connaissance parfaite de l’invisible alors qu’on n’a fait que construire un système mental en forme de pyramide dont on occupe le sommet, en cherchant à rendre avec des mots, et jusqu’à épuisement, ce qui par sa nature même échappe aux mots, ou en se livrant à des commen­taires de commentaires, à propos de textes qui ne disent rien d’autre que la nécessité d’aller en soi-même au-delà de la torpeur embrumée de son esprit. Dans cette confusion on ne fait jamais qu’ajouter son point de vue à celui des autres. Étant entendu qu’en écrivant cela ici on ne fait soi-même que donner son point de vue dans sa propre perspective. C’est comme si des abeilles se contentaient seulement de récolter du pollen pour en faire collection et discuter à perte de vue des mérites et avantages des différentes sortes de pollen sans jamais transformer celui-ci en miel. Or c’est bien ce que font les intellectuels !

Que cela plaise ou non, ce qui peut être vécu répétons-le, passe toujours à travers un être humain quelles que soient les prétentions narcissiques de celui à qui ça arrive.

À ce stade, il faut que se produise la révélation de sa propre illusion. Le physicien des particules ne connaît pas la réalité de la matière invisible qu’il étudie, mais seulement les infor­mations que donnent à son sujet ses appareils d’investigation et de mesure, et il va imaginer quantité de choses merveilleuses et établir quantité d’équations mathématiques pour essayer de rendre par le calcul – c’est-à-dire en mode mental – ce qu’il a seulement lu sur ses appareils ou vu sur les photogra­phies qu’ils lui ont livrées. De même que ceux qui s’imaginent savoir comment d’un être humain on peut faire un Dieu, ou penser être devenu tel, ne se rendent pas compte qu’ils ne sont jamais sorti du champ du possible humain. L’homme ne peut dépasser l’homme si démesurées soient ses prétentions. Quand donc acceptera-t-il de rester à sa place, entre Ciel et Terre sans pouvoir connaître l’ultime secret ni de l’un ni de l’autre 9 et que tout ce qu’il peut dire et imaginer en ce domaine ne sont que des constructions mentales, si enivrantes soient-elles ou des débordements affectifs, si extatiques puissent-ils paraître, propres à cet animal fou qu’est l’être humain lequel ne peut tolérer qu’il existe dans l’univers quoi que ce soit hors de la portée de sa connaissance. L’inconnu d’aujourd’hui sera le connu de demain.

Hier on croyait à la hiérarchie des anges, de celui de la base aux Puissances, aux Trônes et aux Dominations (belles projections de l’inconscient humain) en passant par les aima­bles Chérubins ; aujourd’hui, on croit aux leptons, aux baryons qui font partie du bootstrap hadronique, quelle merveille ! Et tout cela existe forcément, comme les anges, puisqu’on peut leur donner un nom et les calculer, mais encore de la manière dont les noms et les calculs le disent. C’est ainsi que ce qu’on a imaginé devient la Réalité.

Mais comme un savant a pu répondre à un autre : « This theory is just good for your brain. » – Cette théorie est seulement valable pour votre esprit – ce qu’on pourrait aussi traduire par « à chacun son point de vue », c’est-à-dire sa vérité ou sa folie. – Cela n’existe que dans votre tête –. Tant qu’il reste un « je » quelconque pour prétendre : être « je suis ceci ou cela » ou pour postuler l’exis­tence d’une transcendance, qu’il définit seulement en en par­lant, il reste surtout une partie, qui se prend pour le Tout ou qui prétend avec ses moyens propres, connaître le Tout, une partie qui s’accorde une puissance telle que rien ne saurait lui échapper.

« Ni par la parole, ni par la pensée, ni par le regard ça ne peut s’atteindre. Comment cela se laisse-t-il reconnaître ? Par son évidence même. » (Kata Upanishad, 6-12).

Pour celui qui a eu la révélation de son illusion et de son impuissance à connaître tant le secret de la Terre que celui du Ciel et qui se trouve ainsi devant un mur, totalement démuni, pour celui-là se produira peut-être ce qui va le faire entrer dans une autre dimension dans ce que les alchimistes ont appelé « l’œuvre au rouge » couleur de l’Esprit du Graal.

Au risque de décevoir tous ceux qui pensent pouvoir trouver la clef qui leur livrerait l’ouverture de la porte leur permettant ensuite de s’asseoir à la table de la maison des « dieux », cela ne se passe pas ainsi car la porte s’ouvre d’elle-même et elle n’a pas de serrure. La recherche d’une clef reste donc inutile mais il faut l’avoir très longtemps cherchée et en maints endroits avant qu’il soit donné de comprendre l’inutilité de cette recherche 10. Ce qui arrive ne dépend pas de celui à qui ça arrive et qui en cela n’y a aucun mérite. Ensuite il n’y a plus rien à quoi on puisse se raccrocher, ni de moi, ni de Soi, pour permettre à un moi de se prendre pour un Soi, mais seulement ce qui, à l’instar de la mer agitée en surface et calme en profondeur, demeure unique et iden­tique en toutes ses parties, du moins est-ce là la façon la moins inacceptable possible d’indiquer allusivement l’indicible.

Tout ce qui peut être avancé tient en ceci : ça existe, mais ne peut se produire qu’en direct. Ça vaut la peine de tout risquer à condition d’accepter de disparaître par fusion, en tant qu’individu séparé pensant, agissant et sentant dans ce qui ne peut être défini, ce qui n’est pas un anéantissement, ni une disparition de soi mais la réintégration de l’intégralité de soi-même à sa place, indistinctivement dans la Totalité et l’Unité de l’existant universel. Ça ne peut se produire qu’en soi seul sans garantie et jamais de l’extérieur par un moyen quelconque comme par magie fût-elle sacrée. Ça ne sera jamais non plus le fait de sa volonté, on n’arraisonne pas sa source originelle, mais, après une attente plus ou moins longue orien­tée vers l’inconnu, ce sera un surgissement soudain.

Il s’agit de la découverte du noyau immuable, inhérent à la nature humaine qui ne peut être prouvé, mais qui va abattre toutes les barrières et les distinctions sans engendrer ni le vide, ni le néant, lesquels ne se situent jamais qu’au niveau du mental dont ils soulignent l’impuissance à voir et à exprimer ce qui le dépasse. Ce que je ne distingue pas, je le nomme vide, ce qui est pour moi sans existence, je le nomme néant et ce qui se passe dans ma petite conscience de l’état de veille de manière à ne pas retenir l’attention, je l’appelle, rien !

Cela tous les hommes de tous les temps et de toutes les traditions qui se sont trouvés dans l’intégralité d’être, ont en vain cherché à en rendre compte.

Comme il ne peut s’agir ni de conversion, ni d’exemple à suivre, ni de changer le monde, ni de faire scandale, ce qui non seulement apparaît ici totalement inutile, mais encore hautement risible, il convient de se plier consciencieusement aux normes inévitables du temps, du lieu et du milieu dans lesquels on vit, mais seulement et s’y prêtant comme un acteur qui a un rôle à jouer.

Quant à la liberté intérieure il convient de passer anonyme et silencieux au milieu de la foule, avec à l’occasion d’une rencontre du destin, un clin d’œil de reconnaissance. Mais il s’agit ici encore d’une façon de parler, car il n’y a pas de séparation entre un monde extérieur où se trouverait un acteur et un monde intérieur de liberté, rien qu’une globalité dans laquelle apparaissent diverses pensées, ou choses selon la direction que prend le faisceau de l’attention, sans que soit jamais absente la présence du centre.

Celui qui aurait compris le plein sens de cet article, lequel dans son expression formelle n’offre rien d’autre qu’un point de vue et qui comme tel peut être accepté ou non, celui-là donc, commencerait par brûler ces lignes pour s’en remettre à la voie du Ciel dans l’attente patiente d’être placé dans la pleine conscience de ce qu’il n’a jamais, sans le savoir, cessé d’être, de ce qui demeure toujours irréductible à l’esprit humain au niveau de la pensée, d’un nom, d’un mot, de ce qui constitue la donnée la plus fondamentale de l’être humain.

Le titre de l’article a été inspiré du titre d’un ouvrage de l’helléniste oublié Mario Meunier

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1 Mon Dieu si tu punis le mal par le mal quelle différence y a-t-il entre toi et moi ? (Omar Khayyam).

2 C’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau, chantait Gavroche sur les barricades, dans Les Misérables.

3 Ce mythe se trouve dans toutes les traditions. Comme par exemple chez les perses : Ahura-Mazda, dieu de lumière, contre Ahriman, dieu de l’ombre, chez les aryens : Mithra contre le taureau, chez les grecs : Hercule contre l’hydre de Lerne, Thésée contre le Minotaure, Apollon contre le Phyton, dans l’hindouisme : le dieu Indra contre le serpent Vritra, chez les celtes : Tristan contre le Morholt, chez les hébreux : David contre Goliath, chez les chrétiens : la Vierge contre le serpent, Saint-Michel contre le dragon et à la fin des temps le Messie contre la bête, c’est-à-dire Satan, etc… Le marxisme lui-même possède la même mythologie. À la fin de l’histoire les forces du bien que représente le prolétariat triompheront des forces du mal représentées par la bourgeoisie entraînant l’avènement du bonheur que ne peut que produire une société sans classes. C’est toujours le même mythe qui dort au fond de l’homme depuis ses origines.

4 En brûlant les cathares, les gens de la croisade albigeoise étaient persuadés qu’ils accomplissaient la volonté divine, c’est-à-dire le bien, quand en réalité ils ne faisaient qu’éliminer la concurrence par des moyens, qui, s’ils avaient été utilisés contre eux, n’auraient pu, à leurs yeux, avoir été mis en œuvre que par Satan. Tout dépend du point de vue où on se place. Satan c’est ce qui m’est contraire et pas ce que je fais !

5 Voir « l’homme neuronal » de Jean-Pierre Changeux, Fayard 1983. Il n’empêche que le problème de savoir quelle peut être la valeur d’un système qui se juge lui-même reste toujours sans réponse parce que nous ne pouvons sortir de notre condition humaine pour pouvoir nous juger. Le verdict majoritaire ne change rien à la question. Que vaut la volonté du plus grand nombre quand elle est mue par la passion ? Le malheur est que l’opinion majoritaire est synonyme de vérité pour la plupart des gens. Il faut dire que c’est là ce que ceux qui détiennent le pouvoir, cherchent à faire croire, à l’aide des moyens d’éducation et de manipu­lation dont ils disposent.

6 Le comte Durkheim rapporte qu’ayant demandé à un ermite, peintre en icônes, la signification de l’une d’elle où on voyait le Christ se pencher plein d’amour vers Adam en Enfer ; celui-ci répondit : « L’homme se rencontre lui-même dans sa profondeur du plus bas, du plus méchant et se trouvant face à face avec le Dragon qu’il est au fond de lui-même, s’il est capable d’embrasser le Dragon, de s’unir à lui, c’est alors qu’éclate le divin et c’est la Résurrection » (rappelé par J. Markale dans son livre : le Mont Saint-Michel, p. 305). Dans le même sens parmi les légendes on ne connaît guère que celle de la Tarasque, monstre fabuleux, qui semait la terreur en Provence en mangeant les petits enfants jusqu’à ce que Sainte Marthe, l’hôtesse du Christ, l’apprivoise et la rende douce comme un agneau, la tenant en laisse avec la ceinture de sa robe. Il est symbolique que le mannequin de la Tarasque soit encore promené à Tarascon le jour de la fête de Marthe mais aussi et surtout de la Pentecôte, attaché par une faveur que tient une petite fille. Parmi les contes de fées, on connaît celui de la Belle et la Bête, où la bête hideuse se transforme en un être humain jeune et beau lorsque la Belle lui donne un baiser.

7 Nous utilisons le mot purifier dans le sens qu’il a en physique et en chimie, à savoir l’élimination de plus en plus poussée de tous les éléments étrangers à la nature du corps soumis à épuration et non dans le sens qu’il a pris en morale à savoir la lutte contre les fautes commises contre la règle d’un ordre institutionnel auquel on se trouve soumis en vue d’un plus grand conformisme. Il ne faut pas oublier que la majorité de l’humanité ne fonctionne qu’avec son cerveau primaire et secondaire ; le troisième ne servant le plus souvent qu’à justifier rationnellement les actions du premier cerveau aux yeux du second qui fait là office de censeur.

8 Toutes les traditions décrivent ces phénomènes, l’hésychasme parle du cœur enflammé, le yoga de l’éveil de la Kundalini, autant de choses qui sont très concrètes pour celui à qui cela advient, mais auxquelles il convient de ne pas attacher d’importance pour ne pas arriver au point d’être captivité, fasciné, et ainsi une fois de plus, laisser l’essentiel pour l’ombre, c’est-à-dire soi. Il faut attendre que ça se passe et se dire que quoi qu’il puisse arriver et si merveilleux qu’il semble, cela ne va pas au-delà de la sensation, du domaine psychique ou du rêve. Ne parlons pas des escrocs à la spiritualité qui vous promettent contre le versement d’une certaine somme : la conscience cosmique ou celle de l’unité ou encore l’obtention d’un pouvoir comme la lévitation pour mille dollars (tarif 1983). La crédulité humaine est sans doute ce qui peut le mieux donner à l’homme le sens de l’infini parce qu’elle est sans limites.

9 À ce propos le Tao sur lequel tant de choses ont été écrites, n’est en aucune manière un principe mais seulement l’intuition que l’homme peut avoir du T’AI YI (principe suprême créateur inconnaissable parce que se trouvant dans le domaine de WU, impénétrable pour l’homme), lorsqu’il est éclairé par le Ciel. C’est ce principe suprême que l’être humain, selon son esprit propre, va diviser en yin et yang lesquels ne sauraient être absolus, mais seulement relatifs à l’intellect qui ne peut appréhender le Tout. C’est bien ce que dit Lao Tseu quand parlant du T’AI YI il déclare : « Ne pouvant connaître son nom, je le désigne par le nom Tao, ce qui veut dire que c’est moi Lao Tseu qui nomme Tao l’informulable, l’indicible ». À rapprocher de la tradition juive dans laquelle Dieu l’inconnaissable, « Celui qui est ce qui Est », est au-delà des pouvoirs d’appréciation humains. L’homme ne peut le désigner par un nom, il ne peut lui donner que des noms : le Seigneur, le Très-Haut, Elohim, etc…

10 C’est sans doute ce qu’a voulu dire celui dont le nom a été traduit en français par Le Vieux Tcheng lorsqu’à la fin de ses propos, après qu’il eut entretenu longuement un auditoire de moines au sujet de l’Esprit Originel il dit : « Il n’y a pas de secret de l’Esprit Originel ».